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vendredi 25 novembre 2011

Le fardeau léger (6)


Le fardeau léger (6)

Ne prenez pas peur parce que je vous menace de châtiments plus terribles les uns que les autres, dit Dieu. Je n’ai nullement envie de vous frapper à mort. Si je les annonce, c’est pour que vous vous convertissiez, pour que vous reveniez sur vous-mêmes, pour que vous réfléchissiez à votre conduite insensée et que vous reveniez à moi. Voyez mon prophète Jonas. Je l’ai envoyé proclamer : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite » (Jonas 3, 4). Mais j’ai dans le même temps ramolli le cœur de ses habitants, et ils se sont aussitôt repentis de leurs méfaits. Ce fut une surprise pour Jonas. Il n’en revenait pas. Il en a été même ulcéré et il m’a reproché l’échec de sa prédication, comme s’il avait souhaité la destruction de la ville. Vous êtes comme cela vous, les hommes. Votre cœur abrite des désirs de vengeance, parfois sous couvert de bons sentiments. (lire la suite) « Veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? » (Luc 9, 54). Vous avez le sang chaud vous, les hommes.
J’ai essayé de lui faire comprendre que si lui avait eu pitié « du ricin pour lequel tu n’as pas peiné et que tu n’as pas fait croître et qui en une nuit a péri », comment « moi, je n’aurai pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle il y a plus de cent vingt mille hommes qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche, et une multitude d’animaux » (Jonas 4, 11). Mais je ne suis pas sûr qu’il m’aie compris…
Il est pourtant bien connu de tous que « tantôt je menace une nation ou un royaume de renverser, d’abattre et de détruire. Mais cette nation, contre laquelle j’ai parlé, se convertit-elle de sa malice, je me repens du mal que je projetais de lui faire » (Jérémie 18, 76-8) et c’en est fini du malheur, avant même qu’il ait commencé. Je suis trop content de pardonner à tous mes enfants, un par un. C’en a fait cent-vingt mille d’un coup à Ninive. Vous imaginez ma joie. Et mon pauvre Jonas qui broie du noir… Vous êtes comme cela vous, les hommes, vindicatifs. S’il pouvait entendre la parabole du fils prodigue : « Il fallait festoyer et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il a été retrouvé » (Luc 15, 39). Vous n’êtes pas bien nombreux à le comprendre.

(à suivre…)

vendredi 18 juin 2010

La filiation divine (8)

La filiation divine (8)

Oui, réjouissez-vous avec le Seigneur, le Dieu des armées célestes. Car saint est son nom par tout l’univers. « Béni soit le nom de Dieu, d’éternité en éternité » (Daniel 2, 20). « Tu es digne, notre Seigneur et Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles ont eu l’existence et ont été créées » (Apocalypse 4, 11). « A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la bénédiction, l’honneur, la gloire et la domination pour les siècles des siècles ! » (Apocalypse 5, 13).
« Tressaillez de joie » (Psaume 2, 11), à cause de notre Dieu, de votre Dieu. Tressaillez de joie au contact de sa Bonté et de sa Justice, en présence des merveilles qu’il opère dans le monde. (lire la suite) Et servez-le avec crainte et tremblement, avec la crainte propre aux enfants bien nés qui ne veulent pas causer de déplaisir à leur père.
« Un ulcère mauvais et pernicieux frappa ceux qui avaient la marque de la Bête et qui adoraient sa statue. (…) Les hommes furent atteints de grandes brûlures, ils blasphémèrent le nom de Dieu qui est le maître de ces fléaux, et ils ne se repentirent pas pour Lui rendre gloire » (Apocalypse 16, 2.9). Revenez donc à votre Dieu avec de meilleurs sentiments. Revenez et convertissez-vous. Vous pouvez vivre en enfants de Dieu dans la maison paternelle, car, même enfouie sous les péchés, la condition radicale d’enfant de Dieu ne vous a pas délaissé. Elle fait corps avec votre nature.
« En tremblant, rendez-lui hommage de peur qu’il ne s’irrite et que vous périssiez hors de la voie, car sa colère s’enflamme vite. » (Psaume 2, 12). « En toi je me confie : que je n’aie pas de confusion » (Psaume 25, 2). Seigneur, prends patience avec nous, car nous sommes foncièrement pécheurs. Cela nous colle à la peau ! Je me suis laissé dire que « celui qui est lent à la colère a une grande intelligence » (Proverbes 14, 29) et que « celui qui est lent à la colère est supérieur à un héros » (Proverbes 16, 32). Je te crois plus Père que Juge, même si tu l’es aussi. J’ai besoin que tu le sois plus encore. Je sais par conséquent qu’en te faisant confiance, je ne serai pas déçu. De toi, il n’y a aucune mauvaise surprise à attendre. Tu es toujours désireux que nous tendions la main vers toi pour quémander ta grâce. Tu la tiens toute préparée. Et je n’ai pas à beaucoup insister pour que tu te laisses fléchir en entendant ma pauvre prière : « Père, j’ai péché contre le ciel et à ton endroit » (Luc 15, 18). Parce que Heureux tous ceux qui mettent en lui leur confianceta paternité n’a pas été altérée et que ma filiation a subsisté malgré tout, a traversé les épreuves, tu es inlassablement sorti à ma rencontre jour après jour, dans l’espoir de me voir revenir à toi, moi, ton fils dévoyé, mais ton fils malgré tout. Alors que ce que tu espérais si ardemment s’accomplit enfin, comment pourrais-tu ne pas accéder à ma supplique, formulée avec une grande honte de mon péché et une componction véritable, et refuser de me réadmettre dans ta famille, qui reste la mienne ? « Il fallait bien festoyer et se réjouir, puisque ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il a été retrouvé » (Luc 15, 32).

(fin)


lundi 22 février 2010

La générosité de Dieu (5)

La générosité de Dieu (5)

Bien que le fils prodique eût dilapidé son héritage, « son humanité est cependant sauve, plus encore elle a été retrouvée » (Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, n° 6). La fidélité du père à soi-même est une fidélité en vue de l'autre, pour ne pas priver autrui des biens qu'il possède en abondance. Cette fidélité « est totalement centrée sur l'humanité du fils perdu, sur son humanité » (Ibid.). Elle vise son bien. Elle apparaît comme une proposition, la proposition du pardon avec, à la clé, la restauration de l'ordre antérieur, la remise du fils à sa place et dans sa condition de fils, dans la plénitude de ses droits. Cette fidélité est entièrement centrée « sur la dignité » du fils, qui n'est pas perdue. (lire la suite)
Nous comprenons par là que Dieu « ne peut mépriser rien de ce qu'il a créé » (Ibid., n° 15). « Car tu aimes toutes les créatures, et tu n'as en dégoût rien de ce que tu as fait ; si tu avais haï une chose, tu ne l'aurais pas faite » (Sagesse 11, 24). Or, tout ce que Dieu a fait « est bon » (Genèse 1, 30). Oui, « Yahvé est bon envers tous, et sa compassion s'étend à toutes ses œuvres » (Psaume 145, 9). « Yahvé est bon : sa bienveillance est éternelle, et sa fidélité s'étend à toutes les générations » (Psaume 100, 5), « car sa bonté l'a emporté pour nous, et la fidélité de Yahvé subsiste à jamais » (Psaume 117, 2).
Cette Bonté permanente de Dieu est la source des biens variés qui se retrouvent dans l'homme. Mais plus est grande la proximité de la source, plus s'épanouissent les potentialités cachées et plus l'homme marche vers la redécouverte de son état originel, d'avant la chute, plus il redonne du lustre à l'image de Dieu. « Chacun est appelé à suivre le Christ. Plus on avance sur ce chemin, plus on lui ressemble. (...) C'est pourquoi il arrive que l'on trouve chez les saints une délicatesse, une bonté et un souci réellement maternels à l'égard des âmes qui leur sont confiées, chez les saintes au contraire, une audace, une fermeté et un esprit de décision quasi virils. C'est ainsi que l'imitation du Christ conduit à l'accomplissement de la profession humaine originelle : représenter en soi-même l'image de Dieu, maître de la création » (Édith Stein, La Femme et sa destinée, Amiot-Dumont, 1956, p. 186). N'est-ce pas encore un effet de la Bonté divine que nous puissions nous rapprocher de cet archétype, surtout quand le Christ aura récapitulé toutes choses (Éphésiens 1, 10) ?
Mais il nous a précédés en cela. Comme en tout ! Nous nous en réjouissons, pour Marie et pour nous. Nous en remercions le Dieu Tout-Puissant. Nous y trouvons un encouragement à poursuivre notre chemin et notre combat spirituel. Marie a désiré Dieu ardemment. Elle a uni tout son être à lui. Elle était tournée vers lui. Et il est venu à elle. « Non, ô Marie, vous n'avez point ravi la grâce, comme l'a tenté Lucifer ; vous ne l'avez point perdue comme Adam ; vous ne l'avez point achetée comme voulait le faire Simon le magicien, mais vous l'avez trouvée, parce que vous l'avez désirée et cherchée. Vous avez trouvé la grâce incréée qui est Dieu lui-même devenu votre Fils, et avec elle vous avez trouvé et obtenu toute grâce incréée » (saint Albert le Grand, Mariale, quaestiones super Missus, q. 204).

(à suivre...)

dimanche 21 février 2010

La générosité de Dieu (4)

La générosité de Dieu (4)

Dieu connaît notre tendance à nous laisser prendre par l'esprit du monde, par la frivolité. Alors il a trouvé cette parade. Il faut reconnaître que c'est un coup de maître, un coup de génie. Avec Marie nous avons l'affection qui nous est nécessaire au milieu de cette « vallée de larmes ». En Marie nous avons l'éducatrice qui nous met à bonne école, celle de l'Esprit Saint qui nous fait nous écrier « Abba, Père ! » (Galates 4, 6). Elle est celle qui veille inlassablement sur nous et refoule le diable dans les profondeurs des abîmes infernaux. Elle sonne le rappel de ses enfants pour qu'ils aillent à la rencontre de son Fils et qu'ils suivent son étendard. Comme aux premiers jours de l'Église, elle guide et encourage notre action apostolique. (lire la suite) En bonne connaisseuse, elle nous parle de ce Jésus dont ses pensées et son affection ne s'écartent jamais un seul instant.
Un autre aspect de la générosité de Dieu, c'est qu'il « est fidèle à lui-même, à sa paternité, à son amour » (Jean-Paul II, encyclique Dives in misericordia, n° 15). Le Seigneur nous l'a fait comprendre en nous citant l'exemple du père du fils prodigue. Quand celui-ci revient au foyer familial, meurtri, blessé par la vie, rendu méfiant envers lui-même, son père se montre « fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours » (Ibid., n° 6). Cette fidélité à lui-même est manifestée dans le récit par une charge émotionnelle. Voyant l'enfant revenir à la maison, son père « fut pris de pitié, il courut se jeter à son cou et l'embrassa tendrement » (Luc 15, 10). Cette joie, toute naturelle, que ne vient pas obscurcir la pensée des désordres coupables de son fils, s'enracine dans la conscience vive d'un élément essentiel : « Un bien fondamental a été sauvé, l'humanité de son fils » (Jean-Paul II, enc. Dives in misericordia, n° 6). Il était permis d'en douter, car le cadet de ses enfants s'était comporté avec une bestialité qu'un animal n'aurait pas égalée, « comme le cheval, comme le mulet, privé d'intelligence, qu'on dompte avec le mors et la bride » (Psaume 32, 9). Il était tombé dans un état pire que celui des cochons dont il aurait aimé pouvoir partager la pitance, à base de caroubes (Luc 15, 15). Mais « personne le lui en donnait » (Luc 15, 16). Il ne méritait même pas cette nourriture méprisable.

(à suivre...)

lundi 11 mai 2009

La tiédeur (1)

La tiédeur (1)

Que veut dire « être chrétien » ? Être bon ? Non, cela vaut pour tout le monde. Être très bon alors ? Non plus. Qu'est-ce donc ? Être chrétien, c'est viser la sainteté, la perfection en toute chose, l'héroïsme dans toutes les vertus. C'est chercher à se dépasser, à progresser. C'est donc ne pas se contenter d'être ce que l'on est. Car qui n'avance pas recule. Que je sache, la stagnation n'est pas l'objectif d'un chef d'entreprise, d'un sportif, d'un étudiant...
Nous trouvons dans l'Évangile des exemples de personnes, bonnes en apparence, mais qui manquent d'ambition ou qui se sentent incapables de suivre l'ambition de la sainteté à laquelle elles aspirent. Arrêtons-nous à trois personnages, (lire la suite) pour voir les conséquences qu'entraînent un tel comportement frileux et une commodité répréhensible.
Tout d'abord le fils aîné de la parabole du « fils prodigue ». Nous apprenons de sa bouche qu'il a toujours été fidèle à son père : « Voilà tant d'annnées que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé un de tes ordres » (Luc 15, 29). Cest est bien, très bien, mais insuffisant. Il eût peut-être été préférable qu'il transgressât ses ordres de temps à autre, plutôt que de se croire supérieur à son cadet : « À moi, tu ne m'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis ! Mais quand est revenu ton fils que voilà, lui qui a dévoré ton avoir avec des courtisanes, pour lui tu as fait tuer le veau gras ! » (Luc 15, 29-30).
Et alors même que son père, son propre père qu'il prétendait servir sans jamais lui désobéir, le prie instamment de prendre part au banquet et de se « réjouir, puisque ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (Luc 15, 32), « il se mit en colère, et il ne voulait pas entrer » (Luc 15, 28).
Sa fidélité est réelle. Mais ce n'est qu'une apparence de vertu, une façade qui cache un cœur orgueilleux, fier de lui, impitoyable envers son frère, incapable de pardonner. Un cœur froid, dur, de pierre.
Cela n'est évidemment pas être chrétien. Mais c'et un danger auquel nous sommes exposés, de nous croire parfaits et de ne voir des défauts que chez les autres. Ce n'est pas ainsi que l'on devient saint et que l'on est agréable à Dieu.

(à suivre...)

samedi 25 avril 2009

Être chrétien (1)

Être chrétien (1)

Que veut dire « être chrétien » ? Être bon ? Non, cela vaut pour tout le monde. Être très bon alors ? Non plus. Qu'est-ce donc ? Être chrétien, c'est viser la sainteté, la perfection en toute chose, l'héroïsme dans toutes les vertus. C'est chercher à se dépasser, à progresser. C'est donc ne pas se contenter d'être ce que l'on est. Car qui n'avance pas recule. Que je sache, la stagnation n'est pas l'objectif d'un chef d'entreprise, d'un sportif, d'un étudiant...
Nous trouvons dans l'Évangile des exemples de personnes, bonnes en apparence, (lire la suite) mais qui manquent d'ambition ou qui se sentent incapables de suivre l'ambition de la sainteté à laquelle elles aspirent. Arrêtons-nous à trois personnages, pour voir les conséquences qu'entraînent un tel comportement frileux et une commodité répréhensible.
Tout d'abord le fils aîné de la parabole du « fils prodigue ». Nous apprenons de sa bouche qu'il a toujours été fidèle à son père : « Voilà tant d'annnées que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé un de tes ordres » (Luc 15, 29). Cest est bien, très bien, mais insuffisant. Il eût peut-être été préférable qu'il transgressât ses ordres de temps à autre, plutôt que de se croire supérieur à son cadet : « À moi, tu ne m'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis ! Mais quand est revenu ton fils que voilà, lui qui a dévoré ton avoir avec des courtisanes, pour lui tu as fait tuer le veau gras ! » (Luc 15, 29-30).
Et alors même que son père, son propre père qu'il prétendait servir sans jamais lui désobéir, le prie instamment de prendre part au banquet et de se « réjouir, puisque ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (Luc 15, 32), « il se mit en colère, et il ne voulait pas entrer » (Luc 15, 28).
Sa fidélité est réelle. Mais ce n'est qu'une apparence de vertu, une façade qui cache un cœur orgueilleux, fier de lui, impitoyable envers son frère, incapable de pardonner. Un cœur froid, dur, de pierre.
Cela n'est évidemment pas être chrétien. Mais c'et un danger auquel nous sommes exposés, de nous croire parfaits et de ne voir des défauts que chez les autres. Ce n'est pas ainsi que l'on devient saint et que l'on est agréable à Dieu.

(à suivre...)

vendredi 17 avril 2009

La sincérité (3)

La sincérité (3)

Reconnaître ses limites, ses faiblesses, les tentations, est salutaire, parce que, en nous connaissant et en nous acceptant tels que nous sommes, nous pouvons, à l'aide des moyens surnaturels, réagir, rectifier et nous replonger intensément dans la tâche qui nous revient, et qui n'est pas seulement, le cas échéant, une nécessité inéluctable, mais avant tout, pour celui qui sait aimer, une occasion sans cesse renouvelée de se sanctifier, de sanctifier les autres et de sanctifier le monde, comme saint Josémaria n'a cessé de l'enseigner.
Le père de famille de la parabole ayant essuyé un refus de la part d'un de ses fils, adresse la même requête à l'autre, qui lui répond : « Je (vais), seigneur, » et il n'alla pas » (Matthieu 21, 29). (lire la suite)
Voici quelqu'un qui est tout feu tout flamme, mais velléitaire. Il se peut qu'il manque aussi de sincérité, c'est-à-dire qu'il n'ait pas le courage de dire franchement à son père ce qu'il pense, à savoir qu'il n'a nullement l'intention de se rendre à la vigne parce qu'il a, par exemple, rendez-vous avec des amis. S'il le disait, tout serait clair et la confiance régnerait. Son père l'aurait compris et lui aurait dit de ne pas s'en faire. Face au premier qui refuse et au second qui est pris, il se serait peut-être résigné à aller lui-même travailler à la vigne, ou aurait attendu le lendemain pour reposer sa question.
« Coepit facere et docere », Jésus se mit d'abord à agir et, ensuite, à enseigner. Toi et moi, nous devons rendre ce témoignage de l'exemple, parce que nous ne pouvons mener une double vie : nous ne pouvons pas enseigner ce que nous ne pratiquons pas. En d'autres termes, nous devons enseigner ce que, pour le moins, nous nous efforçons de pratiquer » (saint Josémaria, Forge, n° 694). La cohérence de vie va de pair avec la sincérité. « Lequel des deux a fait la volonté du père ? demande Jésus à son auditoire — « Le dernier », disent-ils » (Matthieu 21, 30). La conclusion est abrupte : « Jésus leur dit : « Je vous le dis en vérité, les publicains et les courtisanes vous devancent dans le royaume de Dieu » (v. 31). Il s'explique : « Car Jean est venu à vous dans la voie de la justice, et vous n'avez pas cru en lui ; mais les publicains et les courtisanes ont cru en lui ; et vous, qui avez vu, vous ne vous êtes pas repentis même par la suite pour croire en lui » (v. 32). Les pharisiens disent qu'ils attendent le Messie. Mais quand celui-ce se présente à eux et réalise des prodiges qui accomplissent manifestement les promesses messianiques, ils refusent de croire en lui.

(à suivre...)

mercredi 25 février 2009

Entrée en Carême

Entrée en Carême

Comme la faiblesse humaine ne sait pas garder une démarche ferme en un monde si glissant, le bon médecin vous a encore montré les remèdes contre l’égarement, le juge miséricordieux n’a pas refusé l’espoir du pardon. Ce n’est donc pas sans motif que saint Luc a proposé trois paraboles de suite : la brebis qui s’était égarée et fut retrouvée, la drachme qui s’était perdue et qui s’est retrouvée, le fils qui était mort et a repris vie, pour que ce triple remède vous engage à soigner vos blessures ; car « une corde triple ne nourrira pas » (Siracide 4, 12). Qui sont ce père, ce pasteur, cette femme ? (lire la suite) N’est-ce pas Dieu le Père, le Christ, l’Église ? Le Christ vous porte en son corps, ayant pris sur Lui vos péchés ; l’Église vous cherche, le Père vous accueille. Pasteur Il rapporte, mère elle recherche, Père Il revêt : d’abord la miséricorde, puis l’assistance, en troisième lieu la réconciliation. Chaque détail est ajusté à chacun : le Rédempteur vient en aide, l’Église assiste, le Père se réconcilie. C’est la même miséricorde de l’œuvre divine, mais la grâce varie selon nos mérites. La brebis lasse est ramenée par le pasteur, la drachme égarée se retrouve, le fils rebrousse chemin vers son père, et revient pleine-ment repentant d’un égarement qu’il condamne. Aussi est-il justement écrit: « Vous sauverez hommes et bêtes, Seigneur » (Psaume 35, 7). Quelles sont ces bêtes ? Le Prophète a dit que la semence d’Israël sera une semence d’hommes, et celle de Juda semence d’animaux (Jérémie 31, 27) : ainsi Israël est sauvé comme un homme, Juda recueilli comme une brebis. J’aime donc mieux être fils que brebis: car la brebis est recherchée par le pasteur, le fils fêté par le père.

Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 7, 207-208.

dimanche 24 février 2008

Savoir pardonner (2)


Savoir pardonner (2)


La parabole du fils prodigue ne nous dit pas quelle fut la réaction finale du frère aîné. Nous pouvons supposer qu'il comprit son erreur et finit pas accéder à la demande de son père, peut-être en maugréant au début, puis en finissant par se réjouir sincèrement, car c'est un homme qui possédait d'indéniables qualités. Nous ne le condamnons certainement pas. Ce serait tomber dans le même travers que lui. Mais - c'est la leçon à en tirer - il est bon de nous méfier (lire la suite) de nos réactions, pour éviter de condamner qui que ce soit. Pensons que les gens peuvent se ressaisir, rectifier au cours de leur vie. Disons-nous qu'ils n'ont peut-être pas reçu toutes les grâces dont Dieu nous a gratifiés. Et reconnaissons que nous ne valons guère mieux qu'eux... « C’est vrai qu’il fut pécheur. — Mais ne porte pas sur lui ce jugement irrévocable. — Aie un cœur miséricordieux, et n’oublie pas qu’il peut encore devenir un saint Augustin, alors que tu n’es qu’un médiocre » (saint Josémaria, Chemin, n° 675). Un Augustin qui, de grand pécheur devint un grand saint. Ou un Paul qui, de persécuteur des chrétiens devint un ardent propagateur de la foi, une colonne de l'Église. Dieu intervient dans chaque âme comme il l'entend. Il n'est pas nécessaire que ce soit aussi spectaculaire et soudain que pour saint Paul, mais il agit. Et si l'homme répond, sa vie peut en être transformée. Pensons, de nos jours, à quelqu'un comme le professeur Nathanson qui, de militant actif de l'avortement est devenu un défenseur passionné de la vie.
Beaucoup d'humilité n'est pas indispensable pour dresser ce constat de notre médiocrité. D'autres, à notre place, seraient sans doute plus saints... Pardonnons aux autres et Dieu nous pardonnera « nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé » (« Notre Père »). « Ne jugez pas afin de ne pas être mis en jugement » (Matthieu 7, 1), ce qui veut dire que nous ne serons pas condamnés mais blanchis au jour de note mort, quand nous serons jugés sur notre vie. Apprenons à aimer et à pardonner comme notre Dieu qui aime et pardonne tant, si vite et toujours. S'il a compassion des pécheurs, comme des deux frères de la parabole, à combien plus forte raison aura-t-il compassion de ceux qui, tout en reconnaissants leurs limites et leurs faiblesse, et précisément dans la mesure où ils les reconnaissent, s'efforcent de rester fidèles et d'aimer, à l'aide de la grâce de Dieu. « Dieu notre Père, quand nous accourons à lui avec repentir, tire richesse de notre misère et force de notre faiblesse. Que ne nous préparera-t-il pas, si nous ne l’abandonnons pas, si nous le fréquentons chaque jour, si nous lui adressons des mots affectueux, confirmés par nos actes, si nous lui demandons tout, confiants en sa toute-puissance et en sa miséricorde ? Le seul fait que son fils soit retourné à lui après l’avoir trahi suffit pour qu’il prépare une fête : que ne fera-t-il pas pour nous qui nous sommes efforcés de rester toujours avec lui ? » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 309).
La très Sainte Vierge est Mère de miséricorde. Elle nous aidera à regarder toujours du côté de Dieu pour l'aimer et nous tourner vers lui pour en obtenir le pardon chaque fois que nous ne l'avons pas ou moins aimé.

(fin)

samedi 23 février 2008

Savoir pardonner (1)

Savoir pardonner (1)

Quand nous réfléchissons à la parabole du fils prodigue (cf. Luc 15, 11-32), il arrive souvent que nous laissions son frère aîné dans l'ombre, que nous l'oublions. Or, si le comportement du cadet nous permet de réfléchir à l'importance du repentir et à la force et la beauté du pardon de Dieu, l'attitude du premier-né renferme aussi un enseignement utile, qu'il est bon de méditer. Et que doivent méditer spécialement ceux qui sont satisfaits de la façon dont ils agissent dans leur vie chrétienne. Ils la résument eux-mêmes en disant : « Je n'ai pas tué, (lire la suite) je n'ai pas volé... Je ne fais de mal à personne... Je vais à la messe tous les dimanches sans faute, je prie... »
On croit entendre l'aîné affirmer à son père : « Voilà tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé un seul de tes ordres, et à moi tu ne m'as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis ! » (Luc 15, 27). Il a l'impression - il en est convaincu - d'être un bon fils et de mériter une récompense, puisqu'il est resté fidèle au poste. Mais son cœur est froid, dur, égoïste. C'est pourquoi il est incapable de se réjouir du retour de son frère. Non seulement il le voit d'un mauvais œil, mais il pique une violente colère : « Il se mit en colère, et il ne voulait pas entrer » au festin préparé par son père pour fêter les retrouvailles du fils perdu (Luc 15, 28). Et, à son père qui le presse de venir participer au banquet d'action de grâces, il répond sur un ton indigné, l'air totalement offusqué, dans les termes que nous venons de voir. Il n'y a pas de place en lui pour le moindre sentiment de compassion. Il ne se sent plus frère de son frère : il a gommé les liens du sang. Pour lui, son frère est quelqu'un qui n'existe plus, qui n'a droit à aucune considération, tandis que lui... Sa sentence est prononcée : c'est l'exclusion. Elle est irréversible. Et l'aîné est triste, aigri, vindicatif, jaloux, emporté, entêté... En définitive, il est triste et malheureux. Tout à l'opposé de l'attitude de celui qui vit avec Dieu. « La joie est un bien qui appartient au chrétien. Elle ne disparaît que devant l’offense à Dieu : car le péché vient de l’égoïsme, et l’égoïsme engendre la tristesse et, même alors, cette joie demeure enfouie sous les braises de l’âme, car nous savons que Dieu et sa Mère n’oublient jamais les hommes. Si nous nous repentons, s’il jaillit de notre cœur un acte de douleur, si nous nous purifions par le saint sacrement de la pénitence, Dieu s’avance à notre rencontre et nous pardonne. Alors, il n’y a plus de tristesse : il est tout à fait juste de se réjouir « puisque ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé » (Luc 15, 32) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 178).

(à suivre...)

jeudi 31 janvier 2008

La joie (2)

La joie (2)

La vraie joie, la joie chrétienne « ne disparaît que devant l’offense à Dieu : car le péché vient de l’égoïsme, et l’égoïsme engendre la tristesse » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 178). Le péché est, en effet, le plus grand obstacle à la joie, car il enlève la paix de l'âme. Et là où la paix fait défaut, la joie ne peut pas régner. Notre joie n'est pas n'importe quelle joie. Ce n'est pas la joie de l'animal bien-portant, de celui qui est repus ou, (lire la suite) dans un autre domaine, qui est satisfait du travail accompli ou de l'objectif atteint. C'est la joie d'un enfant de Dieu. Ce qui fait que, même lorsque cet enfant a offensé son Père, « cette joie demeure enfouie sous les braises de l’âme, car nous savons que Dieu et sa Mère n’oublient jamais les hommes » (saint Josémaria, Ibid.). Car ce n'est pas cela qui nous fait perdre notre condition d'enfant de Dieu : enfant de Dieu nous le sommes et nous le restons.
Nous pouvons être de mauvais enfants, mais, dès que nous avons recours au « saint sacrement de la pénitence, Dieu s’avance à notre rencontre et nous pardonne. Alors, il n’y a plus de tristesse : il est tout à fait juste de se réjouir « puisque ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouve » (Luc 15, 32) » (saint Josémaria, Ibid.), comme le dit le père de la parabole du fils prodigue à son fils aîné qui refusait de participer à la joie des retrouvailles du cadet. « Ces paroles terminent l’admirable épilogue de la parabole du fils prodigue, que nous ne nous lasserons jamais de méditer : « Voici que le Père s’avance à ta rencontre ; il inclinera sa tête sur ton épaule, il te donnera un baiser, gage d’amour et de tendresse ; il te fera remettre un vêtement, un anneau et des chaussures. Tu crains encore une réprimande : il te rend ta dignité ; tu crains un châtiment : il te donne un baiser ; tu as peur d’un mot de reproche : il prépare un festin à ton intention » (saint Ambroise, Expositio Evangelii Secundum Lucam, 7) » (saint Josémaria, Ibid.).
Tel est l'Amour de Dieu le Père envers nous. Telle est la logique paternelle. Telle est la cause de notre joie, à laquelle la très Sainte Vierge n'est pas étrangère, elle que l'Église invoque précisément comme « Cause de notre joie » dans les litanies de Lorette. Nous pouvons nous adresse à Elle en toute confiance : « Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ; Cœur très doux de Marie, accorde-nous la force et la sécurité tout au long de ce chemin sur la terre: sois, toi-même, notre chemin, car tu connais le sentier et le raccourci infaillible qui mènent, par ton amour, à l’amour de Jésus-Christ » (saint Josémaria, Ibid.).

(fin)

lundi 14 janvier 2008

La joie de Dieu

La joie de Dieu

« Si un homme a cent brebis et qu'une d'elles vienne à s'égarer, ne laissera-t-il pas sur la montagne les quatre-vingt dix-neuf autres pour partir à la recherche de celle qui s'est égarée ? Et s'il lui arrive de la retrouver, je vous le dis en vérité : il en aura plus de joie que des quatre-vingt dix-neuf autres qui ne se sont pas égarées » (Matthieu 18, 12-13). De temps à autre, nous sommes cette brebis qui s'est éloignée subrepticement du troupeau pour mener « sa vie »...
La joie de retrouver la brebis égarée est plus grande que celle de voir les quatre-vingt dix-neuf autres rester tranquilles, bien fidèles, (lire la suite) dans l'enclos familial. Tout comme le père de la parabole du fils prodigue manifeste lui aussi plus de joie au retour du fils dévergondé et vagabond que pour celui qui a continué de travailler ses terres sans poser de problème (cf. Luc 15, 11-32). C'est que la douleur de la séparation inespérée a été très forte. Le cœur du berger, comme celui du père à plus forte raison, se serre en pensant aux dangers qui guette l'absent, à ce qui peut lui arriver en se demandant si jamais il retrouvera, s'il reverra, l'un sa brebis, l'autre son cadet.
Laissons-nous investir par la grâce. Effectuons un retour sur nous-mêmes. Ayons l'humilité de reconnaître que nous sommes pécheurs et que nous avons offensé Dieu. Et ne privons pas Dieu notre Seigneur de la joie de nous retrouver après tant d'efforts consentis parce qu'il nous aime à la folie. Qu'il puisse dire de nous, parce que nous acceptons son pardon et nous le laissons nous charger sus ses épaules pour nous ramener au bercail : « Si tu savais comme je suis heureux de t'avoir retrouvé. Je veillerai désormais davantage sur toi pour que tu ne t'égares pas de nouveau. Tu peux compter sur moi. Ne parlons pas du passé. Ce qui compte, c'est le présent et l'avenir. Je sais que tu veux être fidèle : ton retour me le prouve. Tu entends persévérer dans mon « petit troupeau » (Luc 12, 32). Restons ensemble, et tu verras comme tout se passe bien. Je suis avec toi, à tes côtés. N'hésite pas à me parler de ce qui te préoccupe, à me dire ce qui ne va pas. Je suis là pour t'aider. Je suis ton Bon Pasteur. Ne l'oublie pas. Ne m'oublie pas. »

mardi 18 décembre 2007

La filiation divine (2)

La filiation divine (2)

Malgré la honte que le péché produit, nous ne perdons pas notre condition d'enfant de Dieu. C'est-à-dire qu'il est toujours temps de revenir vers Dieu notre Père et de lui demander pardon. C'est bien ce que Jésus a voulu nous faire comprendre avec la parabole du fils prodigue, qui est son enseignement le plus émouvant (cf. Luc 15, 11-32).
Le plus émouvant précisément parce qu'il montre combien Dieu est Père, et la joie qu'il éprouve (lire la suite) du retour à la maison du fils qui s'est mal comporté et l'a déshonoré : « Il fallait festoyer et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il a été retrouvé » (Luc 15, 32). Le père de ce jeune homme estime que l'humiliation acceptée en venant se mettre à genoux devant lui est déjà quelque chose de grand, et qu'à la conviction de notre indignité, il est inutile de rajouter des paroles vengeresses ou des vexations ; que, ce dont nous avons besoin, ce n'est pas de brimades mais d'Amour et de l'aide de sa grâce.
Dans ce processus de conversion Marie joue un rôle effacé. C'est par elle que nous sommes devenus enfants de Dieu, et elle ne souhaite qu'une chose : que nous le restions toute notre vie durant, et pour la vie éternelle.
« Voici ta mère » (Jean 19, 27), dit Jésus en Croix à Jean, l'apôtre adolescent. Il représente l'humanité tout entière. « Depuis cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Ibid.). Restons avec Marie, mettons-la dans notre vie, invoquons-la fréquemment pour qu'elle nous assiste « maintenant et à l'heure de notre mort » (« Je vous salue »), et qu'elle nous élève ainsi peu à peu aux sommets de l'union à Dieu le Père, par l'imitation de Dieu le Fils, sous l'action de Dieu le Saint-Esprit.

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