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jeudi 6 janvier 2011

Ils sont l’étoile de Noël

Ils sont l’étoile de Noël

Fadi Daou fadi@adyanvillage.net

Lors d’un récent passage dans une librairie en France, j’ai remarqué que le rayon sur les chrétiens d’Orient occupe la place de choix et il est bien rempli d’anciennes et de nouvelles publications. Sans doute les tristes nouvelles qui arrivent d’Irak et parfois d’autres pays du Moyen-Orient suscitent ce regain d’intérêt pour ce sujet. Tant mieux, sauf si ce n’est que la plupart des livres exposés portent dans leur titre le verbe « disparaître » ou l’une de ses déclinaisons funestes. (lire la suite)
Selon la logique des hommes, ce pessimisme blessant pourrait se justifier. Mais Dieu a une autre logique. Le foi chrétienne nous situe dans le temps de Dieu et nous invite à l’accueillir dans l’enfant de la crèche et le Christ de la croix, et à y percevoir sa puissance d’amour et sa gloire.
C’est pourquoi, celui qui regarde les chrétiens d’Orient avec les yeux de la foi voit en eux la révélation la plus authentique du corps mystique du Christ et de sa présence dans le monde. Comme lui qui n’était accueilli lors de sa venue au monde que dans une crèche, eux aussi sont « en séjour » sur une terre qui la partage avec d’autres sans jamais se l’approprier. Comme lui, manifestant dans son enfance, la fragilité de son existence, eux aussi assument le dénuement de toute logique de puissance. Comme lui qui, face au mal en perspective, s’ouvre dès sa naissance au mystère salvifique du don ultime de soi sur la croix, eux aussi, face à la haine aveugle et à la terreur absurde, ils refusent de s’enfermer dans une logique de rejet de l’autre ou de repli sur soi ; ils s’abandonnent plutôt à la providence en restant inébranlables dans leur fidélité au Père et leur mission d’être le sel de la terre, cette terre qui recueille le sang de leurs martyrs et fait germer les semences de leurs saints.
Aussi, leur disparition n’en est-elle pas une. Elle serait plutôt comme celle du Christ : une croix glorieuse ou un tombeau vide, source de vie. Les chrétiens d’Orient sont donc dans la nuit de ce monde comme l’étoile de Noël qui indique le lieu de la véritable présence de Dieu et guide vers lui. Comme l’étoile, ils ne disparaitront que quand le soleil se lèvera et que le monde tout entier sera illuminé par « le jour du Seigneur ». Ce qui est considéré comme « disparition » n’est donc qu’une forme de transfiguration pour l’Eglise et pour le monde.
C’est pourquoi, je fus bouleversé et attristé devant ce rayon de livres, non pour la situation des chrétiens d’Orient, mais pour la mécompréhension de leur message et de leur mission, pour l’étiolement de l’horizon d’espérance chez ces auteurs et lecteurs, et la disparition pour eux de la lumière de Pâques et du feu de la Pentecôte. Il ne s’agit pas de nier la réalité, mais de refuser de tuer deux fois ces martyrs de la foi. Après leur mort physique, le danger est de dénigrer le sens de leur vie et de leur martyre. Je ne crains pas pour les chrétiens d’Orient de celui qui tue le corps, mais plutôt de celui qui leur fait perdre leur âme et leur force intérieure. Et ce dernier, cet ennemi, peut être en chacun de nous, à chaque fois que nous oublions que dans tout ce qu’ils vivent, ces chrétiens sont pour le monde ainsi que pour l’Eglise universelle l’étoile de Noël. Sinon, comment trouvera-t-on aujourd’hui la crèche du Verbe fait chair si on ne sait plus lire les signes des temps et du ciel ?

mercredi 1 décembre 2010

Avent et charité fraternelle (1)


Avent et charité fraternelle (1)

Enseigne-moi, fais-moi découvrir tes voies, Seigneur, les chemins divins de la terre, ceux sur lesquels tu veux que je m'engage, ou que je m'investisse plus à fond, ceux que je suis appelé à sanctifier, en y faisant briller la lumière de Noël, l'annonce de la Bonne Nouvelle : « Je vous apporte une bonne nouvelle qui réjouira grandement tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Messie Seigneur » (Luc 2, 10-11).
Les rois Mages se sont mis en route à la vue d'une étoile, dont ils comprennent par une illumination intérieure, qu'elle va les guider vers le Roi des Juifs. (lire la suite) Et quand cette étoile disparaît de leur horizon, ils se tournent vers Hérode pour lui demander leur chemin. Puis, informés, ils reprennent la route.
Le prélat de l'Opus Dei désignait un des sentiers sur lesquels nous devons progresser, « un aspect de notre vie chrétienne qui doit être un point central de notre cheminement », le point de référence, pour le dire autrement, un aspect-charnière. Et c'est « la fraternité, l'intérêt des uns pour les autres, qui est palpable à Nazareth ».
Quand saint Josémaria dit que les chemins de la sainteté dans la vie ordinaire se sont ouverts devant nous, sous nos pas, c'est bien sûr d'abord le chemin de la fraternité, de la fraternité bénie, qui trouve son origine, son modèle, dans la perfection avec laquelle les trois membres de la Sainte Famille vivent la charité mutuelle, et envers les hommes en général bien sûr. Mais ce qui nous intéresse ici, en ce moment, c'est la charité fraternelle.
La fraternité est un vrai chemin de sainteté dans la vie ordinaire. Le chemin de ceux qui ne veulent pas vivre égoïstement. Il faut « mettre le taquet » à fond, c'est-à-dire faire son maximum. Comme quand quelqu'un veut décrocher un concours. Il faut voir le mal qu'il se donne, les heures de travail prises sur le sommeil... Il s'agit bien de cela en effet, de décrocher un siège au paradis... À la fin de notre vie, « à la fin du jour, c'est sur l'amour qu'on vous examinera. Apprenez donc à aimer Dieu comme il désire l'être et laissez là ce que vous êtes » (Saint Jean de la Croix, Maxime 80, Œuvres complètes, DDB, 1949, p. 1306). Et en tout premier lieu c’est sur l'amour pour nos frères que nous sommes jugés.
« La crèche nous présente Marie, notre très Sainte Mère, et saint Joseph qui, par leur attention généreuse et joyeuse, prennent soin de Jésus, la seconde Personne de la Très Sainte Trinité, qui est venu au monde pour nous ouvrir le chemin du ciel. Dans l'atmosphère de la Sainte Famille, nous ne pouvons pas imaginer de manques d'égards volontaires, de routine ou de laisser-aller, de « mines allongées » ou de services rendus de mauvaise grâce. » En effet, nous ne l'imaginons pas. Ne pensons pas pour autant que « tout baigne », c'est-à-dire que tout se fasse tout seul, comme par enchantement. Il n'y a pas d'amour là où il n'y a pas de don de soi désintéressé, de sacrifice, de renoncement, d'oubli de soi, de recherche de ce que l'on pourrait bien trouver pour venir en aide aux autres et alléger le poids de la vie. C'est bien de cela dont il s'agit.

(à suivre...)

jeudi 11 février 2010

La lumière de Marie

La lumière de Marie

Le Christ est la lumière qui est venue dans le monde (Jean 1, 9), « Lumière née de la Lumière » (« Je crois en Dieu »). Qui le voit voit le Père (Jean 14, 9). Et nul ne va au Père, si ce n'est pas lui (Jean 14, 6). Mais cette lumière est une lumière divine, d'une puissance infinie, trop forte pour que nous puissions la supporter. De fait, nul humain ne peut voir Dieu sans mourir sur le champ (cf. Juges 13, 22).
Alors, de même que Dieu a créé deux astres, le soleil pour éclairer la jour et la lune pour éclairer la nuit (Genèse 1, 16), de même, avant que nous soyons en état de contempler face à face la Lumière qu'est Dieu au ciel, nous disposons de cette autre lumière qu'est Marie, qui est une participation à la lumière divine. Avec elle, la vie s'anime, (lire la suite) revêt ses différentes colorations, acquiert volume et relief. Sans elle, tout s'estompe, s'efface, devient comme inexistant.
« Enlève le soleil qui illumine le monde, comment pourra-t-il faire ? » demande saint Bernard. Il ajoute : « Enlève Marie, l'étoile de la mer, d'une mer sans doute grande et spacieuse, et que reste-t-il sinon l'obscurité qui dissimule tout, l'ombre de la mort et des ténèbres très denses. À l'intimité de notre âme, avec les affections de notre volonté, vénérons donc Marie, car telle est la volonté du Seigneur qui a voulu que nous recevions tout par Marie » (Sermon sur la Nativité de la Vierge Marie, dit De aquaeductu).
Voilà qui est... clair ! « L’amour pour Notre Dame est une preuve de bon esprit, dans les œuvres et chez les individus. — Méfie-toi de l’entreprise qui n’est point marquée de ce signe » (saint Josémaria, Chemin, n° 505). Là où Marie est absente, là où on l'ignore, un catholique ne se sent pas chez lui. Il lui faut sa Mère. Parce qu'elle lui ouvre le ciel et qu'elle le prend dans ses bras quand il a besoin d'affection.

mardi 6 janvier 2009

L'Épiphanie (5)

Ayant obtenu d'Hérode le renseignement qu'ils cherchaient, les Rois Mages se remettent en route. Ils sortent de Jérusalem, et l'étoile leur apparaît de nouveau. Elle qui les avait guidés et accompagnés depuis la Mésopotamie dans leur longue, très longue quête de Dieu. « L'étoile qu'ils avaient vue en Orient allait devant eux jusqu'à ce qu'elle vînt s'arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l'enfant » (Matthieu 2, 9-10). Elle s'arrête là où habite le roi des Juifs auxquel ils sont venus rendre hommage et faire allégeance. C'est pourquoi une étoile est suspendue au-dessus de nos crèches...
« À la vue de l'étoile, ils ressentirent une grande joie » (Matthieu 2, 11). La joie est une vertu typiquement chrétienne. « Comment n'avez-vous pas réfléchi à ce fait étrange que seuls les chrétiens sont les hommes qui possèdent la joie et à quoi leurs croyances n'apportent jamais de déception, mais au contraire un attachement, un intérêt et un émerveillement toujours nouveau ? J'ai souvent entendu reprocher aux chrétiens d'un petit air supérieur que la raison de leur foi est la joie et la consolation qu'elle leur procure. Mais il me semble que nous ne pouvons trouver de meilleure justification, parce que c'est là un fait et non un raisonnement. La preuve du pain, c'est qu'il nourrit, la preuve du vin, c'est qu'il enivfre, la preuve de la vérité c'est la vie et la preuve de la vie c'est qu'lle fait vivre ! Ce sont là des réalités substantielles, contre lesquelles aucun argument n'a de prise » (Paul Claudel, « Lettre à Arthur Fontaine, 30 mai 1910 », dans Tu qui es-tu ? (Tu, quis es ?), Paris, 1941, p. 103).

(à suivre...)

lundi 5 janvier 2009

L'Épiphanie (4)

L'Épiphanie (4)

« Quand Jésus fut né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, des mages qui venaient d'Orient arrivèrent à Jérusalem » (Matthieu 2, 1). Ils se sont mis en route pour suivre une étoile qu'ils ont vue en Orient. Le Messie est appelé « lumière qui vient de l'Orient » ! Cette venue est un riche symbole messianique. L'étoile s'arrête à Jérusalem. Les Rois Mages pensent sans doute qu'ils sont arrivés à destination, au terme de leur pérégrination, puisque l'étoile n'a cessé d'accompagner leurs pas et de leur tracer la route à suivre jusque là.
Ils s'adressent alors aux autorités locales : (lire la suite) « Où est, dirent-ils, le roi des Juifs qui vient de naître. Car nous avons vu son étoile et Orient, et nous sommes venus l'adorer » (Matthieu 2, 2).
C'est de leur part une attitude logique, la bonne attitude à avoir quand la lumière de la foi disparaît ou que nous ne savons pas exactement ce qu'il convient de faire, si ceci est bon ou pas... Allons, comme ceux, vers celui qui peut nous aider, nous orientyer, apporter une solution, en nous indiquant ou nous orientant dans la bonne direction. Hérode n'a pas de réponse. Il se tourne à son tour vers ceux qui peuvent résoudre l'affaire : « Réunissant tous les grands prêtres et les scribes du peuple, il s'enqit auprès d'eux du lieu où devait naître le Messie » (Matthieu 2, 4). Il semble avoir compris d'emblée que ce roi dont les Mages ont parlé n'est autre que le Messie, et il n'est manifestement pas disposé à le laisser régner à sa place, tout Messie qu'il soit !
« À Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c'est ce qui a été écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement la moindre parmi les villes principales de Juda. C'est de toi, en effet, que sortira le chef qui mènera paître Israël, mon peuple » (Matthieu 2, 5-6).
Ici renseigné, Hérode convoque les Rois Mages et les oriente vers Bethléem. Ils apprennent que leur voyage n'est donc pas achevé, qu'ils doivent consentir un nouvel effort, ajouter encore à leur fatigue pour découvrir ce Roi enfant. Les Rois Mages sont des gens importants, des savants, mais ils ne connaissent pas tout, et ils ont l'humilité de le reconnaître, de s'en remetttre aux hommes. Ayons cette même humilité pour demander conseil, pour montrer nos plaies au médecin de notre âme, afin qu'ils y mette l'onguent nécessaire à la guérison. Cette même humilité que Jésus nous enseigne en naissant dans une mangeoire...

(à suivre...)