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dimanche 10 juin 2007

La Fete-Dieu


La Fête-Dieu


Le jeudi qui suit la solennité de la Très Sainte Trinité, l’Église célèbre la solennité du Très Saint Corps et Sang du Seigneur. La Fête-Dieu, étendue à toute l’Église par le pape Urbain IV, en 1264, constitua, d’une part, une réponse de la foi et du culte aux doctrines hérétiques concernant le mystère de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, et, d’autre part, elle représenta le couronnement d’un mouvement de dévotion ardente envers l’incomparable Sacrement de l’autel. (lire la suite)
La piété populaire participa donc activement au processus qui aboutit à l’institution de la fête du Corpus Domini ; et cette dernière, à son tour, fut la cause et le motif de l’apparition de nouvelles formes de piété eucharistique dans le peuple de Dieu.
Pendant des siècles, la célébration du Corpus Domini fut le principal point de convergence de la piété populaire avec l’Eucharistie. Aux XVI et XVII siècles, la foi, ravivée par la nécessité de réagir contre les négations du mouvement protestant, et la culture - c’est-à-dire les arts, la littérature et le folklore - ont toutes deux concouru à rendre les multiples expressions de la piété populaire envers le mystère de l’Eucharistie à la fois particulièrement vivantes et significatives.
La dévotion eucharistique, qui est tellement enracinée dans le peuple de Dieu, doit toutefois être éduquée, afin de mettre en évidence ces deux réalités fondamentales :
- la Pâque du Seigneur est le point de référence suprême de la piété eucharistique ; la Pâque chrétienne, est, de fait, selon l’enseignement des Pères, la fête de l’Eucharistie, tout comme, inversement, l’Eucharistie est avant tout la célébration du mystère pascal, constitué par la Passion, la Mort et la Résurrection de Jésus;
- toute forme de dévotion eucharistique a une relation intrinsèque avec le Sacrifice eucharistique, soit parce qu’elle est une préparation à sa célébration, soit parce qu’elle constitue un prolongement des aspects cultuels et existentiels présents dans cette même célébration.
Le Rituel Romain déclare à ce propos : "Lorsque les fidèles adorent le Christ présent dans le Sacrement, ils doivent se rappeler que cette présence dérive du sacrifice et tend à la communion sacramentelle en même temps que spirituelle".
La procession de la solennité du Corps et du Sang du Christ est en quelque sorte la "forme typique" des processions eucharistiques. Elle constitue, en effet, un prolongement de la célébration de l’Eucharistie : aussitôt après la Messe, l’Hostie, qui a été consacrée pendant la célébration, est portée en procession en dehors de l’église afin que le peuple chrétien "rende un témoignage public de foi et de piété envers le Saint-Sacrement".
Les fidèles comprennent et manifestent une grande estime pour les valeurs exprimées dans la procession du Corpus Domini : ils prennent conscience qu’ils font partie de ce "peuple de Dieu", qui chemine avec son Seigneur, et qui proclame sa foi en celui qui est vraiment le "Dieu-avec-nous".
Toutefois, il est nécessaire que les normes qui régissent le déroulement des processions eucharistiques soient observées, en particulier celles qui garantissent la dignité et le respect dû au Saint-Sacrement ; de même, il est tout aussi nécessaire que les éléments typiques de la piété populaire, comme l’ornementation des rues et des fenêtres, l’hommage floral, les autels où sera déposé le Saint-Sacrement durant les haltes de la procession, les chants et les prières, "visent à ce que tous manifestent leur foi au Christ et ne s’occupent que du Seigneur", en écartant toutes formes de compétition.
Les processions eucharistiques se concluent ordinairement avec la bénédiction du Saint-Sacrement. Dans le cas spécifique de la procession du Corpus Domini, la bénédiction constitue la conclusion solennelle de la procession tout entière: la bénédiction habituelle du prêtre est remplacée par la bénédiction du Saint-Sacrement.
Il est important que les fidèles comprennent que la bénédiction du Saint-Sacrement n’est pas une forme de piété eucharistique qui se suffirait à elle-même, mais qu’elle constitue la conclusion d’une célébration cultuelle suffisamment prolongée.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°160-163.

samedi 9 juin 2007

Le "trentain gregorien" ou la "bonne mort"


Le "trentain grégorien" ou la "bonne mort"


Il est de plus en plus question de nos jours de "réussir sa mort", c'est-à-dire de mourir dans des conditions jugées dignes. Cela camoufle parfois le faux "droit" à l'euthanasie, sur lequel j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer.
Nul ne peut mieux "mourir dans la dignité" que celui qui quitte ce monde dans l'amitié de Dieu. Cependant, nul n'est assuré d'avoir l'âme suffisamment purifiée qu'il puisse entrer directement dans la gloire et la vision de Dieu au ciel. C'est pourquoi l'Église recommande d'offrir des "suffrages" pour le repos éternel de l'âme des défunts. (lire la suite)
Les suffrages, du latin suffragium, "recommandation", étaient jadis les "antiennes, oraisons et versets de l'office commémoratif d'un saint, au jour de sa célébration". De nos jours, ce sont les "prières et actes du culte, ayant une valeur satisfactoire en faveur des fidèles défunts, les âmes du purgatoire. Ce peut être la célébration de la messe, messes gérégoriennes ou trentain, pour laquelle le demandeur verse une offrande. Par le biais des suffrages s'opère la réversibilité des mérites, ou attribution des mérites de l'un à l'autre, qui participe à la communion des saints" (D. Le Tourneau, "Suffrages", Les Mots du christianisme. Catholicisme - Orthodoxie - Protestantisme, Paris, 1995, p. 598-599).
L'entrée au ciel, c'est-à-dire dans un état de bonheur parfait et définitif, est une affaire si importante, que l'Église la favorise par de nombreux moyens. Je me limiterai aujourd'hui à parler du trentain évoqué ci-dessus. Il faut savoir à ce propos, que le pape Grégoire le Grand (590-604) aurait obtenu d'une révélation de Dieu la promesse que grâce au trentain l'âme serait délivrée du purgatoire et admise au paradis. L'on rapporte, en effet, que, se lamentant de ne plus pouvoir rien faire après sa mort pour les âmes du purgatoire envers lesquelles il brûlait d'un zèle ardent, il eut la révélation de l'efficacité du trentain. Notre Seigneur lui dit ceci : "Mon ami, je veux bien accorder en ta faveur un privilège unique, c'est que toute âme du purgatoire pour laquelle seront offertes trente messes en ton honneur sans interruption sera immédiatement délivrée, quelle que fût sa dette envers moi, et plus que cela, je n'attendrai pas que les messes soient célébrées, mais je délivrerai l'âme aussitôt l'offrande versée pour elle". D'où le nom de "messes grégoriennes" ou de "trentain grégorien" donné à ces suffrages.
Il est donc tout particulièrement important d'y être attentif au moment du décès d'un être cher et, pourquoi pas, de prendre ses dispositions pour que les messes grégoriennes soient dites pour nous à notre décès. N'hésitons pas non plus à rendre aux autres le grand service de leur faire connaître l'existence du trentain !

vendredi 8 juin 2007

13. Le pèlerinage chretien


13. Le pèlerinage chrétien


Les chrétiens considèrent qu’il n’existe plus aucun lieu de pèlerinage, dans lequel ils ont l’obligation de se rendre ; en effet, d’une part, Jésus a dévoilé le mystère du Temple en l’attribuant à sa propre personne (cf. Jean 2, 22-23), et, d’autre part, il est passé de ce monde vers le Père (cf. Jean 13, 1), en accomplissant lui-même l’exode définitif : ainsi, désormais, toute la vie des disciples du Christ est une marche vers le sanctuaire céleste, et l’Église elle-même est consciente d’être "en pèlerinage sur la terre". (lire la suite)
Il reste que les accointances indéniables existant entre, d’une part, la doctrine du Christ et, d’autre part, les valeurs spirituelles du pèlerinage ont incité l’Église, non seulement à affirmer la légitimité de cette forme de piété, et même à l’encourager tout au long des siècles.
Durant les trois premiers siècles, hormis quelques exceptions, le pèlerinage ne fait pas partie des expressions du culte chrétien : l’Église craignait alors la diffusion, parmi les baptisés, de coutumes religieuses issues du judaïsme ou du paganisme, où la pratique du pèlerinage était à son apogée.
Toutefois, on note aussi, à cette époque, que, dans le contexte chrétien, de nouveaux fondements sont posés, annonçant ainsi une reprise de cette pratique du pèlerinage : il s’agit essentiellement du culte des martyrs ; de fait, les chrétiens se rendent près des tombeaux de ces témoins du Christ particulièrement exemplaires pour vénérer leurs dépouilles mortelles ; or, ce qui n’était au départ qu’une "pieuse visite" prendra progressivement l’aspect d’un véritable "pèlerinage de dévotion".
Après la paix de Constantin, et à la suite de l’identification des lieux saints et de la découverte des reliques de la Passion du Christ, le pèlerinage chrétien aborde une étape, qui peut être qualifiée de tournant décisif : il se produit surtout à l’occasion de la visite des chrétiens en Palestine ; de fait, cette contrée tout entière est bientôt considérée par eux comme une "Terre Sainte", en raison de la présence des "lieux saints", à commencer par Jérusalem. Les récits de pèlerins célèbres du IVème siècle, témoignent de cet engouement: en particulier, l’Itinerarium Burdigalense et l’Itinerarium Egeriae.
Des basiliques sont bientôt édifiées sur les "lieux saints" : ainsi, l’Anastasis, construite à l’endroit du Saint Sépulcre, et le Martyrium sur le Mont du Calvaire, sont des édifices particulièrement visités par les pèlerins, à cause de l’importance des événements du salut qu’ils évoquent. Il en est de même des différents endroits où se sont déroulées l’enfance du Sauveur et sa vie publique : ils sont eux aussi devenus des lieux de pèlerinage, de même que, progressivement, les lieux saints de l’Ancien Testament, en particulier le Mont Sinaï.

(à suivre…)

jeudi 7 juin 2007

L'humilite et la gloire (fin)


L'humilité et la gloire (fin)


Je termine ici mes réflexions sur l'humilité et la gloire.
Ce dépouillement de soi permet l’ouverture à l’autre et, au-delà de lui, à Dieu : « L’humilité nous conduit comme par la main vers cette façon d’aborder notre prochain, qui est la meilleure : comprendre tous les hommes, vivre en bonne entente avec tous, pardonner à tous, ne créer ni divisions ni barrières, nous comporter, toujours, comme des instruments d’unité. (lire la suite) Ce n’est pas en vain qu’il existe au fond de notre âme une forte aspiration à la paix, à l’union avec nos semblables, au respect mutuel des droits de la personne, de sorte que tous ces égards se transforment en fraternité. C’est le reflet de ce qu’il y a de plus précieux dans notre condition humaine ; si nous sommes tous enfants de Dieu, la fraternité ne se réduit pas à un lieu commun ; elle n’est pas non plus un idéal illusoire. Elle apparaît comme un but difficile mais réel » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 233). En effet, « tout ce qui passe et ne tourne pas à la gloire de Dieu est néant, et au-dessous même du néant » (sainte Thérèse d’Avila, Vie, 20, 26).
Comme saint Pierre l’écrit, « Dieu résiste aux orgueilleux et donne sa grâce aux humbles » (1 Pierre 5, 5). Partant de cette prémisse, il ajoute une exhortation : « Humiliez-vous donc sous la main puissante de Dieu pour qu’il vous élève en temps voulu. Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, car il prend soin de vous » (Ibid., 6-7). Il ne s’agit donc pas de s’humilier pour le plaisir de s’humilier, dans une espèce de masochisme, mais de s’abaisser pour être emmené par Dieu dans les hauteurs de sa gloire le moment venu, c’est-à-dire à l’heure de notre mort. D’où une grande confiance en Dieu, illustrée par des paraboles évangéliques : les oiseaux du ciel qui ne sèment ni ne moissonnent, les lis des champs qui ni travaillent ni ne filent, mais dont Dieu prend soin. À combien plus forte raison s’occupe-t-il des hommes (cf. Matthieu 6, 19-34). C’est cette même idée que saint Augustin exprime quand, s’adressant à Dieu, il écrit : « Tu prends soin de chacun d’entre nous-même si tu n’avais à t’occuper que de nous » (Confessions 3, 11, 19).
(fin)

mercredi 6 juin 2007

L’humilite et la gloire

L’humilité et la gloire

Le gros problème pour l’homme, la difficulté principale qu’il rencontre sur son chemin, c’est de vivre la vertu de l’humilité. C’est « le pire des maux, la racine de tous nos égarements. Notre lutte contre l’orgueil doit être constante, car ce n’est pas pour rien que l’on dit, de façon imagée, que cette passion meurt un jour après notre mort. C’est la morgue du pharisien, que Dieu refuse de justifier, parce qu’Il se heurte en lui à une barrière de suffisance. C’est l’arrogance qui nous amène à mépriser les autres, à les dominer, à les maltraiter: car là où il y a orgueil, il y a offense et déshonneur (Proverbes 11, 2) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 6).
Déjà la rébellion de certains anges, (lire la suite)
avec Lucifer à leur tête, a été un refus orgueilleux de se soumettre à Dieu. Et dans tout péché de l’homme se trouve une part d’orgueil, de refus d’avoir à suivre une loi morale qui lui est donnée de l’extérieur, qui vient de Dieu. C’est pourquoi l’Écriture et les auteurs spirituels n’ont cessé d’inviter l’homme à être humble, afin de glorifier Dieu, leur Père, et d’être admis à partager sa gloire. Voici, par exemple, ce qu’écrit saint Basile, après avoir exhorté à ce « que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le vaillant ne se glorifie pas de sa vaillance, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse ! » : « Alors, où est la vraie gloire et en quoi l’homme est-il vraiment grand ? Le prophète répond : « Celui qui veut se glorifier trouvera sa gloire s’il reconnaît et comprend que je suis le Seigneur. » Voilà quelle est la noblesse de l’homme, voilà quelle est sa gloire et sa grandeur : connaître vraiment ce qui est grand et s’y unir, et rechercher sa gloire dans la gloire de Dieu. L’Apôtre dit en effet : « Celui qui se glorifie, qu’il se glorifie dans le Seigneur », après avoir dit : « Le Christ a été envoyé pour être notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption ». […]
Voilà quelle est en Dieu notre fierté parfaite et exacte : ne pas se flatter de sa propre justice et ne trouver sa justice que dans la foi au Christ. Et c’est en cela que Paul se glorifie, car il méprise sa propre justice : il recherche cette justice qui est donnée par le Christ, qui vient de Dieu et qui consiste en la foi, pour « connaître le Christ, éprouver la puissance de sa résurrection, et communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant sa mort dans l’espoir de parvenir à ressusciter d’entre les morts ». Alors, toute la prétention de l’orgueil s’écroule. Il ne te reste plus rien, pauvre homme, dont tu puisses te vanter, où tu puisses mettre ta fierté et ton espérance » (Homélie sur l’humilité).

(à suivre)

mardi 5 juin 2007

11. Le pelerinage

11. Le pèlerinage
Le pèlerinage est une pratique religieuse universelle, et aussi une expression typique de la piété populaire ; il est étroitement lié au sanctuaire, dans la vie duquel il constitue un élément indispensable : en effet, il est possible d’affirmer que le pèlerinage a besoin du sanctuaire, tout comme, inversement, le sanctuaire a besoin du pèlerinage. (lire la suite)
12. Les pèlerinages bibliques
Dans la Bible, il convient tout d’abord de mettre en évidence, à cause de leur symbolisme religieux, les pèlerinages des patriarches Abraham, Isaac et Jacob à Sichem (cf. Genèse 12, 6-7; 33, 18-20), Béthel (cf. Genèse 28, 10-20; 35, 1-15) et Mambré (Genèse 13, 18 ; 18, 1-15), où Dieu se manifesta à eux et promit de leur donner la "terre promise".
La montagne sur laquelle Dieu se révéla à Moïse (cf. Exode 19-20), le Sinaï, devint, pour les tribus des Hébreux, qui avaient fui l’Égypte, un lieu sacré; puis, la traversée du désert du Sinaï prit pour eux l’aspect d’un long pèlerinage, qui devait les conduire jusqu’à la terre promise: ce voyage était béni de Dieu, qui marchait avec son peuple, le guidait et le protégeait du milieu de la Nuée (cf. Nombres 9, 15-23) ; les signes de sa présence étaient l’Arche de l’Alliance (Nombres 10-33-36) et la Tente de la Rencontre (cf. S. 7, 6).
Jérusalem devint le siège du Temple et de l’Arche de l’Alliance, et elle fut considérée par les Hébreux comme leur ville-sanctuaire, ainsi que le but par excellence du "saint voyage" tant désiré (Psaume 84, 6), durant lequel le pèlerin avançait "parmi les cris de joie et les actions de grâce de la multitude en fête" (Psaume 42, 5), jusqu’à la "demeure de Dieu", afin de se tenir en sa présence (cf. Psaume 84, 6-8).
Trois fois par an, les hommes, qui étaient membres du peuple d’Israël, devaient "se présenter devant le Seigneur" (cf. Exode 23, 17), c’est-à-dire qu’ils étaient tenus de se rendre au Temple de Jérusalem : cela donnait lieu à trois pèlerinages à l’occasion de la fête des Azymes (la Pâque), des Semaines (la Pentecôte) et des Tentes ; de même, toutes les pieuses familles israëlites ne manquaient pas de se rendre dans la cité sainte pour la célébration annuelle de la Pâque ; c’est ce que faisait aussi la famille de Jésus (cf. Luc 2, 41). Durant sa vie publique, Jésus se rendit régulièrement en pèlerinage à Jérusalem (cf. Jean 11, 55-56). Il faut noter, à ce propos, que l’évangéliste Luc présente l’action rédemptrice de Jésus comme un pèlerinage, qui révèle le mystère de sa personne (cf. Luc 9, 51-19, 45) ; en effet, le but intentionnel de la mission du Seigneur est la cité messianique, Jérusalem ; elle est le lieu de son sacrifice pascal et le terme de son exode vers le Père : "Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde; maintenant, je quitte le monde, et je pars vers le Père" (Jean 16, 28).
Enfin, il convient de noter que l’Église commence son itinéraire missionnaire à l’occasion d’un rassemblement d’un grand nombre de pèlerins à Jérusalem, qui étaient "des Juifs fervents issus de toutes les nations qui sont sous le ciel" (Actes 2, 5).

(à suivre…)

lundi 4 juin 2007

Priere a la Sainte Trinite



Nous venons de fêter la Très Sainte Trinité, le Dieu unique en trois Personnes. La vie chrétienne consiste à s’unir de plus en plus à Dieu, donc à chacune des trois Personnes. Il est bon de nous rendre compte d’ailleurs que nous ne sommes jamais seuls, car, si notre âme est en état de grâce, Dieu est avec nous, ce qui fait que nous sommes déjà… quatre ! Et quels amis que les trois autres !
La bienheureuse Élisabeth de la Trinité, (lire la suite) dont j’ai parlé avant-hier, nous aide à inviter le Seigneur à réaliser en nous dès à présent cette profonde union, qui ne pourra atteindre sa plénitude qu’au ciel : « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en Vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité ; que rien ne puisse troubler ma paix ni me faire sortir de Vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre mystère ! Pacifiez mon âme. Faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne Vous y laisse jamais seul, mais que je sois là, tout entière, tout éveillée en ma foi, toute adorante, toute livrée à votre action créatrice. »

dimanche 3 juin 2007

La Sainte Trinite

La Sainte Trinité

L’Église célèbre la solennité de la Très Sainte Trinité le dimanche après la Pentecôte. À la fin du Moyen Âge, la dévotion croissante des fidèles à l’égard du mystère de Dieu Un et Trine, qui, depuis l’époque carolingienne, avait occupé une place importante dans le domaine de la piété privée et avait donné naissance à diverses expressions de la piété liturgique, incita Jean XXII à étendre, en 1334, la fête de la Trinité à toute l’Église latine. Cette décision eut à son tour une influence déterminante dans l’apparition et le développement de certains pieux exercices.
En ce qui concerne les diverses formes (lire la suite) qu’emprunte la piété populaire pour évoquer l’incomparable Trinité, qui est "le mystère central de la foi et de la vie chrétienne", il est sans doute moins important de présenter tel ou tel pieux exercice en particulier, que de souligner à leur propos que toute forme authentique de piété chrétienne doit avoir pour référence incontournable le seul vrai Dieu Un et Trine, c’est-à-dire "le Père tout-puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint". Tel est le mystère de Dieu, qui a été révélé dans le Christ et par le Christ. Telle est sa manifestation dans l’histoire du salut. Celle-ci, en effet, n’est autre que "l’histoire de la voie et des moyens par lesquels le Dieu vrai et unique, Père, Fils et Saint-Esprit, se révèle, se réconcilie et s’unit les hommes qui se détournent du péché".
Il existe effectivement un grand nombre de pieux exercices qui ont un aspect et une dimension trinitaire. La plus grande partie d’entre eux débutent avec le signe de la croix, accompagné des paroles : "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit"; or c’est cette même forme qui est employée lors du baptême des disciples de Jésus (cf. Mt 28, 19), au moment où commence pour chacun d’entre eux une vie de communion intime avec Dieu, en tant que fils du Père, frères du Fils incarné et temples de l’Esprit Saint. D’autres pieux exercices, qui adoptent des formes semblables à celles de l’actuelle Liturgie des Heures, s’ouvrent en rendant "Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit". D’autres encore s’achèvent par la bénédiction donnée au nom des trois Personnes divines. Et il existe aussi de nombreux exercices qui, en s’inspirant du schéma typique de la prière liturgique, sont adressés "au Père par le Christ et dans l’Esprit", et présentent donc des formules doxologiques inspirées des textes liturgiques.
Le culte représente le dialogue de Dieu avec l’homme par le Christ et dans l’Esprit Saint ; une telle affirmation est déjà présente dans la première partie de ce Directoire. Il est donc nécessaire que l’orientation trinitaire soit aussi un élément constant de la piété populaire. Ainsi, il convient d’aider les fidèles à prendre conscience que les pieux exercices en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, des anges et des saints ont comme finalité ultime le Père, de qui tout procède et vers qui tout conduit; de même que le Fils, le Verbe incarné, mort et ressuscité, unique médiateur (cf. 1 Tm 2, 5), sans lequel il est impossible d’accéder au Père (cf. Jn 14, 6), et enfin l’Esprit Saint, seule source de grâce et de sanctification. Il est important d’écarter le risque d’entretenir l’idée d’une "divinité" qui fasse abstraction des Personnes Divines.
Parmi les pieux exercices qui s’adressent directement à Dieu Un et Trine, il est important de mentionner, en plus de la brève doxologie (Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit) et de la doxologie développée (Gloire à Dieu au plus haut des cieux...), le Trisagion biblique (Saint, Saint, Saint), et liturgique (Dieu Saint, Saint Fort, Saint Immortel, aie pitié de nous), très répandu en Orient et dans certains pays, ordres et congrégations de l’Occident.
Le Trisagion liturgique, qui s’inspire d’autres chants composés à partir du Trisagion biblique - comme, par exemple, le Sanctus de la célébration eucharistique, de l’hymne du Te Deum, et des Impropères du rite de l’adoration de la Croix du Vendredi Saint, qui proviennent eux-mêmes d’Isaïe 6, 3 et d’Apocalypse 4, 8 -, est un pieux exercice durant lequel les participants prient, unis aux puissances angéliques, en glorifiant de façon réitérée le Dieu Saint, Fort et Immortel, avec des expressions de louange tirées de la divine Écriture et de la Liturgie.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°157-159.

samedi 2 juin 2007

Elisabeth de la Trinite

Élisabeth de la Trinité


Demain, 3 juin, aura lieu la clôture des célébrations destinées à marquer le centenaire de la mort de la bienheureuse Élisabeth de la Trinité, le 9 novembre 2006. Le nom de la carmélite de Dijon est tout un programme en soi. Il montre que la Trinité nous empêche de manipuler l’idée de Dieu. « La bienheureuse Élisabeth a compris que, sans la Trinité, nous revenons à nos archétypes mentaux et culturels. En effet, si Dieu n’est pas Père, Fils et Esprit Saint, nous le ramenons spontanément à des dimensions qui ne sont pas les siennes.
Si nous envisageons Dieu uniquement comme le Père créateur, alors il est un être lointain, (lire la suite) inaccessible, qui n’entre pas en communication avec nous. Si nous devions voir uniquement Dieu sous la figure de l’Incarné, de Jésus qui a marcha parmi nous, s’il n’est pas le fils du Père éternel, alors il est un prophète comme les autres, il n’est pas le fils éternel. Si l’Esprit n’est pas l’Esprit qui procède du Père, qui est aussi l’Esprit du Christ, nous pouvons nous annexer l’Esprit Saint et lui faire dire ce qui nous convient.
Mais si les trois sont ensemble, je ne peux pas manipuler l’idée de Dieu. Elle est prodigieusement une : Dieu qui est a la fois celui qui suscite toute chose ; Dieu qui est tellement amour qu’il vient partager notre existence dans le Fils pour nous entraîner dans sa vie, pour transformer cet univers de la condition mortelle à la condition d’éternel vivant ; Dieu qui est Esprit, puissance du monde à venir déjà à l’œuvre parmi nous. Ils sont trois : c’est l’Esprit du Christ qui tient l’Église et la cimente, c’est le Christ qui nous renvoie au Père et nous donne son Esprit » (Monseigneur Roland Minnerath, archevêque de Dijon, Homélie, 11 juin 2006).
Sœur Élisabeth de la Trinité disait : « La Trinité, c’est comme une mer immense qui me submerge, c’est comme un abîme dans lequel je me perds. » Abîme insondable, certes, car Dieu est infini, mais dans lequel nous sommes invités à plonger, car la vie chrétienne n’est rien d’autre au fond que de vivre au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

vendredi 1 juin 2007

10. Le sanctuaire, lieu de l’engagement oecumenique


10. Le sanctuaire, lieu de l’engagement œcuménique

En tant que lieu d’annonce de la Parole de Dieu et d’exhortation à la conversion, et aussi lieu d’intercession, de vie liturgique intense et d’exercice de la charité, le sanctuaire peut être défini, dans une certaine mesure et selon les indications du Directoire œcuménique, comme un "bien spirituel" commun à tous les chrétiens, c’est-à-dire ouvert aux frères et sœurs qui ne sont pas en pleine communion avec l’Église catholique.
Le sanctuaire est donc appelé à être un lieu où doit se manifester l’engagement œcuménique, et où (lire la suite) l’on témoigne d’une attention particulière à la nécessité, à la fois grave et urgente, de réaliser l’unité de tous les disciples du Christ, unique Seigneur et Sauveur.
Les recteurs des sanctuaires sont donc appelés à aider les pèlerins à mieux prendre conscience de cet "œcuménisme spirituel", dont parlent le décret conciliaire Unitatis redintegratio et le Directoire œcuménique ; en effet, les chrétiens doivent toujours avoir présent à l’esprit le but ultime de réaliser l’unité, en manifestant ce désir dans la prière, la célébration eucharistique et la vie quotidienne. Il convient donc que, dans les sanctuaires, la prière pour l’unité des chrétiens soit intensifiée pendant certaines périodes de l’Année liturgique, en profitant, en particulier, de l’occasion donnée par la semaine de prières pour l’unité des chrétiens, et aussi durant les jours qui séparent l’Ascension de la Pentecôte, pendant lesquels les chrétiens évoquent la communauté de Jérusalem réunie dans la prière et dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint, qui est destinée à la confirmer dans l’unité et dans sa mission universelle.
De plus, les recteurs des sanctuaires sont incités à saisir toutes les opportunités qui peuvent se présenter pour organiser des rencontres de prières entre les chrétiens des diverses confessions. Durant ces rencontres, qui doivent être préparées avec soin et en commun, il convient de donner la première place à la Parole de Dieu, et de mettre en valeur les manières de prier, qui sont propres aux différentes confessions chrétiennes.
Selon les circonstances, il peut être opportun de prêter attention aux membres des autres religions, même si cette démarche doit demeurer exceptionnelle : de fait, il arrive que des sanctuaires soient fréquentés par des non-chrétiens ; ces derniers les visitent, car ils sont attirés par les valeurs propres du christianisme. Il importe donc que les actes du culte chrétien, qui se déroulent dans les sanctuaires, soient strictement conformes avec l’identité catholique de ces lieux, sans jamais cacher ce qui appartient en propre à la foi de l’Église.
Dans les sanctuaires dédiés à la Vierge Marie, l’engagement œcuménique présente des aspects particuliers. En effet, sur le plan surnaturel, sainte Marie, qui a donné naissance au Sauveur de tous les peuples, et fut à la fois le modèle et le premier des disciples du Christ, exerce certainement une mission de concorde et d’unité à l’égard des disciples de son Fils ; cela explique pourquoi l’Église catholique la salue sous le vocable de Mater unitatis. En revanche, sur le plan historique, la figure de Marie a été souvent à l’origine de polémiques et de divisions entre les chrétiens, du fait d’interprétations diverses de son rôle dans l’histoire du salut. Toutefois, il faut reconnaître que, de nos jours, le dialogue œcuménique s’avère particulièrement fructueux dans le domaine de la mariologie.

(à suivre…)

jeudi 31 mai 2007

La fete des meres


La fête des mères


Dimanche prochain est le jour de la fête des mères. Comme c’est également la solennité de la Très Sainte Trinité, j’anticipe la fête des mères avec ce texte de saint Ambroise de Milan (v. 340-397) qui souligne avec bonheur ce que nous devons à notre mère dans une énumération qui n’est pas exhaustive. Je me rappelle à ce propos un commentaire de saint Josémaria, qui nous invitait à rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits, (lire la suite) etiam ignotis, y compris pour ceux que nous ignorons. Pour nous faire comprendre ce qu’il voulait dire, il ajouta que nos parents avaient consenti beaucoup de sacrifices pour nous que nous ignorons et dont nous ne pouvons pas avoir l’idée.
Voici le texte de l’ancien archevêque de Milan :
« Honorer, c’est traiter selon les mérites. Nourrissez votre père, nourrissez votre mère. Même nourrissant votre mère, vous ne lui rendez pas encore les douleurs, vous ne lui rendez pas les tourments qu’elle a soufferts pour vous ; vous ne lui rendez pas les attentions avec lesquelles elle vous a porté, vous ne lui rendez pas la nourriture qu’elle vous a donnée dans un sentiment de pieuse tendresse, versant le lait de ses mamelles entre vos lèvres ; vous ne lui rendez pas la faim qu’elle a endurée pour vous, pour ne rien manger qui vous eût pu être nuisible, pour ne rien prendre qui pût gâter son lait. Pour vous elle a jeûné, pour vous elle a mangé ; pour vous elle n’a pas pris la nourriture qu’elle voulait ; pour vous elle a pris la nourriture qu’elle n’aimait pas ; pour vous elle a veillé, pour vous elle a pleuré ; et vous souffririez qu’elle manque ! Oh mon fils, quel jugement vous vous attirez si vous ne nourrissez pas votre mère ! Vous lui devez ce que vous avez, vous lui devez ce que vous êtes » (Traité sur l’Évangile de Luc 2, 8, 75).

mercredi 30 mai 2007

8. Le sanctuaire, lieu de la charite

8. Le sanctuaire, lieu de la charité

La fonction exemplaire du sanctuaire se déploie aussi dans le domaine de la charité. Chaque sanctuaire est, en effet, par nature "un foyer qui irradie la lumière et l’ardeur de la charité", du fait qu’on y célèbre la présence miséricordieuse du Seigneur, ainsi que l’exemplarité et l’intercession de la Vierge Marie et des saints. Le langage commun et celui des humbles définissent la charité comme "l’amour qui s’exprime au nom de Dieu". Elle se manifeste concrètement dans l’accueil et la miséricorde, dans la solidarité et le partage, dans l’aide et dans le don de soi.
Grâce à la générosité des fidèles et au zèle de leurs responsables, de nombreux sanctuaires sont des lieux privilégiés, où il est possible de mettre en relation (lire la suite) l’amour de Dieu et la charité fraternelle avec les divers besoins de la personne humaine. De fait, la charité du Christ se répand largement dans ces endroits, de même que se manifestent la sollicitude maternelle de la Vierge Marie et la proximité fraternelle des saints ; cette attention bienveillante s’exprime notamment :
- dans la fondation et le soutien permanent d’un grand nombre de centres d’assistance sociale, comme des établissements hospitaliers, des instituts d’éducation destinés aux enfants pauvres et des hospices ou des maisons de retraite pour les personnes âgées ;
- "dans l’accueil et l’hospitalité réservés aux pèlerins, surtout les plus pauvres, à qui sont offerts, dans la mesure du possible, des lieux et des structures pour se reposer ;
- dans la sollicitude et le dévouement, qui se manifestent à l’égard des personnes âgées, des malades et des handicapés, à qui sont destinées les attentions les plus délicates, et, en particulier, les meilleures places dans les sanctuaires; de fait, les célébrations sont organisées en tenant compte de leur présence, et donc de leur condition particulière, sans pour autant les isoler des autres fidèles: cela est vrai notamment en ce qui concerne la fixation des horaires. Enfin, il n’est pas rare que s’instaure et se développe une collaboration effective du sanctuaire avec les associations qui assurent généralement le transport de ces personnes ;
- dans la disponibilité et le service de tous ceux qui se rendent dans le sanctuaire : fidèles érudits et peu instruits, pauvres et riches, compatriotes et étrangers".

9. Le sanctuaire, lieu culturel
Tout en étant un lieu de culte, il n’est pas rare que le sanctuaire soit aussi par nature un "bien culturel" : en effet, dans ses différents éléments, il constitue comme la synthèse des nombreuses manifestations de la culture locale : témoignages historiques, œuvres d’art, documents littéraires, expressions musicales typiques.
Le sanctuaire est donc souvent un point de référence sûr qui permet de définir l’identité culturelle d’un peuple. Et puisque le sanctuaire réalise une synthèse harmonieuse entre la nature et la grâce, la piété et l’art, il peut se présenter aussi comme une expression privilégiée de la via pulchritudinis par la contemplation de la beauté de Dieu, du mystère de la Tota pulchra, et de la merveilleuse proximité des saints.
De même, il faut noter la tendance, toujours plus forte, de faire du sanctuaire un "centre culturel" spécifique, c’est-à-dire un lieu où se tiennent des cours et des conférences, et dans lequel sont promues des initiatives intéressantes dans le domaine de l’édition ; il est aussi un endroit où sont organisées des représentations sacrées, des concerts, des expositions et d’autres manifestations artistiques et littéraires.
L’activité culturelle du sanctuaire se présente donc comme un ensemble d’initiatives qui contribuent à la promotion de la personne humaine ; ce rôle supplémentaire, qui est assumé grâce à l’œuvre d’évangélisation et à l’exercice de la charité, s’ajoute utilement à la fonction primordiale du sanctuaire, en tant que lieu destiné à la célébration du culte divin. Dans ce contexte, les responsables des sanctuaires ont l’obligation de veiller à ce que cette dimension culturelle du sanctuaire n’occulte pas sa fonction cultuelle.

(à suivre…)

mardi 29 mai 2007

Une mystique bien temperee

Une mystique bien tempérée

Le Père Dominique-Marie Dauzet, religieux prémontré à l'abbaye de dans le Mondaye, Calvados, a publié aux Éditions du Cerf un ouvrage fort instructif qu'il a intitulé La mystique bien tempérée. Écriture féminine de l'expérience spirituelle XIXe-XXe siècle.
"Bien des études récentes se sont portées sur les pratiques religieuses, sur les prédications, l'enseignement du dogme et des questions morales : tout ce que l'autorité magistérielle invite à croire et à faire. En fait, il s'agit de discours cléricaux, (lire la suite) masculins presque exclusivement. L'"autre voix", cependant, presque toute féminine, c'est une écriture non professionnelle, le récit d'une voie spirituelle, par des femmes qui confient, en des milliers de pages oubliées, souvent encore inédites, leur expérience de Dieu." Le Père Dauzet a entrepris de lire ces milliers de pages (par exemple, les 1651 circulaires des années 1860-1900 qui circulent dans les carmels pour dresser la biographie d'une carmélite défunte), de les analyser et d'en extraire l'essentiel en une synthèse saisissante. Son ouvrage "scrute le statut ambivalent de ces écritures tendues par le désir de raconter l'ineffable, écritures parfois interdites, parfois permises, voire commandées, par le vis-à-vis masculin", et dont l'auteur souvent n'a pas imaginé qu'elles puissent un jour être publiées.
Les personnages qui remplissent les pages de cet ouvrage appartiennent à des horizons très divers, et c'est heureux. Nous y trouvons des laïques, dont les proches ne sont pas toujours catholiques ; Élisabeth Leseur (1866-1914), Jeanne Schmitz-Rouly (1891-1979), Mary Khalil (1889-1979) et Camille C. (1900-1971), qui sont nos contemporaines, et des religieuses : Marie-Aimée de Jésus Quoniam (1839-1874) et Élisabteh de la Trinité (1880-1906), tous deux carmélites (les célébrations du centenaire de la mort de la seconde se poursuivent dans le diocèse de Dijon), Marie Odile de la Paillonne (1840-1905), norbertine, Cécile Bruyère (1845-1909), bénédictine, abbesse de Solesmes. Autant d'aventures de l'Amour de Dieu, d'expériences spirituelles desquelles nous pouvons apprendre quelque chose.

lundi 28 mai 2007

Hair son pere et sa mere !…


Haïr son père et sa mère !…

Jésus marche comme bien souvent et, comme d’habitude aussi, « une grande foule cheminait avec lui ». Il s’entretient avec l’un ou l’autre, avec tel de ses apôtres, ou un petit groupe de ses disciples qu’il continue ainsi de former, ou bien encore avec des gens qui viennent le voir et lui parler de leur caparaçonner. Sans doute des enfants courent de partout et il caresse ceux qui s’approchent de lui. Cette activité n’interrompt pas la prière qu’il adresse à son Père. Soudain, il s’arrête, se retourne et, s’adressant à la foule, se met à l’instruire en lui livrant le fruit de sa prière, ce qu’il porte alors dans son Cœur.
Ce dont il parle ce jour-là, c’est de détachement à l’égard du monde, et même de sa famille (lire la suite) naturelle, et de renoncement aux biens de ce monde. « Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (v. 26). Cela peut paraître surprenant, alors que le quatrième commandement de Dieu consiste à aimer ses parents et que Jésus lui-même a enseigné : « Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent. Bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous maltraitent » (Luc 6, 27-28). C’est un peu le monde à l’envers !
Ce que le Seigneur veut dire, c’est que nous devons haïr « celui qui s’oppose à nous sur le chemin de Dieu, même si c’est un parent ; […] Nous devons donc aimer notre prochain ; nous devons avoir de la charité envers tous, avec nos proches et avec les étrangers, mais sans nous éloigner de l’amour de Dieu par amour pour eux » (saint Grégoire le grand, In Evangelia homiliæ 37, 3).
Ce renoncement est nécessaire pour suivre le Christ : « Et quiconque ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple » (v. 27). Autrement dit, renoncer à tout ce qui fait obstacle au don de soi à Dieu, c’est porter sa croix avec lui.
Jésus prend alors l’exemple de celui qui veut bâtir une tour. Avant de se lancer dans l’opération, il s’assied « auparavant pour calculer la dépense et s’il a de quoi l’achever. De peur qu’après avoir posé les fondements de l’édifice, il ne puisse le conduire à sa fin, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler en disant : « Cet homme a commencé à bâtir, et il n’a pu achever. » Ou, quel roi, s’il va faire la guerre à un autre roi, ne s’assied d’abord pour délibérer s’il peut, avec dix mille hommes, faire face à un ennemi qui vient l’attaquer avec vingt mille ? S’il ne le peut, tandis que celui-ci est encore loin, il lui envoie une ambassade pour négocier la paix. Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède, ne peut être mon disciple » (v. 28-33).
Le lien entre ces exemples et l’exigence qu’il vient de manifester ne semble pas évident. Mais le Seigneur veut amener son auditoire, et peut-être ses apôtres en premier, à comprendre que l’on ne peut pas se donner à Dieu à moitié. Quand il appelle, il faut se donner à lui en entier, comme les premiers apôtres : statim, « aussitôt », relictis retibus, « laissant là leurs filets », ils le suivirent (Matthieu 4, 20) .
Ce qui ne veut pas dire abandonner le monde. Le Seigneur n’a pas fait des apôtres des anachorètes (institution qui verra le jour au IVe siècle). Ils sont, pour certains, des pêcheurs au moment où Jésus les invite à le suivre. Et ils restent pêcheurs : après la Résurrection, Simon-Pierre dit : « Je m’en vais pêcher. Ils lui dirent : « Nous y allons, nous aussi, avec toi » (Jean 21, 3). Ils sont dans le monde. Tout comme saint Paul, qui pourra se vanter de gagner sa vie par le travail de ses mains : « Nous peinons en travaillant de nos propres mains » (1 Corinthiens 4, 12 ; cf. 1 Thessaloniciens 2, 9).
Mais pour suivre le Christ, il faut renoncer à tout, vivre non pas en propriétaire des biens que nous avons, mais en simples administrateurs, et en user avec générosité envers les autres.

dimanche 27 mai 2007

La Pentecote (suite)

La Pentecôte (suite)


Le temps pascal se conclut, le cinquantième jour, avec le dimanche de la Pentecôte, qui célèbre la venue de l’Esprit Saint sur les apôtres (cf. Ac 2, 1-4), les débuts de l’Église et le commencement de sa mission dans toutes les langues auprès des divers peuples et nations. Il convient de noter l’importance de la célébration de la Messe de la Vigile, spécialement dans l’église cathédrale et aussi dans les paroisses ; de fait, celle-ci revêt le caractère d’une prière intense et persévérante de la communauté chrétienne tout entière, en s’inspirant de l’exemple des apôtres réunis dans une prière unanime avec la Mère du Seigneur. (lire la suite) En exhortant à la prière et à la mission, le mystère de la Pentecôte concerne aussi la piété populaire, car celle-ci "est une démonstration continuelle de la présence active de l’Esprit Saint dans l’Église. C’est lui qui allume dans les cœurs la foi, l’espérance et l’amour, ces vertus suprêmes qui donnent leur valeur à la piété chrétienne. C’est le même Esprit qui ennoblit les formes si variées et si nombreuses par lesquelles s’exprime le message chrétien, en accord avec la culture et les coutumes propres à chaque lieu, à travers tous les siècles".
En employant des formules bien connues, qui proviennent de la célébration de la Pentecôte (Veni, Creator Spiritus, Veni, Sancte Spiritus) ou à l’aide de supplications brèves (Emitte Spiritum tuum et creabuntur...), les fidèles invoquent volontiers l’Esprit Saint, en particulier lorsqu’ils commencent une activité ou un travail, tout comme dans des situations difficiles à vivre. De même, le troisième mystère glorieux du Rosaire est une invitation à méditer la manifestation de l’Esprit Saint, le jour de la Pentecôte. De plus, les fidèles sont conscients d’avoir reçu ce même Esprit Saint, spécialement le jour de leur Confirmation, Esprit de sagesse et de conseil qui les guide dans leur existence, Esprit de force et de lumière qui les aide à prendre des décisions importantes et à supporter les épreuves de la vie. Ils savent que, le jour de leur baptême, leur corps est devenu le temple de l’Esprit Saint, et qu’il doit donc être respecté et honoré, y compris dans la mort, et que, au dernier jour, il ressuscitera par la puissance de l’Esprit Saint.
L’Esprit Saint, tout en ouvrant nos cœurs à la communion avec Dieu dans la prière, nous incite à nous tourner vers notre prochain avec des sentiments authentiques de rencontre, de réconciliation, de témoignage, de désir de justice et de paix, de renouveau moral, de vrai progrès social et d’élan missionnaire. C’est dans cet esprit que, dans certaines communautés, la Pentecôte est célébrée comme " une journée de la souffrance pour les missions".

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°156.

samedi 26 mai 2007

La Pentecote

La Pentecôte

Le jour de la Pentecôte, les douze apôtres et les 120 disciples reçoivent l’effusion de l’Esprit Saint, conformément à la promesse de Jésus-Christ: “Demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut.” Mt 24, 49). “Quand le Saint-Esprit descendra sur vous, vous recevrez de la force et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre” (Ac 1, 8).
Dès que l’Esprit est descendu sur eux, Pierre se met effectivement à prêcher (lire la suite) à Jérusalem. Il prêche Jésus-Christ et Jésus-Christ ressuscité. C’est le cœur de la prédication chrétienne. Comme saint Paul le dira plus tard: “Si le Christ n’est pas ressuscité, il s’ensuit que notre prédication est vaine, vaine aussi votre foi. Il se trouve même que nous sommes de faux témoins de Dieu, puisque nous avons témoigné au nom de Dieu qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité, si en fait les morts ne ressuscitent pas. […] Si c’est seulement pour cette vie que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus malheureux des hommes” (1 Co 15, 14-15.19).
“Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez sollicité la grâce d’un meurtrier [Barabbas], alors que vous avez fait mourir le chef de la vie” (Ac 3, 14-15), dit saint Pierre à la foule immense qui s’est rassemblée devant le Cénacle. Tout le monde a entendu parler des événements qui se sont produits cinquante jours plus tôt. Beaucoup de ceux qui écoutaient sont émus et, touchés par la grâce, ils demandèrent: “Frère, que devons-nous faire ? L’apôtre leur répondit: Repentez-vous et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de J”sus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit” (Ac 2, 37-38).
Ce don est accordé en effet au baptême, car l’Esprit est le Sanctificateur de l’âme.
Ce jour-là, trois mille personnes entrèrent dans l’Église. Les 120 disciples ne furent pas de trop pour aider les apôtres à administrer le baptême à cette foule… “Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit” (Ac 2, 38). Il ne cesse depuis d’être concédé. Saint Luc montre, en effet, que “la venue de l’Esprit, le jour de la Pentecôte ne fut pas un événement isolé. Il n’y a pratiquement aucune page des Actes des Apôtres qui ne parle de Lui et de l’action par laquelle Il guide, dirige et anime la vie et les œuvres de la communauté chrétienne primitive. C’est Lui qui inspire la prédication de saint Pierre (cf. Ac 4, 8), qui confirme les disciples dans leur foi (cf. Ac 4, 31), qui scelle par sa présence l’appel lance aux païens (cf. Ac 10, 44-47), qui envoie Saul et Barnabé vers des terres lointaines pour ouvrir de nouveaux chemins, en répandant l’enseignement de Jésus (cf. Ac 13, 2-4). En un mot, sa présence et son action dominent toute chose” (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 127). À telle enseigne que les Actes des apôtres ont été qualifiés d’“Évangiles de l’Esprit”.

vendredi 25 mai 2007

6. La valeur exemplaire du sanctuaire

6. La valeur exemplaire du sanctuaire

Les responsables des sanctuaires ont le devoir de veiller à la qualité exemplaire des cérémonies: "La promotion d’une Liturgie de qualité fait partie des fonctions, qui sont dévolues aux sanctuaires; il s’agit même d’une obligation inscrite dans le Code de droit canonique. Cette promotion concerne moins l’obligation d’augmenter le nombre des célébrations que celle d’améliorer la qualité de celles qui existent déjà. Les recteurs des sanctuaires doivent être bien conscients de leur responsabilité dans ce domaine. Ils doivent comprendre, en effet, que les fidèles, qui se rendent dans les différents sanctuaires, doivent en repartir réconfortés sur le plan spirituel et édifiés par les célébrations liturgiques (lire la suite) auxquelles ils ont participé : celles-ci auront su leur transmettre le message du salut par la noble simplicité de leurs rites et le respect fidèle des normes liturgiques. Ces mêmes recteurs doivent savoir aussi que les effets d’une célébration liturgique exemplaire ne se limitent pas à ladite célébration accomplie dans le sanctuaire : en effet, les prêtres et les fidèles, qui participent à des cérémonies de qualité, sont portés à les faire connaître dans leurs propres lieux de culte d’origine".

7. Le sanctuaire, lieu d’évangélisation
D’innombrables moyens de communication sociale propagent quotidiennement des nouvelles et des messages en tous genres ; le sanctuaire est pour sa part le lieu où est constamment proclamé un message de vie : l’"Évangile de Dieu" (Marc 1, 14 ; Romains 1, 1) ou "l’Évangile de Jésus-Christ" (Marc 1, 1), c’est-à-dire la bonne nouvelle qui vient de Dieu lui-même, et qui concerne Jésus-Christ: celui-ci est le Sauveur de tous les peuples; c’est en lui seul que la mort et la résurrection, le ciel et la terre se sont réconciliés pour l’éternité.
Les éléments essentiels du message évangélique doivent être proposés, d’une manière directe ou indirecte, au fidèle qui se rend dans un sanctuaire: on peut citer, en particulier, le contenu du discours sur la Montagne, qui est un programme de vie, l’annonce joyeuse de la bonté et de la paternité de Dieu et de sa providence miséricordieuse, le commandement de la charité, la signification rédemptrice de la croix, et le destin transcendant de toute vie humaine.
Beaucoup de sanctuaires sont de véritables lieux d’évangélisation : le message du Christ est transmis aux fidèles sous les formes les plus variées, afin de les inciter, et aussi de les exhorter à la conversion et à la persévérance, à suivre le Christ, et à conformer leur vie aux exigences de la justice; enfin, le message du Christ leur apporte aussi une parole de consolation et de paix.
Il ne faut pas non plus oublier la coopération de beaucoup de sanctuaires à l’œuvre évangélisatrice de l’Église, qui se présente sous les diverses formes d’un soutien généreux aux missions "ad gentes".

(à suivre…)

jeudi 24 mai 2007

Une reussite scandaleuse ?


Une réussite scandaleuse ?

Certains se demandent parfois — ils posent carrément la question — comment il se fait que des gens sans scrupule et qui ne s’embarrassent pas de considérations morales réussissent dans leur vie professionnelle, jouissant d’une grande renommée, grimpant des échelons, étant combles d’honneurs, s’enrichissant…
Cette réussite peut paraître scandaleuse. Mais Dieu « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur ceux qui ne le sont pas » (Matthieu 5, 45). Et l’Écriture affirme aussi que (lire la suite) « chacun reçoit la récompense de ses œuvres » (Proverbes 12, 14). Saint Paul précise que « chacun recevra ce qu’il a mérité » (2 Corinthiens 5, 10), et que « chacun recevra sa récompense à la mesure de sa peine » (1 Corinthiens 3, 8).
D’autre part, il faut revenir à la réalité essentielle de l’homme, à savoir qu’il a été créé bon par Dieu. L’âme que Dieu a créée au cas par cas, et qui est le principe vital de l’homme, ce qui « l’anime », est en lui la ressemblance et l’image de Dieu dont parle le récit de la Création : Genèse 2, 27 et 5, 1. Du fait de cette création, l’homme est naturellement bon, même si cette bonté originelle est mise souvent en échec par les séquelles du péché d’Adam et Ève dans la nature humaine et par nos péchés personnels.
Mais il n’est nul être au monde qui ne fasse du bien au cours de sa vie. Et comme Dieu a voulu lui accorder une rétribution, celui qui est mauvais reçoit sa récompense ici-bas, mais l’accès au paradis lui sera barré. Cela ressort très clairement de l’enseignement de Jésus-Christ. Dans la parabole du riche et de Lazare, par exemple (Luc 16, 19-31), le riche qui festoyait brillamment tout en ne s’occupant jamais du pauvre Lazare qui, couvert d’ulcères, gisait devant sa porte, se retrouve en enfer, où il s’entend dire : « Souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux. Maintenant, il est consolé ici [au ciel] et toi, tu souffres ». Le Seigneur avait lancé des invectives qui ne s’adressaient pas seulement aux gens de son époque. Elles nous concernent tous : « Malheur à vous, les riches,car vous tenez votre consolation » (Matthieu 6, 24), autrement dit vous avez votre récompense maintenant, sur terre, mais vous n’en recevrez pas dans l’au-delà. « Malheur à vous, qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim » (Ibid., 25) : ils n’ont rien à attendre après leur mort, car ils ont reçu la part de biens qui leur revenait durant leur vie terrestre.
« Il faut passer par bien des épreuves avant d’entrer dans le royaume des cieux » (Actes 13, 22). Celui qui refuse ces épreuves, c’est-à-dire qui donne libre cours à ses caprices, ne s’embarrasse pas de principes moraux, ne cherche pas Dieu, remportera peut-être de nombreux succès aux yeux des hommes et auprès des femmes, mais n’aura pas trouvé la clé d’accès au royaume de Dieu. En revanche, celui qui sait se priver pour les autres, qui s’efforce de vivre en accord avec la loi morale naturelle — naturelle, car c’est la loi divine inscrite par Dieu dans la nature humaine —, qui fait passer Dieu au premier plan, conformément au commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » (Marc 12, 30), celui-là recevra « le centuple dès maintenant […] et dans le siècle à venir la vie éternelle » (Marc 10, 30).

mercredi 23 mai 2007

4. La reconnaissance canonique du sanctuaire


4. La reconnaissance canonique du sanctuaire

"Par sanctuaire on entend une église ou un autre lieu sacré où les fidèles se rendent nombreux en pèlerinage pour un motif particulier de piété avec l’approbation de l’Ordinaire du lieu".
La reconnaissance canonique d’un lieu sacré comme sanctuaire diocésain, national ou international dépend respectivement de l’évêque diocésain, de la Conférence des évêques ou du Saint-Siège. L’approbation canonique équivaut à une reconnaissance officielle du lieu sacré et de sa finalité spécifique ; cette dernière consiste à accueillir les pèlerinages du peuple de Dieu organisés en ce lieu pour adorer le Père, professer la foi, se réconcilier avec Dieu, avec l’Église et (lire la suite) avec ses frères, et implorer l’intercession de la Mère du Seigneur ou d’un Saint.
Toutefois, il ne faut pas oublier que, localement, de nombreux autres lieux de culte, souvent humbles - comme certaines petites églises situées dans les villes ou à la campagne - assument un rôle similaire à celui des sanctuaires, tout en ne bénéficiant pas d’une reconnaissance canonique. Ils font eux aussi partie de la "géographie" de la foi et de la piété du peuple de Dieu, puisqu’ils marquent l’emplacement d’une communauté qui demeure sur un territoire déterminé et qui, dans la foi, chemine vers la Jérusalem céleste (cf. Apocalypse 21).

5. Le sanctuaire, lieu des célébrations cultuelles
Le sanctuaire a une fonction principalement cultuelle. Les fidèles se rendent, en effet, dans ce lieu pour participer aux célébrations liturgiques et aux pieux exercices. Toutefois, cette fonction cultuelle reconnue du sanctuaire ne doit pas obscurcir, dans la conscience des fidèles, l’enseignement évangélique selon lequel le lieu n’est pas un élément déterminant pour rendre un culte authentique au Seigneur (cf. Jean 4, 20-24).

(à suivre…)

mardi 22 mai 2007

La foi (fin)

La foi (fin)

Je complète mes réflexions sur la façon de croire en Dieu.
Au cours de notre vie, nous pouvons recevoir des lumières sur telle ou telle vérité. Mais il est des moments, probablement les plus fréquents, où ces lumières font défaut, parce que le Seigneur nous les retire ou par suite des circonstances. Mais le contenu, la réalité de la foi subsistent. Tout comme le soleil ne cesse pas d'exister quand il fait nuit (lire la suite) ou que le ciel est couvert de nuages. La foi reste entière - parce qu'elle ne dépend pas de nous, mais vient de Dieu - quand nous sommes dans l'obscurité. Il est donc absurde d'en conclure qu'on n'a pas la foi. Ce qu'il faut faire, ce sont des actes de foi avec l'humilité de celui qui est bien peu de chose en présence du Dieu infini, tout en étant son enfant.
Il n'est pas rare d'entendre des gens dire : " J'ai perdu la foi. " Cette expression est inexacte. On ne perd pas la foi comme on perd ses clés ! Celui qui a reçu de Dieu le don de la foi au moment de son baptême en est marqué pour l'éternité, la garde toujours en lui. Ce qui peut arriver, c'est qu'il la laisse dans l'état d'un terrain en friche, qu'il ne fait rien pour la développer, qu'il n'en vit pas - or, "le juste vit de la foi" (Romains 1, 17) - et donc qu'il laisse les péchés le recouvrir comme par couches successives au point de la rendre inopérante, tout comme les mauvaises herbes de toute sorte envahissent le terrain non cultivé et le rendent stérile.
Mais la foi reste là, au fond de son âme. Il faudra alors décaper, enlever toutes ces strates par la confession, par des confessions successives même. Ce sera évidement plus dur, plus douloureux que si l'on s'était confessé et avait pratiqué régulièrement. En tout cas, on ne perd pas la foi. Non !
En revanche, il est possible d'avoir le malheur de la rejeter, en partie (par l'hérésie) ou en totalité (par l'apostasie). Mais, là encore, on rejette quelque chose qui existe et continue d'exister même si on ne veut rien en savoir.
En réfléchissant à ce don non mérité de la foi, nous sommes portés à remercier Dieu et à comprendre que nous avons la responsabilité d'en être les témoins autour de nous : "La foi naît de la prédication" (Romains 10, 17). Mais c'est là une autre question.

(fin)

lundi 21 mai 2007

La foi : comment croire ?


La foi : comment croire ?

La foi est fondamentalement un don de Dieu, qu’il accorde à qui il veut. C’est une vertu théologale, disposition ferme et permanente à bien agir, ayant Dieu lui-même pour objet. Elle est mise dans l’âme au moment du baptême. Par elle « nous croyons en Dieu et à tout ce qu’il nous a révélé, et que la sainte Église nous propose à croire, parce qu’il est la vérité même » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1814). Elle « est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu » (Ibid., n° 150).
Éclairant l’intelligence et agissant sur la volonté, la foi permet à l’homme (lire la suite) de croire fermement tout ce que Dieu a révélé, non en vertu de son évidence intrinsèque, mais en vertu de l’autorité de Dieu.
La foi est nécessaire pour sauver son âme : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Marc 16, 16). Le contexte est celui de l’annonce de la foi, de l’Évangile, par les apôtres.
Il convient donc de demander à Dieu la foi, ou son accroissement. Prenant conscience de leurs limites, les apôtres disent en effet à Jésus : « Augmente en nous la foi » (Luc 17, 5). Il faut la demander avec l’assurance que Dieu se laisse trouver par ceux qui le cherchent d’un cœur sincère et qu'il s’avance même à la rencontre de l’homme : « Je me laissais trouver de qui ne me recherchait pas » (Isaïe 65, 1).
Donc la foi n'est pas affaire de sentiments, d'impressions, ni même de convictions ou d'opinions personnelles. Ce n'est pas davantage une carte à partir de laquelle chacun compose le menu qui lui plaît.
La foi est une vertu au contenu arrêté et richissime. Elle permet la rencontre personnelle de Dieu, du vrai Dieu. Venant de lui, l'homme ne peut qu'y adhérer entièrement avec reconnaissance et fierté. Il doit ensuite poser des actes de foi tout au long de son existence, ce que l'on appelle "pratiquer sa foi", fréquenter les sacrements, notamment la confession pour être en mesure de communier dignement, faire des actes de foi souvent et en particulier à l'heure de sa mort.
La foi porte sur des vérités qui ne nous sont pas évidentes : la Très Sainte Trinité (un seul Dieu en trois Personnes, Père, Fils et Saint-Esprit), la présence réelle du Christ, le Fils de Dieu, dans l'Eucharistie, la Virginité perpétuelle de Marie, l'existence du ciel pour les élus et de l'enfer pour les damnés, l'infaillibilité des enseignements du pape dans des cas bien déterminés, etc. Mais nous savons "que Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper" (acte de foi). Y adhérer n'a donc rien d'irrationnel, puisque foi et raison puissent toutes deux leur origine en Dieu.

(à suive...)

dimanche 20 mai 2007

3. Le Sanctuaire. Quelques principes


3. Le Sanctuaire. Quelques principes

Le sanctuaire, comme les églises, a une grande valeur symbolique : il est l’icône de la "demeure de Dieu parmi les hommes" (Apocalypse 21, 3), et il évoque "le mystère du Temple", qui s’accomplit dans le corps du Christ (cf. Jean 1, 14; 2, 21), dans la communauté ecclésiale (cf. 1 Pierre 2, 5), et dans la personne de chaque fidèle baptisé (cf. 1 Corinthiens 3, 16-17 ; 6, 19 ; 2 Corinthiens 6, 16).
Pour les fidèles, les sanctuaires sont souvent, à cause de leur origine, la mémoire d’un événement considéré par eux comme extraordinaire, (lire la suite) et qui a provoqué l’émergence de manifestations de dévotion durable, ou des témoignages de piété et de reconnaissance de tout un peuple pour les grâces reçues en ce lieu. À cause des nombreux signes de miséricorde qui se manifestent dans les sanctuaires, ces derniers sont aussi des lieux privilégiés où Dieu vient en aide aux hommes, et où se manifeste l’intercession de la bienheureuse Vierge Marie, des saints ou des bienheureux. De même, leur emplacement, souvent élevé ou solitaire, leur beauté austère ou, au contraire, agréable, font des sanctuaires des témoins privilégiés de l’harmonie du cosmos, et des lieux où se reflète la beauté de Dieu. La prédication, qui résonne constamment dans les sanctuaires est, pour les fidèles à la fois un appel efficace à la conversion, une invitation à vivre dans la charité et à multiplier les œuvres de miséricorde, enfin, une exhortation à vivre en suivant fidèlement le Christ. Les sacrements, qui peuvent être reçus dans ces lieux, permettent de consolider la foi des fidèles ; ils leur permettent aussi de croître dans la grâce, et ils leur procurent le secours et l’espérance dans les épreuves qu’ils peuvent rencontrer. Les sanctuaires, en mettant en valeur un aspect particulier du message évangélique, peuvent être considérés comme une illustration et même un prolongement de la Parole de Dieu. Enfin, l’orientation eschatologique des sanctuaires contribue à transmettre aux fidèles le sens de la transcendance ; leur présence dans ces lieux les incitent à diriger leurs pas, à travers les chemins de la vie d’ici-bas, vers le sanctuaire du ciel (cf. Hébreux 9, 11 ; Apocalypse 21, 3).
"Toujours et partout, les sanctuaires chrétiens ont été ou ont voulu être des signes de Dieu, de son irruption dans l’histoire humaine. Chacun d’eux est un mémorial du mystère de l’Incarnation et de la Rédemption".

(à suivre…)

samedi 19 mai 2007

La droiture d’intention


La droiture d’intention


« Quel que soit votre travail, faites-le de bon cœur, pour le Seigneur et non pour plaire aux hommes » (Colossiens 3, 23). L’intention est particulièrement importante pour la qualification morale des actes. Celle-ci dépend d'abord de l'objet, qui doit être bon, et des circonstances, qui peuvent accroître ou diminuer la gravité de l'acte. Mais l'intention est déterminante en ce sens qu'elle qualifie l'acte posé. Si mon intention est mauvaise, comme lorsque je donne de l'argent à un mendiant pour qu'il s'ennivre, (lire la suite)
mon action, qui paraît bonne aux yeux des hommes, est devenue moralement mauvaise. En revanche, si j'agis avec une intention droite, mais réalise une action mauvaise en soi, cette action ne peut pas devenir bonne, comme, par exemple, si je débranche un malade pour abréger ses souffrances (cas de l'euthanasie). L'intention est bonne, mais le moyen utilisé est mauvais, or, on ne peut jamais faire le mal pour obtenir un bien (on verra les textes sur le bien et le mal mis à partir du 2 janvier 2007).
Tâchons de scruter la volonté de Dieu pour savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce que nous pouvons faire et ce qu'il faut éviter de faire : « Comme des yeux d’esclave vers la main de leur maître, comme les yeux d’une servante vers la main de sa maîtresse, ainsi nos yeux vers Yahvé notre Dieu » (Psaume 123 [122], 2).
Cette Volonté de Dieu se trouve exprimée dans les principes généraux du christianisme : vérités de foi, commandements et béatitudes, discipline des sacrements, etc. Elle nous parvient aussi par les orientations de ceux qui possèdent une autorité sur nous : hiérarchie ecclésiastique, parents et professeurs pour les enfants, supérieurs dans le domaine professionnel ou autre, etc. Pourvu toutefois que ce que les hommes commandent n’aillent pas à l’encontre de la Volonté de Dieu, de la loi morale naturelle, valable universellement — c’est-à-dire pour tous les hommes de tous les temps — et inscrite dans le cœur de l’homme : « Les prescriptions de la Loi sont gravées dans leurs cœurs, ce dont témoigne leur conscience, comme aussi leurs pensées qui, tout à tour, les accusent ou bien les excusent » (Romains 2, 15).
Avoir une intention droite, c’est aussi faire ce que l’on dit, s’appliquer à soi-même ce que l’on enseigne aux autres. « Pourquoi vous enorgueillir ? Parce que vous enseignez la sagesse ? Il est facile de le faire en paroles ; enseignez-moi par l’exemple de votre vie : c’est la meilleure instruction. Vous vantez la modération, et là-dessus vous développez un long discours, vous faites couler à profusion les flotte votre éloquence. Il vaudrait mieux, vous dira-t-on, l’enseigner en la pratiquant, car jamais l’enseignement borné aux paroles ne pénétrera l’esprit aussi bien que les actions » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes 30, 3).

vendredi 18 mai 2007

Les sanctuaires et les pelerinages

Les sanctuaires et les pèlerinages

M’appuyant sur le Directoire sur la piété populaire et la liturgie de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, du 17 décembre 2001, je vais présenter au cours des jours à venir des idées essentielles au sujet des sanctuaires et des pèlerinages (numéros 261-287). Dans ses grandes lignes, le document suit le schéma suivant : (lire la suite)
1. Introduction générale
2. Le sanctuaire. Quelques principes
3. Le sanctuaire. Quelques principes (suite)
4. La reconnaissance canonique du sanctuaire
5. Le sanctuaire, lieu des célébrations cultuelles
6. La valeur exemplaire du sanctuaire
7. Le sanctuaire, lieu de l’évangélisation
8. Le sanctuaire, lieu de la charité
9. Le sanctuaire, lieu cultuel
10. Le sanctuaire, lieu de l’engagement œcuménique
11. Le pèlerinage
12. Les pèlerinages bibliques
13. Le pèlerinage chrétien
14. Le pèlerinage chrétien (suite)
15. La spiritualité du pèlerinage
16. La spiritualité du pèlerinage (suite)
17. Le déroulement du pèlerinage


1. Introduction générale
Le sanctuaire, qu’il soit dédié à la Très Sainte Trinité, au Christ Seigneur, à la bienheureuse Vierge Marie, aux Anges, aux Saints ou aux Bienheureux, est sans doute l’un des lieux où les rapports entre la Liturgie et la piété populaire sont les plus fréquents et concrets. "Dans les sanctuaires seront plus abondamment offerts aux fidèles les moyens de salut en annonçant avec zèle la parole de Dieu, en favorisant convenablement la vie liturgique surtout pour la célébration de l’Eucharistie et de la pénitence, ainsi qu’en entretenant les pratiques éprouvées de piété populaire".
En relation étroite avec le sanctuaire, on trouve le pèlerinage, qui est lui aussi une forme très répandue et caractéristique de la piété populaire.
À notre époque, l’intérêt pour les sanctuaires et la participation aux pèlerinages, loin de s’affaiblir du fait de la sécularisation, fait preuve au contraire une grande vigueur parmi les fidèles.
Il paraît néanmoins nécessaire, conformément à la finalité de ce Document, de présenter quelques orientations dans le but d’instaurer et de favoriser des relations harmonieuses entre les célébrations liturgiques et les pieux exercices, dans le cadre de l’activité pastorale des sanctuaires et pour le bon déroulement des pèlerinages.

2. Le Sanctuaire. Quelques principes
Selon la révélation chrétienne, le sanctuaire suprême et définitif est le Christ ressuscité (cf. Jean 2, 18-21 ; Apocalypse 21, 22), autour duquel se rassemble et s’organise la communauté des disciples, qui est elle-même la nouvelle demeure du Seigneur (cf. 1 Pierre 2, 5 ; Éphésiens 2, 19-22).
Du point de vue théologique, le sanctuaire, dont l’origine provient assez souvent de la piété populaire, est un signe de la présence active et rédemptrice du Seigneur dans l’histoire; il est aussi un lieu où le peuple de Dieu, qui chemine sur les routes du monde vers la Cité future (cf. Hébreux 13, 14), fait une halte et reprend des forces avant de poursuivre son pèlerinage.

(à suivre…)