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mardi 9 janvier 2007

La fin de l’Eglise ?


La fin de l'Église ?

On ne cesse d’entendre parler de la fin de l’Église. Cette ritournelle n’est pas nouvelle, d’ailleurs. L’histoire montre que, tout au long des deux millénaires de son histoire, l’Église catholique a connu des crises nombreuses et profondes, sous des formes diverses, tant internes qu’externes, et qu’elle a toujours rejailli avec vigueur là où on l’attendait le moins. (lire la suite) Elle s’en est certainement mieux sortie que la société civile. Il est vrai qu’elle connaît de nos jours, en Occident, une crise peut-être sans précédent, crise qui se traduit, entre autres, par une raréfaction préoccupante du nombre de vocations sacerdotales et religieuses, la difficulté croissante pour le peuple chrétien d’avoir accès aux sacrements, etc…
Regardons cependant au-delà du monde qui nous entoure. Les chiffres sont là, qui parlent d’eux-mêmes. Pour ne mentionner que le pontificat de Jean-Paul II — mais la tendance reste la même depuis —, le nombre de catholiques croît régulièrement de plus de dix millions par an, passant de 757 millions en 1978 à 1 060 840 000 en 2001. Pendant la même période, le nombre des évêques est passé de 3 714 à 4 649, celui des prêtres diocésains, malgré la crise de l’Europe occidentale, de 262 485 à 266 448, celui des prêtres religieux, de 158 486 à 138 619, et celui des séminaristes, de 63 882 à 112 244.
À cela il faut ajouter que, de son accession au Siège de Pierre jusqu’au 31 décembre 2002, Jean-Paul II a créé 332 nouveaux sièges archiépiscopaux et épiscopaux, 110 autres circonscriptions, cinq ordinariats militaires et la prélature personnelle de l’Opus Dei. Dans le même temps, il a élevé 200 circonscriptions de préfecture apostolique à vicariat apostolique, de vicariat apostolique à diocèse, etc. C’est dire la vitalité de l’Église catholique, en pleine expansion en Afrique, en Amérique et en Asie.
Disposant de données globales et d’une vision d’ensemble, on comprend que Jean-Paul II pouvait dire : je vois poindre un nouveau printemps de l’Église

9 janvier : anniversaire de saint Josemaria Escriva



9 janvier : anniversaire de saint Josémaria Escriva

Le 9 janvier 1902 naissait Josémaria Escriva, qui devait devenir le fondateur de l’Opus Dei (mort en 1975, il a été canonisé en 2002). Dès son enfance, la croix est présente dans sa vie. À l’âge de deux ans, en effet, il tombe gravement malade au point que le médecin, revenant le matin, demande àses parents : « À quelle heure est mort Josémaria ? » ne pouvant l’imaginer en train de sautiller dans son parc ! (lire la suite) En reconnaissance pour cette guérison, ses parents qui avaient confié l’enfant à la Sainte Vierge, le conduisirent à un vieil ermitage, dans la montagne, à quelques kilomètres de Barbastro, leur ville de résidence, dans les Pyrénées aragonaises. À la fin de sa vie, saint Josémaria fit restaurer l’ermitage et construire un vaste sanctuaire, Notre-Dame de Torreciudad. Le nom vient du latin Turris civitatis, « tour de la cité ».

Ses trois sœurs plus jeunes que lui meurent les unes après les autres, de la plus jeune à la plus âgée, en 1910, 1912 et 1913. « Dans un an, ce sera mon tour », dit-il à sa mère, qui le rassure : « Ne t’en fais pas. Je t’ai offert à la Sainte Vierge, elle veillera sur toi. » Évoquant plus tard sa guérison en 1904, elle lui dira également : « Si Notre Dame t’a laissé en ce monde, mon enfant, c’est pour quelque chose de grand, car tu étais plus mort que vif. »

En 1914, un associé indélicat provoque la faillite du négoce de don José Escriva, le père de Josémaria. La famille déménage à Barbastro. Son train de vie s’en ressent et Josémaria souffre en silence des moqueries de ses camarades. Son père décède peu avant son ordination sacerdotale, cérémonie à laquelle n’assistent que très peu de personnes, en tout cas pas son oncle chanoine, brouillé avec eux.

Ce ne sont que les débuts, auxquels viendront s’ajouter la montée de l’anticléricalisme en Espagne puis la guerre civile, avec tout ce que cela peut supposer de privations (Josémaria perd quarante kilos), la réclusion dans un asile de fous, puis dans la Légation du Honduras, la traversée des Pyrénées en plein hiver pour fuir la zone communiste, la destruction de la première résidence d’étudiants installée avec tant d’efforts avant la guerre, le début de la seconde guerre mondiale qui oblige à reporter l’expansion de l’Opus Dei à l’étranger, etc.

La croix sert donc de fondation pour la mission dont Josémaria a commencé à pressentir l’existence à l’âge de 15 ou 16 ans, et qui ne lui sera révélée que le 2 octobre 1928 au cours d’une retraite spirituelle. « L’Opus Dei se propose, dira-t-il à un journaliste, d’encourager des gens qui appartiennent à toutes les classes de la société à vivre la plénitude de la vie chrétienne au milieu du monde. Autrement dit, l’Opus Dei entend aider les personnes qui vivent dans le monde — le citoyen ordinaire, l’homme de la rue — à mener une vie pleinement chrétienne, sans pour autant modifier leur mode normal d’existence, ni leur travail habituel, ni leurs rêves et aspirations. Et donc […] on peut dire que l’Opus Dei est à la fois ancien et nouveau comme l’Évangile. Il s’agit de rappeler aux chrétiens les paroles merveilleuses qu’on lit dans la Genèse : Dieu a créé l’homme pour qu’il travaille. Nous avons fixé les yeux sur l’exemple du Christ, qui a passé la quasi-totalité de sa vie terrestre à travailler comme un artisan dans un village. Le travail n’est pas seulement une des plus hautes valeurs humaines et le moyen par lequel les hommes doivent contribuer au progrès de la société : c’est encore un chemin de sanctification » (Entretiens avec Monseigneur Escriva, n° 24).

lundi 8 janvier 2007

Bapteme de Jesus


Baptême de Jésus

L’Église fête aujourd’hui le baptême de Jésus par Jean-Baptiste dans le Jourdain. Après avoir passé quarante jours à prier et à jeûner dans le désert, Jésus vient donc recevoir le baptême de repentir que son cousin administre, même s’il n’a rien à se reprocher, étant donné qu’il est le Fils de Dieu. Il veut néanmoins nous donner par là, comme partout sa vie, un exemple, car nous, nous avons besoin de repentir. (lire la suite) Dans ce baptême, l’Église a vu l’institution du sacrement du baptême, qui efface le péché originel de l’âme, confère la grâce sanctifiante, c’est-à-dire une participation à la vie divine, rend enfant de Dieu et membre de l’Église.
« Les mystères du Baptême de Jésus et de la manifestation de sa mission, lors des noces de Cana, sont étroitement liés à l’événement salvifique de l’Épiphanie du Seigneur.
La fête du Baptême du Seigneur, dont l’importance a été soulignée à une époque récente, clôt le temps de Noël ; cela explique sans doute pourquoi elle ne donne pas lieu à des expressions particulières de la piété populaire. Elle peut néanmoins aider les fidèles à mieux prendre conscience de la signification du baptême et, en particulier, de leur propre naissance à la vie divine comme enfants de Dieu ; il est donc recommandé de promouvoir les initiatives suivantes : l’emploi du Rite de l’aspersion d’eau bénite à toutes les messes de ce dimanche, qui se célèbrent avec le concours du peuple ; l’évocation des thèmes et des symboles relatifs au baptême, au cours de l’homélie et dans l’enseignement catéchétique » (Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°119).

dimanche 7 janvier 2007

Epiphanie


Épiphanie

L'Epiphanie est « l’apparition », comme l’étymologie l’indique, la manifestation de Dieu, en l’occurrence du Fils de Dieu, Jésus-Christ, aux rois mages venus d’Orient pour l’adorer à Bethléem. Cette solennité liturgique remonte aux premiers siècles. Parmi les expressions de la piété populaire auxquelles elle a donné lieu, nous pouvons citer, (lire la suite) avec la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie (n°118). :
« — l’annonce solennelle de la fête de Pâques et des principales fêtes de l’année [qui] aide les fidèles à mieux comprendre le lien existant entre l’Épiphanie et Pâques, ainsi que l’orientation de toutes les fêtes vers la solennité chrétienne la plus importante ;
— L’échange des « cadeaux de l’Épiphanie » [qui, chez nous, sont des « cadeaux de Noël » et, dans les pays germaniques, des cadeaux de la Saint-Nicolas] ; cette tradition s’inspire du récit évangélique relatant les dons offerts par les Mages à l’enfant Jésus (cf. Matthieu 2, 11) et, plus profondément, elle évoque le don fait par le Père à l’humanité tout entière en la personne de l’Emmanuel, qui est né parmi nous (cf. Isaïe 7, 14 ; 9, 6 ; Matthieu 1, 23). Toutefois, il est souhaitable que cet échange de cadeaux, à l’occasion de l’Épiphanie, conserve son caractère religieux en reliant cette tradition à l’évocation du récit évangélique : une telle référence explicite contribuera à faire de ces cadeaux un geste de piété chrétienne, et elle les détournera de certaines influences caractérisées par le luxe, le faste et le gaspillage, qui sont étrangères à l’origine de cette tradition ;
— La bénédiction des maisons, sur les portes desquelles les fidèles ont placé la croix du Seigneur, le chiffre de l’année qui commence et les initiales des noms traditionnels des saints Mages (C+M+B) [Caspard ou Gaspard, Melchior et Balthazar], qui sont aussi celles de l’expression : Christus mansionem benedicat [« le Christ bénit cette maison »], écrites avec de la craie bénite. Ces gestes, qui sont accomplis en présence de nombreux enfants accompagnés par les adultes, expriment le désir des fidèles de recevoir la bénédiction du Christ par l’intercession des saints Mages, et ils sont aussi l’occasion de recueillir des offrandes en faveur des œuvres caritatives et missionnaires ;
— Les gestes de solidarité en faveur des hommes et des femmes qui, à l’exemple des Mages, proviennent de pays lointains. Ainsi, la piété populaire suscite chez les fidèles cette attitude d’accueil cordial et de solidarité concrète à l’égard de tous hommes, qu’ils soient chrétiens ou non.
— l’aide consentie à l’évangélisation des peuples. Au niveau de la piété populaire, la connotation missionnaire très forte de l’Épiphanie s’est traduite par la multiplication d’initiatives en faveur des missions, spécialement celles qui sont liées à « l’Œuvre missionnaire de la Sainte Enfance » instituée par le Siège Apostolique [en réalité fondée à Nancy, en 1843, par Monseigneur de Forbin-Janson,et devenue pontificale en 1922];
— La désignation de saints Patrons. La coutume existe, dans de nombreuses communautés religieuses et confréries, d’assigner à chacun de leurs membres, un saint, sous le patronage duquel il sera placé durant toute l’année. »

samedi 6 janvier 2007

Les chretiens sont-ils des malfaiteurs ?

Les chrétiens sont-ils des malfaiteurs ?

La question s’est posée très tôt, puisque saint Pierre exhorte les premiers chrétiens en ces termes : « Ayez une belle conduite au milieu des païens : de la sorte, même sur le point où ils vous calomnient en vous traitant de malfaiteurs, éclairés par vos bonnes œuvres, ils glorifieront Dieu le Jour où il les visitera »(1 Pierre 2, 12).
Drôles de malfaiteurs qui se sont entendu recommander : « Bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent » (Luc 6, 28) ; (lire la suite) « aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Matthieu 5, 44) ; « aimez vos ennemis » (Luc 6, 35) ; « bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, ne maudissez pas » (Romains 12, 14). Eux qui ont été aussi invités à se réjouir « quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Eux que l’Apôtre Paul exhorte en ces termes : « Obéissez à vos chefs et soyez-leur soumis » (Hébreux 13, 17).
Peu importent ces racontars. Ce qui compte, c’est que les autres « voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). Jusqu’à la fin du monde, certains tiendront les chrétiens « pour des imposteurs tout en étant véridiques, pour des inconnus tout en étant bien connus, pour des mourants alors que nous sommes des vivants, pour des gens qu’on châtie alors qu’ils ne meurent pas, pour des affligés alors que nous sommes toujours dans la joie, pour des pauvres alors que nous faisons beaucoup de riches, pour des gens qui n’ont rien alors que nous possédons tout » (2 Corinthiens 6, 9-10).
Car Dieu est le Bien suprême et absolu. Et si nous existons, c’est pour le connaître et l’aimer, le faire connaître et aimer. Les biens les meilleurs ne sont pas les biens matériels, mais ceux qui viennent de Dieu. C’est pourquoi au jeune homme qui lui demande : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? » Jésus répond : « Il te manque encore une chose : vends tout ce que tu as, distribues-en le produit aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens et suis-moi » (Luc 18, 18.22).
C’est ce qui permettra à saint Paul de dire : « Cherchez les choses d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Ayez le sens des choses d’en haut, non de celles de la terre » (Colossiens 3, 1-2).
Alors, les chrétiens, des malfaiteurs… ?

vendredi 5 janvier 2007

Un livre de Denis Lensel


Un livre de Denis Lensel

Denis Lensel a publié récemment un nouvel ouvrage intitulé Insupportables catholiques ! avec pour sous-titre Du bon usage d’une discrimination négative (Paris, François-Xavier de Guibert, 2006, 187 pages, 18 €.)

« Ce livre, écrit au titre de simple fidèle et d’observateur devenu témoin, écrit-il dans l’avant-propos, s’adresse surtout au public, fréquemment sollicité par les leurres des manifestes « modernistes » (lire la suite) : une intelligentsia qui a jeté par-dessus bord la boussole chrétienne nous sommée de rejoindre le troupeau des moutons de Panurge en nous jetant dans le maëlstrom du matérialisme pratique contemporain. »
L’ouvrage comprend huit chapitres. Le premier, « la « Génération Benoît XVI » après la « Génération Jean-Paul II », montre l’action du Saint-Esprit dans l’Église et dans le monde et voit dans les Journées mondiales de la jeunesse une préfiguration progressive de l’Église de demain. Le chapitre II étudie « le drame d’un intellectualisme sans Dieu », un intellectualisme qui cherche à évacuer la foi chrétienne en oubliant l’apport libérateur de l’Évangile. Cette entreprise risque de provoquer un recul spirituel en détruisant les acquis de l’évangélisation. À cette fin, toute une intelligentsia s’est laissée gagner par la tentation de passer avec le monde politique moderne un traité de déracinement du christianisme en Europe et en Occident.
Au chapitre III l’auteur indique que « la liberté intérieure de l’Église catholique est mise en accusation en vain ». L’Église se voit reprocher un grief majeur : elle refuse d’entrer dans le moule du monde moderne à la modernité indéfinie… Mais la liberté intérieure des croyants peut rester hors d’atteinte des accusateurs publics d’aujourd’hui, quand elle s’appuie sur une spiritualité forte. « Le syndrome de la concession perpétuelle » est le sujet du chapitre IV. La France naguère fille aînée de l’Église est-elle devenue un pays de démission faute de se reconnaître comme un pays de mission ? s’interroge Denis Lensel. Le catholicisme est dénoncé comme « exculturé », autrement dit proscrit de la modernité.
Nous sommes face à une alternative : « un individualisme imposé collectivement ou un sursaut commun ? » (chapitre V). Un conformisme grégaire est opposé au magistère de l’Église : on fait croire à chaque individu qu’il est libre, tout en le livrant systématiquement au conditionnement de ses propres caprices et de ses propres pulsions. Mais un sursaut est possible, comme on le voit chez les jeunes à l’occasion des J.M.J. Le chapitre VI rappelle que « l’Église est une famille spirituelle, et non pas une institution temporelle ». La mise en cause de l’Église comme une « institution » bureaucratique qui aurait été conçue comme fin en soi est inadéquate, car Elle est une vaste famille humaine, spirituelle, fondée sur l’Incarnation de Jésus-Christ.
Au chapitre VII, nous abordons « un défi majeur à relever par les chrétiens : une nouvelle récusation de la notion de nature humaine et de la notion d’ordre naturel, et donc un reniement de la création divine ». Les chrétiens doivent contrecarrer aujourd’hui une volonté de détruire la souche même de la famille. Après l’Église et le noyau familial, on s’attaque à la notion même de nature. Une régression sans précédent est à craindre, de par une révolte contre la Création divine. Mais la vérité de la vie familiale réelle peut témoigner de la supériorité de cette « Église domestique » qu’est la famille sur les utopies temporelles déstructurations. Le dernier chapitre traite du « combat permanent de l’Église contre un monde inhumain, un monde indigne de Dieu et de l’homme file Dieu ». C’est le combat des défenseurs d’une humanité blessée, des artisans de la paix d’une humanité libérée dans sa plénitude, dans une association à l’achèvement de la création divine à la suite du Christ.
En conclusion, l’auteur redemande : « Mais où est l’Église ? » Elle est d’abord, et elle doit demeurer sur le chemin du Christ, Dieu fait homme pour sauver l’humanité. C’est-à-dire sur le chemin de l’amour. Cette Église, l’Église du Christ, se trouve là où les scribes d’aujourd’hui ne l’attendent pas : chez les humbles, chez tous ceux qui savent que l’amour du Christ les libère.

jeudi 4 janvier 2007

2. La moralite des actes humains

2. La moralité des actes humains

Est humain un acte de l’homme ou de la femme qui est libre et volontaire. N’est donc pas humain en ce sens l’acte de l’enfant qui n’a pas encore atteint l’usage de la raison, pas plus que celui du fou, du moins dans les moments où il n’est pas lucide. « Les actes humains, c’est-à-dire librement choisis par suite d’un jugement de conscience, sont moralement qualifiables. Ils sont bons ou mauvais » (lire la suite) (Catéchisme de l’Église catholique, n°1749). Ils peuvent aussi être indifférents du point de vue de leur qualification morale : il est indifférent, par exemple, que j’écrive ce texte sur la toile ou sur une feuille de papier, debout ou assis. « L’agir est moralement bon quand les choix libres sont conformes au vrai bien de l’homme et manifestent ainsi l’orientation volontaire de la personne vers sa fin ultime, à savoir Dieu lui-même » (Jean-Paul II, encyclique Veritatis splendor, 6 août 1993, n° 72). « La question initiale du dialogue entre le jeune homme et Jésus : « Que dois‑je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » (Matthieu 19, 16) met immédiatement en évidence le lien essentiel entre la valeur morale d’un acte et la fin ultime de l’homme […]. La réponse de Jésus et la référence aux commandements manifestent aussi que la voie qui mène à cette fin est marquée par le respect des lois divines qui sauvegardent le bien humain. Seul l’acte conforme au bien peut être la voie qui conduit à la vie » (Ibid.).
Il s’ensuit une conséquence importante : la qualification morale d’un acte humain, le fait qu’il soit moralement bon ou moralement mauvais, n’est pas une notion acquise par un vote populaire ou démocratique ; elle n’est pas davantage le fruit de sondages ou l’adaptation à un consensus, à ce que l’on appelle de nos jours la pensée « politiquement correcte ». La qualification morale des actes humains échappe en partie à l’emprise de l’homme, en ce sens que la référence qui permet de juger de la moralité n’est pas l’impression du moment, la sensation ou le profit que j’en retire, mais l’adéquation de mon acte à la loi morale objective, c’est-à-dire à la loi divine inscrite par Dieu dans la nature humaine, présentée sous la forme d’un droit positif que sont les Dix commandements remis par Dieu à Moïse (cf. Exode 24, 12-18 ; Deutéronome 9, 9-10). Je disais que la qualification morale échappe « en partie » à la volonté de l’homme, parce qu’il est question ici des actes humains, donc des actes dans lesquels l’homme engage sa liberté. C’est bien lui, en définitive, qui agit et donc qui fait que le bien ou le mal soient présents sur terre, progressent ou régressent.
Intervient ici la notion de liberté, qui demande quelques précisions.


(à suivre…)

mercredi 3 janvier 2007

3 janvier : sainte Genevieve


3 janvier : sainte Geneviève

De père franc romanisé, Severus, et de mère gallo-romaine, Geneviève naît en 422 à Nanterre. Fille unique, elle était obligée, selon le code juridique romain publié par Théodose II en 438, d'exercer la charge de magistrat municipal de son père à la mort de celui-ci, ce qui lui donnait déjà une autorité sur ses concitoyens. À l'âge de sept ans, elle rencontre (lire la suite) Germain, évêque d'Auxerre, et Loup, évêque de Troyes, qui faisaient halte dans cette bourgade avant de s'embarquer pour l'Angleterre pour y combattre, sur l'ordre du pape, l'hérésie de Pélage. Éclairé par une lumière divine, le saint discerna cette modeste enfant parmi la foule accourue sur ses pas: « Béni soit, dit-il à ses parents, le jour où cette enfant vous fut donnée: Sa naissance a été saluée par les anges, et Dieu la destine à de grandes choses. » Puis, s'adressant à la jeune enfant, il la confirma dans son désir de se donner tout à Dieu : « Ayez confiance, ma fille, lui dit-il, demeurez inébranlable dans votre vocation ; le Seigneur vous donnera force et courage. » Lorsque sa mère est frappée de cécité pour avoir donné un soufflet à Geneviève, celle-ci la guérit avec de l'eau qu'elle a bénie.
Geneviève promet à Germain de se consacrer au Christ, et, à quinze ans, elle reçoit le voile des vierges des mains de l’archevêque de Paris. Elle avait le droit d'instruire les femmes et possédait la clef du baptistère de la cathédrale de Paris située dans lie de la Cité. À l'époque, en effet, il n'existait pas de monastères de femmes et celles qui souhaitaient se consacrer au Seigneur continuaient à vivre dans le monde, simplement distinguées par le voile de leur consécration. À la mort de ses parents, Geneviève vient habiter à Paris chez sa marraine. Elle n'était heureuse que dans son éloignement du monde, en la compagnie de Jésus, de Marie et de son ange gardien. Elle vit dans le silence, la prière et la mortification, ne se nourrissant que deux fois par semaine. Malgré ses austérités, extases et miracles, le démon jaloux suscita contre elle la haine populaire. Il fallut un nouveau passage de saint Germain de Nanterre pour rétablir sa réputation : « Cette vierge, dit-il, sera votre salut à tous. » Elle est aussi favorisée de grâces extraordinaires, en lisant dans les consciences et en guérissant les corps au nom du Christ par des onctions d'huile.
En 451, Attila franchit le Rhin à la tête des Huns et envahit la Gaule. Pris de panique, les Parisiens veulent fuir. Geneviève les convainc de demeurer dans la ville. Elle réunit les femmes au baptistère et leur demande de supplier le Ciel d'épargner leur ville ; elle interdit aux hommes de quitter la ville affirmant que les Huns ne passeraient point par Paris. Ils se replient effectivement vers le nord et sont définitivement vaincus aux Champs Catalauniques. Geneviève devint quasiment la seule autorité et le seul espoir des populations du centre du bassin Parisien.
Les rois sont tous ariens : le wisigoth Euric, le romain Odoacre, les Burgondes. Geneviève promeut le catholicisme en lançant le culte du premier évêque de Lutèce, saint Denis. Elle fait bâtir une église sur l'emplacement de son tombeau.
Elle noue des contacts avec Childéric et ses Francs. Mais ceux-ci vont convoiter la cité florissante qu’est Lutèce. Après sa victoire sur Syagrius à Soissons en 486, Clovis se contente d’affaiblir les territoires entre Oise et Loire, pendant une dizaine d'années. Il convoite Lutèce, dont il saisit l'importance stratégique et commerciale. Mais Lutèce et Geneviève refusent tout compromis avec Clovis, car il n'a pas respecté, contrairement à Childéric 1er, l'indépendance de la vaste enclave romaine en Gaule. Geneviève, première autorité de la ville, interdit aux Francs de Clovis de pénétrer dans la ville. C'est donc une cité en armes, fortifiée, aux ponts incendiés et coupés qui fait face aux Francs. Clovis pendant 10 ans l'investira en vain. Il sait que l'exigence principale de Geneviève pour la reddition de la ville, est sa conversion et celle de tous ses guerriers au christianisme
En 494, alors qu'il rentre à Soissons (de retour de Burgondie ou il a aidé Godegisèle à combattre son frère Gondebaud) Clovis apprend la mort de son nouveau né Ingomer que Clotilde à fait baptiser. Il ne supporte plus la résistance de Lutèce et renforce le siège.
Tout le territoire de la cité fut menacé de famine, mais Geneviève réquisitionnant onze bateaux, remonta le fleuve jusqu’en Champagne et fit acheminer le blé nécessaire à la population parisienne. De retour dans sa ville, elle surveilla la fabrication du pain, le fit vendre à ceux qui en avaient les moyens, et distribuer gratuitement aux pauvres. Véritable maîtresse politique et religieuse de Paris, elle s'était montrée capable de briser l'embargo de Clovis, roi des Francs, sans se mettre en désaccord avec lui.
Résolument anti-arienne, elle veut la « fin de la guerre civile » et la « conversion du Roi des Francs », fille elle-même d'un Franc, elle sait que cette conversion est possible. Ce premier point fut appliqué grâce à ses interventions systématiques auprès de Childéric puis de son fils Clovis pour leur arracher littéralement la grâce des prisonniers de guerre gallo-romains coupables de collaborer avec les Wisigoths. Le deuxième point commença à devenir réalité, lorsque Clotilde, princesse catholique Burgonde, épousa Clovis. Dès lors les deux femmes allaient renforcer mutuellement leur action pour une transformation complète du nord de la gaule et la défaite de l'arianisme.
La nouvelle de la conversion de Clovis, de ses officiers et soldats et de leur baptême par saint Remi en 496 à Reims a déjà fait le tour du royaume Franc, elle a été reçue à Paris avec enthousiasme et par Geneviève avec joie. Désormais, rien ne s'oppose à ce que le roi des Francs entre solennellement dans la ville des Parisiens.
Geneviève meurt le 3 janvier 502, à près de 90 ans. Elle est enterrée à Paris dans un cimetière suburbain existant. Clovis fit édifier, avec Clotilde, la basilique des Saints-Apôtres sur la tombe même de Sainte Geneviève, église qui fut appelée Sainte-Geneviève dès le VIIe siècle : c’est l’actuel Panthéon. Le corps de la sainte est transporté en 845 à Marizy par crainte des Normands et rapporté à Paris en 890. À partir du XIIe siècle, la châsse contenant ses reliques est portée en procession à travers Paris. Des miracles ont lieu sur son passage en particulier lors du mal des ardents. Ses reliques sont brûlées par les révolutionnaires en 1793, mais son tombeau vide, transporté dans l'église voisine Saint-Étienne-du-Mont continue d'être vénéré.
Sainte Geneviève est la patronne de Paris, du diocèse de Nanterre, et des gendarmes.

mardi 2 janvier 2007

La question du bien et du mal

La question du bien et du mal

Se poser la question de la distinction entre le bien et le mal est utile pour la vie quotidienne. De fait, nous nous la posons fréquemment : ceci est-il bon, est-il mauvais ? Puis-je faire ceci ou dois-je omettre de le faire ? De plus, nous sommes dans une société qui vit beaucoup en fonction de l’affectivité, de l’émotivité, échappant ainsi à toute rationalité. On ne s’interroge pas sur le caractère objectivement bon ou mauvais d’un acte, mais on réagit par rapport à ce que cela me dit, me rapporte, au consensus social, à ce qui est pratiqué par la majorité, etc. (lire la suite)
Étant donné que c’est une question qui a beaucoup d’incidences pratiques, il n’est pas inutile de remonter en amont pour voir à partir de l’existence de normes morales et de la liberté comment nous prenons des décisions de nature morale et la qualification qu’elles peuvent revêtir.
Nous verrons successivement :
1. Le mal peut-il devenir bon ?
2. La moralité des actes humains
3. La liberté humaine
4. La loi naturelle
5. La loi divino-positive
6. L’homme face à la loi
7. L’homme face à la loi (suite)
8. La conscience
9. Les formes de conscience
10. La moralité des actes humains. L’objet moral
11. L’objet moral (suite)
12. L’intention
13. Les circonstances
14. Les actions indirectement volontaires
15. La responsabilité
16. Le « mérite »
17. L’avortement
18. L’avortement (suite)
19. L’euthanasie

1. Le mal peut-il devenir bon ?
Les théologiens moralistes nous disent que ce qui est mal, c’est-à-dire ce qui ne peut pas être orienté vers Dieu, le Bien suprême et la fin ultime de l’homme, est et reste un mal quels que soient l’intention de celui qui agit et les circonstances de son action. Des circonstances atténuantes pourront se présenter éventuellement qui, comme leur nom l’indique, diminuent la responsabilité de l’individu et donc sa culpabilité. Mais ce qui est mal reste mal. En aucun cas il ne peut devenir bon. Alors que le bien, lui, peut devenir un mal, principalement si j’agis avec une intention non droite, mauvaise. Si je fais l’aumône dans l’intention que le mendiant s’enivre, ce n’est plus un acte de charité que j’ai accompli, mais un acte mauvais qui, de plus, me fait participer à la malice de celui qui s’enivre et aux conséquences que son ébriété peut entraîner éventuellement pour des tiers, comme un accident de la route, par exemple.
J’ai déjà parlé de la vérité et de l’attitude qu’elle requiert de notre part (voir mes textes en mai et juin 2006 sur dominique-le-tourneau.hautetfort.com). En quelque sorte, la vérité ne se négocie pas : elle est ou elle n’est pas. Mais si nous sommes en présence de la vérité, alors il ne nous reste qu’une option : y adhérer. Le droit au désaccord, au dissent, est une invention de ceux que la vérité dérange dans le petit monde qu’ils se sont bâti pour leur confort intellectuel ou autre.
Autrement dit, l’idée que « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » est fausse en soi. Ceci a beaucoup d’applications pratiques dans la vie courante. C’est à partir de ce principe essentiel que l’on peut expliquer, par exemple, pourquoi si l’avortement est un mal dans certains cas, comme la loi humaine le reconnaît, il l’est nécessairement dans tous les cas, ou pourquoi si l’euthanasie est bien un crime sanctionné par la loi, il ne peut en aucun cas devenir un bien. S’agissant de graves problèmes auxquels notre société est confrontée, j’y reviendrai ultérieurement.
Mais il convient au préalable de nous interroger sur le caractère moral des actes humains.

(à suivre…)

lundi 1 janvier 2007

Salut : changement d'hebergeur

Salut : changement d'hébergeur

Tous mes meilleurs voeux pour 2007 à mes fidèles internautes de hautetfort et à ceux qui les rejoindront au long de cette année. Ils me trouveront désormais ici. Bien entendu, ils ont accès aux textes mis en ligne depuis mars 2006 en cliquant sur le lien
dominique-le-tourneau.hautetfort.com.
Je rappelle qu'une nouvelle chronique est ajoutée quotidiennement.
Si vous êtes satisfaits de ce bloc-note (anglice dicto "blog"), n'hésitez pas à le faire connaître. En 9 mois de 2006, il a reçu 26904 visites et 76802 pages ont été visitées.
Je n'abandonne pas pour autant hautetfort, où je mettrai une citation pour chaque jour dominique-le-tourneau.hautetfort.com.

1er janvier : Maternite divine de Marie


1er janvier : Maternité divine de Marie

L’Église commence l’année en célébrant, le 1er janvier, la solennité de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu. La maternité divine et virginale de Marie est la principale de ses prérogatives, celle qui justifie toutes les autres. C’est en même temps son titre principal. Événement unique dans l’ordre du salut, le choix que Dieu a fait de Marie pour êtres sa Mère a été pour elle la cause de sa gloire extraordinaire, et est pour nous la source de toutes les grâces et du salut, puisque Marie nous a permis d’accueillir l’auteur de la vie.

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La piété populaire peut s’exprimer ce jour-là de façon très appropriée en s’adressant à la Sainte Vierge en ces termes : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs. »

Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie, publié le 17 décembre 2001 par la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements (n° 116-117), précise qu’« en Occident le 1er janvier marque le commencement de l’année civile. Les fidèles, qui sont immergés eux aussi dans l’atmosphère festive si caractéristique du début de l’année, échangent avec tous ceux qu’ils rencontrent les vœux de « bonne année ». Toutefois, tout en respectant cette coutume, ils doivent être capables de lui donner une nouvelle dimension en insistant sur sa signification chrétienne et ils peuvent même en faire un acte de piété religieuse. En effet, les fidèles savent que la « nouvelle année » est placée sous le pouvoir souverain du Christ et c’est pourquoi, en échangeant les vœux du nouvel an, ils confient ce dernier, d’une manière plus ou moins explicite, au Seigneur tout-puissant, à qui appartiennent les jours et les siècles pour l’éternité (cf. Apocalypse 1, 8 ; 22, 13).

Cette volonté des fidèles de conférer au nouvel an une dimension pleinement chrétienne se traduit dans la coutume très répandue de chanter le Veni, creator Spiritus, en ce jour du 1er janvier, pour demander à l’Esprit Saint d’inspirer, tout au long de l’année, les pensées et les actions de chaque fidèle et des communautés chrétiennes.

L’un des principaux vœux de nouvel an, que se souhaitent mutuellement les hommes et les femmes, est celui de la paix. Ce « vœu de la paix » a de profondes racines bibliques et christologiques, qui se rapportent spécialement au mystère de la Nativité. Les hommes de tous les temps ont évoqué unanimement le « bien de la paix », tout en n’hésitant pas à le remettre en cause fréquemment d’une manière violente et destructrice, qui a pour nom: la guerre.

Depuis 1967, le Siège Apostolique, qui a toujours montré sa solidarité avec les aspirations profondes des peuples, a décidé de célébrer, à la date 1er janvier, la « Journée mondiale de la paix » [à l’occasion de laquelle le saint-père ne manque pas de publier un message spécial].

La piété populaire n’est pas demeurée insensible à cette initiative du Siège Apostolique; c’est pourquoi, dans le contexte de la naissance du Prince de la paix, elle a fait de ce jour un moment intense de prières pour la paix, et d’éducation à la paix et aux valeurs qui lui sont indissolublement liées, parmi lesquelles il convient de citer notamment la liberté, la solidarité et l’esprit fraternel, la dignité de la personne humaine, le respect de la nature, le droit au travail, et le caractère sacré de la vie, ce qui incite les chrétiens à dénoncer les situations marquées par l’injustice, qui ont pour effet de troubler les consciences et de menacer la paix. »