ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007

mardi 28 octobre 2025

La christianisation de la Gaule au Ier siècle (3)

III. – Preuves indirectes de l’introduction du christianisme dans les Gaules, avant le IIIe siècle

 

Nous voulons grouper dans ce chapitre les principales preuves de l’évangélisation de l’Espagne et de l’Angleterre avant le IIIe siècle, époque que nos adversaires assignent à la prédication des Gales. S’il est avéré que l’Ibérie et la Grande-Bretagne ont reçu des missionnaires aux deux premiers siècles, il faudra bien admettre qu’ils ont suivi, les uns, la voie Aurélienne, qui conduisait de Rome à Cadix, en longeant les côtes maritimes de la Gaule méridionale ; les autres, la voie militaire qui, partant de Rome, aboutissait à Gessoriacum (Boulogne), d’où l’on s’embarquait pour les îles Britanniques. Or, tous les monuments historiques démontrent que l’usage invariable des premiers prédicateurs était de semer la parole divine partout où ils passaient : donc ils n’ont pas pu traverser une grande partie des Gaules sans l’évangéliser, et il serait tout à fait illogique de supposer que le zèle des Apôtres et de leurs disciples se fût porté uniquement sur des points extrêmes, en négligeant complètement les parties intermédiaires.

La tradition espagnole ne s’appuie pas uniquement sur ces légendes dont nos adversaires déclinent l’autorité. il résulte de la lettre que saint Cyprien adressa au clergé d’Espagne, au sujet de Basilide et de Martial,[1] que cette péninsule avait, dès cette époque, des évêchés constitués, des cimetières spéciaux pour les chrétiens, des réunions conciliaires, en un mot, tout ce qui dénote une très-ancienne organisation religieuse. Dès le IIe siècle, Tertullien affirmait que toutes les contrées de l’Espagne étaient soumises à Jésus-Christ.[2] Didyme d’Alexandrie[3], saint Jérôme[4], Théodoret[5], saint Isidore de Séville[6] nous disent tous qu’elles ont été évangélisées par les Apôtres.

On a découvert, dans les ruines de Marcussia (province de Burgos),une inscription qui félicite Néron d’avoir purgé la province des voleurs et de ceux qui prêchaient au genre humain une superstition nouvelle, ce qu’il faut entendre par le Christianisme, que Tacite[7] et Suétone[8] désignaient sous le même nom :

NERONI CL(audio)

CAES(ari) AVG(usto) PONT(ificii) MAX(imo)

OB PROVIN(ciam) LATRONIB(us)

ET JIS QVI NOVAM

GENERI HVM(ano)

SVPERSTITIONEM INCVLCAB(ant)

PVURGATAM[9].

 

Nous savons bien que quelques savants ont considéré cette inscription comme apocryphe ; mais, son authenticité a été revendiquée par d’autres érudits, et spécialement par Ernest Walch, professeur à l’Université d’Iéna, qui a composé deux dissertations sur ce précieux monument[10].

L’Espagne honore d’un culte spécial un certain nombre de Saints qui l’ont évangélisée au premier siècle[11] ; pour ne point nous attarder dans de trop longs détails, nous ne voulons parler que du voyage de saint Paul ; l’apôtre des Gentils écrit de Corinthe aux Romains : « Lorsque je ferai le voyage d’Espagne, j’espère vous voir en passant, afin qu’après avoir joui quelque peu de votre présence, vous me conduisiez dans cette contrée-là[12]. » M. Tailliar nous dit à ce sujet (page 7) : « Quant à saint Paul, il paraît avoir eu l’intention de se rendre en Espagne. Mais rien n’indique qu’il ait réalisé ce projet. Ses prédications s’étendirent depuis Jérusalem jusqu’à L’Illyrie, mais n’allèrent point au-delà. » Si les Livres saints ne nous parlent point de la réalisation du projet bien accentué de l’Apôtre, elle nous est attestée par tant d’écrivains des premiers siècles qu’on ne saurait la mettre en doute. La tactique de nos adversaires consiste souvent à nier, de parti pris, l’authenticité des textes qui les gênent ; mais ils ne pousseront pont assurément la témérité jusqu’à rejeter en bloc les témoignages de saint Clément[13], de saint Athanase[14], de saint Cyrille de Jérusalem[15], de saint Épiphane[16], de saint Jean Chrysostome,[17] de Théodoret[18], de saint Jérôme[19], de saint Grégoire le Grand[20], etc.

Ainsi donc, les renseignements des principaux Pères de l’Église sont en harmonie avec nos légendes, aussi bien qu’avec les traditions locales qui signalent la présence de saint Paul à Arles et à Narbonne, et on devra nous expliquer comment l’Apôtre aurait été atteint de mutisme en traversant la Gaule méridionale, et comment il aurait dédaigné d’y laisser quelques-uns de ses compagnons[21].

Nous ferons la même observation pour le missionnaires qui traversèrent diagonalement la Gaule pour se rendre en Angleterre. Laissons de côté, si l’on veut, l’identité de Claudia Ruffina, fille d’un roi breton, avec la femme chrétienne du sénateur Pudens, ainsi que les légendes qui concernent saint Joseph d’Arimathie, l’apôtre saint Simon, saint Polycarpe, Aristobule, etc., et continuons à n’appeler à notre aide que les Pères de l’Église et les historiens des premiers siècles.

Pomponia Græcina, femme du proconsul Aulus Plautius, le premier qui, sous l’empire de Claude, fit en Angleterre des conquêtes durables, « fit accusée », dit Tacite, « d’avoir embrassé une superstition bizarre et étrangère » », c'est-à-dire la religion chrétienne[22].

Le vénérable Bède nous apprend que, vers le milieu du second siècle, Lucius, roi des Bretons, écrivit au pape Eleuthère pour solliciter des missionnaires, que c’est ainsi que l’Angleterre fut convertie à la foi, et qu’elle en goûta les bienfaits en toute quiétude jusqu’au règne de Dioclétien[23]. Ne nous étonnons donc pas que Tertullien[24] et saint Gildas[25] nous parlent de cette conversion précoce de la Bretagne, qui avait été ébauchée antérieurement par les disciples des Apôtres, d’après les témoignages de Théodoret, de saint Hilaire[26], d’Origène[27] et d’Eusèbe de Césarée[28].

Si nous avons pu conclure, des textes généraux réunis dans le chapitre précédent, que la Gaule a dû être évangélisée dès le premier siècle, nous sommes maintenant bien plus en droit d’affirmer notre opinion, et nous pouvons dire qu’en face de l’Angleterre et de l’Espagne, visitées pendant les deux premiers siècles par les ouvriers apostoliques, le délaissement de la Gaule serait un fait inadmissible, et que le système de nos contradicteurs est marqué du cachet de la plus complète invraisemblance.



[1] Baluze établit l’authenticité de cet écrit qu’avait niée Launoy.

[2] Hispaniarum omnes termini… Christo subditi.

[3] Ad diversas provincias perexisse (Apostolos), ut alius ad Indos, alius ad Hispanias, aliud ad Illyricus, aliis ad Græciam pergeret (In cap. xxxiv Isaiae.).

[4] Qui (Apostoli) de Hierusalem usque ad Illyricum et Hispanias evangelium prædicaverunt, captentes in brevi tempore ipsam quoque romanæ urbis potentiam (In caput xlii Isaiae.).

[5] Exposit. II epist. ad Timoth.

[6] De Vita atque obitu sanctorum.

[7] Exitiabilem superstitionem (Annal., xv, c. 44).

[8] Superstitiones novam et maleficam (In Nerone, c. xvi).

[9] Cette inscription est reproduite dans Gruter, p. 238 ; Baronius, ad ann. 69, n° 46 ; Maceda, p. 101 ; les Bollandistes, 17 oct., p. 23, etc.

[10] Marmor Hispaniæ effosum.Persecutionis christianorum Nerinianæ in Hispania ex antiquis monumentis probanda uberior explanatio.

[11] Saint Marcel et saint Rufus, fondateurs des églises de Tolède et de Tortosa ; saint Saturnin, évêque de Toulouse, etc. Nous lisons au 15 mai dans le Martyrologe romain : « In Hispania, SS. Torquati, Ctesiphontis, Secundi, Indaletii, Cæcilii, Hesychii et Euphrasii, qui Romæ a sanctis Apostolis episcopi ordinati et ad prædicandum verbum Dei in Hispanias directi sunt ; cumque variis urbibus evangelizasent et innumeras multitudines Christi fidei subjugassent, in ea provincia diversis locis quieverunt.

[12] Quum in Hispaniam proficisci cœpero, spero quod præteriens videam vos, et a vobis deducar illuc, vobis primum ex parte fruitus fuero (Epist. ad Rom., xv, 24). Plus loin (verset 28), il ajoute : Per vos proficiscar in Hispaniam.

[13] Epist. ad Corinth.

[14] Studio fuit sancto viro (Paulo) ad Illyricum illud (evangelium) prædicare ; neque segnescere, neque emittere, quia Romam iret, et in Hispaniam ascenderet (Epist. Ad Drucontium.).

[15] Effusus est super faciem universæ Ecclesiæ ut praedicaret evangelium de Hieroslymis usque ad Illyricum et ædificaret non super alienum fundamentum, ubi jam fuerat prædicatuum, sed usque ad Hispanias tenderet et a mari rubro, imo ab oceano usque ad oceanum tenderet (In caput V Amos).

[16] Hæres. xxvii.

[17] Videas eum (Paulum) ab Hierosolymis usque Hispanias currentem : nam cum Romæ biennium exegisset in vinculis, tandem dimissus est, deinde in Hispaniam profectus (Homel. lxxvi in Matth.). Voir aussi Præf. in epist. ad Hebraeos.

[18] In Psalm. cxvi.

[19] In Isaia, c. 2.

[20] Ecce Paulus, cum nunc Judæam, nunc Corinthum, nunc Ephesium, nunc Romam, nunc Hispaniam pateret… qui se aliud quam esse aquilam demonstrabat ? (In Job l. xxxi). Voyez aussi ib. III Moral., c. xxii.

[21] Sur le voyage de saint Paul en Espagne, voyez un article de M. Laou dans la Revue des Sciences ecclésiastiques, t. IV, p. 47, et un travail de M. Bonnetty dans les Annales de philosophie chrétienne, Ve série, t. V, p. 275.

[22] C’est l’avis unanime de tous ceux qui se sont occupés de Pompona Græcina, entre autres de Juste Lipse, Ernesti, Baronius, Tillemont, M. l’abbé Greppo, M. de Champagny, M. de Rossi, Dom Guéranger, etc.

[23] « Anno ab Incarnatione Domini 156, Marcus Antonius Verus regnum cum Aurelio Commodo fratre accepit. Quorum temporibus, cum Euletherius vir sanctus Pontificatui romanæ Ecclesiæ præesset, misit ad eum Lucius, Britannorum rex, epistolas, obsecrans ut per ejus mandatum christianus efficeretur, et mox effectum piæ postulationis consecutus est : susceptamque fidem Britanni usque in tempore Diocletiani principis inviolatam integramque quieta pace servabant » (Hist. Angl., l. 1, c. 4). Il y a dans ce texte quelques confusions de noms et de dates, qui ne portent d’ailleurs aucun préjudice à notre thèse. Marc-Aurèle ne prit Lucius Commodus Verus pour collègue qu’en 161. Marc-Aurèle était père et non pas frère de Commode.

[24] Britannorum inaccessa Romanis loca Christi vero subdita fuisse (Ad Scapul., c. VII).

[25] Interea glaciali frigore rigente insula… Verus ille sol, universo orbi præfulgidum sui coruscum extendens, tempore, ut scimus, summo Tiberii Cæsaris, radios suos primum indulget, id est sua præcepta, Christus. Quæ licet ab incolis rapide suscepta sunt, apud quosdam tamen integre, et alios minus, usque ad persecutionem Diocletiani (De Excidio Britanniæ).

[26] Texte cité plus haut, à la note 55.

[27] Homel. VI in Lucam et Homel. IV in Ezech.

[28] Alios perro trans oceanum evasisse ad eas insulas quæ Britannica vocantur (Demonstr. Evang., l. III, c. 5).


lundi 27 octobre 2025

La christianisation de la Gaule au Ier siècle (2)

II – Preuves générales de la diffusion universelle de l’Évangile pendant les deux premiers siècles

 

On nous dit[1] que « la tradition, qu’on invoque, au lieu de commencer au temps des Apôtres et de se dérouler sans interruption, surgit tout à coup à une époque donnée, puis s’interrompt plus tard, de telle sorte que le point de départ lui fait défaut et qu’elle manque de continuité ». Nous espérons pouvoir prouver tout le contraire. S'il est un fait hors de toute contestation, c’est que la tradition constante et universelle du moyen âge attribue aux disciples des Apôtres la fondation d’un grand nombre de nos églises, et que cette tradition n’a été interrompue qu’au XVIIe siècle, par l’école de Launoy, contre laquelle ont toujours protesté un bin nombre de savants. On n’attaque cette croyance que parce qu’on ne lui croit pas de racines dans les premiers siècles de l’Église, et qu’on l’accuse d’avoir pris naissance à des époques de barbarie où les fraudes historiques auraient eu toute chance de succès. Combien de fois n’a-t-on pas répété que c’était là une invention des légendes du moyen âge, que l’on ne pouvait point considérer comme ayant une réelle valeur historique ? On sait ce que nous pensons de l’autorité des légendes[2], et nous n’avons plus à revenir sur ce point. Mais ce ne seront pas leurs seuls témoignages que nous invoquerons ; nous appellerons à notre aide les historiens, les Pères de l’Église, les controversistes, les philosophes, les poëtes, les orateurs, les théologiens, et, pour rester sur le terrain choisi par nos adversaires, nous ne sortirons point de six premiers siècles de l’Église.

Avant d’aborder les preuves directes de l’évangélisation des Gaules, au temps des Apôtres, nous voulons montrer, dans ce chapitre, combien a été rapide et universelle la diffusion de l’Évangile, pendant les deux premiers siècles, et nous le ferons à l’aide des textes que nous fourniront exclusivement les quatre premiers siècles de l’ère chrétienne. Si tout l’univers, c'est-à-dire le monde connu des Romains, a été évangélisé du temps des apôtres et de leurs successeurs immédiats, il faudra bien conclure que la Gaule a jouit de ce bienfait ; et, si l’on veut créer pour elle une exception, il faudra en déduire les motifs, ce qu’on pas encore tenté de faire et ce qu’on n’essaiera jamais.

Lorsque le Sauveur eut enseigné à ses Apôtres la parole de vie, il leur dit : « Allez dans tous l’univers et prêchez l’Évangile à toutes les créatures[3]. » Les Apôtres, dont nous sommes loin de connaître exactement toutes les pérégrinations, se conformèrent à l’ordre du divin Maître. Saint Marc nous dit, en effet, qu’ils prêchèrent partout[4] ; saint Paul écrivait aux Romains[5] et aux Colossiens[6] que la foi était annoncée dans tout l’univers et jusqu’aux derniers confins du monde. Sans doute, il ne faut point prendre ces paroles à la lettre, et surtout dans le sens rigoureux de nos connaissances géographiques actuelles ; mais elle s’appliquent tout au moins à ce vaste empire romain, qui était considéré comme le véritable univers, et saint Paul se serait exposé à recevoir un facile démenti, si la Gaule était restée étrangère à ces croyances chrétiennes que saint Matthieu avait portées en Éthiopie, saint Simon en perse, saint Barthélemy en Arménie, et que saint Thomas avait répandues jusque chez les Parthes et les Indiens.

Cette rapide et universelle irradiation de la lumière évangélique nous est attestée par tous les siècles : écoutons seulement les affirmations des quatre premiers.

 

Ier siècle. – Sénèque nous dit « qu’une religion, qui avait naissance sous Tibère, avait déjà gagné toutes les parties de l’empire sous Néron ».

Hermas, ou du moins le livre du Pasteur qu’on lui attribue[7], reconnaît, comme saint Ignace[8], que toutes les nations de la terre connaissent la foi de Jésus-Christ.

 

IIe siècle. – Les écrivains de cette époque sont plus nombreux, et dès lors les témoignages se multiplient. Vers l’an 140, saint Justin défiait les Juifs de lui citer « une seule race de mortels, Grecs ou barbares, de quelque nom qu’on puisse les appeler, soir parmi les peuplades scythes qui habitent leurs chars errants, soit parmi les tribus nomades qui n’ont point de demeure fixe, soit parmi les peuples pasteurs qui vivent sous la tente, au sein desquelles on élève des prières et des actions de grâces, au nom de Jésus crucifié[9]. » Et, remarquons bien que l’auteur, voulant prouver aux Juifs incrédules la réalisation de la prophétie de Malachie[10], ne se serait point exposé à ruiner sa thèse par des adversaires qui connaissent assurément l’état religieux des Gaules à cette époque.

Les Constitutions apostoliques[11], Sérapion, évêque d’Antioche[12], l’hérétique Bardesanes[13], saint Irénée[14], Clément d’Alexandrie[15], etc., sont unanimes à nous montrer le flambeau de la foi porté chez tous les peuples alors connus.

 

IIIe siècle. – Origène se plaît à énumérer les conquêtes que la foi a remportées chez toutes les nations, sur le judaïsme et le culte des faux dieux[16]. Saint Cyprien la compare à un arbre dont les rameaux couvrent toute la terre[17]. Tertullien[18] et Arnobe[19] tiennent un langage analogue.

 

IVe siècle. – Saint Basile[20] et Eusèbe de Césarée[21] comparent la diffusion de l’Évangile à la rapidité d’un éclair ou d’un rayon de soleil. Lactance[22], saint Hilaire de Poitiers[23], saint Ambroise[24] nous montrent toutes les provinces de l’Empire romain évangélisées par les Apôtres et les disciples de Jésus-Christ. Saint Jérôme[25], commentant le chapitre XXIV de saint Matthieu, ne croit pas qu’aucune nation ait ignoré le nom du Christ, et saint Jean Chrysostome[26], en étudiant le même texte, se demande combien ne durent pas être extraordinaires les pérégrinations des Apôtres, puisque saint Paul, à lui seul, a semé la parole divine depuis Jérusalem jusqu’en Espagne.

Il résulte de tous ces témoignages que la propagation de l’Évangile n’a pas été lente, mais, tout au contraire, extrêmement rapide, comme nous le dit saint Hilaire de Poitiers[27] ; que les Apôtres et leurs disciples immédiats ont évangélisé toutes les nations, c'est-à-dire, tout au moins, les provinces de l’empire romain et les contrées qui étaient fréquentées par les maîtres du monde. Comment admettre un seul instant que les missionnaires de la nouvelle foi aient privé la Gaule de leurs prédicateurs, cette contrée si romaine, si accessible par ses nombreuses voies, si liée aux intérêts de la métropole, et s’identifiant si bien à elle par ses croyances, ses mœurs, ses monuments et ses institutions ? Eh quoi ! les Apôtres et leurs disciples auraient pénétré dans les contrées les plus barbares de l’Afrique et de l’Asie, en bravant les difficultés des chemins et de l’éloignement, et ils auraient volontairement fermé les yeux sur un pays justement célèbre, où prospérait la civilisation et où il était si facile de se rendre, soit par mer, soit par terre ! Les successeurs immédiats de saint Pierre auraient oublié les prescriptions du divin Maître, ou, du moins, leur esprit de prosélytisme se serait évanoui devant les barrières des Alpes et du Rhin ! Mais a-t-on fourni l’ombre d’un argument pour expliquer comment la Gaule aurait été l’objet d’un si singulier mépris, la victime d’une si étrange exception ? A-t-on essayé de nous apprendre pourquoi il ne faudrait pas la compter parmi cers nations, ces provinces de l’Empire, dont l’évangélisation nous est affirmée par des témoignages si nombreux, si irrécusables, si voisons des événements, si divers d’origine, formulés par des auteurs qui écrivaient, les uns contre les Juifs, les autres contre les Gentils, tous également intéressés à démentir un fait qui aurait été controuvé ou exagéré ? Puisqu’on ne nous donc point la solution de ce problème, nous sommes en droit, même avant d’avoir produit des textes plus précis et plus spéciaux, de conclure que la Gaule, aussi bien que les autres provinces romaines, a été évangélisée pendant les deux premiers siècles.


[1] Essai sur les Origines du christianisme, etc., p. 50, par M. Tailliar, président honoraire à la cour de Douai.

[2] Voire notre introduction à l’Hagiographie du diocèse d’Amiens, t. I, p. xxxvii.

[3] Euntes in mundum universum, prædicate Evangelium omni creaturæ. Marc 16, 15.

[4] Illi autem profecti prædivaverunt ubique. 16, 20.

[5] Fides vestra annuntiatur in universo orbe. I, 8. – In omnem exivit sonus eorum et in fines orbis terræ verba eorum. 10, 18.

[6] Quod (Evangelium) pervenit ad vos sicut et in universo mundo est, et fructificat, et crescit sicut in orbis. I, 6.

[7] Universæ nationes quæ sub cœlo sunt audierunt et crediderunt, et uno nomine Filii Dei vocati sunt. Lib. III, simil. IX.

[8] Unum baptisma et una Ecclesia quam suis sudoribus et laboribus fundarunt sancti Apostoli a finibus terræ usque in finem, in sanguine Christi (Epist. ad Philadelph., c. IV).

[9] Nullum enim omnino genus es, sive Græcorum sive Barbarum, sive quolibet nomine apellantur, vel Hamaxiobiorum qui in plaustris habitant, vel Nomadum, qui domibus carent, vel Scenitarum qui, pecora pascentes, habitant in tentoriis, nullum, inquam, ejusmodi genus est, in quo non, per nomen crucifixi Jesu, preces et gratiarum actiones Patri et Creatori universorum fiant (Dial. cum Tryphone. Patrol. Grecque, VI, 748).

[10] Ab ortu soli usque ad occasum magnum est nome meum in gentibus...

[11] Odor cognitionis evangelii in omnibus gentibus suavis factus est.

[12] Omnem in Christo fraternitatem quæ per universum orbem terrarum diffusa est… Epist. ad Coricum (ap. Euseb., lib. V, c. 18).

[13] Quid autem dicemus de christianorum secta, qui in omni parte orbis, imo vero in omni civitate, inveniuntur (De fato dial. ad Antoninum imper.).

[14] Unam et eamdem fidem habet in universo mundo, quemadmodum prædiximus (Adv. Haer., c; 4).

[15] Magistri nostri verbum non mansit in solo Judæa, sicut philosophia in Græcia, sed diffusum est per totum orbem terræ, Græcorum simul et barbarorum Gentibus, et vicis et totis urbibus persuadens (Stromat., l. VI).

[16] Et vero in omni orbe terrarum, in omni Græcia, atque in universis cæteris nationibus, innumeri sunt et immensi, qui, relicitis patriis legibus, et his, quos putabant Deos, ad observantiam Moysæ legis et disciplinarum se Christi cultum tradiderunt (De Principiis, l. IV, c. I).

[17] Ecclesia Domini, luce perfusa, per orbem totum radios suos porrigit… ramos suos in universam terram copia ubertatis extendit (De auctoritate Ecclesiae).

[18] Hesterni sumus et vestra omnia implevimus urbes, insulas, castella, municipio, conciliabula, castra ipsa, tribus, decurias, palatium, senatum, forum. Sola vobis relinquimus templa (Apolog. adv. Gentes, c. XXXVII). – Ailleurs Tertullien, en énumérant les pays soumis au Christ, nus dit : Et Galliarum diversæ nationes (Adv jud., c. VII). Il s’agit bien là des quatre grandes provinces de Narbonne, de Lyon, de la Belgique et de l’Aquitaine.

[19] Brevi tempore totus mundus ista christiana religione completus est (Ad gentes, l. II).

[20] Evangelii doctrina fulgetra quavis pernicior ad extremos usque limitae terræ habitabiles pertigit (Enarr. In Isaia, c. VII).

[21] Nulla fere mora interposita, tamquam solis jubar, salutare Dei verbum universum terrarum orbem suo splendore collustravit (Hist., lib. II, c. 3) d – Eusèbe nous dit ailleurs (lib. III, c. 31), en parlant des Apôtres : « Qui eum in locis quibusdam pergerinis fiet duntaxat jecerunt fundamenta, pastores alios constituissent… Ipsi ad alias regiones gentesque, cum gratia et virtute divina, se contulerunt.

[22] Ordinavit Christus discípulos et instruxit ad prædicationem dogmatis ad doctrina suæ…, et inde discipuli… dispersi sunt per omnem terram ad Evangelium prædicandam, sicut illis magister Dominus imposuerat, et per annos XXXV usque ad principium Neroniani imperii, per omnes provincias e civitates Ecclesiæ fundamenta miserunt (De Morte persecut., c. II).

[23] Apostoli prima tabernacula (Églises) condiderunt, et per omnes orbis terrarum partes, quacumque adiri possunt, quin etiam in Oceani insulis (la Grande-Bretagne) habitationes Dei plurimas paraverunt (Tract. in Psalm. XIV, n° 18).

[24] Le traité de Excidio Hieros. (liv. II) attribué d’abord à saint Hégésippe, puis à saint Ambroise, mais qu’on s’accorde à placer au IVe siècle, s’exprime ainsi : « Ex quo cæpit congregatio christianorum, in omne hominum penetravit genua, nec ulla natio Romani orbis remansit quæ cultus ejus expers relinqueretur. »

[25] Non puto aliquam mansisse gentem quæ Christi nomen ignoret.

[26] In Matth., cap. XXIV.

[27] Prædicationis regni Dei non fuit lenta properatio, sed in omnem terram indefessa mobilitate et celeri tanscurrit (In Psalm. CXLVII).