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jeudi 5 juin 2008

Eusebe de Cesaree (1)

Eusèbe de Césarée (1)

Dans l'histoire du christianisme antique, la distinction entre les trois premiers siècles et ceux qui suivirent le Concile de Nicée de 325, le premier Concile œcuménique, est fondamentale. Presque comme une « charnière » entre les deux périodes se trouvent ce qu'on appelle le « tournant constantinien » et la paix de l'Église, ainsi que la figure d'Eusèbe, évêque de Césarée en Palestine. Il fut le représentant le plus qualifié de la culture chrétienne de son époque dans des contextes très variés, de la théologie à l'exégèse, de l'histoire à l'érudition. Eusèbe est en particulier célèbre comme le premier historien du christianisme, mais il fut également le plus grand philologue de l'Église antique. (lire la suite)
À Césarée, où il faut probablement situer autour de 260 la naissance d'Eusèbe, Origène s'était réfugié en arrivant d'Alexandrie, et c'est là qu'il avait fondé une école et une importante bibliothèque. C'est précisément sur ces livres que devait se former, quelques décennies plus tard, le jeune Eusèbe. En 325, en tant qu'évêque de Césarée, il joua un rôle important dans le Concile de Nicée. Il en approuva le Credo et l'affirmation de la pleine divinité du Fils de Dieu, défini pour cela « de la même substance » que le Père (homooúsios tõ Patrí). C'est pratiquement le même Credo que nous récitons chaque dimanche dans la sainte Liturgie. Admirateur sincère de Constantin, qui avait donné la paix à l'Église, Eusèbe en reçut à son tour l'estime et la considération. Il célébra l'empereur, non seulement dans ses œuvres, mais également dans des discours officiels, prononcés lors du vingtième et du trentième anniversaire de son accession au trône, et après sa mort, qui eut lieu en 337. Deux ou trois ans plus tard, Eusèbe mourut lui aussi.
Chercheur inlassable, dans ses nombreux écrits, Eusèbe se propose de réfléchir et de faire le point sur trois siècles de christianisme, trois siècles vécus sous la persécution, en puisant largement aux sources chrétiennes et païennes conservées en particulier dans la grande bibliothèque de Césarée. Ainsi, malgré l'importance objective de ses œuvres apologétiques, exégétiques et doctrinales, la réputation éternelle d'Eusèbe reste surtout liée aux dix livres de son Histoire ecclésiastique. C'est le premier qui a écrit une Histoire de l'Église, qui reste fondamentale grâce aux sources qu'Eusèbe a mises à notre disposition pour toujours. Avec cette Histoire, il réussit à sauver d'un oubli certain de nombreux événements, personnages et œuvres littéraires de l'Église antique. Il s'agit donc d'une source primordiale pour la connaissance des premiers siècles du christianisme.

(à suivre...)

vendredi 14 décembre 2007

Qui etait Pilate ? (2)

Qui était Pilate ? (2)

Un dernier fait rapporté par Josèphe est la violente répression des Samaritains au mont Garizim, vers 35. Après quoi, les Samaritains envoyèrent une légation auprès du gouverneur de la Syrie, Lucius Vitellius, qui suspendit Pilate de ses fonctions. Ce dernier fut rappelé à Rome pour s’expliquer, mais il arriva après la mort de Tibère (Antiquités juives 18, 85-89). Selon une tradition reprise par Eusèbe, il tomba en disgrâce sous le règne de Caligula et finit par se suicider.
Par la suite différentes légendes (lire la suite) ont vu le jour à son sujet. Certaines lui attribuent une horrible fin dans le Tibre ou à Vienne (France), tandis que d’autres (surtout les Actes de Pilate qui, au moyen âge, faisaient partie de l’Évangile de Nicodème) le présentent comme un converti au christianisme avec sa femme Procula, qui est vénérée comme sainte par l’Église orthodoxe en raison de sa défense de Jésus (Matthieu 27, 19). Pilate lui-même est rangé parmi les saints de l’Église éthiopienne et et de l'Église copte. Cependant, par-delà ces traditions qui, à l’origine, reflètent la volonté d’atténuer la culpabilité du gouverneur romain au temps où le christianisme éprouvait des difficultés à se frayer la voie dans l’empire, la figure de Pilate que nous connaissons par les Évangiles est celle d’un personnage indolent, qui n’ose pas faire face à la vérité et préfère contenter la foule.
Sa mention dans le Credo, malgré tout, est d’une grande importance parce qu’elle nous rappelle que la foi chrétienne est une religion historique et non un programme éthique ou une philosophie. La rédemption s’est réalisée en un lieu concret du monde, la Palestine, à un temps précis de l’histoire, c’est-à-dire lorsque Pilate était préfet de Judée.

original en espagnol par Juan Chapa,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre