ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007
Affichage des articles dont le libellé est jugement particulier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jugement particulier. Afficher tous les articles

jeudi 26 mars 2015

Jugement particulier et Marie

Jugement particulier et Marie

Vous aurez beaucoup de mal, ô Marie, avec le mécréant que je suis. Mais j’ai confiance dans votre talent oratoire. Il est bien connu. Nombre de vos plaidoiries enflammées circulent parmi nous. Et ce que nous constatons est que vous l’emportez toujours. Que le Juge reconnaît la justesse de votre défense, de vos arguments. Ils portent infailliblement. N’est-ce pas ce que votre grand serviteur Bernard de Clairvaux a prédit dans le « Souvenez-vous » ? Vous avez le sens de la formule bien frappée qui fait choc. (lire la suite) Vous savez toucher la corde sensible et mettre en mouvement la miséricorde plus que la justice. Plus que quiconque vous êtes l’Avocate des causes perdues. Vous aurez beaucoup à faire avec le pauvre pécheur que je suis, mais vous saurez le faire à merveille. Et ce sera encore un titre de gloire pour vous – une des gloires de Marie ! – et un motif de reconnaissance éternelle pour moi. Jésus, votre Fils et mon Frère aîné, mon Sauveur, n’a-t-il pas affirmé à plus d’un de ses serviteurs qu’il ne peut rien vous refuser puisque vous n’avez jamais dit non à tout ce qu’il vous a demandé ? Ce même Jésus n’a-t-il pas adressé comme requête à son Père de nous pardonner – je suis inclus dans le lot – parce que nous ne savons pas ce que nous faisons ? (cf. Luc 23, 34). Je ne sais pas ce que je fais quand je pèche. Et je ne sais peut-être pas non plus ce que je fais quand j’agis bien, puisque c’est sous la motion de ta grâce, Seigneur. Bien que, dans les deux cas, je me prononce librement pour ou contre toi. Mais vous êtes ma Mère. Et s’il y a un moment où je dois vous réclamer : Monstra te esse Matrem ! Montrez que vous êtes ma Mère, manifestez-vous en tant que Mère, c’est bien ce moment-là. Je ne puis douter que vous vous porterez à mon secours. N’ai-je pas sur moi votre saint scapulaire ? N’ai-je pas récité par milliers le chapelet comme vous nous l’avez vous-même recommandé, ce qui, vous l’avez assuré au bienheureux Alain de la Roche, fait que vous me secourez dans toutes mes nécessités – et puis-je être davantage dans le besoin que maintenant ? – et que nous jouirons d’une grande gloire dans le ciel. Votre parole – votre promesse – ne saurait être mise en défaut.

lundi 9 février 2015

La résurrection de Lazare (2)

La résurrection de Lazare (2)

La mort met terme à notre vie terrestre et nous ouvre sur la vie éternelle. Que se passe-t-il à ce moment-là ? Intervient ce que l’on appelle le jugement particulier. Il s’agit d’un véritable jugement de tout ce que nous avons fait et omis pendant les années qu’il nous a été donné de vivre. Rien n’est caché aux yeux de Dieu. Même nos pensées les plus intimes, nous devrons en rendre compte. « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » Sur l’amour avec lequel nous aurons vécu notre existence terrestre. Puissions-nous comprendre la signification profonde de cette affirmation de saint Jean de la Croix, reprise par le Catéchisme de l’Église Catholique. (lire la suite) Autrement dit, quand nous comparaîtrons devant Dieu à l’instant même de notre mort, il ne nous demandera pas si nous avons créé une entreprise florissante, si nous avons fait gagner des milliards à notre pays, si nous avons découvert le vaccin efficace contre le virus Ebola ou si nous avons réalisé un exploit sportif qui restera dans les annales. Il nous demandera si nous avons créé une entreprise florissante par amour ; si nous avons fait gagner des milliards à notre pays par amour ; si nous avons découvert le vaccin efficace contre le virus Ebola par amour ou si nous avons réalisé un exploit sportif par amour. Le reste ne l’intéresse nullement. D’ailleurs, il ne peut pas en tenir compte pour nous introduire en sa compagnie. Car, pour en jouir, il ne faut pas s’aimer soi-même, mais avoir aimé son prochain et, au travers de lui, avoir aimé Dieu. Toute autre chose n’est que balivernes, est comme la paille que le vent emporte (cf. Osée 13, 3). N’est que fatigue inutile, que gesticulation futile, du don Quichotte se battant contre des moulins à vent. Mais il ne sera plus possible de revenir en arrière ; il n’existe pas de session de repêchage. Nous devrons tout assumer de notre vie. C’est nous qui, au fond, décidons de la sentence, puisqu’elle est le résultat, le solde pour tout compte de notre existence. Convertissons-nous, sans attendre le moment de notre mort. Seigneur, aide-moi à prendre la vie au sérieux, c’est-à-dire à penser à ma mort, qui peut intervenir à tout bout de champ, selon ta très sainte Volonté. Aide-moi à rectifier, afin d’être prêt à comparaître devant toi, en fils dont tu puisses être fier. « Jésus vint donc et trouva Lazare depuis quatre jours dans le sépulcre. […] Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Dès que Marthe eut appris que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison. Marthe dit donc à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11, 17-21). « Ce qui est admirable, c’est de voir les sœurs de Lazare, après avoir entendu dire que cette maladie ne causerait pas la mort de leur frère, assister à sa mort sans être scandalisées de cet événement contraire à la prédiction du Sauveur, et s’approcher de Jésus sans concevoir de lui une opinion défavorable » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 62, 1). Cette mort à laquelle je n’attache pas toujours beaucoup d’importance, mais qui peut survenir à n’importe quel moment. (à suivre…)

mardi 17 juin 2014

Le jugement particulier (6)

Le jugement particulier (6)

Ce n’est pas pour rien que l’Église a qualifiée aussi Notre Dame de « toute-puissance suppliante », signifiant par là qu’elle ne se contente pas d’intercéder, mais qu’elle supplie comme une bonne mère sait le faire, et qui souffrirait terriblement dans sa chair que son enfant soit condamné, quand bien même serait-il coupable. Et qui, de surcroît, intervient avec sa « toute-puissance » d’intercession, une puissance telle que Dieu ne peut rien lui refuser, car, soulignent les théologiens et les saints, elle n’a elle-même jamais nié à Dieu ce qu’il lui demandait, et qu’elle a accepté de devenir la Mère du Fils de Dieu devenant notre Rédempteur. Elle n’assiste pas au procès passivement. (lire la suite) Elle en connaît la mécanique et elle sait bien en quoi il consiste et ce sur quoi il peut déboucher : « Le Nouveau Testament parle du jugement principalement dans la perspective de la rencontre finale avec le Christ dans son second avènement, mais il affirme aussi à plusieurs reprises la rétribution immédiate après la mort de chacun en fonction de ses œuvres et de sa foi. La parabole du pauvre Lazare (cf. Lc 16, 22) et la parole du Christ en Croix au bon larron (cf. Lc 23, 43), ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament (cf. 2 Co 5, 8 ; Ph 1, 23 ; He 9, 27 ; 12, 23) parlent d’une destinée ultime de l’âme (cf. Mt 16, 26) qui peut être différente pour les unes et pour les autres. Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification, soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel, soit pour se damner immédiatement pour toujours » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1021-1022 Mari ne veut pas que le diable gagne la partie. Alors elle intervient avec autorité. Sa plaidoirie est vraiment du grand art. Elle est sublime. Notre Dame fait feu de tout bois. Elle s’appuie sur le moindre indice en notre faveur. Elle se souvient de ce que nous n’avons cessé tout au long de notre vie de lui demander de prier pour nous à l’heure de notre mort (cf. Je vous salue Marie). Alors elle s’engage à fond dans notre défense. Et si d’aventure elle ne savait plus par quel bout prendre notre affaire, si la situation devenait dramatique pour nous, et que l’issue s’annonce fatale, Marie sortirait l’argument ultime et décisif, à même d’emporter la décision du tribunal, elle pèserait de tout son poids dans la balance, abattant sa carte maîtresse face à laquelle le juge se trouverait totalement désarmé : « C’est mon fils. Je veux qu’il soit avec moi ici, au paradis. » « Qu’il soit donc fait selon votre parole » (cf. Luc 1, 38), répondra notre Juge. Il frappe alors un coup de marteau sur la table et prononce le verdict : « Acquitté ! » à notre grand soulagement, et à la grande joie aussi de Marie, et de Dieu lui-même, tout heureux de s’être laissé faire par Marie, que saint Joseph approuvait en opinant du chef. Toute la société des saints se presse alors autour de nous pour nous féliciter et nous conduire dans une liesse indescriptible à notre place en la présence contemplative du Dieu trois fois Saint, où commence notre bonheur complet aussi bien qu’éternel. (fin)

dimanche 15 juin 2014

Le jugement particulier (5)

Le jugement particulier (5)

L’acte d’accusation sera lu par satan en personne, ou par le démon qu’il a chargé de s’occuper de nous, ce qui évidemment n’est pas fait pour nous rassurer. Sa présence est terrifiante, comme en témoigne Estelle Faguette, la voyante de Pellevoisin : « Dans la nuit du 15 au 16 février 1876, c’est-à-dire du lundi au mardi, j’étais très malade. Je ne sais trop ce que j’éprouvais ; si c’est du sommeil, je n’en sais rien. Je cherchais à me reposer, quand tout à coup apparut le diable au pied de mon lit. Oh ! Que j’avais peur. Il était horrible ; il me faisait des grimaces. À peine était-il arrivé que la sainte Vierge apparut de l’autre côté, dans le coin de mon lit. […] Ses grands yeux doux me remirent un peu, mais pas tout à fait, car le diable apercevant la sainte Vierge, il recula en tirant mon rideau et le fer de mon lit. Ma frayeur était abominable. Je me cramponnais à mon lit. Il ne parla pas, il tourna le dos. Alors la Vierge lui dit sèchement : « Que fais-tu là ? Ne vis-tu pas qu’elle porte ma livrée et celle de mon Fils ? » Il disparut en gesticulant. Alors elle se retourna vers moi et me dit doucement : « Ne crains rien, tu sais bien que tu es ma fille » (lire la suite) (M.-R. Vernet, La Vierge à Pellevoisin. Dieu au cœur d’une mère. Lecture théologique et spirituelle des documents, Paris, Téqui, 1995, p. 47). Le démon prendra un malin plaisir, un plaisir de Malin, à ne rien omettre de nos iniquités et à mélanger savamment le moins important avec le plus grave, et nous en sommes assommés, sonnés. À quoi s’ajoutent sans doute des surprises désagréables, inattendues, qui pourraient nous faire désespérer de nous en sortir, n’était la présence de Marie, notre Mère, dans le box de la défense… Et la lecture du deuxième document, qui nous permet de relever peu à peu la tête et de nous tourner vers Marie, qui est là, prête à nous défendre et qui, nous en sommes certains,saura trouver les mots justes, et dire tout le bien qu’elle pense de nous… Jésus-Christ est le témoin à charge. Il montre ses Plaies au fur et à mesure de l’énoncé des griefs qui nous sont légitimement reprochés. « Voici l’empreinte des clous et la plaie de mon côté » (cf. Jean 20, 25). Nous baissons la tête, car nous ne pouvons pas supporter la vue de ces blessures dont nous reconnaissons alors que nous en sommes les auteurs, et que, par nos péchés, nous sommes de ceux « qui viennent à tomber » et qui de ce fait, « pour leur compte, […] crucifient de nouveau le fils de Dieu et le mettent au pilori » (Hébreux 6, 6). Mais en même temps, notre Seigneur se tourne vers son Père à chaque fois, lui disant avec un regard plein de compassion : « Père, pardonne-lui, car il ne savait pas ce qu’il faisait » (cf. Luc 23, 34). Le moment où Notre Dame doit prendre la parole est venu. L’Église et, avec elle, ses fidèles, lui ont décerné le titre d’Advocata nostra, « notre Avocate ». Aucun avocat, fût-il près la Cour d’Assise et particulièrement brillant, n’a le talent, l’éloquence, la force d’argumentation, l’art de convaincre que cette Avocate, qui est aussi notre Mère. Nous avons en cela une différence de plus d’avec les procès que nous connaissons ici-bas. Car les membres de notre famille surnaturelle sont parties prenantes. Le Juge est notre Père et notre Avocate est notre Mère. Nous sommes entre personnes connues, en famille. Certes, nul ne cherche un arrangement qui lèserait la justice. Mais nous pouvons être assurés que la Sainte Vierge fera tout ce qu’elle peut pour nous tirer du guêpier dans lequel nous nous sommes fourvoyés volontairement. (à suivre…)

vendredi 13 juin 2014

Le jugement particulier (4)

Le jugement particulier (4)

Que Dieu veuille notre bien n’emporte pas que le procès sera bâclé ou biaisé. Tout à l’inverse. Tout jugement divin est un modèle du genre. Il n’existe pas sur terre de cause traitée avec autant de rigueur, avec une compétence semblable, avec un caractère aussi scientifique et rigoureux. Rien n’y est laissé de côté, rien n’est omis. Si, dans un procès humain, des zones d’ombre peuvent subsister, qui empêchent les juges, ou les jurés, de parvenir à l’intime conviction nécessaire pour trancher, au moins sur certains chefs d’accusation, il n’en va pas de même ici. Aucune obscurité n’est possible, car tout sera mis à plat, tout ce qui est le plus secret dans le cœur de l’homme,(lire la suite) et que notre Juge-Père voit (cf. Matthieu 6, 4.6.18) sera mis à jour et dévoilé et proclamé sur les toits (cf. Matthieu 10, 27). Il sera procédé à un examen minutieux et consciencieux de tous nos faits et gestes. Mais ici intervient une autre différence d’avec les procès de ce monde. Les tribunaux ne s’intéressent qu’à ce qui fait l’objet de la plainte. Ils ne prennent en compte que ce qui a trait à elle. Ils n’ont pas à juger en dehors des points qui leur sont soumis, sous peine de nullité de leur sentence. En revanche, notre jugement particulier, au terme de notre vie terrestre, ne se borne pas à un ou deux chefs, mais suppose un acte d’accusation volumineux et quasiment interminable reprenant tous nos délits par pensée, par parole, par action et aussi par omission. Il a pour contrepoids un autre acte qui, lui, énumère tout le bien que nous avons fait sciemment ou pas. S’applique ici au pied de la lettre la parabole du jugement dont l’importance est alors cruciale : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire ; j’ai été sans foyer, et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus me voir » (Matthieu 25, 35-36). Il faut donc procéder à l’examen de notre vie et nous demander : « Quelle est la qualité de ma confession ? Comment est-ce que je soigne tous les actes de ce sacrement : examen, douleur, résolution de ne plus recommencer, sincérité et clarté dans la confession, accomplissement de la pénitence ? » Nous devons reconnaître que nous manquons d’amour quand nous remettons à plus tard cette rencontre avec Dieu, qui nettoie la conscience et fortifie l’âme avec la grâce sacramentelle. Comment ne pas éprouver le besoin de recevoir toujours avec foi, avec douleur et diligence, et sans retard ce sacrement de la miséricorde divine ! Un examen de conscience quotidien, qui prépare ce « grand oral » qu’est notre jugement particulier, sachant qu’il existe un ennemi petit, sot, mais efficace, qui est le manque d’effort à s’examiner. Les moments d’examen qui ponctuent notre journée existent pour un motif d’efficacité. Si nous avons à un moment donné la tendance à être scrupuleux, l’examen doit être très bref et se ramener à quelques questions très simples, du genre : « Qu’ai-je fait de mal ? » pour en demander pardon au Seigneur. « Qu’ai-je fait de bien ? », pour l’en remercier. « Qu’aurai-je pu faire de mieux ? », afin de prendre une résolution concrète. Deux minutes, une demi minute suffira. Et l’examen particulier du point concret, de ce sur quoi nous nous sommes proposé de livrer la bataille à l’ennemi, afin que l’ennemi ne l’organise pas là où cela ne nous convient pas. Ce n’est pas pour autant que nous sommes pleinement confiants en comparaissant devant notre Juge souverain. (à suivre…)

mercredi 11 juin 2014

Le jugement particulier (3)

Le jugement particulier (3)

Nous avons en cela une première réalité réconfortante : nous serons tous traités pareillement. C’est en réalité une deuxième réalité réconfortante, car la première est évidemment que notre Juge est en même temps notre Père et qu’il ne peut pas faire taire ses entrailles paternelles : « Et notre père, avec une dureté feinte dans la voix et le visage sévère, nous a réprimandés…, alors même que son cœur était attendri ; il connaissait notre faiblesse, et pensait : pauvre enfant, comme il s’efforce de bien faire ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 247). C’est dire que notre Juge est de notre côté. Il n’est pas un accusateur acharné, vindicatif, partisan à la Saint-Just. Non ! (lire la suite) Il est acquis à notre cause, parce qu’il a envoyé son Fils donner sa vie pour nous, afin que nous puissions nous sauver, sortir de la salle d’audience blancs et non noirs. « Je ne suis pas venu, non pour condamner le monde, mais pour le sauver » (Jean 12, 47). Dieu n’a pas envie de nous condamner ! Nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’il n’a aucun intérêt à le faire. Et qu’il ne le fera que si nous l’y contraignons, que si nous nous condamnons nous-mêmes en refusant encore, au terme du procès, de nous laisser aimer par lui et de l’aimer. Toute la question se ramène en effet à cela. Comme saint Jean de la Croix l’affirmait, « à la fin du jour [c’est-à-dire de la vie], c’est sur l’amour qu’on vous examinera. Apprenez donc à aimer Dieu comme Il désire l’être et laissez là ce que vous êtes » (St Jean de la Croix, Les Maximes, 80). Partant de ce principe, nous pouvons être sûrs que Dieu fera tout son possible pour que nous soyons innocentés. Il n’est pas un juge austère, sévère, impitoyable : « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168). C’est un juge bienveillant, mais éminemment juste, équitable, qui « rend à chacun selon ses œuvres » (Romains 2, 6), qui, en quelque sorte, accepte de se plier à notre volonté, de nous suivre dans notre décision. Une volonté qui peut s’opposer à la sienne. Quelle est-elle ? Ce que Dieu veut, c’est de pouvoir nous dire à la fin des débats : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 21). Comme saint Augustin le fait remarquer, « s’il menace de venir en qualité de juge, c’est pour ne trouver personne à punir quand il viendra. C’est pour cela que toutes les menaces des prophètes n’ont pas d’autre but que notre correction. Si Dieu voulait condamner, il se tairait. Personne, voulant en frapper une autre, ne lui dit : prend garde. Tout ce que l’Écriture nous fait entendre, mes frères, c’est la voix de Dieu qui nous dit : prends garde ; et tout ce que nous souffrons de tribulations en cette vie, c’est le fouet de Dieu qui veut nous corriger pour n’avoir pas finalement à nous damner » (Sermon 22, 4). Le même saint Augustin souligne à la fois la miséricorde et la justice de Dieu, dont l’une n’annule pas l’autre, mais la tempère seulement : « Par un effet de notre perversité nous voulons que Dieu soit miséricordieux et non pas juste ; d’autres, au contraire, trop confiant dans leur innocence, veulent que Dieu soit juste et non miséricordieux. Dieu se montre l’un et l’autre, ces deux attributs sont de son ressort ; la miséricorde n’empiète pas sur les droits de la justice et la justice ne supprime pas la miséricorde. Il est miséricordieux et juste. Comment prouvons-nous qu’il est miséricordieux ? Parce qu’il épargne aujourd’hui les pécheurs et donne le pardon à ceux qui s’accusent. Comment prouvons-nous qu’il est juste ? Parce qu’il viendra le jour du jugement. Dieu le diffère aujourd’hui, mais il ne le supprime pas, et quand ce jour sera venu, il rendra à chacun selon ses mérites » (Sermon 22, 5). (à suivre…)

samedi 7 juin 2014

Le jugement particulier (2)

Le jugement particulier (2)

Face à la justice divine, nous sommes tous égaux. Nous ne nous présentons pas avec les atours de nos fonctions terrestres ou en excipant de nos titres et de nos réalisations ni en cherchant des passe-droits. Nous sommes obligés de nous dépouiller de tout cela, comme le requérait le cérémonial des funérailles pour les souverains de l’empire austro-hongrois, dont voici le récit : Quand le cortège « arriva à la hauteur du caveau des Capucins, se déroula le cérémonial d’usage. Le maître des cérémonies, Heinz Haffner, frappe par trois fois au portail de l’église. Le père gardien demande, de l’intérieur : « Qui demande à entrer ? » Le cérémoniaire énumère alors les « grands titres » de sa Majesté : Impératrice Zita, (lire la suite) reine couronnée de Hongrie, reine de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, Slavonie, Galicie, Lodomérie et Illyrie ; reine de Jérusalem ; archiduchesse d’Autriche, grande-duchesse de Toscane et de Cracovie ; duchesse de Lorraine, de Bar, de Salzbourg, Styrie, Carinthie, Ukraine et Bukovine ; Grande-duchesse de Siebenburgen, marquise de Moravie ; Duchesse de Haute et Basse-Silésie… Comtesse-princesse de Habsbourg et Tyrol… Marquise… Contesse de… Souveraine de Trieste… Grande-voïvode de la Voïvodine de Serbie ; Infante d’Espagne, princesse du Portugal et de Parme. Père Gardien : « Je ne connais pas. » Le cérémoniaire frappe trois fois au portail de l’église des Capucins. P. Gardien : « Qui demande à entrer ? » Cérémoniaire : « Zita, Sa Majesté l’Impératrice et reine. » P. Gardien : « Nous ne la connaissons pas. » Le cérémoniaire frappe encore trois fois au portail de l’église des Capucins : P. Gardien : « Qui demande à entrer ? » Cérémoniaire : « Zita, une créature mortelle et pécheresse. » P. Gardien : « Qu’elle entre » (Erich Feigl, Zita de Habsbourg. Mémoires d’un empire disparu, Paris, Criterion, 1991, p. 429-430). Face à Dieu, nous sommes tous égaux, tous ses enfants, et il ne fait pas de distinctions relevant de considérations humaines, qui ne sont pas de son ressort. Pour lui il n’existe qu’une seule race, celle de ses enfants, ce que soulignait saint Josémaria : « Il n’y a qu’une seule race sur la terre: la race des enfants de Dieu. Nous devons tous parler la même langue, celle que nous apprend notre Père qui est aux cieux: la langue du dialogue de Jésus avec son Père, la langue que l’on parle avec le cœur et avec la tête, celle dont vous vous servez en ce moment dans votre prière » (Quand le Christ passe, n° 13). (à suivre…)

jeudi 5 juin 2014

Le jugement particulier (1)

Le jugement particulier (1)

Le jugement qui sera prononcé sur chacun de nous – appelé pour cela jugement particulier – au soir de notre vie, quand nous quitterons ce monde, est un véritable jugement, tout en étant un procès divin, non un procès humain. Ce dernier n’a rien d’instantané. Il peut intervenir après de nombreuses années d’instruction et d’attente angoissante en prison, si le coupable présumé a été incarcéré. Il lui faut faire appel à un avocat – qui fait aussitôt verser une avance substantielle sur honoraires – ou à un groupe d’avocats, dans les affaires importantes et plus complexes. Il faut s’atteler à réunir le plus possible de preuves et de documents en sa faveur. L’on fait appel à tous les témoins qui acceptent de venir à la barre. (lire la suite) L’avocat prépare sa plaidoirie, ce qui peut prendre du temps si les actes du procès font plusieurs mètres linéaires… Un supplément d’enquête peut être ordonné. Dans certaines affaires, l’on se déplace sur les lieux pour y effectuer une reconstitution des faits. Et ainsi de suite. Il n’en va pas du tout de même pour notre comparution devant Dieu. Elle ressortit davantage au flagrant délit et à la procédure d’urgence. À ceci près qu’elle ne porte pas sur un fait délictuel qui vient d’être commis et qu’il convient de sanctionner au plus tôt, mais sur notre vie tout entière. L’image que nous nous faisons de la justice humaine est celle de personnages austères, d’une sentence couperet, même si des recours sont possibles. De la fragilité des décisions prises aussi. Que d’erreurs judiciaires au long des siècles ! Peut-être dues dans certains cas à la vénalité des juges. « Selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs », constatait déjà Jean de La Fontaine, dans Les animaux malades de la peste. Devant cette justice-là, les gens simples sont désarmés et craintifs. (à suivre…)

vendredi 19 novembre 2010

La Liturgie céleste (19)

La Liturgie céleste (19)

B) Le Christ reviendra « juger les vivants et les morts »

Le Livre de l'Apocalypse se clôt sur une invitation pressante : Amen ! Marana tha, « viens, Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22, 21). « La résurrection de tous les morts, « des justes et des pécheurs », précédera le Jugement dernier. Ce sera « l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation » ( Jn 5, 28-29). Alors le Christ « viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle » (Matthieu 25, 31.32.46) » (lire la suite) (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1038). « Alors le juste se dressera en grande assurance, en face de ceux qui l'ont persécuté et qui méprisaient ses labeurs. À cette vue ils seront agités d'une horrible épouvante, ils seront dans la stupeur devant ce salut inespéré » (Sagesse 5, 1-2). Si je voulais parler de liberté liturgique, j'indiquerai, mais c'est un peu forcer son sujet, que notre liberté décide de notre participation à la liturgie céleste ou de notre exclusion.
Cet événement eschatologique, dont nous ignorons le jour et l'heure, mettra à nu face au Christ la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jean 12, 49). Il ne s'agit pas de juger de nouveau ceux qui étaient morts à ce moment-là, puisque le jugement particulier à scellé définitivement leur sort. Mais la convocation de toutes les créatures, angéliques, humaines et matérielles, permettra que retentisse la parole définitive de Dieu sur toute l'histoire. « Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort » (cf. Cantique des cantiques 8, 6) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1040).
Alors l’Église sera « consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection » (Concile Vatican II, const. dogm. Lumen gentium n° 48). Ce seront « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (2 Pierre 3, 13). Les élus formeront "la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (cf. Apocalypse 21, 2), « l’Épouse de l’Agneau » (Apocalypse 21, 9) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1045). Le cosmos lui-même sera régénéré, car « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule ; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps » (Romains 8, 19-23).

(à suivre…)

mercredi 10 novembre 2010

La Liturgie céleste (10)

La Liturgie céleste (10)

B) Le moment de notre mort

C'est l'heure du jugement particulier. Nous nous présentons devant Dieu. Ce Dieu ne nous est pas inconnu. « Qui m'a vu a vu le Père », dit le Seigneur à Philippe qui venait de lui demander : « Montre-nous le Père, et cela nous suffit » (Jean 14, 8-9). Ce Dieu, le « Juste Juge » comme l'appelle l'Écriture (1 Rois 24, 16 ; 2 Timothée 4, 8), nous savons qui il est : « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16), « riche en miséricorde » (Éphésiens 2, 4). Il nous a promis : « Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde » (Matthieu 5, 7). « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » (lire la suite) — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168).
Cette rencontre avec le Christ Sauveur, comment l'imaginer. Saint Josémaria, le fondateur de l'Opus Dei, pensait que quelqu'un s'approchait de nous par derrière, nous donnait un petit coup sur l'épaule. Nous nous retournions alors et avions l'immense surprise, la joie incommensurable de voir que c'est Dieu qui est là. La joie de Marie-Madeleine au matin de Pâques, quand elle reconnaît Jésus au son de sa voix : « Myriam ! » Elle, se retournant, lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » (Jean 20, 16). C'est ce Jésus qui a déclaré : « Quand je vous aurai préparé la place, je reviendrai et je vous prendrai auprès de moi, afin que là où je serai, vous soyez, vous aussi » (1 Corinthiens 7, 29).
« On n’est jamais exclu du salut si l’on se soumet docilement aux exigences amoureuses du Christ, si l’on naît de nouveau (cf. Jean 3, 5), si l’on se fait semblable aux tout-petits, en toute simplicité d’esprit (cf. Marc 10, 15 ; Matthieu 18, 3 ; 5, 3), si l’on écarte de son cœur ce qui l’éloigne de Dieu (En vérité je vous dis qu’il sera difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux, Matthieu 19, 2). Jésus ne veut pas seulement des paroles (cf. Matthieu 7, 21), Il veut aussi des actes, et des efforts courageux, car seuls ceux qui luttent mériteront l’héritage éternel » (le royaume des cieux s’obtient par la force et ceux qui luttent le gagnent, Matthieu 11, 12) » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 180). Si nous avons fait chaque soir notre examen de conscience, si nous nous sommes confessés régulièrement, le jugement en question ne nous apportera aucune surprise désagréable. Il sera comme une ultime confession, une confession générale définitive, qui scelle notre destin pour l'éternité. Mais soyons bien conscients maintenant que « tempus breve est ! que la durée de notre passage sur terre est brève ! Ces mots retentissent au plus profond du cœur de tout chrétien cohérent, comme un reproche face à son manque de générosité, et comme une invitation constante à la loyauté. Il est vraiment court le temps que nous avons pour aimer, pour offrir, pour réparer. Il n’est donc pas juste de le gaspiller, ni de jeter de façon irresponsable ce trésor par la fenêtre » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 39).

(à suivre)

samedi 6 novembre 2010

La Liturgie céleste (6)

La Liturgie céleste (6)

Le scapulaire. Pour en revenir à la liturgie, mentionnons le scapulaire du Mont Carmel. Par la bulle Sabbatine, le pape Jean XXII a accordé en 1322 le « privilège sabbatin », promettant "à ceux qui portent avec piété le scapulaire du Mont Carmel de les délivrer du purgatoire et de les faire entrer au paradis le samedi suivant leur mort. Cette décision pontificale faisait suite à une apparition de la très Sainte Vierge à saint Simon Stock. Marie, écrit-il, « m'apparut, entourée de sa cour, et tenant l'habit de l'Ordre elle me dit : ce sera pour toi et les Carmes le privilège, celui qui restera fidèle à son habit jusqu'à la mort sera sauvé du feu éternel ». (lire la suite)
« Les âmes mondaines ont une grande propension à rappeler la Miséricorde du Seigneur. — Elles s’encouragent ainsi à poursuivre leurs égarements. Il est vrai que Dieu notre Seigneur est infiniment miséricordieux, mais il est aussi infiniment juste : et il y a un jugement et il est le Juge » (saint Josémaria, Chemin, n° 747). Cependant, « je pense sincèrement, dit un auteur spirituel, que l'une de nos plus grandes surprises au jour du Jugement sera de découvrir le peu que nous avons fait pour notre salut. Nous serons étonnés de connaître la manière continuelle et totale dont la grâce de Dieu nous a accompagnés tout au long de notre vie. Sur terre, nous reconnaissons rarement la main de Dieu. Il arrive que nous ne puissions que reconnaître : « La grâce de Dieu a été avec moi » ; mais au jour du Jugement nous verrons que, pour chaque grâce que nous avons perçue, il y en a eu cent ou dix mille qui nous sont passées totalement inaperçues » (L. Trese, La foi expliquée. Tome 1., 1996, p. 108).
Les deux aspects du péché. Il convient de rappeler que tout péché comporte deux aspects. Tout d'abord une faute, qui réclame le pardon de Dieu soit nécessairement dans le sacrement de la réconciliation s'il s'agit d'un péché mortel, soit aussi par d'autres voies, pour le péché véniel. Le second aspect est celui de la peine. « Tout péché, même véniel, entraîne un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l’état qu’on appelle Purgatoire », affirme le Catéchisme (n° 1472). Cette purification libère de ce qu’on appelle la « peine temporelle » du péché. Ces deux peines ne doivent pas être conçues comme une espèce de vengeance, infligée par Dieu de l’extérieur, mais bien comme découlant de la nature même du péché. « Une conversion qui procède d’une fervente charité, peut arriver à la totale purification du pécheur, de sorte qu’aucune peine ne subsisterait » (cf. concile de Trente). La remise de la peine s'effectue par la pénitence que le prêtre nous donne à la fin de la confession. Mais nous sommes bien conscients qu'elle est dérisoire par rapport à ce que nous méritons. C'est voulu, afin de ne pas rendre le sacrement odieux par des pénitences trop dure à accomplir. Au prêtre d'essayer de compléter de son côté. Or, « bien des fautes ici-bas paraissent pardonnées, parce quelles ne sont pas punies ; mais le châtiment les atteindra dans la vie future. Ce n'est point en vain qu'on appelle proprement le jour du Jugement, celui où apparaîtra le Juge des vivants et des morts (Matthieu 12, 36). Au contraire, il y a quelques péchés qui reçoivent déjà leur punition sur la terre, mais qui ne porteront pas préjudice dans l'autre vie, si nous en avons reçu la rémission. C'est pourquoi au sujet de ces peines temporelles que Dieu inflige aux pécheurs pendant leur vie, pour qu'à la fin des siècles, ceux à qui ces péchés auront été remis n'en portent pas le châtiment, l'Apôtre dit (1 Corinthiens 11, 31-3) : « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés par le Seigneur, mais lorsqu'il nous juge, c'est par miséricorde qu'il nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde » (saint Augustin, Enchiridion 66, 17).

(à suivre...)


vendredi 26 mars 2010

Le jugement particulier

Le jugement particulier

Tous les témoignages sont concordants. Les saints auxquels Dieu a fait voir leur vie, la somme de leurs péchés, dans le moindre détail, toux ceux qu'ils ont commis parfois par omission et ceux auxquels ils n'ont pas accordé d'importance - ce sont des « péchés véniels », dit-on, comme pour les justifier - ont passé un très, très mauvais quart d'heure.
Heureusement que la Sainte Vierge est là. Elle est notre Avocate. Et il n'y en a pas deux comme elle. Mais malgré sa présence, l'âme se voit si souillée, si mauvaise, qu'elle perd toute assurance, (lire la suite) qu'elle sent en quelque sorte le sol se dérober sous ses pieds comme en cas de tremblement de terre, et qu'elle se met à douter de pouvoir être sauvée. Mais Marie veille. Il faut serrer bien fort sa main, et sentir la sienne qui nous encourage à avoir confiance.
Son assistance maternelle ne supprime pas l'épreuve. Pas plus que Dieu ne nous épargne les difficultés et les tentations : il nous donne sa grâce pour les surmonter et pour que nous grandissions ainsi en sainteté, ce qui, sans effort, serait impossible. C'est la Croix qui nous sauve. L'épreuve du jugement particulier est également indispensable. Elle est un ultime moyen dont Dieu veut pouvoir se servir pour susciter en nous une profonde contrition, un repentir intense de nos fautes et pour, si possible, purifier ainsi complètement et définitivement notre âme, sinon nous disposer à achever cette purification au purgatoire. « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Concile de Lyon : Denzinger Hünermann, 857-858 ; Concile de Florence, DH, 1304-1306 ; Concile de Trente, DH, 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII, DH, 1000-1001 ; Jean XXII, DH, 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII, DH, 1002) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1022).
Nous savons que Dieu est notre Père. Il n'empêche que d'être découvert dans nos turpitudes, de prendre conscience de leur étendue et de leurs conséquences, nous fait estimer - non sans raison - que nous sommes passibles d'un châtiment éternel. Nous essayons de formuler une requête, la plus humble possible : « Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne suis plus digne d'être regardé comme ton fils » (Luc 15, 19).
Dieu est notre Père. Marie est notre Mère. Nous ne pouvons pas douter d'eux. Mais c'est de nous-même que nous doutons alors. Nous voyons nos péchés - appelons-les avec ce mot, plus exact que « faute », qui édulcore un peu notre culpabilité - et le Père ne cesse de présenter son Fils en Croix à notre regard. Il nous fait assister à la Passion de ce Fils qui a poussé l'Amour jusqu'à mourir pour nous, pour mes péchés précisément, et qui me les pardonne. Mais qui n'aurait pas dû subir cette Passion si je m'étais maintenu fidèle et, avec moi, tous les hommes.
Me pardonner ! C'est cela. La pression de la main de Marie me le confirme. Elle ne m'a pas abandonné. Elle priait tandis que le jugement avait lieu. Elle faisait valoir à son Fils que j'ai toujours été son serviteur. Elle m'obtient alors une dernière grâce, qu'elle puise dans ce Cœur qui m'apparaît transpercé : « Ces grâces sont de mon Fils, je les prends dans son Cœur » (Notre Dame à Estelle Faguette, apparitions à Pellevoisin, en 1876).

mercredi 14 janvier 2009

Qui peut citer Dieu en justice ?

Comment pourrait-on te juger, toi, Seigneur, notre juge ! Ta toute-puissance ne peut être arbitraire, puisqu'en toi sont, tout à la fois et à leur perfection, la puissance et l'essence, la volonté et l'intelligence, la sagesse et la justice, comme une seule et même chose. De sorte que rien ne peut être dans ta puissance, qui ne puisse être dans ta juste volonté ou dans ta sage intelligence. Et ce n'est davantage par crainte de qui que ce soit, que tu peux accorder, ici ou là, l'impunité. Qui peux te dire : Qu'as-tu fait ? Qui s'opposerait à ta décision ? Qui te citerait en justice pour la ruine d'un peuple ou d'un homme que tu as toi-même créé ? Qui viendrait déposer contre toi en vengeur d'hommes ? Parce que tu es juste, tu conduis tout avec justice, Seigneur, et tu regardes comme indigne de ta puissance de condamner qui ne le mérite pas. Celui qui se détourne de ta justice, pour commettre le mal, et meurt à cause de cela, c'est à cause du mal qu'il a commis qu'il meurt, et rien d'autre.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 355.

samedi 6 décembre 2008

Dieu rend à chacun selon ses œuvres (4)

Dieu rend à chacun selon ses œuvres (4)

Si nous y pensions ne serait-ce que deux secondes, nous agirions bien différemment, nous aurions davantage souci du vrai bien, non des vanités de ce monde, mais de ce qui permet de nouer des liens d'amitié infrangible avec Dieu. Certains ricanent en entendant parler de « vanités ». Pauvres gens. Oublient-ils qu'ils tombent facilement en disgrâce, malgré tous les équilibres imposés à leur conscience ? Ou qu'un revers de fortune les guette au détour des ans ? Quand ce n'est pas la maladie, la décrépitude, l'accident et, inexorablement, la mort ? Malgré toutes les protestations, (lire la suite) les gens ne sont guère réalistes ni objectifs. Ils se créent un monde artificiel, une sorte de bulle. Mais le tribunal de Dieu est à deux pas. Et quand il y convoque, aucune résistance, aucun retard n'est possible.
On y va avec ses dossiers. Le dossier des bonnes œuvres et celui des mauvaises. Quelle tête allons-nous faire ? Chanter Jésus-Christ et la très Sainte Vierge, et mettre notre confianec en eux ? Nous enflammer de colère et prétendre trouver de bonnes justifications à tous nos errements ? Pourquoi les gens ne regardent-ils pas la vie en face ?
Regarder la vie en face, c'est se rappeler qu'elle ne dure qu'un temps, et que nous devons être prêts pour le « grand oral ». La convocation partaît au « J.O. » et est exécutable séance tenante. Chaque jour, chaque matin, notre nom peut figurer au « J.O. ». Il n'y a pas moyen de le savoir avant. Mais cela viendra. Je ne peux pas vivre comme si le « J.O. » n'existait pas. Car il existe ! Il est tout ce qu'il y a de plus officiel, comme son nom l'indique.
Ils ne le regardent pas en face, parce qu'ils se livrent à leurs plus bas instincts, au point d'en être totalement esclaves, prisonniers des milieux qu'ils fréquent. Ils ne le regardent pas en face parce que, tout intelligents qu'ils soient, ils ne prennent pas le temps de s'arrêter et de réfléchir : ils vendent leur âme au diable qui se charge très vite de l'anesthésier pour qu'ils ne fassent pas machine arrière. Ils ne la regardent pas en face parce qu'ils contemplent éperdument leur nombril et font semblant de croire dur comme fer à la nouvelle théorie qu'ils ont élaborée et qui est censée remplacer définitivement toutes les précédentes, car c'est la seule « valable », l'unique ! Que de prétention ridicule, que d'orgueil et de sottise derrière une telle attitude ! L'histoire ne leur a donc rien appris ! Il n'y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Il n'y a pas non plus de pire aveugle que celui qui ne veut pas regarder la vérité telle qu'elle est.

(à suivre...)

vendredi 21 mars 2008

Dieu est Eternel (2)

Dieu est Éternel (2)

Déjà, au baptême, l'âme reçoit la grâce, qui est une participation à la vie de la Très Sainte Trinité, une anticipation de la gloire céleste. « Germe d’éternité qu’il porte en lui-même, irréductible à la seule matière » (concile Vatican II, constitution pastorale Gaudium et Spes, n° 18, § 1 ; cf. 14, § 2), « son âme (de l'homme) ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul" (Catéchisme de l'Église catholique, n° 33). Au baptême, le « nom reçu est un nom d’éternité. Dans le royaume, (lire la suite) le caractère mystérieux et unique de chaque personne marquée du nom de Dieu resplendira en pleine lumière. « Au vainqueur,... je donnerai un caillou blanc, portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, hormis celui qui le reçoit" (Apocalypse 2, 17). « Voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant, inscrits sur le front, son nom et le nom de son Père » (Apocalypse 14, 1) » (ibid., n° 2159).
Mais le « principe du salut éternel » (Hébreux 5, 9) et dans le Sacrifice qu'il offre une fois pour toutes à son Père en vue de la rémission des péchés des hommes. « Le Christ est Seigneur de la vie éternelle. Le plein droit de juger définitivement les œuvres et les cœurs des hommes appartient à Lui en tant que Rédempteur du monde. Il a « acquis » ce droit par sa Croix. Aussi le Père a-t-il remis « le jugement tout entier au Fils » (Jean 5, 22 ; cf. Jean 5, 27 ; Matthieu 25, 31 ; Actes 10, 42 ; 17, 31 ; 2 Timothée 4, 1). Or, se trouve en Jésus-Christle Fils n’est pas venu pour juger, mais pour sauver ( cf. Jean 3, 17) et pour donner la vie qui est en lui (cf. Jean 5, 26). C’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge déjà lui-même (cf. Jean 3, 18 ; 12, 48), reçoit selon ses œuvres (cf. 1 Corinthiens 3, 12-15) et peut même se damner pour l’éternité en refusant l’Esprit d’amour (cf. Matthieu 12, 32 ; Hébreux 6, 4-6 ; 10, 26-31) » (ibid., n° 679).
Le jugement particulier qui intervient pour chaque être humain au soir de sa vie est irréformable : « Pour l'éternité, tes justes jugements » (Psaume 119, 160).

(à suivre...)