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mardi 12 août 2014

Pain et Parole (5)

Pain et Parole (5)

Ils passent à table. À ce moment-là, Jésus « prit du pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur présenté. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent, mais il disparut de devant eux » (Luc 24, 30-31). Leur cœur avait été préparé à reconnaître notre Seigneur par l’écoute de la Parole vivante qui leur avait ravivé le goût de la vie, et tout simplement donné le goût de la Vie présente dans le pain rompu, dans l’Eucharistie. Notre Dieu n’est pas un dieu muet, comme les idoles que les païens se donnaient à eux-mêmes, « qui ont une bouche et ne parlent pas » (Psaume 115, 5). Les muets, Jésus les guérissait et leur redonnait l’usage de la parole (cf. Marc 7, 37). Notre « Dieu a parlé une seule fois » (Ps 61, 12), « parce qu’il a engendré un seul verbe (lire la suite) par qui il a tout fait. Ce Verbe, c’est sa parole. Il y a donc une seule parole de Dieu, parce qu’il y a un seul Verbe de Dieu. Un seul véritablement, parce que seule et d’un seul ; non pas développée en une pluralité d’énoncés, mais totalisée en un seul et simple verbe » (Hugues de Saint-Victor, Six opuscules spirituels, La Parole de Dieu 1). Mais cette Parole est prononcée dans un éternel présent. Elle « est efficace, plus acérée qu’aucune épée à deux tranchants, si pénétrante qu’elle va jusqu’à séparer l’âme et l’esprit, les jointures et les moelles ; elle démêle les sentiments et les pensées du cœur » (Hébreux 4, 12). Il n’existe qu’un Verbe, une seule Parole, mais ô combien efficace ! Jésus dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! Et le mort se redressa sur son séant et se mit à parler » (Luc 7, 14-15). Et à un homme possédé d’un esprit impur, il ordonne : Tais-toi et sors de lui. Et le démon l’ayant jeté par terre au milieu, sortit de lui sans lui avoir fait aucun mal » (Luc 4, 35). Si l’on voulait juguler la Parole de Dieu, « les pierres crieront » (Luc 19, 40). Depuis deux mille ans, bien des puissants et d’autres à leur service, ont voulu la faire taire effectivement : « Nous vous avions expressément défendu d’enseigner en ce nom, et voilà que vous avez rempli Jérusalem de votre enseignement » (Actes 8, 5). Cette Parole est la Vérité, que l’on veuille ou non la reconnaître pour telle. Et la Vérité finit toujours par l’emporter sur l’hypocrisie, par s’imposer au mensonge. Cette Vérité, c’est que Jésus-Christ est le Verbe du Père éternel et qu’il est tout aussi présent et actif enfermé dans cette prison d’amour qu’est le tabernacle que lorsqu’il se laissait approcher par tous les miséreux de la terre (cf. Marc 1, 32) et qu’il disait, dans sa miséricorde, « venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, et je vous soulagerai » (Matthieu 11, 28) ; venez, vous tous qui languissez dans des maux les plus variés, et je vous redonnerai de la force. (à suivre…)

mercredi 6 août 2014

Pain et Parole (2)

Pain et Parole (2)

« Nous appelons cet aliment eucharistie, et personne ne peut y prendre part s’il ne croit à la vérité de notre doctrine, s’il n’a reçu le bain pour la rémission des péchés et la régénération, et s’il ne vit selon les préceptes du Christ. Car nous ne prenons pas cet aliment comme un pain commun et une boisson commune. De même que par la vertu du Verbe de Dieu, Jésus-Christ notre Sauveur a pris chair et sang pour notre salut, de même aussi l’aliment devenu eucharistique grâce à la prière formée pat les paroles du Christ, cet aliment qui doit nourrir par assimilation notre sang et nos chairs, est la chair et le sang de ce Jésus incarné : telle est notre doctrine » (saint Justin, Apologie 1, 66). Telle est notre conviction la plus profonde, corroborée, (lire la suite) avalisée par notre expérience et celle de nos frères et sœurs dans la foi qui adhèrent pleinement à cette réalité. Hugues de Saint-Victor s’exprime dans le même sens : « Le Verbe de Dieu revêtu de la chair humaine est apparu une seule fois de façon visible, et maintenant, chaque jour, ce même Verbe vient lui-même à nous sous le couvert d’une voix humaine. Différente, certes, est la manière dont il se fait connaître aux hommes, suivant que c’est par sa chair ou par la voix humaine. Et pourtant, d’une certaine façon, la voix du Verbe est à comprendre à présent comme la chair de Dieu l’était alors » (Hugues de Saint-Victor, Six opuscules spirituels, La Parole de Dieu 2). En participant activement au saint Sacrifice de la messe nous écoutons d’abord la Parole de Dieu que nous recevons ensuite sous une forme sacramentelle, de sorte qu’elle pénètre dans tout notre être et le façonne à son gré, « comme l’argile entre les mains du potier » (Jérémie 18, 4). C’est notre unique ambition. Nous nous abreuvons consciemment du Pain et de la Parole pour être à même de ressembler de plus en plus à notre Maître et Seigneur, de ne faire qu’un avec lui, tout comme toi, mon Père, tu es en moi, et moi en toi, pour que, eux aussi, ils soient un en nous, afin que le monde croire que tu m’as envoyé » (Jean 17, 21). Elle alimente donc toute notre existence, cette Parole. Il convient de la faire nôtre et de l’assimiler, de l’avaler en quelque sorte : « Mange ce livre, et va parler à la maison d’Israël. […] Fils d’homme, remplis ton ventre et repais tes entrailles de ce livre que je te donne. Je le mangeais et il fut dans ma bouche doux comme du miel » (Ézéchiel 3, 1.3). Cette Parole que nous entendons et sur laquelle nous nous arrêtons pour la méditer en profondeur, la retourner dans tous les sens et en tirer la « substantifique moelle » (Rabelais, Gargantua), elle nous est redonnée sous forme sacramentelle. Car elle ne fait qu’un avec Jésus-Christ réellement, authentiquement présent dans le très Saint-Sacrement. Elle est Jésus-Christ en Personne. Nous l’écoutons donc et nous la mangeons. Nous la savourons et par l’intelligence et par le cœur. (à suivre…)