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mardi 17 février 2015

La résurrection de Lazare (6)

La résurrection de Lazare (6)

« Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là » (Jean 11, 39). Il n’y a pas à barguigner. Il faut se plier à la volonté de Dieu. C’est une condition sine qua non du progrès spirituel véritable. Devant la majesté et la grandeur de Dieu, nous devons nous faire tout-petit, reconnaître notre totale dépendance de la toute-puissance de Dieu. Il n’y a pas d’autre attitude possible. « Quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14, 11). Nous pouvons sentir encore mauvais, parce que nous n’avons pas réparé complètement pour nos péchés… Pour cette situation, Dieu a préparé le purgatoire, dont le nom exprime clairement la finalité : «Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel. L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Corinthiens 3, 15 ; 1 Pierre 1, 7), parle d’un feu purificateur » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1030-1031). (lire la suite) « Jésus lui dit : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? » Ils ôtèrent donc la pierre ; et Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé » (Jean 11, 40-41). Marthe lui avait déclaré : « Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera » (Jean 11, 22). Ce à quoi Jésus avait répondu : « Ton frère ressuscitera » (Jean 11, 23). Voici le moment venu de cette résurrection annoncée. Le Père la lui a déjà accordée. C’est pourquoi il le remercie par avance. L’action de grâce est une autre manifestation d’humilité, car c’est la reconnaissance des bienfaits que Dieu nous octroie libéralement et avec une abondance calculée, c’est-à-dire telle que nous n’en manquions jamais. Si nous jetons un coup d’œil sur notre vie, nous n’avons que des motifs de remercier Dieu. Tout est grâce. Et parce que notre vie est une succession de « merveilles de Dieu » (Psaume 71, 19), nous nous en trouvons encouragés à lui ouvrir notre âme avec simplicité et confiance pour lui manifester nos besoins et lui demander de nous aider davantage encore. Je te remercie, Seigneur, de toutes les grâces que tu nous envoies à profusion. Je te demande pardon pour mes infidélités, pour avoir gaspillé une partie de ces grâces, et de ne pas m’en tenir rigueur… et je sollicite encore ton aide, car j’en ai besoin aujourd’hui et toujours. « Pour moi je savais que tu m'exauces toujours ; mais j'ai dit cela à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 11, 42). Il réalise ce miracle – comme tous les autres, et comme tous les miracles spirituels, qu’il réalise dans notre âme – pour que nous croyions en lui, pour que nous soyons bien convaincus qu’il est le Fils de Dieu, Dieu lui-même et donc, à ce titre, Tout-Puissant. Et que, par conséquent, il nous accordera tout ce que nous lui demanderons : « Ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, si bien que votre joie sera complète » (Jean 16, 23-24). « Ayant parlé ainsi, il cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! » (Jean 11, 43-44). « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère: avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., Lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211). Les gens présents ont dû faire un pas en arrière. Un mort qui est vivant ! Et qui apparaît en plus revêtu de son linceul, enveloppé de bandelettes, momifié ! Quel spectacle ! Si bien que tous sont cloués sur place et que Jésus sait ordonner : « Déliez-le, et laissez-le aller » (Jean 11, 44). Quel exemple réconfortant pour nous, en voyant ce que Jésus a fait pour son ami ! Car « Jésus est ton ami. — l’Ami. — Avec un cœur de chair comme le tien. — Avec des yeux pleins de bonté, qui ont versé des larmes pour Lazare… — Et il t’aime, toi, autant que Lazare » (saint Josémaria, Chemin, n° 422). Que n’est-il pas disposé à faire aussi pour nous… Un exemple réconfortant, parce qu’il est le gage de nos résurrections spirituelles, l’assurance que rien n’est définitivement perdu ici-bas. Lazare mourra une deuxième fois, définitive celle-là. (fin)

dimanche 15 février 2015

La résurrection de Lazare (5)

La résurrection de Lazare (5)

« Et il dit : « Où l'avez-vous mis ? » « Seigneur, lui répondirent-ils, venez et voyez. » Et Jésus pleura » (Jean 11, 34-35). Nous ne pouvons pas rester insensibles face à la douleur de notre Seigneur. Elle n’est pas feinte. C’est sa très Sainte Humanité qui s’exprime de la sorte. « Il a été éprouvé en tout de la même manière que nous, le péché exclu » (Hébreux 4, 15). Nous le voyons bien ici. Et c’est très beau. Jésus nous est très proche. Il nous comprend dans notre détresse, parce qu’il l’a connue personnellement, il l’a partagée. « Les Juifs dirent : « Voyez comme il l'aimait. » Mais quelques-uns d'entre eux dirent : « Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux d'un aveugle-né, faire aussi que cet homme ne mourût point? » (Jean 11, 36-37). « Jésus donc, frémissant de nouveau (lire la suite) en lui-même, se rendit au sépulcre » (Jean 11, 38). Son émotion n’est pas passagère, mais profonde, comme profond était son lien d’amitié avec Lazare et ses deux sœurs. Il souffre aussi pour elles, à cause de leur propre douleur. « Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre: c'était un caveau, et une pierre était posée dessus » (Jean 11, 38). C’est le style de tombeau de l’époque, obstrué par une pierre que l’on fait rouler, et qu’il est fort difficile ensuite de déplacer. L’on se souvient de la réflexion que se font les saintes femmes au matin de Pâques ; tandis qu’elles se rendent au Saint-Sépulcre pour achever d’embaumer le corps du Seigneur : « Elles se disaient entre elles : « Qui va nous rouler la pierre de devant l’entrée du tombeau ? » (Marc 16, 3). Ce jour-là, la pierre avait déjà été roulée… Mais aujourd’hui, elle se pose, car Lazare est bel et bien dans la tombe. Aussi Jésus ordonne-t-il : « Ôtez la pierre ! » (Jean 11, 39). Cette injonction provoque la surprise. Marthe a beau croire que Jésus est la Résurrection et le Messie, elle hésite : « Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là » (Jean 11, 39). Que ce soit le quatrième ou le quarantième jour n’a pas d’importance pour Jésus. « Jésus lui dit : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? » (Jean 11, 40). Cette gloire de Dieu pour laquelle Lazare est tombé malade puis est décédé. Cette gloire de Dieu que seuls quelques privilégiés ont pu voir, comme Moïse sur le mont Horeb et les apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor, au jour de la Transfiguration (cf. Lc 9, 28-36). Ce à quoi sommes aussi appelés. C’est l’autre issue du jugement particulier : le ciel. En quoi consiste-t-il ? « Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, et qui sont parfaitement purifiées, vivent pour toujours avec le Christ. Ils sont pour toujours semblables à Dieu, parce qu’ils le voient " tel qu’il est " (1 Jean 3, 2), face à face (cf. 1 Corinthiens 13, 12 ; Apocalypse 22, 4). […] Cette vie parfaite avec la Très Sainte Trinité, cette communion de vie et d’amour avec Elle, avec la Vierge Marie, les anges et tous les bienheureux est appelée " le ciel ". Le ciel est la fin ultime et la réalisation des aspirations les plus profondes de l’homme, l’état de bonheur suprême et définitif » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1023-1024). (à suivre…)

vendredi 13 février 2015

La résurrection de Lazare (4)

La résurrection de Lazare (4)

Quelle est la suite de notre mort ? Elle n’est pas la même pour tous. Beaucoup de paraboles le montrent clairement… « Allez-vous en maudits au feu éternel » (Matthieu 25, 41)… C’est sans appel. L’enfer fait donc partie des possibilités. Mourir en état de péché mortel, sans repentir, y conduit inexorablement… Qu’est-ce que l’enfer ? Le Catéchisme de l’Église Catholique en donne une explication : « Les affirmations de la Sainte Écriture et les enseignements de l’Église au sujet de l’enfer sont un appel à la responsabilité avec laquelle l’homme doit user de sa liberté en vue de son destin éternel. Elles constituent en même temps un appel pressant à la conversion : " Entrez par la porte étroite. Car (lire la suite) large et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui le prennent ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent " (Matthieu 7, 13-14). […] Dieu ne prédestine personne à aller en enfer ; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu (un péché mortel), et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Église implore la miséricorde de Dieu, qui veut " que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir " (2 Pierre 3, 9) : Voici l’offrande que nous présentons devant toi, nous, tes serviteurs, et ta famille entière : dans ta bienveillance, accepte-la. Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois-nous parmi tes élus. […] La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1036-1037 et 1057). « La considération de l’enfer : cela m’a beaucoup aidé à perdre la crainte des tribulations » (sainte Thérèse d’Avila). « Lorsqu'elle eut ainsi parlé, elle s'en alla, et appela en secret Marie, sa sœur, disant : « Le Maître est là, et il t'appelle » (Jean 11, 28). Jésus veut voir Marie en tête-à-tête aussi, et la consoler personnellement, en dehors de la foule des amis et connaissances qui sont venus présenter leurs condoléances et qui, comme cela est la coutume en Orient, envahissent la maison. Marie se hâte. « Les Juifs qui étaient avec Marie, et la consolaient, l'ayant vue se lever en hâte et sortir, la suivirent en pensant : « Elle va au sépulcre pour y pleurer » (Jean 11, 31). Mais elle prend une autre direction, ce qui doit les décontenancer quelque peu, surtout à cause de la rapidité que Marie met à se déplacer. « Lorsque Marie fut arrivée au lieu où était Jésus, le voyant, elle tomba à ses pieds, et lui dit : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11, 32). Elle dit exactement la même chose que sa sœur, mot pour mot. Avec une identique simplicité, avec une identique humilité. Elle ne doute pas que le Seigneur agit toujours à la perfection, qu’il n’y a rien à lui reprocher, jamais. Elle fait simplement état de sa conviction que si Jésus avait été présent, il aurait fait ce qu’il fallait pour que son frère ne mourût pas. « Jésus la voyant pleurer, elle et les Juifs qui l'accompagnaient, frémit en son esprit, et se laissa aller à l'émotion » (Jean 11, 33). Jésus pleure à son tour, non seulement gagné par l’émotion, comme le souligne l’évangéliste, mais parce que son Cœur saigne de savoir mort celui qu’il aime spécialement. Ces pleurs de Jésus nous touchent de près. (à suivre…)

mercredi 11 février 2015

La résurrection de Lazare (3)

La résurrection de Lazare (3)

« Pensez surtout à la perfidie de la Mort… Tous les soirs, au coucher du soleil, on voit Baptiste le boiteux qui remonte son pré de Ruissatel. Il suit les lacets de la route, avec sa grande faux sur son épaule. On le voit de loin : on sait qu’il n’arrivera pas avant l’Angélus. Mais la mort ne vient pas comme ça… Souvent, elle te suit depuis une semaine et tu ne t’en es pas aperçu, tu croyais que c’était ton ombre… D’un seul coup, elle passe devant toi, et du bout de son doigt pointu, elle touche ton cœur qui éclate, et tu tombes sans dire un mot… Ou bien, avec une petite tape sur la tête elle te bouche une veine du cerveau, ou bien c’est le mégot qui est tombé dans la litière du cheval, et quand les voisins arrivent, avec les seaux de toile et la pompe du village, toi tu ne seras plus qu’un gros bout de charbon, tordu comme un tronc d’olivier ; ou encore, c’est en plein jour, un beau matin du mois d’avril. Elle apparaît au pied de cerisier, (lire la suite) elle fait un croc-en-jambe à l’échelle qui s’effondre, et voilà un chrétien par terre, tout disloqué comme un épouvantail de figuière, et sa pauvre âme toute sale qui s’envole au ciel, désespérée. Voilà mes frères ce qui vous menace si vous avez peur de vous confesser » (M. Pagnol, « Sermon du curé », Le Curé de Cucugnan). Marthe s’exprime en toute simplicité. Ce n’est pas vraiment un reproche, mais plutôt une constatation. Mais un constat empreint, là encore, de confiance, car Marthe ajoute : « Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera » (Jean 11, 22). Elle a aussi l’humilité de ne rien imposer, de ne pas commander au Seigneur. Elle croit. N’est-ce pas suffisant ? S’engage alors un dialogue : « Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » « Je sais, lui répondit Marthe, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier Jour » (Jean 11, 23-24). Effectivement, les morts ressusciteront au dernier jour. Les Juifs le croient. Nous aussi nous le croyons. C’est un des articles de notre foi. Abraham « estimait que Dieu a la puissance de ressusciter les morts » (Hébreux 11, 9). Or, Jésus-Christ est le Dieu vivant. C’est pourquoi il répond à Marthe : « Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra point pour toujours. Le crois-tu ? » (Jean 11, 25-26). Jésus est en droit de nous poser cette même question. Marthe n’hésite pas : « Oui, Seigneur », lui dit-elle, « je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui devait venir en ce monde » (Jean 11, 27). Avons-nous cette même foi, cette même simplicité pour reconnaître la divinité de Jésus, qui est la Résurrection et la Vie, et pour reconnaître que nous n’avons la vie qu’en lui ? Avons-nous cette même simplicité et cette même spontanéité pour le confesser auprès de nos proches et de nos amis ? « Je puis tout en celui qui me fortifie » (Philippiens 4, 13), c’est-à-dire dans le Christ Jésus. (à suivre…)

samedi 7 février 2015

La résurrection de Lazare (1)

La résurrection de Lazare (1)

« Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur » (Jean 11, 1). « Pendant qu'ils étaient en chemin, il entra dans un certain bourg, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison » (Luc 10, 38). Jésus s’y arrête relativement fréquemment, Béthanie étant, « à quinze stades environ » (Jean 11, 18) de Jérusalem. Il y est accueilli avec joie par ces trois frères et sœurs, qui sont pour lui de très bons amis. Nous éprouvons une grande joie, nous aussi, à voir ces sentiments humains chez le Seigneur, à constater qu’il a un Cœur qui abrite des sentiments d’affection comme les nôtres. « Marie est celle qui oignit de parfum le Seigneur, et lui essuya les pieds avec ses cheveux » (Jean 11, 2). C’est une précision que Jean apporte quand il rédige son Evangile, même si l’événement de l’onction n’interviendra que plus tard. « Et c'était son frère Lazare qui était malade » (Jean 11, 2). (lire la suite) Jésus ne se trouve pas à Béthanie quand Lazare tombe malade. Apparemment cette maladie est suffisamment grave pour qu’elle suscite l’inquiétude de Marthe et de Marie. Aussi « les sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que vous aimez est malade » (Jean 11, 3). Elles lui envoient un messager chargé de l’avertir. Elles ont à la fois la simplicité de faire part au Maître de leur souci et la délicatesse de le laisser libre de sa décision. Cette même délicatesse qui doit marquer notre relation personnelle avec Jésus, cette même simplicité : il suffit de lui faire état de ce que nous ressentons, de nos préoccupations et soucis, de nos besoins ; et de nous présenter devant lui avec nos faiblesses et nos misères, les nôtres et aussi celles d’autrui : « Seigneur, celui que vous aimez est malade. » Et nous sommes tous quelqu’un qu’il aime. Nous sommes tous ses amis : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous prescris. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; vous, je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 15, 14-15). Cependant Jésus ne réagit pas comme Marthe et Marie l’escomptaient secrètement. « Ce qu'ayant entendu, Jésus dit : « Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle » (Jean 11, 4). Nous retrouvons le souci de la gloire de Dieu. L’infirmité et la maladie sont permises par Dieu pour que par la guérison apportée par Jésus, Dieu soit glorifié. En même temps, puisqu’elles sont permises par Dieu, nous devons quant à nous les accepter et les aimer. Cette acceptation et cet amour des difficultés et des infirmités de la vie sont certainement une façon bien réelle de rendre gloire à Dieu en aimant sa très sainte et très aimable Volonté. Tout comme le Fils rend gloire à son Père en disant : « Ma nourriture, c’est de faire la Volonté de Celui qui m’a envoyé » (Jean 4, 34), Volonté qui, il le sait bien, comporte la Croix… « Or, Jésus aimait Marthe, et sa sœur Marie, et Lazare » (Jean 11, 5), précise saint Jean. Et parce qu’il les aime, il ne se désintéresse pas d’eux. Seulement voilà, ses plans, sa logique, son temps sont distincts des nôtres. Et nous, qui connaissons la suite de l’histoire, nous savons qu’ils sont meilleurs que les nôtres et supérieurs à eux, qu’ils nous portent au-delà des espérances purement humaines. « Il parla ainsi, et ajouta : « Notre ami Lazare dort, mais je me mets en route pour le réveiller. » Ses disciples lui dirent : « S'il dort, il guérira. » Mais Jésus avait parlé de sa mort, et ils pensaient que c'était du repos du sommeil. Alors Jésus leur dit clairement : « Lazare est mort ; et je me réjouis à cause de vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui » (Jean 11, 11-15). Remarquons que Jésus sait ce qui est advenu à Lazare sans que personne l’en ait prévenu. « Tout est à nu et sans masque » à ses yeux (Hébreux 4, 15). (à suivre…)

dimanche 9 février 2014

Arrêt sur christianisme (83)

Arrêt sur christianisme (83)

Dans un monde où vous ne connaissez le oui et le non de rien, où il ,n’y a pas de loi, morale ni intellectuelle, où toute chose est permise, où il n’y a rien à espérer et rien à perdre, où le mal n’apporte pas de punition et le bien pas de récompense, dans un tel monde il n’y a pas de drame parce qu’il n’y a pas de lutte, et il n’y a pas de lutte parce qu’il n’y a rien qui en vaille la peine. Mais avec la Révélation chrétienne, avec ses immenses et énormes idées du Ciel et de l’Enfer, les actions humaines, la destinée humaine sont investies d’une valeur prodigieuse. Nous sommes capables de faire un bien infini et un mal infini. Nous avons à trouver notre route vers des sommets de lumière ou des abîmes de misère. Nous sommes comme les acteurs d’un drame où nous tenons un rôle essentiel. Pour nous, la vie est toujours nouvelle et toujours intéressante parce qu’à chaque seconde nous avons quelque chose de nouveau à apprendre et quelque chose de nécessaire à accomplir. Le dernier acte, comme dit Pascal, est toujours sanglant, mais aussi il est toujours magnifique, car la Religion n’a pas seulement mis le Drame dans la vie, elle l’a mis à son terme, dans la Mort. B. Bro, Le pouvoir du mal. 5. On demande des pécheurs, Paris, Éditions Bayard-Presse, 1976, p. 7-8.

samedi 27 juillet 2013

La résurrection de Lazare (9)

La résurrection de Lazare (9)

Il y aura une suite à ce miracle : le complot des Pharisiens pour faire mourir le Seigneur (cf. Jean 11, 45-57). « Parmi les Juifs, les uns s’extasiaient devant le miracle qui venait d’être accompli ; d’autres s’en allèrent l’annoncer aux Pharisiens. Que firent ces derniers ? Au lieu d’être ravis d’étonnement et d’admiration, ils cherchent le moyen de mettre à mort celui qui venait de rappeler un mort à la vie. Quelle démence ! Celui qui triomphe de la mort et lui fait rendre ses victimes, ils estiment pouvoir le livrer à la mort, et ils disent : ‘Que ferons-nous ? car cet homme opère beaucoup de prodiges.’ Ils le qualifient d’homme après une preuve aussi éclatante de sa divinité. ‘Que ferons-nous ?’ Ce que vous devriez faire, (lire la suite) ce serait de croire en lui, de le servir, de l’adorer, et de ne plus le regarder comme un homme. ‘Si nous le laissons en liberté, les Romains viendront et ruineront notre nation et notre cité.’ […] Et pourquoi, s’il vous-plaît ? Est-ce que Jésus prêchait la révolte ? Ne recommandait-il pas de payer l’impôt à César ? Lorsque vous vouliez le proclamer roi, n’est-il pas vrai qu’il s’est dérobé à vos recherches ? N’a-t-il pas mené un genre de vie complètement étranger à toute ambition, n’ayant ni habitation, ni rien de pareil ? – Ce langage, ce n’était pas la crainte qui le leur inspirait, mais la haine. Toutefois, ce à quoi ils ne s’attendaient pas leur arriva ; les Romains détruisirent leur capitale et leur nation, précisément parce qu’ils avaient mis à mort le Christ » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 63, 1). Et cela continue, tout au long de l’histoire… « Je ne sais pourquoi tu t’affoles. — Les ennemis du Christ ont toujours été peu raisonnables. Après la résurrection de Lazare, ils auraient dû se rendre à l’évidence et confesser la divinité de Jésus. — Eh bien, non : tuons, dirent-ils, celui qui donne la vie ! Et aujourd’hui comme hier » (saint Josémaria, Chemin, n° 694). Mais nous nous arrêtons ici. Il y a tout lieu de penser que Marie a accompagné son Fils à Béthanie. Nous avons vu que les apôtres étaient du déplacement. Elle se réjouit donc de voir que Jésus a de bons amis sur lesquels il peut compter. Elle leur en est reconnaissante. Peut-être est-elle elle-même à l’origine de cette amitié. Qui sait ? À nous de lui demander de faire de nous de vrais amis de son Fils, de savoir l’accueillir comme il le mérite, de le fréquenter avec simplicité et humilité, avec une énorme confiance. (suite : la montée de Jéricho)

dimanche 21 juillet 2013

La résurrection de Lazare (3)

La résurrection de Lazare (3)

« Les disciples lui dirent : « Maître, tout à l'heure les Juifs voulaient te lapider, et tu retournes là ? » (Jean 11, 8). Hier pas exactement, mais quelques jours plus tôt, comme le même saint Jean le rapporte au chapitre précédent, après que Jésus a dit : « Moi et le Père nous sommes un. De nouveau, les Juifs apportèrent des pierres pour le lapider » (Jean 10, 30-31). Nous comprenons l’émoi des apôtres. Jésus a une de ces réponses qui sont quelque peu énigmatiques : « N'y a-t-il pas douze heures dans le jour ? Si quelqu'un marche pendant le jour, il ne se heurte point, parce qu'il voit la lumière du monde. Mais s'il marche pendant la nuit, il se heurte parce qu'il manque de lumière » (Jean 11 ; 9-10). Il rappelle indirectement qu’il est la Lumière du monde. « Il parla ainsi, et ajouta : « Notre ami Lazare dort, mais je me mets en route pour le réveiller. » Ses disciples lui dirent : (lire la suite) « S'il dort, il guérira. » Mais Jésus avait parlé de sa mort, et ils pensaient que c'était du repos du sommeil. Alors Jésus leur dit clairement : « Lazare est mort ; et je me réjouis à cause de vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez ; mais allons vers lui » (Jean 11, 11-15). « Dès qu’il leur a déclaré qu’il va non à Jérusalem mais à Béthanie, il ajoute : ‘Lazare dort ; je vais le réveiller de son sommeil.’ Je ne vais pas recommencer mes discussions avec les Juifs et les combattre de nouveau. Je vais ouvrir les yeux de notre ami à la lumière » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 62, 1). Remarquons que Jésus sait ce qui est advenu à Lazare sans que personne l’en ait prévenu. « Tout est à nu et sans masque » à ses yeux (Hébreux 4, 15). « Et Thomas, appelé Didyme, dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, afin de mourir avec lui » (Jean 11, 16). C’est dire le contexte dramatique dans lequel se déroule la scène à laquelle nous assistons. Thomas envisage sérieusement la mort du Maître et celle de ses disciples. Mais cela n’arrête pas Jésus, car il aime Marthe, Marie et Lazare. Et que Lazare est mort. Et qu’il entend le ressusciter. Sa propre vie compte peu face au bien qu’il peut apporter à ses amis. « Jésus vint donc et trouva Lazare depuis quatre jours dans le sépulcre. Or, Béthanie était près de Jérusalem, à quinze stades environ. Beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Dès que Marthe eut appris que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie se tenait assise à la maison. Marthe dit donc à Jésus : « Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11, 17-21). « Ce qui est admirable, c’est de voir les sœurs de Lazare, après avoir entendu dire que cette maladie ne causerait pas la mort de leur frère, assister à sa mort sans être scandalisées de cet événement contraire à la prédiction du Sauveur, et s’approcher de Jésus sans concevoir de lui une opinion défavorable » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Jean 62, 1). (à suivre…)

lundi 12 novembre 2012

Mort de Marie (5)

Mort de Marie (5)

Tous les auteurs, orateurs, théologiens, historiens, tant grecs que latins, qui affirment la mort de Marie se sont appuyés sur cette citation de Denys l'Aréopagite. Or, l'on sait depuis le XVIe s. que l'auteur de l'ouvrage incriminé est un inconnu qui l'a rédigé au Ve s. La mort corporelle de Marie n'aurait rien ajouté à la perfection de sa collaboration active et méritoire à l'œuvre de la Rédemption objective. C'est par toutes les circonstances de sa vie terrestre, unie à celle du Sauveur, et plus spécialement par sa Compassion au pied de la Croix, et la mort spirituelle et l'immolation totale qu'elle a comporté, qu'elle est devenue Mère des hommes et corédemptrice avec son Fils. « Le péché originel n'existant pas en elle, ne put altérer son corps et le décomposer par l'affaiblissement des sens, par l'épuisement des forces, par l'appauvrissement du sang. Marie mourut, mais sa mort ne fut qu'un simple fait (lire la suite) et non un effet, et, une fois accompli, il cessa d'être. Elle mourut afin de vivre à jamais ; elle mourut pour la forme, et uniquement afin de payer sa dette à la nature, comme on le dit ; ce fut pour elle une cérémonie comme le baptême ou la confirmation ; elle mourut, non pas pour elle-même ou à cause du péché, mais pour se soumettre à sa condition, pour glorifier Dieu, pour faire ce que faisait son Fils ; elle ne mourut pas cependant, comme son Fils, au milieu des souffrances et pour un but particulier ; elle ne mourut pas de la mort des martyrs, car son martyre avait précédé sa fin ; sa mort ne fut pas une expiation, car la créature ne pouvait en donner ; l'expiation avait été offerte pour tous les hommes ; elle mourut donc pour achever sa carrière et pour recevoir sa couronne » (bienheureux John Newman, Conférences aux protestants et aux catholiques, Dix-huitième Conférence). Étant donné que c’est un thème de libre opinion, l’iconographie ne s’est pas privée de représenter la mort supposée de Marie. Selon la Légende dorée, de Jacques de
Voragine, un ange portant une palme à la main apparaît à Marie quand elle a soixante ans, et lui déclare : « Marie, je te salue, je t’apporte une branche de palmier cueillie dans le paradis : ordonne qu’on la porte devant ton cercueil le troisième jour après ta mort, car ton Fils t’attend » (sur l’Assomption), scène représentée dans un vitrail de Saint-Quentin, de Soissons). (fin)

samedi 10 novembre 2012

Mort de Marie (4)

Mort de Marie (4)

Les immortalistes répondent que l'Immaculée Conception de Marie et sa Maternité divine semblent postuler son immortalité. Si l'âme de Marie s'était séparée de son corps, ne fût-ce qu'un très bref instant, la Vierge aurait cessé d'être Mère de Dieu en cet instant. La Compassion de Marie suffit à la configurer à son Fils, comme l'étymologie le montre. Si Marie devait mourir pour être configurée à Jésus, on pourrait exiger qu'elle fût crucifiée, elle aussi, ce qui n'a pas été le cas. Marie se configure au Christ spirituellement, comme l'Église, et femme est « l'icône eschatologique ». À la fin des temps, l'Église ne connaîtra pas la mort physique : « Nous ne mourrons pas tous, mais tous seront transformés » (1 Corinthiens 15, 51). Marie est immortelle et préfigure l'Église immortelle. L'Immaculée est rachetée par la Croix du Christ, et triomphe par sa Résurrection. L'Assomption de Marie est donc la configuration à (lire la suite) cette mort-Résurrection, dont les effets se font sentir sur son corps par anticipation de la résurrection finale (cf. Philippiens 3, 20-21). L'admirable échange qui s'est produit avec l'Incarnation, Jésus revêtant alors sa physionomie humaine à partir de traits de Marie, trouve son contrepoint en Marie, en qui se gravent les traits glorieux du corps de son Fils. Le Vénérable Pie XII écrit, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus par laquelle il définit le dogme de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie au ciel que cette Assomption révèle à l'Église sa propre condition eschatologique et l'actualise dans son membre le plus éminent après le Christ. Marie ayant « été en corps et en âme à la gloire du ciel », c'est toute la personnalité humaine qui s'en trouve exaltée. Dieu recrée en sorte la personne humaine en lui redonnant sa condition première. Les œuvres de l'homme le suivront au ciel. Ce qui entraîne qu'il existe une suite logique entre la mis
sion terrestre de Marie et son Assomption. Elle reste la Mère du Dieu-Homme, Jésus-Christ, et elle continue d'exercer sa Maternité spirituelle, et glorieuse, envers les membres du Corps mystique de son Fils qu'est l'Église. En outre, tout part de Denys l'Aréopagite, dont d'aucuns disent qu'il a été converti par saint Paul (Actes 17, 34) et qu'il a été témoin, oculaire de la mort de Marie (De divinibus nominibus 3). (à suivre…)

vendredi 9 novembre 2012

Mort de Marie (3)

Mort de Marie (3)

Quoi qu’il en soit, pour eux cette mort fut une mort d’amour : « Vous ne chercherez point d’autre cause de la mort de la Sainte Vierge. Son amour étant si ardent, si fort et si enflammé, qu’il ne poussait pas un soupir qui ne dût rompre tous les liens de ce corps mortel ; il ne formait par un regret qui ne dût en dissoudre toute l’harmonie ; il n’envoyait pas un désir au ciel qui ne dût tirer avec soi l’âme tout entière. Je vous ai dit, chrétiens, que sa mort est miraculeuse ; je suis contraint de changer d’avis : la mort n’est pas le miracle ; c’en est plutôt la cessation. Le miracle continuel, c’est que Marie pût vivre séparée de son Bien-aimé. Elle vivait néanmoins, parce que tel était le conseil de Dieu [...]. Mais comme le divin amour régnait dans son cœur sans obstacles, il allait de jour en jour s’augmentant sans cesse par son excercice et s’accroissant par lui-même ; de sorte qu’il vint enfin, s’étendant toujours, à une telle perfection, que la terre n’était plus capable de le contenir. Aussi point d’autre cause de la mort de Marie que la vivacité de son amour » (Bossuet, 1er sermon pour l’Assomption 2). (lire la suite) Terrien ajoute, mais l’argument peut servir à prouver la Dormition de Marie : « Quand retentit à l’oreille intérieure de la Mère la voix du Fils qui lui disait : « Levez-vous, hâtez-vous, mon amie, ma colombe, ma toute belle, et venez » (Cantique des cantiques 2, 10) ; alors, grâce à l’attraction puissante et douce de l’amour de Marie pour Jésus et de l’amour de Jésus pour Marie, l’âme se dégagea du corps, comme un fruit déjà mûr que le plus légère secousse fait tomber de l’arbre ; comme une fumée odoriférante qui, sous l’action d’une chaleur douce et tempérée, monte d’une composition de myrrhe et d’encens (Cantique des cantiques 3, 6). Ainsi mourut la divine Vierge par un élan de l’amour, sans brisement, sans violence, sans peine ; et « son âme fut porte au ciel sur une nuée de désirs sacrés » (Bossuet, 1er sermon pour l’Assomption
2) : car la mort, loin d’interrompre même pour un instant sa contemplation très amoureuse, ne servit qu’à la transformer plus heureusement dans l’immuable face à face et le suprême cœur à cœur de l’éternité. » Que répondent à cela les immortalistes, c’est-à-dire ceux qui sont d’avis que la très Sainte Vierge n’a pas connu la mort ? (à suivre…)

mercredi 7 novembre 2012

Mort de Marie (2)

Mort de Marie (2)

Tout ce qu'Épiphane dit, c'est donc que la fin de la vie de Marie sur terre a été un grand prodige. Modeste de Jérusalem au VIIIe s., constate avec étonnement que les premiers auteurs chrétiens qui ont parlé de la Vierge Marie n'ont rien dit de la Dormition. Pour lui, Marie devait suivre l’exemple de son Fils, pour lui être semblable. Jésus lui-même indiqua aux apôtres le jardin de Gethsémani comme le lieu de la sépulture pour sa Mère. La liturgie n'est d'aucun secours. Il existe bien une « mémoire de Sainte Marie », mais, à la différence des saints, elle ne commémore pas son dies natalis, le jour de sa naissance au ciel, mais la Maternité divine. Aucune homélie des premiers s. ne fait la moindre allusion à la mort et à un tombeau de la Vierge. Les partisans de la mort s'appuient (lire la suite) à l'origine sur le Transitus Mariæ, attribué au Père de l’Église saint Méliton de Sarde († 180), et condamné par le pape Gélase Ier en 495-496, avec d'autres écrits apocryphes. Selon cette tradition, Marie rencontre au mont des Oliviers un ange qui lui remet une palme de l’arbre de Vie et lui annonce sa mort prochaine. Rentrée chez elle, elle fait part de la nouvelle à son entourage. Miraculeusement, les apôtres reviennent des différentes parties du monde qu'ils sont en train d'évangéliser. Jésus apparaît entouré d'anges pour recevoir l'âme de sa mère, qu'il confie à l'archange Michel. Les apôtres enterrent le corps au pied du mont des Oliviers. Quelques jours plus tard, Jésus leur apparaît de nouveau et emporte le corps au Paradis, où l'âme et le corps de Marie sont réunis. Les « mortalistes » insistent sur la nécessité d'une totale configuration de la Mère de Dieu à son Fils. À partir de la Croix, et de la Rédemption qu'elle produit, la mort est moins une pénalité du péché qu'un moyen de se conformer au Christ, avec une valeur corédemptrice. La simple Compassion de Marie est jugée insuffisante. Pour saint François de Sales (1567-1622), Marie aurait désiré la mort pour s'unir définitivement au Christ, et cet « excès d'amour », l'intensité de ce désir amoureux aurait provoqué sa mort. Mais le corps de Marie ne peut connaître la corruption propre à la mort. Le passage de la vie terrestre à la vie céleste se serait réalisé en un instant, qui aurait été à la fois celui de la mort de Marie et celui de sa résurrection. Mais les mortalistes reconnaissent que le corps de Marie n’a pas connu la corruption : « Comment la mort aurait-elle pu te réduire en cendre et en poussière, toi qui, par l’Incarnation de ton Fils, as délivré l’homme de la corruption de la mort ? Ton Fils, lui aussi, a, de la même manière, goûté une mort semblable pour le salut du genre humain. Mais il a entouré de la même gloire et son sépulcre vivifiant et le tombeau, réceptacle de vie, de ta dormition. Vos deux corps ont été ensevelis, mais n’ont pas connu la corruption » (saint Germain de Constantinople, Homélie sur la Dormition
). (à suivre…)

lundi 5 novembre 2012

Mort de Marie (1)

Mort de Marie (1)

L’Église catholique ne s’est pas prononcée sur le moment où la Vierge Marie est montée au ciel avec son corps, l’Assomption, c’est-à-dire sur le fait qu’elle a ou non connu la mort. Dans les premiers siècles, les Pères qui disent que Marie est morte ne le disent qu'en passant, comme quelque chose qui va de soi, afin de prouver que le corps du Verbe incarné était bien mortel. C'est le cas d'Origène, de saint Éphrem, peut-être de saint Jérôme, certainement de saint Augustin. On a avancé le témoignage de Timothée de Jérusalem en faveur de l'immortalité de Marie. Mais il est avéré que ce Timothée a vécu entre les VIe et VIIIe s. Saint Épiphane (v. 315-403), qui a vécu en Judée jusqu'à l'âge de 52 ans, avant de devenir évêque de Salamine (Chypre), n'ose pas se prononcer sur le sujet : « S'il paraît à certains que nous faisons erreur, qu'ils fouillent les Écritures. Ils n'y trouveront ni la mort de Marie, ni si elle morte, ni si elle n'est pas morte ; ni si elle a été ensevelie, ni si elle n'a pas été ensevelie. (lire la suite) Jean entreprit bien le voyage d'Asie, amis il ne dit nulle part qu'il emmena avec lui la Sainte Vierge. L'Écriture a gardé un silence complet à cause de la grandeur du prodige, pour ne pas frapper d'un étonnement excessif l'esprit des hommes. Pour moi je n'ose en parler. Je le garde en ma pensée et je me tais. Peut-être même avons-nous trouvé quelque part des traces de cette sainte et bienheureuse, comme quoi il est impossible de découvrir qu'elle est morte. D'une part, en effet, Siméon dit d'elle : « Et toi-même un glaive transpercera ton âme, afin que soient dévoilées les pensées cachées d'un grand nombre » (Luc 2, 35). D'autre part, l'Apocalypse de Jean dit que le dragon se précipita sur la femme qui avait engendré l'enfant mâle, et que les ailes de l'aigle furent données à la femme, et elle fut enlevée dans le désert, afin que le dragon ne pût la saisir (Apocalypse 12, 13 sv). Il est possible que cela se soit accompli en Marie. Je n'affirme pas cependant cela d'une manière absolue, et je ne dis pas qu'elle demeura immortelle ; mais je ne décide pas non plus qu'elle est morte. L'Écriture, en effet, s'est élevée au-dessus de l'esprit humain, et a laissé ce point dans l'incertitude, par révérence pour cette Vierge incomparable, pour couper court à toute pensée basse et charnelle à son sujet. Est-elle morte ? Nous l'ignorons » (Panarion 78). (à suivre…)

vendredi 3 août 2012

Arrêts sur christianisme (72)

Arrêts sur christianisme (72)

La vérité sur l’homme est un présupposé inévitable pour atteindre la liberté, car nous découvrons en elle les fondements d’une éthique avec laquelle tous peuvent se confronter, et qui contient des formulations claires et précises sur la vie et la mort, les droits et les devoirs, le mariage, la famille et la société, en définitif, sur la dignité inviolable de l’être humain. Ce patrimoine éthique est ce qui peut rapprocher toutes les cultures, tous les peuples et toutes les religions, les autorités et les citoyens, et les citoyens entre eux, les croyants dans le Christ et ceux qui ne croient pas en lui. Le christianisme, mettant en évidence les valeurs qui sous-tendent l’éthique, n’impose pas mais propose l’invitation du Christ à connaître la vérité qui rend libre. Le croyant est appelé à l’offrir à ses contemporains, comme le fit le Seigneur, avant même le sombre présage du rejet et de la croix. La rencontre personnelle avec Celui qui est la vérité en personne nous pousse à partager ce trésor avec les autres, spécialement par le témoignage. Benoît XVI, Homélie à La Havane, 28 mars 2012.

jeudi 19 juillet 2012

Agonie de Jésus à Gethsémani

Jésus lutte avec le Père. Il lutte avec lui-même. Et il lutte pour nous. Il fait l’expérience de l’angoisse devant le pouvoir de la mort. Avant tout, c’est simplement le bouleversement de l’homme, ou même, de toute créature vivante, en présence de la mort. En Jésus, au contraire, il y a quelque chose de plus. Il étend son regard sur les nuits du mal. Il voit l’insalubre marée de tout le mensonge et de toute l’infamie, qui vient à sa rencontre dans cette coupe qu’il doit boire. C’est le bouleversement de Celui qui est totalement Pur et Saint face au flot du mal de ce monde, qui se déverse sur Lui. Il me voit aussi et il prie aussi pour moi. Ainsi, ce moment d’angoisse mortelle de Jésus est un élément essentiel dans le processus de la Rédemption. C’est pourquoi, la Lettre aux Hébreux a qualifié d’événement sacerdotal, la lutte de Jésus au Mont des Oliviers. Dans cette prière de Jésus, empreinte d’angoisse mortelle, le Seigneur remplit la fonction du prêtre : Il prend sur lui le péché de l’humanité, nous tous, et nous porte auprès du Père. Benoît XVI, Homélie de la messe In Cœna Domini
, 5 avril 2012.

vendredi 8 juin 2012

Jésus n’est pas seul (3)

Jésus n’est pas seul (3)

Réuni avec ses apôtres pour la dernière Cène, Jésus leur annonce que « voici venir l’heure – et elle est déjà venue – où vous vous disperserez, chacun pour son compte, et vous me laisserez tout seul [ce qui laisse entendre un « sauve qui peut » généralisé au moment de l’épreuve]. Cependant, je ne suis pas seul, car le Père est avec moi » (Jean 16, 32). C’est vrai du fait de l’union hypostatique, du fait que Dieu est un Dieu unique.
Quand ses apôtres l’auront effectivement abandonné, quelques instants plus tard, Jésus s’adresse à son Père, avec qui il garde le contact : « Père, si c’est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non comme je veux, moi, mais comme tu veux, toi » (Matthieu 26, 30). Et dans la détresse du Calvaire, alors que le Père semble s’être retiré et ne pas prêter attention à son Fils qui, pourtant, accomplit sa Volonté parfaite, le Christ continue de prier son Père. (lire la suite) Il dit, avec le peu de force qui lui reste, « Eli, Eli, lama sabacthani, c’est-à-dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matthieu 27, 46). Il prononce à haute voix ce premier verset du psaume 22, dont il poursuit la récitation en silence, psaume qui débouche sur un cri de victoire et l’assurance de la Rédemption. C’est l’heure où le monde va être jugé : « Je suis venu en ce monde pour un jugement afin que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles » (Jean 9, 39). Car un jugement doit intervenir. Un jugement prononcé du haut de la Croix : « Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi, dissipe » (Luc 11, 23). « Celui qui vous rejette, c’est moi qu’il rejette ; or celui qui me rejette rejette celui qui m’a envoyé » (Luc 10, 16). C’est un jugement définitif, qui s’exprime au cas par cas au moment de la mort de chaque homme, et qui sera récapitulé à la fin des temps. « Si moi je viens à juger, mon jugement à moi a valeur de vérité, parce que je ne suis pas seul : il y a moi et le Père qui m’a envoyé » (Jean 8, 16). Et de fait, « je juge d’après ce que j’entends ; et le jugement que je rends est juste, parce que je m’applique à faire non pas ma volonté à moi ; mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 5, 30). Car « ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jean 4, 34), ce qui intervient au Calvaire. Jésus n’est pas seul. Nous ne serons pas davantage seuls si nous nous appliquons de toutes nos pauvres forces à accomplir à notre tour en tout la Volonté de celui qui nous a créés un par un, avec Amour, et envoyés dans le monde pour que nous travaillions à « rassembler les enfants de Dieu dispersés » (Jean 11, 52). (fin)

samedi 21 avril 2012

Prière de demande (2)


Prière de demande (2)

Pendant ce temps-là, « beaucoup de Juifs étaient venus auprès de Marthe et de Marie pour les consoler au sujet de leur frère » (Jean 11, 19). Jésus se dirige vers Béthanie, mais trop tard manifestement. Quand il approcha de la ville, « Marthe alla au devant de lui », et elle lui dit, comme un doux reproche : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort » (Jean 11, 19-20). Cela semble une évidence pour elle. Sa foi en Jésus-Christ est grande, certes, mais elle ne peut que constater qu’en l’absence du Maître son frère a quitté ce monde. Toutefois, elle ajoute une nouvelle prière, dont elle ne mesure peut-être pasr la portée, ou qu’elle n’ose pas formuler plus explicitement, car elle lui semble insensée : « Maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera » (Jean 11, 22). Sa foi n’a pas vacillé. Marthe n’a pas été exaucée, alors elle reformule sa prière différemment. Mais elle insiste. Et c’est bien ce qui compte. C’est ce que Dieu attend de nous : que nous ne nous découragions pas si les choses tardent à venir.
Nous devons comprendre que Dieu peut laisser volontairement la situation pourrir et se dégrader à un point qui nous semble extrême. Il ne se désintéresse pourtant pas de nous. il nous aime. Il marche à notre rencontre. (lire la suite)
Jésus avait dit : « Demandez. » Marthe et Marier ont demandé une faveur, non pour elles-mêmes, mais pour leur frère Lazare, même si la guérison éventuelle de celui-ci serait également un bien pour elles. « Demandez et l’on vous donnera » (Luc 11, 9). Elles n’ont rien reçu, du moins à en juger par la tournure prise par les événements.
Pour elles, la venue du Seigneur était urgente, car la maladie de leur frère les inquiétait de plus en plus au point de craindre une issue fatale. Après avoir envoyé un messager auprès du Maître, elles comptent les heures, puis les minutes avec impatience. Et l’irréparable se produit : Lazare meurt au bout de quelques jours seulement de maladie. Cela a été fulgurant.

(à suivre…)

lundi 23 janvier 2012

L’humilité (2)


L’humilité (2)

C’est autre chose que le festin que Dieu nous destine : « Le Seigneur des armées fera pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de vins de première cuvée, de viandes grasses et pleines de moelle, de fins bien dépouillés » (Isaïe 25, 6).
Les pharisiens se croyaient sans doute très vertueux. « Si tu comptes sur tes mérites, regarde tes péchés, écoute la sentence portée contre l’homme prévaricateur : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière » (Genèse 3, 19). Car (lire la suite) cette sentence a été suivie d’une menace : « Du jour où vous toucherez à ce fruit, vous mourrez. » En fait de mérite, tu n’as que celui de tes péchés ; et, à ce titre, que peut attendre autre chose que le châtiment ? Oublie donc tes mérites, pour n’avoir pas à trembler ; ou plutôt rappelle-toi tes mérites pour empêcher l’orgueil de faire obstacle à la miséricorde et que notre recommandation auprès de Dieu, frères, soit nos œuvres de miséricorde » (saint Augustin, Sermon 259, 3). Parce que nous sommes, sans nous en méfier, orgueilleux. L’orgueil est notre grand ennemi. Nous le sommes sans le savoir, car il ne semble pas que l’humilité soit une leçon que nous apprenions facilement et durablement. Il nous faut recommencer sans cesse à nous exercer à elle. Il nous faut rectifier. Prenons cette résolution, afin de nous débarrasser le plus possible de ce véritable fléau de la vie intérieure qu’est l’orgueil, de ce travers qui amène Dieu à se détourner de ses créatures, de ses propres enfants.
Nous devenons humbles, non pas tant lorsque nous nous le proposons, que lorsque les autres ou la vie nous humilient, c’est-à-dire non pas tant quand nous en choisissons les moyens que lorsque les circonstances se chargent de nous y amener. C’est l’humilité véritable, qui est évidemment plus dure que quand nous en avons pris l’initiative, mais qui a plus de prix et qui est plus efficace en même temps.
Il n’existe pas de progrès dans la vie spirituelle sans humilité. Et l’humilité, c’est nous connaître tels que nous sommes. Vaste programme, s’il en est ! Un programme pour toute la vie. C’est plus difficile que de réussir un examen ou de remporter un concours, qui n’arrive peut-être qu’une fois dans la vie. Pour l’humilité, c’est une épreuve de tous les instants, qu’il faut remporter sans cesse.
Notre point de vue tend à s’imposer comme l’unique solution, la vérité absolue. Bien souvent, notre orgueil est caché, et il faudra qu’on nous fasse voir nos erreurs, que l’on attire notre attention sur notre superbe. Tâchons d’être très délicats et exigeants dans notre examen de conscience, en demandant au Saint-Esprit ses lumières pour détecter tout ce qui, de près ou de loin, peut s’apparenter à de l’orgueil. Nous avons besoin de lui pour bien nous connaître, car « sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5). Et aussi du fait que tout dans la vie spirituelle peut être tordu par le diable.

(à suivre…)

lundi 26 septembre 2011

La résurrection de Lazare (7)


La résurrection de Lazare (7)

« Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là » (Jean 11, 39). Il n’y a pas à barguigner. Il faut se plier à la volonté de Dieu. C’est une condition sine qua non du progrès spirituel véritable. Devant la majesté et la grandeur de Dieu, notre place c’est de nous faire tout-petit, de reconnaître notre totale dépendance de la toute-puissance de Dieu. Il n’y a pas d’autre attitude possible. « Quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14, 11).
Il nous faut cultiver l’humilité propre à la créature. »C’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28). En dehors de Dieu, nous ne sommes rien et nous ne pouvons rien. Il faut reconnaître que nous sommes entre les mains de Dieu (lire la suite) – et sont d’ailleurs les meilleures mains qui soient. Mais prétendre, comme cela nous arrive si souvent, nous débrouiller tout seuls, agir pour notre propre compte, sans demander sa grâce à Dieu, c’est présumer de nos forces et aller droit dans le mur.
« Jésus lui dit : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? » Ils ôtèrent donc la pierre ; et Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé » (Jean 11, 40-41). Marthe lui avait déclaré : « Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera » (Jean 11, 22). Ce à quoi Jésus avait répondu : « Ton frère ressuscitera » (Jean 11, 23). Voici le moment venu de cette résurrection annoncée. Le Père la lui a déjà accordée. C’est pourquoi il le remercie par avance.
L’action de grâce est une autre manifestation d’humilité, car c’est la reconnaissance des bienfaits que Dieu nous octroie libéralement et avec une abondance calculée, c’est-à-dire telle que nous n’en manquions jamais. Si nous jetons un coup d’œil sur notre vie, nous n’avons que des motifs de remercier Dieu. Tout est grâce.
Et parce que notre vie est une succession de « merveilles de Dieu » (Psaume 71, 19), nous nous en trouvons encouragés à lui ouvrir notre âme avec simplicité et confiance pour lui manifester nos besoins et lui demander de nous aider davantage encore. Nous le remercions de toutes les grâces qu’il nous envoie à profusion. Nous lui demandons pardon pour nos infidélités, pour avoir gaspillé un partie de ces grâces, et de ne pas nous en tenir rigueur…et nous sollicitons encore son aide, car nous en avons besoin aujourd’hui et toujours.

(à suivre…)

dimanche 25 septembre 2011

La résurrection de Lazare (6)


La résurrection de Lazare (6)

« Et il dit : « Où l'avez-vous mis ? » « Seigneur, lui répondirent-ils, venez et voyez. » Et Jésus pleura » (Jean 11, 34-35). Nous ne pouvons pas rester insensibles face à la douleur de notre Seigneur. Elle n’est pas feinte. C’est sa très Sainte Humanité qui s’exprime de la sorte. « Il a été éprouvé en tout de la même manière que nous, le péché exclu » (Hébreux 4, 15). Nous le voyons bien ici. Et c’est très beau. Jésus nous est ainsi très proche. Il nous comprend dans notre détresse, parce qu’il l’a connue personnellement, il l’a partagée.
« Les Juifs dirent : (lire la suite) « Voyez comme il l'aimait. » Mais quelques-uns d'entre eux dirent : « Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux d'un aveugle-né, faire aussi que cet homme ne mourût point? » (Jean 11, 36-37). Attendez donc un peu ! Patientez. Ayez l’humilité de ne pas juger Dieu, de ne pas lui dicter ce qu’il doit faire…
« Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre » (Jean 11, 38). Son émotion n’est pas passagère, mais profonde, comme profond était son lien d’amitié avec Lazare et ses deux sœurs. Il souffre aussi pour elles, à cause de leur propre douleur. « Jésus donc, frémissant de nouveau en lui-même, se rendit au sépulcre: c'était un caveau, et une pierre était posée dessus » (Jean 11, 38). C’est le style de tombeau de l’époque, obstrué par une pierre que l’on fait rouler, et qu’il est fort difficile ensuite de déplacer. L’on se souvient de la réflexion que se font les saintes femmes au matin de Pâques ; tandis qu’elles se rendent au Saint-Sépulcre pour achever d’embaumer le corps du Seigneur : « Elles se disaient entre elles : « Qui va nous rouler la pierre de devant l’entrée du tombeau ? » (Marc 16, 3). Ce jour-là, la question était superflue, car la pierre avait déjà été roulée…
Mais aujourd’hui, elle se pose, car Lazare est bel et bien dans la tombe. Aussi Jésus ordonne-t-il : « Ôtez la pierre ! » (Jean 11, 39). Cette injonction provoque la surprise. Marthe a beau croire que Jésus est la Résurrection et le Messie, elle hésite : « Marthe, la sœur de celui qui était mort, lui dit : « Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là » (Jean 11, 39). Que ce soit le quatrième ou le quarantième jour n’a pas d’importance pour Jésus. « Jésus lui dit : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? » (Jean 11, 40). Cette gloire de Dieu pour laquelle Lazare est tombé malade puis est décédé. Cette gloire de Dieu que seuls quelques privilégiés ont pu voir, comme Moïse sur le mont Horeb (cf. Exode 24, 16), et les apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor, au jour de la Transfiguration (cf. Luc 9, 28-36).
Mais on ne peut pas autrement voir Dieu dans sa gloire sans mourir. Cette vision est réservée à l’au-delà, à la vie en Dieu dans la patrie céleste.

(à suivre…)