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samedi 1 juin 2013

Marie et Eucharistie (1)

Marie et Eucharistie (1)

Alors que l’Église fêtre le très saint sacrement du Corps et du Sang de notre Seigneur Jésus-Christ et que le pape François convie tous les fidèles à venir adorer l’Eucharistie dimanche 2 juin pendant une heure, de 17 heures à 18 heures, pour ses intentions relatives à l’année de la foi, nous pouvons nous arrêter à considérer ces jours-ci les rapports de la très Sainte Vierge Marie avec l’auguste sacrement de l’Eucharistie (les considérations qui suivent, tout comme celles qui vous ont accompagnés tout au long du mois de mai sont tirées d’un ouvrage qui devrait paraître à la fin de l’année sous le titre de Dictionnaire encyclopédique de mariologie). Que l'Eucharistie soit le vrai corps du Christ, né de la Vierge Marie, et présent sacramentellement sous les espèces consacrées du pain et du vin, est une vérité de foi que l'Église enseigne depuis le début, car elle l'a reçue de son divin fondateur. (lire la suite) « La Parole du Christ a pu créer ce qui n’était pas, et elle ne pourrait changer ce qui est en ce qui n’était pas. Ce corps que nous rendons présent, conficimus [« nous consacrons »], c’est le corps né de la Vierge. Pourquoi chercher ici, dans le corps du Christ, l’ordre de la nature, alors que le Seigneur Jésus lui-même est né de la Vierge Marie, en dehors des lois de la nature ? C’est la vraie chair du Christ, celle qui a été crucifiée, celle qui a été ensevelie ; c’est donc vraiment le sacrement de sa chair. Le Seigneur Jésus proclame : Ceci est mon corps » (st Ambroise, De Sacramentis). « Marie n'a d'autre désir que de conduire les hommes au Christ, de les introduire au cœur du mystère central du christianisme, celui de la Rédemption. Ce Fils qu'elle a déjà mis au monde [...], elle continue maintenant à le donner à l'Église. Si elle aime voir ses enfants rassemblés pour une vibrante manifestation de foi et d'amour, c'est pour les conduire ensemble vers le Pain mystique, symbole de l'unité, de la paix et de la joie éternelle du ciel » (Pie XII, Radio-message au Congrès marial belge, 5 septembre 1954). « Avec la sollicitude maternelle dont elle témoigne aux noces de Cana, Marie semble nous dire: « N'ayez aucune hésitation, ayez confiance dans la parole de mon Fils. Lui, qui fut capable de changer l'eau en vin, est capable également de faire du pain et du vin son corps et son sang, transmettant aux croyants, dans ce mystère, la mémoire vivante de sa Pâque, pour se faire ainsi “pain de vie” » (bx Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 54). (à suivre…)

jeudi 23 mai 2013

Marie Avocate

Marie Avocate

« Nous avons la Vierge pour avocate universelle en toute chose ; parce qu'elle est plus puissante en n'importe nécessité que les autres saints en certains besoins particuliers » (Suárez, In III disput. XXIII, sect. III, n° 5). La Sainte Vierge révéla à la vénérable Marie Villani (voir Apparitions-Naples) qu’« après le titre de Mère de Dieu, le titre dont je me glorifie, c'est celui d'avocate des pécheurs » (st A.-M. de Liguori, Les gloires 6, 2). Atticus, patriarche de Constantinople de 406 à 425, affirme, dans une homélie : « Tu es bénie entre les femmes, toi qui seule a guéri l’affliction d’Ève, toi qui seule a essuyé les larmes de celle qui était affligée, toi qui seule a fait lever le salut du monde entier ». « Comme la première Ève, séduite par le discours d'un ange qui la portait à fuir Dieu, a prévariqué contre la Parole de ce dernier, ainsi la seconde a reçu à son tour par le ministère d'un Ange la bonne nouvelle qu'elle portait Dieu, et elle a obéi à sa Parole. La première avait désobéi à Dieu ; la seconde, au contraire, s'est laissée persuader de lui obéir, en sorte que d'Ève vierge la Vierge Marie devint l'Avocate. Et de même que le genre humain a été assujetti à la mort par une vierge, c'est par une vierge qu'il est sauvé. Ainsi les plateaux sont en équilibre : la désobéissance virginale est contrebalancée par l'obéissance virginale ; le péché du premier-né est réparé par le Premier-né ; l'habileté du serpent est vaincue par la simplicité de la colombe et les liens sont défaits, qui nous entraînaient à la mort » (st Irénée, Contre les hérétiques 5, 19, 1). « Il était juste et nécessaire qu’Adam fût restauré dans le Christ, afin que le mortel fût absorbé et englouti par l’immortalité et qu’Ève fût restaurée en Marie, afin qu’une Vierge devenue l’avocate d’une vierge, effaçât et abolît la désobéissance d’une vierge par son obéissance de Vierge » (st Irénée, Epideixis). « Marie est visitée pour libérer Ève » (st Ambroise, De institutione virginum 32). « Par Marie Ève est guérie » (Proclus de Constantinople, Orat 1). « Vous m’avez donné pour avocate votre très douce Mère la bienheureuse Vierge Marie, me recommandant plusieurs fois à elle avec autant de tendresse qu’en mettrait un époux à confier à sa propre mère l’épouse qu’il s’est choisie » (ste Gertrude, Les Révélations 2, 23).

vendredi 10 mai 2013

Marie, Miroir des Vierges

Marie, Miroir des Vierges

C'est l'ardeur à l'étude qui fait d'abord la noblesse du maître. Quoi de plus noble que la mère de Dieu ? Quoi de plus splendide que celle-là même qu'a choisie la splendeur ? Quoi de plus chaste que celle qui a engendré le corps sans souillure corporelle ? Et que dire de ses autres vertus ? Elle était vierge, non seulement de corps, mais d'esprit, elle dont jamais les ruses du péché n'ont altéré la pureté : humble de cœur, réfléchie dans ses propos, prudente, avare de paroles, avide de lecture ; elle mettait son espoir non dans l'incertitude de ses richesses, mais dans la prière des pauvres ; appliquée à l'ouvrage, réservée, elle prenait pour juge de son âme non l'homme, mais Dieu ; ne blessant jamais, bienveillante à tous, pleine de respect pour les vieillards, sans jalousie pour ceux de son âge, elle fuyait la jactance, suivait la raison, aimait la vertu. Quand donc offensa-t-elle ses parents, ne fût-ce que dans son attitude ? Quand la vit-on en désaccord avec ses proches ? Quand repoussa-t-elle l'humble avec dédain, (lire la suite) se moqua-t-elle du faible, évita-t-elle le miséreux ? Elle ne fréquentait que les seules réunions d'hommes où, venue par charité, elle n'eût pas à rougir ni à souffrir dans sa modestie. Aucune dureté dans son regard, aucune licence dans ses paroles, aucune imprudence en ses actes ; rien de heurté dans le geste, de relâché dans la démarche, d'insolent dans la voix : son attitude extérieure était l'image même de son âme, le reflet de sa droiture. Une bonne maison doit se reconnaître à son vestibule, et bien montrer dès l'entrée qu'elle ne recèle pas de ténèbres ; ainsi notre âme doit-elle, sans être entravée par le corps, donner au dehors sa lumière, semblable à la lampe qui répand de l'intérieur sa clarté... Bien que Mère du Seigneur, elle aspirait pourtant à apprendre les préceptes du Seigneur ; elle qui avait enfanté Dieu, souhaitait pourtant de connaître Dieu. Elle est le modèle de la virginité. La vie de Marie doit être en effet à elle seule un exemple pour tous. Si donc nous aimons l'auteur, apprécions aussi l'œuvre ; et que toutes celles qui aspirent à ses privilèges imitent son exemple. Que de vertus éclatent en une seule vierge ! Asile de la pureté, étendard de la foi, modèle de la dévotion ; vierge dans la maison, auxiliaire pour le sacerdoce, mère dans le temple. Combien de vierges ira-t-elle chercher pour les prendre dans ses bras et les conduire au Seigneur, disant : Voici celle qui a gardé le lit de mon fils, celle qui a gardé la couche nuptiale dans une pureté immaculée. Et de même, le Seigneur les confiera au Père, redisant la parole qu'il aimait : « Père saint, voici celles que je t'ai gardées, sur lesquelles le Fils de l'homme inclinant la tête s'est reposé ; je demande que là où je suis, elles soient avec moi. Mais puisque n'ayant pas vécu pour elles seules, elles ne doivent pas se sauver seules, puissent-elles racheter, l'une ses parents, l'autre ses frères. Père juste, le monde ne m'a pas connu, mais elles m'ont connu, et elles n'ont pas voulu connaître le monde. » Quel cortège, quels applaudissements d'allégresse parmi les anges ! Elle a mérité d'habiter le ciel, celle qui a vécu dans le siècle une vie céleste. Alors Marie, prenant le tambourin, conduira les chœurs des vierges chantant au Seigneur, et bénissant d'avoir traversé la mer du siècle sans sombrer dans ses remous. Alors, toutes exulteront, disant : J'entrerai à l'autel de mon Dieu, du Dieu qui réjouit ma jeunesse. J'immole à Dieu un sacrifice de louange, et j'offre mes vœux au Très-Haut. Et je ne doute pas que devant vous ne s'ouvrent tout grands les autels de Dieu, vous dont j'oserais dire que les âmes sont des autels où chaque jour, pour la rédemption du Corps mystique, 1e Christ est immolé. Car si le corps de la Vierge est le temple de Dieu, que dire de l'âme, qui, mise à nu par la main du Prêtre éternel, les cendres du corps pour ainsi dire écartées, exhale la chaleur du feu divin ? Bienheureuses vierges, embaumées du parfum immortel de la grâce, comme les jardins par les fleurs, les temples par le culte divin, les autels par le prêtre. Saint Ambroise, De Virginibus.

dimanche 21 octobre 2012

Écouter la Parole de Dieu (4)

Écouter la Parole de Dieu (4)

Nous voyons donc à quel point il nous est profitable de lire et de méditer la Sainte Écriture, de revenir sans cesse aux textes sacrés dans lesquels Dieu se fait connaître à nous en même temps qu’il nous révèle son plan amoureux de salut et ses desseins éternels à notre égard, qui sont des pensées de paix et non d’affliction, « afin de vous donner un avenir et une espérance » (Jérémie 29, 11). Par sa Parole, Dieu pénètre dans notre esprit et nous apprend à réfléchir correctement, c’est-à-dire en pensant à la gloire de Dieu et à l’éternité du ciel, donc en aspirant aux biens véritables, les « choses d’en-haut, non celles de la terre » (Colossiens 3, 2). Par l’Eucharistie, il établit sa demeure dans notre âme. Dans l’un et l’autre cas, (lire la suite) c’est l’Esprit Saint qui se charge de nous enseigner tout (cf. Jean 14, 26) et de nous guider sur la voie de la sainteté. « Nous découvrons que nous sommes, nous aussi, appelés à entrer dans le Mystère de la foi par laquelle le Christ vient demeurer dans notre vie. Chaque chrétien qui croit, nous rappelle saint Ambroise, conçoit et engendre en un certain sens le Verbe de Dieu en lui-même : s’il n’y a qu’une seule Mère du Christ selon la chair, en revanche, selon la foi, le Christ est le fruit de tous (cf. saint Ambroise, Expositio Evangelii secundum Lucam 2, 12 ; PL 15, 1559-1560). Donc ce qui est arrivé à Marie peut arriver à chacun de nous, chaque jour, dans l’écoute de la Parole et la célébration des sacrements » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, 30 septembre 2010, n° 28).
Ne nous privons pas d’un tel trésor. Faisons-en notre miel quotidien, nous nous trouverons dans un pays où coulent le lait et le miel » (Exode 3, 8) et notre vie acquerra la douceur des choses de Dieu, qui remplissent l’âme de paix et de joie. (fin)

mardi 31 mai 2011

« Heureuse, toi qui as cru »

« Heureuse, toi qui as cru »

Lorsque l'ange annonce à Marie le mystère de sa maternité virginale, il lui apprend, pour éclairer sa foi par un exemple, qu'une femme âgée et stérile a conçu, ce qui fait comprendre que Dieu peut accomplir tout ce qu'il a décidé.
Dès que Marie l'eut appris, elle partit vers la montagne de Judée. Ce n'était de sa part ni incrédulité en la prophétie, ni incertitude sur cette annonce, ni doute sur l'exemple proposé. Elle partait dans l'allégresse de son désir, pour l'accomplissement d'un service, avec l'empressement de sa joie.
Elle qui était maintenant remplie de Dieu, où pouvait-elle se rendre avec empressement, sinon vers les hauteurs ? (lire la suite) La grâce du Saint-Esprit ne connaît pas les hésitations ni les retards. ~ L'arrivée de Marie et la présence du Seigneur manifestent aussitôt leurs bienfaits, car, au moment même où Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle, et elle fut remplie de l'Esprit Saint.
Remarquez les nuances et l'exactitude de chaque mot. Élisabeth fut la première à entendre la parole, mais Jean fut le premier à ressentir la grâce : la mère a entendu selon l'ordre naturel des choses, l'enfant a tressailli en raison du mystère ; elle a constaté l'arrivée de Marie, lui, celle du Seigneur ; la femme, l'arrivée de la femme, l'enfant, celle de l'enfant ; les deux femmes échangent des paroles de grâce, les deux enfants agissent au-dedans d'elles et commencent à réaliser le mystère de la piété en y faisant progresser leurs mères ; enfin, par un double miracle, les deux mères prophétisent sous l'inspiration de leur enfant.
Jean a tressailli, la mère a été comblée. La mère n'a pas été comblée avant son fils, mais, comme le fils était comblé de l'Esprit Saint, il en a aussi comblé sa mère. Jean a exulté, et l'esprit de Marie a exulté, lui aussi. L'exultation de Jean comble Élisabeth ; cependant, pour Marie, on ne nous dit pas que son esprit exulte parce qu'il est comblé, car celui qu'on ne peut comprendre agissait en sa mère d'une manière qu'on ne peut comprendre. Élisabeth est comblée après avoir conçu, Marie, avant d'avoir conçu. Heureuse, lui dit Élisabeth, toi qui as cru.
Heureux, vous aussi qui avez entendu et qui avez cru ; car toute âme qui croit conçoit et engendre le Verbe et le reconnaît à ses œuvres.
Que l'âme de Marie soit en chacun de vous, pour qu'elle exalte le Seigneur ; que l'esprit de Marie soit en chacun de vous, pour qu'il exulte en Dieu. S'il n'y a, selon la chair, qu'une seule mère du Christ, tous engendrent le Christ selon la foi. Car toute âme reçoit le Verbe de Dieu, pourvu qu'elle soit irréprochable et préservée des vices en gardant la chasteté dans une pureté intégrale.
Toute âme qui peut vivre ainsi exalte le Seigneur, comme l'âme de Marie a exalté le Seigneur, et comme son esprit a exulté en Dieu son Sauveur.
En effet, le Seigneur est exalté, comme vous l'avez lu ailleurs : Exaltez le Seigneur avec moi. Certes, la parole humaine ne peut faire grandir le Seigneur, mais c'est en nous qu'il est exalté ; en effet, le Christ est l'image de Dieu. Par conséquent, Si l'âme agit de façon juste et religieuse, elle exalte cette image de Dieu, à la ressemblance de qui elle a été créée ; et par conséquent, en exaltant cette image, elle s'élève par une certaine participation à sa sublimité (saint Ambroise).

jeudi 27 janvier 2011

Les sacrements de l’initiation (1)

Les sacrements de l’initiation (1)

« Yahvé est mon pasteur : je ne manque de rien. Il m’installe en de verts pâturages (…). Il me conduit dans le droit chemin à cause de son nom. Quand je marche dans une vallée pleine d’ombre, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi : ta houlette et ton bâton, c’est mon réconfort. Tu dresses pour moi une table au nez de mes ennemis » (Psaume 23, 1-2.3-4). Ce psaume peut être lu en rapport avec le baptême et l’Eucharistie. Au témoignage de saint Ambroise, ce psaume « qui s’applique bien aux sacrements célestes » était chanté de son temps au moment de la communion (De myst. 8, 43).
Saint Grégoire de Nysse y voit les étapes du progrès spirituel, (lire la suite) en lien avec les trois sacrements de l’initiation chrétienne : « En ce psaume, David t’invite à être cette brebis qui a Dieu pour berger et à qui aucun bien ne manque ; le bon berger se fait pour elle l’herbe du pâturage, l’eau rafraîchissante, la nourriture, la tente, le guide, tout ; il lui donne sa grâce, adaptée à toutes ses nécessités. Par tout cela, l’Eglise t’enseigne que tu dois d’abord te faire la brebis du bon berger, et te laisser conduire par la catéchèse vers les pâturages et les sources divines de l’enseignement pour être enseveli avec lui par le baptême en sa mort, et pour ne pas craindre une telle mort. Car ce n’est pas là la mort, mais « l’ombre de la mort » (Ps 22, 4), et son image » (Sermon pour l’Ascension du Christ).
L’ensevelissement dans la mort du Christ qui se produit au baptême procure la vie divine à l’âme et la projette dans l’orbite de Dieu, la fait pénétrer dans l’intimité de Dieu, qui est foncièrement Vie, vie vécue intensément, pleinement, infiniment et toujours au présent.
« Après cela il te console par la houlette du Saint-Esprit ; car le consolateur, c’est le Saint-Esprit » (Ibid.). C’est une allusion au sacrement de la confirmation, qui imprime un caractère à l’âme, un sceau indélébile, et qui en fait un soldat du Christ, armé pour proclamer et défendre la foi tout au long de sa vie, dans un monde si souvent hostile, qu’il faut précisément amener à découvrir cette foi au Dieu unique, Créateur et Sauveur. L’on s’explique que le pape Benoît XVI ait créé récemment un dicastère, un « ministère », chargé de la nouvelle évangélisation.
« Il dresse pour toi la table mystique, préparée contre la table des démons » (Ibid.). L’Eucharistie est le troisième sacrement de l’initiation. C’est le repas grâce auquel Dieu donne à l’âme une nourriture mystique, la nourriture spirituelle dont elle a besoin pour grandir en amour de Dieu et en sainteté, pour s’identifier progressivement au Dieu d’amour qui s’y trouve réellement, vraiment et substantiellement présent.

(à suivre…)

dimanche 23 janvier 2011

Prier toujours et pour tous (2)

Prier toujours et pour tous (2)

« Entre dans ta chambre », pour te retrouver avec Dieu, en tête à tête. Dieu nous suffit, largement. Il ne supprime pas l’intérêt pour les choses de ce monde. Mais il nous aide à les aborder sereinement et sous un jour objectif, c’est-à-dire de voir en elles des moyens pour parvenir à être saints, non des fins en soi.
Il n’y a pas d’égoïsme à prier pour soi, parce que nous avons impérieusement besoin de l’aide de Dieu. Et qu’il convient de commencer par nous sanctifier pour pouvoir aider ensuite les autres à se sanctifier.
Mais parallèlement et en même temps, (lire la suite) il est bon de prier aussi pour les autres, de les intégrer à notre prière de demande, de les faire participer des grâces que nous demandons. « Apprends qu’il faut prier avant tout pour tout le peuple, c’est-à-dire pour tout le corps, pour tous les membres de ta mère, et c’est la marque de la charité mutuelle dans l’Eglise. Car, si tu demandes pour toi, ta demande ne vaudra que pour toi. Et si chacun prie seulement pour soi, celui qui prie est moins agréable à Dieu que celui qui intercède pour les autres. Mais si chacun prie pour soi, tous alors prient pour chacun » (saint Ambroise, Commentaire sur Caïn et Abel).
Une prière ouverte sur les besoins des autres est une prière qui témoigne de notre amour du prochain. Et s’il y a quelque chose qui peut toucher le Seigneur, c’est bien cet amour mutuel. N’a-t-il pas affirmé que c’est à cela que l’on reconnaîtra ses disciples ? (cf. Jean 13, 35). Si nous nous mettons tous à prier pour les autres, notre propre prière pour nous-mêmes s’en trouvera considérablement renforcée. Tout le monde y gagnera. « En conclusion, tu demandes pour toi seulement, tu seras seul, nous l’avons dit, à demander pour toi. Mais si tu demandes pour tous, tous demanderont pour toi. Et, en effet, toi-même tu es en tous. Ainsi, c’est un grand profit que les prières de chacun obtiennent pour chacun les suffrages du peuple entier. Il n’y a en cela aucune prétention, mais une plus grande humilité, et un fruit plus abondant » (saint Ambroise, Ibid.).

(fin)

samedi 22 janvier 2011

Prier toujours et pour tous (1)

Prier toujours et pour tous (1)

« Ô Dieu, entend mes cris ; sois attentif à ma prière » (Psaume 61, 2). L’homme se tourne continuellement vers Dieu et ne cesse de lui adresser des prières instantes, parce qu’il est toujours dans le besoin et qu’il n’est pas en mesure de résoudre seul les innombrables problèmes de la vie. « Ô Dieu, prête l’oreille à ma prière, ne te dérobe pas à mes supplications » (Psaume 55, 2). Le psalmiste se fait insistant, pressant, car il ressent l’urgence de cette aide de Dieu, de son intervention pour tout. « Ô Dieu, écoute ma prière, prête l’oreille aux paroles de ma bouche » (Psaume 54, 4). Pour se rendre plus crédible, il essaye de faire valoir sa droiture : (lire la suite) « Accueille, Yahvé, une juste requête, sois attentif à mon cri : prête l’oreille à ma prière qui ne sort pas de lèvres hypocrites » (Psaume 17, 1).
Paul dira : « Je veux que les hommes prient en tout lieu tenant levées les mains pures, étrangers à la colère et à la dispute » (1 Timothée 2, 8). « L’Apôtre enseigne à prier sans colère ni dispute afin que ta prière ne connaisse ni trouble ni interruption. Il nous enseigne aussi à prier en tout lieu, puisque le Sauveur a dit : Entre dans ta chambre » (saint Ambroise, Commentaire sur Caïn et Abel). « Pour toi, quand tu veux prier, entre dans ta chambre et, ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est présent dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Matthieu 6, 6).
Le Seigneur veut dire par là qu’il ne faut pas imiter les pharisiens qui se donnent en spectacle et prient de façon ostentatoire, mais dont le cœur est loin de Dieu. Le Seigneur n’attend pas de manifestations spectaculaires de notre piété, mais qu’elle soit sincère. Qu’elle provienne d’un cœur humble et purifié de tout égoïsme. Il nous demande de faire taire les soucis et les préoccupations humaines, de nous vider de nous-mêmes pour penser à lui, de nous centrer sur lui. Nous pouvons effectivement difficilement prier si notre cœur et notre tête se remplissent de nous-mêmes, des mesquineries de notre caractère et de nos caprices.
« Entre dans ta chambre. » « Comprends bien qu’il ne s’agit pas là de la chambre formée de murs où ton corps va s’enfermer. Il s’agit de la chambre qui est en toi, où sont enfermées tes pensées, où demeurent tes sentiments. Cette chambre de ta prière est partout avec toi, et partout elle est dans un secret qui n’a pas d’autre témoin que Dieu » (saint Ambroise, Ibid.). C’est pourquoi il faut prier « en tout lieu ». Et il est bon de le faire, de nous habituer à le faire, de prier régulièrement, souvent, d’élever nos sentiments à des considérations d’ordre spirituel, à nous remettre en présence de Dieu, parce que notre attention est reprise sans cesse par la pesanteur humaine. Prier demande que nous fassions silence en nous. Ce n’est pas facile, parce que nous vivons dans un monde de bruits divers, certains d’un niveau élevé de décibels, qui empêchent de penser à autre chose.

(à suivre…)

lundi 27 septembre 2010

L’urgence de l’apostolat

L’urgence de l’apostolat

« La grâce de Dieu n’admet pas de lenteur » (saint Ambroise, Exposition de l’Evangile selon saint Luc 2, 19). Il faut la mettre en œuvre sans tarder, la faire fructifier sans délai. Elle n’est pas faite pour être mise sous le boisseau ou pour être enterrée, mais bien pour qu’elle produise des fruits au profit de notre prochain.
C’est ce que nous constatons chez Marie. Elle, que l’archange saint Gabriel salue comme la « pleine de grâce », ou encore la « comblée de grâces », elle reçoit au moment de l’Annonciation une grâce nouvelle et sublime, celle de devenir la Mère du Fils de Dieu, si elle accepte (lire la suite) la mission qui lui est annoncée. Mais une fois qu’elle a dit « oui », qu’elle a prononcé son fiat (Luc 1, 38), elle se hâte de communiquer cette grâce à qui peut la comprendre et en profiter : « En ce temps-là Marie partit pour se rendre en hâte dans la montagne dans une ville de Juda » (Luc 1, 39). Nous n’observons pas de lenteur chez Marie, bien au contraire. « En nous disant cela, l’évangéliste veut souligner que pour Marie, suivre sa vocation, docile à l’Esprit de Dieu qui a réalisé en elle l’incarnation du Verbe, signifie parcourir un nouveau sentier et entreprendre aussitôt un chemin en dehors de chez elle, en ne se laissant conduire que par Dieu » (Benoît XVI, Homélie pour la solennité de l’Assomption, 15 août 2009).
Marie part en hâte se mettre, certes, à la disposition de sa cousine Elisabeth, qui en est à son sixième mois (Luc 1, 36), mais aussi pour lui faire partager sa joie, pour la faire entrer davantage encore dans les plans merveilleux et surnaturels de Dieu, qui sont les plans du salut. Marie annonce ce qu’elle sait pour qu’Elisabeth, puis Zacharie dans un deuxième temps, puissent en bénéficier à leur tour. Elle les évangélise, en leur apportant la bonne nouvelle du salut qui est en train de s’accomplir, d’abord en elle. C’est ce même empressement que nous sommes comme invités à mettre pour communiquer aux autres les bienfaits que Dieu opère en nous et qui sont des moyens dont il se sert pour, par nous, parvenir à d’autres âmes. Il faut agir avec rapidité, ne pas reporter au lendemain, à un « plus tard » qui risque de ne jamais se présenter. Nous devons ressentir l’urgence de l’apostolat, d’annoncer Jésus-Christ à nos contemporains.

dimanche 23 août 2009

La beauté de Marie

La beauté de Marie

Les hommes recherchent la beauté. « Or, Marie est le sommet de la beauté. Les chefs-d'œuvre ne sont jamais des beautés partielles, mais une synthèse du beau : Marie est la créature la plus transparente de la divine présence trinitaire : « Celui que les cieux n'ont pu contenir, tu l'as renfermé dans ton sein. » (...) La beauté est expression transparente : tous les arts ont cherché à l'exprimer et l'ont exprimé dans les chefs-d'œuvre de tous les siècles. La beauté est un don reposant : Marie, au milieu des tourments de la vie, apaise toutes les inquiétudes de la chair, de l'esprit et de la vie sociale » (Paul VI, Allocution, 12 septembre 1963). Marie est le « chef-d'œuvre de Dieu, (lire la suite) même si, comme la lune, elle est belle d'une beauté reflétée : pulchra ut luna (Cantique des cantiques 6, 9) » (Pie XII, Allocution aux Congrégations mariales d'Italie, 26 avril 1958).
Le futur pape Paul VI, un mois après son installation comme archevêque de Milan, publie une première lettre pastorale, Omnia nobis Christus est (« le Christ est tout pour nous »), dans laquelle il parle de la Vierge Marie comme incarnation de la beauté.
Son prédécesseur sur le siège de Milan écrivait : « Quoi de plus noble que la Mère de Dieu ? Quoi de plus resplendissant que celle qu'a choisie la Splendeur ? » (saint Ambroise, De Virginibus 2, 2, 7). Dante Alighieri vit au Paradis, au milieu « de plus de mille anges en fête », « s'épanouir une beauté qui était une joie - dans les yeux de tous les autres saints » (Paradis, chant 31, 130-135) : Marie ! »
Cependant « sur ce visage ne se révèle pas la beauté surnaturelle. Dieu a déversé la plénitude de ses richesses par un miracle de sa toute-puissance et alors il fait passer dans le regard de Marie quelque chose de sa dignité surhumaine et divine. Un rayon de la beauté de Dieu resplendit dans les yeux de sa Mère. Ne pensez-vous pas que le visage de Jésus, ce visage que les anges adorent, devait reproduire en quelque manière les traits du visage de Marie ? (...) Pulchra ut luna » (Pie XII, encyclique Fulgens Corona, 8 septembre 1953).

mercredi 22 avril 2009

Jésus-Christ et la souffrance

Jésus-Christ et la souffrance

(Jésus) n’a pas pris de l’incarnation l’apparence, mais la réalité ; il devait donc aussi prendre la douleur, afin de triompher de la tristesse, et non de l’écarter : on ne saurait être loué pour son courage si l’on n’a connu des blessures que l’étourdissement sans la douleur. « Homme de douleurs, est-il dit, et sachant porter les souffrances » (Isaïe 53, 3), il a voulu nous instruire. Joseph nous avait appris à ne pas craindre la prison ; dans le Christ nous apprendrions vaincre la mort ; mieux encore : comment vaincre l’angoisse de la mort à venir. Aussi bien comment vous imiterions-nous, Seigneur Jésus, à moins de vous suivre comme homme, de croire que vous êtes mort, d’avoir vu vos blessures ? Comment les disciples auraient-ils cru qu’il allait mourir, s’ils n’avaient constaté l’angoisse d’un mourant ? Ainsi ils dorment encore et ignorent la douleur, eux pour qui le Christ était dans la douleur. C’est ce que nous lisons : « Il porte nos péchés, et pour nous il souffre » (Isaïe 53, 4). Vous souffrez donc, Seigneur, non de vos blessures, mais des miennes, non de votre mort, mais de notre infirmité ; et nous vous regardions, nous, comme en proie à la douleur, quand vous souffriez non pour vous, mais pour moi. Car vous êtes devenu infirme, mais à cause de nos péchés (Isaïe 53, 5), parce que cette infirmité, vous ne l’avez pas reçue de votre Père, mais prise pour moi ; parce qu’il m’était bon que « l’enseignement de notre paix fût en vous, et que vos meurtrissures guérissent nos plaies » (Ibid.).

Saint Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 10, 56-57.

mercredi 25 février 2009

Entrée en Carême

Entrée en Carême

Comme la faiblesse humaine ne sait pas garder une démarche ferme en un monde si glissant, le bon médecin vous a encore montré les remèdes contre l’égarement, le juge miséricordieux n’a pas refusé l’espoir du pardon. Ce n’est donc pas sans motif que saint Luc a proposé trois paraboles de suite : la brebis qui s’était égarée et fut retrouvée, la drachme qui s’était perdue et qui s’est retrouvée, le fils qui était mort et a repris vie, pour que ce triple remède vous engage à soigner vos blessures ; car « une corde triple ne nourrira pas » (Siracide 4, 12). Qui sont ce père, ce pasteur, cette femme ? (lire la suite) N’est-ce pas Dieu le Père, le Christ, l’Église ? Le Christ vous porte en son corps, ayant pris sur Lui vos péchés ; l’Église vous cherche, le Père vous accueille. Pasteur Il rapporte, mère elle recherche, Père Il revêt : d’abord la miséricorde, puis l’assistance, en troisième lieu la réconciliation. Chaque détail est ajusté à chacun : le Rédempteur vient en aide, l’Église assiste, le Père se réconcilie. C’est la même miséricorde de l’œuvre divine, mais la grâce varie selon nos mérites. La brebis lasse est ramenée par le pasteur, la drachme égarée se retrouve, le fils rebrousse chemin vers son père, et revient pleine-ment repentant d’un égarement qu’il condamne. Aussi est-il justement écrit: « Vous sauverez hommes et bêtes, Seigneur » (Psaume 35, 7). Quelles sont ces bêtes ? Le Prophète a dit que la semence d’Israël sera une semence d’hommes, et celle de Juda semence d’animaux (Jérémie 31, 27) : ainsi Israël est sauvé comme un homme, Juda recueilli comme une brebis. J’aime donc mieux être fils que brebis: car la brebis est recherchée par le pasteur, le fils fêté par le père.

Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 7, 207-208.

lundi 9 février 2009

Une vie nouvelle

Une vie nouvelle

Le Seigneur, les (ses disciples) ayant avertis de fuir, où demeurer et à quoi prendre garde, a résumé l’ensemble dans une indication générale, en disant : « Où sera le corps, là se rassembleront les aigles. » Ainsi conjoncturons d’abord qui sont les aigles, afin de préciser ce qu’est le corps. Les âmes des justes sont comparées aux aigles : ils se portent vers les hauteurs, délaissent les bas-fonds, parviennent, dit-on, à un âge avancé ; aussi David dit-il à son âme : « Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l’aigle » (Psaume 102, 5). Si donc nous avons identifié les aigles, nous ne pouvons plus avoir de doute sur le corps, surtout en nous souvenant que Joseph a reçu de Pilate le corps (Jean 19, 38). Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps : (lire la suite) Marie de Cléophas et Marie-Madeleine et Marie Mère du Seigneur et le groupe des Apôtres entourant le tombeau du Seigneur ? Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps, lorsqu’avec les nuées spirituelles viendra le Fils de l’homme, et que « tous les yeux le verront, et ceux qui l’ont transpercé » (Apocalypse 1, 7) ? Il est aussi un corps dont il a été dit : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang vraiment un breuvage » (Jean 6, 56). Autour de ce corps sont les aigles, volant à l’entour avec les ailes de l’esprit. Autour de ce corps sont encore les aigles qui croient que Jésus est venu dans la chair, puisque « tout esprit qui professe que Jésus-Christ est venu dans la chair, est de Dieu » (1 Jean 4, 2). Où donc il y a la foi, là se trouve le mystère, là le logis de la sainteté. C’est aussi un corps que l’Église : en elle la grâce du baptême nous donne le renouveau spirituel, et la vieillesse à son déclin reprend un âge et une vie nouvelle.

Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 8, 54-56.

vendredi 12 septembre 2008

Bienvenue a Benoit XVI

Bienvenue à Benoît XVI

« Si, selon la chair, la mère du Christ est une, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ ; chacune, en effet, accueille en elle le Verbe de Dieu... » (saint Ambroise de Milan, Discours sur l'Évangile selon Luc 2, 26). Ainsi, le saint Docteur, interprétant la parole de la Madone elle-même, nous invite à faire en sorte que dans notre âme et dans notre vie, le Seigneur trouve une demeure. Nous ne devons pas seulement le porter dans le cœur, mais nous devons l'apporter au monde, (lire la suite) afin que nous aussi, nous puissions engendrer le Christ pour notre temps. Prions le Seigneur afin qu'il nous aide à l'exalter avec l'esprit et l'âme de Marie, et à apporter à nouveau le Christ à notre monde (Benoît XVI, Catéchèse, 15 février 2006).
Ce sont certainement des sentiments du pape alors qu'il entreprend son voyage pastoral en France, voyage qui se trouve marqué par la présence de la Sainte Vierge : aujourd'hui, 12 septembre, nous fêtons le saint Nom de Marie ; demain, samedi, est un jour traditionnellement consacré à la Sainte Vierge ; puis le saint-père va se recueillir à Lourdes, à l'occasion du cent-cinquantième anniversaire des apparitions de Notre Dame à sainte Bernadette de Lourdes. Prions Marie de faire en sorte que ce voyage que notre Père commun va accomplir ces jours-ci porte beaucoup de fruits spirituels.


lundi 30 juin 2008

1750e anniversaire


1750e anniversaire


La paroisse Saint-Laurent de Montoire-sur-le-Loir, dans le Loir-et-Cher, fête cette année le 1750e anniversaire du martyr de son saint patron, et vit un jubilé dans cet esprit. On connaît la sagacité du saint, diacre romain d'origine espagnole, qui, selon la tradition rapportée par saint Ambroise, sommé de livrer les richesses de l'Église, avait présenté des pauvres infirmes. Cela lui avait valu d'être rôti sur le gril... mais aussi d'entrer aussitôt dans la gloire céleste.

(la photo de l'église Saint-Laurent de Montoire-sur-le-Loir est prise de la notice de Wikipedia sur cette commune)

lundi 7 avril 2008

Origene, sa pensee (1)

Origène, sa pensée (1)

Avec Benoît XVI nous avons considéré la vie et l'œuvre littéraire d'Origène, « en trouvant dans la « triple lecture » de la Bible, qu'il a effectuée, le centre vital de toute son œuvre. J'ai laissé de côté - pour les reprendre aujourd'hui - deux aspects de la doctrine d'Origène, que je considère parmi les plus importants et les plus actuels : j'entends parler de ses enseignements sur la prière et sur l'Église.
En vérité, Origène - auteur d'un important et toujours actuel traité Sur la prière (lire la suite) - mêle constamment sa production exégétique et théologique à des expériences et des suggestions relatives à la prière. Malgré toute la richesse théologique de pensée, cela n'est jamais une approche purement académique ; elle est toujours fondée sur l'expérience de la prière, du contact avec Dieu. Selon lui, en effet, la compréhension des Écritures demande, plus encore que l'étude, l'intimité avec le Christ et la prière. Il est convaincu que la voie privilégiée pour connaître Dieu est l'amour, et qu'il n'y a pas d'authentique scientia Christi sans tomber amoureux de Lui. Dans la Lettre à Grégoire, Origène recommande : « Consacre-toi à la lectio des divines Écritures ; applique-toi à cela avec persévérance. Engage-toi dans la lectio avec l'intention de croire et de plaire à Dieu. Si durant la lectio, tu te trouves devant une porte close, frappe et le gardien t'ouvrira, lui dont Jésus a dit : « Le gardien la lui ouvrira. » En t'appliquant ainsi à la lectio divina, cherche avec loyauté et une confiance inébranlable en Dieu le sens des Écritures divines, qui est largement contenu dans celles-ci. Tu ne dois cependant pas te contenter de frapper et de chercher : pour comprendre les choses de Dieu, tu as absolument besoin de l'oratio. Précisément pour nous exhorter à celle-ci, le Sauveur nous a non seulement dit : « Cherchez et vous trouverez » et « Frappez et on vous ouvrira », mais il a ajouté : "Demandez et vous recevrez » (Éphésiens Grec. 4). Le « rôle primordial » joué par Origène dans l'histoire de la lectio divina saute immédiatement aux yeux. L'évêque Ambroise de Milan - qui apprendra à lire les Écritures à partir des œuvres d'Origène - l'introduit ensuite en Occident, pour la remettre à Augustin et à la tradition monastique successive.

(à suivre...)

mercredi 5 décembre 2007

Anne-Lorraine Schmitt

Anne-Lorraine Schmitt

Le 25 novembre dernier, une étudiante de 23 ans était poignardée dans le train par un individu qui voulait la violer. La défense courageuse de sa virginité, dans un monde où cette vertu est largement dévaluée, nous fait penser à sainte Maria Goretti.
Tous ceux qui l'ont connue soulignent les nombreuses qualités d'Anne-Lorraine Schmitt. Elle aurait pu devenir une journaliste brillante et contribuer intensément au bien commun. Dieu a décidé que sa contribution serait d'une autre nature, à partir d'une autre tribune, celle du ciel.
Cet événement, (lire la suite) tragique pour les siens, heureux en fin de compte pour elle (« La mort ne doit pas être pleurée, puisqu'elle est cause de salut », disait saint Ambroise, cité par Benoît XVI dans Spe salvi), nous met en présence de la précarité de la vie : il faut être prêt à comparaître à tout instant devant Dieu. Dieu a envers nous des plans qui ne sont pas les nôtres : ils sont divins et parfaits. Nous nous préparons à fêter la naissance de Jésus-Christ, Fils de Dieu, venu nous racheter du péché. Sa vie parmi nous, puis sa mort sur la Croix donnent un sens à la souffrance et à la mort, comme moyens de purification personnelle et de rédemption des pécheurs que nous sommes.
Anne-Lorraine a compris désormais qu'il en est bien ainsi, en associant son sacrifice à celui du Fils. Les jeunes filles qui veulent mener une vie droite et qui sont parfois agressées par des individus peu recommandables, peuvent s'adresser en toute confiance à Anne-Lorraine pour qu'elle leur obtienne le courage de défendre leur vertu et leur foi, sachant que c'est « dans l'espérance nous avons tous été sauvés », comme le pape Benoît XVI le rappelle dans sa deuxième encyclique.
Pourquoi Anne-Lorraine ne nous serait-elle pas proposée un jour comme modèle de sainteté ?

mercredi 12 septembre 2007

12 septembre : le doux nom de Marie


12 septembre : le doux nom de Marie


En ce 12 septembre, l'Église se réjouit de fêter une nouvelle fois la très Sainte Vierge Marie. Voici quatre jours, elles célébrait la Nativité de la Vierge Marie. Aujourd'hui, elle chante le « saint nom de Marie ». « Ô Marie, votre nom est un parfum qui répand la suave odeur de la divine grâce, s'exclame saint Ambroise de Milan. Qu’il descende donc sur moi, ce parfum céleste et qu’il pénètre jusqu’aux dernières fibres de mon âme ! » (De institutione virginis et S. Mariae virginitate perpetua, Liber unus, cap. 13).
C'est par ce doux nom que l'archange saint Gabriel a commencé (lire la suite) son ambassade de la part de Dieu. C'est ce doux nom que Jésus n'a cessé de répéter au long de sa vie. « Lui seul, peut, comme il faudrait, s'adresser à sa Mère, à la Vierge des vierges, à l'Immaculée Conception, à la nouvelle Ève, Mère des vivants et de tous ceux qui ne doivent pas périr. Marie !... Lui seul comprend ce nom, qu'il lui réservait depuis les siècles infinis, le nom conçu depuis l'éternité au sein du Père, quand Celui-ci se résolvait à visiter le monde et à le sauver par Jésus, Fils de Dieu, et né de Marie » (Dom Eugène Vandeur, Pour aider à faire oraison, brèves élévations, Bruges, 1953, p. 47-48). C'est un nom qui est synonyme de sainteté, car tout en Marie parle de perfection, de vertus vécues au plus haut degré atteignable par un être humain. « Réjouissez-vous Marie, vous seule avez détruit toutes les hérésies, vous seule avez cru aux paroles de l'archange Gabriel, puisque vierge vous avez enfanté le Dieu-Homme et qu'après l'enfantement vous êtes restée inviolée » (Répons de l'Annonciation, IXème siècle).
Cette fête du saint Nom de Marie a été établie par le pape Innocent XI, en 1683, en reconnaissance pour la protection spéciale pour la protection dont Vienne avait été l'objet au cours de la guerre avec les Turcs. La Reine du ciel était manifestement intervenue, alors que l'on se trouvait dans l'octave de sa Nativité. Cent cinquante mille Turcs s'étaient avancés jusque sous les murs de Vienne et menaçaient l'Europe tout entière. Sobieski, roi de Pologne, vint au secours de la ville assiégée. Le roi fit d'abord célébrer la messe, qu'il servit lui-même, les bras en croix. Celle-ci terminée, il s'écria : « Marchons avec confiance sous la protection du ciel et avec l'assistance de la très Sainte Vierge. » De fait, les Turcs furent frappés d'une terreur panique et s'enfuirent dans le plus grand désordre.
« Ô Glorieuse Reine ! nos cœurs louent votre puissance avec des transports de joie : la douceur de votre Nom répand la consolation dans notre âme. Envoyez-nous du haut de votre Trône la sagesse, dont la douce lumière nous fasse voir toute vérité. (...) Votre miséricorde soulage et relève le pauvre dans sa misère : et l'invocation de votre Nom plus délicieux que le miel, le remplit d'une douce confiance. (...) Votre Nom est glorieux et admirable : ceux qui le gardent imprimé au fond de leur cœur , ne seront point troublés de crainte à l'heure de la mort » (saint Bonaventure, Psautier de la glorieuse Vierge Marie).