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mardi 17 avril 2012

Le pardon (4)


Le pardon (4)

Saint Paul invitera ses correspondants, les chrétiens qu’il a « engendrés (1 Corinthiens 15, 4) dans la douleur, à faire preuve les uns envers les autres de « sentiments de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité, vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant mutuellement si vous avez l’un contre l’autre quelque sujet de plainte. » Et pour donner plus de poids à cette exhortation, dont il sait que son application est coûteuse, il précise : « Tout comme le Seigneur a pardonné, pardonnez, vous aussi » (Colossiens 3, 12-13).
Mais le panorama doit s’élargir encore : « En plus de tout cela, revêtez la charité ; c’est le lien de la perfection » (Colossiens 3, 14). De fait, le Seigneur aurait pu pousser l’exigence plus loin. S’il ne l’a pas fait, c’est parce qu’il agit avec une pédagogie toute divine, empreinte de sagesse, qui veut faire avancer progressivement sur la voie de la sainteté, (lire la suite) d’une façon adaptée à la situation de chacun. Il aurait pu dire, en effet, à Pierre et aux autres apôtres que la charité authentique ne consiste pas seulement à se supporter mutuellement, mais qu’elle doit aller beaucoup plus loin, qu’elle suppose bien plus encore.
La charité vécue comme le Christ l’a incarnée dans sa vie consiste fondamentalement à aimer. Non pas à supporter, comme un pis aller. À aimer le prochain tel qu’il est, avec ses défauts dont on peut – et doit même – l’aider à se débarrasser, par exemple en pratiquant la correction fraternelle rappelée par le pape Benoît XVI dans son Message pour le carême de 2012, et avec ses qualités, que nous ne pouvons pas ignorer non plus. De la sorte, nous vivons ce grand conseil de l’Apôtre : « Portez les fardeaux les uns des autres : par là vous accomplirez la loi du Christ » (Galates 6, 2).
Mais peut-être faut-il que nous commencions par pardonner soixante-dix-sept fois sept fois… Ce serait déjà un bon début !

(fin)

lundi 28 mars 2011

La correction fraternelle (5)


La correction fraternelle (5)

Il serait bien stupide de notre part d’attendre une récompense quelconque de la part de Dieu. Cela reviendrait à troquer notre droit d’aînesse contre un plat de lentilles (cf. Genèse 25, 34), à nous contenter de satisfactions humaines au lieu de pouvoir être avec Dieu et de posséder Dieu, et de ressentir avec le psalmiste « combien il est bon pour moi d’être proche de Dieu » (Psaume 72, 28). Le reste n’est que pacotille, feu follet, flonflon d’une fête qui a tôt fait de disparaître dans la nuit. Mon cœur ne peut s’y attacher. Ce serait vraiment trop bête. Mon cœur ne peut y trouver de quoi le remplir. Assurément, « Seigneur, tu nous as créés pour toi, et comme notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en toi » (saint Augustin, Confessions 1, 1, 1). (lire la suite)
Ce devoir de la charité, qui est le plus grand et le premier des commandements, n’est en rien onéreux. Il ne porte pas sur des tâches écrasantes et rebutantes en soi. Il ne nous demande pas de nous faire violence et d’aller à rebrousse-poil. Il consiste à activer les sentiments connaturels à notre cœur. Il est beaucoup de tâches dont nous ne sommes pas capables, ou que nous ne pouvons réaliser qu’en partie, « mais du devoir d’aimer, nul ne pourra s’excuser. Quelqu’un peut me dire : Je ne peux pas jeûner. Peut-on dire par hasard : Je ne peux pas aimer ? On peut dire : à cause de la débilité de mon corps, je ne peux m’abstenir ni de vin ni de viandes. Peut-on dire par hasard : Je ne peux pas aimer ? On peut dire que l’on ne peut garder la virginité, que l’on ne peut vendre tous ses biens pour les distribuer aux pauvres ; est-ce que par hasard on peut dire : Je ne peux aimer mes ennemis et pardonner à ceux quoi ont péché contre moi ? » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 37, 1).
Nous pouvons toujours aimer les autres, ne serait-ce qu’intérieurement, et prier pour eux. C’est quelque chose que nul ne peut nous empêcher de faire. Cela reste entre nous et Dieu, mais rejaillit indéniablement sur notre prochain, car Dieu tient compte de nos prières pour lui venir en aide.

(fin)

dimanche 27 mars 2011

La correction fraternelle (4)


La correction fraternelle (4)

« J’ai péché contre le Seigneur », s’exclame David enfin éclairé par le prophète Nathan sur la nature de ses agissements et sur leur portée (2 Samuel 12, 13). Il exprimera ce repentir dans le psaume 50 (2-3) : « Pitié pour moi, ô Dieu, dans ta bonté ; en ta grande tendresse, efface mon péché. » Que telle soit aussi notre prière. L’humble prière de celui qui reconnaît sa faute, tout en sachant qu’auprès de Dieu se trouve le pardon. Si la correction fraternelle produit cette réaction, elle aura été vraiment salutaire pour l’intéressé.
Elle l’aura été de toute façon pour le frère qui a pris la peine et a eu la force d’âme et la charité de dire les choses en face à celui dont la faiblesse affectait la sainteté de l’ensemble du corps de l’Eglise. En effet, l’apôtre Jacques (lire la suite) n’hésite pas à affirmer que « si quelqu’un parmi vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, qu’il le sache : celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5, 19-20).
Nous ne pratiquons pas la correction fraternelle par amour propre, avons-nous dit. Mais nous la pratiquons aussi par un amour bien compris de nous-mêmes. N’est-il pas écrit : « Tu aimeras le prochain comme toi-même ? » (Matthieu 22, 39).
Notre joie est alors complète (cf. Jean 15, 11), parce que si nous aimons notre prochain, il y a de fortes chances que nous aimions aussi notre Dieu. Et que nous l’aimions comme il faut, c’est-à-dire de façon totalement désintéressée. C’est comme cela, et pas autrement, que nous devenons riches de Dieu. Car pourquoi chercher des récompenses, alors que Dieu se donne lui-même à nous, ce qui est infiniment plus que toute réussite humaine, que tout honneur ou bien matériel, fut-il la santé ? « Nous devons prendre garde à ne pas aimer Dieu en vue d’une récompense. Eh quoi ? Tu vas aimer Dieu en vue d’une récompense ? Quelle est la récompense que Dieu te donnera ? Quoi qu’il te donne d’autre, cela est moins que lui. Tu l’honores, non pas gratuitement, mais pour recevoir quelque chose de lui. Honore-le gratuitement et tu le recevras lui-même. Dieu se réserve à toi pour que tu jouisses de lui. Et si tu aimes ce qu’il a fait, quelle n’est pas la grandeur de celui qui l’a fait ? Si le monde est beau, combien doit l’être l’artisan du monde ? Arrache donc ton cœur à l’amour de la créature pour t’attacher au créateur et tu pourras dire ce qui est écrit dans le psaume : « Quant à moi, il est bon de m’attacher à Dieu » (Psaume 72, 28) » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 21, 5).

(à suivre…)

samedi 26 mars 2011

La correction fraternelle (3)


La correction fraternelle (3)

Jésus ajoute, pour que ses interlocuteurs réfléchissent plus à fond : « Et si c’est par Béelzéboul que moi, je chasse les démons, par qui vos fils les chasseront-ils ? C’est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. Mais, si c’est par l’Esprit de Dieu que, moi, je chasse les démons, c’est donc que le royaume de Dieu vous est arrivé. Ou bien : comment pourrait-on pénétrer dans la maison d’un homme robuste et mettre la main sur ses affaires, sans avoir au préalable ligoté cet homme robuste ? Apres quoi, on mettra la maison à sac. Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Matthieu 12, 27-30). (lire la suite)
Il faut provoquer chez l’autre une secousse, pour qu’il réagisse positivement, pour qu’il comprenne son erreur et que, grâce à la douceur et à l’amour mis à intervenir, il se sente incité à rectifier, il éprouve même la joie de le faire, et soit reconnaissant pour la main tendue. Comme le Seigneur, nous devons répondre avec affection et avec tact, « dans un esprit de douceur » (Galates 6, 1), non pour blesser mais pour rendre la vertu aimable, non pour plastronner mais pour ramener sur le droit chemin. « Si tu le fais par amour propre, tu ne fais rien. Si c’est l’amour pour l’autre qui t’y pousse, tu as agi excellemment. Les paraboles elles-mêmes traduisent l’amour qui doit te pousser à agir, l’amour de toi-même ou l’amour d’autrui. « S’il t’écoute, dit-il, tu auras gagné ton frère » (Matthieu 18, 15). Tu dois agir pour le gagner » (saint Augustin, Sermon 82, 4).
La correction fraternelle est donc éloignée de tout reproche véhément qui, d’ailleurs, ne cherche pas à comprendre autrui ni à lui apporter une aide quelconque. « Enguirlander », comme on dit, peut même l’amener à se raidir. L’affection, la douceur, le fait de se savoir aimé et non jugé, est réconfortant assurément.
De plus, la pratique de la correction fraternelle permet une grande liberté d’esprit. Parce que le fait de savoir que si je me trompe, quelqu’un aura le souci de me le dire, me permet d’agir comme je crois devoir le faire, avec le plus grand naturel, sans rien d’affecté et sans double langage.

(à suivre…)

vendredi 25 mars 2011

La correction fraternelle (2)


La correction fraternelle (2)

Nous avons personnellement besoin de cette lumière d’autrui. Si quelqu’un comme David, du niveau d’intimité de David avec Dieu, en a eu besoin, nous a fortiori. Mais il faut comprendre aussi qu’il convient que nous jouions ce rôle à l’égard de nos proches et de nos amis. Que nous cherchions à les avertir des fautes que nous constatons et dont nous voyons bien qu’ils ne sont pas conscients.
Dans un sens comme dans l’autre, passif et actif, il s’agit de vivre ce que l’on appelle la « correction fraternelle ». Notre Seigneur reviendra sur la question, qui fait donc partie du patrimoine spirituel chrétien et constitue un des moyens de formation et de sainteté mis à notre disposition par le Christ. Il nous apprend de façon pratique la correction fraternelle : « Va le trouver, et reprend-le seul à seul » (Matthieu 18, 15), donc avec délicatesse, sans l’humilier en public ni le blesser. (lire la suite)
C’est avec cette grande délicatesse que le Seigneur agit. Nous le constatons en méditant l’Evangile. Par exemple, un jour « on lui amena un possédé aveugle et muet. Il le guérit, si bien que le muet parlait et voyait. Toutes les foules étaient dans la stupéfaction : « Serait-ce, disaient-elles, le Fils de David ? » Quant aux Pharisiens, en entendant cela, ils dirent : « Cet homme-là ne chasse les démons que par Béelzéboul, le chef des démons » (Matthieu 12, 22-24). Jésus ne répond pas vertement à ses contradicteurs. Il n’use pas de violence à leur encontre. Il se contente de les reprendre avec tact, de sorte que seuls les intéressés soient à même de saisir l’avertissement : « Connaissant leurs sentiments, il leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même est ruiné, et toute ville ou maison divisée contre elle-même ne peut se maintenir. Si c’est satan qui chasse satan, il s’est divisé contre lui-même : comment donc son royaume se maintiendra-t-il ? » (Matthieu 12, 25-26). « S’il avait voulu leur faire un long discours et les ridiculiser, remarque saint Jean Chrysostome, et leur imposer ensuite le châtiment le plus sévère, personne n’aurait pu l’en empêcher. Cependant, ce ne fut pas le cas. Le seul objectif du Seigneur fut de ne pas les exaspérer. Il les invite à être modérés, en les préparant à rectifier » (In Matthaeum homiliae 41, 1).

(à suivre…)

jeudi 24 mars 2011

La correction fraternelle (1)


La correction fraternelle (1)

Le Seigneur envoie le prophète Nathan parler au roi David. Il s’agit, cette fois, de lui proposer une parabole pour l’amener à réfléchir sur son propre comportement. En effet, David a péché gravement contre Dieu et contre son prochain, en faisant tuer son officier Uri au plus fort du combat pour s’emparer de sa femme et l’épouser, commettant ainsi en plus l’adultère avec elle.
« Qui était plus averti que David ? Et cependant, il ne se rendit pas compte qu’il avait péché gravement » (saint Jean Chrysostome, In Matthaeum homiliae 60, 1). David n’était pas le premier venu, ni quelqu’un sans formation. Il était l’élu de Dieu pour régner sur son peuple. Il avait reçu l’onction des mains du prophète. (lire la suite) Dieu l’assistait dans toutes ses entreprises et l’avait aidé à pacifier la région en se soumettant tous les peuples avoisinants. C’est de sa descendance que devait naître le Messie…
En dépit de tout cela, il succombe à la faiblesse de la chair. Il se laisse gagner par la mauvaise concupiscence. Et, ce qui est plus grave, il ne s’en rend pas compte. De l’acte, évidemment oui. Il en profite ! Il s’en réjouit. Mais de son caractère délictueux, non. C’est pourquoi Dieu lui dépêche le prophète Nathan. Le récit imagé que celui-ci lui fait de quelqu’un qui, nageant dans l’abondance, spolie son voisin de son unique bien, suscite indignation et colère chez David, qui s’enflamme contre cet homme inique et veut le châtier lourdement.
C’est alors que tombe la sentence : « Tu es cet homme ! » Surprise de David qui était à cent lieues de s’attendre à une telle attaque. Il n’en revient pas et ne comprend pas. Le prophète lui ouvre les yeux. Il démonte le mécanisme qui a conduit David à tuer Uri et tout ce qui s’en est suivi. David finit par percevoir la réalité, et il s’écrie : « J’ai péché contre le Seigneur » (2 S 12, 1). Il était temps…
Le châtiment de la faute suivra, car il n’est pas de péché qui reste impuni (cf. Exode 34, 7). Mais ce n’est pas l’aspect que j’entends souligner ici. Ce qui peut retenir notre attention, c’est que nous risquons d’être nous aussi aveuglés par la passion et ne pas être conscients du mal que nous commettons. Nous avons besoin nous aussi que quelqu’un nous parle, de la part de Dieu, nous ouvre les yeux à la réalité de notre faute, petite ou grande. « Le désir avait envahi toutes ses pensées (de David) et son âme était léthargique, submergée dans la torpeur. Il lui fallut la lumière du prophète ; il lui fallut que celui-ci, par ses paroles, lui fasse remarquer ce qu’il avait fait. Le Seigneur veut donc que des gens s’approchent du pécheur et lui parlent de ce qu’il a fait » (saint Jean Chrysostome, Ibid.).

(à suivre…)

lundi 6 décembre 2010

Avent et charité fraternelle (6)

Avent et charité fraternelle (6)

Une prière constante. Et le recours à une pratique évangélique, celle de la correction fraternelle (cf. Luc 17, 3-4). Et de deux ! Nous sommes en train de parler des moyens pour tirer autrui vers le haut. Un deuxième moyen est la correction fraternelle. Est-ce un moyen dont j'use ? Avec quelle fréquence ? Envers tout le monde, ou en me fixant sur quelqu'un de précis, ce qui pourrait traduire éventuellement un manque de droiture d'intention ? Nous faisons des corrections fraternelles parce qu'avant nous avons prié beaucoup. Cela va de pair. Nous ne ferons pas de correction fraternelle si les autres sont absents de notre prière, de l'horizon de notre propre vie spirituelle. La correction fraternelle va être la conséquence de ma conversation avec le Seigneur, dans laquelle je témoigne de toute mon affection pour mes frères et mes sœurs.
(lire la suite)
Après cela, qu'il y ait une grande délicatesse dans les rapports mutuels. Dans le ton avec lequel nous disons les choses, dans l'attention que nous portons à ce que l'on nous dit alors que notre tête risque parfois d'être ailleurs, dans la manière de répondre qui ne cherche pas à nous débarrasser mais à aider, à être positif, à contribuer à résoudre des problèmes non à en créer de nouveaux, ou à permettre d'agir utilement. Cette attitude s'accompagne logiquement d'un sourire en présence d'un désagrément éventuel, d'un sourire qui est « sincère », non forcé. Parfois, certes, il faudra peut-être faire un effort pour sourire, et cela se remarquera. Mais on verra bien en même temps que c'est parce que nous sommes fatigués, que nous avons mal dormis, non parce que l'on nous dérange ou que nous sommes mal lunés. Cela, il faut effectivement le surmonter. Montrons un sourire sincère. Parce que, franchement, de quoi pouvons-nous nous plaindre ? Que nous manque-t-il ? L'Emmanuel ? Il est avec nous. Cela te semble-t-il peu ? Ce sourire sincère et cette façon de vivre la charité nous ferons toucher du doigt à quel point la vie ici-bas est un recoin du foyer de Nazareth, déjà un petit bout de paradis.
Un sourire sincère, parce que nous avons sous les yeux l'exemple de l'Enfant Jésus, Fils de Dieu fait homme, Frère dans notre humanité, Sauveur de notre humanité. Devant un petit enfant, on fait des risettes pour l'amuser, le détendre, voir sa réaction... Le contexte porte à la paix et à la joie. Il peut y avoir des désagréments, bien sûr. Dans la vie de la Sainte Famille nous en trouvons, et de sérieux. Alors nous aurions pu nous attendre à une « fausse note ». Mais tel n'est pas le cas. Ce que nous entendons, c'est une musique céleste, ce sont des cantiques d'allégresse et d'action de grâce des anges. C'est la mélodie du bonheur qui monte de la terre, de notre terre vers Dieu, vers notre Dieu qui est au ciel, et qui vient parmi nous.

(à suivre...)

jeudi 2 décembre 2010

Avent et charité fraternelle (2)


Avent et charité fraternelle (2)

Le chemin de la fraternité est un chemin de sainteté. Car celui qui dit « J'aime Dieu », et qui haït son frère, c'est un menteur. Celui, en effet, qui n'aime pas son frère, qu'il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu'il ne voit pas » (1 Jean 4, 20).
Il nous est profitable de méditer sur le comportement des trois membres de la Sainte Famille. « Nous ne pouvons pas imaginer de manques d'égards volontaires », que l'un ou l'autre n'ait pas apporté volontairement tout le soin possible à s'occuper des autres. Et pas davantage de manques d'égards involontaires, car cela aurait supposé une imperfection de leur part, un manquement à leurs devoirs d'état, ce qui, au moins pour Marie et Jésus, est impensable. Nous n'imaginons pas non plus chez eux « de routine ou de laisser-aller, de « mines allongées » ou de services rendus de mauvaise grâce ». (lire la suite)
Nous avons là quatre points précis pour notre méditation et notre examen de conscience. Quatre points sur lesquels il est bon de s'arrêter calmement, en demandant des lumières au Saint-Esprit, des lumières que la venue du Seigneur nous apporte, pour découvrir quelle est notre intention dans chacune de nos actions, pour comprendre les réactions que nous suscitons parfois et accepter de devoir rectifier, de nous remettre en cause, pour les autres. C'est notre affaire, afin que de créer une atmosphère telle autour de nous qu'il n'existe pas, en définitive, d'endroit meilleur pour vivre et pour mourir. Et pour en arriver là, eh bien ! il nous appartient, à chacun, d'apporter notre petite contribution, petite mais qui soit vraiment tout ce dont nous sommes capables. Voici le premier point.
1) Alors il n'y aura pas de routine dans la fraternité. Je ne m'habitue pas, je ne baisse pas les bras, je n'abandonne pas la pratique de la correction fraternelle (cf. Luc 17, 3-4) ; c'est-à-dire que je tire pas un trait sur tel de mes frères ou des mes sœurs, en me disant implicitement qu'il « ne sert pas » ou qu'il « ne sert pas dans tel domaine », pour tel genre d'activité, que je ne vais pas le changer, que c'est peine perdue. Nous, en effet, nous n'allons pas le changer, mais, lui, avec l'aide de la grâce de Dieu, de notre prière, de l'aide de notre charité, il peut changer. Il faut lui faire confiance, et faire confiance au Saint-Esprit. Qui est précisément l'Esprit de la fraternité, de la charité. Autrement, c'est à désespérer de notre propre progression dans la sainteté. Ou alors, il n'y a que nous qui pouvons nous améliorer ! « Tu te heurtes au caractère de tel ou tel… — C’est inévitable : tu n’es pas un louis d’or, que tu puisses plaire à tout le monde. Et puis, sans ces heurts avec ton prochain, comment émousserais-tu les pointes, les arêtes et les saillants — les imperfections, les défauts — de ton caractère ? Comment atteindrais-tu le fini, le poli, la ferme souplesse de la charité et de la perfection ? Si ton caractère et le caractère de ceux qui t’entourent étaient douceâtres et mous comme des meringues, tu ne te sanctifierais pas » (saint Josémaria, Chemin, n° 20).

(à suivre...)

lundi 11 janvier 2010

Être essentiellement eucharistique (2)

Être essentiellement eucharistique (2)

Être « essentiellement eucharistiques », c'est, lisons-nous dans le texte de la méditation évoquée ci-dessus, recharger notre énergie spirituelle, pour rester de façon habituelle dans l'intimité confiante avec la Très Sainte Trinité, tout au long de la journée. Une recharge, un réservoir de forces, de grâces, d'Amour en définitive. Tout l'amour dont nous avons besoin, cet amour qui doit être le moteur premier de tous nos actes, au risque de courir en vain : « Tenez ferme la Parole de vie. Dès lors je pourrai me glorifier, au Jour du Christ, de n'avoir pas couru en vain, ni peiné en vain » (Philippiens 2, 16). (lire la suite)
Être « essentiellement eucharistiques », c'est, à partir de cet Amour de Dieu reçu et communiqué dans la sainte Communion et dans l'intimité qui en sort renforcée avec chacune des trois Personnes divines, c'est à partir de cela prêter une intense attention à nos frères, peut-être par de toutes petites marques d'attention et d'affection, mais des marques bien réelles, qui font partie des dons etiam ignotis de nous.
Parce que, être « essentiellement eucharistiques », c'est entrer de plain-pied dans le Sacrifice du Christ pour l'humanité, c'est avec saint Paul, compléter dans notre chair ce qui manque aux souffrances du Christ « pour son Corps qui est l'Église » (Colossiens 1, 24). C'est accepter, de plein gré, de bon gré, parce que j'en ai envie, ce qui « est la plus surnaturelle des raisons », disait saint Josémaria, ou parce que j'en ai eu envie un jour, ce qui suffit largement à poursuivre le chemin entrepris. Parce que j'ai envie que les autres soient saints. Ce qui est la même chose que dire : « Je veux que les autres soient saints. » Et si je le veux, je dois me donner les moyens de ma politique : prier plus et mieux, me mortifier plus et mieux, contrôler mes goûts, mes réactions à ce qui, en fin de compte, n'est qu'un stimulus normal de la vie en société... « C'est pour eux que je me sanctifie, afin qu'ils soient, eux aussi, vraiment sanctifiés » (Jean 17, 19). Et mettre mon imagination au service de mes frères, de leur sainteté, d'abord à partir de ces petites marques d'estime mutuelle : faire un norme de piété avec celui qui est fatigué, accompagner à dîner celui qui rentre tard, pratiquer la correction fraternelle envers celui qui s'est montré négligent sur un point, tenir compagnie à un malade et prier avec lui, taire une remarque désobligeante ou une plaisanterie un peu lourde, bref se faire « tout pour tous, afin d'en sauver de toute manière quelques-uns » (1 Corinthiens 9, 22).

(à suivre...)

samedi 1 décembre 2007

La fraternite

La fraternité

« Un frère aidé par son frère est comme une ville forte » (Proverbes 18, 19). Cette sentence du Livre des Proverbes renferme une grande vérité, à la fois humaine et surnaturelle. Dans une famille il est logique que les membres s'aident les uns les autres. Ce ne sont pas toujours les mêmes qui aident, car les qualités ne sont pas identiques chez tous. Le chemin que nous devons parcourir chaque jour n'est pas le même non plus. L'enthousiasme fait parfois place à la lassitude. Ce que l'on réalisait sans problème devient tout à coup difficile à assumer. Nous perdons le goût pour certaines choses qui nous plaisaient (lire la suite) jusque là. Les sollicitations et les tentations du monde dans lequel nous vivons évoluent. Celui qui est en forme sert alors de soutien, d'étai à celui qui traîne la jambe. Ce n'est pas une question d'âge, mais de forme spirituelle. Un plus jeune peut très bien aider son aîné, donner un conseil opportun, montrer discrètement l'exemple. « Frater qui adiuvatur a fratre quasi civitas firma : le frère aidé par son frère est comme une ville forte. — Réfléchis un instant, et décide-toi à vivre la fraternité que je ne cesse de te recommander » (saint Josémaria, Chemin, n° 460).
Une pratique, qui remonte à l'Évangile, à la prédication de Jésus-Christ, va dans ce sens : la correction fraternelle. « S'il arrive à ton frère de pécher contre toi, va le reprendre en tête-à-tête, entre vous. S'il técoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne técoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes, afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins » (Matthieu 18, 15-16). Il ne s'agit pas d'humilier ni de faire la leçon. Saint Paul nous invite à dire la vérité avec douceur, veritatem facientes in caritate (Éphésiens 4, 15). Une chose est l'erreur, une autre la personne qui la commet. Nous ne pouvons pas transiger avec la vérité et dire ou laisser croire que ce qui est mal est bon, que ce qui est faux est vrai. Nous pourrions le donner à penser en nous abstenant d'intervenir. « Que ta parole soit : Oui, oui ; non, non ! Le surplus vient du Malin » (Matthieu 5, 37). Du diable, non de Dieu.
La vérité, elle, vient de Dieu : Dieu « est la Vérité » (Jean 14, 6). C'est précisément pour cela qu'elle n'est pas négociable. Et que la vérité reste la vérité indépendamment des modes, des évolutions culturelles ou de la dépravation des mœurs.
Par la correction fraternelle, nous disons à celui chez qui nous avons constaté une erreur dans le jugement ou le comportement ce qu'il aurait dû dire ou faire. Nous le lui disons loyalement, en face, mais aussi avec beaucoup de délicatesse. D'ordinaire, l'intéressé n'est pas conscient de son erreur ou de son omission. Il s'agit que notre correction l'aide, non qu'elle le décourage. « Aimer les âmes pour l'amour de Dieu voilà qui nous permet d'aimer tout le monde et de comprendre, d'excuser, de pardonner... Notre amour doit être capable de couvrir la multitude des déficiences et des misères humaines. Nous devons avoir une charité merveilleuse, « veritatem facientes in caritate », et défendre la vérité sans blesser » (saint Josémaria, Forge, n° 559).
Si l'on peut compter sur nous, et si nous pouvons compter sur les autres, alors nous avançons sicut acies castrorum ordinata (Cantique des cantiques 6, 4), « comme une armée rangée en ordre de bataille ». Nous avançons ensemble sur le chemin de la sainteté. Celui qui était sur le point de tomber est rattrapé ; il se sent épaulé, soutenu, porté même s'il le faut. Nous accomplissons cette grande œuvre de charité dont parle l'Apôtre : « Portez les fardeaux les uns des autres : par là vous accomplissez la loi du Christ » (Galates 6, 2).