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mercredi 31 août 2011

Barcelone

Barcelone

On dit que près de trois mille avant notre ère
Les hommes d'Hamilcar Barca unis donnèrent
Pour nom Barcino à l'actuelle Barcelone
Capitale et fleuron de cette Catalogne.

Les deltas du Besós comme du Llobregat
À sa noblesse n'ont pas causé de dégâts
Mais ont contribué au contraire à façonner
Le cachet que Dame nature lui avait donné. (lire la suite)

Sur le Tibidabo plusieurs engins volants
Ajoutent à la ville un aspect affriolant
Mais à Montjuich s'exposent les nombreux arts locaux
Qui sollicitent plus encore le cerveau.

Auprès du port s'étend un vrai quartier gothique.
Ses joyaux autorisent de nuit des jeux scéniques.
Les Ramblas convient à la distraction typique
— le paseo — un passe-temps des Ibériques.

Mais Barcelone étale aussi d'autres atouts.
La Catalogne avec l'empire fit un tout,
Charlemagne délia aux accents du tocsin
La ville et sa région des mains des Sarrasins.

La Catalogne ensuite s'unit à la Provence
Et devint pour quelque temps comme un bout de France.
Après avoir fait à Louis XIII leur hommage
Loyal, les Catalans reçurent sans dommage

Un prince de famille royale, un Bourbon
Ayant, c’est bien banal, Louis pour premier prénom.
Il laissa dans tous les cœurs un autre renom
Que bien plus tard les troupes du grand Napoléon.

Mais Barcelone ne serait pas Barcelone
Sans la rupture d’un visage monotone
Qu’un Gaudí, rempli de génie, a initié :
Des arcs paraboliques, des piliers inclinés

Au palais Güell, et des colonnes à hélice
Qui s'offrent à nos yeux comme autant de délices
Chez Vicens et Battló, à la Sainte Famille
Avant tout, qui de nos jours encore s'habille.

Et ce sanctuaire ne saurait faire oublier
Un autre qui, lui, n'a plus besoin d'ouvriers.
Je veux parler de Notre-Dame de la Merci
Patronne et protectrice des habitants d'ici.

lundi 29 août 2011

Persépolis

Persépolis

Il est une ville en Orient, légendaire
Dont l’évocation frappe tout imaginaire.
Elle est vieille de deux mille six cents ans
Et fut détruite par Alexandre le Grand.

Quant au motif de ce geste dévastateur,
Nul ne le sut jamais, un instinct prédateur
Devant néanmoins être exclu. Mais revenons
À notre ville : Persépolis est son nom. (lire la suite)

Ville mythique fondée par Darius Ier
Qui n'hésita pas à puiser dans le grenier
Des arts de son siècle parmi les plus toniques :
Colonnes cannelées prises à l'ordre ionique,

De la riche Égypte les salles hypostyles
Et de Mésopotamie des frises au style
Grandiose et guerrier bien présent à notre esprit
Pour l'avoir souvent vu reproduit ou décrit.

Ledit Darius fit percer un canal du Nil
À la Mer Rouge, pour recevoir du fournil
Le pain doré, des fruits divers et les barriques
Qu'il réglait avec sa monnaie, les dariques.

N'oublions pas qu'il fut battu à Marathon
Défaite que voulut venger son rejeton
Las, Xerxès après Platées puis Salamine,
Mycale enfin, dut faire bien grise mine.

À Persépolis, il rehausse la splendeur
Des temples et remet plus encore à l'honneur
Les cohortes interminables de soldats
Dont les faits d'arme sont pourtant sans grand éclat.

Quant à son fils Artaxerxès, qui lui succède,
C'est par un bain de sang qu'au trône il accède.
Il sait se montrer à l'occasion magnanime
Et même accueille le vainqueur de Salamine,

Thémistocle, sur le tard frappé d'ostracisme
À Athènes. Et, méconnaissant tout racisme,
Il permet que le petit reste d'Israël
Rentre à Jérusalem, s’y trouvant comme au ciel.

Persépolis connaît, sous son gouvernement,
Une floraison de parures et d'ornements.
Dans l'empire achéménide, elle est vraiment
La cité qui produit le meilleur agrément.

samedi 27 août 2011

Napoléon

Napoléon

Savez-vous pourquoi Napoléon n'attachait pas son cheval à un arbre ?

-Parce qu'il mange l'écorce.

jeudi 25 août 2011

Saint Louis bâtisseur (2)


Saint Louis bâtisseur (2)

- Des couvents : pour les ordres mendiants ,nouvellement fondés. Il fallait achever l’église des Jacobins (dominicains), rue Saint-Jacques, et agrandir leur couvent après 1221. Il construit l’église des Cordeliers (franciscains), rue de l’Ecole-de-Médecine, en 1240. Aux Carmes, près de Saint-Paul ; aux augustins, près de la Porte Montmartre ; aux Frères de la Pénitence, près de Saint-André-des-Arts ; aux serfs de la Vierge ; près de la porte du Temple (église des Blancs-Manteaux) ; aux Frères de la Sainte-Croix, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie ; aux Trinitaires, chargés du rachat des prisonniers des musulmans, installés rue du Sommerard ; près de Cluny ; aux Chartreux (dans la maison de Vauvert – emplacement de l’Observatoire), il fait construire églises et couvents, souvent après avoir donné les terrains. A cette liste, il faudrait ajouter les couvents de femmes : les Filles de Dieu, rue Saint-Denis, les Béguines, rue Charlemagne. Œuvre au service de la culture, de la prière et de la charité, c’est-à-dire du social. (lire la suite)

- Des « Saintes Chapelles » pour garder les reliques. Celle de l’Île de la Cité, mais aussi celles de Vincennes et de Saint-Germain. Œuvre spirituelle et pastorale.

- Des « Maisons-Dieu » : déjà au XIIe siècle, elles s’étaient multipliées, mais saint Louis les fait agrandir pou reconstruire, et il en crée d’autres. On connaît son attention aux pauvres. Par lettre patente de 1227, il prend l’Hôtel-Dieu sous sa protection et l’agrandit. En 1225, il fonde les Quinze-Vingts pour trois cents aveugles, près de Saint-Honoré. Œuvre sociale considérable, née de sa charité.

- Des bibliothèques et des « collèges », dont la Sorbonne : la première bibliothèque publique de Paris est ouverte par lui au troisième étage de la sacristie de la Sainte Chapelle. En 1257, c’est lui qui donne une maison pour un collège à son chapelain, Robert de Sorbon. Le développement intellectuel de Paris lui doit beaucoup. Curés et bourgeois bénéficient de cette vie universitaire, le rayonnement de Paris aussi.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 71-72.

(fin)

mercredi 24 août 2011

Saint Louis bâtisseur (1)

Saint Louis bâtisseur (1)

Avec les architectes Pierre et Eudes de Montreuil, Jean de Chelles, Jean d’Orbais, Hugues Libergier, Robert de Luzarches, Villard de Honnecourt, saint Louis est à l’origine d’un des fondements de notre patrimoine spirituel, artistique et culturel. Il ne construisait pas pour son prestige ou son plaisir, mais pour le service de ses sujets. On lui doit plus de « Maisons-Dieu », d’hôpitaux ou de « centres sociaux » pour les soins des pauvres et des malades ; de monastères, centres de prière (mais aussi de développement des techniques agricoles et industrielles) ; de « collèges » ; d’églises ; de villes que de palais. Les chroniqueurs nous montrent le roi se déplaçant pour inspecter les chantiers et pour ordonner comment disposer les salles, et même participant de ses mains à la construction. « Il transportait des sacs de terre sur son dos. » (lire la suite)
Dans ce siècle qui pensait que l’on ne s’accomplit que par le don généreux de ses biens et de sa personne, il réussit à obtenir cette abondance de constructions sociales et spirituelles sans mettre en péril les finances du royaume et sans multiplier des impôts écrasants pour le peuple ; car il savait faire donner par les riches et utiliser les « amendes » auxquelles il condamnait les grands en faute.
Ainsi, l’amende qu’un jugement impose au sire de Coucy est utilisée pour construire des « écoles » et des réfectoires au couvent des dominicains, rue Saint-Jacques. Son œuvre se comprend comme celle d’un mystique qui sut être un politique et un remarquable homme d’action et de goût au service de son peuple, des pauvres en particulier.
Même si l’on se borne à Paris, la liste de ses constructions est trop longue à dresser (…). Mais il vaut la peine d’évoquer les différents domaines où s’exerça son action. On lui doit :
- Des monastères : celui de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, rue d’Ormesson (1228) pour honorer un vœu des sergents d’arme à Bouvines et permettre à des moines intellectuels de s’établir à Paris ; celui de Longchamps (1256). Œuvre au service de la prière et de l’économie.

(à suivre…)

mardi 23 août 2011

Lisbonne

Lisbonne

Une conque ouverte en grand, tournée vers le large
Montre une perle au grand jour, vraie, étincelante,
La splendide parure de l'estuaire du Tage
Qu'Hélios à son zénith fait reluire éclatante.

L'antique Olisipo, municipe romain,
Servait d'escale vers les îles mythiques,
Oui les Cassérides, productrices d'étain,
Même pour les Ibères venus de la Bétique. (lire la suite)

La civilisation arabe y imprima
Son caractère, gloire des califats jadis,
Encore visible dans le quartier d'Alama
Et Lisbonne devint un coin de paradis.

Aujourd’hui elle l’est encore,, assurément.
Ce n'est pas l'apport de l'époque médiévale,
Si présent dans les hauteurs, qui le dément.
Et sa splendeur par vagues vers l’océan dévale.

À cet endroit, le fleuve s'appelle mer de Paille
Il prit part aux combats des maures et des croisés
Et en accueillit une abondante tripaille
Qu'on pouvait oui-da la mesurer au toisé.

L'histoire à chaque époque remodèle les arts.
Voici le monastère dit des Jeronimos
Et la tour de Belém, manuéline, à l'écart
Puis l’infinie richesse de ses azulejos.

Au siècle des Lumières ici on aménage
La place du Commerce dedans la ville basse.
Elle sert de socle à ses différents étages
Dont la beauté bauté d’un lieu à l’autre se surpasse.

Ses habitants, aimables autant que travailleurs,
Ont su accommoder l’ancien et le moderne.
Fiers marins, ayant le regard tourné ailleurs,
Ils ont édifié une audacieuse poterne.

C'est le pont Vasco de Gama qui d'une rive
À l'autre enjambe, altier, le cours des eaux sereines.
L'imagination trop sollicitée dérive
Et couronne Lisbonne, faisant d’elle sa reine.

dimanche 21 août 2011

Las Vegas


Las Vegas

Devant quel dieu faudra-t-il s’immoler un jour ?
Celui de Las Vegas qui habille de fièvre
Ces hommes qui, en automates, nuit et jour
Vivent en attendant un idéal aussi mièvre ?

L’attente d’un gain, dans l’espérance fiévreuse
Prolongée au-delà du simple supportable.
Attente qui de jour en jour un peu plus creuse
Des visages qui sont loin d’être charitables. (lire la suite)

Il faut avoir vu ces regards pleins de détresse,
De cadavres vivants déjà dans leur linceul,
Pour saisir qu’en dépit de l’inconstante presse
Devant sa table de jeu chacun est bien seul.

Il faut avoir croisé tel ou tel de ces gars
Aiguillonné tantôt par un modique gain
Devant sa machine à sou, avide et hagard,
Haletant, à l’affût d’un éventuel regain.

Il faut avoir senti toute l’inanité
D’un comportement que seulement la passion
Commande et qu’accompagne un brin de vanité
Forçant, corps et biens, à la dilapidation.

Ils sont tristes à voir tous ces pauvres minets,
Qui rôdent incertains, et dont la pauvre allure
S’est flétrie au contact de vils estaminets
Et a perdu du même coup toute sa parure.

Tout à l’heure, il faudra bien imposer un terme
À l’envie tenace et pourtant insatisfaite
Qui oblige de jour en jour à parier ferme,
Enjeu funeste qui annonce la défaite.

Las Vegas, où le vice du gain facile est roi,
Las Vegas éclairée par des millions d’ampoules,
Tu ne livres pas la paix mais le désarroi,
Tu te découvres ogresse, et non pas mère poule.

Malheur, ô engendreuse de rude perdition
Qui colle sur l’âme une effroyable noirceur.
L’homme a vite oublié qu’il devra reddition
D’une vie de ripailles, lui le pauvre noceur.

Malheur, ô enjôleuse de rude perdition
Qui plonge l’âme dans une étrange laideur.
L’homme a vite oublié de faire sécession,
Sa vie de rimailleur, d’avoir été plaideur.

Malheur, ô envoûteuse de rude perdition
Qui endort l’âme d’une impayable torpeur.
L’homme a vite oublié de poser condition :
Sa vie de ricaneur, il n’en a point la peur.

Tu trimballes partout ta une richesse insolente.
On te sent satisfaite de cet indécent luxe.
L’homme que tu séduis garde l’âme dolente.
Ton emprise l’empêche d'amorcer un reflux.

Tu t’enorgueillis de ta richesse insolente.
On te sent minaudant de lumière et d’ors.
L’homme que tu séduis garde l’âme violente
Ton emprise l’empêche d’éprouver du remords.

Tu fais la fière de ta richesse insolente.
On te sent prétentieuse dans tes petits décors.
L’homme que tu séduis garde l’âme latente.
Ton emprise l’empêche de vivre dans son corps.

Que se déchaînent sur toi les foudres du ciel.
Qu’elles triturent tes biens à jamais en cendres.
Alors naîtra un grand signe, un arc-en-ciel.
De semblable spectacle, on ne peut que s’éprendre

Que s’abattent sur toi les foudres de mon ciel.
Qu’elles malaxent tes biens à jamais en cendres.
Alors naîtra un grand signe, un gratte-ciel.
Sur semblable spectacle, on ne peut que s’étendre

Que se déversent sur toi les foudres du ciel.
Qu’elles réduisent tes biens à jamais en cendres.
Alors naîtra un grand signe, si essentiel.
Et semblable spectacle, seul peut le comprendre

L’âme qui par le vice ne se laisse corrompre.
Lassée du tintamarre de toutes les nations,
De paix, de pureté, elle bat à tout rompre,
Et elle entreprend une céleste élévation

Fuyant à tout jamais les fastes inutiles
Qui contre elle ont ourdi tant de conspirations.
Dégagée de tous les lest et fardeaux futiles,
Elle suit du mérite final l’aspiration.

À quel Dieu s’immoler, cela elle le sait.
Ce n’est pas au veau que tout Las Vegas adore.
Son Amour, on peut dire qu’elle en a fait l’essai
Et il ne trompe pas, il vaut plus que tout l’or.

vendredi 19 août 2011

Kinshasa

Kinshasa

Le mal d'Afrique est un mal dont on ne meurt pas
Mais il est rare que ceux qui portent leurs pas
Sur ce grand continent piriforme y échappent :
C'est fièvre d'amour qui fermement vous attrape.

C’est irrationnel, et un peu incontrôlé,
L'étranger ne se laisse certes pas enjôler,
Non, il est plutôt embobeliné, séduit
Par des sortes d'effluves dont il est comme enduit. (lire la suite)

Au Congo, Kinshasa, la grande métropole,
Elle aussi de colline en colline cajole
Le nouveau venu, quel qu'il soit, et le mignote,
Fait pression sur son cœur, puis après le grignote.

L'explorateur Stanley John fonda cette ville
Pensant au roi, il la nomma Léopoldville,
Hommage à qui créa pour une coloniale
L'Association africaine internationale.

Le majestueux Congo s'étale et prend ses aises
Puis chute d’un seul coup, rappelant le Zambèze.
Il forme à Kinshasa le seul Malebo Pool
Large de bien trente kilomètres et s'écoule

Vers Matadi, où il est agité soudain.
Par ses rapides il file non sans dédain,
Tandis que dans les rues des foules de kinois
Déambulent toujours avec leur gai minois.

Ils vont, ils viennent sur des artères de sable
Entre des palissades d'où n'émerge aucun gable.
Ils gravissent les pentes, et puis en redescendent
En colonnes sans fin qui de partout serpentent.

Qu'importe s'il n'y a plus aucun lampadaire,
Si les lampes à huile donnent un drôle d'air
À la ville, où la nuit est tombée de bonne heure,
Sa latitude étant à peu près l'équateur ?

Qu'importe tout ce qui manque à l'occidental ?
Il est pris, quoi qu'il veuille, c'est tout sentimental,
Par l'atmosphère ambiante et puis par l'air du temps,
Par l'humus africain et par ses habitants.

mercredi 17 août 2011

CHICHÉN ITZA

CHICHÉN ITZA

Depuis la terrible ziggourat de Babel
Immortalisée par le pinceau de Bruegel
L'homme éprouve une fascination pour le ciel
En traduit l'attrait en des projets démentiels

En Haute Égypte jadis la Vallée des Rois
Fut pour l'imaginaire artistique une proie
Facile à saisir qui devint la pyramide
Se développant elle vêtit de chlamydes (lire la suite)

Les rives du Nil et le plateau de Gizeh
Comment cette forme a-t-elle pu aiguiser
L'art religieux des descendants de Kukulcán
À Chichén Itza, comme à Teotihuacán

Certes la symbolique n'y est pas la même
Bien qu'à une divinité elle ramène
La pyramide maya n'est pas une tombe
Ni ne se dresse solitaire mais retombe

Écrasant de sa majesté un monde éteint
Au Yucatán c'est pour un tout autre destin
Il ne s’agit pas d’un solennel obituaire
Mais elle conduit pas à pas jusqu’au sanctuaire

Qui, cherchant à atteindre l'azur, le couronne
À ses pieds s'étend la place aux mille colonnes
Plus loin le Temple des Tigres et un puits sacré
Témoignent qu'ici tout est aux dieux consacré

L'homme de cet empire a formé à son gré
Un monument qui est cultuel et à degrés
Comme aussi pour la primitive Saqqara
Qui reflétait Râ comme sur du baccarat

Des foules ferventes montaient les escaliers
Portant leurs oblats et par un jeu de paliers
Gagnaient peu à peu le site du sacrifice
Dont elles escomptaient un divin bénéfice

Ainsi s'accomplit un immuable rituel
Dans un objectif de nature spirituelle
Car l'homme est ainsi fait ou plutôt créé
Qu'il est seul s'il ne s'est en Dieu récréé

samedi 13 août 2011

Mon enfant sera…

Mon enfant sera…


Quatre mères de famille parlent de l’avenir de leur rejeton.

La première dit :
- Moi, j’aimerais que mon fils soit prêtre.

Et pourquoi cela ?
- Je pourrai lui dire : Mon Père.

La deuxième de dire :
- Eh bien ! moi, je voudrais qu’il soit évêque ?

Pourquoi donc ?
- Je pourrai l’appeler : Monseigneur.

La troisième n’est pas impressionnée, et avance tranquillement :
- Le mien, je veux qu’il soit pape !

Ca alors, et pourquoi ?
- Je lui dirai : Sainteté.

La quatrième est fort embarrassée. Elle réfléchit, et finit par dire :
- Mon garçon, moi, je voudrais qu’il soit gros, très gros.

Les trois autres, fort surprises, l’interrogent :
- Quelle drôle d’idée. Pourquoi veux-tu qu’il soit très gros ?

- En le voyant, je dirai : Mon Dieu ! mon Dieu !

jeudi 11 août 2011

Santiago du Chili

Santiago du Chili

Pedro de Valdivia venu d’Estrémadure,
Conquérant hardi et comme tous héroïque,
A planté son fanion ici, fondé en dur
Une ville qui du Chili est symbolique.

Santiago del Nuevo Extremo fut son nom
En filial hommage à ses racines lointaines
Dans le Vieux Monde dont il était capitaine
Et dont il portait dans l’équipage le renom. (lire la suite)

La plaza de Armas est le lieu d’origine
De la fondation. Elle vit O’Higgins
Et l’expédition couronnée de victoire
La satisfaction d’accomplir son devoir.

Les indiens Mapuches ont nommé la région
« Chile », autrement dit « la neige ». Or, voici
De génération en génération
Ce nom a traversé le temps et reste ici.

Pedro de Gamboa dessina le tracé
De cette métropole aux nombreuses facettes
Qu’égaye par moments un verre de Cabernet
Pris à Quinta Normal ou à la buvette.

Sur les flancs du Cerro nommé Santa Lucia
D’où s’élève le chant d’un Ave Maria,
Ô Vierge del Cobre, patronne du pays,
Protège tes enfants en veille ou endormis.

Casa Colorado, de style colonial,
En français « Maison Rouge », et joyau de la ville
Signe que rien ne bouge de ce qui est vital
Témoin éblouissant du courage civil.

Qu’évoque le palais dit de La Moneda
Sinon un haut lieu de l’histoire du Chili,
Centre animateur des rouages de l’Etat
De tous les citoyens, qui les réconcilie.

Le fort de Forest Park est là tel un veilleur
Disposé à toute heure pour parer aux malheurs.
Et des Bénédictins l’antique monastère
A sonné le tocsin aux époques austères.

La faculté de droit de l’Université
Qu’un bras du Mapucho borde non sans amour
Est de l’architecture un des plus beaux reflets
Qui à l’étudiant procure un prestigieux parcours.

Dans le sanctuaire marial Cerro San Cristobal
Marie tend son manteau d’un amour virginal
Elle est la protectrice et la sûre garante
La Mère bienfaitrice et toujours consolante.

vendredi 5 août 2011

Paris

Paris

Paris, toi que certains disent la Babylone
Nouvelle et lieu de la perdition,
Je te vois le terrain de la tradition,
Le rempart de la foi que rien ne déboulonne.

Le maître Saint-Denis, un vrai céphalophore,
Apportant à Paris la grâce en des amphores
Et ses saints compagnons, Rustique et Eleuthère
Qui font émerger le christianisme de terre. (lire la suite)

L’ermite Séverin reçut le jeune Cloud
L’un et l’autre appelés à monter aux autels
Après s’être mis à servir un Dieu jaloux
Et sacrifié pour lui toutes les bagatelles.

Et sainte Geneviève en ce lieu dit Nanterre
Humble pastourelle et cependant forte femme
Auprès d’Attila elle est vrai parlementaire
Et le détourne l’invasion infâme.

Saint Marcel, le vainqueur du dragon de la Bièvre,
Ayant expulsé le monstre, image du mal,
Fort du pouvoir qu’a en elle l’eau baptismale,
En fait de sainteté est devenu orfèvre.

Au cœur de la Cité, la cathédrale-mère
Par son immensité démonte l’éphémère,
Cœur de la France d’où tous les chemins partent
Repère essentiel qui s’impose à toute carte.

Et saint Vincent-de-Paul, l’apôtre des gens pauvres
Dont la dépouille gît chez auprès des Lazaristes,
En personne engagé chez les esclavagistes,
Depuis lors nous assiste aussi bien qu’il nous sauve.

Là-bas, c’est Notre-Dame au titre des Victoires,
Qui ne célèbre plus les succès des armées,
Mais d’autres faits d’armes au don surérogatoire,
Refuge des pécheurs par la grâce charmés.

La Sainte-Madeleine, édifice bâti
Pour ceux qui, ne pouvant se rendre en pèlerins
Jusqu’à Jérusalem, vont à la convertie,
Celle qui a touché le Seigneur de ses mains.

Et voici deux hauts lieux de spiritualité
D’amour profond de Dieu et de fidélité,
La rue du Bac et sa médaille aux miracles
La basilique de Montmartre et ses oracles.

Elle est miraculeuse en cette rue du Bac
Où Catherine, la petite Labouré,
A reçu, bienheureuse, et comme tout à trac,
Cette apparition qui l’a énamourée.

La basilique du vœu de la nation
Reconnaissante de voir Paris épargnée
Une nouvelle fois, est l’affirmation
Qu’en louant notre Dieu, l’on peut encore gagner.

Peuple qui tournoie au gré des événements
Peuple qui louvoie au fil des événements
Peuple qui conçoit au long des événements
Peuple qui charroie au tour des événements.

Ton infinie cohorte aux aspects bariolés
Qui ahane cahin caha portant sa croix,
La croix de tous les jours, en ville et ses faubourgs,
Au cœur, à ses portes, en l’île et au Châtelet.

Les obscurs besogneux qui ne réclament rien,
Travaillent vergogneux, sont jugés bons à rien
Ils gardent au cœur l’amour de la cité rebelle,
Amour incoporel et tout intemporel.

Saints anonymes qui n’ont ni places ni rues
Saints éponymes, au souvenir disparu,
Saints toutefois qui ont leur place en paradis
Et dont la sainteté en silence irradie.

Et Jésus et Marie qui veillent sur la ville
L’amour qui se marie au cœur de l’un et l’autre
En qui rien ne varie, car c’est un amour tranquille
Qui communique aux saints la force de l’apôtre.

Notre Mère et son Fils qui ont tant à donner
A ceux qui à leur Dieu de cœur sont adonnés
L’amour de tous deux sur la grande Babylone
A la fois nous rassure et s’en va qui rayonne.

lundi 1 août 2011

La pêche miraculeuse (11)

La pêche miraculeuse (11)

« Fais que je t’aime davantage, augmente mon amour », et celui de tous tes enfants, pour que nous communiquions un incendie d’amour véritable dans le monde, l’incendie de l’Amour de l’Esprit Saint, pour que ce monde s’embrase pour toi, pour qu’il vibre avec toi, qui nous aimes, et qui nous aimes jusqu’au bout (cf. Jean 13, 1).
Alors, après avoir écouté la réponse de son cher Céphas pour la troisième fois, Jésus lui dit : « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais, quand tu seras vieux, tu étendras les bras, et un autre te mettra la ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas aller » (Jean 21, 17-18). Parce que, si nous sommes libres de suivre ou pas le Seigneur – et Simon-Pierre a fait l’expérience de cette liberté mal employée -, c’est aussi la Providence (lire la suite) qui guide nos pas et nous place dans les circonstances qu’elle prévoit comme devant nous permettre de parvenir réellement à la sainteté. Dans le cas de Pierre, cela passe par la crucifixion, comme son Maître.
Saint Jean précise, en effet, que Jésus « dit cela pour indiquer de quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. Puis, sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi » (Jean 21, 19). Ces mots, Jésus les avait déjà prononcés trois ans plus tôt, quand il avait appelé Pierre et André son frère, tout en précisant : « Et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 19). Et, ce qui est vraiment admirable, sans sourciller, « eux, aussitôt, laissant là leurs filets, le suivirent » (Matthieu 4, 20).
C’est l’appel, l’injonction, que notre Seigneur Jésus-Christ adresse à tout un chacun, du moins à ceux qui ont un minimum de préoccupation spirituelle, qui ne veulent pas vivre comme des animaux sans âme. « Si quelqu’un veut être à mon service, qu’il me suive, et là où je serai sera aussi mon serviteur » (Jean 12, 26), c’est-à-dire là où il est allé nous préparer une place (cf. Jean 14, 3).
Et alors, si quelqu’un me suit réellement, « si quelqu’un veut être à mon service, mon Père l’en honorera » (Jean 12, 26). Mon Père, « qui voit dans le secret » de votre âme (Matthieu 6, 4.6.18), vous le revaudra. Il est comme cela, votre Dieu. Il est reconnaissant de ce que vous m’emboîtiez le pas et, comme toute personne reconnaissante, il manifeste sa joie en vous offrant des cadeaux. « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 12).

(fin)

dimanche 31 juillet 2011

La pêche miraculeuse (10)

La pêche miraculeuse (10)

Alors Pierre lui dit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime » (Jean 21, 17). Tu le sais fort bien. Je t’aime imparfaitement, certes, c’est pourquoi je n’ose pas prononcer l’agapaô, mais je t’aime quand même. « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime, malgré mes misères ! Et j’ose ajouter : tu sais que je t’aime justement à cause de mes misères, car elles m’amènent à m’appuyer sur toi, toi qui es la force : quia Tu es, Deus, fortitudo mea (Psaume 42, 2). Et, à partir de là, nous recommençons » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 17). Et je ne puis aimer personne d’autre comme je t’aime, car « nous croyons et nous savons que tu est le Fils de Dieu » (Jean 6, 29).
Quelle est belle cette prière de Pierre, qui est à la fois un cri du cœur, (lire la suite) un acte de la vertu de charité, et une manifestation de sa foi en la seigneurerie de Jésus.
Oui, indéniablement Jésus le sait, car il sonde les cœurs et les reins (Psaume 7, 10). Mais il veut nous entendre l’assurer de notre fidélité. Il attend des preuves tangibles de notre amour, tout en connaissant bien notre fragilité qu’il assume. Et précisément à cause d’elle, pour nous prémunir contre elle, nous disons : « Jésus, je redis et redis encore, comme une litanie aigre-douce, ces paroles de ton Céphas. Parce que je sais que je t'aime, mais je suis si peu sûr de moi que je n'ose pas te le dire clairement. Il y a tant de négations dans ma vie perverse ! « Tu scis, Domine ! » — Tu sais que je t'aime ! — Que mes œuvres, Jésus, ne contredisent jamais ces élans de mon cœur » (saint Josémaria, Forge, n° 176), et que, de ce fait, j’emploie, moi aussi, le verbe agapaô. « Insiste dans cette prière, qu'Il entendra à coup sûr » (Ibid.). Il l’entendra au sens de « il l’exaucera ».
« Si donc vous, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il ce qui est bon à ceux qui lui demandent » (Matthieu 7, 11). Et là, nous lui demandons quelque chose d’essentiellement bon. « Dieu m'aime... Et l'apôtre Jean écrit : « Aimons donc Dieu, puisque Dieu nous a aimés le premier. » — De plus, Jésus s'adresse à chacun d'entre nous, malgré nos misères si évidentes, pour nous demander, comme à Pierre, « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ?... » — C'est alors qu'il faut répondre : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t'aime ! » ajoutant humblement : « Fais que je t'aime davantage, augmente mon Amour » (saint Josémaria, Ibid., n° 497). Nous demandons ainsi l’essentiel, disais-je, c’est-à-dire ce qui correspond le plus profondément à ce qui constitue notre être. Nous sommes des créatures faites pour aimer, dotées d’un cœur qui connaît une énorme capacité de dilatation. Nous ne nous épanouissons réellement qu’en aimant Dieu et en nous laissant aimer par lui. Et nous ne l’aimerons jamais ni trop ni assez.

(à suivre…)

samedi 30 juillet 2011

La pêche miraculeuse (9)

La pêche miraculeuse (9)

Mais la scène ne s’arrête pas là, car, « quand ils eurent fini de déjeuner, Jésus dit à Simon-Pierre » (Jean 21, 15). Il a attendu patiemment que ses disciples se soient reposés et détendus. Il agit toujours avec doigté et délicatesse. Alors il demande à Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que tous ceux-ci ? » (Jean 21, 15). La question est un peu embarrassante, car il faut se prononcer devant les autres et répondre au risque de passer pour un prétentieux. C’est pourquoi Simon se montre prudent dans sa réponse. Jésus a utilisé le verbe agapaô, qui implique un amour total, complet, inconditionnel poussé jusqu’au don de soi absolu. Pierre, lui, répond par un phileô, qui ne traduit qu’un attachement d’amitié, plus imparfait donc, affectueux et confiant. (lire la suite)
Evidemment, avec son passé, avec son passif, Pierre se sent incapable d’user de l’agapaô. Ce serait être en déphasage avec la réalité. Et même si le Seigneur l’invite à être audacieux, à viser plus haut, il ne s’en sent pas la force, du moins pas encore. Plus tard, sa vie sera un amour au sens le plus plénier du terme. Il pourra redire et répéter au Seigneur, dans sa prière fervente, avec une joie indescriptible : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que agapaô, tu sais bien que je t’aime à fond, de tout mon cœur, de tout mon esprit, et que, cette fois-ci, je suis prêt pour de bon à donner ma vie pour toi (cf. Jean 13, 37), parce que toi, tu as donné la tienne pour moi et pour nous tous. »
Mais pour l’instant, il doit se borner à dire : « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime », au sens de phileô. « Il lui dit : « Pais mes agneaux. » Il lui redit pour la seconde fois : Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » (Jean 21, 15-16). Jésus continue d’employer le verbe agapaô, mais ne demande plus à Pierre s’il l’aime « plus que les autres ». Il se contentera de l’entendre dire qu’il l’aime. L’apôtre apporte exactement la même réponse, en faisant appel au même verbe limitatif phileô : « Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t’aime. » Il lui dit : « Pais mes brebis. » Il lui dit pour la troisième foi : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce qu’il lui eût dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? » (Jean21, 16-17).
Il s’attriste parce qu’il a fini par comprendre où Jésus veut l’amener. Il a saisi que cette question par trois fois réitérée entend effacer son triple reniement. Et le souvenir si amer de ce triste épisode qu’il préférerait oublier, mais qui est encore frais d’une quinzaine de jours à peine. Il se rend peut-être aussi compte que Jésus a rabaissé son exigence et qu’il a employé cette fois-ci le même verbe que lui… Jésus se contentera du phileô

(à suivre…)

vendredi 29 juillet 2011

La pêche miraculeuse (8)

La pêche miraculeuse (8)

« Le Seigneur attend de toi un apostolat précis, comme cette pêche des cent cinquante trois grands poissons — pas un de plus — pris à la droite de la barque. Et tu me demandes : comment se fait-il que, me sachant pêcheur d’hommes, étant au contact de beaucoup de camarades et pouvant discerner à qui doit s’adresser mon apostolat spécifique, je ne pêche rien du tout ?… Est-ce que je manque d’Amour ?… Est-ce que je manque de vie intérieure ? Écoute la réponse de la bouche de Pierre, au cours de cette autre pêche miraculeuse : — « Maître, toute la nuit nous nous sommes fatigués et nous n’avons rien pris ; cependant, sur ta parole, je jetterai les filets. » Au nom de Jésus-Christ, recommence. Et, fortifié, chasse cette langueur paresseuse ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 377). Oui, c’est un exemple que (lire la suite) le Seigneur veut nous laisser. Il n’agit pas comme il l’a fait uniquement pour fortifier ses apôtres dans la foi, une foi qui a été si chancelante quelques jours plus tôt. C’est à nous aussi qu’il s’adresse, puisqu’il a fait de nous également des pêcheurs d’hommes, et qu’il nous envoie dans les mers du monde : Duc in altum, « pousse en eau profonde, et lâchez les filets pour pêcher » (Luc 5, 4).
Cent cinquante-trois poissons. Les disciples ont pris le temps de les compter. Et ils sont dans l’admiration de la largesse avec laquelle le Seigneur est venu à leur aide. Le nombre de poissons est précisé ici, contrairement à la première pêche miraculeuse. Je ne m’attarderai pas sur l’explication entendue au bord du lac, selon laquelle cela correspondrait au nombre d’espèces de poissons présentes dans la mer de Galilée… Même avancée par un guide franciscain compétent, cela ne me semble pas très sérieux. En revanche, nous pouvons peut-être y trouver un sens plus profond. La première pêche se référerait à l’apostolat en général, à la tâche d’évangélisation que chacun doit réaliser pour engager les âmes sur la voie de la sainteté, tandis que la deuxième évoquerait davantage le prosélytisme, c’est-à-dire le nombre plus restreint de fidèles qui sont appelés à suivre le Seigneur de plus près pour se mettre au service des autres, en abandonnant tout (cf. Luc 5, 11).
« Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples, sachant que c’était le Seigneur, n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » (Jean 21, 12). La question, en effet, serait superflue, puisqu’ils ont reconnu leur Maître. Tout doute s’est éloigné de leur esprit. « Jésus arrive, prend le pain, le leur donne, et pareillement du poisson » (Jean 21, 13), autant qu’ils en ont besoin, jusqu’à être rassasiés, comme lors de la multiplication des pains et des poissons (cf. Jean 6, 11).
« Ce fut la troisième fois que Jésus se montra à ses disciples, après être ressuscité d’entre les morts » (Jean 21, 14).

(à suivre…)

jeudi 28 juillet 2011

La pêche miraculeuse (7)

La pêche miraculeuse (7)

« Jésus interroge Pierre par trois fois, comme s’il voulait lui donner la possibilité répétée de réparer son triple reniement. Pierre a déjà appris ; il a fait l’expérience de sa misère personnelle : conscient de sa faiblesse, il est profondément convaincu de l’inutilité des déclarations téméraires. C’est pourquoi il remet tout entre les mains du Christ. « Oui Seigneur, tu sais que je t’aime. Seigneur, tu sais tout, tu sais que je t’aime » (Jean 21, 15-17). Et que répond le Christ ? « Pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jean 21, 15-17). Non pas les tiennes, ni les vôtres : les siennes ! Parce que c’est lui qui a créé l’homme, c’est lui qui l’a racheté, c’est lui qui a racheté toutes les âmes, une à une, je le répète, au prix de son Sang » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 267). Jésus est le Maître (lire la suite) de la pêche, tout comme il est le maître de la moisson. « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2). C’est un besoin qui sera toujours actuel, et parce que chaque génération est à évangéliser, et parce que la population mondiale s’accroît sensiblement et requiert la présence de davantage d’« artisans de paix » (Matthieu 5, 9).
« Quand ils furent descendus à terre, ils virent qu’il y avait là un feu de braise, avec du poisson dessus, et du pain » (Jean 21, 9). De loin, ils ne l’avaient pas remarqué, parce que seule une mince fumée s’élevait du feu et qu’ils étaient tout affairés à leur pêche. Dans sa magnanimité, le Seigneur ne les a pas seulement comblés par une pêche merveilleuse, mais il a tout préparé pour que ses apôtres puissent se reposer et se restaurer. Le feu est prêt. Les poissons sont déjà cuits à point. Du pain est à leur disposition. Le Maître est aux petits soins avec ses disciples. Il se met à leur service pour leur rendre la vie agréable. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22, 27), leur avait-il annoncé.
« Jésus leur dit : Apportez de ces poissons que vous venez de prendre » (Jean 21, 10). Comme un appoint à ce qu’il avait préparé. Pour les faire participer en quelque sorte au repas qu’ils vont prendre, pour qu’ils aient l’impression d’y être pour quelque chose. « Simon-Pierre remonta donc dans la barque et ramena à terre le filet plein de gros poissons : cent cinquante-trois » (Jean 21, 11). Nous pouvons supposer que les autres ne l’ont pas laissé faire le travail tout seul. Il pesait lourd ce filet ! Cent cinquante-trois poissons ! « Et bien qu’il y en eût tant, le filet ne se rompit pas » (Jean 21, 11), ce qui semble un autre miracle. Jean apporte cette précision en connaisseur. Pour lui, il eût été normal que le filet se déchirât. Et cela ne s’est pas produit. C’est encore une marque de délicatesse du Seigneur, qui leur évite d’avoir à le réparer. Le Seigneur fait tout très bien (Marc 7, 37). Cela, ils le savent, et la foule le commentait ici ou là.

(à suivre…)

mercredi 27 juillet 2011

La pêche miraculeuse (6)

La pêche miraculeuse (6)

Mais revenons un peu en arrière : « Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : je vais pêcher. Ils lui disent : nous venons nous aussi avec toi. Ils sortirent, montèrent en barque ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus parut sur le rivage » (Jean 21, 2-3). Il passe à côté de ses apôtres, à côté de ces âmes qui se sont données à lui : et ils ne s’en rendent pas compte. Combien de fois le Christ se trouve-t-il, non pas près de nous, mais en nous ; et nous menons une vie si terrestre ! Le Christ est tout proche et il ne reçoit de la part de ses enfants ni regard affectueux, ni parole d’amour, ni œuvre apostolique » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 265). Nous avons dit que c’est l’amour qui permet à Jean de discerner le Christ (lire la suite) dans ce personnage qui les attend sur le rivage. A contrario, ce qui nous empêche de reconnaître le Christ qui passe dans notre vie et qui vient à notre rencontre, qui nous interpelle, c’est notre manque d’amour, le manque d’amour que comporte tout péché. L’accumulation de nos fautes et le fait de ne pas nous en confesser régulièrement, fréquemment, font écran entre nous et Dieu. Notre amour de Dieu s’affaiblit, il perd de son intensité et nous courons le risque, bien réel, de nous aimer nous-mêmes en premier, au lieu de vivre le commandement de l’amour tel que le Seigneur nous l’a enseigné (cf. Luc 10, 25-28).
« Les disciples vinrent en barque, remorquant le filet et ses poissons : ils n’étaient guère qu’à deux cents coudées du rivage » (Jean 21, 8). « Ils déposent aussitôt la pêche aux pieds du Seigneur, parce qu’elle est à lui. Et ce, pour que nous apprenions que les âmes appartiennent à Dieu, que personne sur cette terre ne peut s’en attribuer la propriété, que l’apostolat de l’Église, son message et sa réalité de salut, ne repose pas sur le prestige de quelques personnes, mais sur la grâce divine.

(à suivre…)

mardi 26 juillet 2011

La pêche miraculeuse (5)


La pêche miraculeuse (5)

De ce fait, la charité est vraiment la vertu principale. Elle est caractéristique de la vie en Dieu, de la vie spirituelle. Elle est déjà vision de Dieu. Elle est participation à la vie même de notre Dieu trois fois Saint, puisque « Dieu est Amour ». Aimer, c’est vivre de Dieu et en Dieu. D’où notre demande empressée : « Seigneur, apprend-moi à aimer ! » Nous comprenons que c’est absolument vital. Que c’est ce qui compte avant tout et absolument.
Parce que Jean aime Jésus plus fortement, plus intimement que les autres – il peut aller jusqu’à reposer « à table contre le sein de Jésus » (Jean 13, 23) – sa foi est aussi plus robuste et il sait reconnaître le Seigneur à un signe avant tous les autres. Il a pu, surtout, surmonter l’épreuve du Jeudi Saint, (lire la suite) se ressaisir rapidement, s’amender auprès de Marie, ce qui lui a donné la vigueur nécessaire pour l’accompagner et se trouver avec elle au pied de la Croix, en représentation de l’humanité tout entière.
Nous devrions manifester une grande reconnaissance à saint Jean et éprouver une grande dévotion envers lui. Il était le plus jeune de la bande. Et pourtant, il s’est montré supérieur aux autres dans l’épreuve. « J’ai eu plus d’intelligence que les vieillards, car j’ai gardé tes préceptes » (Psaume 119, 100).
« Les disciples, écrit saint Jean, ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, avez-vous quelque chose à manger ? » (Jean 21, 4) Pour ma part, cette scène familière de la vie du Christ me remplit de joie. Que ce soit Jésus-Christ, Dieu, qui dise cela ! Lui qui a déjà un corps glorieux ! « Jetez le filet à droite de la barque et vous trouverez. Ils le jetèrent donc et ils ne parvenaient plus à le relever tant il était plein de poissons » (Jean 21, 6). Maintenant ils comprennent. Ce qu’ils ont entendu si souvent de la bouche du Maître revient à l’esprit des disciples : pêcheurs d’hommes, apôtres. Ils comprennent que tout est possible, parce que c’est lui qui dirige la pêche » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 266). Des pêcheurs d’hommes, en effet. C’est ce que Jésus avait déjà dit à deux reprises. D’abord le jour où il appela Pierre et André, son frère, alors « qu’ils lançaient l’épervier à la mer – c’étaient, en effet, des pêcheurs. « Venez à ma suite, leur dit-il, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 18-19). Puis quelque temps plus tard, à l’issue de la première pêche miraculeuse, alors que Simon, prosterné à ses pieds, le supplie : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un pécheur ! (…) Jésus dit à Simon : « Ne crains rien ! Désormais ce sont des hommes que tu pêcheras » (Luc 5, 8.10).

(à suivre…)

lundi 25 juillet 2011

La pêche miraculeuse (4)

La pêche miraculeuse (4)

C’est la terrible stérilité de ceux qui s’agitent beaucoup, qui s’activent dans tous les sens, mais négligent la vie intérieure, la piété personnelle, qui n’ont pas de temps pour adorer le Seigneur et donc pour le reconnaître. « Le traître – c’est-à-dire le diable – sait que l’âme qui fait oraison avec persévérance est perdue pour lui » (sainte Thérèse d’Avila, Vie 19, 4). A contrario, celui qui s’entête à jeter ses filets sans consulter le Maître de la pêche rentre bredouille, « et toute sa vie sera une nuit », une nuit vaine et stérile, qui risque fort de le rendre esclave du démon et de ses passions.
Parce qu’ils ont obéi à l’injonction de ce personnage mystérieux qui se trouve sur le rivage, et qu’ils n’ont pas écouté ce que le bon sens leur dictait, (lire la suite) parce que, malgré leur fatigue et leur découragement, ils ont jeté leurs filets, voici qu’ils se remplissent enfin, à ne plus pouvoir les traîner tellement ils ont ramené de poissons.
Il n’en fallait pas plus, si l’on peut dire, pour que Jean saisisse aussitôt la qualité de ce personnage. « Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre ; « C’est le Seigneur ! » (Jean 21, 7). Lui seul peut agir de la sorte. Personne d’autre que lui. C’est l’évidence même. « L’amour, l’amour le voit de loin. L’amour est le premier à percevoir ces délicatesses. L’apôtre adolescent, avec l’affection profonde qu’il ressent pour Jésus, parce qu’il aime le Christ avec toute la pureté et la tendresse d’un cœur innocent, s’écrie : c’est le Seigneur ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 266). L’amour crée une harmonie, une connivence avec l’être aimé. Il permet d’identifier rapidement l’interlocuteur ou de comprendre des événements. N’est-ce pas ce même Jean qui, au matin de la Résurrection, entrant dans le sépulcre vide après Pierre, qu’il a laissé passer le premier, déjà par déférence, peut affirmer de lui-même : « Il vit et il crut » (Jean 20, 8) ? « À ces mots : C’est le Seigneur ! Simon-Pierre mit son vêtement, car il était nu, et se jeta à l’eau » (Jean 21, 7). « Pierre, c’est la foi. Il se jette à la mer, plein d’une ardeur merveilleuse. Avec l’amour de Jean et la foi de Pierre, jusqu’où n’irons-nous pas » (saint Josémaria, Ibid.).
Ce sont cet amour et cette foi qu’il nous faut demander, conjointement à un surcroît d’espérance, les trois vertus théologales qui marchent la main dans la main tant que nous sommes en route vers la patrie céleste. Mais celle qui commande, c’est l’amour, c’est la charité. « La plus grande d’entre elles, c’est la charité » (1 Corinthiens 13, 13), et « la charité ne passera jamais » (1 Corinthiens 13, 8). Car « Dieu est Amour, et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui »(1 Jean 4, 16).

(à suivre…)
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dimanche 24 juillet 2011

La pêche miraculeuse (3)

La pêche miraculeuse (3)

Le Maître est là, à les attendre, « mais les disciples ignoraient que ce fût Jésus » (Jean 21, 4). Ils ne le reconnaissent pas de prime abord, pas plus qu’au soir de sa Résurrection, lorsqu’il s’était présenté à eux au Cénacle (cf. Luc 24n 36-49), pas plus que Marie-Madeleine très tôt ce jour-là (cf. Jean 20, 15), ou que les désormais célèbres disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 16)…
Dès qu’ils sont à portée de voix, il s’adresse à eux : « Jésus leur dit : « Les enfants ! Avez-vous du poisson ? » (Jean 21, 5). Il emploie un ton familier avec eux, qui aurait déjà dû leur mettre la puce à l’oreille… Il sait ce qui s’est passé. Mais il faut amorcer le dialogue. (lire la suite) C’est pourquoi il pose cette question, somme toute logique. « Non, répondirent-ils » (Jean 21, 5). C’est la triste vérité. Elle est un peu humiliante, sans doute, mais il en est bien ainsi. Ils ont trimé. Et les filets sont remontés inexorablement vides à chaque fois, suscitant déception sur déception, et lassitude.
Alors Jésus leur dit : « Jetez les filets du côté droit de la barque, et vous en trouverez » (Jean 21, 6). Qu’en sait cet homme ? Curieusement, ces pêcheurs aguerris qui connaissant le lac comme leur poche ne se posent pas de question. ils ne semblent pas se demander qui est ce personnage qui leur donne cette instruction étonnante. Oui, qu’en sait-il ? Nous, nous n’avons rien pris de toute la nuit. Des poissons, si jamais il y en a, ce n’est pas à cette heure du jour que nous allons en prendre… Et puis, pourquoi à droite de la barque ? A quoi cela rime-t-il ?
Tel est le raisonnement humain qu’il serait logique qu’ils se fissent. Eh bien ! non. Contrairement à toute attente, ils obéissent. Bien leur en prend. « Ils le jetèrent donc, mais ils ne pouvaient plus le ramener, tant il y avait de poissons » (Jean 21, 6). Telle est la magnificence de Dieu. Quitte à faire un miracle, autant qu’il soit de première grandeur. Dieu donne avec largesse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient surabondante » (Jean 10, 10). Et même pour des biens matériels il se montre d’une incroyable générosité.
Tel est le changement radical qui s’opère quand l’on agit en suivant la volonté de Dieu et non pas notre propre volonté, nos plans, même parfaitement huilés. « Tu t'obstines à avancer tout seul, en faisant ta propre volonté, guidé exclusivement par ton propre jugement... et, tu le vois, le fruit de tout cela s'appelle le manque de fécondité. Mon enfant, si tu ne soumets pas ton jugement, si tu es orgueilleux, si tu te consacres à « ton » apostolat, tu pourras travailler toute la nuit — et toute ta vie sera une nuit ! Et à la fin tu te réveilleras avec tes filets vides » (saint Josémaria, Forge, n° 574).

(à suivre…)

samedi 23 juillet 2011

La pêche miraculeuse (2)

La pêche miraculeuse (2)

L’apostolat, pour un chrétien, est donc quelque chose de très naturel, qu’il réalise au jour le jour, au gré des rencontres et du compagnonnage.
La vocation à la sainteté et à l’apostolat ne distrait pas de la vocation professionnelle. Elle conduit au contraire à la vivre plus intensément, avec un plus grand sens des responsabilités, en se sentant envoyé par Dieu auprès des hommes à partir des différentes circonstances de notre vie.
« Ils partirent donc et montèrent en barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là » (Jean 21, 3). Tout comme lors de la première pêche miraculeuse, rapportée par les synoptiques (cf. Luc 5, 1-11), au terme de laquelle (lire la suite) Jésus avait annoncé à Simon que désormais, ce serait des hommes qu’il pêcherait (cf. Luc 5, 10). Ils ont peiné, trimé, toute une nuit durant. Les fruits ne viennent pas instantanément. Ils doivent venir cependant. Le Seigneur a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 16, 15). Mais si Dieu n’y met pas sa marque, s’il n’intervient pas en communiquant sa grâce, l’on ne prend rien, cette nuit-là, ce jour-là, cet autre jour et cet autre encore, même dans une mer très poissonneuse. Mais le Seigneur est le premier intéressé à ce que ce fruit vienne. Il nous a choisis, « dès avant la création du monde » (Ephésiens 1, 4) pour que nous portions du fruit.
C’est le risque inhérent au métier. Ne rien prendre en toute une nuit d’efforts n’est nullement synonyme d’incompétence. Les apôtres sont des pêcheurs patentés. Mais c’est comme cela : parfois, ils ne prennent aucun poisson. Ils ne le savent que trop bien. Nous ne devons pas davantage nous décourager dans l’apostolat lorsque les fruits tardent à venir. Cela ne veut pas dire que nous avons mal fait notre tâche d’évangélisateur, que nous avons travaillé à la légère, sans grand sérieux. Cela signifie simplement que ce n’est pas le moment de récolter les fruits, qu’ils viendront plus tard, et peut-être de façon inattendue, surprenante, comme en ce jour qui commence à poindre, alors que les apôtres rament pour regagner le rivage.
Or, voilà, « comme déjà le matin venait, Jésus se trouva sur le rivage » (Jean 21, 4). Dans d’autres circonstances, il était dans la barque, avec ses apôtres, prêt à les secourir si jamais une tempête se levait brutalement sur le lac de Tibériade, qu’ils préféraient appeler la mer de Galilée, ou le lac de Génnésareth, pour ne pas citer l’empereur romain (cf. Luc 8, 22-25).

(à suivre…)

vendredi 22 juillet 2011

La pêche miraculeuse (1)

La pêche miraculeuse (1)

« Après cela », c’est-à-dire après l’apparition destinée spécifiquement à l’apôtre incrédule, Thomas, « après cela, Jésus se montra de nouveau aux disciples sur la rive de la mer de Tibériade » (Jean 21, 1). Comme il le leur avait fait savoir sans qu’ils le comprissent, « une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée » (Matthieu 26, 32). Le jour de Pâques, il avait chargé les saintes femmes de leur rappeler cet engagement : « Partez en hâte pour dire à ses disciples : Il est ressuscité des morts, et il va vous précéder en Galilée (Matthieu 28, 7). Voici donc qui est fait. Sa promesse s’accomplit. « Voici comment il se montra » (Jean 21, 1). Suit le récit par le disciple que Jésus aimait (cf. Jean 13, 23) d’une nouvelle pêche miraculeuse. (lire la suite)
Tout d’abord, l’évangéliste campe le décor et le contexte. « Simon-Pierre, Thomas appelé Didyme – celui-là précisément qui avait provoqué une nouvelle venue du Maître au Cénacle (cf. Jean 20, 25-29) -, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée – à savoir Jacques et Jean, le chroniqueur de l’événement – et deux autres disciples se trouvaient ensemble » (Jean 21, 2). Ils ne sont pas tous là, mais seulement cinq apôtres et deux disciples anonymes. Saint Josémaria était ému en lisant ce passage ; il voyait dans ces deux disciples dont le nom nous est inconnu le modèle des chrétiens qui sont appelés à faire l’apostolat de Jésus-Christ dans les mers du monde, en passant inaperçus, sans en retirer le moins du monde de gloire personnelle, appelés à travailler au nom du Christ en s’effaçant devant lui, qui seul compte.
« Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais pêcher. » Ils lui dirent : « Nous y allons, nous aussi, avec toi » (Jean 21, 3). Nous voyons combien « l’apostolat, ce désir brûlant qui consume le cœur de tout chrétien, est intimement lié à son travail de tous les jours : il se confond avec le travail même, qui devient une occasion de rencontrer personnellement le Christ. Unissant nos efforts, au coude à coude avec nos compagnons, nos amis, nos parents, dont nous partageons les aspirations, nous pourrons au moyen de cette tâche les aider à arriver au Christ qui nous attend sur la rive du lac. Pêcheur avant d’être apôtre. Et une fois apôtre, pêcheur. La même profession après qu’avant » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n°264). L’apostolat revient à jeter les filets du Christ dans les eaux de la société. Pour faire de l’apostolat, pour évangéliser nos contemporains – ce qui est à la fois un droit et un devoir fondamentaux de tout baptisé – il suffit d’être à sa place, d’exercer sa profession avec la plus grande compétence et le plus grand sérieux possibles, d’être un chrétien crédible, parce que non seulement homme ou femme de prière, mais aussi modèle de professionnalisme. Le travail est le filet qui nous sert à retirer les âmes pour les amener aux pieds du Seigneur.

(à suivre…)

jeudi 21 juillet 2011

Arrêts sur christianisme (70)


Arrêts sur christianisme (70)


Le christianisme nous éclaire d’abord sur nos servitudes qui sont dures et humainement invincibles, puisqu’elles s’appellent la mort, la solitude, le péché ; mais ce même christianisme (et c’est exactement la Bonne Nouvelle) nous révèle que le Dieu libre est un Dieu libérateur, qui brise le faux destin de nos servitudes en nous appelant à l’éternité, à la communion, à la sainteté.

Etienne Borne, L’Eglise et la liberté, Semaine des Intellectuels catholiques, Paris, 1952, p. 103.

mercredi 20 juillet 2011

Pour téléphoner à Dieu

Pour téléphoner à Dieu

Voilà ce que suggère une employée des Postes. à quiconque souhaite téléphoner à Dieu :

1. Choisis le bon code régional. Ne compose pas à l’aveuglette.
2. Une conversation téléphonique avec Dieu n’est pas un monologue. Ne parle pas sans arrêt, mais écoute celui qui te parle à l’autre bout du fil.
3. Si la communication est interrompue, vérifie si ce n’est pas toi qui a coupé le contact.
4. Ne prends pas l’habitude d’appeler Dieu uniquement en cas d’urgence.
5. Ne téléphone pas seulement aux heures du « tarif réduit », c’est-à-dire en fin de semaine. Un court appel devrait être possible régulièrement.
6. Prends note que les appels auprès de dieu sont sans frais.
7. N’oublie pas de rappeler Dieu qui te laisse sans cesse des messages sur ton répondeur.
N.B. 1. Si malgré l’observation de ces règles, la communication s’avère difficile, adresse-toi en toute confiance à l’Esprit Saint : il rétablira la communication.
N.B. 2. Si ton appareil ne fonctionne plus du tout, apporte-le à l’atelier de réparation qu’on appelle également sacrement du pardon. Ton appareil est garanti à vie et sera remis à neuf par un traitement gratuit.

mardi 19 juillet 2011

Le silence de Jésus (5)

Le silence de Jésus (5)

« Dans la dynamique chrétienne, le silence apparaît comme une expression importante de la Parole de Dieu » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n° 21). Cette affirmation peut paraître paradoxale, mais elle dit bien ce qu’elle veut transmettre. Se mettre à l’écoute de Dieu est vital pour qui veut l’aimer et partager sa vie. Or, Dieu n’est pas dans le tonnerre ni dans les éclairs, mais dans la brise légère, qui n’a rien de trépidant : « Il y eut, devant Yahvé, un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers: Yahvé n'était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre : Yahvé n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : Yahvé n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger » (1 Rois 19, 11). (lire la suite) Dieu ne se trouve pas principalement dans le brouhaha de la vie – même si nous devons savoir l’y trouver et l’y mettre, parce que les occupations habituelles sont, pour nous, une chemin privilégié de sainteté et de rencontre avec Dieu , mais il est surtout dans ce qui n’est pas clinquant ou tonitruant, dans ce qui ne fait pas de bruit et passe inaperçu des hommes, dans ce qui est paisible et apaisant.
C’est bien ainsi que se comportait la très Sainte Vierge. Les évangélistes ne nous rapportent d’elle que quelques paroles, rares et précises. En revanche, saint Luc souligne volontiers son silence, qui se traduit par le fait qu’elle médite dans son cœur les événements auxquels la divine Providence la mêle et ceux de son divin Fils. Autant dire qu’elle les contemple dans la présence de Dieu, qu’elle les confronte à la Parole de Dieu révélée aux patriarches et aux prophètes, qu’elle cherche à en pénétrer le sens.
Elle écoute. Elle se tait. Elle découvre. Elle aime. Elle aime la Volonté de Dieu et tout ce que celui-ci lui demande. Elle aime la vie dont elle découvre peu à peu la richesse et la portée. Elle aime ce Dieu qui est venu silencieusement en elle et qui commence son œuvre de salut silencieusement aussi, dans l’anonymat d’un petit enfant « couché dans une mangeoire » (Matthieu 2, 12).

(fin)

lundi 18 juillet 2011

Le silence de Jésus (4)

Le silence de Jésus (4)

L’amour de quelqu’un ne se mesure pas à un flot de paroles. Il est tout en nuances. Il se traduit par une grande complicité, par une harmonie intérieure qui débouche sur une même façon d’agir. Il amène à se fondre l’un dans l’autre. « Ils ne feront qu’une seule chair » (Genèse 2, 24). Ce qui est dit de l’homme et de la femme qui s’épousent mutuellement, vaut pour cette autre forme d’amour qu’est l’amitié profonde et pleinement désintéressée que l’on appelle encore amour de bienveillance, dans lequel celui qui aime se donne totalement à l’autre, plus encore que dans le mariage. (lire la suite)
« Le silence de Dieu prolonge les paroles précédemment énoncées » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n° 21), parce qu’il faut les intérioriser, il faut qu’elles pénètrent dans l’esprit et dans le cœur, et que l’homme les médite, les savoure, en tire une résolution concrète et pratique qui lui fait effectuer un pas en avant sur le chemin de la sainteté.
Si Dieu permet que l’âme fasse l’expérience de la déréliction que le Christ a connue sur la Croix, qu’elle ne s’inquiète pas. Car, « dans ces moments obscurs, (Dieu) parle dans le mystère de son silence » (Ibid.). il travaille dans l’âme : « Mon Père travaille jusqu’à présent, et moi aussi je ne cesse de travailler » (Jean 5, 17). Il travaille dans l’âme, pour qu’elle se conforme au Christ crucifié. Pour qu’elle apprenne à ne pas se raccrocher aux choses d’ici-bas, mais à s’abandonner pleinement entre les mains de Dieu son Père.
En réalité, ce silence est un besoin de l’âme. Nous sommes remplis de bruits variés. Nous sommes soumis à une sorte de trépidation intérieure, qui nous poursuit même quand nous cherchons à nous reposer. Ces clameurs mondaines sont un écran qui s’interpose entre nous et Dieu. Il faut faire taire tout cela, accepter un jeûne de l’agitation intérieure et de ses décibels. Et récupérer le calme intérieur, condition sine qua non d’une authentique présence de Dieu, d’un sentiment apaisant d’être enfant de Dieu.

(à suivre…)

dimanche 17 juillet 2011

Le silence de Jésus (3)


Le silence de Jésus (3)

Le Christ se tait face à ceux qui n’attendent rien de lui, ou dont il n’y a plus rien à attendre, car les jeux sont faits quant à eux. Ils ont pris leur parti et ne sont nullement disposés à en changer.
Jésus se tait. Mais voilà qu’il fait lui-même l’expérience du silence de Dieu, de son Père. De même que le silence de Jésus face à ses détracteurs et avec l’autorité politique nous parle et nous délivre un enseignement, le silence de son Père que Jésus expérimente sur la Croix est lui aussi éloquent : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Marc 15, 34). « Le silence de Dieu, l’expérience de l’éloignement du Tout-Puissant et du Père est l’étape décisive du parcours terrestre du Fils de Dieu, Parole incarnée » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n° 21). (lire la suite)
Malgré ce vide, cette absence apparente de réponse, ce délaissement au paroxysme de l’épreuve, Jésus s’en remet à son Père, « au moment du passage, à travers la mort, à la vie éternelle : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Luc 23, 46) » (Ibid.). Le Seigneur n’a pas été coupé de son Père. Cela est impossible. Mais, dans son humanité, il a fait l’expérience de son absence. Comme Dieu l’a fait comprendre à des saints, qui se plaignaient de cette absence, par exemple à sainte Catherine de Sienne : « J'étais à côté de toi, qui prenais plaisir à te voir combattre». Dieu le Père ne pouvait trouver bonheur plus grand par conséquent que de voir son Fils lutter contre les puissances du mal afin d’apporter au genre humain le salut promis et si longtemps espéré.
La communication de Dieu à l’homme n’est pas faite que de paroles. Elle s’exprime fondamentalement et définitivement dans le Verbe de Dieu. L’exemple de sa vie est donc en lui-même un message essentiel, au contenu le plus riche. L’expérience que Jésus a faite du silence de son Père « est comparable à la situation de l’homme qui, après avoir écouté et reconnu la Parole de Dieu, doit aussi se mesurer avec son silence » (Benoît XVI, Ibid.).
La vie ne consiste pas uniquement à parler. Pour une bonne part, et peut-être même pour l’essentiel, elle est écoute, dans le recueillement et l’attitude d’ouverture à l’inspiration de l’Esprit Saint. Elle consiste à vivre ensemble ; à se retrouver côte à côte ou face à face, comme l’on voudra. « Aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1 Corinthiens 13, 12). C’est déjà le cas ici-bas.

(à suivre…)

samedi 16 juillet 2011

Le silence de Jésus (2)

Le silence de Jésus (2)

Le Seigneur apprend le bon usage du silence et de la parole. Exercice périlleux, certes, mais indispensable.
Ceux qui connaissaient la Sainte Ecriture – ce qui devait être au tout premier chef le cas des grands prêtres – auraient dû se rappeler la prophétie relative au Serviteur de Yahvé : « Maltraité il s’inclinait, il n’ouvrait pas la bouche ; tel l’agneau conduit à la boucherie, et la brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvrait pas la bouche » (Isaïe 53, 7). (lire la suite)
En écho le psalmiste reprend : « Et moi, je suis comme un sourd qui n’entend pas ; comme un muet qui n’ouvre pas la bouche. Je suis devenu comme un homme qui n’entend pas et qui n’a pas de réplique en la bouche » (Psaume 38, 14). « Je me tais, je n’ouvre pas la bouche, car c’est toi qui agis » (Psaume 39, 10). Cela correspond, en effet, aux plans rédempteurs. « Ne fallait-il pas que le Messie connût ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » (Luc 24, 26), et que s’accomplisse « pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les prophètes » (Luc 18, 31).
C’est le passage d’Isaïe relatif à ce silence de Jésus que lisait l’eunuque de la reine Candace quand le diacre Philippe, envoyé par l’Esprit Saint, vint le rejoindre et « partant de ce passage de l’Ecriture, il lui annonça Jésus » (Actes 8, 32), au point que ce haut fonctionnaire éthiopien demanda à recevoir le baptême.
Silence de Jésus donc, mais silence éloquent, qui touche les cœurs nobles et les amène sur la voie de la vérité.

(à suivre…)

vendredi 15 juillet 2011

Le silence de Jésus (1)

Le silence de Jésus (1)

Les quatre évangélistes sont d’accord pour rapporter que Jésus se taisait face à ses accusateurs, lors de sa Passion. Matthieu et Marc remarquent, pour leur part, qu’il a adopté cette attitude aussi bien devant le sanhédrin qu’en présence de Pilate. Lorsque de « nombreux témoins se fussent présentés » (Matthieu 26, 60), dont les « témoignages n’étaient pas concordants » (Marc 14, 57), le grand prêtre s’impatiente du mutisme de Jésus : « Tu ne réponds rien ! lui dit-il. Qu’est-ce que ces gens déposent contre toi ? » Mais Jésus gardait le silence » (Matthieu 26, 62-63). Tout n’était qu’un tissu de mensonges et sa propre vie lui importait peu. Plus exactement, il était résolu à mourir pour nous sauver. (lire la suite)
Mais alors le grand prêtre lui enjoint, sur un ton solennel : « Je t’adjure de par le Dieu vivant de nous dire si c’est toi qui est le Messie, le Fils de Dieu » (Matthieu 26, 63).
Curieuse question, puisqu’il n’est d’emblée pas disposé à accepter la réponse qu’il devine. « Jésus lui dit : « C’est toi-même qui l’a dit » (Matthieu 26, 64). Cette fois, il ne s’agit plus de sa propre personne, mais de la vérité. Et lui, qui est la Vérité (cf. Jean 14, 6), ne peut se taire, même si la proclamation de cette vérité-là doit lui coûter la vie : « Il a blasphémé ! Qu’avons-nous besoin encore de témoins ? Maintenant vous venez d’entendre le blasphème. Quel est votre sentiment ? Ils répondirent : « Il mérite la mort » (Matthieu 26, 65-66).
Conduit chez Pilate, car seul l’occupant romain peut prononcer une sentence de mort, Jésus laisse ses accusateurs se déchaîner à nouveau. « Il ne répondit rien aux accusations portées contre lui par les grands prêtres et les Anciens. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tout ce dont ils te chargent ? » Mais il ne lui répondit sur aucun point » (Matthieu 27, 12-14). Il a mieux à faire : il ne cesse de prier. « Si bien que le gouverneur était grandement étonné » (Matthieu 27, 14).
« Alors Pilate lui dit : « Tu refuses de me parler ? Tu ne sais pas que j’ai le pouvoir de te libérer et que j’ai le pouvoir de te faire crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. Aussi le péché de celui qui m’a livré à toi n’en est-il que plus grand » (Jean 19, 10-11).
Pilate n’en fut pas renforcé dans sa conviction de l’innocence de Jésus. Il lui demanda : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jean 18, 38), sans comprendre qu’il avait précisément affaire à la Vérité personnifiée et que ce que lui disait ce Jésus de Nazareth était la vérité pure et simple, non un coquetèle invraisemblable de reproches haineux.

(à suivre…)