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mardi 22 octobre 2013

Arrêt sur christianisme (79)

Arrêt sur christianisme (79)

Ni le subtil intellectualisme de la démythologisation ni le pragmatisme de l’aggiornamento [la mise à jour] n’arrivent à emporter la conviction. N’est-ce pas la preuve que cette déviation du scandale sur lesquelles ni théories ni recettes n’ont directement prise. En un certain sens, l’on saisit ici sur le vif l’originalité du scandale « chrétien », ce que l’on pourrait appeler le positivisme chrétien, le positivisme irréductible du christianisme. je veux dire : la foi chrétienne n’a pas seulement pour objet, comme on pourrait d’abord le supposer, ce qui est éternel et en vertu de son altérité resterait totalement en dehors de notre monde et en dehors du temps ; son objet immédiat, c’est plutôt le Dieu qui est entré dans l’histoire, Dieu fait homme. En paraissant ainsi combler le fossé entre l’éternel et le temporel, entre le visible et l’invisible, en nous faisant rencontrer Dieu comme un homme, l’Éternel comme un être soumis au temps, la foi se reconnait comme révélation. Sa prétention d’être révélation est fondée dans le fait qu’elle introduit pour ainsi dire l’Éternel dans notre monde : « Nul n’a jamais vu Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître » (Jean 1, 18) ; il est devenu « exégèse » de Dieu, aurait-on presque envie de dire suivant l’expression grecque. Mais restons au mot allemand (aus-legen = en-poser) que l’original nous autorise à prendre au pied de la lettre : Jésus a « ex-posé » Dieu, il l’a sorti de lui-même ; ou comme le dit Jean d’une manière encore plus frappante dans sa première Épître : « Il l’a donné à voir, à toucher, à tel point que Celui que personne n’ a jamais vu, nous pouvons maintenant le toucher de nos mains » (1 Jean 1, 1-3). Joseph Ratzinger, La Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Les Éditions du Cerf, 2005, p. 18.

mardi 9 juillet 2013

Arrêts sur christianisme (74)

Arrêts sur christianisme (74)

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1, 14). Le Logos se fait chair : nous sommes tellement habitués à cette parole que nous ne nous rendons plus compte de la synthèse divine inouïe accomplie entre ce qui était séparé de façon apparemment infranchissable, synthèse que les Pères ont pénétrée pas à pas par la pensée. Ici résidait et réside la véritable nouveauté chrétienne qui était absurde et impensable pour l’esprit grec. Ce qui est affirmée ici n’est pas tiré – comme on le postule aujourd’hui trop souvent sans avoir réfléchi – d’une culture précise, qu’elle soit sémitique ou grecque. Cette affirmation s’oppose au contraire à tous les types de culture que nous connaissons. Elle était aussi déroutante pour le Juif que pour le Grec, quoique pour d’autres raisons. Il en est de même pour l’Indien ou encore pour l’esprit moderne qui considère la synthèse entre le monde des phénomènes et celui des noumènes comme complètement irréelle et la conteste avec toute l’assurance de la rationalité moderne. ce qui est dit ici est « nouveau » puisque cela vient de Dieu et ne pouvait être opéré que par lui-même. Pour toute l’histoire et toutes les cultures, c’est une complète nouveauté dans laquelle nous pouvons entrer par la foi, uniquement par la foi, et qui nous ouvre des horizons tout à fait nouveaux de pensée et de vie. J. Ratzinger, Dieu nous est proche. L’Eucharistie au cœur de l’Église, Le Muveran, Parole et Silence, 2003, p. 16-17.

jeudi 10 juin 2010

Arrêts sur christianisme (56)

Arrêts sur christianisme (56)

(le succès des chemins de Dieu) passe par la croix et se trouve toujours sous ce signe. Ses véritables témoins, à travers les siècles, sont ceux qui ont accepté ce signe. Si, aujourd’hui, nous remontons dans l’histoire, alors nous devons dire : ce n’est pas l’Eglise de ceux qui étaient couronnés de succès qui nous impressionne, l’Eglise des papes qui étaient des dominateurs du monde ; mais ce qui nous fait croire, ce qui est demeuré constant, ce qui nous donne l’espérance, c’est l’Eglise des souffrants. Jusqu’à aujourd’hui, elle est le signe que Dieu existe et que l’homme n’est pas seulement un cloaque, mais qu’il peut être sauvé. C’est vrai pour les martyrs des trois premiers siècles jusqu’à Maximilien Kolbe et les nombreux témoins inconnus qui, dans les dictatures de notre temps, ont donné leur vie pour le Seigneur, soit en étant mis à mort, soit en se laissant écraser pour lui, année après année et jour après jour.

J. Ratzinger/Benoît XVI, Dieu nous est proche. L’Eucharistie au cœur de l’Eglise, Parole et Silence, 2003, p. 38-39.

mercredi 2 juin 2010

Arrêts sur christianisme (55)

Arrêts sur christianisme (55)

Dans le monde méditerranéen où le christianisme a pris racine en premier, il était à l’ordre du jour que l’aristocrate qui s’était converti au christianisme soit assis à côté de l’ouvrier du port de Corinthe ou à côté d’un esclave miséreux qui, d’après la loi romaine, n’était même pas à considérer comme un être humain mais comme une chose. Il était à l’ordre du jour que le philosophe se trouve à côté de l’analphabète, la prostituée convertie et le publicain converti à côté de l’ascète qui a fait son chemin vers Jésus-Christ. Et nous voyons encore dans les textes du Nouveau Testament comment les hommes se sont toujours regimbés contre cela, comment ils ont voulu s’enfermer dans leur cercle et comment, cependant, ceci demeurait précisément le sens de l’eucharistie : réunir, dépasser les frontières et conduire les hommes dans une nouvelle unité à partir du Seigneur.

J. Ratzinger/Benoît XVI, Dieu nous est proche. L’Eucharistie au cœur de l’Eglise, Parole et Silence, 2003, p. 116-117.

lundi 17 mai 2010

Arrêts sur christianisme (54)

Arrêts sur christianisme (54)



Si nous écartons le terme « âme », nous retombons nécessairement dans le matérialisme qui n’élève pas le corps, mais le prive de sa dignité. Quand beaucoup disent qu’une âme dépourvue d’un corps entre la mort et la résurrection serait chose impossible, ils n’ont manifestement pas bien écouté l’Ecriture Sainte. Car après l’ascension du Christ, il n’y a plus le problème de l’âme dépourvue du corps : le Corps du Christ est le nouveau Ciel désormais ouvert. Quand nous serons devenus nous-mêmes des membres du Corps du Christ, nos âmes seront tenues dans ce Corps qui est devenu leur corps, et ainsi elles attendent la résurrection définitive dans laquelle Dieu sera tout en tous. Cette résurrection à la fin de l’histoire est cependant quelque chose de réellement nouveau. Nous ne pouvons pas nous imaginer cela puisque nous ne connaissons ni les possibilités de la matière ni celles du Créateur ? Depuis la résurrection du Christ nous savons, par contre, que non seulement les individus seront sauvés, mais que Dieu veut sauver toute la Création, et qu’il le peut.

J. Ratzinger/Benoît XVI, Dieu nous est proche. L’Eucharistie au cœur de l’Eglise, Parole et Silence, 2003, p. 160.

samedi 15 août 2009

L'impasse sur Marie

L'impasse sur Marie

En s'abstenant de vénérer Marie, l'Église négligerait un des aspects de sa mission. Elle s'écarterait ainsi de la Parole biblique en omettant de rendre un culte à Marie. Car alors elle cesserait de glorifier comme il conviendrait Dieu lui-même. En effet, nous le connaissons d'une part par sa création : Ce qu'il y a d'invisible depuis la création du monde se laise voir à l'intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité (Romains 1, 20). Mais d'autre part et de façon plus profonde, nous connaissons Dieu par l'histoire qu'il a vécue avec les hommes. Comme la nature de l'homme se manifeste dans l'histoire de sa vie et dans les relations qu'il noue, de même Dieu se rend-il visible dans une histoire, dans des personnes humaines, à travers lesquelles transparaît sa propre nature, de façon qu'à travers elle on puisse le nommer et qu'en eux on puisse le connaître.

J. Ratzinger, « Marie, Mère de l'Église », dans card. J. Ratzinger-H. U. von Balthasar, Marie, première Église, Paris-Montréal, Médiaspaul, 1998, p. 62-63.

dimanche 1 février 2009

Christianisme et sens de la vie (1)

Christianisme et sens de la vie (1)

Nous disons parfois d'un de nos semblables qu'il « se démène comme un beau diable » face aux difficultés qui l'assaillent. L'expression est évidemment impropre, car le diable n'a rien de beau, même s'il peut se déguiser « en ange de lumière » (2 Corinthiens 11, 14). Il est l'auteur du mal, le Mal personnifié, le « Malin » dont nous demandons d'être délivrés dans le « Notre Père » (Matthieu 6, 13), le « père du mensonge » (Jean 8, 44). Or, ni le mal ni le mensonge ne sont beaux.
Ceci étant, nous nous interrogeons sur le sens de notre vie quand nous constatons à quel point il faut se battre et souffrir, pour finir par mourir un jour... Nous nous demandons si tout cela en vaut vraiment la peine, (lire la suite)
s'il y a « quelque chose » après notre mort, donc s'il existe un idéal supérieur aux simples intérêts matériels pour lequel il soit utile de s'investir, d'engager son existence tout entière. Bref, tôt ou tard, l'homme s'interroge : « D’où venons-nous ? » « Où allons-nous ? » « Quelle est notre origine ? » « Quelle est notre fin ? » « D’où vient et où va tout ce qui existe ? » Les deux questions, celle de l’origine et celle de la fin, sont inséparables. Elles sont décisives pour le sens et l’orientation de notre vie et de notre agir » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 282).
Les différentes religions lui apportent des réponses multiples. Mais, en dehors du christianisme, elles ne sont que des recherches de l'homme qui se situe face à la divinité ou aux dieux dont il se fait une idée à sa façon, selon son invention. Seul le christianisme apporte une réponse satisfaisante, parce qu'elle n'est pas le résultat de la cogitation humaine, mais la Parole de Dieu qui s'adresse à l'homme, qui se révèle à lui et lui fait découvrir à la fois d'où il vient et où il va : créé par Dieu, il est fait pour aimer Dieu sur terre et parvenir ainsi à l'aimer éternellement au ciel. Dans la première hypothèse, Dieu « demeure totalement passif et seule compte le vécu de l'homme, l'homme expérimentant son identité avec l'être de tout ; dans la deuxième, on croit à l'activité de Dieu qui appelle les hommes » (J. Ratzinger, Foi, vérité, tolérance, Paris, 2005, p. 36).

(à suivre...)

samedi 18 octobre 2008

La chance de la foi

La chance de la foi

Après la conférence magistrale prononcée par le pape Benoît XVI devant des intellectuels aux Bernardins, le 12 septembre dernier, il peut être utile de relire le texte suivant et de réfléchir à sa portée :

« Pourquoi la foi a-t-elle encore une chance ? Je dirais : parce qu'elle correspond à l'être de l'homme. Car l'homme est dimensionné bien plus largement que ne le voient Kant et les philosophies post-kantiennes et dépasse les limites dans lesquelles ils veulent l'enfermer. (lire la suite) Kant lui-même a dû, malgré ses postulats, en convenir. Dans l'homme vit, indélébile, l'apsiration à l'infini. Aucune des réponses apportées ne suffit : seul le Dieu qui s'est fait fini, pour déchirer notre finitude et nous conduire dans l'immensité de son infinitude répond à la question de notre être. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, la foi chrétienne rencontrera de nouveau l'homme. Notre tâche consiste à la servir avec un humble courage, de toute la force de notre cœur et de notre raison. »

Cardinal Ratzinger, Foi, vérité, tolérance, Paris, 2005, p. 143.

mardi 14 octobre 2008

Le relativisme religieux

Le relativisme religieux

Il existe des formes de religion dégénérées et malsaines, qui n'aident pas l'homme à se construire, mais l'aliènent : la critique marxiste de la religion n'est pas seulement dénuée de tout fondement. Même des religions dont on doit reconnaître la grandeur morale et le cheminement vers la vérité, peuvent par endroits tomber malades. Dans l'hindouisme ­ qui en réalité est le nom d'un ensemble de religions diverses -, il y a des éléments grandioses, mais aussi des aspects négatifs : le système des castes, la crémation des veuves, (lire la suite) qui s'est pratiqué à l'origine à partir de représentations symboliques ; il faudrait également citer les aberrations du saktisme, pour donner encore quelques exemples. Même l'islam, avec toute la grandeur qu'il propose, est toujours exposé à perdre son équilibre, à céder à la violence, et à laisser la religion dévier vers l'extériorité et le ritualisme. Naturellement, il y a aussi, comme nous le savons, les formes malsaines du christianisme : ainsi lorsque les croisés, lors de la conquête de Jérusalem (...) ont pour leur part occasionné un bain de sang entre musulmans et juifs. Le fait religieux nécessite un discernement : discernement entre les formes de religion et distinction à l'intérieur même de la religion, sur sa propre grandeur. En mettant sur le même pied les contenus des religions et l'idée qu'elles sont différentes et néanmoins semblables, on n'avance guère. Le relativisme est dangereux pour l'homme, pris individuellement ou comme membre de la société. Le refus de la vérité ne sauve pas l'homme. Nul ne saurait admettre la somme du mal qui a été commis dans l'histoire au nom de bons sentiments et de bonnes intentions.

Cardinal Ratzinger, Foi, vérité, tolérance, Paris, 2005, p. 218-219.

jeudi 9 octobre 2008

Dieu et les « dieux »

Dieu et les « dieux »

Dieu démasque les dieux car sa lumière met en évidence le fait que les « dieux » ne sont pas des dieux, que le pluriel de Dieu s'apparente à un mensonge. Or le mensonge renvoie à une privation de liberté, et ce n'est pas un hasard - et surtout pas une contre-vérité - si, dans la mémoire d'Israël, l'Égypte est associée à une maison aux esclaves, à un lieu de privation de liberté. (lire la suite) Seule la liberté rend libre. Là où l'utilité prime sur la vérité, comme c'est le cas dans la vérité divisée, (...) l'homme devient esclave de l'utilité et de ceux qui décident de ce qui est utile. En ce sens, il est d'abord nécessaire de procéder à une démythification qui retire aux dieux leur faux éclat et donc de leur faux pouvoir afin de les rétablir ensuite dans leur « vérité », c'est-à-dire pour mettre en lumière les forces réelles et les réalités cachées. En d'autres termes : une fois cette démythification accomplie, leur vérité relative peut et doit aussi apparaître.

Cardinal Ratzinger, Foi, vérité, tolérance, Paris, 2005, p. 243-244.

mercredi 1 octobre 2008

Arret sur christianisme (31)

Le christianisme et les religions

Sans aucun doute, la mission chrétienne doit-elle comprendre et accueillir les religions de façon beaucoup plus profonde qu'elle ne l'a fait jusqu'alors, mais inversement, les religions, pour pouvoir exister à l'avenir dans ce qui est le meilleur d'elles-mêmes, ont besoin de reconnaître leur propre caractère d'Avent, qui dirige le regard en avant, vers le Christ. Si, en ce sens, nous nous mettons interculturellement à la recherche de la trace de la vérité unique qui nous est commune, alors on verra des choses inattendues : les points communs du christianisme avec les cultures anciennes de l'humanité sont plus nombreux que les points commmuns avec le monde relativiste et rationnel qui s'est séparé des découvertes fondamentales qui portaient l'humanité, et qui met l'homme dans un espace vide de sens qui menace de devenir mortel si on ne lui donne pas à temps une réponse. En effet, à travers toutes les cultures se retrouve la conscience d'une référence de l'homme à Dieu et à l'éternité ; on y connaît le péché, la pénitence et le pardon ; la communion avec Dieu et la vie éternelle ; et finalement les structures morales fondamentales telles qu'elles ont été exprimées dans le Décalogue. Ceci est une confirmation, non du relativisme, mais de l'unité de l'« être-homme » et du fait que nous ayons tous été touché par une vérité qui est plus grande que nous.

Joseph Ratzinger (Benoît XVI), Foi, vérité, tolérance, Parole et Silence, 2005, p. 81-82.