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mardi 15 mai 2012

LA VIERGE MARIE (4)


LA VIERGE MARIE (4)

L’archange a recueilli ces mots comme un nectar
Et va les rapporter au Très-Haut sans retard.
Mais l’Esprit Saint déjà a accompli son œuvre
En Marie, devenue un céleste chef-d’œuvre.

La création est en jubilation.
Bien que restant cachée aux yeux des nations
Jusqu’au jour fixé pour sa révélation,
C'est une espèce de transfiguration.

Satan qui alentour rôdait n’a rien compris.
Il n’a pas remarqué deux oliviers fleuris
Ni que deux chandeliers se trouvaient allumés.
Sans qu'il en soit conscient, il a été plumé ! (lire la suite)

Sa cause par ce « oui » est à jamais perdue.
Il n’a pas vu venir le Sauveur attendu.
Il est beaucoup trop fier pour capter le mystère
Qui va bouleverser en profondeur la terre.

« Mon Fils, aurai-je soin de toi comme une mère ?
Ou dois-je t’adorer plutôt comme Seigneur ?
Tu connaîtras, je le sais, des heures amères ;
Me voici prête à en endurer les frayeurs.

Dois-je t’allaiter ou plutôt chanter ta gloire ?
T’apporterai-je du lait ou des aromates ?
Dois-je choisir la Croix plutôt que la mangeoire ?
Par Amour, je viens à toi, non en automate. »

Marie dépose son Jésus dans le berceau
Qu’est l’Église muée dans le vaste vaisseau
De la Rédemption du genre humain entier
Par le Nazaréen, le Fils du charpentier.

Vous vous montrez à nous dans la chapelle axiale
Habile préposée à la vie ecclésiale.
Vous jetez alentours un regard protecteur
Qui, vers le ciel, est pour nous le fil conducteur.

Vous êtes, de Jésus, le vivant reliquaire,
Donnant son sens à mon existence précaire.
Ne permettez pas que de Dieu je me sépare,
De son intimité je veux prendre ma part.

Extrait de D. Le Tourneau, Poèmes mystiques, Éditions TerraMare, 2011.
(à suivre…)

dimanche 19 février 2012

Le rayonnement du Christ (7)


Le rayonnement du Christ (7)

Notre Seigneur se chargera lui-même de rappeler à ses disciples fuyards et lâches qui se rendaient à leur village d’Emmaüs que Jésus de Nazareth « était un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24, 19). C’était bien le sentiment de la foule, par exemple après la résurrection du fils de la veuve de Naïm : « Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète a surgi parmi nous » et « Dieu a visité son peuple ». Et le bruit s’en répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour » (Luc 7, 16-17). Et encore, quand le paralytique que l’on avait fait descendre par une ouverture pratiquée dans le toit aux pieds de Jésus, à Capharnaüm, a été guéri, là aussi, et « prit ce sur quoi il était étendu et s’en alla chez lui en glorifiant Dieu. Tous alors furent pris de stupeur et se mirent à glorifier Dieu. Remplis de crainte, ils dirent : « Nous avons vu des merveilles aujourd'hui » (Luc 5, 25-26). Cela aurait très certainement été aussi notre réaction si nous avions été témoins de la scène. (lire la suite)
Nous comprenons alors aisément l’enthousiasme de la foule qui réserve un accueil triomphal à Jésus de Nazareth quand il fait son entrée solennelle dans la Cité Sainte : « Toute la foule des disciples, dans la joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, en disant : « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » (Luc 19, 37-38). Il y avait vraiment de quoi être enthousiaste.
Oui, les foules sont enthousiastes ! Et c’est on ne peut plus logique. Car « enthousiasme » vient du grec « en » et « theos », c’est-à-dire du fait « d’être en Dieu ». Être avec Jésus nous plonge dans l’intimité du Père et du Saint-Esprit. Cela donne un sens, un coloris, une saveur à la vie que rien d’autre ne peut nous apporter. Les hommes peuvent s’enthousiasmer pour des projets ou des aventures humaines, des exploits techniques ou sportifs. Mais le seul enthousiasme véritable, c’est celui qui est typiquement chrétien, celui qui naît et se développe au contact de Dieu et qui n’est pas conditionné par les « changements climatiques » ou les « variations saisonnières », qu’ils se fassent sentir en dehors ou au-dedans de l’âme. « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (Jean 8, 51). L’union à Dieu suffit largement à nourrir et à développer cet enthousiasme surnaturel avec la joie qu’il entraîne automatiquement.

(fin)

mercredi 15 février 2012

Le rayonnement du Christ (3)


Le rayonnement du Christ (3)

La réaction et le commentaire des gens qui écoutent Jésus parler et qui le voient agir et opérer des miracles sont identiques quand Jésus s’arrête à « Capharnaüm, ville de Galilée » et qu’il « leur donnait l’enseignement les jours de sabbat » (Luc 4, 31) dans la synagogue de la ville, « selon sa coutume » (Luc 4, 16) partout où il se rendait. Saint Luc note, en effet, que « les gens étaient dans l’admiration pour l’enseignement qu’il donnait parce que sa parole était pleine d’autorité » (Luc 4, 32). Or, voici qu’un jour de sabbat, alors qu’il est en train de prêcher dans la synagogue, il s’y trouve « un démoniaque possédé d’un esprit impur qui se mit à crier très fort : « Ah ! laisse-moi tranquille, Jésus de Nazareth ! Tu es venu pour notre ruine ! Je sais qui tu es : le Saint de Dieu ! » (Luc 4, 33-34). La scène a dû être impressionnante. Les gens ont les sangs glacés en entendant cet homme possédé du démon, qui devait être repoussant à voir et à l’air menaçant.(lire la suite)
Remarquons que Jésus ne lui a rien dit. Il ne lui a pas adressé la parole. Et pourtant le démoniaque se sent agressé par la seule présence du Maître. Dieu et le diable ne font pas bon ménage. Et il est manifeste que le démon ne peut pas supporter la présence de Dieu. Il faut qu’il s’enfuie.
La scène a d’autant plus frappé les esprits que tous entendent cet homme répugnant qualifier Jésus de « Saint de Dieu ! » Les Pharisiens et les docteurs de la Loi ne reconnaissent pas en lui le Messie, et il faut que ce soit le diable en personne qui le proclame ! C’est bouleversant. La Vérité s’impose même aux démons qui ignorent pourtant ce que vrai veut dire. Mais il faut bien proclamer que Jésus est le Christ Sauveur. « Je vous le dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront » (Luc 19, 40).
Alors « Jésus lui dit d’un ton impératif : « Tais-toi et sors de lui ! » (Luc 4, 35). Il n’est pas question pour lui d’obtempérer à l’injonction du démon. Il est effectivement venu pour sa perte. Et nul ne peut résister à la Parole de Dieu qui peut revêtir une force incroyable dans certaines circonstances, comme à Gethsémani, quand, ayant répondu : « C’est moi ! » à ceux qui disaient chercher Jésus de Nazareth, afin de l’arrêter, à ces mots tous « reculèrent et tombèrent à terre » (Jean 18, 6).
Jésus commande avec force. « Alors le démon, après l’avoir jeté à terre devant tout le monde, sortit de lui sans lui faire aucun mal » (Luc 4, 35), ce qui est digne d’être souligné, parce que le diable est plutôt du genre violent. Il se contente ici de secouer son possédé « frénétiquement et, poussant un grand cri, il sortit de lui » (Marc 1, 26). Ce qui a dû être effroyable à entendre. C’est un cri de rage de devoir décamper de cette âme dont le diable s’était emparée et qu’il croyait désormais sienne à tout jamais.

(à suivre…)

dimanche 12 février 2012

Le rayonnement du Christ (1)


Le rayonnement du Christ (1)

Les grands prêtres et les Pharisiens avaient envoyé des gardes avec l’ordre exprès d’arrêter Jésus. « Le dernier jour de la fête, le plus solennel », il venait de s’écrier : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive ! » (Jean 7, 37). En l’écoutant parler certains disaient : « C’est vraiment lui le Prophète. » D’autres disaient ; « C’est lui le Messie » (Jean 7, 45). Mais il n’emportait pas l’unanimité, car d’autres encore restaient sceptiques, abusés par le titre de « Jésus de Nazareth » sous lequel ils le connaissaient. Aussi se demandaient-ils : « Est-ce de Galilée que doit venir le Messie ? L’Écriture n’a-t-elle pas dit que le Messie doit venir de la descendance de David et de Bethléem, le bourg d’où était David ? » (Jean 7, 41-42). Ils ont raison et tort à la fois. Raison, parce que leur affirmation scripturaire est véridique. Tort, parce que leur raisonnement est faussé, du fait qu’ils ignorent que Jésus est né précisément à Bethléem (Matthieu 2, 1), et que ses parents, Joseph et Marie, sont tous deux de la lignée davidique (Matthieu 1, 20 ; Luc 2, 5). (lire la suite)
Dans le Temple, ce jour-là, « certains d’entre eux voulaient l’appréhender ; mais personne ne mit la main sur lui » (Jean 7, 44), y compris, ce qui est plus extraordinaire, les gardes diligentés expressément pour se saisir de lui. Le rayonnement personnel de Jésus est exceptionnel. Il s’est manifesté tout au long de sa vie. Les cœurs droits, les âmes simples se sont laissés toucher par la grâce qui émane de lui. « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? » (Jean 7, 45) demandent les grands prêtres et les Pharisiens, passablement irrités et déçus d’échouer une fois de plus dans leur intention perfide d’en finir avec le rabbi. La réponse des gardes est désarmante de simplicité : « Jamais homme n’a parlé comme cet homme » (Jean7, 46). Ce qui sous-entend que l’enseignement prodigué chaque sabbat à la synagogue fait bien pâle figure face à la puissance de conviction de Jésus, à la profondeur de sa pensée, à la richesse du contenu de sa prédication, à l’accessibilité de son propos au tout venant grâce au recours aux paraboles qui parlent de la vie courante de tout un chacun.
« Sur quoi, les Pharisiens leur répliquèrent : « Est-ce que vous aussi, vous vous seriez laissés tromper ? » (Jean 7,47) ou abuser par son discours qu’ils considèrent pernicieux et dangereux pour la préservation de la Loi… et de leur pouvoir. Ils ajoutent : « Est-ce que, parmi les notables, il en est un qui ait cru en lui ? » (Jean 7, 48).

(à suivre…)

mercredi 28 décembre 2011

Noël (4)


Noël (4)

« Le Seigneur m’a dit : “Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré”. » Par ces paroles du psaume 2, l’Église commence la Messe de la veillée de Noël, dans laquelle nous célébrons la naissance de notre Rédempteur Jésus-Christ, dans l’étable de Bethléem. Autrefois, ce psaume appartenait au rituel du couronnement du roi de Juda. Le peuple d’Israël, en raison de son élection, se sentait de façon particulière fils de Dieu, adopté par Dieu. Comme le roi était la personnification de ce peuple, son intronisation était vécue comme un acte solennel d’adoption de la part de Dieu, dans lequel le roi était, en quelque sorte, introduit dans le mystère même de Dieu. Dans la nuit de Bethléem, ces paroles, qui étaient en fait plutôt l’expression d’une espérance qu’une réalité présente, ont pris un sens nouveau et inattendu. (lire la suite)
L’Enfant dans la crèche est vraiment le Fils de Dieu. Dieu n’est pas solitude éternelle, mais cercle d’amour où il se donne et se redonne dans la réciprocité. Il est Père, Fils et Esprit Saint.
Plus encore : en Jésus Christ, le Fils de Dieu, Dieu lui-même s’est fait homme. C’est à Lui que le Père dit : « Tu es mon fils ». L’aujourd’hui éternel de Dieu est descendu dans l’aujourd’hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd’hui passager dans l’aujourd’hui éternel de Dieu. Dieu est si grand qu’il peut se faire petit. Dieu est si puissant qu’il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défense, afin que nous puissions l’aimer. Dieu est bon au point de renoncer à sa splendeur divine et descendre dans l’étable, afin que nous puissions le trouver et pour que, ainsi, sa bonté nous touche aussi, qu’elle se communique à nous et continue à agir par notre intermédiaire. C’est cela Noël : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ». Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec Lui, devenir semblables à Lui. Il a choisi comme signe l’Enfant dans la crèche: Il est ainsi. De cette façon nous apprenons à le connaître » (Benoît XVI, Homélie, 24 décembre 2005).
Cet Enfant que nous contemplons dans la crèche, c’est le Verbe de Dieu fait homme. C’est la Parole de Dieu faite chair. Alors que « bien des fois et de bien des manières, Dieu avait parlé jadis à nos pères par les prophètes. En ces temps qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils » (Hébreux 1, 1-2). Si bien qu’elle n’a pas seulement une voix, mais aussi un visage. Désormais « la Parole n’est pas seulement audible, elle ne possède pas seulement une voix, maintenant la Parole a un visage, qu’en conséquence nous pouvons voir : Jésus de Nazareth » (Benoît XVI, exhort. ap. Verbum Domini, n° 12).

(à suivre…)

mardi 11 octobre 2011

La guérison du fils de l’officier royal (4)


La guérison du fils de l’officier royal (4)

L’officier, qui est un homme profond et d’une bonne trempe, n’hésite pas, ne doute pas une seconde que ce que Jésus lui dit peut s’accomplir, que ce n’est pas une parole en l’air. « L’homme eut foi en parole que Jésus lui avait dite, et il se mit en route » (Jean 4, 50). Il retourne chez lui, convaincu que son fils est guéri, le cœur en fête. Il se hâte d’aller le retrouver et l’embrasser et fêter sa guérison. Il a un bon chemin à parcourir.
Avant de partir de chez lui pour Cana, il avait laissé des instructions à ses serviteurs pour qu’on le tienne informé de l’évolution de la situation sanitaire de son rejeton. « Alors qu’il était déjà sur la descente, ses serviteurs vinrent à sa rencontre et ils lui dirent que son fils était vivant » (Jean 4, 51). Ils ont dû se rencontrer à peu près à mi-chemin, car l’un et les autres se sont mis en route au même moment, celui où Jésus a affirmé sur un ton convaincant : « Ton fils vit. »
Les serviteurs n’ont pas pris la route simplement pour dire à leur maître que son fils était vivant. Cela ne suffirait pas, puisqu’il était censé venir accompagné du prophète de Nazareth. S’ils sont sortis à sa rencontre, c’est parce que le jeune homme s’est trouvé soudainement guéri, totalement rétabli. « Il s’enquit alors auprès d’eux de l’heure à laquelle le mieux était survenu » (Jean 4, 52). Il a foi, certes, mais il ne semble pas encore envisager une guérison complète…
Il faut alors que ses hommes lui disent : « C’est hier, à la septième heure, que la fièvre l’a quitté » (Jean 4, 52). Donc, ce n’est pas qu’il se sente mieux et soit tiré d’affaire, c’est-à-dire hors du danger qui le menaçait. Non, il est carrément guéri. La fièvre l’a quitté, à la septième heure, enfin de journée.
« Sur quoi, le père reconnut que c’était à cette heure-là que Jésus lui avait dit : « Ton fils vit », et il crut » (Jean 4 ; 53). Il a cru, comme la Cananéenne pour laquelle le Seigneur n’a pas daigné non plus se rendre chez elle pour chasser le démon qui possédait sa fille. Elle aussi a cru à la Parole de Dieu. La foi suffit pour que cette Parole devienne efficace (cf. Mc 7, 29-30) et, au besoin, déplace les montagnes (cf. Matthieu 21, 21).
Il est conforté dans la foi. Il n’a pas douté. C’est pourquoi le Seigneur l’a exaucé, apparemment au-delà de ce qu’il escomptait : non seulement l’amélioration de l’état de santé de son fils, pour qu’il ne meure pas, mais sa complète guérison. « Il crut, lui et sa maison tout entière » (Jean 4, 53), après qu’il leur a expliqué son entretien avec Jésus et qu’ils ont tous pu faire le lien entre l’annonce du rabbi de Nazareth et ce qui s’est passé exactement. « Le salut est arrivé aujourd’hui pour cette maison » (Luc 18, 19).

(à suivre…)

dimanche 12 juin 2011

Zachée (5)

Zachée (5)

Zachée n’est pas un paria aux yeux de ce Jésus de Nazareth, dont la rumeur publique dit tant de bien. C’est pour cela qu’il souhaitait voir quel genre d’homme il était. Et voilà que Jésus demande à venir chez lui ! C’est totalement fou.
Zachée n’en demandait pas tant. Mais comment résister à une telle demande ? « Le rabbi de Nazareth chez moi ! » c’est vraiment le monde à l’envers, se dit-il. « Il se hâta de descendre et le reçut avec joie » (Luc 19, 6). Il accompagne Jésus en jubilant, sans plus se soucier de s’afficher ouvertement avec Jésus ni de ce que les gens peuvent dire. Il n’a d’ailleurs pas le temps de faire ce genre de considérations. Il a vite dépêché quelqu’un pour prévenir de l’arrivée du Maître et que l’on commence les préparatifs de la fête. (lire la suite)
Quant aux apôtres, ils ont appris depuis longtemps à ne pas se scandaliser des fréquentations du Christ, qui n’ont rien de conformistes et bouleversent souvent les conventions établies. Ils savent désormais que, pour Jésus, tous les hommes sont égaux et qu’il ne fait pas acception de personnes (cf. Luc 20, 21) ; Dieu ne juge pas selon les apparences (cf. Jean 7, 24).
Que Zachée ne se pose pas de question ne veut pas dire que les commentaires sur le passage du cortège ne vont pas bon train. Et, immanquablement, « Ce que voyant, ils murmuraient tous, disant : « Il est entré pour loger chez un pécheur » (Luc 19, 7). Et Jésus n’en est pas à son premier coup. Les pharisiens et les scribes avaient déjà eu l’occasion de se scandaliser, en disant : « Celui-là, il fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » (Luc 15, 2). Sans trop s’aventurer à le reprocher directement à Jésus – ils craignaient ses réponses sans appel – ils disaient « à ses disciples : Comment pouvez-vous manger et boire avec les publicains et les pécheurs » (Luc 5, 30).
Jésus ne va pas tarder aujourd’hui à leur en préciser la raison.
La grâce du Saint-Esprit n’a pas besoin de beaucoup de temps pour se frayer un chemin jusqu’au cœur de l’homme, quand celui-ci est bien disposé. Les quelques minutes du parcours entre le sycomore et son domicile ont suffi pour que Zachée, « s'étant arrêté, dit au Seigneur : « Voici, Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens ; et si j'ai fait du tort à quelqu'un, je rends le quadruple » (Luc 19, 8).

(à suivre…)

mercredi 3 février 2010

Le paralytique de la piscine probatique (14)

Le paralytique de la piscine probatique (14)

- Dis-moi plutôt que tu n'en connais aucun, ni parmi les princes des prêtres, ni parmi les pharisiens et les scribes. D'ailleurs tu es aussi scandalisé que moi par leur comportement :
- « Ils disent de faire, et ils ne font pas. Ils lient et mettent sur les épaules des gens des fardeaux écrasants et difficiles à porter, mais eux-mêmes, ils se refusent à les remuer du bout du doigt. Tout ce qu'ils font, ils le font pour se donner en spectacle aux gens » (Matthieu 23, 3-5), ils sont d'une méticulosité extrême dans les observances qui étouffe. Alors, je ne les prend pas pour modèle :
- « Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent, mais ne prenez pas modèle sur leurs actes » (Matthieu 23, 3).
- « Si on jure par le sanctuaire, cela ne compte pas ; mais si l'on jure par l'or qui est dans le sanctuaire, on est tenu. (...) Si on jure par l'autel, cela ne compte pas ; mais si l'on jure par l'offrande qui est dessus, on est tenu » (Matthieu 23, 16.18).
- N'est-ce pas de l'hypocrisie ? Moi je trouve cela scandaleux !
- Cela n'a effectivement rien a voir avec le rabbi de Nazareth, mais d'ici à dire que c'est le Fils de Dieu, ou Dieu...
- Ce n'est pas moi qui le dis, encore une fois, mais Jean-Baptiste.
- Allons, rentrons. Il me semble que la journée a été bien remplie.
- Tu peux le dire. C'est ton ange, Demas, qui t'a soufflé l'idée de venir ici. Que d'émotions. Mais je reste sur ma faim.
- Eh bien dis donc, tu es difficile, toi ! Tu assistes en direct à un miracle inouï, un paralytique de toute une vie ou presque qui marche d'un coup et a la force de porter son grabat, et tu es insatisfait. Qu'est-ce qu'il te faut d'autre ?
- Élucider la question de l'identité de ce charpentier. Il me semble que le meilleur moyen pour le découvrir, c'est d'aller le rejoindre et de partager la vie de ses disciples, pour voir.
- Très bien ! je viens avec toi.

(fin)

mardi 2 février 2010

Le paralytique dev la piscine probatique (13)

Le paralytique de la piscine probatique (13)

- Qu'est-ce que Moïse vient faire ici ?
- Je vais te le rafraîchir la mémoire.
- Allons, ne t'échauffe pas.
- Je ne m'échauffe pas. Mais tu me chauvis un peu quand même. Moïse a déclaré : Le Seigneur Dieu vous suscitera du milieu de vos frères un prophète comme moi, écoutez-le en tout ce qu'il vous dira (Actes 3, 22 ; cf. Deutéronome, 18, 15.19 ; Lévitique 22, 29).
- Rien ne prouve qu'il parlait de ce Jésus. C'est même tout à fait improbable.
- Peut-être, mais cela s'applique à lui à merveille, et à personne d'autre depuis Moïse.
- Si les princes des prêtres t'entendaient, ils se déchireraient les vêtements et tu serais lapidé en moins de deux... Et je ne pourrai rien faire pour toi, Sosthène.
- Ne t'inquiète pas pour moi. Je ne vais pas me jeter dans la gueule des lions. Je t'ai dit que je cherchais à comprendre et je n'en suis qu'au début de mes réflexions. Mais ce que je viens de te dire, ma déduction, me semble on ne peut plus logique à partir de l'affirmation du Baptiste. Et personne n'a jamais osé s'opposer à ce qu'il disait, ni le démentir, ni le contredire. Jean-Baptise a donc déclaré :
- « Moi, je baptise dans l'eau. Au milieu de vous se tient quelqu'un que vous ne connaissez pas : celui qui vient après moi, et je ne suis pas digne de défaire la courroie de sa sandale » (Jean 1, 26-27).
- Il pouvait parler de quelqu'un d'autre.
- Pas de lui-même, en tout cas, comme il l'a confirmé plus tard :
- Vous m'êtes témoins vous-mêmes que j'ai dit :
- « Moi, je ne suis pas le Messie » (Jean 3, 28).
- Qu'est-ce que tu en conclues ?
- Je te l'ai déjà dit ! Tu connais, toi, en Israël quelqu'un d'autre que Jésus qui fait des miracles comme il en fait, ne serait-ce qu'un seul ? Tu en connais qui parle comme il parle et qui entraîne les foules à sa suite des jours entiers, rien que pour l'écouter ? Dis-moi un peu, tu en connais beaucoup ?
- Euh, non!

(à suivre...)

lundi 1 février 2010

Le paralytique de la piscine probatique (12)

Le paralytique de la piscine probatique (12)

- Non, certes. Mais je ne vois pas où tu veux en venir.
- Je me pose tout simplement des questions. J'essaye de comprendre, ce qui n'a pas l'air ton cas. Je vais rafraîchir ta mémoire en citant, cette fois, Jean-Baptiste. Ne te rappelles-tu vraiment pas qu'il nous a parlé de ce Jésus ?
- Vaguement.
- Eh bien, voici. Je m'en souviens mot à mot, car cela m'a causé un choc sur le moment, et j'ai mémorisé ce que je venais d'entendre. Écoute ça, Demas :
- Voici l'Agneau de Dieu, qui va enlever le péché du monde. C'est de lui que j'ai dit :
- « Après moi vient quelqu'un qui a passé devant moi, parce qu'il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté à Israël que, moi, je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jean 1, 29-31).
- Je ne suis pas plus avancé.
- Comment donc, qu'est-ce qu'il te faut ? L'Agneau, cela ne te dit rien ? Tu es vraiment amnésique aujourd'hui? Le prophète Isaïe nous a annoncé le Messie sous la forme d'un agneau conduit à l'abattoir (Isaïe 53, 7).
- Oui, et Jérémie d'ajouter qu'il était comme un agneau familier, qu'on mène à la boucherie (Jérémie 11, 19).
- Tu vois, si tu y mets un peu de bonne volonté.
- Je connais mes classiques mais, encore une fois, cela ne mène à rien. Je ne vois pas le rapport entre cet agneau et celui d'Isaïe. Où est l'abattoir ? Qui te dit qu'il y a indentité de mouton ?
- Jean-Baptiste lui-même. Laissons l'abattoir de côté. Ce qui importe actuellement, c'est de tirer au clair l'identité exacte de Jésus. Or, nous avons toujours cru à ce que Jean a dit, car il est manifeste qu'il est un envoyé de Dieu. Sa naissance elle-même a été entourée de mystères, au point que tous les gens du voisinage, et par toute la montagne de Juda, on se demandait :
- « Que sera donc cet enfant ? » (Luc 1, 65.66).
- Eh bien, lui, il affirme solennellement qu'il est venu préparer le chemin à cet Agneau annoncé par Isaïe, et dans lequel nos Pères dans la foi ont toujours vu une figure du Messie que nous attendons tous ardemment.
- Voilà donc où tu voulais en venir. Je t'attendais...
- Mais c'est lui, Jean-Baptiste qui affirme :
- « Et moi, je ne le connaissais pas ; mais c'est pour qu'il fût manifesté à Israël que, moi, je suis venu baptiser dans l'eau. » (Jean 1, 31). Tu sais qu'il a baptisé ce Jésus dans le Jourdain, comme nous.
- Oui.
- Eh bien, Jean-Baptiste a encore rendu témoignage en disant :
- « J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe, et il est demeuré sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas » (Jean 1, 32-33).
- Comment peut-il dire cela puisque c'est son cousin ?
- Tu prends tout au premier degré ! Quelle manque de bonne volonté.
- Ben quoi, ce n'est pas vrai, peut-être ?
- Si, bien sûr. Mais si tu me laissais parler tu comprendrais, enfin peut-être, si tu y mets un peu du tien... Il ne le connaissait pas sous un jour autre que son cousinage précisément, sous celui qui lui a été révélé, et qu'il précisait quand tu m'as interrompu.
- Excuse-moi, Sosthène. Vas-y, continues.
- Ça ne fait rien, ne t'en fais pas. Donc, il a explicité sa mission :
- Mais celui qui m'avait envoyé baptiser, celui-là m'avait dit :
- « Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit Saint. »
- Et j'ai vu de mes yeux et j'atteste que c'est lui le Fils de Dieu » (Jean 1, 33-34).
- C'est bien énigmatique !
- Énigmatique, énigmatique ! C'est toi qui m'a l'air énigmatique. Pour moi, c'est clair. Ce Jésus est le Messie d'Israël. Tu ne comprends toujours pas ? Tu étais d'accord pour reconnaître que seul Dieu peut faire des miracles. Alors, Jésus de Nazareth est Dieu lui-même. Comment est-ce possible ? Je n'en sais rien. Mais la conclusion s'impose d'elle-même. D'ailleurs, que fais-tu de Moïse ?

(à suivre...)

dimanche 31 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (11)

Le paralytique de la piscine probatique (11)

Pendant ce temps-là, Demas et Sosthène échangent leurs impressions.
- Écoute, nous savons que Dieu n'exauce pas les pécheurs ; mais si quelqu'un est pieux et fait sa volonté, celui-là il l'exauce ; (...) si celui-ci ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire (cf. Jean 9, 30.31).
- Je sais bien, répond Demas.
- Alors... ?
- Que veux-tu que je te dise ? Le Tout-Puissant fait des merveilles, saint est son nom (cf. Luc 1, 49). Voilà. Tu ne veux quand même pas dire que ce Jésus est Dieu ! Ce serait un blasphème ! Toi, tu ne vas quand même pas soutenir une telle énormité. Si tu insistes sur de telles billevesées, je te préviens que je cesse illico d'être ton ami, quoi qu'il puisse m'en coûter. Moi, je ne joue pas avec ce que nos Pères, depuis Abraham et Moïse, nous ont transmis.
- Moi non plus, Demas. Tu as raison, bien sûr. Je ne remets nullement en cause la Loi et les prophètes. Que le Béni me préserve d'une telle infamie ! Mais j'aimerai bien savoir qui est cet homme.
- Tu me surpends, car tout le monde le sait : c'est un Nazaréen, charpentier de son métier. Et tu crois, toi, que, parce qu'il est de Nazareth et qu'il est artisan, il a le pouvoir d'accomplir des miracles, comme celui dont nous sommes témoins en ce moment même ? Ne dis pas de bêtises.
- Ne te fâches pas. Tu me demandais qui il est.
- Ne finasses pas.
- Est-ce que tu te rappelles au moins ce qu'il a dit au sujet de Jean-Baptiste, que nous sommes allés rencontrer voici deux ou trois ans au bord du Jourdain pour nous faire baptiser ?
- Ce que Jean-Baptiste proclamait ?
- Non, Demas, ce que Jésus de Nazareth a dit de lui.
- Je ne m'en souviens pas.
- Eh bien, je vais te le dire : « Pourquoi y êtes-vous allés ? Pour voir un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu'un prophète. C'est de lui dont il est écrit : Voici que moi j'envoie mon messager en avant de toi pour te préparer la route devant toi » (Matthieu 11, 9-10). Et pourtant le Baptiste n'a réalisé aucun miracle. Tu ne trouves pas cela troublant ?
Ma foi, je ne sais pas.
- Comment ? Tu ne vois pas ? Tu ne veux pas te mouiller. Fais donc travailler un peu ta cervelle. Tu trouves normal qu'un homme supérieur aux prophètes se contente de prêcher la conversion et de baptiser avec de l'eau, alors que le rabbi de Nazareth, lui, il enseigne en homme qui détient l'autorité (Matthieu 7, 29), les foules sont dans l'admiration (Luc 11, 14) et, en sus, il ne cesse de faire des prodiges, au point que les gens le priaient de leur laisser toucher ne fût-ce que la houppe de son vêtement, et tous ceux qui pouvaient la toucher étaient guéris (Marc 6, 56). Tout cela te laisse froid ?

(à suivre...)

samedi 30 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (10)

Le paralytique de la piscine probatique (10)

Il s'en alla dire aux Juifs que c'était Jésus qui l'avait guéri (Jean 5, 15).
À son grand étonnement, bien loin de s'en réjouir, ils vitupèrent contre cet homme qui fait des miracles le jour du sabbat.
Franchement, je ne vois pas quel mal il peut y avoir à faire du bien, un grand bien comme il l'a fait pour moi, un jour de sabbat. De toute façon, c'est leur affaire. S'ils sont de mauvaise humeur, moi, je ne vais me mêler plus longtemps de leurs affaires. J'ai bien mieux pour m'occuper : je vais prier.
Mais eux de lui demander :
- Où se trouve ce Jésus ?
- Venez avec moi, et je vous conduirai à lui. Il ajoute par devers lui : j'espère qu'après cela je pourrai m'éclipser et que j'aurai la paix. Ils ne vont quand même pas me gâcher toute la joie d'un aussi grand jour !
Il n'arrive pas à imaginer pourquoi les chefs du peuple peuvent vouloir du mal à celu qui ne fait que du bien. Il ne sait pas qu'ils sont comme Hérode jadis :
- Allez, enquérez-vous avec précision (...) et, quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que, moi aussi, j'aille l'adorer (Matthieu 2, 28).
Ils le suivirent donc d'un pas décidé. Que ce paralytique marche à bonne allure d'un pas normal est le cadet de leurs soucis. Ils ne pensent qu'à en découdre avec ce rabbi de pacotille. Aussi, l'apostrophant avec véhémence, ils l'attaquent parce qu'il faisait cela en sabbat (Jean 5, 16).
­- « Ne sais-tu pas qu'il faut laisser les gens en paix le jour du sabbat et honorer le Tout-Puissant ? »
« Laisser les gens en paix ! » Ils en ont de bonnes ! Je pourrai leur demander, à chacun d'entre eux :
Et si c'était toi qui avais été paralytique et que je t'avais guéri, et toi, et toi... Et si ton ami tombait dans un puits, qu'est-ce que tu dirais ? Est-ce que tu te plaindrais par hasard de pouvoir gambader et retrouver ta liberté de mouvement ? Est-ce que tu aurais le mot « sabbat » plein la bouche ? Mais à quoi bon ? Ils ont la nuque raide (cf. Exode 32, 9) et le cœur endurci (Ézéchiel 2, 4), et ce peuple s'approche en paroles et m'honore du bout des lèvres, tandis que son cœur est loin de moi (Isaïe 29, 13).

(à suivre...)

vendredi 29 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (9)

Le paralytique de la piscine probatique (9)

Jésus ne s'impose jamais. Il va à la rencontre de celui qui a besoin de lui, c'est-à-dire de tout homme. Il commence à agir en faveur de celui qui manifeste ses bonnes dispositions. Mais il lui laisse la liberté de vouloir progresser ou d'en rester là, d'établir une relation durable ou de se contenter égoïstement d'un acquis, comme s'il s'agissait d'un dû.
C'est pourquoi, alors que notre homme est parti à la recherche de celui qui l'a guéri, afin de lui demander qui il est et de pouvoir communiquer cette réponse aux chefs de Juifs envers lesquels il éprouve un grand respect, malgré la dureté et le mépris avec laquelle ils lui ont parlé, Jésus le recontra dans le Temple (Jean 5, 14).
L'homme s'était rendu au Temple pour prier. Il est allé remercier Dieu pour le miracle dont il est le bénéficiaire immédiat. C'est une belle attitude, le comportement d'une âme reconnaissante, tout à la joie d'un tel changement.
Et c'est à ce moment-là, dans la joie et la reconnaissance, que Jésus se porte à sa rencontre. Il trouve en lui les sentiments qu'il attendait, pour pousser son intervention plus loin. Il veut aussi prendre son âme, guérir son âme.
Jésus lui dit :
- Te voilà guéri : ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive pis (Jean 5, 14). Car le futur n'est que du passé à venir, et il ne te convient pas qu'il reproduise le passé vraiment passé.
Puis, se tournant vers ses apôtres, il donne la raison de son intervention :
- C'est afin que les œuvres de Dieu apparaissent au grand jour en sa personne (Jean 9, 5) qu'il a été guéri.
L'homme est maintenant renseigné. C'est Jésus de Nazareth, le Jésus auquel il pensait de temps à autre, en enviant ceux pour qui il avait réalisé des miracles. C'est donc Jésus, quelle bonne nouvelle. Les Juifs vont être satisfaits quand je vais le leur annoncer.

*
* *

Comblé de la réponse obtenue, le héro du jour s'empresse de retourner au Temple. Il se met à prier ardemment, le cœur en feu :
- Pour moi, par ta grande bonté, j'entrerai dans ta maison ; je me prosternerai devant ton saint temple avec un sentiment de crainte. Yahvé, conduis-moi dans ta justice (Psaume 5, 8-9) et ta sainteté tous les jours de ma vie. Je parviendrai à l'autel de Dieu, au Dieu qui est ma joie et mon allégresse (Psaume 43 (42), 4). Notre père David avait assuré que le juste, Yahvé, comme d'un bouclier, tu l'entoureras de bienveillance (Psaume 5, 13), d'un créneau et un bouclier (Psaume 84 (83), 12), contre lesquels les dards de l'ennemi se fracasseront irrésistiblement. Je vois que rien n'est impossible de la part de Dieu (Luc 1, 37).
Je me rends au Temple pour le remercier de tous ses bienfaits. Je pensais bien mourir sans avoir pu remettre les pieds dans ce sanctuaire, sans le revoir. Et voilà que l'impossible est devenu réalité. Béni soit le Seigneur à jamais ! (Psaume 89 (88), 53). Des mots de David, notre père, me reviennent à la mémoire. Cela fait bien longtemps que je ne les ai pas répétés, car ma misère m'écrasait. Mais aujourd'hui, ils remontent impétueusement dans mon cœur : Béni sois-tu, déternité en éternité, Yahvé Dieu de notre père Israël ! À toi, Yahvé, la gloire, la puissance, la magnificence, la splendeur et la gloire, car tout, au ciel et sur la terre, est à toi ; à toi, Yahvé, la royauté ; à toi de t'élever souverainement au-dessus de tout. De toi viennent la richesse et la gloire ; tu domines sur tout, dans ta main sont la force et la puissance, et ta main donne à toute chose gloire et puissance (1 Chroniques 29, 10-12), comme je viens d'en faire l'expérience. Je ne sais pas 'il y a beaucoup de gens dans mon cas - trente-huit ans ! cela doit quand même être un record ! Quoi qu'il en soit, il ne me reste plus qu'une chose à faire, une seule, jusqu'à ce que le Tout-Puissant me rappelle en sa présence : le bénir et le remercier. Manifester ma reconnaissance et me faire le chantre des merveilles qu'il a accomplies par son Serviteur, le rabbi Jésus de Nazareth. Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi (Luc 8, 39).

(à suivre...)

jeudi 28 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (8)

L'homme, qui a encore du mal à croire qu'il ne rêve pas, se relève puis rassemblant ses maigres biens, il prit son grabat et se mit à marcher (Jean 5, 9) au su et au vu de tout le monde.
La foule éberluée s'écarte pour le laisser passer et retient son souffle. On le félicite de toute part. Ceux qui si souvent on fait comme s'ils ne le voyaient pas jouent aux vieilles connaissances.
L'homme avance. Il ne sait pas encore trop où aller, car cela fait bien longtemps qu'il n'a plus de « chez lui ». De toute façon il se dit :
- Le plus important pour moi en ce moment, c'est d'aller au Temple pour remercier le Tout-Puissant qui, vraiment, a fait en moi des merveilles, saint est son nom ! (cf. Luc 1, 49). Yahvé garde les simples ; j'étais faible et il m'a sauvé ! (Psaume 116 (115), 6).
Il se dirige donc vers le Temple de Salomon, portant toujours son fardeau sur l'épaule. Mais voilà, ce jour-là, c'était sabbat (Jean 5, 9), et le jour du sabbat, il est interdit de porter des charges. Il 'y avait pas prêté attention. Quand même, après trente-huit ans d'immobilité, qui allait lui reprocher quoi que ce soit ?
Eh bien non ! Les Juifs dirent à celui qui venait d'être guéri, non sans une amphe lyrique :
- C'est le sabbat : il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
Ils n'ont pas encore été informés de l'événement qui vient de se produire à la piscine aux cinq portiques. Ils l'apprendront suffisamment tôt, pour se mettre en colère contre ce soi-disant rabbi qui enfreint le jour le plus sacré, le sabbat !
Ils n'ont pas compris que le Fils de l'homme est maître même du sabbat (Luc 6, 5), refusant d'examiner la question, tant elle heurte leurs habitudes et leurs acquis.
Pour eux et, il est vrai, pour tout Juif pratiquant, il est des choses que l'on ne peut pas faire ce jour-là. Ils croient sincèrement que ce serait offenser le Créateur que de ne pas respecter leurs prescriptions. Mais Jésus de Nazareth n'est pas venu abroger, mais parfaire la Loi (Matthieu 5, 17), la sublimer, lui conférer toute sa portée de loi d'Amour et de liberté.
- Il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
C'est vrai, à prendre les préceptes légaux au pied de la lettre. Mais ne peut-on pas appliquer l'épiquie, adapter la norme à la situation exceptionnelle de cet homme ?
Il n'entre pas en discussion avec ceux qui l'interpellent d'un ton acerbe, du moins ce n'est pas son intention. Sabbat ou pas sabbat, il leur répondit :
- C'est celui qui m'a guéri qui m'a dit :
- Prend ton grabat et marche (Jean 5, 11).
Celui qui m'a guéri. Il n'en sait pas plus sur cet homme providentiel. Il était tellement heureux une fois remis sur pied qu'il n'a même pas songé à demander :
- « Maître, qui es-tu ? D'où viens-tu ? »
Alors ils lui demandèrent :
- Quel est l'homme qui t'a dit
- Prend ton grabat et marche ? (Jean 5, 12).
Arrivés à ce stade, ils se doutent bien qu'il s'agit de Jésus, et ils se mordent les doigts de s'être laissés prendre au dépourvu, de ne pas avoir anticipé le venue du rabbi à Jérusalem pour la fête, alors que c'était somme toute logique. Ils auraient pu le marquer de plus près et l'empêcher peut-être d'enfreindre une nouvelle foi la Loi.
- « Ce perturbateur de l'ordre public ne nous laissera-t-il donc jamais tranquilles, soupire Elcana. Et tous ces pécheurs qui étalent leur ignorance et ne nous obéissent pas se laissent subjuguer par ce magicien et ses carabistouilles. Quand en aurons-nous fini avec lui ? Quand pourrons-nous célébrer sereinement la gloire du Tout-Puissant sans avoir à rester sur nos gardes, sans craindre l'incursion scélérate de cet imposteur ? »
Ils peuvent bien râler, ce n'est pas cela qui va empêcher Jésus de faire ce pour quoi il est descendu sur terre : La volonté de Celui qui m'a envoyé (Jean 4, 34). C'est pourquoi il attend que les événements suivent leur cours.
L'homme reste interdit, déconcerté, ne sachant que répondre. Il ne savait pas qui avait été l'artisan de ce prodige, car, comme il y avait foule en cet endroit, Jésus avait disparu (Jean 5, 13), et il n'avait pu s'entretenir avec lui.
Constatant qu'il ne dit rien, les Juifs s'adressent de nouveau à lui, sur un ton impératif et autoritaire :
- Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non le jour du sabbat (Luc 13, 14). Six jours, cela ne vous suffit-il pas pour qu'il vous faille offenser Dieu le jour du sabbat ?
Ils ne sont pas contre les guérisons, bien qu'ils soupçonnent que Jésus les réalise grâce à un pouvoir occulte et malfaisant, ce qui est quand même paradoxal. Le bien peut-il sortir du mal ? Cet homme-là ne chasse les démons que par Bélzeébul, chef des démons (Matthieu 12, 24).
- Mais je n'ai rien demandé, proteste l'homme qui a été guéri. Je n'ai rien demandé ni hier ni aujourd'hui. C'est lui qui s'est arrêté devant moi. Enfin quelqu'un qui s'intéresse à moi, me suis-je dis. Ce n'est pas trop tôt. Cela fait trente-huit ans que j'étais là, grabataire, à même le sol. Vous vous rendez compte ? Et il m'a guéri. Je ne me suis pas posé de question quand il m'a dit de prendre mon grabat. L'idée ne m'a pas effleuré l'esprit que ce pouvait être le sabbat. Trente-huit ans que je ne puis me rendre ni au Temple ni à la synagogue. J'ai perdu le compte des jours. De toute façon, c'est très bien comme cela. Me voilà guéri, n'est-ce pas ce qui compte ?
- Tu eux nous faire la leçon en insultant nos Pères et le Tout-Puissant. Tu es né dans le péché et tu veux nous apprendre ce que nous devons faire. Maudit soit le jour où tu es né, espèce de vermine, pécheur invétéré.

(à suivre...)

mercredi 27 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (7)

Le paralytique de la piscine probatique (7)

L'homme qui a été guéri ne se laisse pas griser par l'enthousiasme. Il fait des flexions, étonné de sa souplesse, puis fait un bond en avant en craint :
- Youpeeee !
Et il se tambourine la poitrine puis exécute quelques pas de danse. Fondant en larmes, il se jette de nouveau aux pieds de Jésus :
- Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits à mon égard ? (Psaume 116 (115), 12). Merci, ô Elohim, merci, parce que tu t'es souvenu de moi. Oui, souviens-toi de moi, ô mon Dieu, en bien (Es 13, 31). Je le savais, jusqu'ici Yahvé nous a secourus (1 Samuel 7, 12) ; tu n'as pas oublié le cri des affligés (Psaume 9, 13), de l'affligé que je suis, que j'étais ! Que tu es grand, ô mon Dieu ! Nous te célébrerons à jamais ; d'âge en âge nous publierons tes louanges (Psaume 79 (78), 13).
J'étais nu et pauvre, misérable et sans force, perclus comme Job, et tu m'a redonné la santé par ton serviteur. Béni sois-tu ! Tu m'a secouru dans ma détresse. Quelle est vraie cette parole du prophète : Au temps favorable je t'exauce, et, au jour du salut, je te viens en aide ! (Isaïe 48, 8). Tu es ma force et ma vaillance, tu es mon sauveur (cf. Psaume 118 (117), 14).
Je t'exalte, Yahvé, parce que tu m'as délivré (Psaume 30 (29), 27). Je dois dire que tu y a mis le temps... mais n'est-il pas vrai que mille ans sont, à tes yeux, comme le jour d'hier, quand il est passé, et comme une veille de la nuit ? (Psaume 90 (89), 4). C'est pourquoi j'ai pris mon mal en patience. Yahvé, mon Dieu, j'ai crié vers toi, et tu m'as guéri. (...) Tu as changé mes lamentations en danses joyeuses (c'est vrai, je danse !), tu as délié mon sac et tu m'as ceint de joie, afin que mon âme te chante et ne se taise pas. Yahvé, mon Dieu, à jamais je te louerai (Psaume 30 (29), 12-13), pour tous tes bienfaits, pour ce que tu viens d'opérer en moi.

(à suivre...)

dimanche 24 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (6)

Et soudain, sans trop y réfléchir, il se dresse sur ses jambes. Le voilà debout !
Et aussitôt l'homme fut guéri (Jean 5, 9).
Il fait quelques mouvements pour s'assurer qu'il est bien sur pied. Des larmes de joie et de reconnaissance commencent à perler sur ses joues. Son cœur éclate de bonheur, en effet.
- Ça alors, mais je suis debout ! C'est bien moi ! Il m'a dit lève-toi et je me suis levé, mû par un ressort. Trente-huit que je n'ai pas bougé, et me voilà debout !
De partout jaillit un cri de stupeur :
- Miracle ! Miracle ! Le paralytique est debout ! Miracle, il est guéri !
D'autres disent :
- Laissez-moi voir, écartez-vous un peu, pour que je voie.
Et encore :
- Ne poussez pas, ne poussez pas.
Tous veulent s'approcher de Jésus et voir le miraculé de leurs propres yeux, le toucher, car, maintenant, il est un autre homme pour eux, toujous sale et aussi déguenillé, couvert d'une tunique depuis bien longtemps aveulie certes, mais un autre homme, fréquentable désormais... C'est ainsi qu'évolue le jugement des hommes. « Selon que vous serez blanc ou noir, les gens vous diront puissants ou misérables » (Jean de La Fontaine, ).
Les Douze, qui se sont mis en cercle autour du Seigneur et de l'élu - ils en ont l'habitude - ont toutes la peine du monde à contenir la pression de la masse, emportée qui par la curiosité, qui par l'exaltation.
L'ex-paralytique, rassuré sur son nouvel état, tombe à genoux devant le Seigneur et se prosterne à ses pieds, en action de grâces. Une femme l'imite dans la foule. Puis une autre. L'émotion a gagné le peuple saisi de crainte... Les uns lèvent les bras vers le ciel. D'autres sont profondément inclinés devant Jésus.
Ils ne se prosternent pas devant un veau d'or, pour dire :
- Voici ton Dieu qui t'a tiré du pays d'Égypte (Exode 32, 4).
Non, leurs pensées sont tout autres :
- Un grand prophète a surgi parmi nous (Luc 7, 16).
- Que le nom de Yahvé soit béni, dès maintenant et à jamais ! (Psaume 113 (112), 2).
- Comme le chantait notre Père Moïse, ma force et mon cantique, c'est Yahvé ; c'est lui qui m'a sauvé ; voilà mon Dieu : je le célèbrerai ; le Dieu de mon père : je l'exalterai (Exode 15, 2).
- Chantez au Seigneur un chant nouveau, car il a fait des miracles (Psaume 98 (97), 1), des merveilles sous nos yeux.
- C'est Yahvé qui a fait cela, qui a guéri cet homme, c'est chose merveilleuse à nos yeux (Psaume 118 (117), 23).
Une femme s'écrie d'une voix forte :
- Heureux le sein qui t'a porté et la poitrine qui t'a allaité (Luc 11, 27), toi qui viens faire tant de bien pour ton peuple.
- Oui, béni sois-tu ! Vive Yahvé et béni soit mon rocher ! Que le Dieu qui me sauve soit exaucé ! (Psaume 18 (17), 47).

(à suivre...)

samedi 23 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (5)

Le malade regarde intensément Jésus. Il a parlé. Il n'attend rien, plus rien. Pourtant c'est la première fois que quelqu'un s'intéresse vraiment à lui, en dehors de lui apporter des restes comme pitance une fois par jour.
Car, quand il le faut, Jésus prend les devants ; c'est lui qui va à la rencontre de ceux qui ont besoin de lui.
Mais ce regard, le regard de cet homme, est d'une telle bonté, se dit l'infirme, qu'il me redonne espoir. Il est prêt à lui dire :
- Je te suivrai où que tu ailles (Luc 9, 57).
Voilà ce qu'il a envie de lui dire. Mais non, je ne peux pas le suivre. En effet, ajoute-t-il :
- Pendant que j'y vais un autre descend avant moi (Jean 5, 7)
Alors comment pourrais-je suivre le Seigneur ? Il ne faut pas rêver. Les autres n'ont pas de mérite à être plus rapides que moi. Même un estropié est plus leste. Que puis-je y faire ?
Toi, tu ne peux rien faire par toi-même, mais moi, je suis le brancardier des âmes désolées, dit Jésus en son for intérieur.

*
* *

Un grand silence s'est établi maintenant. Demas et Sosthène se sont dressés sur la pointe des pieds, et bien d'autres font de même dans la foule qui s'est resserrée autour du Seigneur, pour essayer de voir quelque chose et de comprendre ce qui se passe.
- On dirait qu'il lui parle.
- Oui, mais il ne se passe rien.
- Tu es drôle, toi. Qu'est-ce que tu attends ?
- Un miracle, Demas, oui, un miracle. C'est pour cela que nous sommes venus à cette piscine. L'aurais-tu oublié ?
Ils ont beau s'entretenir sotto voce, des « chut ! » leur font comprendre que ce n'est pas le moment de commérer.
Le malade continue de fixer Jésus intensément. En même temps, il est gêné d'être la cible de l'attention de tous, comme une bête curieuse.
- Je suis seul, toujours désespéremment seul. Et aujourd'hui, ils me regardent tous. Qu'est-ce qui leur prend ? Si au moins, ils me venaient an aide ! Mais ils sont tous là, figés sur place, muets, comme s'ils avaient peur de moi.
Il jette un regard rapide sur lui-même.
- Il est vrai que je n'ai pas fière allure. Pour tous ces gens qui ont l'air de bien se porter, je dois être repoussant et répugnant.
Jésus le tire de ses réflexions en lui ordonnant :
- Lève-toi, prend ton grabat et marche (Jean 5, 8).
Il voudrait demander s'il a bien compris, mais aucun son ne sort de sa bouche. Sa gorge est nouée. Il toise la foule, en quête d'un encouragement. Mais nul ne bronche.
En même temps, il sent un bonheur envahir tout son être, un bonheur et un bien-être comme il n'en a jamais connus.
- Comment pourrais-je marcher et porter mon grabat ? Je suis paralysé !
Il a envie de crier à la foule :
- Je suis paralysé, vous le voyez bien. Vous le voyez bien, vous qui m'avez toujours ignoré.

(à suivre...

vendredi 22 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (4)

Le paralytique de la piscine probatique (4)

Jésus est à l'arrêt. Il fixe lentement du regard tous ceux qui se sont attroupés. Il les connaît bien. Il pourrait dire combien de fois chacun d'entre eux est passé à proximité du paralysé, le frôlant même, ou le bousculant sans le moindre ménagement, dans une grande indifférence ou, pire, avec mauvaise conscience, sans que cela suscite une vraie commisération en eux... Toutes les couches du peuple sont représentées. On reconnaît aisément les laboureurs des champs voisins, des bergers venus des terres en jachère et des collines des alentours, des artisans qui ont gardé leur tablier, des pêcheurs qu'identifie l'odeur qui se dégage de leur personne, et des pèlerins accourus de villes et de régions lointaines, dont la diversité de vêtements apporte une touche de variété et de curiosité au tableau.
Un brise passe sans rien rafraîchir.
-Je n'ai personne ! Jésus a envie de leur crier :
- « Ne vous rendez-vous pas compte que cet homme est seul, et qu'il vous attend ? Ne comprenez-vous pas que je compte, que je comptais, sur vous pour venir en aide à cet infirme ? Je vous ai placés ici pour que vous vous occupiez de lui. Et le résultat ? Vous l'avez entendu de sa bouche :
- Je n'ai personne !
Cette parole se retournera contre vous à l'heure du jugement, je plaiderai contre vous, et je plaiderai contre les enfants de vos enfants (Jérémie 2, 9). Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'ai été sans foyer, et vous ne m'avez pas accueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité (Matthieu 25, 42-43). Ah ! Père, si quelqu'un possède les biens de ce monde et que, voyant son frère dans le besoin, il lui ferme son cœur, comment l'amour de Dieu peut-il demeurer en lui ? (1 Jean 3, 17). »
« Il n'y a qu'une maladie mortelle, une seule erreur funeste : accepter la défaite, ne pas savoir lutter selon l'esprit des enfants de Dieu. Si cet effort personnel fait défaut, l'âme s'engourdit et se paralyse dans la solitude, et elle devient incapable de donner du fruit...
Dans cette situation de lâcheté, la créature oblige notre Seigneur à prononcer ces paroles qu'il entendit du paralytique, au bord de la piscine de Siloé : Hominem non habeo ! — je n'ai personne !
— Quelle honte si Jésus ne trouvait pas en toi l'homme, la femme qu'il attendait ! » (saint Josémaria, Forge, n° 168).
Au-delà de ceux qui sont présents à cet instant, Jésus embrasse le monde entier, qu'il accueille avec tant d'Amour dans son Cœur, déjà blessé par les offenses de ceux pour qui il est prêt à donner sa vie, pour qui il est venu donner sa vie : Je suis venu pour servir, et donner ma vie en rançon pour la multitude (Matthieu 20, 28).
Il s'attache plus spécialement à tous ceux et à toutes celles qu'il a choisis pour apprendre à toutes les nations à observer tous les commandements que je vous ai donnés (Matthieu 28, 20). « Hominem non habeo — je n’ai personne qui m’aide. — C’est ce que pourraient affirmer malheureusement bien des malades et des paralytiques de l’esprit, qui peuvent servir… et doivent servir.
Seigneur, que jamais je ne demeure indifférent devant les âmes » (saint Josémaria, Sillon, n° 212).
À méditer, toi et moi...

(à suivre...)

jeudi 21 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (3)

Jésus, en effet, s'est arrêté devant son grabat. Il se rappelle les fois où il était venu voir cette piscine en compagnie de Marie et de Joseph. Joseph lui avait appris à faire l'aumône à l'un, à rendre un menu service à un autre, comme un père initie son enfant à la pratique des vertus, notamment la plus noble d'entre elles, la charité.
Il se pourrait même qu'à cette époque, sachant ce qu'Il ferait plus tard, Jésus se soit arrêté tout spécialement à soulager un homme devant lequel il se retrouve maintenant, et qui ne peut évidemment pas le reconnaître.
Jadis, comme par la suite, l'heure des miracles et de manifester sa toute-puissance n'avait pas encore sonné. En quelque sorte, Jésus apprenait de Joseph à s'intéresser au sort de son prochain.
Aujourd'hui, ce qui a été semé alors va porter ses fruits...
Marie est présente cette fois encore. Elle n'a pas à intervenir. Mais elle supplie intérieurement son Fils. Elle se met dans la peau du paralytique, de sorte que son Fils y déchiffre son propre regard de « toute-puissance suppliante ». Elle implore en silence.

*
* *

- Aaron, courage ! (...) Il t'appelle (Marc 10, 49).
Le voyant étendu et sachant qu'il était dans cet état depuis déjà longtemps, il lui dit :
- Veux-tu guérir ? (Jean 5, 6).
Il sait bien qu'il le souhaite, que rien ne lui ferait plus plaisir. Mais il veut l'entendre le dire, écouter de lui un acte de foi, qui ouvre son cœur.
Pris par la lassitude de sa vie ordinaire, toujours pareille à elle-même dans sa platitude et sa souffrance, l'infirme ne sait et ne peut, dans un premier temps, que manifester son état d'âme :
- Seigneur (il n'hésite pas à employer ce titre, tant Jésus lui semble empreint de majesté et d'autorité), je n'ai personne pour me mettre à la piscine quand l'eau vient d'être agitée (Jean 5, 7).
C'est bien là le hic, ce qui le fait souffrir le plus profondément. Cette solitude au beau milieu d'un brouhaha et d'une agitation permanentes. Tous ces gens qui passent et repassent devant lui sans lui prêter la moindre attention. Depuis trente-huit ans que cela dure, ils sont des dizaines de milliers à avoir défilé égoïstement devant lui.
Hominem non habeo ! Aveu terrible quand on y pense. Le Chema Israël ne fait-il pas obligation d'aimer le prochain comme soi-même ? (cf. Deutéronome 6, 5 ; Luc 10, 27). C'est chacun pour soi. « Je n'ai personne ! » Les miséreux, les malades sont-ils des parias ? La paralysie n'est pas contagieuse, que je sache !
Le Seigneur a dit :
- Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau ; c'est moi qui vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école : je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du soulagement pour votre être, car mon joug est agréable et mon fardeau léger (Matthieu 11, 28-30).
- N'y aura-t-il donc pas une bonne âme pour me montrer le chemin, pour me tendre la main ? Je ne peux même pas acheter une aide, car je n'ai rien, tout juste des haillons défraîchis ! Je ne vais quand même pas vendre mon grabat ! D'ailleurs, qui en voudrait ? J'ai bien un petit trésor serré dans un petit morceau de musc, mais c'est un objet qui n'a de prix que pour moi, qui a une valeur sentimentale, c'est un souvenir de ma mère. La pauvre, que Élohim la bénisse !

(à suivre...

mercredi 20 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (2)

Ils se rendent à l'endroit choisi non sans difficulté, car quantité d'infirmes y étaient étendus dans tous les espaces disponibles à proximité de la piscine, aveugles, boiteux, perclus (Jean 5, 3), une vraie « cour des miracles ». Et c'était bien le cas !
Ces pauvres gens vivaient d'espoir. Ils avaient foi dans le pouvoir de Dieu et de son ange. Ce qui les avait attirés là, c'était l'expérience, si souvent vérifiée, que, de temps à autre, un ange descendait dans l'eau de la piscine et agitait l'eau ; celui qui était le premier à descendre après que l'eau avait été agitée était guéri de son mal, quel qu'il fût (Jean 5, 4).
- Tu as vu, Demas, comment tous ces malades ont le regard fixé sur l'eau, comme hypnotisés ?
- Ils ont intérêt à le faire, Sosthène. Mais je pense que certains d'entre eux perdent leur temps à rester ici, car ils ne pourront jamais se jeter à l'eau le premier, ils n'en ont pas la force. Tiens, regarde ce paralytique, là-bas, sous le deuxième portique, celui qui a une gargoulette avec lui. Tu le vois ? Plus à droite, celui qui a les cheveux couleur filasse.
- Ça y est, je l'aperçois.
- Comment veux-tu qu'il se lève et parcoure la distance qui le sépare de l'eau ?
- Ce serait déjà un miracle.
- Assurément. Mais on s'agite beaucoup par là-bas...
- C'est peut-être l'ange...
- Non, pas du tout. Tu vois bien que ce n'est pas l'eau qui bouge. C'est peut-être le rabbi... Oui, c'est cela, c'est Jésus de Nazareth qui arrive... Je t'avais bien dit qu'il viendrait à la Ville Sainte !
- Ah ! eh bien ! nous avons de la chance !
- Tu le dis.
- Essayons de nous rapprocher un peu.
- Par ici, viens, passons par ici.
Sosthène et Demas parviennent non sans peine à se placer dans une certaine proximité du Seigneur, à un endroit d'où ils peuvent le voir passer.
Quelle n'est pas leur surprise de constater qu'il s'arrête justement devant le paralytique que Demas avait signalé à son ami. Il lui dit à voix basse :
- Regarde, Sosthène. C'est à peine croyable, le rabbi semble vouloir s'intéresser à ce pauvre hère étique que je t'ai indiqué tout à l'heure.
- Ça va peut-être changer pour lui. S'il ne peut pas se remuer tout seul, le Maître, lui, peut le porter...
- Ne dis pas de bêtises. Tu l'as déjà vu porter quelqu'un ?
- Non, je ne l'ai jamais vu d'ailleurs. Mais enfin, il va peut-être faire quelque chose pour lui.
- J'en ai le pressentiment, autrement il ne se serait pas arrêté comme cela.
- J'aimerais bien savoir ce qu'il lui dit.
- Attends un peu, nous le saurons bien quand Jésus sera reparti.
Pendant ce temps-là, Jésus et, du même coup, tous ceux qui l'escortaient, s'étaient détenus devant un homme qui était infirme depuis trente-huit ans (Jean 5, 5).
Trente-huit ans ! À l'époque, c'est toute une vie, plus qu'une génération. Il vit, il survit, le malade, tributaire de la générosité publique. Il attend. Sa situation est humainement désespérée. Il le sait. Mais il attend toujours. Quoi ? Il serait incapable de le dire. Où aller d'ailleurs ? Il n'a pas de maison. Il n'a plus de parents. Pas même d'amis. Il est seul. Alors il attend, il passe son temps à attendre, tout en gardant une lueur d'espérance, malgré un compère-loriot à l'œil droit qui l'empêche de voir en toute clarté. On ne sait jamais...
Peut-être prie-t-il secrètement le Tout-Puissant de conduire ce Jésus de Nazareth dont il a entendu parler comme tout le monde, ici, à Béthesda, et de le guérir...
Il n'ose pas trop l'espérer.
Qui peut s'intéresser à moi, se demande-t-il ? Lui, justement ! Je ne vois que lui. Ô mon Seigneur, faites quelques chose pour moi. Je n'en peux plus, vous le savez. Je ne suis pas loin de terminer ma vie, toujours grabataire...

(à suivre...)