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dimanche 8 avril 2007

La Resurrection de Jesus

La Résurrection de Jésus

« Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » Luc 24, 6). Jésus n’est donc pas dans le tombeau, ce tombeau que nous vénérons sous le nom de « saint Sépulcre ». Il n’y est pas, il n’y est plus, car il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), et car il ne pouvait pas rester prisonnier de la mort (cf. Actes 2, 24). La mort ne pouvait pas le retenir, lui qui venait de la vaincre par sa propre mort sur la Croix, qui libère l’homme du péché. La mort n’avait pas d’emprise sur lui, qui est « la Vie » (Jean 14, 6), source de Vie éternelle, « le Vivant » (Apocalypse 1, 18). La mort est comme « le négatif » de Dieu… (lire la suite)
Le Christ est ressuscité ! Il avait fallu se hâter de le mettre en terre, car c’était « vraiment un grand jour que ce sabbat » (Jean 19, 31), celui au cours duquel on célébrait la Pâque, la plus solennelle des fêtes de toute l ’année. Jésus est ressuscité ! Et voilà que ce sabbat devient « le plus solennel de toute l’histoire, parce qu’avec lui le « Seigneur du sabbat » (cf. Matthieu 12, 8) porte à son accomplissement l’œuvre de la création (cf. Genèse 2, 1-4a), élevant l’homme et le cosmos tout entier à la liberté de la gloire des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21) » (Benoît XVI, Homélie de Pâques, 16 avril 2006).

samedi 7 avril 2007

Le temps de l’Eglise


Le temps de l’Église

« Le christianisme est une religion insérée dans l’histoire ! C’est en effet sur le terrain de l’histoire que Dieu a voulu établir une alliance avec Israël et préparer ainsi la naissance de son Fils du sein de Marie « dans la plénitude des temps » (Galates 4, 4). Considéré dans son mystère divin et humain, le Christ est le fondement et le centre de l’histoire, il en est le sens et le but ultime. C’est en effet par lui, Verbe et image du Père, que « tout a été fait » (Jean 1, 3 ; cf. Colossiens 1, 15-16). Son incarnation, qui a son sommet dans le mystère pascal et dans le don de l’Esprit, constitue le cœur vibrant du temps, (lire la suite) l’heure mystérieuse où le Règne de Dieu s’est enraciné dans notre histoire comme une semence destinée à devenir un grand arbre (cf. Marc 4, 30-32) » (Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, au début du nouveau millénaire, n° 5).
La plénitude des temps coïncide donc avec la venue sur terre du Fils de Dieu, Jésus-Christ. Commencée avec l’incarnation, elle se développe, selon les plans de la sagesse divine, jusqu’à la consommation définitive qui se produira lorsque Jésus-Christ reviendra, à la fin du monde. Par la Rédemption, Jésus a reconduit les temps à Dieu, qui gouverne et dirige surnaturellement toute l’histoire.
« Nous voilà donc déjà parvenus à la fin des temps (cf. 1 Corinthiens 10, 11) ; le renouvellement de l’univers est irrévocablement établi et, en un certain sens, il a vraiment commencé dès ici-bas. Dès ici-bas l’Église est, en effet, auréolée d’une sainteté véritable, si imparfaite qu’elle soit. Mais tant qu’il n’y aura pas de nouveaux cieux et de terre nouvelle où habite la justice (cf. 2 Pierre 3, 13), l’Église voyageuse porte, dans ses sacrements et dans ses institutions, qui appartiennent à l’ère présente, le reflet de ce monde qui passe ; elle-même vit au milieu des créatures, qui jusqu’à présent soupirent et souffrent les douleurs de l’enfantement en attendant la révélation des enfants de Dieu (cf. Romains 8, 22 et 19) » (concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 48).
Ce temps est celui de l’Église, fondée par Jésus-Christ et dotée par lui des moyens de salut : les sacrements, la grâce, la Parole de Dieu, une autorité qui s’exerce en son nom.

vendredi 6 avril 2007

La passion en direct

Camp de concentrationLa passion en direct

Dans le camp de concentration de Gusen] le Vendredi Saint, un prêtre de Linz est appelé à trois heures de l’après-midi par le commandant du camp :
— « Sais-tu quel jour c’est aujourd’hui ? »
— « Le Vendredi Saint. »
— « Qu’est-ce qui est arrivé ce jour-ci ? » (lire la suite)
— « Ils ont crucifié Jésus-Christ. »
— « Et il est mort ? »
— « Il est mort. »
— « À quelle heure ? »
— « À trois heures. »
— « Il est justement trois heures et tu vas rejoindre ton Christ. »
Le commandant sortit son revolver et tira sur le cœur du prêtre. Et il ne se contenta pas de l’avoir tué sur le coup. En brave officier des SS, il fit emmener aussitôt le cadavre du prêtre au « four crématoire », voulut aider et assister à sa crémation. Et pour finir, il a ramassé les cendres encore chaudes et, riant à gorge déployée, il les dispersées à tout vent.

Cité par A. RICCARDI, Il secolo del martirio. I cristiani del novecento, Milan, Mondadori, 2000, p. 129.

jeudi 5 avril 2007

L'adoration du Saint-Sacrement

Reposoir

L'adoration du Saint-Sacrement

La piété populaire est particulièrement sensible à l’adoration du Saint-Sacrement, qui suit la célébration de la Messe de la Cène du Seigneur. À la faveur d’un développement historique, dont les diverses phases n’ont pas encore été totalement clarifiées, le lieu du reposoir, où est placé le Saint-Sacrement,a été considéré de plus en plus comme une évocation du "saint-sépulcre" ; de fait, (lire la suite) les fidèles y venaient en grand nombre pour vénérer le corps de Jésus, qui, après avoir été détaché de la Croix, avait été déposé dans le tombeau, où il devait demeurer durant Quarante heures.
Il est nécessaire d’éclairer les fidèles sur la vraie signification du reposoir : ce geste de déposer le Saint-Sacrement au reposoir, qui doit être accompli avec une austère solennité, est accompli essentiellement dans le but de conserver le Corps du Seigneur en vue de la communion des fidèles, durant l’Action liturgique du Vendredi Saint, ainsi que pour la communion en Viatique des malades ; il est aussi une invitation à une adoration silencieuse et prolongée de l’incomparable Sacrement qui a été institué en ce jour.
Il conviendra donc que le lieu du reposoir ne soit pas qualifié de "sépulcre", et il faudra veiller, au moment de sa préparation, à ne pas lui donner l’aspect d’une sépulture : le tabernacle, en particulier, ne doit pas avoir la forme d’un sépulcre ou d’une urne funéraire. Ainsi, le Saint-Sacrement devra être conservé dans un tabernacle fermé, et il ne sera donc jamais exposé dans un ostensoir.
En cette nuit du Jeudi Saint, après minuit, l’adoration se fait sans solennité, puisque le jour de la Passion du Seigneur a déjà commencé.
L’adoration du Saint-Sacrement est une expression du culte chrétien envers l’Eucharistie, qui est particulièrement répandue, et que l’Église recommande vivement aux Pasteurs et aux fidèles.
Sa forme primitive peut être reliée à l’adoration qui suit la célébration de la Messe in Cena Domini du Jeudi Saint, devant les saintes Espèces déposées au reposoir. Cette adoration constitue une expression très élevée de la relation qui existe entre la célébration du mémorial du sacrifice du Seigneur et sa présence permanente dans les Espèces consacrées. La conservation des saintes Espèces, qui est motivée avant tout par la nécessité de pouvoir en disposer dans le but d’administrer le Viatique aux malades, a fait naître chez les fidèles l’habitude tout à fait louable de se recueillir devant le tabernacle pour adorer le Christ présent dans le Saint-Sacrement.
En effet, "la foi en la présence réelle conduit conaturellement à la manifestation extérieure et publique de cette même foi. (...) Aussi, la piété qui pousse les fidèles à se rendre près de la sainte Eucharistie les entraîne-t-elle à participer plus profondément au mystère pascal et à répondre avec reconnaissance au don de Celui qui, par son humanité, ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son Corps. Demeurant près du Christ Seigneur, ils jouissent de l’intimité de sa familiarité et, près de lui, ils lui ouvrent leur cœur pour eux-mêmes et pour tous les leurs, prient pour la paix et le salut du monde. Offrant leur vie entière au Père avec le Christ dans l’Esprit Saint, ils puisent à cet admirable échange une augmentation de leur foi, de leur espérance et de leur charité. Ils nourrissent donc ainsi les vraies dispositions leur permettant, avec la dévotion convenable, de célébrer le Mémorial du Seigneur et de recevoir fréquemment ce Pain qui nous est donné par le Père".

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n. 141 et 164.

mercredi 4 avril 2007

L'agonie de Jesus


L'Agonie de Jésus

Un ange descend du ciel pour réconforter Jésus dans son agonie au jardin de Gethsémani. Qu’a-t-il pu lui dire ? Il n’a pu tenir qu’un langage d’ange, de créature. C’est déjà mieux qu’un langage humain, mais c’est quand même limité. L’ange s’adresse à l’humanité de jésus. Il faut qu’elle soit grande l’humilité du Dieu fait homme pour qu’il accepte d’avoir besoin d’un tel secours. Il a l’avantage au moins d’exister, alors que lestement failli à leurs promesses. Les trois apôtres préférés, Pierre, Jacques et Jean, qui ont été les témoins privilégiés de l’apparition de Jésus dans sa gloire, sur le mont Thabor (lire la suite) (cf. Luc 9, 28-36), ont oublié cet épisode destiné à les renforcer dans la foi. Pour le moment — « l’heure » de Jésus (cf. Jean 13, 1) — leurs yeux sont alourdir le sommeil et ils sont inacceptables de rester éveillés, ne serait-ce qu’une heure (cf. Matthieu 26, 40), et de prier pour accompagner la prière du Seigneur et lui apporter un petit peu de réconfort, pas grand chose, certes,mais quelque chose quand même. Et ce peu de chose, il l’aurait apprécié alors que son « âme est triste jusqu’à en mourir » (Matthieu 26, 38).
Jésus se serait contenté d’aussi peu. Mais nous, les hommes, bien souvent nous restons indifférents aux souffrances que Jésus endure pour nous, et nous le laissons seul. Nous désertons la messe où le Sacrifice de la Croix est rendu présent pour déverser les grâces rédemptrices sur le monde. Nous laissons le Seigneur seul dans le tabernacle de nos églises, alors que cela fait vingt siècles qu’il nous y attend !
Demain, Jeudi Saint, tâchons d’accompagner le Seigneur d’un peu plus près, de penser à lui dans notre travail et nos déplacements et, si jamais nous n’avons pas pu nous libérer pour participer aux offices liturgiques, allons au moins lui tenir un peu compagnie dans le « reposoir » (dont je parlerai demain).

mardi 3 avril 2007

La Providence divine


La Providence divine

« Providence » vient du latin pro videre, « vivre en avant », « prévoir », « veiller sur quelqu’un ». C’est l’ensemble des « dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création » à la perfection ultime qu’elle doit encore atteindre (Catéchisme de l’Église catholique, n° 302). Le concile Vatican II (1870-1871) a déclaré que « Dieu garde et gouverne par sa Providence l’ensemble de ce qu’il a créé, « atteignant avec force d’un bout à l’autre et disposant tout avec douceur » (Sagesse 8, 1). En effet, « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux » (Hébreux 4, 13), y compris celles que l’action libre des créatures produira » (lire la suite) (constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique).
Dieu respecte les lois physiques du monde qu’il a créé, même s’il peut s’en affranchir, car il est le « Tout-Puissant ». Ce fut le cas, par exemple, quand le soleil s’arrêta alors que la Sainte Vierge apparaissait à Fatima en 1917.
Il respecte également la liberté qu’il a accordée à l’homme, tout en se servant de ce qu’il fait pour que ses plans aillent de l’avant. Dieu, Cause première, se sert de la cause seconde qu’est l’homme pour que sa Volonté divine se fasse. Par exemple, quand Jonas désobéit à Dieu et prend la fuite, la violente tempête qui se lève et met en péril le navire sur lequel il avait embarqué l’amène à comprendre qu’il en est responsable et, jeté à la mer, il est avalé par un poisson qui le jette sur la plage non loin de Ninive, la ville où Dieu voulait qu’il prêche la conversion à ses habitants (cf. Jonas 1 et 2). Et quand Joseph est vendu par ses frères, il devient le Premier ministre du pharaon et accueille ses frères et les siens en Égypte au moment où la famine les atteint durement (cf. Genèse 37-47). Un décret de Cyrus permet aux Hébreux de retourner à Jérusalem et de reconstruire le Temple (1 Esdras 6). Quand l’empereur romain décrète un recensement de l’univers, il contribue sans le savoir à la réalisation de la prophétie selon laquelle « toi, Bethléem-Ephrata, le plus petit d’entre les milliers de Juda, de toi sortira un roi, celui qui doit être souverain en Israël, et ses origines remontent aux temps anciens » (Michée 5, 1) : Joseph étant de la maison de David, se rend à Bethléem pour refaire recenser ainsi que Marie, son épouse, et c’est à ce moment-là qu’elle met au monde Jésus, le Fils de Dieu (cf. Matthieu 2, 5-6 ; Luc 2, 1-7). Les exemples pourraient être multipliés.
La divine Providence ne s’exerce pas pareillement envers tout le monde. La parabole du semeur lançant à la volée du grain qui tombe sur le chemin, dans un pierrier, dans des broussailles ou dans de la bonne terre le montre bien (cf. Marc 4, 3-20). Dieu distribue ses grâces à chacun comme il l’entend : « Il y eut donc en la providence éternelle une faveur incomparable pour la Reine des reines, Mère du Bel Amour et toute très uniquement parfaite [la Vierge Marie]. Il y en eut aussi des spéciales pour d’autres. Mais après cela, cette souveraine Bonté répandit une abondance de grâces et de bénédictions sur tout le genre humain et sur la nature angélique. […] Tous ont reçu leur part, comme d’une semence qui tombe non seulement sur la bonne terre, mais dans les chemins, entre les épines et sur les pierres ; afin que tous fussent inexcusables devant le Rédempteur, s’ils n’emploient cette abondante Rédemption pour leur salut » (saint François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, livre 2, chapitre 7).
Sainte Catherine de Sienne, qui avait une immense confiance en la Providence, disait à son confesseur, quand il s’inquiétait : « Pourquoi vous occuper de vous, laissez faire la divine Providence ; au moment où vos craintes sont les plus grandes, elle a toujours les yeux sur vous et ne cessera pas de pourvoir à votre salut » (bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, Paris, 2000, p. 99-100). Et saint Josémaria insistait sur le fait que pour ceux qui aiment Dieu tout coopère au bien (cf. Romains 8, 28), ce qu’il traduisait par l’expression omnia in bonum, « tout est pour le bien.

lundi 2 avril 2007

Une des plus belles histoires du monde, par Marguerite Yourcenar


Une des plus belles histoires du monde, par Marguerite Yourcenar

Laissant là, pour le moment au moins, les cérémonies et les rites de la plus sainte des semaines chrétiennes, je m’efforce de dégager des textes sacrés qu’on lit, mais qu’on n’entend pas toujours, à l’église, les éléments qui nous bouleverseraient si nous les trouvions chez Dostoïevski, chez Tolstoï, ou dans n’importe quelle biographie ou quel reportage consacré à la vie d’un grand homme une d’une grande victime. En somme, le déroulement d’une des plus belles histoires du monde.
Un prologue quasi ironique : de pauvres gens arrivent dans la capitale avec leur maître bien-aimé, (lire la suite) acclamé par cette même populace qui, bientôt, le conspuera. Un frugal repas de fête : un traître deviné parmi les douze convives ; un naïf qui clame très haut son dévouement et aura le premier son moment de défaillance ; le plus jeune et le plus aimé appuyé presque indolemment à l’épaule du maître, enveloppé qu’il est, peut-être, de ce cocon doré qui souvent protège la jeunesse ; le maître, isolé par sa sagesse et sa prescience au milieu de ces ignorants et de ces faibles qui sont encore ce qu’il a trouvé de mieux pour le suivre et continuer son œuvre.
La nuit venue, le traître, plus seul encore dans ce coin de verger qui domine la ville où tous, sauf ses ennemis, l’ont oublié ; la victime qui prie pour que l’épreuve attendue lui soit épargnée, mais sait aussi qu’elle ne peut pas l’être et que, « si c’était à refaire », il referait le même chemin ; « l’âme éternelle » qui observe son vœu « malgré la nuit seule ». (Qu’Aragon et Rimbaud nous aident à comprendre Marc ou Jean.) Pendant qu’il souffre, ses amis dorment, incapables de sentir l’urgence du moment. « Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi ? » Non : ils ne le peuvent pas ; ils ont sommeil ; et celui qui les appelle n’ignore pas d’ailleurs que le temps viendra où ces malheureux auront aussi à souffrir et à veiller.
L’arrivée de la troupe, prêtre à arrêter l’inculpé. Le bouillant défenseur qui risque d’empirer encore les choses et presque aussitôt se dégonflera. Les deux établissements, l’ecclésiastique et le laïque, gênés quand même, se repassant l’accusé ; l’éternel dialogue de la ferveur et du scepticisme, se complémentant l’un l’autre : « Quiconque aime la vérité m’écoute. — Qu’est-ce que la vérité ? » Le grand fonctionnaire excédé, qui voudrait bien se laver les mains de cette affaire, laissant à la foule le choix du prisonnier qu’on libèrera pour la fête toute proche et ce qu’on choisit est, bien entendu, la vedette du crime et non le juste innocent. Le condamné, insulté, frappé, tourmenté par d’épaisses brutes sont plusieurs sont probablement de bons pères de famille, de bons voisins, de bons types, forcés de traîner la poutre de son gibet, comme dans les camps, parfois, les prisonniers traînaient une pelle pour creuser leur fosse. Le petit groupe des amis restés tout près du supplicié, acceptant l’humiliation et le danger qu’encourt la fidélité. Les chamailleries des gardiens qui se disputent la défroque vide, comme en temps de guerre les camarades d’un mort se disputent parfois son ceinturon et ses bottes.
La tendresse se faisant jour sous la forme de recommandations aux siens, de la part d’un être trop pris jusque-là par sa mission pour songer beaucoup à eux : le mourant donnant pour fils à sa mère son meilleur ami. […] L’échange de propos avec un condamné de droit commun en qui on a reconnu un homme de cœur ; la longue agonie au soleil, au vent aigre, à la vue de la foule qui, peu à peu, s’écoule parce que ça n’en finit pas. L’exclamation qui semble indiquer que, pour que tout soit accompli, le désespoir est un état par lequel il faut passer. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et, dans quelques heures, ces pauvres gens obtiendront pour leur mort l’aumône d’un tombeau et les factionnaires (on se méfie des rassemblements) dormiront près du mur comme naguère près du vivant angoissé les humbles compagnons fatigués.
Quoi encore ? Les heures, les jours, les semaines qui s’écoulent ensuite entre deuil et confiance, entre fantôme et Dieu, dans cette atmosphère crépusculaire où rien n’est tout à fait avéré, vérifié, probant, mais où passe le courant d’air de l’inexplicable, comme dans tels de ces pauvres rapports faits à des sociétés pour l’avancement des sciences psychiques, d’autant plus troublants qu’ils sont inconclusifs. L’ancienne fille de joie venue au cimetière prier et pleurer, et croyant reconnaître celui qu’elle a perdu sous l’aspect du jardinier. (Quel plus beau nom donner à celui qui fait lever tant de semences dans l’âme humaine ?) Et plus tard, quand l’émotion, comme disent les rapports de police, s’est un peu calmée, les deux fidèles marchant le long d’une route, rejoints par un sympathique voyageur qui consent à s’attabler avec eux à l’auberge et disparaît au moment où ils redisent que c’est Lui. L’un des plus belles histoires du monde s’achève par ces reflets d’une Présence, assez semblable à des nuages que colore encore le soleil passé sous l’horizon.
« Je me sentirais plus près de Jésus s’il avait été fusillé plutôt que crucifié », me disait un jour un jeune officier ayant fait la guerre de Corée. C’est pour lui et pour tous ceux qui ne parviennent pas à retrouver l’essentiel sous ce qu’on pourrait appeler les accessoires du passé, que je me suis risquée à écrire ce qui précède.

Marguerite YOURCENAR, Le temps, cegrandsculpteur, Paris, 1988.

dimanche 1 avril 2007

La bonne seur et la CGT


La bonne soeur et la CGT

Ce n'est pas un poisson d'avril, mais des lettres authentiques, la première d'une visitandine de Nantes à Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, la seconde, la réponse de celui-ci.

* Lettre adressée par Sœur M. au siège national de la C.G.T.

Madame, Monsieur,

Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin 2006, pour un examen médical.
Vous organisiez une manifestation. (lire la suite)
Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait. D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer ! à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l'autocollant ci-joint après m'avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m'indiquer le chemin. C'est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j'ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons bien ri de cet épisode inédit dans les annales de la Visitation de Nantes.
Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (C.G.T = Christ : Gloire à Toi) Que voulez-vous, on ne se refait pas.
Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l'occasion d'une autre manifestation.
Sœur M

Réponse du secrétaire général de la C.G.T.

Ma sœur,

Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute, il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour " bon enfant " serait vécue comme l'expression D'une complicité éphémère et pourtant profonde.
Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.
Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux.
Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT

samedi 31 mars 2007

Les Rameaux

Les Rameaux

Demain jour des Rameaux et de la Passion du Seigneur, les chrétiens font mémoire de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, monté sur un âne. L'enthousiasme de la foule qui attend un Messie terrestre qui délivrera son peuple du joug romain, tombe vite quand les gens constatent, à leur grand étonnement, que Jésus ne profite pas de la circonstance pour provoquer un vaste soulèvement et prendre le pouvoir. Cinq jours plus tard, la même foule en bonne partie, manifestera sa déception en réclamant la mise à mort de Jésus-Christ, emboîtant le pas aux demandes que les autorités religieuses ont adressées au représentant de César, C'est dans ce contexte que saint André de Crète nous invite à accompagner le Seigneur dans une démarche, non pas humaine, mais spirituelle. (lire la suite)
"Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.
Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l'explique l'Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.
Et il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. (...)

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion , imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit afin d'accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.
Car il se réjouit de s'être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au dessus du couchant, c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.
Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l'Orient, comme dit le psaume, j'estime qu'il l'a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l'humanité, afin d'élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l'emporter avec lui dans les hauteurs.
C'est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n'étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d'arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c'est sa grâce, ou plutôt c'est lui tout entier que nous avons revêtu: Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C'est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.
Par notre péché, nous étions d'abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.
Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'lsraël !" (homélie pour le dimanche des Rameaux)

vendredi 30 mars 2007

Les reliques de la Passion (suite et fin)


Les reliques de la Passion (suite et fin)


5. L’ostension de nos jours
L’ostension, du latin ostendere, « montrer », est l’action consistant à exposer un objet saint, une relique, à la vénération des fidèles, pratiquée dès l’origine du culte des saints. Le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris renferme donc la couronne d’épines, en réalité un cercle de joncs tressés, de 21 cms de diamètre, dans lequel étaient plantés de longues et dures épines. Ces épines ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués soit par les empereurs de Byzance, soit par les rois de France.(lire la suite)
Soixante-dix sont répertoriées de nos jours. Saint Jean rappelle que les soldats romains, dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, se moquèrent du Christ et de sa Royauté en le coiffant d'une couronne garnie d'épines (Jean 19, 14). S’y ajoutent un morceau du bois de la Croix et un clou de la crucifixion (dont on remarquera qu’il n’a pas été fait mention précédemment). Rohault de Fleury émet la supposition que ce clou pourrait avoir été fabriqué avec des parcelles de vrais clous. Une brochure éditée par la basilique métropolitaine de Paris le considère comme authentique et précise qu’il a été donné à l’abbaye de Saint-Denis par Charles le Chauve, qui le trouva au trésor d’Aix-la-Chapelle, où Charlemagne l’avait mis après l’avoir reçu lui-même de l’empereur Constantin V. Lors de la Révolution, il fut placé auprès de la commission temporaire des arts, puisement 1804 à Mgr Quélen, archevêque de Paris par M. Lelièvre, membre de l’Institut, qui l’avait examiné et qui affirma sous serment que c’était vraiment le clou provenant de la basilique de Saint-Denis. C’est tout ce que l’on peut en dire.
Ces reliques sont présentées à la vénération des fidèles tous les premiers vendredis du mois et les vendredis de carême, à 15 heures, et le Vendredi saint toute la journée. Les chanoines de la cathédrale de Paris assurent cette présentation tandis que des chevaliers et des dames de l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem en assurent la garde. L’ostension, qui a lieu dans la nef de la cathédrale, est très émouvante non seulement en raison de la nature des reliques, mais aussi de la foule recueillie, qui n’hésite pas à faire longuement la queue pour manifester sa foi. De nombreux touristes profitent de leur visite de la cathédrale pour se joindre aux pèlerins, lesquels reflètent la variété du peuple de Dieu.

(fin)

jeudi 29 mars 2007

Faire le bien


Faire le bien

« Quant à vous, frères, ne vous lassez jamais de faire le bien » (2 Thessaloniciens, 3, 13). Cette exhortation de saint Paul, l’Apôtre des gentils, peut se comprendre comme voulant dire : « Ne cessez pas de faire le bien même si vous n’êtes pas payés de retour, même si vous êtes incompris, car ce n’est pas en fonction des hommes que vous devez agir mais en fonction de Dieu, de ce qu’il attend de vous. »
« Tu agis en fonction du qu’en dira-t-on ? […] C’est tout d’abord le qu’en dira Dieu qui doit te tenir à cœur ; après — bien après, (lire la suite) et parfois jamais — tu devras peser ce que peuvent en penser les autres. « Celui qui me reconnaîtra devant les hommes, dit notre Seigneur, moi aussi je le reconnaîtrai devant mon Père, qui est dans les cieux. Mais celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père, qui est dans les cieux » (saint Josémaria, Sillon, n° 970).
Nous n’avons pas reçu de Dieu toutes les qualités que nous possédons pour faire le mal, mais pour l’imiter et faire le bien, comme lui, qui est le Bien absolu et qui met sa joie à rendre les hommes heureux. Si nous sommes malheureux parfois, c’est précisément parce que nous arrêtons de faire le bien et que nous nous laissons prendre par l’esprit du mal.
« Ne nous décourageons pas de faire le bien, dit encore saint Paul, car nous récolterons en temps voulu, si nous ne nous relâchons pas » (Galates 6, 9). L’espérance des biens à venir — du ciel pour ceux qui aiment Dieu et rejettent le péché — est une vertu formidable, une des trois vertus théologales, c’est-à-dire qui ont Dieu pour objet, qui viennent directement de Dieu et que, de ce fait, lui seul peut augmenter en nous. Il convient donc de demander à Dieu : « Augmente en moi la foi, l’espérance et la charité. »

mercredi 28 mars 2007

Mehariste et geographe



Méhariste et géographe


Mon cousin Louis Le Tourneau (à gauche en 1959) a publié récemment ses Aventures africaines, en trois volumes, les deux premiers retraçant sa carrière de Méhariste en Mauritanie, de 1957 à 1960, le dernier ses travaux de géographe en Mauritanie et Niger (photo de droite), puis en et en Haute-Volta (l'actuel Burkina Faso) et en Côte d'Ivoire, de 1962 à 1964.
Celui qui était lors le lieutenant Le Tourneau, frais émoulu de Saint-Cyr, commence sa carrière par une aventure extraordinaire en Mauritanie. (lire la suite) La vie de méhariste, loin des chefs, au milieu du libre désert, fait découvrir que l'homme n'est jamais entièrement maître de sa destinée. Puis celle de géographe seconde les prises de vue aériennes sur le terrain pour établir la toponymie des lieux et faire des relevés rigoureux. Ce qui nécessite à la fois des connaissances linguistiques appropriées et une condition physique à toute épreuve et, ajouterais-je, morale aussi, étant donné que la mission se déroule en partie dans une région désertique où il est difficile de rencontrer âme qui vive. Les moyens disponibles à l'époque restaient rudimentaires et demandaient énormément de travail personnel pour exploiter les données repérées sur le terrain.
Mais Louis Le Tourneau (en train de passer en revue un Groupe nomade : photo du bas) ne se contente pas de son travail. Il amasse une somme importante de données et une moisson de souvenirs qui lui ont permis de rédiger ces ouvrages, abondamment illustrés de photos et de cartes.

C'est une aventure passionnante que l'auteur nous fait revive, une aventure comme peu en ont vécue, car seuls de rares privilégiés ont pu parcourir l'extrême-nord de la Mauritanie et du Niger...
Ces trois livres, de respectivement 327, 266 et 399 pages, sont disponibles aux Éditions Mémoires d'Hommes (9, rue Chabanais, 75002 Paris) et chez l'auteur (22, rue Pierre-Curie, 49000 Angers).

mardi 27 mars 2007

La joie dans la souffrance


La joie dans la souffrance

Pour beaucoup, la souffrance est incompatible avec la joie. Telle n’est pas la conception chrétienne. Saint Paul exhortait les fidèlement termes : « Réjouissez-vous sans cesse, dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous » (Philippiens 4, 4). Et, parlant de sa propre expérience, il affirme : « Je déborde de joie au milieu des épreuves que nous endurons » (2 Corinthiens 7, 4). Cette joie provient de la confiance en Dieu : « Ne vous affligez point : la joie de Yahvé est votre rempart » (Néhémie 8, 10). Elle s’appuie donc sur Dieu. Plus grande est la proximité de Dieu, plus intense est la joie. (lire la suite)
Il serait possible d’apporter d’innombrables témoignages en ce sens, car c’est une constante dansable de l’Église depuis deux mille ans. En voici un, donné par le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo, alors prélat de l’Opus Dei, lors d’une messe pour les participants au jubilé de la jeunesse, en avril 1984 : « Comment peut-on être joyeux devant la maladie et dans la maladie,devant l’injustice et en souffrant l’injustice ? Cette joie ne sera-t-elle pas une fausse illusion ou une échappatoire irresponsable ? Non ! Le Christ nous donne la réponse : le Christ seul ! Ce n’est qu’en Lui que l’on trouve le vrai sens de la vie personnelle et la clef de l’histoire humaine […].
Le Christ en Croix : voilà la seule vraie clef. Sur la Croix Il accepte la souffrance pour nous rendre heureux ; et il nous apprend qu’en étant unis à Lui, nous aussi nous pouvons donner une valeur de rédemption à notre souffrance, qui se transforme ainsi en joie : la joie profonde de sacrifier pour le bien des autres et de faire pénitence pour les péchés personnels et les péchés du monde. »
Selon cette vision très positive de la vie, l’homme n’a pas lieu d’être triste. Qui plus est, la tristesse, en dehors de celle qui est causée par la maladie elle-même, vient du démon. Cela est visible au fait qu’elle entraîne des manquements à la charité et conduit à se replier sur soi-même. « La tristesse pousse à la colère et à l’envie ; et nous avons l’expérience que, lorsque nous sommes tristes, nous nous fâchons facilement et nous nous irritons à la moindre occasion ; qui plus est, elle rend l’homme soupçonneux et malicieux, et quelques fois elle le trouble à tel point qu’elle semble lui faire perdre la raison » (Saint Grégoire le Grand, Moralia 1, 31 31).
En revanche, nous constatons que les gens qui sont le plus heureux sur terre sont les saints, car ils ont compris que notre joie est « une joie dont les racines sont en forme de Croix » (saint Josémaria, Forge, n° 28). De fait, la bénédiction chrétienne, source de joie, se donne en faisant le signe de croix. celui qui est cloué sur son lit d’hôpital ou qui ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant, celui qui a perdu l’usage de la parole ou qui n’entend et ne voit plus, celui qui est l’objet constant de vexations de la part de ses collègues ou d’injustices criantes, celui pour qui tout semble rater, s’il élève son regard vers le Christ en Croix, s’il se sait et se sent enfant de Dieu dans et par le Christ, il conserve la paix et la joie intérieures. « Si nous nous voyons comme ce que nous sommes, des enfants bien-aimés de notre Père des cieux, comment ne serions-nous pas joyeux ? — Médite cela » (saint Josémaria, Ibid., n° 266). La Vierge Marie a fait l’expérience de la souffrance, comme le vieillard Siméon le lui avait prédit quand elle était venue présenter son Fils Jésus au temple,pour conformer à la Loi mosaïque : « Pour toi, tu auras l’âme transpercée d’un glaive » (Luc 2, 35). Mais, parce qu’elle vécue identifiée à son Fils et à la Volonté du Père, l’Église l’invoque dans les litanies du chapelet comme « cause notre joie ».

(fin)

lundi 26 mars 2007

L'Annonciation

L'Annonciation

Le 25 mars tombant cette année un dimanche, la célébration de l'Annonciation est reportée à aujourd'hui, 26 mars. Dieu avait annoncé au tentateur du paradis terrestre : "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon" (Genèse 3, 15). Cela va s'accomplir bientôt ; ainsi que la prophétie d'Isaïe (7, 14) : "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, c'est-à-dire "Dieu avec nous."
En effet, l'archange saint Gabriel vient, de la part de Dieu, (lire la suite) annoncer à une jeune femme de Galilée, Marie, qu'elle allait donner le jour à un fils. "Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ?" demande-t-elle. "L'ange lui répondit : "L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui naîtra sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu" (Luc 1, 29).
Marie est invitée à donner son assentiment à ce projet divin qui manifeste à quel point "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16). Comme le pape Benoît XVI le faisait remarquer dans son message pour le carême en cours, après le refus de l'homme - en la personne d'Adam et Ève, nos premiers parents - d'entrer dans son projet d'amour, Dieu "ne s'est pas avoué vaincu, mais au contraire le "non" de l'homme a été comme l'impulsion décisive qui l'a conduit à manifester son amour dans toute sa force rédemptrice" en envoyant son Fils sur terre, naissant d'une femme et devenant vrai homme tout en restant vrai Dieu. "Pour conquérir à nouveau l'amour de sa créature, ajoute le pape, (Dieu) a accepté de payer un très grand prix : le sang de son Fils unique".
Pour l'heure, l'humanité attend la réponse de Marie à l'ange. "Vierge bienheureuse, lui dit saint Bernard dans une homélie, ouvrez votre cœur à la foi, vos lèvres au consentement, vos chastes entrailles au Créateur. Voyez : le Désiré de toutes les nations frappe à votre porte. Malheur à vous si vous tardiez à lui ouvrir ; il passerait son chemin, et ensuite vous reviendriez avec douleur chercher l'aimé de votre âme ! Levez-vous, courez, ouvrez. Levez-vous par la foi, courez par la dévotion, ouvrez par le consentement" (Homélie super "Missus est" 4, 9).
Marie va dire "oui", fiat, "qu'il me soit fait selon ta parole", sans hésitation, se reconnaissant "la servante du Seigneur" (Luc , 38). "Commençons par imiter son amour. La charité ne s’arrête pas aux sentiments ; elle doit se manifester en paroles et, avant tout, en actes. La Vierge n’a pas seulement prononcé un fiat, mais elle a accompli, à tout moment, sa ferme et irrévocable décision. Nous devons agir de même : lorsque l’amour de Dieu nous pousse et que nous découvrons ce qu’il veut, nous devons nous engager à être fidèles, loyaux, et à l’être vraiment. Car ce n’est pas en me disant « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Matthieu 7, 21).
Nous devons imiter l’élégance naturelle et surnaturelle de Marie. C’est une créature privilégiée dans l’histoire du salut : en Elle, le Verbe s’est fait chair et a demeure parmi nous (Jean 1, 14). Elle fut un témoin plein de délicatesse et qui passa inaperçu ; elle ne voulut pas recevoir de louanges, car elle n’ambitionnait pas la gloire pour elle-même. Marie est témoin des mystères de l’enfance de son Fils, mystères normaux si l’on peut s’exprimer ainsi : à l’heure des grandes miracles, des acclamations des foules, elle s’efface. À Jérusalem, lorsque le Christ — montant un petit âne — est acclamé comme Roi, Marie n’est pas là. Mais on la retrouve près de la Croix, lorsque tout le monde fuit. Cette conduite a la saveur naturelle de la grandeur, de la profondeur et de la sainteté de son âme.
Efforçons-nous d’imiter son obéissance à la volonté de Dieu, obéissance où se mêlent harmonieusement noblesse et soumission. Chez Marie, rien ne rappelle l’attitude de ces vierges folles qui obéissent, il est vrai, mais sans réfléchir. Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d’elle; elle médite ce qu’elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu’elle ne sait pas. Ensuite, elle s’applique de tout son être à accomplir la volonté divine : je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! (Luc 1, 38). Quelle merveille ! Sainte Marie, notre exemple en toutes choses, nous apprend maintenant que l’obéissance à Dieu n’est pas servilité, qu’elle ne subjugue pas notre conscience. Au contraire, elle nous incite intérieurement à découvrir la liberté des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21)" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 173).

dimanche 25 mars 2007

La crainte filiale (suite)


La crainte filiale (suite)

Celui qui est devenu enfant de Dieu par le baptême « ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en quête de salaire, mais comme un fils qui répond à l’amour de « Celui qui nous a aimés le premier » (1 Jean 4, 19) » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1828). C’est ce qu’explique saint Basile, cité par le Catéchisme : « Ou bien nous nous détournons du mal par crainte du châtiment, et nous sommes dans la disposition de l’esclave. Ou bien nous poursuivons l’appât de la récompense et nous ressemblons aux mercenaires. Ou enfin (lire la suite) c’est pour le bien lui-même et l’amour de celui qui commande que nous obéissons […] et nous sommes alors dans la disposition des enfants » (Regulæ fusius tracta, prologue 3). Et saint Augustin, rappelant que Dieu a écrit ses lois dans nos cœurs (cf. Jérémie 31, 33), dit, de son côté que « ce sera l’œuvre de celui qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire (cf. 1 Thessaloniciens 2, 12), quand il vous aura régénérés par sa grâce, d’écrire en vos cœurs par l’Esprit Saint (cf. 2 Corinthiens 3, 2), afin que vous aimiez ce que vous croyez, que la foi agisse en vous par l’amour (cf. Galates 5, 6) et qu’ainsi vous puissiez plaire au Seigneur Dieu, dispensateur de tous les biens, non par une crainte servile du châtiment, mais par un libre amour de sa justice » (Sermon212, 2). C’est également un aspect de la vertu théologale de l’espérance, que « la crainte d’offenser Dieu et de provoquer le châtiment » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2090).
Cette crainte est le fruit de l’amour, c’est-à-dire de la peine d’offenser l’aimé, de le faire souffrir, de l’attrister par nos infidélités. Jésus-Christ a instauré une Alliance nouvelle, scellée par son sang versé sur la Croix, alliance par laquelle l’homme devient enfant de Dieu, ou plutôt le redevient, puisqu’il l’était avant le péché originel qui lui a fait perdre cette condition. La crainte change de sens, pour devenir une crainte filiale. « Fils de Dieu, frères du Verbe fait chair, de celui dont il a été dit : « De tout être il était la vie et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1, 4), des enfants de la lumière, des frères de la lumière, voilà ce que nous sommes » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 65).
Craindre Dieu, c’est aussi accepter le défi qu’il nous lance de participer avec lui à l’œuvre de notre salut, tout en sachant que notre faiblesse peut nous empêcher de réaliser ce qu’il attend de nous. C’est pourquoi il nous est dit au Livre des Proverbes (9, 10) que « le début de la sagesse est la crainte de Dieu ».
La loi de Dieu est qualifiée de loi d’Amour, car « elle fait agir par l’amour qu’infuse l’Esprit Saint plutôt que par la crainte » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1972). De plus l’Église applique à la Sainte Vierge ces mots de l’Écriture : « Je suis la Mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance » (Siracide 24, 24). « Je ne puis concevoir d’autre crainte que celle de nous écarter de l’Amour. Car Dieu notre Seigneur ne nous veut pas timides, timorés, comme ayant peur de nous donner. Il a besoin que nous soyons audacieux, courageux, délicats » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 277). Cette bonne crainte n’est autre, en définitive, que l’espérance, qui est « l’attente confiante de la bénédiction divine et de la vision bienheureuse de Dieu » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2090).

(fin)

samedi 24 mars 2007

Le sens chretien de la souffrance (suite)


Le sens chrétien de la souffrance (suite)


C’est à cette valeur salutaire et rédemptrice de la souffrance que le pape Jean-Paul II a consacré une lettre apostolique intitulée précisément « [la valeur] salvifique de la douleur », Salvifici doloris, en date du 11 février 1984. Il en précise d’emblée la portée avec deux citations de saint Paul : « je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l’Église » (Colossiens 1, 24), et « je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous » (Ibid.). Je ne puis qu’inciter à lire cette lettre, où Jean-Paul développe la parabole du bon Samaritain (cf. Luc 25-37).
Le Christ « a enseigné à l’homme (lire la suite) à faire du bien par la souffrance et à faire du bien à celui qui souffre » (Jean-Paul II, lettre apostolique Salvifici doloris, n°30). Le pape indiquait en conclusion que « tel est le sens, véritablement surnaturel et en même temps humain, de la souffrance. Il est surnaturel, parce qu’il s’enracine dans le divin mystère de la Rédemption du monde, et il est d’autre part profondément humain, parce qu’en lui l’homme se reconnaît lui-même dans son humanité, sa dignité et sa mission propre » (Ibid., n° 31).
Un chrétien ne peut pas oublier la réalité d’une autre souffrance, celle du péché et de ses suites, celle de la condamnation éternelle à l’enfer pour celui qui reste endurci dans son péché. « Dieu a tant aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jean 3, 16). Or, « l’homme « périt » quand il perd « la vie éternelle ». Le contraire du salut n’est donc pas seulement la souffrance temporelle, une souffrance quelconque, mais la souffrance définitive : la perte de la vie éternelle, le fait d’être rejeté par Dieu, la damnation. Le Fils unique a été donné à l’humanité pour protéger l’homme avant tout contre ce mal définitif et contre la souffrance définitive » (Jean-Paul II, Ibid., n° 14). Mais, par son œuvre de salut, le Christ ne se limite pas à « effacer de l’histoire de l’homme la domination du péché qui s’est enracinée sous l’influence de l’Esprit du mal dès le péché originel » ; il lui donne « la possibilité de vivre dans la Grâce sanctifiante », puis, « dans le sillage de sa victoire sur le péché, il enlève aussi à la mort son pouvoir, ouvrant la porte, par sa Résurrection, à la future résurrection des morts » (Ibid., n° 15). La souffrance engendre ainsi la joie.

(à suivre…)

vendredi 23 mars 2007

L’authenticite des reliques (suite)


L’authenticité des reliques (suite)

L’abondance de reliques de la Croix qui existent dans le monde pose évidemment la question de leur authenticité. On estime un peu rapidement qu’il y en a trop pour qu’elles soient vraies. Or, fait remarquer Rohault de Fleury, « la vraie croix devait contenir environ 178 millions de millimètres cubes, & chacun d’eux pouvant très facilement se diviser en cinq ou six parties très-palpables, on aurait pu avoir 1 milliard ou 1000 millions de parcelles » (p. 56). C’est dire que nous sommes bien loin du compte. En effet, le même auteur dresse un tableau des volumes connus de la vraie Croix, c’est-à-dire des reliques (lire la suite) considérées comme authentiques qu’il a répertoriées à Rome, en Italie, à Paris, en France, dans toute l’Europe et en Orient. Il aboutit à un total de 3 941,975 millimètres cube.
Le reliquaire réalisé par Jean-Charles Cahier, en 1806, sur commande de Napoléon Ier, présentait la couronne d’épines dans un globe porté par trois anges et surmonté d’une représentation de la foi au pied de la Croix. Un deuxième reliquaire a été exécuté en 1853 par Geoffroy Dechaume, sur les indications de Viollet-le-Duc. Le socle représente trois personnages assis : saint Louis tenant la couronne, sainte Hélène l’« inventeur » des reliques, et l’empereur Baudouin II de Constantinople qui a vendu les reliques à saint Louis. Le haut est enforme de couronne fleur-de-lysée à travers laquelle on apercevait la couronne d’épines, reposant sur douze piliers constitués des douze apôtres.
Ces reliquaires font partie du trésor de la cathédrale de Paris, ainsi que la Croix palatine. Il s’agit d’une croix en vermeil, à double traverse, comme la Croix de Lorraine, remise par le roi Jean-Casimir de Pologne à Louis XIV, qui en fit cadeau à sa belle-sœur Anne de Gonzague de Clèves, princesse Palatine, qui la légua à l’abbaye de saint-Germain-des-Près. Un autre reliquaire, de vermeil et d’émaux, est soutenu par deux anges agenouillés représentant saint Claude et le roi René, comte de Provence et roi nominal de Sicile et de Jérusalem. Dû à l’orfèvre Poussielgue-Rusand (XIXème siècle), il été destiné à abriter un fragment de la Croix donné par René Ier au couvent des célestins d’Avignon.

(à suivre…)

jeudi 22 mars 2007

Une crainte filiale


Une crainte filiale

La crainte de Dieu a changé de nature depuis que Dieu a manifesté son Amour, non seulement par la création, le choix d’un peuple et l’envoi de prophètes qui lui rappelaient l’Alliance passée avec lui, mais encore en lui envoyant son propre Fils. Cette crainte ne peut plus être celle qui était en vigueur sous le régime de l’Ancien Testament : « Ma chair frissonne de terreur devant toi, et je redoute tes décrets », dit le psalmiste (119, 120).
La situation a changé. Certes, il est dit des premiers chrétiens (lire la suite) que « la crainte était dans tous les esprits » (Actes 2, 43). Cette crainte se manifeste à la vue des « prodiges et des miracles [qui] se faisaient par les apôtres » (ibid.). C’est une manifestation de respect en présence du surnaturel et le sentiment d’être peu de chose qui envahit alors l’âme. C’est une crainte de ce genre qui s’empare de Pierre après la pêche miraculeuse qu’il vient de faire en obéissant à l’ordre du Seigneur : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, parce que je suis un homme pécheur ». Car l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui l’accompagnaient, à cause de la capture des poissons qu’ils avaient faite » (Luc 5, 9).
Il existe une « sainte crainte de Dieu » à laquelle invite le message du Jugement dernier, qui interviendra quand le Christ reviendra sur terre dans sa gloire « pour juger les vivants et les morts » (« Je crois en Dieu »). C’est celle de chercher à ne pas offenser Dieu, à ne pas lui déplaire. Ce n’est pas tant la peur du châtiment dû par nos péchés ni celle de tomber en enfer, même si celle-ci peut être salutaire, que la crainte filiale d’un enfant qui veut faire ce qui plaît à Dieu son Père. Ce message du jugement dernier « appelle à la conversion pendant que Dieu donne encore aux hommes « le temps favorable, le temps du salut » (2 Corinthiens 6, 2). Il inspire la sainte crainte de Dieu » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1041).

(à suivre…)

mercredi 21 mars 2007

Le sens chretien de la souffrance


Le sens chrétien de la souffrance

La grandeur d’âme s’expérimente face à la souffrance et aux épreuves. Saint Pierre écrit qu’il « est méritoire de supporter pour plaire à Dieu des peines infligées injustement » (1 Pierre 2, 19). Comment Dieu peut-il se complaire dans la souffrance humaine ? Cela semble impensable et incompatible avec l’idée même que nous nous faisons de Dieu et à celle qu’il a nous a fait connaître : « Dieu est amour » (1 Jean 4, 16). Lui-même a fait remarquer que « nul n’est bon que Dieu seul » (Luc 18, 19).
Ce n’est pas la souffrance en soi qui peut plaire à Dieu. Mais étant donné que notre nature, à la suite du péché originel d’Adam et Ève, connaît nécessairement la douleur et des maux divers, (lire la suite) saint Pierre nous invite, dans le texte cité ci-dessus, à replacer notre souffrance dans le contexte de celle du Christ. C’est suivre l’indication de Jésus : « Qui ne porte pas sa croix et ne vient pas à ma suite ne peut pas être mon disciple » (Luc 14, 27) ; ou encore : « Celui qui ne porte pas sa croix pour me suivre n’est pas digne de moi » (Matthieu 10, 38). Le disciple doit mettre les pieds dans les empreintes des pas du Christ, qui porte la Croix rédemptrice.
La souffrance peut avoir un côté révoltant. On la qualifie souvent d’injuste. C’est la douleur qui amène à s’exprimer d’une façon aussi impropre, car la justice consiste à « donner à chacun ce qui lui est dû ». Et, en l’occurrence, qui nous doit d’être préservé de ces maux ? Prétendre que Dieu nous « doive » quelque chose est tout simplement absurde. C’est ignorer la réalité même de Dieu qui nous a créés par pur Amour et nous veut heureux sur terre, puis avec lui au ciel pour l’éternité. Si nous devons nous en prendre à quelqu’un, c’est à Adam et Ève ! Mais pas à Dieu.
La présence de la douleur est parfois un motif de rupture avec Dieu. Si elle est difficile à porter, elle n’est pas inexplicable. Surtout elle trouve son sens quand on la replace dans le cadre de la Rédemption de l’humanité et quand on pense aussi à nos propres péchés qui ont contribué à la mort du Christ et dont la peine temporelle doit être expiée d’une façon ou d’une autre. L’acceptation de la souffrance sous toutes ses formes — maladie, infirmités, limitations de l’âge et, plus que tout, souffrances morales —, mieux encore l’offrande de la souffrance et, si l’on en est capable, l’amour de la souffrance comme moyen de vivre uni au Christ, lui donne tout son sens. « Ceux qui prient et souffrent en abandonnant l’action aux soins des autres ne brillent certes pas ici-bas. Mais comme leur couronne brillera au Royaume de la Vie ! — Béni soit « l’apostolat de la souffrance » ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 969).

(à suivre…)

mardi 20 mars 2007

Saint Joseph (suite)


Saint Joseph (suite)

La Liturgie fait souvent référence à la figure et au rôle de saint Joseph dans les célébrations des mystères de la vie du Sauveur, en particulier celles qui concernent sa naissance et son enfance, c’est-à-dire durant le temps de l’Avent, celui de Noël, spécialement à l’occasion de la fête de la Sainte Famille, lors de la solennité du 19 mars et à l’occasion de la mémoire du 1er mai.
Le nom de saint Joseph est mentionné dans le Communicantes du Canon Romain et dans les Litanies des Saints. Les Prières pour les mourants suggèrent (lire la suite) d’invoquer le saint Patriarche; de même, la communauté prie pour que l’âme du mourant, en quittant ce monde, soit introduite "dans la paix de la Jérusalem céleste avec la Vierge Marie, Mère de Dieu, saint Joseph, tous les Anges et les Saints".
La vénération de saint Joseph occupe aussi une place importante dans la piété populaire : par exemple, dans des expressions diverses et nombreuses du folklore de certains peuples ; dans la coutume, datant de la fin du XVIIème siècle, de considérer le mercredi comme un jour dédié à saint Joseph ; à ce propos, il convient de noter que certains pieux exercices, comme les Sept mercredis, se rattachent à cette pieuse tradition. La dévotion des fidèles à l’égard de saint Joseph inspire aussi les pieuses invocations, que de nombreuses personnes aiment prononcer spontanément, de même que certaines formules de prières, comme celle qui fut composée par le pape Léon XIII : Ad te, beate Joseph, et qui est dite chaque jour par de nombreux fidèles, et aussi les Litanies de saint Joseph, approuvées par saint Pie X, et, enfin, le pieux exercice du chapelet des Sept angoisses et des sept joies de saint Joseph.
Des difficultés d’harmonisation entre la Liturgie et les expressions de la piété populaire peuvent surgir du fait que la solennité de saint Joseph (19 mars) est célébrée durant le Carême, qui est un temps liturgique tout entier consacré à la préparation des baptêmes et à la célébration de la Passion du Seigneur. Il est donc indispensable que les pratiques traditionnelles du "mois de saint Joseph" soient en syntonie avec le temps liturgique qui est célébré. De fait, le renouveau de la Liturgie a permis aux fidèles d’approfondir le véritable sens du temps liturgique du Carême. En adaptant les expressions de la piété populaire à cette exigence, il demeure néanmoins nécessaire de favoriser et de répandre la dévotion à l’égard de saint Joseph, en ayant constamment à l’esprit "l’exemple éminent [...], qui surpasse les états de vie particuliers et qui est proposé à la communauté chrétienne tout entière, quelles que soient les conditions de vie et les obligations des fidèles".

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 218-223.

lundi 19 mars 2007

Saint Joseph



Saint Joseph

Dans sa sagesse providentielle, Dieu réalisa son plan de salut en assignant à Joseph de Nazareth, "homme juste" (cf. Matthieu 1, 19), et époux de la Vierge Marie (cf. Ibid. ; Luc 1, 27), une mission particulièrement importante : d’une part, introduire légalement Jésus dans la lignée de David de laquelle, selon la promesse des Écritures (cf. 2 Samuel 7, 5-16 ; 1 Chroniques 17, 11-14), devait naître le Messie Sauveur, et, d’autre part, assumer la fonction de père et de gardien à l’égard de cet enfant. (lire la suite)
En vertu de cette mission, saint Joseph est très présent dans les mystères de l’enfance du Sauveur: il reçut de Dieu la révélation de l’origine divine de la maternité de Marie (cf. Matthieu 1, 20-21), et il fut le témoin privilégié de la naissance de Jésus à Bethléem (cf. Luc 2, 6-7), de l’adoration des bergers (cf. Luc 2, 15-16) et de celle des Mages venus de l’Orient (cf. Matthieu 2, 11) ; il accomplit son devoir religieux à l’égard de l’Enfant en l’introduisant dans l’Alliance d’Abraham, lors de la circoncision (cf. Luc 2, 21), et en lui donnant le nom de Jésus (cf, Matthieu 1, 21) ; selon de la Loi, il présenta l’Enfant au Temple et le racheta en offrant le don des pauvres (cf. Luc 2, 22-24 ; Esdras 13, 2.12-13) et, rempli d’étonnement, il entendit le cantique prophétique de Siméon (cf. Luc 2, 25-33) ; il protégea la Mère et le Fils durant la persécution d’Hérode en fuyant en Égypte (cf. Matthieu 2, 13-23) ; il se rendait chaque année à Jérusalem avec la Mère et l’Enfant pour la fête de la Pâque et il assista, avec effroi, à l’événement de la disparition de Jésus, âgé de 12 ans, qui était demeuré dans le Temple (cf. Luc 2, 43-50) ; il vécut dans la maison familiale de Nazareth, exerçant son autorité paternelle à l’égard de Jésus, qui lui était soumis (cf. Luc 2, 51), et il lui enseigna la Loi et son métier de charpentier.
Tout au long des siècles, et surtout à l’époque récente, la réflexion de l’Église a mis en évidence les vertus de saint Joseph, parmi lesquelles: la foi, qui, chez lui, se traduisait par une adhésion entière et courageuse au projet de salut de Dieu; l’obéissance inconditionnelle et silencieuse à la volonté de Dieu; l’amour et le respect fidèle de la Loi, la piété sincère et la force dans les épreuves ; l’amour virginal dont il fit preuve à l’égard de la Vierge Marie, l’exercice assidu de ses devoirs de père de famille, et l’attrait pour une vie cachée et laborieuse.
La piété populaire met en valeur l’importance et l’universalité du patronage de saint Joseph, "à la vigilance duquel Dieu a voulu confier les débuts de notre rédemption" et "ses trésors les plus précieux". Saint Joseph assume les patronages suivants : l’Église tout entière, que le bienheureux Pie IX a voulu placer sous la protection spéciale du saint Patriarche ; les personnes qui se consacrent à Dieu en choisissant le célibat pour le Royaume des cieux (cf. Matthieu 19, 12) : "ils ont en saint Joseph un exemple et un défenseur de leur virginité" ; les travailleurs et les artisans, dont le charpentier de Nazareth est le modèle exemplaire ; les agonisants, puisque, selon une pieuse tradition, saint Joseph fut assisté, au moment de sa mort, de Jésus et de Marie.

(à suivre...)

dimanche 18 mars 2007

Le mal


Le mal

« De quelque manière que l’on tente de le penser, le mal ne peut s’affirmer que sur fond de bien. La cécité est un mal parce qu’elle est une privation de la vue. Elle n’est un mal que parce qu’elle n’est pas un bien ! Mais elle est un mal pour l’animal, non pour la pierre. La pierre n’a pas la vue : c’est une imperfection, car la cécité n’est pas pour elle une privation. En d’autres termes, le mal n’est le mal que parce qu’il y a un bien qui manque. L’existence du mal, loin donc de s’imposer comme une objection contre l’existence de Dieu, en est une preuve. Le mal existe parce que le bien existe ! (lire la suite) Sans le bien qu’il nie le mal n’existerait pas ! N’ayant pas d’autonomie propre, le mal en soi n’existe pas. Autrement dit, nous éprouvons toujours le mal comme la privation particulière d’un bien particulier. Et, comme Dieu est le Bien infini, source tout bien, on peut ramener le mal au péché qui nous sépare de Dieu » (Hervé Pasqua, Qu’est-ce que le christianisme ? Manuel à l’usage de ceux qui respirent large, Pari, Cerf, 2004, p. 48-49).
Et de citer saint Augustin pour qui Dieu ne saurait « laisser un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même » (st Augustin, Enchiridium ad Laurentium, de fide, spe et caritate 3, 11). Or, la mort du Christ sur la Croix, du Fils de Dieu, qui apparaît comme la plus grave iniquité jamais commise et qui peut sembler être la victoire du diable sur Dieu, la mise en échec du plan de Salut de l’humanité, par un renversement inattendu est au contraire la victoire définitive sur le diable, la mort et le péché. À partir de cet exemple vivant, le croyant se remplit de la conviction que le bien jaillit du mal dans sa propre vie et que, comme saint Paul l’affirme, « pour ceux qui aiment Dieu, tout concourt au bien » (Romains 8, 28).
Si le mal est vraiment présent dans le monde, et dans la vie de chaque homme et de chaque femme, comme une conséquence du péché originel commis par Adam et Ève, il a pourtant sa solution à partir de la victoire du Christ, qui a institué un sacrement spécifique pour pardonner celui qui vient vers lui en éprouvant le repentir de son péché et se déclare prêt à ne plus recommencer avec l’aide de la grâce divine : le sacrement de la réconciliation ou de la pénitence, encore appelé confession. Ainsi, « là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé » (Romains 5, 21).
Mais le mal, ce qui est objectivement mal, intrinsèquement mal, ne deviendra jamais un bien. Il revient à chacun de s’efforcer de l’éradiquer le plus possible de son âme, pour qu’il se raréfie dans le monde.

samedi 17 mars 2007

La crainte de Dieu


La crainte de Dieu

De la crainte révérentielle à la crainte filiale

L’Ancien Testament insiste sur la crainte de Dieu, notamment dans le Livre de l’Ecclésiastique ou de ben Sirac le Sage. Nous y lisons, en effet, que nul « n’est plus grand que celui qui craint le Seigneur » (Siracide 10, 23) et que pour tous, « riche, noble et pauvre, leur gloire est la crainte du Seigneur » (Siracide 10, 21). Celui qui a trouvé la sagesse est certes grand, « pourtant il n’est pas au-dessus de celui qui craint le Seigneur » (Siracide 25, 10). L’auteur sacré en précise cette fois la raison : « La crainte du Seigneur surpasse tout ; celui qui la possède, à qui le comparer ? La crainte du Seigneur est le commencement de son amour, (lire la suite) et la foi est le commencement de l’attachement à Dieu » (Siracide 25, 11).
Le prophète Isaïe annonce la venue du Messie, une « pousse du tronc de Jessé », sur qui « reposera l’Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de crainte de Yahvé » (Isaïe 11, 1-2), auxquels s’ajoute l’esprit de piété. Ce sont les sept dons du Saint-Esprit, « dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions de l’esprit Saint » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1830).
Saint Paul dira aux chrétiens de Rome : « Vous n’avez pas reçu un esprit de servitude pour retomber dans la crainte, mais vous avez reçu un esprit de fils adoptifs » (Romains 8, 15). Et il précise à son fidèle disciple Timothée : « Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte, mais de force, de charité et de pondération » (2 Timothée 1, 7).
Une crainte révérentielle. Dans quel sens faut-il craindre Dieu ? Quand Yahvé apparaissait dans sa gloire, il y avait de quoi être impressionné : « Tout le peuple percevait les tonnerres, les flammes et le son de la trompette ainsi que la montagne fumante ; à ce spectacle, il frissonnait et se tenait à distance » (Exode 20, 18). C’était en vérité un spectacle terrifiant ! Dieu est si élevé, tellement au-dessus de notre condition de créature humaine, que sa présence nous serait insoutenable. Dieu dit à Moïse : « Tu ne pourras voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre » (Exode 33, 20) et pourtant « Yahvé parlait à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami » (Exode 33, 11).
La crainte qu’inspire un Dieu qui accompagne le peuple hébreu dans une colonne de feu la nuit et dans une colonne de nuée le jour (cf. Exode 13, 21-22), ou qui apparaît à Moïse sur la montagne au milieu « des tonnerres, des éclairs, une nuée épaisse sur la montagne, et des sonneries de trompettes très éclatantes » (Exode 19, 16), cette crainte est bien compréhensible. D’autant que les Hébreux — et les hommes en général — ne connaissaient pas encore la paternité si admirable de Dieu. Un tel Dieu, qui combattait avec son peuple, au nom duquel s’écroulèrent les murailles de Jéricho (cf. Josué 6, 20), ne pouvait être que craint. En voyant les prodiges qui intervenaient sur le Sinaï, le peuple dit à Moïse : « Parle-nous, toi, et nous t’écouterons ; mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourions. » Moïse répondit au peuple : « Ne craignez pas, car c’est pour vous mettre à l’épreuve que Dieu est venu, et pour que vous gardiez sa crainte, afin que vous ne péchiez pas » (Exode 20, 19-20).
La vision d’un ange produisait déjà un effet saisissant : « Nous allons certainement mourir, car nous avons vu Dieu », dit Manoah après avoir vu un messager divin. Ce à quoi sa femme répond : « Si Yahvé voulait nous faire mourir, il n’aurait pas reçu de nos mains l’holocauste et l’oblation, il ne nous aurait pas fait voir tout cela, et à cette heure il ne nous aurait pas fait entendre de pareilles choses » (Juges 13, 22-23).
De plus, il est écrit : « Tu es redoutable, toi ! Qui pourrait tenir devant toi, à cause de la violence de ta colère ? […] La terre, saisie de crainte, s’est tenue tranquille, lorsque Dieu s’est levé pour faire justice, pour sauver tous les humbles du pays » (Psaume 76 [75], 8-10). C’est plus qu’une lueur d’espoir que laisse entrevoir ce dernier verset, c’est un changement de perspective, propre aux petits et aux enfants de Dieu.

(à suivre…)