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jeudi 21 juin 2012

L’âme de la France

Comment dire, mes frères, tout ce qu’évoque en mon esprit, en mon âme, comme dans l’âme et dans l’esprit de tout catholique, je dirais même dans toute âme droite et dans tout esprit cultivé, le seul nom de Notre-Dame de Paris ! Car ici c’est l’âme même de la France, l’âme de la fille aînée de l’Église, qui parle à mon âme. Âme de la France d’aujourd’hui qui vient dire ses aspirations, ses angoisses et sa prière ; âme de la France de jadis dont la voix, remontant des profondeurs d’un passé quatorze fois séculaire, évoquant les Gesta Dei per Francos, parmi les épreuves aussi bien que parmi les triomphes, sonne aux heures critiques comme un chant de noble fierté et d’imperturbable espérance. Voix de Clovis et de Clotilde, voix de Charlemagne, voix de saint Louis surtout, en cette île où il semble vivre encore et qu’il a parée, en la Sainte Chapelle, de la plus glorieuse et de la plus sainte des couronnes ; voix aussi des grands docteurs de l’Université de Paris, des maîtres dans la foi et dans la sainteté… Cardinal Pacelli (futur Serviteur de Dieu Pie XII), Discours dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris
, 13 juillet 1937.

jeudi 25 août 2011

Saint Louis bâtisseur (2)


Saint Louis bâtisseur (2)

- Des couvents : pour les ordres mendiants ,nouvellement fondés. Il fallait achever l’église des Jacobins (dominicains), rue Saint-Jacques, et agrandir leur couvent après 1221. Il construit l’église des Cordeliers (franciscains), rue de l’Ecole-de-Médecine, en 1240. Aux Carmes, près de Saint-Paul ; aux augustins, près de la Porte Montmartre ; aux Frères de la Pénitence, près de Saint-André-des-Arts ; aux serfs de la Vierge ; près de la porte du Temple (église des Blancs-Manteaux) ; aux Frères de la Sainte-Croix, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie ; aux Trinitaires, chargés du rachat des prisonniers des musulmans, installés rue du Sommerard ; près de Cluny ; aux Chartreux (dans la maison de Vauvert – emplacement de l’Observatoire), il fait construire églises et couvents, souvent après avoir donné les terrains. A cette liste, il faudrait ajouter les couvents de femmes : les Filles de Dieu, rue Saint-Denis, les Béguines, rue Charlemagne. Œuvre au service de la culture, de la prière et de la charité, c’est-à-dire du social. (lire la suite)

- Des « Saintes Chapelles » pour garder les reliques. Celle de l’Île de la Cité, mais aussi celles de Vincennes et de Saint-Germain. Œuvre spirituelle et pastorale.

- Des « Maisons-Dieu » : déjà au XIIe siècle, elles s’étaient multipliées, mais saint Louis les fait agrandir pou reconstruire, et il en crée d’autres. On connaît son attention aux pauvres. Par lettre patente de 1227, il prend l’Hôtel-Dieu sous sa protection et l’agrandit. En 1225, il fonde les Quinze-Vingts pour trois cents aveugles, près de Saint-Honoré. Œuvre sociale considérable, née de sa charité.

- Des bibliothèques et des « collèges », dont la Sorbonne : la première bibliothèque publique de Paris est ouverte par lui au troisième étage de la sacristie de la Sainte Chapelle. En 1257, c’est lui qui donne une maison pour un collège à son chapelain, Robert de Sorbon. Le développement intellectuel de Paris lui doit beaucoup. Curés et bourgeois bénéficient de cette vie universitaire, le rayonnement de Paris aussi.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 71-72.

(fin)

mercredi 24 août 2011

Saint Louis bâtisseur (1)

Saint Louis bâtisseur (1)

Avec les architectes Pierre et Eudes de Montreuil, Jean de Chelles, Jean d’Orbais, Hugues Libergier, Robert de Luzarches, Villard de Honnecourt, saint Louis est à l’origine d’un des fondements de notre patrimoine spirituel, artistique et culturel. Il ne construisait pas pour son prestige ou son plaisir, mais pour le service de ses sujets. On lui doit plus de « Maisons-Dieu », d’hôpitaux ou de « centres sociaux » pour les soins des pauvres et des malades ; de monastères, centres de prière (mais aussi de développement des techniques agricoles et industrielles) ; de « collèges » ; d’églises ; de villes que de palais. Les chroniqueurs nous montrent le roi se déplaçant pour inspecter les chantiers et pour ordonner comment disposer les salles, et même participant de ses mains à la construction. « Il transportait des sacs de terre sur son dos. » (lire la suite)
Dans ce siècle qui pensait que l’on ne s’accomplit que par le don généreux de ses biens et de sa personne, il réussit à obtenir cette abondance de constructions sociales et spirituelles sans mettre en péril les finances du royaume et sans multiplier des impôts écrasants pour le peuple ; car il savait faire donner par les riches et utiliser les « amendes » auxquelles il condamnait les grands en faute.
Ainsi, l’amende qu’un jugement impose au sire de Coucy est utilisée pour construire des « écoles » et des réfectoires au couvent des dominicains, rue Saint-Jacques. Son œuvre se comprend comme celle d’un mystique qui sut être un politique et un remarquable homme d’action et de goût au service de son peuple, des pauvres en particulier.
Même si l’on se borne à Paris, la liste de ses constructions est trop longue à dresser (…). Mais il vaut la peine d’évoquer les différents domaines où s’exerça son action. On lui doit :
- Des monastères : celui de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, rue d’Ormesson (1228) pour honorer un vœu des sergents d’arme à Bouvines et permettre à des moines intellectuels de s’établir à Paris ; celui de Longchamps (1256). Œuvre au service de la prière et de l’économie.

(à suivre…)

jeudi 31 mars 2011

Le baptême des petits enfants


Le baptême des petits enfants

Au temps de sainte Geneviève (VIe siècle), comme au temps d’Eudes de Sully, de saint Thomas et de saint Louis (XIIIe siècle), les Parisiens avaient une autre vision de la portée de ce sacrement. Deux fois l’an seulement, à Pâques, car le baptême est participation à la résurrection du Christ, et à la Pentecôte, car c’est encore la fête de Pâques et que le baptême donne la lumière et la force de l’Esprit Saint, on amenait à l’évêque la foule des petits enfants nés dans l’année. L’évêque les recevait dans son église baptistère, Saint-Jean-le-Rond, contre Notre-Dame, au cours d’une solennelle célébration qui rassemblait un grand concours de peuple pour accueillir ces nouveaux chrétiens dans l’Eglise de Paris. (lire la suite) Il les baptisait en les plongeant dans la piscine du baptistère. Le baptême était une grande fête annuelle du temps pascal, autour de l’évêque bâtissant son peuple en Jésus-Christ ressuscité. Comme la mortalité infantile était grande, Eudes de Sully (évêque de 1196 à 1208) rappelle dans ses statuts synodaux « qu’en cas de grande nécessité, le père et la mère baptisent eux-mêmes leur enfant et qu’on doit souvent le rappeler en chaire ». C’est dire que la plupart des prêtres urbains ne reçoivent pas le droit de baptiser. « Père » et Pasteur de son Peuple, l’évêque se réserve ce droit.
Ce n’est qu’au cours du XIVe siècle et surtout du XVe, que, de plus en plus, on baptise dans les paroisses et plusieurs fois dans l’année, chaque fois qu’une naissance le rend nécessaire. En 1311, on fait un devoir aux sages-femmes de baptiser les enfants en danger et au curé de « compléter » les cérémonies à l’église. La peur du jugement de l’enfant mort sans baptême influence la pratique sacramentelle. C’est à ce moment que l’on prend l’habitude de ne plus plonger l’enfant dans le bain baptismal, mais de lui verser un peu d’eau sur la tête. Cependant, on peut voir encore à Saint-Pierre-de-Montmartre une « baignoire » en marbre du XVIe siècle pour le baptême des enfants. C’est vers cette époque aussi, ou un peu plus tôt, que l’on cesse de faire communier les enfants le jour de leur baptême, en leur donnant une goutte du sang du Christ.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 63-65.

lundi 9 novembre 2009

Les Confréries du Rosaire (3)

Les Confréries du Rosaire (3)

Cette chaîne universelle de prière eut un succès considérable dans le peuple chrétien qui l’accueillit avec grand enthousiasme. Elle allait rapidement recouvrir d'un maillage serré tous les pays de la Chrétienté, les protégeant tel un bouclier. L’engouement pour cette dévotion fit que certains se mirent à réciter le psautier de la Vierge quotidiennement. Saint-Louis-Marie Grignion de Montfort s'en fait l'ardent propagateur, ayant été mandaté pour cela : « Nous le Provincial de l'Ordre des Frères Prêcheurs, certifions et déclarons que Louis-Marie Grignion de Montfort, frère de notre Tiers-Ordre, prêche partout avec beaucoup de zèle, d'édification et de fruit la Confrérie du Rosaire (lire la suite) dans toutes les missions qu'il fait continuellement dans les villes et les campagnes. » Le nombre des confréries du Rosaire s'est tellement accru que, « en Italie notamment, il n'est pas de région, pas de ville et presque pas de paroisse qui n'en possède un grand nombre ou au moins plusieurs. (...) La Confrérie dite du Très Saint Rosaire (...) est au premier rang par son ancienneté, car on attribue sa fondation à saint Dominique lui-même ; si on tient compte des privilèges, elle en a obtenu d'innombrables de la munificence de nos prédécesseurs. (...) Innocent VIII, notamment, l'appelle « la très dévote confrérie » (Léon XIII, enc. Augustissimæ Virginis, 12 septembre 1897). Elle a été instituée « dans le but d'inciter un grand nombre d'hommes, unis par la charité fraternelle, à louer et à prier la bienheureuse Vierge et obtenir, par une prière unanime, sa protection, en employant la très pieuse formule d'où l'association elle-même a tiré son nom. (...) La Confrérie accepte des hommes de toute condition et n'établit entre eux aucun autre lien que celui de la récitation du Rosaire de Marie » (Léon XIII, const. ap. Ubi primum, 2 octobre 1898).
Elle essaime au Canada grâce à Marie Favery et au Père Poncet, qui la fondent à Québec, en 1656. Au XVIIe s., dans les pays francophones, douze créations de Confréries sur 93 sont mariales. De 1758 à 1771 cette proportion passe à la moitié, mais le nombre de créations décroît fortement ensuite.
Au début du XVIIe siècle, les représentations de Notre-Dame du Rosaire voient le roi de France paraître au premier rang, reléguant les frères prêcheurs à l'arrière-plan : Tableau du Rosaire, anonyme, église paroissiale de
Neulliac (Morbihan). À partir de 1630, le Rosaire et le vœu de Louis XIII sont réunis : Tableau du Rosaire, v. 1630, Helléan (Morbihan) ; Louis XIII est derrière sainte Catherine de Sienne faisant le pendant du pape derrière saint Bruno : musée de Sées, Villeneuve d'Aveyron ; l'on trouve aussi le rapprochement entre saint Louis et Louis XIII, ce dernier figurant avec une auréole : chapelle Saint-Pierre-de-Sommaire (Orne).

(fin)