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jeudi 31 mars 2011

Le baptême des petits enfants


Le baptême des petits enfants

Au temps de sainte Geneviève (VIe siècle), comme au temps d’Eudes de Sully, de saint Thomas et de saint Louis (XIIIe siècle), les Parisiens avaient une autre vision de la portée de ce sacrement. Deux fois l’an seulement, à Pâques, car le baptême est participation à la résurrection du Christ, et à la Pentecôte, car c’est encore la fête de Pâques et que le baptême donne la lumière et la force de l’Esprit Saint, on amenait à l’évêque la foule des petits enfants nés dans l’année. L’évêque les recevait dans son église baptistère, Saint-Jean-le-Rond, contre Notre-Dame, au cours d’une solennelle célébration qui rassemblait un grand concours de peuple pour accueillir ces nouveaux chrétiens dans l’Eglise de Paris. (lire la suite) Il les baptisait en les plongeant dans la piscine du baptistère. Le baptême était une grande fête annuelle du temps pascal, autour de l’évêque bâtissant son peuple en Jésus-Christ ressuscité. Comme la mortalité infantile était grande, Eudes de Sully (évêque de 1196 à 1208) rappelle dans ses statuts synodaux « qu’en cas de grande nécessité, le père et la mère baptisent eux-mêmes leur enfant et qu’on doit souvent le rappeler en chaire ». C’est dire que la plupart des prêtres urbains ne reçoivent pas le droit de baptiser. « Père » et Pasteur de son Peuple, l’évêque se réserve ce droit.
Ce n’est qu’au cours du XIVe siècle et surtout du XVe, que, de plus en plus, on baptise dans les paroisses et plusieurs fois dans l’année, chaque fois qu’une naissance le rend nécessaire. En 1311, on fait un devoir aux sages-femmes de baptiser les enfants en danger et au curé de « compléter » les cérémonies à l’église. La peur du jugement de l’enfant mort sans baptême influence la pratique sacramentelle. C’est à ce moment que l’on prend l’habitude de ne plus plonger l’enfant dans le bain baptismal, mais de lui verser un peu d’eau sur la tête. Cependant, on peut voir encore à Saint-Pierre-de-Montmartre une « baignoire » en marbre du XVIe siècle pour le baptême des enfants. C’est vers cette époque aussi, ou un peu plus tôt, que l’on cesse de faire communier les enfants le jour de leur baptême, en leur donnant une goutte du sang du Christ.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 63-65.

vendredi 11 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (4)

Le statut de la femme à Paris (4)

Pour empêcher tout malentendu, chaque phrase mériterait un commentaire qui la remette dans le contexte de l’époque. Par exemple, le rappel de l’institution du mariage par Dieu le situe d’emblée au-delà des intérêts familiaux et met en lumière son caractère sacramentel. Il est un acte de Dieu, quelles que soient les variations du mode de célébration et l’état des élaborations théologiques (ce n’est qu’aux XIIe et XIIIe siècles que se constitue la terminologie que nous employons). Ainsi, les formules « pas de mariage pour cause de luxure », « pas d’acte sexuel uniquement pour la luxure », « chérir leur femme dans la chasteté, ne sont pas les expression d’une pudibonderie monacale et ecclésiastique condamnant le plaisir et méprisant la femme, comme on le dit souvent, mais celle d’une âpre lutte contre la tendance à faire de l’épouse une femme objet, une possession. Considérez, dit le concile, votre épouse comme votre égale, une personne avec laquelle vous êtes en relation d’amour, c’est-à-dire « d’honneur ». Jean de Beauvais dira : l’épouse n’est « ni maîtresse, ni servante, mais compagne » (lire la suite) (et il faut prendre dans le sens fort qu’ils ont à l’époque les mots « honneur » - on rend honneur à son supérieur – et « compagnon »). C’est le même souci qui, depuis le VIe siècle, met au premier rang des prescriptions des conciles l’interdiction de l’inceste. Mais attention, le mot n’a pas le même sens qu’aujourd’hui. Lorsqu’elle déclare nuls, comme les épousailles fruits du rapt, et incestueux les mariages consanguins jusqu’au 7ème degré de parenté, l’Eglise entend surmonter les dangers que courent la liberté des futurs époux et la dignité de la femme dans une famille franque jalouse de la pureté de son sang et soumise à la promiscuité d’un foyer qui regroupe cousins, oncles et tantes. Elle juge le danger si grave qu’elle se montre, quelles que soient les classes sociales, plus sévère à l’égard de l’inceste qu’envers la répudiation. Par exemple, en 997, un concile de Paris, somme Robert le Pieux, roi de France, de se séparer de Berthe, sa cousine au troisième degré, sous peine d’excommunication, mais ne fait aucune allusion à Rosala, l’épouse répudiée ; sans doute parce qu’elle avait été imposée à Robert, alors à peine âgé de seize ans, par son père Hugues Capet, c’est-à-dire sans le consentement libre et l’amour nécessaires pour un mariage. Autre exemple, entre 1095 et 1105, moment où il se présente en pénitent à un concile parisien avec la cousine qu’il a épousée, Philippe 1er est excommunié.
Quelques années plus tard, les poids sociaux jouant autrement, l’Eglise modifie ses préceptes. Le poids familial devient moins grand et l’habitude se prend de conclure un mariage « incestueux » avec un parent éloigné, puis lorsqu’on veut divorcer, de faire reconnaître l’inceste. A Paris, Eudes de Sully réagit en instituant la « publication des bans de mariage » qui fait obligation à tout fidèle de faire connaître les empêchements qui pourraient exister. En 1215, le concile du Latran ramène au quatrième degré de parenté les interdictions de mariage. Le respect de la femme et du mariage demande alors qu’on lutte contre le divorce, en priorité.

(à suivre…)