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lundi 9 juillet 2007

Il y a un an, le "coup de boule" de Zidane

Il y a un an, le "coup de boule" de Zidane

C’est aujourd’hui l’anniversaire du « coup de boule », du coup de tête que Zinedine Zidane a donné à un joueur italien qui l’avait gravement insulté au cours de la finale de la coupe du monde de football, jouée à Berlin.
Le vrai « coup de boule », ici en image, a valu à son auteur d’être expulsé et peut-être aussi de priver l’équipe de France de la victoire finale.
Quoi qu’il en soit, ce geste peu sportif (lire la suite) a prouvé que Zidane est vulnérable. Comme tout le monde. Ce qui est réconfortant en définitive.
On raconte d’un grand chef militaire qui avait gagné de nombreuses batailles sans recevoir ne serait-ce qu’une égratignure, l’anecdote suivante : il fut un jour blessé d’une balle au combat. Ayant réuni ses officiers le soir,il leur déclara : « Messieurs, j’ai remporté aujourd’hui la meilleure bataille de ma vie, car tout le monde sait désormais que je suis vulnérable. »
Quant à Bufone, le gardien de but de la squadra azurra, qui n’avait encaissé qu’un seul but au cours des six premières rencontres du mondial, il en encaissa trois lors de la finale avec la France, et même si l’équipe des bleus a été battu, il a montré
qu’il est vulnérable lui aussi, le Bufone.
Ci-joint, un faux coup de boule de Zidane… !

dimanche 8 juillet 2007

L'amitie avec Dieu et la communion des saints


L'amitié avec Dieu et la communion des saints

Nous ne sommes pas les premiers ni les derniers amis de Dieu. C'est dire que nous appartenons à une grande famille qui pousse ses ramifications dans toutes les générations de l'humanité, ce que nous appelons la "communion des saints". Il s'agit d'une réalité surnaturelle profonde qu'il convient de garder vivante à l'esprit. "Il te sera plus facile d’accomplir ton devoir si tu penses à l’aide que te prêtent tes frères, et à celle que tu cesses de leur prêter si tu n’es pas fidèle" (saint Josémaria, Chemin, n° 549).
Autrement dit, quand nous rencontrons des difficultés qui nous semblent insurmontables - elles ne le sont pas, en réalité, (lire la suite) car Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces (cf. 1 Corinthiens 10, 13) - " échangez des mots d’amitié avec ceux qui ont vécu à ses côtés quand il était sur cette terre. En premier lieu Marie qui l’a mis au monde pour nous. Et aussi les apôtres. Il y avait là quelques Grecs, de ceux qui montaient pour adorer durant la fête. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette requête : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André : André et Philippe vont le dire à Jésus (Jean 12, 20-22). Cela n’est-il pas encourageant ? Ces étrangers n’osent pas se présenter au Maître et se cherchent un bon intercesseur" (saint Josémaria, homélie "Vie de prière" dans Amis de Dieu, n° 252).
L'amitié est une vertu humaine que nous surnaturalisons du fait de notre baptême. En tant que vertu chrétienne, elle nous conduit à avoir confiance dans les âmes du purgatoire. "Les âmes bénies du purgatoire. — Par charité, par justice et par un égoïsme bien pardonnable — elles peuvent tant auprès de Dieu ! — tiens-en bien compte dans tes sacrifices et dans ta prière.
Ah ! si tu pouvais dire, en parlant d’elles : « Mes bonnes amies, les âmes du purgatoire… »" (saint Josémaria, Chemin, n° 571). Et bien sûr nous avons de nombreux amis au ciel. De façon générale, tous les élus. Mais plus spécialement les membres de notre famille naturelle, ceux qui nous ont élevés dans la foi et guidés sur le chemin de la sainteté, ceux de nos amis d'ici-bas qui nous ont précédé dans la patrie, éventuellement les membres de notre famille spirituelle, notre saint patron, etc. Tous nous orientent vers Jésus, le Maître et Seigneur, nous invitent à tourner nos regards vers l'Agneau pascal, notre Rédempteur. "Il est l'Ami qui ne trahit jamais" (saint Josémaria, Ibid., n° 88).
"Je demande au Seigneur que, lors de notre séjour sur cette terre d’ici-bas, nous ne nous écartions jamais du voyageur divin. Nous devons pour cela augmenter notre amitié avec les saints anges gardiens. Nous avons tous un grand besoin de compagnie, de celle du Ciel et de celle de la terre. Ayez de la dévotion pour les saints anges ! L’amitié est quelque chose d’humain, mais c’est aussi quelque chose de divin. Comme notre vie, qui est divine et humaine à la fois. Vous souvenez-vous de ce que dit le Seigneur : Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle amis ? Il nous apprend à avoir confiance dans les amis de Dieu qui vivent déjà au Ciel, et dans les créatures qui vivent avec nous, et aussi dans celles qui semblent éloignées du Seigneur, pour les attirer sur le bon chemin" (homélie "Vers la sainteté" dans Amis de Dieu, n° 315).
On le voit, l'amitié avec Dieu est une réalité merveilleuse de la vie chrétienne, qui nous rend en même temps plus proches de nos frères dans la foi et plus solidaires de tous les hommes. Il est étrange de constater qu'elle est ignorée d'ouvrages aussi fondamentaux que le Dictionnaire de Théologie Catholique ou l'encyclopédie Catholicisme Hier Aujourd'hui Demain, ou d'ouvrages plus spécialisés comme le Dictionnaire de la Bible publié sous la direction de ou le Dictionnaire critique de théologie publié sous la direction de mon ami Jean-Yves Lacoste. Il n'en est que plus important par conséquent de s'en pénétrer et de le faire découvrir aux autres...

(fin)

samedi 7 juillet 2007

Art et poesie (fin)

Art et poésie (fin

Donc chaque concert est un vrai feu d’artifice
Qui prend le subconscient entier de l’auditeur,
Lui apporte bonheur, bannit tout maléfice,
Fournissant au cœur sa spéciale brillanteur.
Chaque tableau délivre à son tour un message
Passant l’agencement des formes et des tons.
Lui aussi transporte au-delà le vernissage
Des barytons, santons, ou bien au Cap-Breton !
Mais ne nous arrêtons pas aux impressions
Saisies par le tympan ou vues sur la rétine
Ni aux sensations qui font procession
Au tréfonds de votre être et qui tant vous fascinent. (lire la suite)
Le marquis de Custine écrivait à Chopin :
« Lorsque je vous écoute, il me semble être seul
Avec vous », comme nous trouvant sur un lopin
De bonheur éthéré caché sous un linceul.
Je me vois « peut-être avec mieux que vous encore !
Du moins avec ce qu’il y a de mieux en vous »,
Écrit l’admirateur saisi par le décor
Des notes présentant un lointain rendez-vous.
Toute musique a des phrases qui vont et viennent,
Enflent, retombent et puis retrouvent du souffle,
Déroulent à l’oreille une douce rengaine
Dont, nous le comprenons, l’auditeur s’époustoufle.
« Les vraies défaites sont celles qu’on essuie seul
En conscience, devant sa glace », pour Flaubert,
Quand on ne se sent pas fichu d’ouvrir sa gueule
Pour garder ses idées et en demander cher.
Comme Custine le sent par intuition,
Il est, pour l’être humain, impossible de vivre
Humainement sans se livrer par volition
À meilleur que soi, à Celui qui seul enivre.
Ce qui, selon Zundel, « revient à dire Dieu :
Ou rien ». Cette option, lourde de conséquences,
L’homme ne doit surtout pas en être oublieux
Au cours de sa vie et de ses riches séquences.

(fin)

vendredi 6 juillet 2007

Amis de Dieu, amis des hommes


Amis de Dieu, amis des hommes

Dans le cadre de l'amitié avec Dieu, la parole entendue n'a rien de banal : c'est le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu lui-même qui, se servant du Saint-Esprit, s'adresse à nous pour nous dévoiler la volonté du Père. Ce Verbe nous est transmis également dans les Saintes Écritures. C'est en accompagnant Jésus depuis l'Annonce faite à Marie jusqu'au Calvaire et à sa Résurrection et son Ascension au ciel, que nous devenons dignes de sa conversation amicale, car il nous fait partager ses joies et ses peines : "Ils ont bu le calice du Seigneur et ils sont devenus des amis de Dieu" (lire la suite) (répons de la deuxième lecture de l'office pour la Dédicace des bienheureux apôtres Pierre et Paul). Et Jésus dit : "Tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jean 15, 15).
J'ai déjà rappelé que la réponse à l'Amour de Dieu nous pousse à nous ouvrir aux autres. Elle produit, comme une conséquence nécessaire, le désir d'évangélisation, d'apostolat. Celui-ci est le "débordement de ta vie « en dedans »" (saint Josémaria, Chemin, n° 961). L'amitié avec Dieu nous pousse donc à nous mettre "au service de tous : à utiliser ces dons de Dieu comme des instruments pour les aider à découvrir le Christ" (saint Josémaria, homélie "Afin que tous les hommes soient sauvés", dans Amis de Dieu, n° 258). L'apostolat est une "amitié humaine imprégnée de sens divin" (homélie "Car ils verront Dieu", Ibid., n° 175). " L'amitié avec Jésus est, par antonomase, toujours une amitié avec les siens. Nous ne pouvons être amis de Jésus que dans la communion avec le Christ tout entier, avec la tête et le corps" (Benoît XVI, homélie du Jeudi Saint, 13 avril 2006). "Chez un chrétien, chez un enfant de Dieu, l'amitié et la charité fraternelle ne font qu'un : lumière divine qui communique sa chaleur" (saint Josémaria, Forge, n° 565).
L'apostolat demande la pleine disponibilité du cœur, un amour vrai, authentique, puisé dans le Cœur du Christ, un amour qui, tel le feu, purifie les scories du péché. La vertu de la sainte pureté est donc indispensable chez le véritable ami, du moins la lutte sincère et décidée pour vivre cette vertu. L'amour est la vertu théologale la plus élevée, la seule qui subsistera au ciel (cf. 1 Corinthiens 13, 13). "Cependant la chasteté est le moyen sine qua non, une condition indispensable pour nouer ce dialogue intime avec Dieu. Si on ne la conserve pas, si on ne lutte pas, l’on devient aveugle, l’on ne voit rien, car l’homme animal ne perçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu" (saint Josémaria, homélie "Car ils verront Dieu", dans Amis de Dieu, n° 175).
"Le monde a besoin de Dieu — non pas d'un dieu quelconque, mais du Dieu de Jésus-Christ, du Dieu qui s'est fait chair et sang, qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous, qui est ressuscité et qui a créé en lui un espace pour l'homme. Ce Dieu doit vivre en nous et nous en Lui" (Benoît XVI, homélie citée). La filiation divine entretenue tout au long de la journée, comme le fondement même de notre existence, ce qui lui donne sa raison d'être, conduit tout droit à la présence de Dieu et donc à la conversation amicale, spontanée avec Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. "La prière, qui a commencé avec cette naïveté enfantine suit maintenant un cours large, paisible et sûr au rythme de notre amitié avec Celui qui a affirmé : Je suis le Chemin (Jean 14, 6). Si nous aimons ainsi le Christ, si nous nous réfugions avec une audace divine dans la plaie que la lance a ouvert dans son côté, la promesse du Maître s’accomplira : Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons à lui, et nous ferons chez lui notre demeure (Jean 14, 23)" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 306).

(à suivre...)

jeudi 5 juillet 2007

Art et poesie (2)

Art et poésie (2)

La grammaire est, dit-on, une chanson bien douce.
Erik Orsena, à ce qu’il semble, l’estime
Puisqu’il a donné, par un beau joli de pouce,
À un livres des siens ce titre rarissime.
Si la poésie se lit avec des couleurs
Les tons d’un tableau se transforment en poème
Laissant échapper des sons, tels des roucouleurs,
Faisant l’économie d’un futile enthymème.
Qu’un exemple serve à notre explication.
Dans la grande toile où Philippe de Champaigne (lire la suite)
Exprime comment il voit l’Annonciation,
Lui seul est informé qu’il faudra qu’il y peigne
Trois minces fleurs de lys arrangées dans un vase,
Pour la virginité, qui reste permanente,
De celle qui a mis au monde l’hypostase
Du Fils de Dieu fait homme, une œuvre surprenante.
Le peintre y figure un charmant bouquet de roses,
Pour représenter la beauté si singulière,
Dont on pourrait être privé par amaurose,
De celle qui s’offre à l’homme comme auxiliaire.
Voici une brassée de diverses tulipes :
Cette fois, elles sont le signe des vertus,
Portées à un degré singulier, qui équipent
La Vierge Marie qui en est toute vêtue.
Il reste à dire que la présence des fleurs
Sert aussi à dater l’heureux événement
Au début du printemps. Il se produit à l’heure
Prévue par le Sauveur pour son avènement.
Nous comprenons donc sans peine qu’un musicien
Comme Olivier Messiaen arrive à voir jaillir
Derrière chaque note, en oniromancien,
Des gerbes rouges et bleues venant embellir
Ce que son instinct lui présente et qu’il compose.
D’autres, des noires et des vertes, s’y ajoutent.
Alors un concert de couleurs se superpose
À la partition soignée et nous envoûte.
Étrange monde où les valeurs se sont mêlées,
Se rappelant d’un air discret le fantastique,
L’art dans lequel Marcel Brion a excellé,
Le peaufinant dans ses romans avec plastique.
Le plus petit poème est alors une rose
Apparente de la cathédrale cachée.
Voyez-le déclamer, tenant une jambose
À la main. C’est un vrai régal, non un péché.

(à suivre…)

mercredi 4 juillet 2007

Amis de Dieu par le bapteme



Amis de Dieu par le baptême

Nous sommes devenus enfants de Dieu par le baptême. "La piété, qui naît de la filiation divine, est une démarche profonde de l’âme, qui finit par transformer l’existence tout entière ; elle imprègne toutes les pensées, tous les désirs, tous les élans du cœur. N’avez-vous pas remarqué comment, dans les familles, les enfants, sans même s’en rendre compte, imitent leurs parents ; ils refont leurs gestes, prennent leurs habitudes, s’identifient avec eux en beaucoup de leurs attitudes. (lire la suite)
Il en va de même dans la conduite d’un bon fils de Dieu. L’on parvient ainsi, sans trop savoir comment, ni par quelle voie, à cette divinisation merveilleuse qui nous aide à envisager les événements avec le relief surnaturel que procure la foi ; on se met à aimer tous les hommes comme notre Père du ciel les aime lui-même et, ce qui est plus déterminant, on en tire un nouvel élan dans l’effort quotidien pour s’approcher du Seigneur. J’insiste : nos misères n’ont plus d’importance, car les bras aimants de Notre Père sont là pour nous relever" (saint Josémaria, homélie "L'Amitié avec Dieu", Amis Dieu, n° 146).
L'amitié avec Dieu exige effort et sacrifice, tout comme l'amitié avec nos semblables : nous nous adaptons à l'ami, nous sacrifions des projets personnels, nous acceptons de faire ce qui lui plaît, nous lui venons en aide s'il tombe malade ou traverse une épreuve, etc. Mais si nous cessons de penser à lui, alors notre cœur se tourne ailleurs. "La vie du chrétien, la tienne et la mienne, est faite d’Amour. Notre cœur a été fait pour aimer et, quand on ne lui donne pas une affection pure, limpide et noble, il se venge et se remplit de misère. Le véritable amour de Dieu, la pureté de la vie, par conséquent, est aussi éloigné de la sensualité que de l’insensibilité, d’un quelconque sentimentalisme que de l’absence ou de la dureté de cœur" (homélie "Car ils verront Dieu", Ibid., n° 183). Saint Josémaria disait également que "quand on aime quelqu’un, on désire connaître tous les détails de sa vie et de son caractère, de façon à s’identifier à lui. C’est pourquoi nous devons méditer la vie de Jésus, depuis sa naissance dans une crèche, jusqu’à sa mort et à sa résurrection. Dans les premières années de mon travail sacerdotal, j’avais l’habitude d’offrir des exemplaires de l'Évangile ou de livres racontant la vie de Jésus. Car il nous faut bien la connaître, l’avoir tout entière dans notre tête et dans notre cœur, afin qu’à tout moment, sans qu’il soit besoin d’aucun livre, en fermant les yeux, nous puissions la voir comme dans un film ; afin qu’en toute circonstance les paroles et les actes du Seigneur nous reviennent en mémoire" (homélie "Le Christ présent chez les chrétiens, dans Quand le Christ passe, n° 107). Notre cœur a besoin alors de distinguer et d’adorer chacune des Personnes divines. "L’âme fait en quelque sorte une découverte dans la vie surnaturelle, comme une créature qui ouvre peu à peu les yeux à l’existence. Et elle amorce un dialogue d’amour avec le Père, avec le Fils et avec l’Esprit Saint ; et elle se soumet facilement à l’activité du Paraclet vivificateur, qui se donne à nous sans que nous le méritions : ce sont les dons et les vertus surnaturelles !" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 306).
L'amitié s'exprime notamment par la parole : chacun fait part à l'autre de ce qui lui tient le plus à cœur, s'épanche naturellement auprès de lui, en même temps qu'il l'écoute et qu'il accueille avec bienveillance et grand intérêt tout ce qu'il lui dit. Pour parvenir à la communion de pensée avec le Christ évoquée précédemment, Benoît XVI précise que cela "signifie que nous devons connaître Jésus de façon toujours plus personnelle, en l'écoutant, en vivant avec Lui, en nous arrêtant auprès de Lui. L'écouter, — dans la lectio divina, c'est-à-dire en lisant l'Écriture Sainte de façon non académique, mais spirituelle ; ainsi, nous apprenons à rencontrer Jésus présent qui nous parle. Nous devons raisonner et réfléchir sur ses paroles et sur son action devant Lui et avec Lui. La lecture de l'Écriture Sainte est prière, elle doit être prière, — elle doit naître de la prière et conduire à la prière" (homélie du Jeudi Saint, 13 avril 2006). La parole est un des dons les plus précieux que l'homme ait reçus de Dieu, "ce cadeau somptueux, qui nous permet de manifester les pensées les plus élevées d’amour et d’amitié envers le Seigneur et envers ses créatures" (saint Josémaria, homélie "Vers la sainteté", dans Amis de Dieu, n° 298).

(à suivre...)

mardi 3 juillet 2007

Saint Thomas apotre


Saint Thomas apôtre

Le quatrième Évangile nous propose plusieurs éléments significatifs. La détermination de l’Apôtre nous révèle sa totale disponibilité à suivre le Maître, au point qu’il identifie son sort avec celui de Jésus et qu’il veut partager avec lui l’épreuve suprême de la mort. Lors de la dernière Cène, Jésus révèle à Thomas, (lire la suite) qui lui demande des explications, qu’il est « le chemin, la vérité et la vie ». Comme Thomas, nous aussi, nous avons du mal à comprendre, mais nous pouvons nous mettre dans l’attitude confiante de celui qui attend de Jésus la lumière et la force.
L’incrédulité de Thomas, huit jours après Pâques, est très connue. Désormais, les signes qui permettent de reconnaître l’identité de Jésus sont surtout ses plaies qui révèlent jusqu’à quel point il nous a aimés. Cette scène nous réconforte dans nos insécurités; elle nous montre que le doute peut aboutir à un résultat lumineux. Et les paroles de Jésus à Thomas, « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », nous rappellent le vrai sens de la foi et nous encouragent à adhérer à sa personne malgré les difficultés.
Enfin, une antique tradition rapporte que Thomas évangélisa la Syrie et la Perse, et que, grâce à lui, le christianisme atteignit l’Inde.

Benoît XVI, Audience générale, 27 septembre 2006.

lundi 2 juillet 2007

Art et poesie (1)


ART ET POÉSIE Quelques exemples



Voici que la musique et la littérature
Autorisent le cours libre des sentiments.
Ne pouvons-nous pas le dire aussi de la peinture ?
Chacun de ces arts suit ses canons et pourtant…
Pourtant, avec Rimbaud désormais les poèmes
Ne sont plus composés seulement de syllabes,
De musicalité, de rimes extrêmes. (lire la suite)
Car, par l’effet de je ne sais quel astrolabe
D’un genre nouveau, les voyelles prennent vie.
Les « e » de partout sont remplacés par des blancs
Comme si soudain les frappait une exuvie
Le diktat du poète émis de but en blanc.
Mais pour les « a », « i », « o », « u », c’était autrement,
Un feu d’artifice et un bel embrasement,
Sur chaque ligne et strophe un très fin poudroiement
De toute l’écriture un grand redéploiement.
Plus de succession d’agréables voyelles,
De consonnes et de signes orthographiques,
Mais l’arrivée de feux follets en ribambelle,
En conséquence des exploits pyrotechniques.
Tout écrit devient un tableau impressionniste
Qui ne montre plus les idées qu’en pointillé.
Le poète devient aussi créationniste
S’affranchissant des sens par lui déverrouillés.
C’est du Verlaine dit-on, en réalité
Ces paysages qu’on parcourt sont de Sisley
Et on ne voit pas là une infidélité
Aux rimes qui sont dans chaque vers ciselés.
On n’entend plus un son, mais voit une couleur.
Ce n’est plus l’ouïe ou la vue qui est gratifiée.
Chaque voyelle acquiert une fraîche valeur.
Passée autocéphale, elle en est fortifiée
Dans sa liberté et rebondit à son aise.
Elle peut clignoter en toute fantaisie.
Un tel spectacle n’est pas source de malaise :
Il apaise, et toujours, partout, on s’extasie.

(à suivre…)

dimanche 1 juillet 2007

Je vous appelle mes amis


Je vous appelle mes amis

Amis de Dieu. Tel est le titre d'un recueil d'homélies de saint Josémaria, fondateur de l'Opus Dei. Il provient de l'affirmation de Jésus à ses apôtres, au soir du Jeudi Saint : "Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j'ai entendu de mon Père, je vous l'ai fait connaître" (Jean 15, 15).
Le passage de la condition de serviteur à celle d'amis s'effectue par l'amour. Cela n'a rien de surprenant, car "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16), comme le pape Benoît XVI (lire la suite) ne cesse de le rappeler. Et cet Amour appelle en retour l'amour de l'homme envers Dieu et envers son prochain.
C'est pourquoi, disait saint Josémaria, "il n'est rien de meilleur que de se savoir esclaves de Dieu par Amour. Car nous perdons alors la condition d’esclaves ; nous devenons des amis, des fils" (méditation "La liberté, don de Dieu, dans Amis de Dieu, n° 35).
Benoît XVI a parlé de l'amitié avec Dieu dans une homélie qui s'adressait principalement aux prêtres, le Jeudi Saint, 13 avril 2006. Mais ce qu'il y disait s'applique aussi aux laïcs qui, par le baptême, ont revêtu le sacerdoce royal et sont devenus "une race choisie, un collège sacerdotal royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s'est acquis" (1 Pierre 2, 9).
"Pour cette amitié, nous devons nous engager chaque jour à nouveau. Nous devons nous exercer à cette communion de pensée avec Jésus, nous dit saint Paul dans l'épître aux Philippiens (cf. 2, 2-5). Et cette communion de pensée n'est pas une chose uniquement intellectuelle, mais c'est une communion des sentiments et de la volonté, et donc également de l'action" (Benoît XVI, homélie citée). C'est une invitation pressante à faire vraiment de Dieu le centre de la vie et à orienter nos actions en fonction de sa volonté divine. " Il n’est pas chrétien de ne penser à l’amitié de Dieu exclusivement comme un ultime recours" (homélie "Vie de prière", Amis de Dieu, n° 247). En effet, quand l'amitié est réelle, elle se traduit, entre autres, par le besoin de se retrouver, d'être ensemble, pour partager les expériences de la vie, les projets, les découvertes dans le domaine spirituel, etc. Par conséquent, l'amitié avec Dieu pousse le chrétien à chercher fréquemment sa compagnie, à "prier constamment, du matin au soir et du soir au matin" (Ibid.). Il ne s'agit certes pas de s'évader de ses devoirs d'état en fuyant le monde et ses réalités, mais de tout transformer en prière en accomplissant tout par amour de Dieu, "par Lui, avec Lui et en Lui" (Ordinaire de la messe).
Pour y arriver, saint Josémaria proposait quatre étapes dans l'identification au Christ : "Le chercher, le trouver, le fréquenter, l'aimer. (...) Cherchez-le en vous-mêmes de toutes vos forces. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j’ose vous garantir que vous l’avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l’aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel (cf. Philippiens 3, 20)" (homélie "Vers la sainteté", Amis de Dieu, n° 300). La condition première de cette recherche, c'est d'éprouver avec force notre relation filiale envers Dieu, d'avoir un sens aigu de la filiation divine.

(à suivre...)

samedi 30 juin 2007

Pierre, le roc de l'Eglise (fin)


Pierre, le roc sur lequel l'Eglise est fondée

Cette position de prééminence que Jésus a voulu conférer à Pierre se retrouve également après la résurrection : Jésus charge les femmes d'en porter l'annonce à Pierre, de manière distincte par rapport aux autres apôtres (cf. Marc 16, 7) ; c'est à lui et à Jean que s'adresse Marie-Madeleine pour informer que la pierre a été déplacée devant l'entrée du sépulcre (cf. Jean 20, 2) et Jean lui cédera le pas lorsque tous les deux arriveront devant la tombe vide (cf. Jean 20, 4-6); ce sera ensuite Pierre, parmi les apôtres, le premier témoin d'une apparition du Ressuscité (cf. Luc 24, 34 ; 1 Corinthiens 15, 5). Son rôle, clairement souligné (cf. Jean 20, 3-10), marque la continuité entre la prééminence qu'il a eue dans le groupe apostolique et la prééminence qu'il continuera à avoir (lire la suite) qu'il continuera à avoir au sein de la communauté née avec les événements pascals, comme l'atteste le livre des Actes (cf. 1, 15-26 ; 2, 14-40 ; 3, 12-26 ; 4, 8-12 ; 5, 1-11.29 ; 8, 14-17 ; 10; etc.). Son comportement est considéré à ce point décisif qu'il est au centre de remarques et également de critiques (cf. Actes 11, 1-18 ; Galates 2, 11-14). Au Concile dit de Jérusalem, Pierre exerce une fonction directive (cf. Actes 15 et Galates 2, 1-10), et c'est précisément parce qu'il est un témoin de la foi authentique que Paul lui-même reconnaîtra en lui une certaine qualité de "premier" (cf. 1 Corinthiens 15, 5 ; Galates 1, 18; 2, 7sq. ; etc.). Ensuite, le fait que plusieurs des textes clefs se référant à Pierre puissent être reconduits au contexte de la Dernière Cène, où le Christ confère à Pierre le ministère de confirmer ses frères (cf. Luc 22, 31sq.), montre comment l'Église qui naît du mémorial pascal célébré dans l'Eucharistie trouve dans le ministère confié à Pierre l'un de ses éléments constitutifs.
Ce cadre du Primat de Pierre situé lors de la Dernière Cène, au moment de l'institution de l'Eucharistie, Pâque du Seigneur, indique également le sens ultime de ce Primat : Pierre, en tout temps, doit être le gardien de la communion avec le Christ ; il doit guider à la communion avec le Christ ; il doit prendre garde à ce que la chaîne ne se brise pas et que puisse ainsi perdurer la communion universelle. Ce n'est qu'ensemble que nous pouvons être avec le Christ, qui est le Seigneur de tous. La responsabilité de Pierre est de garantir ainsi la communion avec le Christ à travers la charité du Christ, en conduisant à la réalisation de cette charité dans la vie de chaque jour. Prions afin que le Primat de Pierre, confié aux pauvres personnes humaines, puisse toujours être exercé dans ce sens originel voulu par le Seigneur et puisse ainsi être toujours davantage reconnu dans sa véritable signification par nos frères qui ne sont pas encore en pleine communion avec nous.

vendredi 29 juin 2007

Pierre, le roc sur lequel le Christ a fonde l'Eglise


Pierre, le roc sur lequel le Christ a fondé l'Église

(...) L'évangéliste Jean, racontant la première rencontre de Jésus avec Simon, frère d'André, souligne un fait singulier : Jésus, "posa son regard sur lui et dit : "Tu es Simon, fils de Jean ; tu t'appelleras Képha" (ce qui veut dire : pierre)" (Jean 1, 42). Jésus n'avait pas l'habitude de changer le nom de ses disciples : à l'exception de la dénomination de "fils du tonnerre", (lire la suite) adressée dans une circonstance précise aux fils de Zébédée (cf. Marc 3, 17) et qui ne fut plus utilisée par la suite, Il n'a jamais attribué un nouveau nom à l'un de ses disciples. Il l'a fait en revanche avec Simon, l'appelant Kephas, un nom qui fut ensuite traduit en grec Petros, en latin Petrus, et il fut traduit précisément parce qu'il ne s'agissait pas seulement d'un nom ; c'était un "mandat", que Petrus recevait de cette façon du Seigneur. Le nouveau nom Petrus reviendra plusieurs fois dans les Évangiles et finira par supplanter le nom originel Simon.
Cette information acquiert une importance particulière si l'on tient compte du fait que, dans l'Ancien Testament, le changement du nom préfigurait en général une mission qui est confiée (cf. Genèse 17, 5 ; 32, 28sq. etc.). De fait, la volonté du Christ d'attribuer à Pierre une importance particulière au sein du Collège apostolique résulte de nombreux indices : à Capharnaüm, le Maître va loger dans la maison de Pierre (Marc 1, 29) ; lorsque la foule se presse autour de lui sur les rives du lac de Génésareth, entre les deux barques qui y sont amarrées, Jésus choisit celle de Simon (Luc 5, 3) ; lorsque, dans des circonstances particulières, Jésus ne se fait accompagner que par trois disciples, Pierre est toujours rappelé comme le premier du groupe : c'est le cas lors de la résurrection de la fille de Jaïre (cf. Marc 5, 37 ; Luc 8, 51), de la Transfiguration (cf. Marc 9, 2 ; Matthieu 17, 1 ; Luc 9, 28) et enfin, au cours de l'agonie dans le Jardin du Gethsémani (cf. Marc 14, 33 ; Matthieu 26, 37). Et encore : c'est à Pierre que s'adressent les percepteurs de la taxe du Temple, et le Maître paie pour lui-même et pour Pierre uniquement (cf. Matthieu 17, 24-27) ; c'est à Pierre qu'Il lave les pieds en premier lors de la Dernière Cène (cf. Jean 13, 6) et c'est seulement pour lui qu'il prie afin que sa foi ne disparaisse pas et qu'il puisse ensuite confirmer en celle-ci les autres disciples (cf. Luc 22, 30-31).
Du reste, Pierre lui-même est conscient de sa position particulière : c'est lui qui souvent, également au nom des autres, parle en demandant l'explication d'une parabole difficile (Matthieu 15, 15), ou le sens exact d'un précepte (Matthieu 18, 21), ou bien encore la promesse formelle d'une récompense (Matthieu 19, 27). C'est lui en particulier qui résout certaines situations embarrassantes en intervenant au nom de tous. Ainsi, lorsque Jésus, attristé en raison de l'incompréhension de la foule après le discours sur le "pain de vie", demande : "Voulez-vous partir vous aussi ?" la réponse de Pierre est ferme : "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle" (cf. Jean 6, 67-69). C'est également de manière décidée qu'il prononce la profession de foi, encore au nom des Douze, dans les environs de Césarée de Philippe. À Jésus qui demande : "Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ?" Pierre répond : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !" (Matthieu 16, 15-16). En réponse, Jésus prononce alors la déclaration solennelle qui définit, une fois pour toutes, le rôle de Pierre dans l'Église : "Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église... Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux" (Matthieu 16, 18-19). Les trois métaphores auxquelles Jésus a recours sont en elles-mêmes très claires : Pierre sera le fondement rocheux sur lequel reposera l'édifice de l'Église ; il aura les clefs du Royaume des cieux pour ouvrir ou fermer à qui lui semblera juste; enfin, il pourra lier ou délier, au sens où il pourra établir ou interdire ce qu'il considérera nécessaire pour la vie de l'Église, qui est et qui demeure au Christ. Elle est toujours l'Église du Christ, et non de Pierre. C'est ainsi qu'est décrit par des images d'une évidence plastique ce que la réflexion successive appellera le "primat de juridiction". (à suivre...)

Benoît XVI, Audience générale, 7 juin 2006.

jeudi 28 juin 2007

Saint Pierre, l'Apotre


Pierre, l'Apôtre

Dans ces catéchèses, nous méditons sur l'Église. (...) Nous avons vu deux étapes décisives de sa vie : l'appel sur les rives du Lac de Galilée, puis la confession de foi : "Tu es le Christ, le Messie". Une confession, avons-nous dit, encore insuffisante, à ses débuts et qui est toutefois ouverte. Saint Pierre se place sur un chemin de "sequela" (la suite du Christ). Ainsi, cette confession initiale contient déjà en elle, comme en germe, la future foi de l'Église. Aujourd'hui, nous voulons considérer deux autres événements importants de la vie de saint Pierre : (lire la suite) la multiplication des pains - nous avons entendu dans le passage qui vient d'être lu la question du Seigneur et la réponse de Pierre - et ensuite le Seigneur qui appelle Pierre à être pasteur de l'Église universelle.
Commençons par l'épisode de la multiplication des pains. Vous savez que la foule avait écouté le Seigneur pendant des heures. A la fin, Jésus dit : ils sont fatigués, ils ont faim, nous devons donner à manger à ces gens. Les apôtres demandent : mais comment ? Et André, le frère de Pierre, attire l'attention de Jésus sur un jeune garçon, qui portait avec lui cinq pains et deux poissons. Mais cela est bien peu pour tant de personnes, disent les Apôtres. Alors le Seigneur fait asseoir la foule et distribuer ces cinq pains et ces deux poissons. Et tous se rassasient. Le Seigneur charge même les Apôtres, et parmi eux Pierre, de recueillir les restes abondants : douze paniers de pain (cf. Jean 6, 12, 13). Par la suite, la foule, voyant ce miracle, - qui semble être le renouvellement, tant attendu, d'une nouvelle "manne", du don du pain du ciel - veut en faire son roi. Mais Jésus n'accepte pas et se retire sur la montagne, pour prier tout seul. Le jour suivant, sur l'autre rive du lac, dans la synagogue de Capharnaüm, Jésus interpréta le miracle, - non dans le sens d'une royauté sur Israël avec un pouvoir de ce monde de la façon espérée par la foule, mais dans le sens d'un don de soi: "Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde" (Jean 6, 51). Jésus annonce la croix, et avec la croix, la véritable multiplication des pains, le pain eucharistique - sa façon absolument nouvelle d'être roi, une façon totalement contraire aux attentes des gens.
Nous pouvons comprendre que ces paroles du Maître - qui ne veut pas accomplir chaque jour une multiplication des pains, qui ne veut pas offrir à Israël un pouvoir de ce monde, - apparaissent véritablement difficiles, et même inacceptables pour les gens. "Il donne sa chair" : qu'est-ce que cela signifie ? Pour les disciples aussi, ce que Jésus dit à ce moment-là apparaît inacceptable. C'était et c'est pour notre cœur, pour notre mentalité, un discours "dur", qui met la foi à l'épreuve (cf. Jean 6, 60). Beaucoup de disciples se rétractèrent. Ils voulaient quelqu'un qui renouvelle réellement l'État d'Israël, de son peuple, et non pas quelqu'un qui disait : "Je donne ma chair." Nous pouvons imaginer que les paroles de Jésus étaient difficiles également pour Pierre, qui à Césarée de Philippe, s'était opposé à la prophétie de la croix. Et toutefois, lorsque Jésus demanda aux Douze: "Voulez-vous partir, vous aussi?", Pierre réagit avec l'élan de son cœur généreux, guidé par l'Esprit Saint. Au nom de tous, il répondit par les paroles immortelles, qui sont aussi les nôtres: "Seigneur, vers qui pourrions-nous aller? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu" (cf. Jean 6, 66-69).
Ici, comme à Césarée, Pierre entame à travers ses paroles la confession de foi christologique de l'Église et devient également la voix des autres Apôtres et de nous, croyants de tous les temps. Cela ne veut pas dire qu'il avait déjà compris le mystère du Christ dans toute sa profondeur. Sa foi était encore à ses débuts, une foi en marche ; il ne serait arrivé à la véritable plénitude qu'à travers l'expérience des événements pascals. Mais toutefois, il s'agissait déjà de foi, une foi ouverte aux réalités plus grandes - ouverte surtout parce que ce n'était pas une foi en quelque chose, c'était une foi en Quelqu'un : en Lui, le Christ. Ainsi, notre foi également est toujours une foi qui commence et nous devons encore accomplir un grand chemin. Mais il est essentiel que ce soit une foi ouverte et que nous nous laissions guider par Jésus, car non seulement Il connaît le Chemin, mais il est le Chemin.
Cependant, la générosité impétueuse de Pierre ne le sauve pas des risques liés à la faiblesse humaine. Du reste, c'est ce que nous aussi, nous pouvons reconnaître sur la base de notre vie. Pierre a suivi Jésus avec élan, il a surmonté l'épreuve de la foi, en s'abandonnant à Lui. Toutefois, le moment vient où lui aussi cède à la peur et chute : il trahit le Maître (cf. Marc 14, 66-72). L'école de la foi n'est pas une marche triomphale, mais un chemin parsemé de souffrances et d'amour, d'épreuves et de fidélité à renouveler chaque jour. Pierre, qui avait promis une fidélité absolue, connaît l'amertume et l'humiliation du reniement : le téméraire apprend l'humilité à ses dépends. Pierre doit apprendre lui aussi à être faible et à avoir besoin de pardon. Lorsque finalement son masque tombe et qu'il comprend la vérité de son cœur faible de pécheur croyant, il éclate en sanglots de repentir libérateurs. Après ces pleurs, il est désormais prêt pour sa mission.
Un matin de printemps, cette mission lui sera confiée par Jésus ressuscité. La rencontre aura lieu sur les rives du lac de Tibériade. C'est l'évangéliste Jean qui nous rapporte le dialogue qui a lieu en cette circonstance entre Jésus et Pierre. On y remarque un jeu de verbes très significatif. En grec, le verbe "filéo" exprime l'amour d'amitié, tendre mais pas totalisant, alors que le verbe "agapáo" signifie l'amour sans réserves, total et inconditionné. La première fois, Jésus demande à Pierre : "Simon... m'aimes-tu (agapes-me)" de cet amour total et inconditionné (Jean 21, 15) ? Avant l'expérience de la trahison, l'Apôtre aurait certainement dit: "Je t'aime (agapô-se) de manière inconditionnelle". Maintenant qu'il a connu la tristesse amère de l'infidélité, le drame de sa propre faiblesse, il dit avec humilité : "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi (filô-se)", c'est-à-dire "je t'aime de mon pauvre amour humain." Le Christ insiste : "Simon, m'aimes-tu de cet amour total que je désire ?" Et Pierre répète la réponse de son humble amour humain : "Kyrie, filô-se", "Seigneur, j'ai beaucoup d'amitié pour toi, comme je sais aimer." La troisième fois, Jésus dit seulement à Simon : "Fileîs-me ? "As-tu de l'amitié pour moi ?" Simon comprend que son pauvre amour suffit à Jésus, l'unique dont il est capable, mais il est pourtant attristé que le Seigneur ait dû lui parler ainsi. Il répond donc : "Seigneur, tu sais tout : tu sais combien j'ai d'amitié pour toi" (filô-se)". On pourrait dire que Jésus s'est adapté à Pierre, plutôt que Pierre à Jésus ! C'est précisément cette adaptation divine qui donne de l'espérance au disciple, qui a connu la souffrance de l'infidélité. C'est de là que naît la confiance qui le rendra capable de la sequela Christi jusqu'à la fin : "Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore : "Suis-moi" (Jean 21, 19).
À partir de ce jour, Pierre a "suivi" le Maître avec la conscience précise de sa propre fragilité; mais cette conscience ne l'a pas découragé. Il savait en effet pouvoir compter sur la présence du Ressuscité à ses côtés. De l'enthousiasme naïf de l'adhésion initiale, en passant à travers l'expérience douloureuse du reniement et des pleurs de la conversion, Pierre est arrivé à mettre sa confiance en ce Jésus qui s'est adapté à sa pauvre capacité d'amour. Et il nous montre ainsi le chemin à nous aussi, malgré toute notre faiblesse. Nous savons que Jésus s'adapte à notre faiblesse. Nous le suivons, avec notre pauvre capacité d'amour et nous savons que Jésus est bon et nous accepte. Cela a été pour Pierre un long chemin qui a fait de lui un témoin fiable, "pierre" de l'Église, car constamment ouvert à l'action de l'Esprit de Jésus. Pierre lui-même se qualifiera de : "témoin de la passion du Christ, et je communierai à la gloire qui va se révéler" (1 Pierre 5, 1). Lorsqu'il écrira ces paroles, il sera désormais âgé, en route vers la conclusion de sa vie qu'il scellera par le martyre. Il sera alors en mesure de décrire la joie véritable et d'indiquer où on peut la puiser: la source est le Christ, auquel on croit et que l'on aime avec notre foi faible mais sincère, malgré notre fragilité. C'est pourquoi, il écrira aux chrétiens de sa communauté, et il nous le dit à nous aussi : "Lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore; et vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l'aboutissement de votre foi" (1 Pierre 1, 8-9).

Benoît XVI, Audience générale, 24 mai 2006.

mercredi 27 juin 2007

Saint Pierre, le pecheur (suite)


Pierre, le pêcheur (suite)

Pierre vivra un autre moment significatif de son chemin spirituel aux alentours de Césarée de Philippe, lorsque Jésus pose une question précise aux disciples : "Pour les gens, qui suis-je ?" (Marc 8, 27). Jésus ne se contente cependant pas de la réponse par ouï-dire. Il attend de la part de ceux qui ont accepté de s'engager personnellement avec Lui une prise de position personnelle. C'est pourquoi, il insiste : "Pour vous, qui suis-je ?" (Marc 8, 29). Et Pierre répond également au nom des autres : "Tu es le Christ" (ibid.), c'est-à-dire le Messie. Cette réponse de Pierre, "ce n'est pas la chair et le sang qui [lui] ont révélé cela", mais elle lui fut donnée par le Père qui est aux cieux (cf. Matthieu 16, 17), et elle contient comme en germe la future confession de foi de l'Église. (lire la suite) Toutefois, Pierre n'avait pas encore compris le contenu profond de la mission messianique de Jésus, le nouveau sens de ce mot : Messie. Il le démontre peu après, en laissant comprendre que le Messie qu'il poursuit dans ses rêves est très différent du véritable projet de Dieu. Devant l'annonce de la passion, il se scandalise et proteste en suscitant la vive réaction de Jésus (cf. Marc 8, 32-33). Pierre veut un Messie "homme divin", qui accomplisse les attentes des gens en imposant sa puissance à tous : c'est également notre désir que le Seigneur impose sa puissance et transforme immédiatement le monde; Jésus se présente comme le "Dieu humain", le serviteur de Dieu, qui bouleverse les attentes de la foule en prenant un chemin d'humilité et de souffrance. C'est la grande alternative, que nous aussi, nous devons toujours apprendre à nouveau : privilégier nos propres attentes en repoussant Jésus ou accueillir Jésus dans la vérité de sa mission et mettre de côté les attentes trop humaines. Pierre - impulsif comme il l'est - n'hésite pas à prendre Jésus à part et à lui faire des reproches. La réponse de Jésus anéantit toutes ses fausses attentes, lorsqu'il le rappelle à la conversion et à le suivre : "Passe derrière moi, satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes" (Marc 8, 33). Ce n'est pas à toi de m'indiquer la route, moi, je choisis mon chemin, et toi, remets-toi à ma suite.
Pierre apprend ainsi ce que signifie véritablement suivre Jésus. C'est son deuxième appel, semblable à celui d'Abraham dans Genèse 22, après celui de Genèse 12: "Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera" (Marc 8, 34-35). C'est la loi exigeante de la sequela Christi : il faut savoir renoncer, si nécessaire, au monde entier pour sauver les vraies valeurs, pour sauver son âme, pour sauver la présence de Dieu dans le monde (cf. Marc 8, 36-37). Bien qu'avec difficulté, Pierre accueille l'invitation et poursuit son chemin sur les traces du Maître.
Et il me semble que ces diverses conversions de saint Pierre et sa figure tout entière sont un grand réconfort et un grand enseignement pour nous. Nous aussi, nous avons le désir de Dieu, nous aussi, nous voulons être généreux, mais nous aussi, nous attendons que Dieu soit fort dans le monde et transforme immédiatement le monde selon nos idées, selon les besoins que nous constatons. Dieu choisit une autre voie. Dieu choisit la voie de la transformation des cœurs dans la souffrance et dans l'humilité. Et nous, comme Pierre, nous devons toujours nous convertir à nouveau. Nous devons suivre Jésus et non pas le précéder : c'est Lui qui nous montre la route. Ainsi, Pierre nous dit : Tu penses connaître la recette et devoir transformer le christianisme, mais c'est le Seigneur qui connaît le chemin. C'est le Seigneur qui me dit, qui te dit : Suis-moi ! Et nous devons avoir le courage et l'humilité de suivre Jésus, car Il est le Chemin, la Vérité, et la Vie.

Benoît XVI, Audience générale, 17 mai 2006.

mardi 26 juin 2007

26 juin : saint Josemaria


26 juin : saint Josémaria

Nous fêtons aujourd'hui la mémoire liturgique de saint Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. Il y a deux jours, je parlais de saint jean-Baptiste et de son humilité. Eh bien saint Josémaria était conscient, lui aussi, d'être un instrument entre les mains de Dieu et de n'être que cela : un instrument. Je me rappelle l'avoir entendu dire à plus d'une reprise que ce qui lui revenait, c'était de se cacher et de disparaître, afin que Jésus seul brille. (lire la suite) Jésus ne nous a-t-il pas invité à allumer notre lampe, c'est-à-dire à actualiser tous nos talents, pour "qu'ainsi brille votre lumière aux yeux des hommes, pour qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux" (Matthieu 5, 16) ?
Telle était l'unique préoccupation de saint Josémaria : travailler pour la gloire de Dieu et servir l'Église comme elle voulait être servie. Il a inlassablement prêché que l'on peut être saint dans toutes les situations humaines et les tâches professionnelles et autres. De son enseignement à ce sujet, je retiendrai aujourd'hui seulement une homélie, intitulée "Vers la sainteté" (dans Amis de Dieu, n. 294-316). Je l'ai entendu la qualifier de "guide-âne" pour ne pas perdre la vie intérieure mais, au contraire, pour grandir dans l'union à Dieu. Dans une vision pratique et optimiste à la fois, il disait : "J’ai distingué quatre degrés dans cet effort pour nous identifier au Christ : le chercher, le trouver, le fréquenter, l’aimer. Peut-être vous rendrez-vous compte que vous en êtes à la première étape. Cherchez-le alors avec acharnement ; cherchez-le en vous-mêmes de toutes vos forces. Si vous agissez avec cette opiniâtreté, j’ose vous garantir que vous l’avez déjà rencontré et que vous avez commencé à le fréquenter et à l’aimer, et à avoir votre conversation dans le ciel (cf. Philippiens 3, 20)" (Ibid., n° 300).
Pleinement conscient des difficultés de la vie chrétienne, dont il avait une abondante expérience, il ajoutait : "N’oubliez pas qu’être avec Jésus c’est certainement rencontrer sa Croix. Lorsque nous nous abandonnons entre les mains de Dieu, il permet souvent que nous goûtions la douleur, la solitude, la contradiction, la calomnie, la diffamation, la moquerie au dedans de nous-mêmes et de l’extérieur, parce qu’il veut nous rendre conformes à son image et à sa ressemblance, et qu’il tolère aussi que l’on nous traite de fous et que l’on nous prenne pour des sots. Le moment est alors venu d’aimer la mortification passive, qui se présente cachée ou, au contraire, effrontée et insolente, lorsque nous ne l’attendons pas" (Ibid., n° 301), et ce, parce que le disciple n'est pas au-dessus de son maître" (Matthieu 10, 24). Ce qui n'exclue pas la joie, car la rencontre de la Croix est aussi la rencontre du Christ, qui s'y trouve cloué par Amour pour nous.

lundi 25 juin 2007

Saint Pierre, le pecheur


Pierre, le pêcheur

(Dans sa catéchèse, le pape Benoît XVI a montré que l'Église existe dans les personnes, et d'abord dans les douze Apôtres. Il a entrepris de les présenter un par un, pour comprendre à travers les personnes ce que signifie vivre l'Église, ce que signifie suivre Jésus. Nous commençons par saint Pierre, qui est fêté le 29 juin.)
Après Jésus, Pierre est le personnage le plus célèbre et le plus cité dans les écrits du Nouveau Testament : il est mentionné 154 fois avec le surnom de Pétros, "pierre", "roc", (lire la suite) qui est la traduction en grec du nom araméen qui lui a été directement donné par Jésus, Kefa, attesté neuf fois, en particulier dans les lettres de Paul; on doit ensuite ajouter le nom fréquemment utilisé Simon (75 fois), qui est la forme grécisée de son nom juif original Siméon (2 fois : Actes 15, 14 ; 2 Pierre 1, 1). Fils de Jean (cf. Jean 1, 42) ou, dans la forme araméenne, bar-Jona, fils de Jonas (cf. Matthieu 16, 17), Simon était de Bethsaïde (cf. Jean 1, 44), une petite ville à l'est de la mer de Galilée, dont provenaient également Philippe et naturellement André, frère de Simon. Sa façon de parler trahissait l'accent de Galilée. Lui aussi, comme son frère, était pêcheur : avec la famille de Zébédée, père de Jacques et de Jean, il dirigeait une petite activité de pêche sur le Lac de Génésareth (cf. Luc 5, 10). Il devait donc jouir d'une certaine aisance économique et était animé par un intérêt religieux sincère, par un désir de Dieu - il désirait que Dieu intervienne dans le monde - un désir qui le poussa à se rendre avec son frère jusqu'en Judée pour suivre la prédication de Jean le Baptiste (Jean 1, 35-42).
C'était un juif croyant, pratiquant, confiant dans la présence agissante de Dieu dans l'histoire de son peuple, et attristé de ne pas en voir l'action puissante dans les événements dont il était alors le témoin. Il était marié et sa belle-mère, guérie un jour par Jésus, vivait dans la ville de Capharnaüm, dans la maison où Simon logeait lui aussi lorsqu'il était dans cette ville (cf. Matthieu 8, 14sq ; Marc 1, 29sq ; Luc 4, 38sq). De récentes fouilles archéologiques ont permis de mettre à jour, sous le pavement en mosaïque octogonal d'une petite église byzantine, les traces d'une église plus antique installée dans cette maison, comme l'attestent les inscriptions comportant des invocations à Pierre. Les Évangiles nous informent que Pierre appartient aux quatre premiers disciples du Nazaréen (cf. Luc 5, 1-11), auxquels s'en ajoute un cinquième, selon la coutume de chaque Rabbi d'avoir cinq disciples (cf. Luc 5, 27 : appel de Lévi). Lorsque Jésus passera de cinq à douze disciples (cf. Lc 9, 1-6), la nouveauté de sa mission sera claire : Il n'est pas un rabbin parmi tant d'autres, mais il est venu rassembler l'Israël eschatologique, symbolisé par le nombre douze, qui était celui des tribus d'Israël.
Simon apparaît dans les Évangiles avec un caractère décidé et impulsif ; il est disposé à faire valoir ses propres raisons, même par la force (que l'on pense à l'usage de l'épée au Jardin des Oliviers : cf. Jean 18, 10sq). Dans le même temps, il est parfois naïf et peureux, mais cependant honnête, jusqu'au repentir le plus sincère (cf. Matthieu 26, 75). Les Évangiles permettent d'en suivre pas à pas l'itinéraire spirituel. Le point de départ est l'appel de Jésus. Il a lieu un jour quelconque, alors que Pierre est occupé à son travail de pêcheur. Jésus se trouve sur les rives du lac de Génésareth et la foule se bouscule autour de lui pour l'écouter. Le nombre des auditeurs crée un certain malaise. Le Maître voit deux barques ancrées au bord de la rive ; les pêcheurs sont descendus et lavent les filets. Il demande alors à monter sur la barque, celle de Simon, et le prie de s'éloigner de la terre. S'étant assis sur cette chaire improvisée, il se met à enseigner les foules de la barque (cf. Luc 5, 1-3). Et ainsi, la barque de Pierre devient la Chaire de Jésus. Lorsqu'il a fini de parler, il dit à Simon : "Avance au large, et jetez les filets pour prendre du poisson". Simon répond : "Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre; mais, sur ton ordre, je vais jeter les filets" (Luc 5, 4-5). Jésus, qui était menuisier, n'était pas un expert en pêche: pourtant, Simon le pêcheur se fie à ce Rabbi, qui ne lui donne pas de réponse mais l'appelle à avoir confiance. Sa réaction devant la pêche miraculeuse est d'émerveillement et d'agitation : "Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur" (Luc 5, 8). Jésus répond en l'invitant à la confiance et à s'ouvrir à un projet qui dépasse toutes ses perspectives : "Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu prendras" (Luc 5, 10). Pierre ne pouvait pas encore imaginer qu'un jour, il serait arrivé à Rome et aurait été ici "pêcheur d'hommes", pour le Seigneur. Il accepte cet appel surprenant, de se laisser entraîner dans cette grande aventure : il est généreux, il reconnaît ses limites, mais il croit en celui qui l'appelle et suit le rêve de son cœur. Il dit oui - un oui courageux et généreux -, et devient le disciple de Jésus.

(à suivre...)

dimanche 24 juin 2007

Saint Jean-Baptiste et l’humilite


Saint Jean-Baptiste et l’humilité

L'humilité de Jean-Baptiste, cousin de Jésus, le prépare à montrer le Christ, à donner le Christ. Sa conviction qu'« il faut que je diminue et que lui grandisse » (Jean 3, 30) fonde sa désignation de Jésus à ses propres disciples : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jean 1, 36).
L'archange saint Gabriel, envoyé par Dieu à Zacharie pour lui annoncer que sa femme allait avoir un enfant, elle qui était stérile, lui a prédit que cet enfant, Jean-Baptiste, « fera revenir de nombreux fils d'Israël au Seigneur leur Dieu, il marchera devant le Seigneur avec l'esprit et la puissance du prophète Élie, (lire la suite) pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants (...) et préparer au Seigneur un peuple capable de l'accueillir » (Luc 1, 16-17). Jean sera bien conscient des limites de sa mission. À ceux qui lui font remarquer que Jésus, qui a voulu être baptisé par lui, s'est mis à baptiser à son tour « et que tous viennent à lui », il répond : « Nul ne peut rien s'attribuer, qui ne lui soit donné du ciel. Vous-mêmes, vous m'êtes témoins que j'ai dit : Je ne suis pas le Christ, moi, mais je suis envoyé devant lui » (Jean 3, 26-28).
Admirant cette droiture d'intention et cette humilité de Jean-Baptiste, l'Église prie en ces termes : « Tu as voulu, Seigneur, que saint Jean-Baptiste prépare ton peuple à la venue du Messie ; accorde à ton Église le don de la joie spirituelle, et guide l'esprit de tous les croyants dans la voie du salut et de la paix » (oraison pour la Saint-Jean-Baptiste).
Nous demandons ainsi la grâce nécessaire pour avancer sur le chemin de la sainteté, avec l'assurance que sans elle, sans l'assistance de Dieu, nous ne pourrions pas y parvenir. « N’est-il pas vrai qu’il reste encore beaucoup à faire ? N’est-il pas vrai qu’il nous reste surtout trop d’orgueil ? Nous avons besoin, sans aucun doute, d’une nouvelle conversion, d’une loyauté plus entière, d’une humilité plus profonde, pour que le Christ croisse en nous et que notre égoïsme diminue (...). Il n’est pas possible de rester immobiles. Nous devons avancer vers le but que saint Paul nous indiquait : Si je vis, ce n’est plus moi, mais le Christ qui vit en moi (Galates 2, 20). Haute et noble ambition que cette identification avec le Christ, qui suppose la sainteté. Mais il n’y a pas d’autre chemin si l’on désire être cohérent avec la vie divine que Dieu a fait naître dans notre âme par le baptême. Avancer, c’est progresser en sainteté ; reculer, c’est se refuser au développement normal de la vie chrétienne. Car ce feu de l’amour de Dieu a besoin d’être alimenté, de s’intensifier chaque jour en s’enracinant dans notre âme ; et c’est en brûlant de nouveaux éléments que le feu demeure vivant. C’est pourquoi, s’il ne s’étend pas, il est près de s’éteindre. Rappelez-vous ces mots de saint Augustin : Si tu dis : ça suffit, tu es perdu. Aspire toujours à davantage, chemine sans cesse, progresse toujours. Ne reste pas au même endroit, ne recule pas, ne dévie pas (Sermon 169, 15) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 58).

samedi 23 juin 2007

Les jeunes et la techno


Les jeunes et la techno


Envisageant la relation entre la musique rock et la techno, d’une part, et le culte chrétien, d’autre part, le futur pape Benoît XVI écrivait que la musique rock et la techno jouent « moins le rôle d’un anti-culte (lire la suite)
par rapport au culte chrétien. Pris dans un mouvement de la foule, soumis à l’ébranlement du rythme, du bruit et des effets de lumière, les participants ses entent pour ainsi dire libérés d’eux-mêmes. Dans l’extase provoquée par l’annihilation de toute barrière et la chute de toute inhibition, ils déchaînent en quelque sorte les forces élémentaires de l’univers, dans lesquelles ils finissent par se faire engloutir. Comment la musique de la sobre ivresse de l’Esprit Saint aurait-elle une chance de toucher ces individualités emprisonnées, ces esprits jugulés, pour qui l’évasion dans cette expérience collective, aussi brève soit-elle, semble bien être la seule promesse de délivrance ? »

J. Ratzinger, L’Esprit de la liturgie, Genève, 2001, p. 120.

vendredi 22 juin 2007

17. Le déroulement du pèlerinage

17. Le déroulement du pèlerinage

À l’image du sanctuaire, qui a été défini comme un lieu de prières, le pèlerinage peut être présenté comme un chemin, dont chaque étape est marquée et animée par la prière. Durant ce parcours, qui mène au sanctuaire, la Parole de Dieu est destinée à éclairer, guider, nourrir et soutenir le pèlerin.
La réussite d’un pèlerinage, tant du point de vue culturel que pour les fruits spirituels, qu’il peut apporter au fidèle, dépend du bon ordonnancement des célébrations et de la présentation appropriée de ses diverses phases.
Le départ du pèlerinage doit être marqué par un moment de prières, (lire la suite)qui se déroule dans l’église paroissiale ou dans un lieu plus adapté; il peut consister en la célébration de l’Eucharistie ou d’une partie de la Liturgie des Heures, ou encore en une bénédiction particulière des pèlerins.
La dernière étape du pèlerinage doit donner lieu à une prière plus intense ; il est souhaitable que, à l’approche du sanctuaire, le chemin soit accompli à pieds, et que des prières et des chants accompagnent cette procession ; les pèlerins ne manqueront pas de s’arrêter près des édicules qui jalonnent éventuellement le trajet qui mène au sanctuaire.
L’accueil des pèlerins peut donner lieu à une sorte de "liturgie du seuil" ; celle-ci n’est pas seulement destinée à souligner la dimension humaine de la rencontre entre les pèlerins et les responsables du sanctuaire, mais elle doit revêtir une signification éminente au niveau de la foi. De plus, il est souhaitable, si possible, que les responsables des sanctuaires aillent eux-mêmes à la rencontre des pèlerins pour accomplir avec eux la dernière étape du chemin.
Le séjour dans le sanctuaire doit évidemment constituer le moment le plus intense du pèlerinage; il est caractérisé par l’engagement du pèlerin à la conversion personnelle; ce dernier est appelé à la concrétiser en recevant le sacrement de la réconciliation. Le séjour est aussi marqué par des prières particulières, c’est-à-dire des prières d’action de grâces, de supplications ou de demandes d’intercession, qui sont liées au caractère propre du sanctuaire et aux buts du pèlerinage, et aussi par la célébration de l’Eucharistie, qui est le point culminant du pèlerinage.
La conclusion du pèlerinage doit être soulignée par un moment de prières, qui a lieu soit dans le sanctuaire, soit dans l’église, d’où les pèlerins sont partis. Il est l’occasion pour les fidèles de rendre grâces à Dieu pour le don du pèlerinage qui s’achève, et il leur permet aussi de demander au Seigneur de les aider à mieux vivre leur vocation chrétienne à leur retour à la maison.
Depuis les premiers siècles de l’Église, le pèlerin désire emporter avec lui des "souvenirs" du sanctuaire qu’il a visité. Il convient de veiller à la qualité des objets, des images et des livres, afin qu’ils soient en mesure de transmettre l’esprit authentique du lieu saint. Il faut aussi veiller à ce que les points de vente, qui se trouvent dans l’enceinte du sanctuaire, soient dépourvus de tout caractère mercantile.

(fin)

jeudi 21 juin 2007

Une nouvelle muraille de Chine

Une nouvelle muraille de Chine

Il s'agit d'une muraille virtuelle, mais très efficace, qui empêche les internautes chinois d'accéder aux sites de leur choix d'un un sens comme dans l'autre.
Ainsi que l'indique le bandeau ci-dessus, les Chinois n'ont plus accès à ce blog. Il n'aura fallu que quatre mois pour qu'il soit jugé "subversif".
Prions pour les catholiques de Chine et tous les Chinois.
En tout cas, la liberté d'expression ne décrochera pas de médaille d'or aux prochains Jeux Olympiques.

mercredi 20 juin 2007

Un officier au pays des hommes voiles

Un officier au pays des hommes voiles


"À peine, vers l'Orient, discerne-t-on, dans l'obscurité, une pâle frange teintée de rose et de violet tendue à l'horizon, que brusquement, en maître impatient de prendre possession de son royaume, le soleil surgit dans toute sa splendeur, ne daignant pas sous le ciel d'Afrique se faire annoncer par l'aurore, son habituelle messagère en Europe.
Succédant ainsi sans transition à la nuit profonde, le jour éclaire la rade de Dakar où notre paquebot pénètre à vitesse réduite, bientôt entouré (lire la suite) d'embarcations les plus disparates chargées de nègres qui gesticulent, jacassent à perdrze haleine et, malgré la présence des requins, plongent pour attraper sous l'eau les pièces de monnaie jetées du bord. Des grues à vapeur alignées sur les quais tendent vers le ciel leurs bras géants qui se profilent sur le fond gris de l'agglomération sans relief, marquée de-ci de-là par la tache blanche d'un mur ou le point rouge d'une toiture en tuile."
Nous sommes le 4 avril 1908. C'est en ces termes que débute le récit que mon arrière-grand-père, Alban Laibe (1881-1956), fait de sa mission de pacification des Touaregs, puis des relevés topographiques en vue de l'établissement du chemin de fer transafricain, entre le fleuve Niger et le Hoggar. À Tamanrasset, il rencontrera le bienheureux Charles de Foucauld. L'ouvrage est intitulé Un Officier au pays des hommes voilés (notes de route 1908 - 1912), et publié chez Mémoires d'Hommes, 690 p., 35 euros).
Originaire de Tergnier, dans l'Aisne, Alban Laibe, polytechnicien, quitte l'armée en 1918 et dirige une socité de construction métallique à La Fère, toujours dans l'Aisne. En 1922, il fonde l'Agence Coloniale Française, qui publie un quotidien d'information économiques et financières axé sur l'Outre-Mer, et un hebdomadaire, La Semaine Coloniale, qui cessent de paraître en 1940.
Ce récit peut être publié grâce au travail de mes frères Gérard et Philippe et de mon cousin Louis Le Tourneau, que je tiens à remercie.
Tous ceux qui aiment l'Afrique et qui s'intéressent au début de la présence française dans cette région du monde, seront passionnés par cet ouvrage, qui laisse transparaître des qualités humaines exceptionnelles chez Alban Laibe.
Il avait ainsi devancé mon cousin Louis Le Tourneau, méhariste lui aussi et géographe, dont j'ai mentionné les souvenirs précédemment.

mardi 19 juin 2007

16. La spiritualite du pelerinage (suite)

16. La spiritualité du pèlerinage (suite)

Options La dimension cultuelle. Le pèlerinage est essentiellement un acte cultuel : de fait, en marchant vers le sanctuaire, le pèlerin va à la rencontre de Dieu pour demeurer en sa présence, l’adorer et lui ouvrir son cœur.
Dans le sanctuaire, le pèlerin accomplit un certain nombre d’actes cultuels, qui appartiennent soit au domaine de la Liturgie, soit à celui de la piété populaire. Sa prière prend des formes variées : prière de louange et d’adoration adressée au Seigneur pour sa bonté et sa sainteté ; prière d’action de grâces pour les dons reçus ; prière ayant pour but l’accomplissement d’un vœu, auquel le pèlerin s’était engagé (lire la suite) face au Seigneur ; prière de demande de grâces nécessaires pour sa vie; prière sollicitant le pardon de Dieu pour les péchés commis.
La prière du pèlerin s’adresse très souvent à la bienheureuse Vierge Marie, aux anges et aux saints, qu’il considère à juste raison comme des intercesseurs auprès du Très-Haut. Les saintes images, qui sont vénérées dans le sanctuaire, sont des signes de la présence de la Mère de Dieu et des Saints auprès du Seigneur dans la gloire, "qui vit pour toujours afin d’intercéder en faveur des hommes" (He 7, 25), et qui est toujours présent dans la communauté réunie en son nom (cf. Mt 18, 20 ; 28, 20). L’image sacrée, vénérée dans le sanctuaire, qui représente le Christ, ou la Vierge Marie, ou encore les anges ou les saints, est le signe de la présence divine et de l’amour providentiel de Dieu ; c’est pourquoi ce signe est saint. Cette image est aussi le témoignage des multiples prières qui se sont élevées devant elle, de génération en génération : prières de supplications dans les besoins, prières exprimant la douleur de celui qui est affligé, prières aussi de jubilation et de remerciements de la part de celui qui a obtenu grâces et miséricorde.
La dimension apostolique. L’itinéraire du pèlerin reproduit, en un certain sens, celui de Jésus et de ses disciples, qui parcoururent les chemins de la Palestine pour annoncer l’Évangile du salut. Le pèlerinage est donc une annonce de la foi, et les pèlerins sont des "messagers itinérants du Christ".
La dimension de communion. Le pèlerin, qui se rend dans un sanctuaire, est en communion de foi et de charité, non seulement avec les personnes qui accomplissent en sa compagnie le "saint voyage"(Ps 84, 6), mais aussi avec le Seigneur lui-même ; celui-ci chemine près de lui, tout comme il marcha avec les disciples d’Emmaüs (cf. Lc 24, 13-35). Le pèlerin est aussi en communion avec sa communauté d’origine, et par elle, avec toute l’Église, celle qui demeure dans le ciel et celle qui chemine encore sur la terre. Il est encore en communion avec les fidèles qui, tout au long des siècles, ont prié dans ce même sanctuaire. Il est en communion avec la nature, qui entoure le sanctuaire, et dont il admire la beauté, ce qui l’incite à la respecter. Enfin, le pèlerin est en communion avec toute l’humanité, dont les souffrances et l’espérance se manifestent de diverses manières dans le sanctuaire, et qui a laissé en ce lieu de multiples signes de ses talents et de son art.

(à suivre…)