ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007

vendredi 30 janvier 2015

Le jeune homme riche (5)

Le jeune homme riche (5)

Ce que ce jeune homme devait faire, c’était de suivre le Christ, comme tant d’autres s’étaient déjà attachés à lui. C’était de ne pas se contenter d’accomplir la Loi de Moïse, mais d’entrer de plain-pied dans la Nouvelle alliance. Pour cela Jésus lui propose de faire confiance à la Providence. Dieu respecte sa liberté. Il ne s’est pas entendu dire, comme sainte Thérèse d’Avila, déjà âgée et fatiguée, qui répugnait à entreprendre de nouvelles fondations, « que crains-tu ? Quand t’ai-je manqué ? Je suis toujours le même aujourd’hui que j’ai toujours été » (Fondations, chap. 29). (lire la suite) Si Dieu ne nous demande pas à tous la même chose qu'au jeune homme riche, il a cependant son plan à notre égard, un plan que les événements nous révèlent partiellement, mais que nous avons tout intérêt à lui demander de nous faire connaître : « Maître, que dois-je faire de bien pour acquérir la vie éternelle » (Marc 10, 16) ? Cette question, il est bon que nous la fassions aussi retentir à l'oreille de nos amis, ou plutôt que nous les aidions à la poser à leur tour. Quelle que puisse être leur réponse, peut-être aussi peu généreuse que la nôtre... « Tu me dis de ton ami qu’il fréquente les sacrements, qu’il mène une vie claire et qu’il est bon étudiant (interprétons en disant qu'il vit plus ou moins les commandements), mais qu’il n’« accroche » pas : si tu lui parles de sacrifice et d’apostolat, il s’attriste et s’en va (interprétons en disant qu'il possède de grands biens, qu'il a beaucoup de travail, de nombreuses activités culturelles, une vie sociale prenante, etc.). « Ne t’inquiète pas. — Ce n’est pas un échec de ton zèle ; c’est, à la lettre, la scène de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres » (sacrifice)… « puis viens, et suis-moi » (apostolat) » (saint Josémaria, Chemin, n° 807). Ce n'est pas un échec de notre part, mais un échec de notre ami, tout comme la dérobade du jeune homme riche n'a pas été un échec du Christ mais de lui-même. Chacun est libre de répondre ou non à la grâce de Dieu. Et quand cette grâce a fait naître un désir particulier de sainteté, le refus final est sans doute plus grave que si Dieu n'avait pas donné ce secours surnaturel. Nous devons quant à nous chercher vraiment la sainteté, la désirer ardemment, mais pas de façon purement théorique, en mettant des limites à ce que Dieu demande. Autrement nous passons à côté de la compagnie de Jésus. Nous avons sans doute celle du confort matériel, du travail qui nous occupe tant, de collègues de travail dont la conversation n'est pas toujours très enrichissante, de la famille qui n'est parfois qu'entrevue... Or, nous devons être prêts à tout, pour nous adapter à la Volonté de Dieu quelle qu'elle soit (sans prétendre l'inverse, c'est-à-dire adapter la Volonté de Dieu à nos projets), que ce soit dans les orientations données à notre travail, notre santé, les injustices dont nous pouvons faire l'objet, la situation, etc. (à suivre…)

mercredi 28 janvier 2015

Le jeune homme riche (4)

Le jeune homme riche (4)

Ce que notre Seigneur demande au jeune homme n’est rien d’autre que ce qu’il réclame de tous ceux qui entendent s’attacher définitivement à lui et être heureux définitivement. « Celui qui veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive » (Luc 9, 23). Jésus ne lui demande donc rien de si extraordinaire ni d’exceptionnel. Mais ce notable aspire au bonheur éternel sans devoir pour autant se mettre à la suite du Christ. Au fond de lui, il souhaite faire mieux, certes, mais en ne changeant pas de condition, en ne se transformant pas radicalement. (lire la suite) L’Évangile des Nazaréens apporte une suite au récit, lui imprimant un sens plus profond. « Mais le riche commença à se gratter la tête et la chose ne lui allait pas. Et le Seigneur dit : ‘Comment peux-tu dire : j’ai accompli la loi et les prophètes ? Alors qu’il est écrit dans la loi : tu aimeras ton prochain comme toi-même ! Et voici qu’un grand nombre de tes frères, enfants d’Abraham, se couvrent de haillons sordides et meurent de faim alors que ta maison regorge de biens, et qu’il n’en sort absolument rien pour eux !’ » (J. Jeremias, Les paroles inconnues de Jésus). Ce texte nous permet d’aller au fond de la personnalité du jeune homme, de découvrir la réalité de ses sentiments, différents de ce qu’ils semblaient être à première vue. C’est toute l’importance de la rectitude d’intention, qui est déterminante pour la qualification morale d’un acte. La rectitude d’intention conduit à faire les choses comme le Seigneur les ferait, ou encore comme nous voudrions les faire, si nous nous trouvions à l’heure de notre mort. Le notable en question veut sans vouloir vraiment. Il est apparemment disposé à un progrès réel, mais il pose toutefois implicitement comme condition de ne pas avoir à chambouler sa vie bien réglée, qui baigne dans la facilité, une vie, nous le voyons, repliée sur lui-même, et qui le rend indifférent aux besoins pressants des habitants nécessiteux de son village. La foi lui a manqué. En lui disant : « Va, vends tout ce que tu as, donnes-en le produit aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi » (Marc 10, 21) Jésus lui propose ce qu’il y a de mieux pour lui, puisque cela répond à ce mieux qu’il recherche. Un grand amour exige un don total de soi, avec les risques que cela comporte. Mais il faut se laisser guider par Dieu. La foi est nécessaire pour répondre aux appels de Dieu. La foi permet d’aller dans le sens de la générosité et de surmonter les difficultés ou d’être capable de fournir les efforts requis, ici le détachement des richesses. « Celui qui possède Dieu ne manque de rien. Dieu seul suffit ! » dit la sainte d’Avila. En suis-je bien convaincu ? Avec Dieu, je possède tous les biens qui en valent la peine, parce qu’il est le Bien suprême, celui que je suis censé rechercher de toutes mes forces, comme la fin ultime de toute ma vie. (à suivre…)

lundi 26 janvier 2015

Le jeune homme riche (3)

Le jeune homme riche (3)

Le jeune homme est animé d'une soif – suscitée en lui par Dieu – d'un idéal de perfection : il désire la vie éternelle. Il est comme conscient qu'accomplir les commandements est insuffisant, qu'il doit être possible de faire mieux. Qu’attend-il au juste ? Que Jésus lui dise de monter au Temple tous les mois au lieu de ne s’y rendre que pour les trois principales fêtes de l’année ? Il n’en a pas la moindre idée. En tout cas c'est lui qui met la barre très haut, puisqu'il veut dépasser les commandements. Il devrait donc logiquement être prêt à tout. Jésus met d'entrée de jeu le doigt sur la plaie, lui parle de ce dont il doit le plus se purifier s'il veut vraiment avoir la vie éternelle, comme il le prétend, c'est-à-dire le détachement des biens de ce monde. « Une chose te fait défaut : va, vends tout ce que tu as, donnes-en le produit aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel ; puis, viens et suis-moi » (Marc 10, 21). Jésus ne l'invite pas seulement (lire la suite) au détachement, mais surtout à le suivre. Quant à nous, nous ne pouvons le suivre que si nous sommes également d'abord détachés des biens matériels. Ce jeune homme devait être célibataire, autrement Jésus ne lui aurait pas dit « vends tout ce que tu as ». Arrivé à ce point, c'est l'échec de son espoir. C'est un notable, il a de grands biens, il est jeune et a la vie devant lui, une vie facile qui fait de lui le centre de la vie locale, quelqu'un qui est admiré, adulé. Il ne se rend pas compte que sa situation, telle qu'il l'admet et s'y complaît, est un obstacle à la plénitude de la sainteté. Sans même se donner un délai de réflexion, il est tellement pris par sa vie facile, qu’il « s'en alla tout affligé, car il avait beaucoup de biens » (v. 22). Or, c’est maintenant qu’il doit suivre le Maître. Pas plus tard, après. Parce qu’un moment vient où il ne peut plus y avoir d’après, où il est trop tard pour se ressaisir. Les chances de rectifier diminuent comme une peau de chagrin au fil des années. Le Seigneur propose un chemin : le choisir a des conséquences incalculables, puisqu’il débouche sur la vie éternelle. « Veux-tu te demander — avec moi qui fais aussi mon examen — si tu maintiens immuable et ferme ton choix de Vie ? Si, en entendant la voix très aimable de Dieu, qui t’incite à la sainteté, tu réponds librement « oui » ? Tournons de nouveau notre regard vers notre Jésus, alors qu’il parlait aux foules dans les villes et les campagnes de Palestine. Il ne cherche pas à s’imposer. Si tu veux être parfait… (Matthieu 19, 21), dit-il au jeune homme riche. Ce dernier repousse la proposition et l’Évangile nous dit qu’il se retira tout triste — abiit tristis (Matthieu 19, 22). C’est pourquoi, j’ai parfois qualifié de « pauvre attristé » ce jeune homme riche qui a perdu la joie pour avoir refusé de donner sa liberté » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 24). Quel échec ! (à suivre…)

samedi 24 janvier 2015

Le jeune homme riche (2)

Le jeune homme riche (2)

Il convient donc de formuler souvent cette question, « Seigneur, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle en partage ? » dans notre prière, en toute sincérité, parce que ce n'est qu'en demandant et en insistant que le Seigneur se fait connaître et nous fait connaître ce qu'il attend de nous. Celui qui ne demande pas reçoit peu. Nous avons été créés par Dieu, à son image et à sa ressemblance, pour cela : pour aller au ciel vivre en sa présence éternellement. En nous créant, Dieu a fait de nous ses enfants : il a comme imprimé dans notre nature la filiation divine. C’est une grande réalité, qui commande ou devrait commander toute notre vie. Je ne peux pas agir seulement en tant qu’homme, mais en tant que fils de Dieu. Es-tu fier d’être enfant de Dieu ? Reconnaissant d’être enfant de Dieu ? Désireux de vivre en enfant de Dieu ? (lire la suite) Cette filiation divine est un roc sur lequel appuyer toute notre vie, l’ensemble de nos actions, aussi bien notre travail que notre apostolat, notre vie de famille que nos loisirs, et même pour rectifier nos erreurs et revenir promptement à Dieu notre Père. Le jeune homme qui se présente devant notre Seigneur est instruit, cultivé. Il croit en l’éternité. Il connaît les Écritures. Il veut connaître la voie pour gagner la vie éternelle. La foi en est la porte d’accès. Il n’en est pas d’autre, mais elle est la sortie vers l’infini de Dieu. Comme en d’autres circonstances, Jésus va solliciter la foi de son interlocuteur. Jésus lui dit : « Pourquoi m'interroger sur ce qui est bon ? Il n'y en a qu'un à être bon. Mais si tu veux entrer dans la Vie, observe les commandements » (v. 17-18). Serva mandata, tous les commandements de Dieu et pas seulement les Dix commandements. Tous, c’est-à-dire tout ce que Dieu demande à chacun de nous en fonction de ses conditions personnelles, de l’évolution de sa vie. « Lesquels ? » dit-il (v. 18). Jésus lui dit : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas ; tu ne porteras pas de faux témoignage ; honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (v. 18-19). Cette énumération des commandements ne satisfait pas le jeune homme, car, peut-il répondre en toute sincérité, « tout cela je l'ai observé. Que me manque-t-il encore » (v. 20) ? Il se rend compte qu'il lui manque quelque chose d'autre que les commandements. C'est pourtant déjà pas mal. Ce serait formidable si nous pouvions en dire autant, si nous étions en mesure de faire cette même réponse. Et si ce n'est pas depuis notre enfance, du moins depuis un certain temps. (à suivre…)

jeudi 22 janvier 2015

Le jeune homme riche (1)

Le jeune homme riche (1)

Un jour, comme il se mettait en route, quelqu'un accourut (Marc 10, 17). Il n’est pas nommé. C’est en quelque sorte tout homme qui s’adresse à notre Seigneur pour savoir ce qu’il doit faire. Il s’interroge sur son identité, sur ce que Dieu attend de lui pour conformer son existence à cette attente de son Créateur et Père. Ce que nous savons par les trois évangiles synoptiques, c'est que Jésus venait tout juste de bénir de petits enfants. « Après les avoir serrés dans ses bras, il les bénissait en leur imposant les mains » (Marc 10, 16). Voici que quelqu'un accourt, quelqu'un qui n'a pas réussi à s'approcher du Seigneur jusque-là ou qui avait été retenu par ses affaires. Il s'agit d'« un notable », selon saint Luc (18, 18), encore jeune et sémillant (cf. Matthieu 19, 22). Le fait est qu'il se dépêche, se frayant un passage au milieu de la foule. (lire la suite) Il se hâte parce qu'il ne voudrait surtout pas le manquer. Il a une question importante à lui poser, une question essentielle pour lui. « Fléchissant le genou devant lui, il lui demanda » (Marc 10, 17). Voilà une attitude essentielle pour un baptisé : s’agenouiller devant Dieu, se mettre en présence de Dieu, adorer notre Dieu Tout-Puissant, de qui nous viennent toutes sortes de biens. La vie chrétienne, dès ici-bas, est conçue comme une liturgie, une adoration ininterrompue : « Ils sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit dans son temple » (Apocalypse 7, 15). Il convient de se prosterner devant Dieu et de faire le silence intérieur pour écouter ce qu’il a à nous dire, pour entendre, c’est-à-dire comprendre et mettre à exécution, les réponses qu’il apporte à nos questionnements. « Maître » ou « Bon Maître », selon les récits qui nous sont parvenus, « que dois-je faire de bien pour acquérir la vie éternelle » (v. 16) ? C'est une question excellente, qui traduit un désir de vivre avec Dieu, une soif d'absolu. Il s'agit effectivement d'une question essentielle. Notons que cet homme ne dit pas « que dois-je faire ? » mais : « Que dois-je faire de bien pour acquérir la vie éternelle » (v. 16) ? Car il veut viser la vie éternelle à coup sûr, il veut progresser dans sa vie spirituelle et la participation au culte rendu au Béni le jour du sabbat à la synagogue ne lui suffit manifestement pas. C'est déjà un exemple pour nous, qui avons peut-être du mal à participer à la messe dominicale. Elle ne nous suffit pas pour répondre à notre désir de sainteté. C'est pourquoi nous nous plaçons devant le Seigneur et lui posons la même question que le jeune homme riche : « Seigneur, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle en partage ? » Autrement dit, qu'attends-tu de moi, que veux-tu que je fasse, comment dois-je me comporter pour te plaire et pour être agréable à notre Père ? Montre-le-moi, fais-le-moi voir par votre Esprit commun. Et rends-moi docile à ses inspirations. Cette dernière demande est, en effet, essentielle, car, sans la docilité, l'intervention de l'Esprit Saint ne pourrait déboucher sur rien de concret. (à suivre…)

dimanche 18 janvier 2015

Mariage et famille

Tout attentat au mariage et à la famille est une profanation de la Justice, une trahison envers le peuple et la liberté, une insulte à la Révolution. Proudhon, cité par M. Winock, Les voix de la liberté. Les écrivains engagés au XIXe siècle, Paris, Seuil, 2011, p. 432.

samedi 10 janvier 2015

Neuvaine pour la France

Neuvaine pour la France

Il est facile de constater que la Neuvaine de prières pour la France est plus que jamais d'actualité, et qu'elle dérange beaucoup le diable. Raison de plus pour insister sur la prière et faire connaître cette neuvaine. Bon et saint dimanche à tous.

mardi 6 janvier 2015

Maternité de Marie (6)

Maternité de Marie (6)

C’est pourquoi j’insiste : Monstra te esse Matrem. Sous toutes les formes nécessaires, de toutes les façons utiles à mon âme, cette âme qui, en dernière instance, porte un reflet de la beauté et de la sainteté de votre fils premier-né, Jésus-Christ notre Seigneur. Cette âme qui est la demeure de votre divin Époux, le Saint-Esprit, et, avec lui du Père et du Fils, et donc votre propre habitacle. (lire la suite) Vous saurez me guider d’une main de fer dans un gant de velours, je n’en doute pas. Je vous en conjure, ô Mère, car je ne veux pas, je ne veux plus être de ceux qui répondent à la question de Pilate : « Que ferais-je de celui que vous appelez le roi des Juifs ? » (Marc 15, 12), par ce cri atroce qui, plus qu’un cri, est une véritable clameur de rébellion, insistante, réitérée : « Cruficie-le ! » (Marc 15, 13), mets-le en Croix. Ayez pitié de nous qui avons recours à vous. Un recours peut-être timide par instants, car la conscience de nos incartades nous fait honte et nous freine. Mais vers qui d’autre nous tourner ? Que ferai-je sans vous, puisqu’il est entendu une bonne fois pour toutes que toutes les grâces doivent passer par vous, par une volonté inamissible de votre divin Fils ? Emportez-moi avec votre Fils loin des démons qui s’en prennent à vous et voudraient vous perdre tous les deux, et moi avec vous (cf. Apocalypse 12, 3-6). Emportez-moi loin des nouveaux Hérode qui veulent faire périr l’enfant (cf. Matthieu 2, 13) que je suis. J’ai confiance en vous qui avez écrasé la tête du serpent infernal (cf. Genèse 3, 15). S’il renaît, tel l’hydre à dix têtes, et s’il vient menacer la paix et la fidélité de mon âme, écrasez-le de nouveau, massacrez-le de bon cœur et ainsi, avec vous et avec notre Seigneur, nous serons vainqueurs, et vainqueurs jusqu’au bout, jusqu’à recevoir « la couronne de la justice que m’accordera en ce jour-là le Seigneur, le juste Juge – votre Fils en personne – et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront chéri son apparition » (2 Timothée 4, 8). (fin)

lundi 5 janvier 2015

Maternité de Marie (5)

Maternité de Marie (5)

Le fait est que si le diable trouve Marie dans une âme, il sait qu’il n’a plus rien à faire et les victoires occasionnelles qu’il remporte se transforment toujours en défaites cuisantes pour lui, tôt ou tard. Il en est un, en revanche, qui apprécie grandement cette présence de Marie dans une âme : l’Esprit Saint : « Quand le Saint-Esprit, son époux, l’a trouvée dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son épouse » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, n° 36). (lire la suite) C’est toute la différence. Il ne tient en définitive qu’à nous de prendre parti, de choisir le bien ou le mal, de servir Dieu ou le démon, d’être libre ou esclave. « J’ai mis devant toi la vie et la mort, la malédiction et la bénédiction. Choisis donc la vie, afin que vives, toi et ta postérité » (Deutéronome 30, 29). Si nous nous faisons tout petits, de petits enfants en bas âge, Marie s’occupera de nous, nous éduquera, nous formera peu à peu et nous amènera insensiblement à acquérir de bonnes habitudes, des habitudes vertueuses, elles nous apprendra à avoir le goût de choses d’en haut, non de celles de la terre, à savourer les choses d’en haut, là où se trouve son Fils, dans la gloire éternelle du Père (cf. Colossiens 3, 1-3). Monstra te esse Matrem ! Exercez, ô Mère, la sévérité qui s’impose, car, en définitive, au plus profond de mon être, je ne veux avoir d’autre liberté que celle de servir mon Dieu. Prenez donc moi par la main et ne la lâchez pas. Surtout ne la lâchez pas. Petit comme je suis, qui sait où je pourrais aboutir, où je pourrais me retrouver, et en quelle compagnie ! si je me voyais soudain libre, entièrement libre de mes mouvements. Je sais bien que c’est moi qui, par moments, veux cette triste et trompeuse indépendance, et qui m’arrache à vous (vous étiez-vous distraite ?) pour aller derrière des papillons, ou plutôt le mirage de papillons, sitôt évanouis dans l’atmosphère quand je pense les avoir saisis. Tel est pris qui croyait prendre, dit la sagesse populaire. (à suivre…)

dimanche 4 janvier 2015

Maternité de Marie (4)

Maternité de Marie (4)

Mais, si le diable cherche à nous attirer à lui pour nous faire partager son malheur éternel, Marie, de son côté, veut notre bien le plus plénier possible. Et cela, elle le connaît. Il sait de quoi il s’agit. Elle s’en délecte en permanence. C’est bien parce qu’elle en fait l’expérience bienheureuse qu’avec sa toute-puissance maternelle elle s’ingénie à nous rapprocher de son divin Fils, car lui seul peut nous tirer des pesanteurs terrestres et nous sauver du mal, nous arracher aux griffes du diable fourchu. Oh ! Elle ne nous force pas, notre Mère. Non. (lire la suite) Elle préfère agir par persuasion, nous gagner par son affection débordante, et nous faire confiance. Elle veut nous amener à nous tourner irrésistiblement vers la Croix, où notre Seigneur nous ouvre les bras et nous invite à venir le rejoindre : « L’Agneau sanguinolent est descendu Du bois sacré où il était pendu. J’y monte à mon tour : j’étais attendu. Jésus me lance un regard entendu » (poème La Croix, de l’auteur). Ça n’a l’air de rien, mais, en fait, cette association qu’elle nous propose dure rien moins que toute notre vie. Oui, il nous faut une existence tout entière pour arriver à la hauteur de Jésus, pour parvenir jusqu’à lui et l’entendre nous dire – osons, du moins, l’espérer, puisque notre Mère commune nous accompagne : « Aujourd’hui même, tu seras avec moi dans le paradis ! » (Luc 23, 43). Il a fallu que Marie pèse de tout son poids dans la balance. Mais elle le fait bien volontiers. Elle en a même fait en quelque sorte son métier. Et ainsi elle arrache les âmes au démon. Ce démon, elle lui a écrasé la tête de son talon à l’aube de l’humanité (cf. Genèse 3, 13). L’on comprend alors que satan et ses sbires ne supportent pas d’être en présence de Notre Dame… S’ils exhalent une odeur de souffre, de Marie s’échappe en revanche la « bonne odeur du Christ » (2 Corinthiens 2, 15). Il ne la supporte pas. Elle lui est odieuse. Elle l’asphyxie pour ainsi dire. Elle le fait suffoquer. Il perd ses moyens en présence de Marie. Ce qui est paradoxal pour quelqu’un qui prétend posséder l’univers entier : « Je te donne toute cette puissance avec leur gloire, ose-t-il dire par bravade rien moins qu’à son Seigneur, car elle m’a été remise et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi » (Luc 4, 7-8). (à suivre…)

samedi 3 janvier 2015

Maternité de Marie (3)

Maternité de Marie (3)

Si une mère s’agace de ce que son enfant se comporte mal, cette imperfection est absente chez Marie. Elle nous reprend, parce que c’est ce que lui dicte l’amour immense et sans défaut qu’elle nous porte. Monstra te esse Matrem ! Oui, Marie, ma Mère, je vous donne toute licence pour me semoncer autant que de besoin. Vous n’utiliserez jamais la violence. C’est ce que vous avez appris de votre divin Fils. (lire la suite) Mais employez votre force de persuasion. Déployez toute votre affection. Multipliez les mots d’encouragement, les regards de complicité, les gestes d’aide. Tout ce qui peut exercer une douce pression sur notre volonté rebelle, une force de persuasion pour nous ramener sur le droit chemin et nous faire honte de vous déplaire, puisqu’il semble que nous n’avons pas honte d’offenser notre Dieu. Et c’est bien cela qui vous chagrine au plus haut point. Comment ne pas le comprendre ? Le diable et vous, ça ne va pas ensemble. On le comprend. Le diable, quel que soit le nom que nous lui donnons – satan, Lucifer, démon, prince des ténèbres, Méphistophélès, père du mensonge (Jean 8, 44), tentateur, et j’en passe – ne peut pas comprendre ce que sont la vérité, l’obéissance et l’humilité. Il s’est lui-même fermé volontairement à ces vertus en refusant de les vivre au service de son Créateur et Auteur. Il est donc ontologiquement pourrait-on dire inapte à en saisir la portée. C’est, comme on dit, de l’hébreu pour lui. À tout jamais. Quand bien même il le voudrait. Mais cette idée ne peut pas même l’effleurer, ne serait-ce qu’un instant. L’on ne désire pas ce dont l’on n’a aucune notion, même vague, même imparfaite. Quat à la très Sainte Vierge Marie, d’un point de vue positif cette fois, elle ignore l’attrait des choses de la terre, dans ce qu’il peut avoir de négatif, a fortiori de peccamineux. Elle est évidemment sensible à la beauté de la création, qui lui rappelle ce Dieu qu’elle ne cesse d’adorer dans son Cœur. Elle apprécie les joies de ce monde, qu’elles se trouvent dans la nourriture ou la boisson rafraîchissante, ou dans la fréquentation des êtres humains, ce qui l’amène à rendre grâces en permanence à l’Auteur de tous ces biens. Mais sa sensibilité n’est nullement sollicitée par les créatures d’une façon qui pourrait la troubler. Elle ne connaît pas ce que nous ressentons, nous autres, pauvres pécheurs. Mais elle voit bien que nous trouvons un plaisir malsain, trouble, dans les biens matériels et même chez nos semblables. Elle en méconnaît la nature, car sa condition privilégiée de Toute Sainte la lui épargne. Mais elle en constate les ravages. (à suivre…)

vendredi 2 janvier 2015

Maternité de Marie (2)

Maternité de Marie (2)

Or, voici que Jésus se disposait à guérir un malade qui, non sans mal, avait réussi à venir à sa rencontre. Mais il se trouve que c’était un jour de sabbat… Et aussitôt les gens de bien s’empressent de le critiquer. Toutes les contraintes que leurs pères ont ajoutées à la Loi et qui la déforment, la raidissent, la durcissent, contraintes auxquelles ils souscrivent, interdisent de venir en aide au prochain le jour du sabbat, mais pas de tirer sa brebis du puits dans lequel il est tombé : « Lequel d’entre vous, s’il n’a qu’une brebis et qu’elle tombe dans un trou le jour du sabbat, ne la saisira pour l’en retirer ? » (Matthieu 12, 11). Cette situation de formalisme rigide (lire la suite) et impitoyable se reproduit au long des siècles. L’on raconte que le bienheureux Álvaro del Portillo allant, avec d’autres jeunes, faire de la catéchèse dans des quartiers périphériques du Madrid des années trente du siècle dernier, et venir en aide aux habitants pauvres des bidonvilles qui s’y trouvaient, rencontra une famille de quatre enfants dont les parents avaient été mis en prison. Ces enfants, le plus jeune avait à peine un an, étaient du coup livrés à eux-mêmes et n’avaient pas de quoi manger. De plus ils grelottaient de froid. L’un des protagonistes raconte : « Vu la situation, nous les emmenâmes au commissariat, à la section de protection des mineurs. Mais l’on nous répondit que c’était dimanche, qu’elle était fermée et de revenir le lundi. Nous sommes revenus au bidonville avec les enfants, et nous avons donné de l’argent à un voisin pour qu’il leur donne à manger jusqu’au lendemain, et le lundi nous les avons conduits de nouveau au commissariat. Le commissaire nous répondit qu’il ne voulait pas prendre les enfants en charge, car ce n’était pas son problème. Nous n’étions pas disposés à abandonner ces enfants, souffrant de la faim et du froid, dans le bidonville. Aussi lui nous lui répondîmes : « Écoutez, monsieur le Commissaire, si vous ne résolvez pas la situation, nous laissons les enfants ici et nous partons. » Entendant cela, il réfléchit et nous donna un billet pour les faire entrer dans l’asile Santa Cristina, situé dans la Cité Universitaire. » La situation est pratiquement la même. C’est bien de l’hypocrisie insupportable. Nous comprenons que dans ces conditions le Seigneur ait promené un regard courroucé, de sainte colère, sur l’assistance qui, par principe, ne pensait qu’à mal. C’est pourquoi, en demandant à Notre Dame « Monstra te esse Matrem » (hymne Ave maris Stella), « agissez comme notre Mère que vous êtes », nous n’attendons pas d’elle qu’elle ne nous fasse des câlins ou des risettes, et pas davantage qu’elle nous prenne toujours dans le sens du poil, mais qu’elle manifeste aussi son affection sincère en nous gourmandant quand il le faut, en nous secouant pour que nous arrêtions de faire l’andouille, pour employer un terme poli… (à suivre…)

jeudi 1 janvier 2015

Maternité de Marie (1)

Maternité de Marie (1)

Une mère ne peut pas être que toute tendresse. Elle se doit de hausser le ton parfois, pour empêcher son enfant de faire une bêtise, pour l’amener à obéir et à faire son devoir, ce à quoi il résiste souvent, préférant satisfaire ses caprices. Sa mère doit se forcer à prendre un visage grave, alors même que son cœur est rempli d’amour pour cet enfant rebelle. C’est bien parce qu’elle l’aime d’ailleurs qu’elle le reprend ainsi, pour la forme pourrait-on dire, afin de lui apprendre à se comporter comme il convient, de façon responsable, non seulement face aux hommes, mais aussi et surtout face à Dieu. (lire la suite) Certes, nous reconnaissons que le Cœur de Marie est très Doux et nous l’invoquons sous ce titre. Mais douceur ne signifie ni mièvrerie ni laisser-aller. La douceur est compatible avec la force d’âme pour reprendre quand il le faut. Jésus se présente lui-même comme étant « doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29). Cela ne l’empêche pas de monter sur ses grands chevaux, si je puis m’exprimer ainsi, quand il contemple le spectacle plus que désolant, révoltant, du Temple de Jérusalem qui « sera appelée maison de prière pour toutes les nations » (Marc 11, 17), et qui est devenu une « caverne de voleurs » (Matthieu 21, 13), où marchands et banquiers se sont installés sans vergogne, comme s’ils étaient les maîtres des lieux, et se conduisent d’une façon qui profane en permanence la sainteté du lieu. Cette même douceur ne le retient pas non plus de fulminer du regard les Juifs bien-pensants tout fiers de fréquenter régulièrement la synagogue le jour du sabbat, mais qui ont oublié le commandement essentiel de l’amour de Dieu, dont le corollaire n’est autre que l’amour du prochain : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. Et tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Le second est celui-ci : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là » (Mc 12, 29-31). (à suivre…)

dimanche 28 décembre 2014

La Sainte Famille (5)

La Sainte Famille (5)

Quand Jésus atteint l’âge de douze ans accomplis, il monte pour la première fois en pèlerinage à la Ville Sainte, où il sera tellement heureux de se trouver dans la maison de son Père qu’il y restera trois jours ! Sa joie devait être incommensurable, indescriptible. Que voulait-il voir de plus grand, de plus consolant, de plus réconfortant que d’être pleinement chez soi ? Notre Seigneur déclarera un jour : « En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père » (Jean 5, 19). (lire la suite) Avec un tel modèle sous les yeux, il m’est difficile de ne pas m’efforcer d’en faire autant. Mais je suis soumis à des forces centripètes. Heureusement, Marie et Joseph me saisissent de nouveau par la main, si j’ai cessé de lutter, et me ramènent à mon Jésus, en me suggérant une fois de plus de lui faire le cadeau de ma vie, de mes recommencements, car la vie consiste à commencer et à recommencer sans cesse : « Voilà justement ce que doit être ta vie intérieure : commencer… et recommencer » (saint Josémaria, Chemin, n° 292). Et, en même temps, « c’est toujours par Marie que l’on va et que l’on « revient » à Jésus » (saint Josémaria, Ibid., n° 495). Adressons à la Sainte Famille « notre humble prière d’enfants. Notre langue et notre palais se rempliront alors de lait et de miel ; et ce sera pour nous un délice de parler du Royaume de Dieu, royaume de liberté, de cette liberté qu’il nous à gagnée » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 179). Un très grand bonheur, car le foyer de Nazareth est une école de vertus, la meilleure école pour apprendre l’ensemble des vertus. En effet, la vie que nous y menons est une « vie de louange, comme la Vierge en donne l’exemple dans le Magnificat (Luc 1, 46-55). Une vie de piété, comme le montre leur pèlerinage à Jérusalem et leur fidèle accomplissement de la Loi de Moïse (Luc 2-22-24.39 et 2, 41). Une vie d’obéissance et d’humilité, comme l’indique la soumission du Fils de Dieu à ses parents (Luc 2, 51). Dans la Sainte Famille, « le plus grand se fait serviteur » (Marc 10, 43) ; l’obéissance est à rebours de la dignité des êtres : le Fils de Dieu est soumis à l’Immaculée qui est soumise à l’homme juste. Une vie de service aimant, comme le suggère l’empressement de la Vierge à servir sa cousine (Luc 1, 39). Une vie de prière et de méditation, car « Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19.51). Une vie pauvre, comme l’indique l’offrande de deux tourterelles prévues pour les personnes de peu de ressources (Luc 2, 24). Une vie d’épreuves qui les mènera comme une famille émigrée à gagner l’Égypte (Matthieu 2, 14). Une vie de labeur dans l’atelier du charpentier (Marc 6, 3). Une vie de foi surtout, car malgré les avertissements célestes dont ils avaient été les bénéficiaires, Marie et Joseph ne cheminaient pas dans la claire vision (2 Corinthiens 5, 7) mais bien dans l’obscurité de notre condition terrestre (Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière, Paris, Mame-Edifa, 2003, p. 109). (fin)

samedi 27 décembre 2014

La Sainte Famille (4)

La Sainte Famille (4)

Puisque je suis membre de la Sainte Famille, ce n’est pas par pour rien. Cela doit imprimer sa marque à mon existence, avoir des conséquences visibles et opératives. Et celle-là est principale et essentielle. Celle qui conditionne tout le reste et imprime une orientation décisive à toute notre vie, pour toute la vie : se donner à Dieu. Ou bien nous nous donnons à Dieu, et nous menons une vie naturelle et surnaturelle, ou bien nous refusons de le faire et nous nous gardons égoïstement pour nous-mêmes, et nous végétons en attendant de devoir être rejetés in fine par le Seigneur : « Vous vous prendrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu sous tes yeux, et tu as enseigné dans nos rues.’ Mais il dira : ‘Je vous dis que je ne sais d’où vous êtes. Écartez-vous de moi, vous tous, fauteurs d’iniquité » (Luc 13, 26-27). « Serviteur mauvais et paresseux ! […] Il te fallait mettre mon argent chez les banquiers et, à mon retour, j’aurais récupéré mon bien avec un intérêt » (Matthieu 25, 26-27). J’étais en droit de l’attendre. Tout homme un tantinet responsable, qui sort de lui-même et s’arrête à réfléchir deux secondes, aurait eu ce réflexe sensé. (lire la suite) Le foyer de Nazareth est la forge dans laquelle on apprend à ne pas vivre chacun pour soi, mais pour les autres par amour de Dieu. Marie et, avec elle, la Sainte Famille, « font entrer de plein pied la vie courante de travail, de prière, de service dans la grande épopée de la Rédemption. Toute l’activité de chaque jour, y compris ce qui semble petit, voire insignifiant, est assumé par Dieu, qui lui attribue une place de choix dans le plan divin du Salut et de la sanctification (bx Alvaro del Portillo, Lettre du 2 février 1979, n° 8, citée par D. Le Tourneau, « La piété mariale chez Álvaro del Portillo », Vir fidelis multum laudabitur. Nel centenario della nascita di Mons. Álvaro del Portillo, a cura di P. Gefaell, Rome, Pontificia Università della Santa Croce, vol. 2, 2014, p. ). Et, dans ce « paquet » du don de soi, se trouve incluse ma volonté propre, mon moi. Contemplant Jésus qui « était soumis » à Marie et à Joseph (Luc 2, 51), c’est-à-dire qui leur obéissait, j’apprends à obéir à mon tour à la Volonté de Dieu, qui est plus sainte que toute autre. Qui s’impose naturellement et surnaturellement à moi. Comment Jésus se comporte-t-il ? Il se soumet aux lois naturelles, en venant au monde comme n’importe quelle autre créature humaine, alors qu’il est Dieu immense et infini ; et il vit dans une famille identique à bien des familles de l’Israël de son temps. Il observe les lois positives : c’est à la suite de la promulgation d’un édit de César Auguste ordonnant un « recensement de tout l’univers » (Luc 2, 1) qu’il naît à Bethléem, accomplissant ainsi la prophétie selon laquelle « et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement la moindre parmi les villes principales de Juda. C’est de toi, en effet, que sortira le chef qui mènera paître Israël, son peuple » (Matthieu 2, 6) ; au huitième jour de sa naissance, il est présenté au Temple et ses parents offrent pour le rachat de leur premier-né – lui qui est venu nous racheter de nos péchés ! ce qui est un comble quand on y pense ; mais ils ne veulent se singulariser en rien – selon ce que la Loi prévoit pour des gens de condition modeste, deux colombes ou une paire de tourterelles (Luc 2, 24) (à suivre…)

vendredi 26 décembre 2014

La Sainte Famille (3)

La Sainte Famille (3)

« Formons une couronne autour de la Sainte Vierge qui a donné la vie humaine dans la nuit de la naissance de Dieu ! Entourons la Sainte Famille ! » (Jean-Paul II, Message de Noël, 25 décembre 1980). Disons-leur que nous les aimons, que nous nous mettons volontiers, de tout cœur à leur service, s’ils le veulent bien. Et que nous ferons de notre mieux, tout en étant conscients de nos énormes limites. Pour l’heure, moi, ne possédant rien de tout ce que ces grands personnages ont remis à mon doux Jésus, totalement dépourvu de richesse personnelle, (lire la suite) je n’ai même pas un morceau de pain à offrir à mon Jésus. Je trouverai bien, en fouillant dans mes poches, un caillou ramassé parce qu’il brillait au soleil, un bout de laine vermillon qui était en trop, un morceau de bois… Mais Jésus n’en a que faire, cela ne lui servira à rien. Mais c’est tout mon trésor. Mais cela, Marie et Joseph le savent fort bien : je suis un tout petit. C’est donc qu’ils pensent à autre chose. Évidemment, ils pourraient me donner quelques piécettes pour que je fasse l’aumône et que j’apprenne la générosité. C’est ce que l’on raconte de Sacha Guitry : Enfant, il accompagne son père en promenade. Voit un mendiant aveugle et va lui donner une pièce. Son père le reprend : ce que tu as fait n’est pas bien, car tu n’as pas souri. - Mais il est aveugle ! - Ça ne fait rien. Qui sait si ce n’est pas un faux aveugle ! Mais Jésus n’a pas davantage besoin de cela. Si je n’ai rien à donner et que je dois faire un geste en faveur de Jésus, c’est que je dois donner ce que je possède le plus en propre, de plus précieux, à savoir moi-même. Et je comprends que c’est justement ce que ses parents ont fait avec leur Enfant. C’est comme cela qu’ils ont agi. Ils lui ont fait le don de leur personne, sans rien garder pour eux, sans se réserver quoi que ce soit. Ils ont pris le parti de renoncer à eux-mêmes, à toute gloire humaine (et les qualités dont Dieu les avait dotés leur auraient permis de l’acquérir sans nul doute très facilement, à moindres frais), à tout succès terrestre, pour l’aimer de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit (cf. Matthieu 22, 36). Or, « l’amour authentique n’est ni un sentiment vague, ni une passion aveugle. C’est une attitude intérieure qui engage tout l’être humain. C’est un regard posé sur l’autre non pour s’en servir, mais pour le servir. C’est la capacité de se réjouir avec qui se réjouit et de souffrir avec qui souffre. C’est un partage de tout ce que l’on possède, afin que personne ne soit privé du nécessaire. L’amour, en un mot, est don de soi » (Jean-Paul II, 13 février 1994). (à suivre…)

jeudi 25 décembre 2014

La Sainte Famille (2)

La Sainte Famille (2)

Au contact de Marie et de Joseph nous découvrons comment nous pouvons nous occuper dans nos diverses activités sans nous séparer mentalement et affectivement de Jésus, en tâchant de ne pas le perdre du regard, et en revenant souvent physiquement auprès de lui, pour le dévorer des yeux, pour laisser notre cœur s’enflammer d’amour et protester de notre désir sincère de nous mettre pleinement à sa disposition, corps et biens, de le servir par tout ce que nous faisons afin de, comme lui, rendre gloire à son Père. Notre vie ne peut avoir d’objectif plus élevé, ni meilleur. Un objectif qui sollicite ce qu’il y a de plus noble en nous, qui nous fait être nous-mêmes de façon plus accomplie. (lire la suite) Évidemment, je peux lâcher les mains qui me tiennent, pour aller courir dernière un papillon qui passe ou cueillir une fleurette, ou, hélas, pour aller faire des bêtises. L’on racontait dans ma famille d’un garçonnet, qui n’avait pas même trois ans, que, sous l’occupation allemande, sa nounou ayant rencontré dans la rue une amie, lui lâcha la main. Et le voilà parti à l’aventure, déambulant seul dans les rues de Paris, où des soldats vêtus de vert de gris faisaient résonner les pavés de leurs pas cadencés. Heureusement, le petit bout de pomme portait une gourmette et une bonne âme, émue de voir ce bambin circuler tout seul en de telles circonstances l’avait ramené au domicile paternel. Celui-ci était déjà en émoi, car la nounou, ayant tout à coup pris conscience de son étourderie, était venue en larmes confesser son erreur et expliquer la situation dramatique qu’elle avait contribué à créer par son insouciance… Ce ne sont pas Marie et Joseph qui agiraient avec une telle légèreté. D’autant qu’ils connaissent bien les dangers auxquels nous sommes exposés, autrement terribles que ceux que les Germains nous firent subir, car il s’agit des embûches du démon qui, « tel un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui dévorer » (1 Pierre 5, 8). Et un enfant sans défense est une proie facile pour l’infernal ennemi irréductible de notre âme. Heureusement Marie et Joseph sont bien avec nous. Alors ils nous suggèrent de faire un cadeau à Jésus. Ils nous racontent, pour nous y encourager, que, dans la nuit de Noël, c’est-à-dire quelques heures à peine après la naissance de notre Sauveur, des bergers, qui gardaient leurs troupeaux dans les environs de Bethléem, prévenus par un ange qu’il leur était « né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur » (Luc 2, 11), sont venus en hâte l’adorer et lui ont remis en signe de reconnaissance ce qu’ils avaient de mieux sur place, dans la simplicité de leur vie : du fromage et du lait. Et que, plus tard, dans un grand apparat cette fois, montés sur des dromadaires et accompagnés par une suite de serviteurs, de grands savants, des gens très érudits, étaient arrivés du lointain Orient pour adorer à leur tour notre Seigneur, et qu’ils avaient déballé leurs cadeaux en accord avec leur condition : « de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Matthieu 2, 11). (à suivre…)

mercredi 24 décembre 2014

La Sainte Famille (1)

La Sainte Famille (1)

C’est tardivement que l’iconographie chrétienne représente la scène de la Nativité du Seigneur en plaçant Marie et Joseph, agenouillés, de part et d’autre de l’Enfant couché dans la mangeoire sur de la paille, notamment après les révélations de Marie à sainte Brigitte de Suède (1303-73), comme dans le retable de Sully. Auparavant, l’on montrait Marie en gésine, Maria in Wochenbett, alitée et venant d’accoucher. De par notre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu et, à ce titre, nous faisons partie de la Sainte Famille, (lire la suite) comme saint Josémaria aimait à le souligner. Nous en sommes membres à part entière et de plein droit, car frères du Fils Premier-Né de Dieu venu parmi nous. Et comme, « auprès de Dieu qui est éternel, tu es un enfant plus petit qu’un petiot de deux ans auprès de toi » (saint Josémaria, Chemin, n° 860), nous avons besoin de l’aide de la Vierge Marie et du père nourricier du Sauveur. Ils nous prennent tous deux par la main, chacun à notre tour, pour nous mener à Jésus, nous placer en sa présence. Et, se prosternant devant lui, ils nous apprennent à l’adorer, à lui faire l’hommage de tout notre être, de toute notre vie. Ils nous enseignent les rudiments d’une piété à la fois élémentaire et bien sentie. Ils nous initient à ce qui est l’attitude première requise d’une créature envers son Auteur : l’adoration. Adoration qui est la meilleure affirmation de notre moi, car le Seigneur Tout-Puissant nous a créés précisément pour accomplir cette finalité, de sorte que nous puissions être appelés enfants de Dieu et exister vraiment en tant que tels. Que Marie, « saluée par l’Église dans la litanie de Lorette comme Vas insignæ devotionis, nous enseigne à adorer Dieu « en esprit et en vérité » (Jean 4, 23) et à nous ouvrir avec un cœur doux et accueillant à ceux qui sont ses fils et donc des frères. Nous le lui demandons avec les paroles du « Salve Regina » : « … O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria ! » (Jean-Paul II, Angélus, 28 mai 1989). Marie et Joseph nous font comprendre à qui nous avons affaire : le Fils de Dieu en Personne, appelé Jésus, conformément aux instructions de l’ange à Joseph, « car il sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21), et Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » (Matthieu 1, 23). Ils nous montrent tout le respect et la vénération que nous devons lui porter et que, si nous voulons lui faire plaisir et, par voie de conséquence, les rendre eux aussi heureux, nous n’avons qu’une chose à faire, l’imiter en ce que sa « nourriture est de faire la volonté de Celui qui [l’]a envoyé » (Jean 4, 34), et rien d’autre. Aucun autre objectif d’ailleurs ne pourrait répondre à sa perfection et à son identification à son Père : « Je ne fais rien par moi-même » (Jean 5, 30). (à suivre…)

lundi 1 décembre 2014

L'ordre

L'ordre

L’ordre consiste à nous mettre dans la position prescrite à l’homme pour satisfaire à la fin en vue de quoi Dieu l’a créé. Or, Dieu a créé l’homme non en vue de lui-même, mais pour aimer et servir Dieu qui l’a créé. Quand il fait cela, c’est-à-dire quand il a appris à connaître Dieu par la foi et le servir par l’obéissance, il s’est pacé dans l’ordre et il réalise les conditions nécessaires pour que Dieu vienne à lui. Chacun de son côté a fait la moitié du chemin. La vérité et la miséricorde se sont rencontrées, la justice et l’amour se sont donnés le baiser de paix (Ps 84, 11). Si tu détournes ton pied du sabbat, dit Isaïe, c’est-à-dire si tu considères cette vie qui t’a été donnée, le chemin que tu as à y faire, comme au sein de ce jour qui m’a été tout entier consacré, « si tu cesses de faire ta volonté dans mon jour saint, et tu l’appelles un sabbat exquis, le jour saint et glorieux du Seigneur, et si tu le glorifies en ne faisant pas ta propre voie, et si ta volonté personnelle n’y est pas trouvée : alors tu te délecteras sur ton Seigneur, et je t’élèverai au-dessus des hauteurs de la terre, et je te nourrirai de l’héritage de Jacob ton père. Alors la lumière fera irruption comme le matin, et la santé devancera ton attente, et la justice précèdera ta face et la gloire de Dieu te réunira » (c’est-à-dire que tu cesseras d’être dispersé de tous côtés en toutes sortes de pensées, de désirs et d’imaginations inutiles). Paul Claudel, « Lettre à Madame d’A. », 14 mai 1932, dans Toi, qui est-tu ? (Tu, quis es ?), Paris, Gallimard, 58e éd., 1941, p. 93-94.

dimanche 30 novembre 2014

Année de la vie consacrée

Année de la vie consacrée

Le pape François inaugure aujourd'hui l'Année de la vie consacrée, qui s'achèvera par un synode sur le sujet. Je rappelle la parution récente du Vade mecum de la vie consacrée, qui pourra être utile dans ce contexte. « Cet instrument de travail et de consultation devrait rendre le droit plus proche des fidèles concernés. On peut émettre le souhait qu’il contribue à démonter les affects anti juridiques ou anti institutionnels qui constituent encore un obstacle à l’épanouissement et à la croissance des communautés. La vie consacrée est une vie donnée au Seigneur, un signe du Royaume à venir déjà présent dans notre monde. Elle doit resplendir par la netteté de sa profession des conseils évangéliques et de sa participation à la mission de l’Église. La norme canonique, qui a pour suprême critère le salut des âmes, est le garant du respect des droits de chacun et du respect du charisme propre à chaque institut de vie consacrée » (Mgr Roland Minnerath, archevêque de Dijon, Président du Conseil pour les questions canoniques de la Conférence des évêques de France). Ce Vade mecum, rédigé sous forme de questions-réponses est conçu avant tout à l’intention des religieuses, afin de mettre à leur disposition sous une forme pratique l’ensemble des dispositions gouvernant la vie consacrée, qu’il s’agisse des canons du Code de droit canonique de 1983 ou des documents publiés depuis par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. Mgr Dominique Le Tourneau Vade mecum de la vie consacrée Traditions Monastiques, septembre 2014 www.traditions-monastiques.com 35 euros

vendredi 28 novembre 2014

Le progrès véritable

Le progrès véritable

Un agnostique des plus connus me demandait naguère si je pensais que l’humanité progressait, régressait ou ne changeait pas. Tranquillement certain que son énoncé couvrait toutes les possibilités, il ne voyait pas qu’il parlait en termes abstraits, en homme de système insoucieux de l’histoire. Je lui demandai à mon tour, s’il pensait que M. Smith progressait, régressait ou ne changeait pas entre sa trentième et sa quarantième année. Il parut alors frappé par cette idée lumineuse que cela dépendait principalement de M. Smith et de ce qu’il décisait. Jusqu’à ce moment précis, mon interlocuteur ne s’était pas avisé que l’humanité avait un pouvoir de décision, que sa course n’était pas une trajectoire rectiligne, ascendante ou descendante, mais ressemblait plutôt à celle d’un homme qui se promène dans une vallée, s’arrête, repart, entre dans une église ou tombe ivre mort dans un fossé. La vie de l’homme est une histoire pleine d’aventures. Et la même chose est vraie, dit notre vision, de l’histoire de Dieu. G. K. Chesterton, L’Homme éternel, Bouère, DDM, 3e éd., 1999, p. 263-264, chap. « La clé de la prison ».

mercredi 26 novembre 2014

Les bienfaits de la patience

Les bienfaits de la patience

La patience, c’est ce qui nous procure la vertu et nous garde pour Dieu. La patience tempère la colère, freine la langue, redresse la pensée, garde la paix, règle les normes de vie, rompt l’élan de la concupiscnece, réprime la violence de l’orgueil, éteint le feu de la haine. […] Elle nous rend humbles dans la prospérité, forts dans l’adversité et doux dans les mensonges et les outrages. Elle enseigne à pardonner immédiatement à ceux qui font le mal ; et elle porte ceux qui ont péché à prier beaucoup et longtemps. La patience vainc les tentations, accueille les tribulations et supporte jusqu’au bout les souffrances et le martyre. C’est elle qui donne un fondement des plus sûrs à notre foi, elle qui porte notre espérance à ses sommets. C’est elle qui dirige nos actes pour que nous puissions nous maintenir sur le chemin du Christ, tandis que nous avançons avec son aide ; c’est elle, enfin, qui nous fait persévérer comme enfants de Dieu. Saint Cyprien, De bono patientiæ 20.

lundi 24 novembre 2014

Primauté de Rome

Primauté de Rome

Je ne reconnais, moi, l’importance centrale de la chaire de Rome que dans le sens où elle était reconnue par saint Maxime le Confesseur et par saint Théodore Studite. Voici ce que dit saint Maxime le Confesseur : jusqu’aux confins de l’univers et partout sur la terre, tous ceux qui confessent notre Seigneur impeccablement et en termes orthodoxes, lèvent les yeux sur la très sainte Église des Romains, la contemplant comme un soleil de lumière éternelle, contemplant a confession et sa foi, recevant d’elle la lumière brillante et éclatante des dogmes sacrés hérités des Pères. […] Car, dès le début même, depuis qu’est descendu vers nous le Verbe de Dieu Incarné, toutes les Église chrétiennes, partout, ont accepté et tiennent / cette Église romaine ; la plus grande parmi les Églises, comme une forteresse unique, solide et ferme, comme le fondement qui, selon la promesse du Sauveur, ne sera jamais ébranlé par les portes de l’Enfer, comme possédant les clefs de la foi orthodoxe en lui et de sa Confession. Soloviev, La grande controverse, 1883, trad. française Paris, 1953, p. 79, cité dans Maxime le Confesseur. La charité avenir du divin de l’homme par Juan Miguel Garrigues, préface de M.-J. Le Guillou, Paris, Beauchesne, 1976, p. 18-19.

samedi 22 novembre 2014

Islam : son succès

Islam : son Succès

Le byzantinisme, qui a été en principe hostile au progrès chrétien, qui a voulu réduire toute la religion à un fait accompli, à une formule dogmatique, et à une cérémonie liturgique, cet anti-christianisme caché sous un masque orthodoxe a dû succomber dans son impuissance morale devant l’anti-christianisme franc et honnête de l’islam. Il est curieux de constater que la nouvelle religion avec son dogme fataliste, est apparue juste au moment où l’empereur Héraclius inventait l’héréise monothélite, c’est-à-dire la négation masquée de la liberté et de l’énergie humaines. On voulait par cet arifice consolider la religion officielle, ramener à l’unité l’Égypte et l’Asie. Mais l’Égypte et l’Asie préférèrent l’affirmation arabe à l’expédient byzantin. Si l’on ne tenait pas compte du long travail anti-chrétien du Bas-Empire, il n’y aurait rien de plus surprenant que la facilité de la conquête musulmane. Cinq années suffirent pour réduire à une existence archéologique trois grands patriarcats de l’Église orientale. Il n’y avait pas de conversions à faire, il n’y avait qu’un vieux voile à déchirer. Soloviev, La Russie et l’Église universelle, 1889, trad. française, Paris, 5e éd., 1922, p. L, cité dans Maxime le Confesseur. La charité avenir du divin de l’homme par Juan Miguel Garrigues, préface de M.-J. Le Guillou, Paris, Beauchesne, 1976, p. 16.

jeudi 20 novembre 2014

Histoire et Evangile

Histoire et Evangile

La pratique de l’histoire m’a aidée à mieux comprendre l’Église, et donc à mieux comprendre comment la foi est à l’œuvre dans le monde ; inversement, les exigences de vérité qu’il y a dans l’Évangile m’ont guidée et encouragée dans ma pratique d’historienne. Un de nos professeurs aux Chartes, Léon Levillain, nous donnait l’Évangile comme exemplaire du point de vue de l’historien. Quatre témoins dont deux sont des témoins oculaires, rapportent les mêmes faits et gestes, avec des petites divergences de l’un à l’autre. Ces divergences, qui témoignent de la personnalité différente de chacun d’eux – Matthieu, un Juif très pénétré des traditions bibliques, Luc, cultivé, qui présente les faits avec un certain raffinement, Marc plus simple, un peu abrupt dans ses exposés, tandis que Jean déclare dès le début son intention de compléter les récits des autres – prouvent qu’il ne peut s’agir d’un texte simplement répété ou recopié de l’un à l’autre, et que nous nous trouvons bien en présence de quatre sources authentiques L’Évangile, loin de s’opposer à la recherche de la vérité, en fait une condition de la foi. Pour l’historien chrétien, faire intervenir abusivement ses convictions religieuses, en dissimulant ou en déformant les faits lorsqu’ils gênent, ce serait non seulement un manquement à l’objectivité, mais aussi un manque de foi. […] // Si j’étais disposée dès l’enfance à accepter les vérités de la foi, je crois en revanche que j’aurais résolument rejeté l’Église, une fois arrivée à l’âge adulte, si je n’avais pas fait l’École des chartes. C’est au contact avec l’Église des temps médiévaux – celle qui a interdit de tuer les petites filles à la naissance, fait disparaître l’esclavage, créé les hôpitaux et le droit d’asile – qui m’a conduite à l’accepter malgré ses graves fautes ultérieures et l’indignité de beaucoup de ses membres. L’Église loui-quatorzième avec sa hiérarchie et les ors de la chapelle de Versailles ne doit pas faire oublier la vraie société des baptisés, vivante et chaleureuse, qu’elle était au temps des églises romanes. On si très bien dans les documents comment l’évolution s’est faite, de Charles VII au fatal concordat de 1516, qui a livré l’Église au pouvoir temporel. R. Pernoud, Villa Paradis, Paris, Stock, 1992, p. 275-276.

mardi 18 novembre 2014

Evangile et Histoire

Evangile et Histoire

La pratique de l’histoire m’a aidée à mieux comprendre l’Église, et donc à mieux comprendre comment la foi est à l’œuvre dans le monde ; inversement, les exigences de vérité qu’il y a dans l’Évangile m’ont guidée et encouragée dans ma pratique d’historienne. Un de nos professeurs aux Chartes, Léon Levillain, nous donnait l’Évangile comme exemplaire du point de vue de l’historien. Quatre témoins dont deux sont des témoins oculaires, rapportent les mêmes faits et gestes, avec des petites divergences de l’un à l’autre. Ces divergences, qui témoignent de la personnalité différente de chacun d’eux (lire la suite) – Matthieu, un Juif très pénétré des traditions bibliques, Luc, cultivé, qui présente les faits avec un certain raffinement, Marc plus simple, un peu abrupt dans ses exposés, tandis que Jean déclare dès le début son intention de compléter les récits des autres – prouvent qu’il ne peut s’agir d’un texte simplement répété ou recopié de l’un à l’autre, et que nous nous trouvons bien en présence de quatre sources authentiques / L’Évangile, loin de s’opposer à la recherche de la vérité, en fait une condition de la foi. Pour l’historien chrétien, faire intervenir abusivement ses convictions religieuses, en dissimulant ou en déformant les faits lorsqu’ils gênent, ce serait non seulement un manquement à l’objectivité, mais aussi un manque de foi. […] // Si j’étais disposée dès l’enfance à accepter les vérités de la foi, je crois en revanche que j’aurais résolument rejeté l’Église, une fois arrivée à l’âge adulte, si je n’avais pas fait l’École des chartes. C’est au contact avec l’Église des temps médiévaux – celle qui a interdit de tuer les petites filles à la naissance, fait disparaître l’esclavage, créé les hôpitaux et le droit d’asile – qui m’a conduite à l’accepter malgré ses graves fautes ultérieures et l’indignité de beaucoup de ses membres. L’Église loui-quatorzième avec sa hiérarchie et els ors de la chapelle de Versailles ne doit pas faire oublier la vraie société des baptisés, vivante et chaleureuse, qu’elle était au temps des églises romanes. On si très bien dans les documents comment l’évolution s’est faite, de Charles VII au fatal concordat de 1516, qui a livré l’Église au pouvoir temporel (R. Pernoud, Villa Paradis, Paris, Stock, 1992, p. 275-276).

Respect du dimanche

Respect du dimanche

Dans le respect de la liberté religieuse et du bien commun de tous, les chrétiens ont à faire reconnaître les dimanches et jours de fête de l’Église comme des jours fériés légaux. Ils ont à donner à tous un exemple public de prière, de respect et de joie et à défendre leurs traditions comme une contribution précieuse à la vie spirituelle de la société humaine. Si la législation du pays ou d’autres raisons obligent à travailler le dimanche, que ce jour soit néanmoins vécu comme le jour de notre délivrance qui nous fait participer à cette « réunion de fête », à cette « assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux » (Hébreux 12, 22-23). Catéchisme de l’Église Catholique, n° 2188.

dimanche 16 novembre 2014

Unité de vie (4)

Unité de vie (4)

« Vous devez maintenant comprendre — avec une clarté nouvelle — que Dieu vous appelle à le servir dans et à partir des tâches civiles, matérielles, séculières de la vie humaine : c’est dans un laboratoire, dans la salle d’opération d’un hôpital, à la caserne, dans une chaire d’université, à l’usine, à l’atelier, aux champs, dans le foyer familial et au sein de l’immense panorama du travail, c’est là que Dieu nous attend chaque jour. Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous qu’il appartient de le découvrir » (Entretiens, n° 114). Ce « quelque chose de divin », il nous appartient de le développer, de le faire fructifier pour la gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, en travaillant, non pour des motifs humains, mais premièrement et fondamentalement par amour. (lire la suite) Car, pensons-y bien l’unité de vie, c’est la mise en pratique du grand commandement de l’amour, par lequel Dieu nous demande légitimement de l’aimer, non pas à la petite semaine ou partiellement, mais de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit (cf. Luc 10, 27). Tout, absolument tout dans notre vie doit ainsi être marqué par l’amour, motivé par l’amour, imprégné d’amour, suinter l’amour et, par suite, être source d’amour. C’est effectivement en aimant Dieu pour de bon, sans restriction, que nous pouvons aimer notre prochain comme nous-mêmes, ce qui est la suite du commandement suprême : tu aimeras « ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27). Car celui qui prétend aimer Dieu, qu’il ne voit pas, alors qu’il n’aime pas son prochain, qu’il côtoie, celui-là est un menteur (cf. 1 Jean 4, 20). Seigneur, je veux être trouvé véridique devant toi. Je veux te servir et t’aimer par touts les pores de ma peau spirituelle, de mon organisme surnaturel. Enseigne-moi à ne pas penser à moi, car chaque fois que je pense à moi je brise, ou du moins je fragilise, cette belle harmonie de la prière, du travail et de l’apostolat. Donne-moi, Seigneur, l’amour avec lequel tu veux que je t’aime, lui demandait saint Josémaria dans sa prière. Donne-moi cet amour, sans restriction, pour que j’arrive une bonne fois pour toutes à t’aimer de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces. Que je ne cherche pas à me faire remarquer des autres et que je m’efface devant toi une fois que j’ai fait ce que j’avais à faire. Il faut que tu grandisses, toi, et que moi, je disparaisse, comme saint Jean-Baptiste l’a fait (cf. Jean 3, 30). Ce que le fondateur de l’Opus Dei traduira par cette maxime : « Agir et disparaître, afin que Jésus seul brille. » Cela aussi est de la belle et bonne unité de vie : tout pour Dieu, Deo omnis gloria ! (fin)

vendredi 14 novembre 2014

Unité de vie (3)

Unité de vie (3)

C’est le propre des saints, qui vivent si près de Dieu qu’ils se sentent constamment attirés par lui, qui sentent intensément sa présence, et qui peuvent ainsi se réjouir de leurs faiblesses : « Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses, pour le Christ ; car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 Corinthiens 9-10). Les saints savent remercier Dieu même quand ils sont humiliés, traînés dans la boue ou quand ils manquent de tout, y compris du nécessaire pour vivre, ce qu’exprime bien cet autre point de Chemin : « Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, (lire la suite) qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » (Chemin, n° 268). Mais le fait de dire que les saints y sont parvenus ne doit pas nous faire douter d’y arriver, nous aussi, parce que nous sommes tous appelés à la sainteté dans notre vie ordinaire. Et que si nous ne découvrons pas Dieu dans cette vie ordinaire, dans les tâches multiples, bien souvent menues, qui la composent, nous ne le trouverons jamais. C’est ce que saint Josémaria proclamait dans son homélie emblématique du campus de l’Université de Navarre. Écoutons ses propres termes : « Il n’y a pas d’autre chemin, mes enfants : ou nous savons trouver le Seigneur dans notre vie ordinaire, ou nous ne le trouverons jamais. Voilà pourquoi je puis vous dire que notre époque a besoin qu’on restitue, à la matière et aux situations qui semblent les plus banales, leur sens noble et originel, qu’on les mette au service du Royaume de Dieu, qu’on les spiritualise, en en faisant le moyen et l’occasion de notre rencontre continuelle avec Jésus-Christ » (Entretiens, n° 114). Nous trouvons bien là une invitation à l’unité de vie. À nous centrer en Dieu à tout moment, en toute circonstance. À découvrir la main de Dieu en tout, comme Dieu lui-même s’est, là encore, chargé de le faire comprendre à saint Josémaria, par une motion divine dans les années 70 : « Recevez tout comme venant des mains de notre Seigneur Jésus-Christ. » Une invitation à vois dans les autres des âmes pour lesquelles le Christ a versé son Sang, comme pour nous, des âmes que nous devons donc aimer, pour qui nous désirons le vrai bien – c’est-à-dire leur salut éternel – et que nous cherchons donc à approcher de lui. (à suivre…)

mercredi 12 novembre 2014

Unité de vie (2)

Unité de vie (2)

Nous connaissons cette autre interrogation, que nous lisons dans un point de Chemin : « As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). N’est-ce pas ce qu’il nous arrive parfois de faire ? Nous n’osons pas affirmer franchement notre foi, nos convictions, dans notre milieu professionnel ou lors d’une invitation chez des amis, de peur de choquer, d’être mal compris, disons-nous, alors qu’en réalité c’est surtout pour nous éviter des complications. Or, saint Josémaria nous dit également ceci : « ‘Ma vie se heurtant à un milieu paganisé ou païen, mon naturel ne va-t-il pas sembler factice ?’ me demandes-tu. — Je te réponds : il y aura choc, sans doute, entre ta vie et ce milieu ; et ce contraste, où ta foi se confirmera par les œuvres, est précisément le naturel que je te demande (Chemin, n° 380). (lire la suite) Si nous ne parlons pas de Dieu, ne serait-ce que par l’exemple – mais l’exemple ne suffit pas à lui seul – qui d’autre le fera ? Seigneur, fais-moi comprendre que je ne suis pas là où je me trouve par hasard. C’est toi qui m’y a envoyé : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, que votre fruit demeure » (Jean 15, 16). Pour que je porte du fruit. Tu comptes donc sur moi, Seigneur, pour que ton Église s’enracine davantage dans mon milieu professionnel, social, familial ; pour que la vérité gagne du terrain. Et moi, à quoi est-ce que je pense habituellement ? Il ne s’agit certes pas de changer d’activité ou de lieu. Non. Chacun de nous doit rester à cette place où Dieu l’a mis : « Que chacun demeure dans l’état même où l’appel divin l’a trouvé » (1 Corinthiens 7, 20). Il doit continuer d’y faire ce qu’il fait, mais en y mettant plus souvent une intention surnaturelle, en l’offrant à Dieu pour des intentions concrètes. Parmi celles-ci figurent tel collègue qui ne veut apparemment rien savoir de la religion, qui élude toute conversation sérieuse, qui ne se livre pas, mais… Et tel autre collègue qui mène une vie dissolue, mais… Et un troisième qui… De la sorte, notre travail professionnel et toutes nos activités se transforment en prière et en apostolat. C’est cela l’unité de vie. Tel a été l’enseignement constant de saint Josémaria, conduit très tôt sur cette voie par le Saint-Esprit, enseignement relayé par le bienheureux Álvaro. Écoutons le fondateur de l’Opus Dei : « Notre vie consiste à travailler et à prier, et inversement, à prier et à travailler. Car le moment arrive où l’on ne sait plus distinguer ces deux concepts, des deux mots, contemplation et action, qui finissent par signifier la même chose dans l’esprit et dans la conscience. » (à suivre…)