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mercredi 10 octobre 2007

Qu'etaient les Pharisiens, les Saduceens, les Esseniens, les Zelotes ?

title=Qu'étaient les Pharisiens, les Saducéens, les Esséniens, les Zélotes ?

En Palestine, au Ier siècle, dans la population juive, sont nés divers groupes en fonction des sensibilités quant à l’interprétation des sources littéraires et à la manière de vivre la religion d’Israël.
Au temps de Jésus, les Pharisiens étaient les plus estimés du peuple. Leur nom, en hébreu perushim, signifie « ceux qui sont mis à part ». Ils accordaient la plus grande attention aux questions liées à l’observance des lois de pureté rituelle, même en dehors du Temple. Les normes de pureté sacerdotale, établies pour le culte, étaient devenues pour eux (lire la suite) un idéal de vie dans toutes les actions de l’existence quotidienne, qui se trouvait ainsi ritualisée et sacralisée. En plus de la Loi écrite (Torah ou Pentateuque), ils avaient rassemblé une série de traditions et de façons d’accomplir les prescriptions de la Loi, auxquelles étaient attachées une importance de plus en plus grande au point de finir par les considérer comme une Torah orale, également attribuée à Dieu. Selon leurs convictions, la Torah orale fut donnée en même temps que la Torah écrite, à Moïse, au mont Sinaï, si bien que l’une et l’autre jouissaient, à leurs yeux, de la même autorité.
Pour une partie des Pharisiens, la dimension politique jouait un rôle décisif dans leur existence et se trouvait liée à l’engagement en faveur de l’indépendance nationale, car aucun pouvoir étranger ne devait s’imposer par-dessus la souveraineté du Seigneur sur son peuple. Ce sont ceux que l’on connaissait sous le nom de Zélotes, nom qu'ils s'étaient probablement donné eux-mêmes, par allusion à leur zèle pour Dieu et pour l’accomplissement de la Loi. Bien qu’ils pensaient que le salut vient de Dieu, ils étaient aussi convaincus que Dieu compte sur la collaboration humaine pour apporter ce salut. Cette collaboration se situait pour eux d’abord sur le plan purement religieux, moyennant le zèle pour le strict accomplissement de la Loi. Plus tard, à partir des années cinquante, ils considérèrent de plus en plus que cette collaboration devait aussi se manifester sur le plan militaire, de sorte que l’on ne devait pas écarter l’usage de la violence si celle-ci s’avérait nécessaire pour vaincre, ni non plus craindre de mourir au combat, puisque c’était une sorte de martyre pour sanctifier le nom du Seigneur.

(à suivre...)

mardi 9 octobre 2007

Le pithécanthrope et autres farces évolutionnistes

Le pithécanthrope et autres farces évolutionnistes

Le pithécanthrope
L'embryologiste allemand Ernst Haeckel avait évoqué l'existence du Pithecanthropus alalus (homme-singe muet). En 1887, il envoie en Asie un de ses élèves, le docteur Eugène Dubois. Celui-ci, après des recherches infructueuses à Sumatra, découvre en 1891, à Trinil, le vestige attendu : une calotte crânienne, et à 1 et 3 mètres d'elle, deux molaires nettement simiennes. L'année suivante, il déterre à 15 mètres de là un fémur identique à celui de l'Homo sapiens. C'est assez pour qu'il annonce en 1894 la trouvaille de l'Homo erectus. On tient là l'ancêtre simien que prévoyaient les évolutionnistes. Une reproduction figurera à l'exposition universelle de 1900.
En réalité, Dubois lui-même avoua en 1930 qu'il y avait sur le site de nombreux autres restes animaux intercalés entre calotte et fémur ; en fait, des fragments d'humains et de singes. En 1936, il convenait que la calotte crânienne de Trinil devait provenir d'un grand gibbon. Ainsi, « l'ancêtre de l'homme » le plus célèbre, connu de tous les écoliers, repose sur une construction fictive, voire frauduleuse.

L'homme de Piltdown
L'histoire est maintenant bien connue. Résumons à grands traits : en février 1912, sur le site de Piltdown, à 40 kms de Hastings (Angleterre), Dawson et son ami Woodward trouvent des fragments de crâne humain, puis une demi-mâchoire inférieure, qu'ils associent l'un à l'autre. Ils présentent leur trouvaille à la société de géologie, en décembre 1912, sous le nom d'Eoanthropus dawsonii, « le plus ancien des Anglais », nouvel intermédiaire entre l'homme et le singe. En 1913, le P. Teilhard de Chardin trouve dans les déblais une canine semblable à celle d'un chimpanzé, confirmant la « forme de passage » entre le singe et l'homme. On pense y tenir la preuve de l'évolution. On aménage le site de Piltdown, déclaré monument historique.
C'est en 1955 seulement que la vérité est connue, grâce au livre de J.S. Weiner, publié à Oxford, The Piltdown forgery (La supercherie de Piltdown). Tous les fragments trouvés sur le site « sont d'un singe moderne, délibérément altérés pour simuler des spécimens fossilisés, en les usant et en les patinant artificiellement ». On a pu identifier le faussaire : W.R. Butterfield, curateur du Musée de Hastings, qui voulait déconsidérer son collègue de Londres, sir Arthur Smith-Woodward.
Entre 1913 et 1955, plus de cent études sur l'homme de Piltdown avaient paru dans les annales scientifiques.

L'homme de Pékin
Entre 1921 et 1936, on découvrit ) Chou-Kou-Tien, dans une ancienne caverne remplie d'ossements d'animaux de toute espèce, des vestiges de singes anthropiens, ainsi que des traces de feu et des outils en quartzite. Des fouilles systématiques, financées par la fondation Rockfeller, permirent au docteur Davidson Black de découvrir des mâchoires, des dents, et une trentaine de calottes occipitales brisées appartenant à un type de grand singe. L'une de ces calottes servit à la reconstitution officielle du « Sinanthropus pekinensis ». En 1931, Black en publiait la description. Ce sinanthrope avait fait du feu. C'était donc un humanoïde !
Mais en 1933, on découvrait dans une grotte annexe les restes de six hommes modernes (dont trois crânes complets). Force fut d'admettre, avec le célèbre paléontologue Marcelin Boule, que l'homme qui avait laissé des outils dans la caverne faisait ses repas des animaux dont on avait trouvé les restes dans le gouffre de 15m qui termine la caverne : éléphants, daims, buffles,... et « sinanthrope » ! Aujourd'hui encore, la cervelle de singe est un mets réputé... Et « l'homme de Pékin », qui figure encore dans certaines généalogies officielles de l'homme, n'est qu'un singe !

Que croire ? Qui croire , L'évolution, hypothèses ou certitudes , 140 ans après Darwin, Les Cahiers d'Edifa, n° 3, mai 1998, p. 30-31.

lundi 8 octobre 2007

Les rapports de Jésus avec l’empire romain

Les rapports de Jésus avec l’empire romain

Dans le panorama social et politique complexe et bien souvent crispé dans lequel Jésus a vécu, on est frappé du fait que Jésus n’ait pas manifesté d’entrée de jeu un rejet déclaré de l’État romain, bien qu’il ne l’accepte pas non plus de façon acritique.
Un épisode significatif est celui, mentionné par les trois Évangiles synoptiques, où des pharisiens, qui se sont mis d'accord pour l’occasion avec des hérodiens, essaient de le prendre au piège avec une question captieuse : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai (lire la suite) et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur » (Matthieu 22, 16-17). La réaction de Jésus est bien connue : « Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : Cette effigie et cette légende de qui sont-elles ? – De l’empereur César, répondirent-ils. Alors il leur dit : Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Matthieu 22, 18-21).
La réponse de Jésus transcende l’horizon humain de ses tentateurs. Elle est au-delà du oui ou du non qu’ils voulaient lui arracher. La question était très insidieuse, car elle essayait de réduire l’attitude religieuse et transcendante de Jésus à un engagement temporel. La question, dans le contexte où elle était posée, l’obligeait presque à se positionner soit comme un collaborateur de l’occupant de la Palestine, soit comme un révolutionnaire.
Face à cette provocation, Jésus ne confond pas le Règne de Dieu avec l’État. D’une part, il reconnaît les compétences de l’État dans l’organisation de ce qui est ordonné au bien commun, comme c’est le cas de la collecte des impôts. Mais, d'autre part, il montre que la souveraineté de l’État n’est pas absolue. Dans le monde romain d’alors, où l'on rendait un culte divin à l’empereur, Jésus ne reconnaît pas à l’État cette sphère de compétence : il y a des choses que l’on ne doit pas à César mais à Dieu. L’institution civile et l’institution religieuse, selon l’enseignement de Jésus, ne doivent pas se confondre ni interférer dans des questions qui ne sont pas de leur ressort, mais œuvrer en harmonie, en respectant chacune la sphère de compétence de l’autre.
La vie de beaucoup de premiers chrétiens, qui étaient des citoyens courants, travaillant chacun avec ses concitoyens dans la construction de la société où ils vivaient, mais qui ont offert le témoignage du martyre lorsque des lois injustes prétendaient les contraindre à ne pas respecter ce qui vient de Dieu, constitue la meilleure exégèse de ces paroles de Jésus.

original en espagnol par Francisco Varo,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

dimanche 7 octobre 2007

Vous avez dit hasard ?

Vous avez dit hasard ?

Le caractère aléatoire de l'apparition de la vie se heurte aujourd'hui au calcul des probabilités. L'astronome Fred Hoyle s'est exercé à un calcul de ce type. Partant des protéines présentes dans le corps humain, il a essayé d'évaluer le temps nécessaire à leur formation en la supposant possible dans la « soupe primordiale » sous l'effet de décharges électriques. Estimant l'âge de la terre à 4,6 milliards d'années, le résultat se chiffre à 293 fois cette durée pour obtenir une seule d'entre elles ! Or il y en a 2000 000...
L'improbabilité de la formation d'un organisme « primitif » est encore bien plus grande (lire la suite) : la moindre bactérie implique 2 000 enzymes environ, et ceux-ci supposent l'existence de protéines complexes nécessaires à la formation des autres 198 000 chaînes protéiques. La probabilité de voir ces 2 000 enzymes fondamentaux résulter du hasard est infinitésimale : environ une sur 10 à la puissance 40 000 (dix suivi de quarante mille zéros).
Pour rendre intelligible cet argument, Hoyle évoque le jeu de dés : cette probabilité équivaut à celle de jouer avec deux dés (non truqués...) 50 000 fois de suite un double 6.
La loi de Borel, bien connue des statisticiens, stipule que les événements remarquables de probabilité faible ne se produisent pas. Le seuil d'impossibilité cosmique absolu est estimé à 1 sur 10 puissance 200. Avec une puissance 40 000, on est tellement au-delà qu'une constatation est claire : les biologistes qui évoquent le hasard comme origine de la vie ne font qu'avouer un a priori extra-scientifique.

Que croire ? Qui croire , L'évolution, hypothèses ou certitudes , 140 ans après Darwin, Les Cahiers d'Edifa, n° 3, mai 1998, p. 26.

samedi 6 octobre 2007

La Doctrine sociale de l'Église

La Doctrine sociale de l'Église

Anne Despaigne,
Comprendre la Doctrine Sociale de l’Église, préface de Jehan de Saint Chamas, Flavigny, Traditions Monastiques, 2007, 150 pages

Notre société, qui relègue Dieu dans la sphère de la vie privée, accorde peu d’attention à la Doctrine Sociale de l’Église. Cependant, exposer cette doctrine sociale, c’est illustrer dans tous les domaines de la vie humaine - qui est sociale par essence - la réponse de l’homme à son Créateur.
Le discours de l’Église en la matière s’adresse à tous les hommes (lire la suite)de bonne volonté, chrétiens ou non. Ceci peut surprendre ; mais l’Église ne transmet-elle pas la vérité sur l’homme, sachant d’où il vient et où il va ? Ce livre part d’une réflexion sur l’ordre naturel, lequel n’est pas une idéologie, mais la clef du bonheur humain, de la paix, de la concorde et de la prospérité. Il étudie d'abord des question d'antrhopologie en se demandant « Qu'est-ce que l'homme ». Puis, après avoir défini ce qu'est la Doctrine sociale de l'Église, l'auteur aborde en autant de chapitres l'exercice de la liberté, la communication des biens, l'autorité, le principe de subsidiarité, la famille, la propriété, le travail (avec un paragraphe sur la spiritualité du travail), le rôle de l'autorité politique et enfin le rôle des institutions (avec un paragraphe sur la vocation propre des laïcs).
Conçu comme un manuel de formation, semblable à un petit catéchisme de la Doctrine Sociale, cet ouvrage aide à mettre efficacement en œuvre les consignes de Benoît XVI dans l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis : « Il est nécessaire que, dans les diocèses et dans les communautés chrétiennes, on fasse connaître et on promeuve la Doctrine Sociale de l’Église. Dans ce patrimoine précieux, provenant de la plus antique tradition ecclésiale, nous trouvons les éléments qui orientent, de manière très sage, le comportement des chrétiens face aux questions sociales brûlantes. Cette doctrine, mûrie tout au long de l’histoire bimillénaire de l’Église, se caractérise par son réalisme et son équilibre, aidant ainsi à éviter les compromis erronés ou les vagues utopies. »
« Que Dieu me donne des pensées dignes des dons reçus », demandait le sage. La joie du chrétien, c’est de constater mieux chaque jour la perfection, la cohérence et l’harmonie des œuvres de Dieu ! L’harmonie entre la Doctrine Sociale de l’Église et l’élan naturel de notre vie spirituelle » (Jehan de Saint Chamas, préface).

vendredi 5 octobre 2007

Choisis par Dieu

Choisis par Dieu

« Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais moi qui vous ai choisis » (Jean 15, 16). Cette affirmation du Seigneur à ses apôtres le Jeudi Saint ne concerne pas seulement leur fonction de disciples. Elle trouve une première application dans le don gratuit de la vie. « L'Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, encyclique Humani generis) - elle n'est pas produite par les parents » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 366). Autrement dit, sans cette intervention directe de Dieu, il ne peut exister de personne humaine. Chacun de nous peut donc dire en toute propriété que Dieu l'a choisi et qu'il est (lire la suite) « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et spes, n° 24).
Toute action de Dieu est ordonnée à quelque chose. Jésus le précise à ses apôtres : c'est « moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis » (Jean 15, 16). C'est-à-dire que, d'abord, l'initiative vient toujours de Dieu, non de l'homme. C'est lui qui nous donne la vie, lui qui appelle qui il veut par le don de la foi et de la grâce, lui qui nous envoie à la place que nous occupons dans la société pour être ses témoins. Si nous comprenons cela, nous perdons toute raison de nous lamenter, de nous plaindre, de jalouser les autres ou de penser que nous ne sommes bons à rien.
Dans les plans de Dieu, ce n'est pas la qualité de l'instrument qui compte, mais celle de l'artiste divin. Qui aurait choisi des pêcheurs de Galilée pour révolutionner le monde ? C'est ce que Jésus a fait, et la révolution chrétienne est en marche depuis lors.
Donc le lieu où nous vivons, avec les rencontres qu'il permet, le travail qui nous revient, est le lieu privilégié de notre sanctification. Car Jésus précise encore : « Je vous ai établis pour que vous alliez » (Jean 15, 16), c'est-à-dire que vous soyez actifs, que vous alliez vers les autres, que vous leur annonciez l'Évangile de Vie, que vous soyez mes témoins, que vous ne restiez pas égoïstement repliés sur vous-mêmes, enfermés dans votre petit monde étroit et mesquin.

jeudi 4 octobre 2007

4 octobre : saint François d'Assise

4 octobre : saint François d'Assise

« À tous les chrétiens, religieux et laïques, hommes et femmes, à tous ceux qui habitent dans le monde entier, le frère François, leur serviteur et leur sujet : hommage et respect, vraie paix du ciel et sincère charité dans le Seigneur. » C'est en ces termes que saint François commence sa Lettre à tous les fidèles. Considérant que sa santé l'empêche d'aller « vous visiter tous et chacun », ce qui serait de toute évidence un projet irréalisable, il se propose d'adresser en effet à tous les humains cette lettre et ce message, « pour vous rapporter les paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est la Parole du Père, et les paroles du Saint-Esprit, qui sont Esprit et Vie ».
Ce message de saint François a le grand mérite (lire la suite) de considérer que tous sont aimés de Dieu et donc appelés à se sanctifier et à parvenir à la patrie célestes. Tous sont invités à entrer dans la dynamique de la vie existant au sein de la Trinité bienheureuse. L'exhorde de la lettre nous place en effet d'emblée face aux trois Personnes divines.
Les exhortations à aimer le Seigneur et faire ce qu'il dit dans l'Évangile, à imiter le Christ qui de riche qu'il était s'est fait pauvre et a accompli la volonté de son Père jusqu'au bout, à faire des œuvres de pénitence, à être simples, humbles et purs et non sages et prudents selon la chair et selon le monde, tracent un chemin de sainteté. « Tous ceux qui agiront ainsi et persévéreront jusqu'à la fin, l'Esprit du Seigneur reposera sur eux et fera en eux habitation et demeure, et ils seront fils du Père céleste dont ils font les œuvres : et ils seront époux, frères et mères de Notre Seigneur Jésus-Christ », ce qui est une réminiscence de l'affirmation du Maître : « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est pour
moi frère, sœur et mère » (Matthieu 12, 50).

mercredi 3 octobre 2007

Octobre : le mois du rosaire


Octobre : le mois du rosaire


Tout au long du mois d'octobre, l'Église invite les fidèles à réciter le chapelet, dont le cycle complet est appelé le saint Rosaire. Le 7 de ce mois, elle fête Notre-Dame du Rosaire. Le mois d'octobre est donc, avec le mois de mai, le deuxième mois marial de l'année. Ce qui n'exclue pas, bien évidemment, que la piété mariale soit très présente dans la vie du baptisé tout au long de l'année. J'ai souligné ici-même telle ou telle fête de notre Mère.
Pour aider à la contemplation des « mystères » du rosaire, c'est-à-dire des scènes de la vie de notre Seigneur et de sa très Sainte Mère qu'ils rappellent, j'ai composé l'an dernier des textes auxquels on pourra se reporter, à partir du premier d'entre eux qui était une présentation générale du rosaire.

mardi 2 octobre 2007

2 octobre : les anges gardiens

2 octobre : les anges gardiens

Après avoir fêté les saints archanges Michel, Gabriel, Raphaël le 29 septembre, nous fêtons aujourd'hui les saints anges gardiens. Voici ce que saint Basile (vers 330-379), moine et évêque de Césarée en Cappadoce, docteur de l'Église, nous dit à leur sujet : « Les cieux ont été affermis par la parole du Seigneur, et toute leur armée par le souffle de sa bouche » (Psaume 32, 6)... Comment ne pas penser à la Trinité : le Seigneur qui ordonne, la Parole qui crée, le Souffle qui affermit ? Que veut dire « affermir », sinon parfaire en sainteté, ce mot désignant sûrement le fait d'être solidement fixé dans le bien ? Mais sans l'Esprit Saint, pas de sainteté, car les puissances des cieux ne sont pas saintes par leur propre nature, autrement elles ne différeraient pas de l'Esprit Saint ; elles tiennent de l'Esprit la mesure de leur sainteté chacune à son rang...
La substance des anges est (lire la suite) peut-être un souffle aérien ou un feu immatériel. Un psaume dit : « Tu prends les vents pour messagers, pour serviteurs un feu de flamme » (Psaume 103,4). C'est pourquoi, ils peuvent être dans un lieu et ensuite devenir visibles sous un aspect corporel à ceux qui en sont dignes. Mais la sainteté... leur est communiquée par l'Esprit. Et les anges se maintiennent dans leur dignité en persévérant dans le bien, en gardant leur choix ; elles choisissent de ne jamais s'écarter du vrai bien...
Comment les anges diraient-ils : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux » (Luc 2,14) sinon par l'Esprit ? En effet, « personne ne peut dire : « Jésus est le Seigneur »,' sinon dans l'Esprit Saint, et personne, s'il parle dans l'Esprit de Dieu, ne dit : « Maudit soit Jésus » (1 Corinthiens 12,3). Voilà ce qu'auront dit précisément les esprits mauvais, adversaires de Dieu... dans leur libre-arbitre... Toutes les puissances invisibles (Colossiens 1,16), pourraient-elles mener une vie bienheureuse si elles ne voyaient pas sans cesse la face du Père qui est dans les cieux ? (Matthieu 18,10) Or, cette vision-là, on ne peut pas l'avoir sans l'Esprit... Les séraphins diraient-ils : « Saint, Saint, Saint » (Isaïe 6,3) si l'Esprit ne leur avait pas appris cette louange ? Si tous ses anges et toutes ses puissances célestes louent Dieu (Psaume 148, 2), si des milliers de milliers d'anges et d'innombrables myriades de ministres se tiennent près de lui, c'est dans la force de l'Esprit Saint qui régit toute cette harmonie céleste et indicible dans le service de Dieu et dans l'accord mutuel » (Traité du Saint Esprit, ch. 16).
On n'oubliera pas que c'est un 2 octobre que l'Opus Dei a été fondé par saint Josémaria. Une prière pour les activités apostoliques de la prélature et pour son prélat, monseigneur Xavier Echevarria, sont les bienvenues.

lundi 1 octobre 2007

1er octobre : Sainte Therese

1er octobre : Sainte Thérèse

Nous fêtons aujourd'hui avec l'Église sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face. Écoutons-la nous parler des difficultés de la vie qu'elle sait aborder avec une vision très surnaturelle. Ces soucis, loin de la préoccuper ou de lui faire perdre la paix, lui paraissent une bénédiction de Dieu et un véritable moyen de progrès spirituel.
« La vie souvent est pesante, écrit-elle à sa sœur Céline, quelle amertume... mais quelle douceur ! Oui la vie coûte, il est pénible de commencer une journée de labeur, (lire la suite) le faible bouton comme le beau lis » (Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face, Une course de géant. Lettres (édition intégrale), « Lettre 57 à Céline », lundi 23 juil. 88, Paris, 1977, p. 156). Et pourtant il faut bien s'y mettre. Par devoir ? Plus que par devoir, par amour. C'est ce que saint Josémaria qualifiait de « minutes héroïques », depuis celle du lever jusqu'à la fin de la journée : « Triomphe chaque jour de toi-même dès le premier instant, en te levant ponctuellement à heure fixe, sans concéder une seule minute à la paresse. Si, avec l’aide de Dieu, tu te vaincs, tu auras pris beaucoup d’avance pour le reste de la journée. Il est si démoralisant de se sentir battu à la première escarmouche ! » (Chemin, n° 191).
« Si encore on sentait Jésus, oh ! on ferait bien tout pour lui, ajoute la petite Thérèse, mais non, il paraît à mille lieues, nous sommes seuls avec nous-mêmes, oh ! l'ennuyeuse compagnie quand Jésus n'est pas là » (sainte Thérèse, Ibid.). Et pourtant, Dieu est « intimior intimo meo », Dieu m'est plus intime que je ne le suis à moi-même, comme saint Augustin l'écrit en connaissance de cause (Confessions 3, 6, 11).
Cela ne nous interdit pas de l'interpeller : « Mais que fait-il donc ce doux ami, il ne voit donc pas notre angoisse, le poids qui nous oppresse ? où est-il, pourquoi ne vient-il pas nous consoler, puisque nous n'avons que lui pour ami ? Hélas ! il n'est pas loin, il est là tout près, qui nous regarde, qui nous mendie cette tristesse, cette agonie, il en a besoin pour les âmes, pour notre âme, il veut nous donner une si belle récompense, ses ambitions pour nous sont si grandes » (sainte Thérèse, Ibid.). Voilà une grande réalité, sublime en vérité : Dieu compte avec nous pour nous sanctifier : « Celui qui t'a créé sans toi, ne voulait pas te sauver sans toi (saint Augustin, Sermon 169, 11, 13). Il compte aussi avec nous pour sanctifier les autres ; il attend que nous lui offrions notre vie pour s'en servir au profit des âmes. Les projets divins sont assurément formidables et grands. Il vaut la peine d'être généreux et de porter notre croix quotidienne avec le Seigneur.

dimanche 30 septembre 2007

L'Eglise et la sexualite

L'Église et la sexualité

Voici le compte rendu d'un ouvrage très actuel : Guy Bedouelle, Jean-Louis Bruguès, Philippe Becquart, L'Église et la sexualité. Repères historiques et regards actuels, Paris, Cerf, 2006, 271 p.

Jean-Louis Bruguès est évêque d'Angers. Jadis membre de la Commission théologie internationale, il a appartenu également au Comité national consultatif d'éthique. Guy Bedouelle, professeur d'histoire de l'Église à l'Université de Fribourg, en Suisse, et président du Centre dominicain d'études du Saulchoir est, depuis peu, Recteur de l'Université catholique de l'Ouest, à Angers. Philippe Becquart est moraliste et historien, assistant à la faculté de théologie de Fribourg. Il est marié et père de famille.
L'objectif de l'ouvrage, est-il dit en quatrième de couverture, est « de fournir quelques clés pour comprendre comment la parole de l'Église est à la fois enracinée dans une expérience historique collective avec ses bouleversements et une compréhension aimante de la condition sexuée de l'humanité ». Pour cela, (lire la suite) la part belle est donnée à la dimension historique des problèmes étudiés. Le premier d'entre eux est la notion de mariage, à partir des deux types de mariage de la société antique (le modèle de l'Ancien Testament et le monde grec), puis de l'avènement du mariage chrétien et la doctrine qu'en élabore le Moyen Âge, suivie de la sécularisation du mariage du XVIème au XXème siècles. Une « petite théologie du mariage » et de l'amour est présentée ensuite à partir des questionnements qui se posent de nos jours. L'ouvrage souligne que « la réflexion théologique du sacrement de mariage s'est profondément enrichie ces trente dernières années d'un renouvellement de perspective grâce à la doctrine philosophique (voit « l'on-do-logie » de Cl. Bruaire) et théologique des « dons ». Cette perspective nouvelle, intégrant davantage les notions de « liberté », de « personne », de « dignité humaine », est de toute évidence une ligne de recherche féconde tant pour la vie concrète des couples que pour l'enseignement ecclésial.
Le chap. 2 étudie la période « des fiançailles aux relations préconjugales ». Le point de vue historique situe les origines d'une exigence, à savoir la prohibition des relations hors mariage dans l'Écriture et la Tradition, puis décrit les fiançailles qui institutionnalisent le lien et la sexualité avant mariage. Une évaluation morale de la sexualité hors mariage est donnée ensuite qui, partant de la prolifération du concubinage actuelle, rappelle que l'Église a pris la défense de la sexualité, en particulier contre une culture philosophique marquée par le dualisme tenant la suprématie de l'esprit sur un « corps prison » ou encore des déviances théologiques récurrentes interdisant l'exercice de la sexualité et niant la bonté du corps humain. « Si la sexualité ne peut être vécue que dans le mariage, c'est qu'elle exprime un des aspects fondamentaux de la révélation judéo-chrétienne : l'alliance entre l'homme et la femme réfère directement à la relation du Christ-Époux à son Église-Épouse ».
Le chap. suivant aborde la question de « la contraception », d'abord à partir d'une brève histoire du désir de l'homme et de la femme de maîtriser leur fécondité, puis d'un exposé de la maîtrise de la fertilité selon le magistère contemporain et du sens de la sexualité suivant la théologie du corps développée par le pape Jean-Paul II, où l'accent est mis sur l'amour conjugal comme don total de soi. Les auteurs estiment qu'« évangéliser la sexualité humaine est une tâche exaltante confiée à chaque chrétien. Elle ouvre un chemin de vérité et de liberté. L'attrait réel, mais relatif, des méthodes naturelles de régulation des naissances, leur fiabilité aujourd'hui remarquable offrent un apport substantiel à la crédibilité de la parole de l'Église sur la fécondité humaine ».
« L'avortement » est un autre sujet brûlant. Il est déjà pratiqué dans l'Antiquité païenne et judéo-chrétienne ; il l'est encore à l'époque médiévale, qui discute autour de l'animation de l'embryon, et moderne. L'Église reste un « signe de contradiction » en défendant la vie. Mais l'avortement continue de jeter un défi éthique. « La permanence d'un nombre élevé d'avortements (...) oblige à repenser la question du statut de l'embryon au regard des sciences, du droit et de l'éthique. Quelle est la définition scientifique de l'embryon ? Les découvertes de la biologie contemporaine ne permettent-elles pas de relancer la réflexion philosophique sur le caractère humain de la vie embryonnaire ? Enfin, comment répondre aux défis éthiques soulevés par la maîtrise de la vie de l'homme par l'homme ? » Telles sont les questions brièvement abordées ici.
Le chap. suivant porte sur « la masturbation », d'abord selon les sources de l'antiquité, puis avec, du XIIème au XVIIème siècles, un raidissement doctrinal qu'accompagne une indifférence des fidèles. On assiste ensuite à un « flux et reflux » de la lutte anti-masturbatoire, la masturbation étant présentée par des ouvrages, puis des médecins, comme source de nombreuses maladies. Elle est présentée comme un vice redoutable qui met en cause la société tout entière. C'est « le discours d'apparence scientifique et rationnel qui l'emporte sur le discours religieux ». Au XXème siècle, les anciennes conceptions disparaissent pour laisser la place à des idées parfois très contradictoires, sous l'effet d'une évolution sans chef de file véritable. « Une fois les idées traditionnelles mises en doute, par contagion intellectuelle, on abandonne ce que l'on considère désormais comme des préjugés. » Le sens moral de la masturbation est présenté à la fin du chapitre : c'est d'abord le rappel de la doctrine traditionnelle, qui n'a jamais été directement une des préoccupations de l'Église, puis l'inflexion personnaliste dans les années 1950 et 1960, qui ne se centre plus seulement sur l'acte mais cherche à comprendre les raisons qui poussent la personne et les circonstances pouvant atténuer la responsabilité de la personne. La Congrégation pour la doctrine de la Foi publie l'instruction Persona humana, en 1975, et la Congrégation pour l'éducation catholique l'instruction Orientations éducatives sur l'amour humain, en 1983. En conclusion, « il est clair que l'acte qui consiste à se donner à soi-même, de manière solitaire ou même avec d'autres, le plaisir vénérien est en contradiction avec le sens de la sexualité compris comme une alliance d'amour ».
Nous en arrivons à « l'homosexualité et la différence sexuelle ». L'homosexualité est vue successivement durant l'Antiquité, à l'ère chrétienne et aujourd'hui. Bien que largement inexpliquée, l'homosexualité, après avoir été cachée et pourchassée, est désormais revendiquée et se trouve légitimée par la loi dans un certain nombre de pays. La Congrégation pour la doctrine de la Foi a publié l'instruction Au sujet des propositions de loi sur la non-discrimination des personnes homosexuelles, en 1992. Il est relevé que l'homosexualité ne peut pas être source de droits, mais que ce sont les personnes qui sont des sujets de droits et de devoirs. Le respect des personnes homosexuelles n'implique pas d'approuver leurs « unions » et mois encore leur reconnaissance juridique. La position de l'Église catholique est présentée à partir de Persona humana, des « directives pour le ministère auprès des homosexuels » de la Commission théologique des évêques suisses, de 1979, des Orientations éducatives sur l'amour humain, déjà citées, de la Lettre aux évêques de l'Église catholique sur la pastorale à l'égard des personnes homosexuelles, de 1986, et du Catéchisme de l'Église catholique. « L'Église ne renonce pas à affirmer la dignité plénière de toute personne quelle que soit sa tendance sexuelle, et donc à reconnaître la liberté qui est la sienne dans chaque acte de sa vie affective. »
Un dernier chapitre aborde la question de « la chasteté et la pudeur », avec une brève synthèse d'une conception chrétienne de la sexualité. La Bible offre quatre caractéristiques essentielles de la sexualité : elle est bonne et source de jubilation, elles est promesse de bonheur, la différence et la pluralité des sexes est constitutive de l'identité de l'être individuel, avec l'œuvre rédemptrice du Christ le mariage retrouve la pureté et l'exigence des origines. Les auteurs proposent trois « attitudes » pour un nouvel art de vivre sa sexualité : la chasteté, qui consiste à « mettre de l'amour dans l'amour », la continence, vue comme une « épreuve transformante » et la pudeur ou le « tact de l'âme ». « Si la chasteté, comme vertu chrétienne, déplace la sexualité dans le temps du salut, auquel le baptême incorpore, la pudeur en est, en quelque sorte, le signe antécédent. L'une et l'autre rappellent que l'amour n'est pas seulement un désir de jouissance, mais aussi et d'abord un désir de l'autre découvert et accueilli comme une personne. »
Une brève conclusion souligne que c'est dans le mystère trinitaire « que se comprend l'amour humain total, unitif et fécond ». Suit une bibliographie comportant des ouvrages généraux et d'autres ouvrages spécifiques à chaque chapitre.
Cet ouvrage a le mérite de la clarté. Les auteurs n'éludent pas les problèmes posés par la crise de la civilisation contemporaine, notamment en Occident. Si les énoncés historiques auraient pu être parfois un peu simplifiés, ils contribuent à faire comprendre les positions de l'Église catholique et la doctrine qu'elle continue d'annoncer pour défendre la dignité de la personne humaine.

samedi 29 septembre 2007

Les anges (4)

Les anges (4)

La piété populaire a contribué, d’une manière particulière, au développement de la dévotion envers l’Ange Gardien. Saint Basile le Grand (+379) enseignait déjà que « chaque fidèle a, près de lui, un Ange qui le protège et le conduit sur le chemin qui mène à la vie éternelle ». Cette doctrine vénérable s’est peu à peu consolidée tout au long des siècles en se rattachant à des fondements bibliques (lire la suite) et patristiques, et elle a donné naissance à des expressions variées de la piété populaire, jusqu’à l’œuvre de saint Bernard de Clairvaux (+ 1153), qui est considéré comme le grand docteur et l’apôtre éminent de la dévotion envers les Anges Gardiens. Pour saint Bernard, les Anges Gardiens sont la preuve que « le ciel ne néglige rien de ce qui peut nous être utile », c’est pourquoi il place « à nos côtés ces esprits célestes qui ont pour mission de nous protéger, de nous instruire et de nous guider ».
La dévotion envers les Anges Gardiens suscite aussi un style de vie qui est caractérisé par :
- l’action de grâces adressée à Dieu qui accepte de placer des esprits d’une si grande sainteté et dignité au service des hommes ;
- une attitude de droiture et de piété, suscitée par la conscience de vivre constamment en présence des saints Anges ;
- une confiance sereine dans les situations difficiles, inspirée par la conviction que le Seigneur guide et assiste le fidèle sur le chemin de la justice, en recourant en particulier au ministère des Anges.
Parmi les prières adressées à l’Ange Gardien, celle de l’Angele Dei est particulièrement répandue ; dans de nombreuses familles, elle fait partie de la prière du matin et du soir, et, en de nombreux endroits, elle accompagne aussi la prière de l’Angelus Domini.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 213-217.

vendredi 28 septembre 2007

Les anges (3)

Les anges (3)

L’Église qui, à ses débuts, fut gardée et défendue par le ministère des Anges (Actes 5, 17-20 ; 12, 6-11) expérimente constamment la « protection mystérieuse et puissante » de ces esprits célestes, qu’elle vénère et dont elle sollicite l’intercession.
Au cours de l’Année liturgique, l’Église célèbre la participation des Anges aux événements du salut ; elle consacre aussi (lire la suite) à leur mémoire certains jours particuliers : le 29 septembre (fête des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël) et le 2 octobre (mémoire des Anges Gardiens). L’Église célèbre encore en leur honneur une Messe votive, dont la préface proclame que « la gloire de Dieu resplendit dans les Anges » ; dans la célébration des mystères divins, elle s’associe au chant des Anges pour proclamer la gloire du Dieu trois fois saint (cf. Isaïe 6, 3) et elle sollicite leur aide pour porter l’offrande eucharistique « sur l’autel céleste, en présence de la gloire de Dieu » ; elle célèbre l’office de louange en leur présence (cf. Psaume 137, 1) ; elle confie les prières des fidèles au ministère des Anges (cf. Apocalypse 5, 8 ; 8, 3), ainsi que la douleur des pénitents, et la défense des innocents contre les attaques du Malin ; à la fin de chaque journée, elle implore Dieu d’envoyer ses anges pour garder ceux qui prient dans la paix ; elle prie les esprits célestes de venir en aide aux agonisants ; et, au cours du rite des obsèques, elle supplie les Anges d’accompagner l’âme du défunt jusqu’au paradis et de garder son tombeau.
Tout au long des siècles, les fidèles ont exprimé leur foi dans le ministère des Anges en recourant à de nombreuses formes de piété : ainsi, ils ont choisi les Anges comme patrons des villes et protecteurs des corporations; ils ont érigé en leur honneur des sanctuaires célèbres (le Mont-Saint-Michel en Normandie, Saint-Michel de Cluse dans le Piémont, et dans les Saint-Michel du Mont-Gargan dans les Pouilles), et fixé des jours de fête ; enfin, ils ont composé des hymnes et des pieux exercices.

(à suivre...)

jeudi 27 septembre 2007

Les anges (2)


Les anges (2)


Les fidèles savent aussi que les anges sont présents dans un certain nombre d’épisodes de la vie de Jésus, où ils exercent une fonction particulière : ainsi, l’Ange Gabriel annonce à Marie qu’elle concevra et donnera naissance au Fils du Très-Haut (cf. Luc 1, 26-38), et, de même, un Ange révèle à Joseph l’origine surnaturelle de la maternité de la Vierge (cf. Matthieu 1, 18-25) ; les Anges annoncent (lire la suite) aux bergers de Bethléem la joyeuse nouvelle de la naissance du Sauveur (cf. Luc 2, 8-14) ; « l’Ange du Seigneur » protège la vie de l’enfant Jésus menacée par Hérode (cf. Matthieu 2, 13-20) ; les Anges assistent Jésus pendant son séjour dans le désert (cf. Matthieu 4, 11) et ils le réconfortent durant son agonie (cf. Luc 22, 43) ; enfin, ils annoncent aux femmes, qui se rendent au tombeau du Christ, que celui-ci est « ressuscité » (cf. Marc 16, 1-8), et ils interviennent encore au moment de l’Ascension pour révéler aux disciples le sens de cet événement et pour annoncer que « Jésus... reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel » (Actes 1, 11).
Les fidèles comprennent l’importance de l’avertissement de Jésus de ne pas mépriser un seul des petits qui croient en lui, « parce que leurs Anges dans les cieux contemplent sans cesse la face de mon Père » (Matthieu 18, 10), ainsi que la parole réconfortante selon laquelle « il y a de la joie chez les Anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit » (Luc 15, 10). Enfin, les fidèles savent que « le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les Anges avec lui » (Matthieu 25, 31) pour juger les vivants et les morts, et mettre un point final à l’histoire.

(à suivre...)

mercredi 26 septembre 2007

Les anges (1)

Les anges (1)

L’Église, dans son enseignement, présente, dans un langage clair et sobre, « l’existence des êtres spirituels et incorporels, que la Sainte Écriture appelle les Anges, comme une vérité de foi. À ce témoignage explicite de l’Écriture correspond l’unanimité de la Tradition. »
Selon l’Écriture Sainte, les Anges sont les messagers de Dieu, « invincibles porteurs de ses ordres, attentifs au son de sa parole » (Psaume 103, 20), placés au service de son dessein de salut, « envoyés en service pour ceux qui (lire la suite) doivent hériter du salut » (Hébreux 1, 14).
Les fidèles n’ignorent pas généralement les nombreux épisodes de l’Ancienne et de la Nouvelle alliance, dans lesquels les saints Anges manifestent leur présence. Ainsi, ils savent notamment que les Anges gardent les portes du paradis terrestre (cf. Genèse 3, 24), qu’ils sauvent Agar
et son enfant Ismaël (cf. Genèse 21, 17), qu’ils retiennent la main d’Abraham qui s’apprête à sacrifier Isaac (cf. Genèse 22, 11), qu’ils annoncent des naissances prodigieuses (cf. Juges 13, 3-7), qu’ils gardent les pas du juste (cf. Psaume 91, 11), qu’ils louent sans cesse le Seigneur (cf. Is 6, 1-4), et qu’ils présentent à Dieu les prières des saints (cf. Apocalypse 8, 3-4). Ils se souviennent aussi de l’Ange qui intervint en faveur du prophète Élie, en fuite et à bout de forces (cf. 1 Rois 19, 4-8), d’Azarias et de ses compagnons jetés dans la fournaise (cf. Daniel 3, 49-50), de Daniel enfermé dans la fosse aux lions (cf. Daniel 6, 23). Enfin, l’histoire de Tobie leur est familière : Raphaël « l’un des sept Anges qui se tiennent devant le Seigneur » (Tobie 12, 15), rendit de nombreux services à Tobie, au jeune Tobie, son fils, et à Sara, la femme de ce dernier.

(à suivre...)

mardi 25 septembre 2007

Le bon Samaritain (4)

Le bon Samaritain (4)

Quel exemple pour nous, qui fuyons si facilement les pauvres et les mendiants, de peur de nous attirer des complications, de perdre notre précieux temps ! Il y a longtemps que la « place du pauvre » a disparu de nos foyers, malheureusement. C'est un appauvrissement de notre humanité : elle est devenue moins humaine du fait qu'elle est plus tributaire du matériel.
Nous ne savons pas nous compliquer l'existence pour autrui, si ce n'est peut-être (lire la suite) rapidement, en passant, l'espace de quelques heures, et encore... Le Samaritain, lui, montre qu'il ne cesse de penser à un homme auquel rien ne l'attache, si ce n'est le lien de l'amour. Et c'est l'essentiel.
Si au moins nous sachions prier pour ceux qui sont dans le besoin et que nous ne pouvons pas aider directement, ce serait déjà quelque chose de bon, de très bon. Nous ne pouvons pas remédier à toutes les misères du monde. Jésus lui-même n'y es pas parvenu : « Vous aurez toujours des pauvres avec vous » (Jean 12, 8). Mais Jésus nous a appris que la façon d'y porter remède consiste à aimer et que l'amour vrai implique de donner sa vie pour les autres : Jésus, « après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin » (Jean 13, 1).
Tirer cinq euros de son porte-monnaie paraît déjà à beaucoup une folie... Ils ont donné pour se débarrasser de celui que nous considérions comme un importun et pour se donner bonne conscience. Quand nous n'avons pas détourné la tête, exactement comme le prêtre et le lévite de la parabole, alors que le mendiant, qui ne s'attend pas à recevoir une aumône de chaque passant, aurait apprécié un sourire ou que nous nous arrêtions quelques instants à nous intéresser à lui de plus près.
À nous de voir si nous sommes le lévite ou le Samaritain, et à en tirer les conséquences. Parce que, de toute façon, Dieu les tirera un jour pour nous : « Venez, les bénis de mon Père : prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde.
Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; j'ai été malade, et vous m'avez visité ; j'étais en prison, et vous êtes venus à moi. (...) Allez-vous-en loin de moi, les maudits, au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité » (Matthieu 25, 34-36.41-43).

(fin)

lundi 24 septembre 2007

Le bon Samaritain (3)

Le bon Samaritain (3)

Il faut reconnaître aussi qu'au contact de Jésus la souffrance change de signe : de négative elle devient le signe plus, le signe de l'affirmatif, du positif, de la victoire du Christ.
Il ne nous appartient pas de juger le prêtre et le lévite, qui ont sans doute agi selon leur conscience, (lire la suite) peut-être mal formée. Le Samaritain a fait face à la situation avec grandeur d'âmes, en acceptant les complications que cette situation comportait pour lui, le surcroît de fatigue qu'elle entraînait. Cette petite croix, courageusement acceptée, lui aura été aussi favorable. Car, nous devons nous rendre compte que la douleur, physique ou morale, n'est pas seulement utile à celui qui en souffre, en ce sens qu'il peut l'offrir, notamment à la messe, et participe ainsi à la Croix rédemptrice du Christ. Mais cette douleur permet aussi à quelqu'un, ou à plusieurs, de venir en aide à celui qui souffre, de vivre la charité envers lui, et d'imiter ainsi le Christ qui a donné sa vie pour nous (cf. 1 Jean 3, 16 : « A ceci nous avons connu l'amour, c'est que Lui a donné sa vie pour nous »). Et en plus, même s'il n'y pense pas sur le moment et s'il agit de façon purement désintéressée, c'est le Seigneur souffrant auquel il vient en aide : « Tout ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (Matthieu 25, 40).
Arrivé à l'hôtellerie, le Samaritain ne pense pas à son repos : « Il prend soin » (Luc 10, 34) du blessé, qui n'est qu'un inconnu pour lui, mais en qui il a vue un autre lui-même. Il reste attentif aux besoins de ce malheureux, refait ses pansements, l'aide à manger et l'installe du mieux qu'il peut pour qu'il se repose. Sans doute le met-il dans la meilleure chambre, celle à laquelle il aurait pu légitimement prétendre, se contentant d'un habitacle plus modeste. Il ne va prendre un repos bien mérité qu'une fois que le malade s'est endormi.
« Le lendemain, tirant deux deniers, il les donna à l'hôtelier et lui dit : « Prends soin de lui, et ce que tu pourrais dépenser en plus, c'est moi qui te le rembourserai à mon retour » (Luc 10, 35). Il aurait pu en rester là et se désintéresser de la suite. Après tout, ce qu'il a fait est déjà beaucoup. Eh bien non ! Son amour du prochain est sincère et large. Il sait que l'amour ne peut être calculateur ni se limiter à la stricte justice, mais qu'il est un torrent que rien ne peut arrêter.
Le Samaritain doit repasser dans quelques jours. L'homme détroussé et blessé, sans doute parce qu'il a essayé de défendre ses biens, ne sera pas encore pleinement rétabli. Alors le Samaritain verse des arrhes d'après un calcul qu'il a dû faire avec largesse, et demande à l'hôtelier de faire tout le nécessaire pour que son client ne manque de rien.

(à suivre...)

dimanche 23 septembre 2007

Le bon Samaritain (2)

Le bon Samaritain (2)

Le Samaritain interrompt donc son voyage, probablement un voyage d'affaires plus que d'agrément. Cela l'oblige à changer ses plans. Il pensait pouvoir faire étape dans une bourgade déterminée : il devra s'arrêter avant. Il est pris de compassion. C'est l'aspect décisif. Cet homme a du cœur. Il a un cœur de chair, non de pierre (cf. Ézéchiel 11, 19 : « Je leur donnerai un seul cœur ; je mettrai au-dedans d'eux un esprit nouveau ; et j'ôterai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair »), un cœur qui sait aimer pour de bon, un cœur qui ne reste pas insensible face à la détresse d'autrui : « Nous trouvons à l’intérieur du christianisme la vraie lumière, qui apporte toujours une réponse à tous les problèmes : (lire la suite) il suffit que vous vous efforciez d’être sincèrement catholiques, non verbo neque lingua, sed opere et veritate (1 Jean 3, 18) non pas avec des mots, ou avec la langue mais en actes et en vérité. Dites-le, sans faux-fuyants, sans crainte, chaque fois que l’occasion se présentera, et recherchez-la si c’est nécessaire (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 171). Voilà qui est dit !
C'est ce qui avait amené Jésus à intervenir quand, approchant de la ville de Naïm, il avait rencontré un cortège éploré menant au cimetière le fils unique d'une veuve. L'évangéliste remarque que Jésus est ému de compassion : « Comme il approchait de la porte de la ville, voilà qu'on emportait un mort, fils unique de sa mère, laquelle était veuve, et une foule considérable (de gens) de la ville étaient avec elle. Le Seigneur l'ayant vue, fut touché de compassion pour elle, et il lui dit : « Ne pleurez pas. » Et s'approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s'arrêtèrent ; et il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! » (Luc 7, 12-14).
Cette fois-là, personne n'a formulé de demande, nul ne s'est adressé à lui pour lui demander un miracle. C'est de sa propre initiative qu'il intervient. Son cœur de chair, son Cœur Sacré, ne peut pas supporter la situation, et Jésus vole au secours de cette femme qui va se retrouver toute seule.
Dieu aurait pu éviter que l'enfant meure. Bien sûr ? Mais en intervenant a posteriori, le miracle est plus grand et manifeste le pouvoir de Dieu, qui s'étend même à la mort. « Jésus est venu sur la terre pour souffrir..., et pour éviter aux autres les souffrances — même terrestre » (saint Josémaria, Forge, n° 1044). Pas toutes, évidemment. Ce n'est pas possible. Ni concevable, car la souffrance nous unit à la Croix rédemptrice et renferme donc une extraordinaire valeur expiatrice et sanctificatrice.

(à suivre...)

samedi 22 septembre 2007

Le bon Samaritain (1)

Le bon Samaritain (1)

Le prêtre et le lévite passent leur chemin, indifférents à cet homme qui gît sur le bord de la route, bien mal en point. Leur cœur ne s'émeut pas ou, s'il est touché, ils ne le laissent pas voir, car des raisons impérieuses, à ce qu'il semble, leur commandent de poursuivre leur route. On peut chercher plusieurs explications à une telle attitude que nous qualifierions de nos jours de non-assistance à personne en danger : des affaires urgentes ne supportant pas (lire la suite) le moindre retard, la crainte de contracter une impureté légale en touchant un blessé sanguinolent... Quel que soit le cas de figure, nous sommes loin de la mise en pratique du grand commandement de l'amour : « Écoute Israël : le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. Et tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et de toute ta force. Le second est celui-ci : Tu aimeras ton proche comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là » (Marc 12, 29-31). Si l'homme n'est pas capable d'aimer son prochain quand il a besoin d'aide, comment peut-il aimer Dieu ? « Si quelqu'un dit : « J'aime Dieu », et qu'il haisse son frère, c'est un menteur ; comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? Et nous avons reçu de lui ce commandement : « Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jean 4, 20-21).
Le Samaritain, lui, s'arrête. Transposant à nos catégories actuelles, disons que ce n'est pas le catholique officiel, ou le pratiquant habituel, mais plutôt quelqu'un qui n'est pas spécialement porté sur la religion. Il s'arrête pourtant. Il n'est pas dit qu'il est moins pressé que le prêtre ou que le lévite, ni qu'il flânait sur le chemin et qu'il avait dont tout loisir de venir en aide au blessé. Il prend sur son temps. Il s'arrangera plus tard, en veillant, ou en se levant plus tôt le lendemain et en parcourant une étape plus longue, et donc plus fatigante. Qu'importe. Ce qui compte pour l'instant à ses yeux, c'est de porter assistance à quelqu'un qui, autrement, risque de mourir faute de soins prodigués à temps.

(à suivre...)

vendredi 21 septembre 2007

Saint Matthieu (3)

Saint Matthieu (3)

Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l'appel de Jésus : « Il se leva et le suivit. » La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu'être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités (lire la suite) désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent : aujourd'hui aussi, il n'est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la « sequela » de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi » (Matthieu 19, 21). C'est précisément ce que fit Matthieu : il se leva et le suivit ! Dans cette action de « se lever », il est légitime de lire le détachement d'une situation de péché et, en même temps, l'adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.
Rappelons enfin que la tradition de l'Église antique s'accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Évangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, évêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit : « Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait » (in Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information : « Matthieu, qui avait tout d'abord prêché parmi les Juifs, lorsqu'il décida de se rendre également auprès d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Évangile qu'il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ » (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l'Évangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l'Évangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d'une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée. »

Benoît XVI, Audience générale, 30 août 2006.

jeudi 20 septembre 2007

Saint Matthieu (2)

Saint Matthieu (2)

Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l'Évangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l'époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l'argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère (lire la suite) odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C'est pour ces motifs que, plus d'une fois, les Évangiles parlent à la fois de « publicains et pécheurs » (Matthieu 9, 10 ; Luc 15, 1), de « publicains et de prostituées » (Matthieu 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Matthieu 5, 46 : ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l'un d'eux, Zachée, comme le « chef des collecteurs d'impôts et [...] quelqu'un de riche » (Luc 19, 2), alors que l'opinion populaire les associait aux « voleurs, injustes, adultères » (Luc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux : Jésus n'exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu'il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu'il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Marc 2, 17).
La bonne annonce de l'Évangile consiste précisément en cela : dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur ! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine : alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, « le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! » Et Jésus commente : « Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé » (Luc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Évangiles nous proposent donc un véritable paradoxe : celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. À ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative : il observe que c'est seulement dans le récit de certains appels qu'est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu'ils pêchent, Matthieu précisément alors qu'il lève l'impôt. Il s'agit de fonctions peu importantes - commente Jean Chrysostome - « car il n'y a rien de plus détestable que le percepteur d'impôt et rien de plus commun que la pêche » (In Matth. Hom. ; PL 57, 363). L'appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu'elles effectuent un travail ordinaire.

(à suivre...)

mercredi 19 septembre 2007

Saint Matthieu (1)

Saint Matthieu (1)

En poursuivant avec Benoît XVI la série de portraits des douze apôtres, nous nous arrêtons aujourd'hui sur Matthieu. Les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. « Cependant, ce que nous pouvons faire n'est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d'en établir le profil que l'Évangile nous transmet.
Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Matthieu 10, 3 ; Marc 3, 18 ; Luc 6, 15 ; Actes 1, 13). Son nom juif signifie « don de Dieu ». (lire la suite) Le premier Évangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise : « le publicain » (Matthieu 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l'homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite : « Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit : « Suis-moi. » L'homme se leva et le suivit » (Matthieu 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l'appel de l'homme assis à son bureau de publicain, mais ils l'appellent « Levi ». Pour imaginer la scène décrite dans Matthieu 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l'église Saint-Louis-des-Français. Dans les Évangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît : dans le passage qui précède immédiatement le récit de l'appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Matthieu 9, 1-8 ; Marc 2, 1-12) et l'on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c'est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Marc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément « au bord du lac » (Matthieu 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.

(à suivre...)

mardi 18 septembre 2007

Escriva et Franco

Escriva et Franco

Escriva et Franco, pour ceux qui n'auraient pas encore compris... C'est ce qu'écrit un membre de l'Opus Dei sur son blog. Il m'a semblé intéressant de renvoyer à cet article sur les relations entre le fondateur de l'Opus Dei et le maître de la dictature franquiste, article qui répond à des amalgames qui pouvaient se comprendre à la rigueur quand j'étais étudiant, mais qui sont vraiment tout ce qu'il y a de plus éculés de nos jours et traduisent la paresse mentale de ceux qui ne cherchent pas le moins du monde à s'informer.

lundi 17 septembre 2007

Le travail le dimanche (2)

Le travail le dimanche (2)

Je termine ici les réflexions sur le travail le dimanche :
« On invoque enfin pour une exception immédiate à la règle de fermeture des magasins le dimanche, le prétexte de l’« accès aux biens et aux services culturels ». Notons que cette demande, à première vue, pourrait s’autoriser de la distinction entre « œuvres serviles » et « non serviles » établie par les moralistes catholiques du passé ! Les obligations culturelles relèveraient alors du genre (lire la suite) « non servile » et pourraient être accomplies le dimanche ! Il faut préciser ici que certains services culturels sont déjà offerts le dimanche : musées, cinémas, théâtres, concerts, vie associative, etc. Quant à « l’accès aux biens et aux services culturels » dont il est question dans le débat actuel, on peut toujours se demander qu’est-ce qui est « culturel » ? Acheter un livre ou le lire ? Acheter un disque ou l’écouter ? Il n’est pas indifférent, certes, d’aller dans une librairie ou chez un disquaire. Mais reconnaissons-le : ce geste n’a de portée que par les actes qui le suivent. Or lire, écrire, faire de la musique, participer à la vie associative, visiter sa ville ou son village, faire du sport, participer à la vie de l’Église… et tant d’autres activités, ne peuvent être assurées que par la sauvegarde d’un temps social libre et protégé. Pour garantir l’« accès aux biens et services culturels », les pouvoirs publics ont d’abord à respecter le temps socialement libre et protégé de notre tradition française : le dimanche.
La portée sociale du débat sur l’ouverture des commerces le dimanche contredit l’apparence d’indifférence et de neutralité politique et culturelle que revêt, à première vue, une telle question. Si une décision générale est prise pour notre société, celle-ci entrera dans une nouvelle phase de destructuration du temps social.
Si elle intervient, une telle mesure fera aussi toucher du doigt le risque d’absurdité de la décision de portée inverse, relative à la semaine continue du travail scolaire pour les écoliers et leurs éducateurs. En effet, pourquoi libérer les « week-ends » des enfants si cette mesure coïncide pour les parents avec des probabilités plus nombreuses de travailler précisément ces jours-là ?
Les chrétiens et les pasteurs ne peuvent pas ne pas s’interroger sur ce problème. À terme très rapproché, « le jour du Seigneur » sera encore moins « le jour du Seigneur ». Puis ce sera le tour des jours de fête, déjà bien mis à mal. Le temps social atteindra alors le degré maximum de sécularisation. Que nous ne disions rien et ne fassions rien n’est pas dans l’esprit de notre foi et de notre responsabilité. Certes, avec près de trois millions de chômeurs, notre pays ne connaît pas là son seul problème. Mais ce débat est un signe parmi d’autres de la dérive de notre société vers une liberté mal comprise, entraînant plus d’effets pervers que de bénéfices moraux, culturels et spirituels. »

Paru dans L'Aquitaine, 10 janvier 1992.