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jeudi 19 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (8)

Marie, la « femme eucharistique » (8)

« C’est en communion avec la Très Sainte Vierge Marie et en faisant mémoire d’elle, ainsi que de tous les saints et toutes les saintes, que l’Église offre le sacrifice eucharistique » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1370).
La puissance d’intercession de Marie est très grande. Nous pourrions dire illimitée, parce que, comme le soulignait saint Josémaria, Jésus ne peut pas lui dire non, car elle ne lui a jamais rien refusé. Comme le prêchait le saint Curé d’Ars, « Notre Seigneur est là comme victime... aussi, tenez, une prière bien agréable à Dieu, c'est de demander à la Sainte Vierge d'offrir au Père Éternel son divin Fils, tout sanglant, tout déchiré pour la conversion des pécheurs : c'est la meilleure prière que l'on puisse faire, puisque enfin toutes les prières se font au nom et par les mérites de Jésus-Christ. Mes enfants, écoutez bien ça : toutes les fois que j'ai obtenu une grâce, je l'ai demandée de cette manière, cela n'a jamais manqué » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars). (lire la suite)
Mais, au-delà de cette participation, le pape Jean-Paul II nous a montré que l’on « peut deviner indirectement le rapport entre Marie et l’Eucharistie à partir de son attitude intérieure. Par sa vie tout entière, Marie est une “femme eucharistique”» (EE, nos 53-58), celle qui ne fait vraiment qu’un avec son divin Fils, puisqu’il est la chair de sa chair, et qu’il tient d’elle son sang, versé pour le salut du monde. O admirabile commercium ! « ô échange admirable ! » Et il précisait que lorsque le prêtre refait le geste du Christ à la dernière Cène, en obéissant à son commandement rappelé à l’instant, « nous accueillons en même temps l'invitation de Marie à lui obéir sans hésitation : « Faites tout ce qu'il vous dira » (Jean 2, 5). Avec la sollicitude maternelle dont elle témoigne aux noces de Cana, Marie semble nous dire : « N'ayez aucune hésitation, ayez confiance dans la parole de mon Fils. Lui, qui fut capable de changer l'eau en vin, est capable également de faire du pain et du vin son corps et son sang, transmettant aux croyants, dans ce mystère, la mémoire vivante de sa Pâque, pour se faire ainsi “pain de vie” » (Ibid., n° 54).
Cana est le début de la nouvelle économie que le Seigneur vient inaugurer et dont l’Eucharistie est le centre. Jésus y appelle Marie « femme » et non « Mère », indiquant par là qu’elle devient la tête d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes, celle des baptisés qui s’alimentent de la nourriture eucharistique.

(à suivre…)

jeudi 23 septembre 2010

Humour

Ma fille, quel est le mois où vous parlez le moins ? », demandait-il, rééditant une plaisanterie bien connue, à une personne qui l’avait importuné déjà par d’insipides bavardages. Et comme cette perruche répondait qu’elle n’en savait rien : « Ce doit être le mois de février, expliqua le saint, en atténuant par un bon sourire ce que la malice aurait pu avoir de blessant, le mois de février, parce qu’il a trois jours de moins que les autres. »

Fr. Trochu, Le Curé d’Ars Saint Jean-Maris-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 493.

samedi 15 mai 2010

Le bonheur des justes (5)

Le bonheur des justes (5)

C’est le bonheur et l’abondance pour tous ceux qui sont fidèles. « Ils viendront avec des cris de joie sur la hauteur de Sion ; ils afflueront vers les biens de Yahvé, vers le blé, vers le vin nouveau, vers l’huile, vers les brebis et les bœufs ; leur âme sera comme un jardin irrigué, et ils ne seront plus languissants » (Jérémie 31, 12). Des fleuves d’eau vive couleront de leur sein (Jean 7, 38). « Oui, tout ce qu’il fait, il le réussit », mon juste (Psaume 1, 3). Il se répand en louanges de Dieu, de qui il reçoit la croissance. Avec sa langue il bénit le Seigneur et Père (Jacques 3, 9). Le bien appelle le bien. Plus l’homme juste s’enfonce dans les terres inexplorées de l’amour de Dieu, plus il jubile d’une joie intérieure qui se communique autour de lui, plus il cherche à imiter ce qu’il découvre, à le reproduire dans sa vie, en quelque sorte à se laisser porter par le courant du bien et de la vertu. (lire la suite) Il réussit alors tout ce qu’il entreprend, parce qu’il n’agit pas en son propre nom ni pour son propre intérêt, mais au service du Seigneur, pour que le Seigneur soit connu et aimé du plus grand nombre (1 Corinthiens 9, 22).
« Non, il n’en est pas ainsi des méchants : mais ils sont comme la balle que chasse le vent » (Psaume 1, 4). Ils sont l’antithèse des bons, des hommes et des femmes de bien. Ceux-ci répandent la paix et la prospérité, ceux-là la discorde et la ruine. Les uns communiquent la paix, les autres insufflent la haine et l’inquiétude mauvaise qui souhaite l’échec du prochain. Préserve-moi des péchés d’autrui, Seigneur. Car il n’est pas de péché qui ne se répercute négativement sur le corps social qu’est l’Eglise et sur cet autre corps qu’est l’humanité tout entière. Nous sommes solidaires dans le bien comme dans le mal. « Ce ne fut pas sans tristesse que nous nous éloignâmes (d’Ars). Comment nous étions-nous attachés si vite ?... C’est que, sur cette terre sans lustre, nous avions rencontré un certain bonheur de l’âme qui donne une patrie partout où il est permis de le goûter. Arrivés au milieu du bruit et de l’agitation de la ville, nous ne pouvons nous défendre de malaise et de mélancolie. Les hommes nous semblaient grossiers et ennemis ; les propos, les cris et jusqu’à l’aspect du travail sentaient le désaccord ou accusaient la douleur. L’atmosphère de paix et d’harmonie chrétiennes que nous venions de perdre nous avaient rendus plus impressionnables aux infirmités humaines » (Brac de la Perrière, Souvenirs de deux pèlerinages à Ars, cité dans Fr. Trochu, Le Curé d’Ars Saint Jean-Maris-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 280).

(à suivre…)

vendredi 14 mai 2010

Le bonheur des justes (4)

Le bonheur des justes (4)

« Tout travail produit l’abondance, mais les paroles vaines ne mènent qu’à la disette » (Proverbes 14, 23). Tout travail bon, réalisé par amour de Dieu, en Dieu, offert à Dieu, accompli non seulement avec compétence professionnelle mais aussi dans une vision surnaturelle, comme moyen de participer à l’œuvre de la création et de la rédemption, vécu comme travail de Dieu, est une activité sanctifiante et sanctificatrice. « Béni soit l’homme qui se confie en Yahvé : Yahvé répondra à sa confiance ! Il est comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant ; il ne sent pas quand vient la canicule, mais son feuillage reste vert ; il ne s’inquiète point en une année de sécheresse, n’arrêtant pas de porter du fruit » (Jérémie 17, 7-8). « C’est la gloire de mon Père que (lire la suite) vous donniez du fruit en abondance et que vous deveniez ainsi mes disciples » (Jean 15, 8). « Mais ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 15, 16). C’est ce qui ce produit chez celui qui reste enté sur le Christ, qui s’abreuve à la source de la grâce, c’est-à-dire à la Croix d’où elle s’écoule en abondance. A celui-là, Dieu assure : « Yahvé te guidera perpétuellement, il te rassasiera dans les lieux arides. Il donnera de la vigueur à tes os ; tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent jamais » (Isaïe 58, 11). Il est vibrant et source de sainteté pour autrui. A quelqu’un à qui le curé d’Ars donne l’ordre de communier davantage, « cette personne, tout en obéissant, objectait que les pratiques de dévotion n’étaient pas en honneur dans sa paroisse et qu’elle était ennuyée d’être seule à agir de la sorte. « Vous avez bien des amies, répliqua le saint Curé. Choisissez les plus vertueuses et amenez-les-moi. Alors vous ne serez plus seule. » Elle revint avec deux compagnes. « Vous reviendrez dans six mois, dit à chacune d’elles l’homme de Dieu, mais en compagnie : il faut que vous en gagniez deux ou trois autres. » Au bout de six mois, douze Beaujolaises prenaient ensemble chemin d’Ars. A toutes le saint apprit les secrets de la communion fréquente… Leur propre pasteur, étonné bientôt de l’heureuse transformation de sa paroisse, en voulut connaître la cause. L’histoire lui fut contée, et il se hâta de faire à son tour le pèlerinage d’Ars » (Fr. Trochu, Le Curé d’Ars Saint Jean-Maris-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 374-375).

(à suivre…)

mercredi 5 mai 2010

Le Rosaire et les anges.

Le Rosaire et les anges.

« Toutes les fois que, par la récitation du Rosaire de Marie, nous méditons les mystères de notre salut, nous imitons en quelque manière la fonction très sainte confiée jadis à la milice céleste des anges » (Léon XIII, encyclique Augustissimæ Virginis, 12 septembre 1897). (lire la suite)

Le Rosaire et la pénitence

Parmi la pratique des vertus que la foi réclame « se trouve la pénitence, qui comprend elle-même l'abstinence, vertu nécessaire, à plus d'un titre et très efficace. Si l'Église, sur ce point, se montre de jour en jour plus clémente envers ses enfants, que ceux-ci, en retour, comprennent qu'ils doivent s'ingénier à compenser par d'autres œuvres cette indulgence maternelle. Dans ce but, il est bon de proposer en premier lieu la dévotion du Rosaire, qui peut également produire de bons fruits de pénitence, surtout par la méditation des souffrances du Christ et de sa Mère » (Léon XIII, encyclique Fidentem piumque, 20 septembre 1896).

Le Rosaire et les prêtres.
« Cette dévotion au Rosaire semble être propre aux prêtres. Nous leur proposons l'exemple de saint Jean-Baptiste Vianney, le curé d'Ars, (...) égrenant avec une profonde piété son chapelet entre ses doigts. Puissent les prêtres trouver là un encouragement pour parvenir à une sainteté digne de leur charge : de cette charge que Dieu nous a confiée de travailler au salut des âmes » (Jean XXIII, Lettre apostolique Œcumenicum Concilium, 28 avril 1962).

mercredi 17 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (2)

L'Eucharistie et le ciel (2)

Si la vision d'une âme pure, sainte, peut produire un tel émerveillement, une telle certitude, que dire de la vision du Seigneur réellement présent dans l'Eucharistie ? Assurément, c'en serait trop pour nos pauvres forces et pour la capacité de notre cœur à battre d'amour. « Dieu nous ménage à cause de notre faiblesse » (curé d'Ars, Ce que prêchait le curé d'Ars, p. 113). Non seulement la divinité, mais ici l'humanité elle-même se cache à nos yeux. Toutefois nous croyons et confessons fermement l'un et l'autre.
Le peu que nous arrivons à entrapercevoir, ce que le Seigneur veut bien dévoiler de lui-même, nourrit également la troisième vertu théologale, l'espérance. (lire la suite) L'espérance de ne faire qu'un avec lui. Espérance qui n'a rien d'un leurre puisqu'elle s'accomplit peu à peu dans la marche vers l'identification, la divinisation, qui se produit communion après communion. Espérance donc qui avance de pair avec l'Amour du Christ, grâce auquel notre cœur peut continuer à battre, et qui se nourrit de la foi en la présence substantielle du Fils dans le pain et le vin consacrés, et donc aussi du Père et de l'Esprit.
« Présentement, en effet, nous voyons comme dans un miroir, d'une manière obscure ; mais alors nous verrons face à face. Présentement je connais d'une façon imparfaite, mais alors je connaîtrai tout comme j'ai été connu » (1 Corinthiens 13, 12). Mais un jour viendra où nous pourrons adorer et glorifier Dieu en connaissance de cause, dans un face à face indicible.

(fin)

mardi 16 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (1)

L'Eucharistie et le ciel (1)

« Que c'est beau ! Après la consécration, le Bon Dieu est là comme dans le Ciel » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 113). L'adverbe « comme » n'entend pas établir une comparaison qui équivaudrait à dire : « Comme si Dieu se trouvait au ciel », ce qui laisserait supposer qu'il n'est pas réellement au ciel dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie. Pour nous, la présence véritable du Christ-Dieu dans les espèces sacramentelles est le ciel déjà commencé ici-bas, est le ciel.
Qu'est-ce que le ciel, sinon Dieu lui-même ? C'est la béatitude éternelle. C'est un degré de sainteté pérenne, participation de la sainteté de Celui qui est trois fois Saint. C'est un état (lire la suite) de perfection inentamée. Ce sont l'image et la ressemblance de Dieu retrouvés (cf. Genèse 1, 26). C'est un amour que rien ne peut faire défaillir. Dieu n'est-il pas tout cela à la fois ? La perfection absolue, personnifiée, et le lien de toute perfection en l'homme. Lien formé au moment du baptême et que l'Eucharistie ne cesse de renforcer en tant que sacrement de communion, de l'« union avec » Dieu par le Fils et avec son Esprit, lieu d'épanouissement maximum et véritable de notre identité d'enfant du Père.
« Si l'homme connaissait ce mystère, il mourrait d'amour » (curé d'Ars, Ibid.). Sans doute est-ce quand il acquiert cette connaissance qu'il ne tient plus en place et que Dieu le rappelle à lui. Si nous nous laissions pénétrer par ce mystère, notre foi en serait revigorée, elle serait à toute épreuve, car nous aurions alors une quasi-évidence de Dieu, de son existence, de sa présence amoureuse parmi nous. « Que c'est beau une âme ! Notre Seigneur en fit voir une à sainte Catherine. Elle la trouva si belle qu'elle dit : « Seigneur, si je ne savais pas qu'il n'y a qu'un Dieu, je croirais que c'en est un. » L'image de Dieu se réfléchit dans une âme pure comme le soleil dans l'eau. (...) Dieu contemple avec amour une âme pure. Il lui accorde tout ce qu'elle demande. Comment résisterait-il à une âme qui ne vit que pour lui, par lui et en lui ? Elle le cherche et Dieu se montre à elle ; elle l'appelle et Dieu vient ; elle ne fait plus qu'un avec lui ; elle enchaîne sa volonté. Une âme pure est toute-puissante sur le Cœur si bon de Notre Seigneur » (curé d'Ars, Ibid., p. 344).

(à suivre...)

mardi 22 décembre 2009

Une prière audacieuse

Une prière audacieuse

« Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera » (Jean 16, 23). Jésus ne pose pas de limites à cette affirmation. Tout. Dieu son Père nous accordera absolument tout ce que nous lui demanderons au nom de son Fils, notre Frère aîné, en le prenant à témoin. C'est sans restriction. C'est une question de foi. Le Seigneur nous a d'ailleurs prévenus : « Tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 23). « Tout », de nouveau. C'est la même idée formulée autrement. La foi nous donne l'assurance d'être exaucés envers et contre tout. (lire la suite)
Et malgré cet engagement du Fils, nous n'osons pas demander beaucoup, nous hésitons quand l'enjeu est de taille, comme si un ou un milliard pouvait marquer une différence pour Celui qui est Infini, lui poser un problème... Cela lui est aussi simple de donner beaucoup que peu. Si nous le comprenions, nous serions plus ambitieux, moins timorés. Nous désirerions vraiment devenir saints et, pour cela, nous en demanderions les moyens, en passant par Jésus. Et, bien sûr, d'abord par Marie. La très Sainte Vierge toujours en premier ! Telle est la Volonté expresse de Dieu.
Quitte à demander, demandons donc beaucoup ! Tout ce qu'il nous faut pour pousser la sainteté aussi loin que possible. Ceci étant, « jamais nous n'aurions pensé à demander à Dieu son propre Fils. Mais ce que l'homme ne peut pas dire ni concevoir, et qu'il n'eût jamais osé désirer, Dieu, dans son amour, l'a conçu et exécuté » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 125). Dieu nous a fait le don inespéré de son propre Fils. Le peuple élu attendait bien le Messie. Mais personne, pas même Marie la toute-Sainte, n'avait envisagé un seul instant que le roi éternel de la lignée de David puisse être à la fois Dieu et homme.
Il faut être Dieu pour en arriver là. C'est une façon de parler, car il n'y a pas d'avant et d'après en Dieu. Et donc pas de décision qui serait l'aboutissement d'une réflexion sur la condition humaine. Tout est un en Dieu, instantané.
Mais nous, nous ne pouvions pas imaginer un tel abaissement. Moins encore ce qu'il allait comporter. « Eussions-nous jamais osé dire à Dieu de faire mourir son Fils, de nous donner sa chair à manger et son sang à boire ? » (Ibid., p. 125-126). Jamais nous n'aurions osé formuler une telle hypothèse. Et pourtant, il fallait que le Christ passât par là pour nous rédimer. « Si tout cela n'était pas vrai, l'homme aurait donc pu imaginer des choses que Dieu ne peut pas faire, il serait allé plus loin que Dieu dans les inventions de l'amour ? Ce n'est pas possible » (Ibid., p. 126). La réalité est bien celle-là.
Alors, puisque le Fils de Dieu s'est fait homme, la prière des hommes que nous sommes peut être entendue par notre Père. Il peut agréer l'offrande que nous faisons de notre vie, unie à son Fils et à la Vierge dolente. Il peut nous exaucer. Mieux : il le veut ! Assurément, « tout est possible à celui qui croit ».

dimanche 20 décembre 2009

La magnanimité de Dieu (1)

La magnanimité de Dieu (1)

Le père de la parabole du « fils prodigue » (Luc 15, 11-32) essaye de raisonner son aîné dont l'ire déborde parce qu'une fête a été organisée pour marquer le retour de son frère dévoyé, alors qu'à lui, il ne lui a jamais été donné ne serait-ce qu'un chevreau pour festoyer avec ses amis (v. 29). « Tout ce qui est à moi est à toi » (v. 31). Il peut ajouter : « Tout ce qui est à toi est à moi. »
C'est ce que Dieu peut dire à chacun d'entre nous, très délicatement. C'est dit, en effet, avec une énorme délicatesse, car le père ne fait pas remarquer à quel point les échanges sont déséquilibrés, à son détriment. Non seulement Dieu donne comme ce qu'il est, c'est-à-dire Dieu, donc sans limite, infiniment, des biens parfaits, pleinement adaptés et proportionnés à nos besoins, mais. (lire la suite) nous lui donnons aussi comme ce que nous sommes, des créatures pécheresses et maladroites, qui ne disposent de rien par elles-mêmes : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu ? » (1 Corinthiens 4, 7). Nous ne pouvons remettre à Dieu, dans cet échange familial, que ce que nous avons préalablement reçu de lui. Et encore le lui retournons-nous amputé, amoindri, gaspillé...
« Toutes les bonnes œuvres réunies n'équivalent pas le Saint Sacrifice de la Messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes, et la Messe est l'œuvre de Dieu. Le martyre n'est rien en comparaison : c'est le sacrifice que l'homme fait à Dieu de sa vie ; la Messe est le sacrifice que Dieu fait à l'homme de son corps et de son sang » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 111). Une telle affirmation ne doit pas nous décourager. Le rappel du Seigneur vaut toujours. Il donne son Corps et son Sang, qui sont ceux de son Fils fait homme. Et nous donnons la vie que nous avons reçue de Lui et que, par la messe et la communion précisément, il développe en nous. Nous ne pouvons donner que ce que nous avons. Mais ce qui est en nous provient de Dieu lui-même. En nous donnant à lui de tout notre être, pleinement, entièrement, c'est lui que nous lui offrons, sa propre Vie agissant en nous, moteur de notre existence, sa Vie eucharistiée, source et sommet de la vie chrétienne.

(à suivre...)

mercredi 2 décembre 2009

La communion spirituelle (2)

La communion spirituelle (2)

« J'ai toujours compris la prière du chrétien comme un entretien amoureux avec Jésus, un entretien qui ne doit jamais s'interrompre, même aux moments où nous sommes physiquement éloignés du tabernacle ; en effet, toute notre vie est tissée de ces refrains d'amour humain transposés sur un plan divin... et parce qu'aimer, nous le pouvons toujours » (saint Josémaria, Forge, n° 435). Nous orienter par rapport au tabernacle de l'oratoire ou de l'église voisin de notre domicile ou de notre lieu de travail n'est pas difficile. Il suffit de s'y intéresser, de prêter attention au fait que notre Seigneur s'y trouve présent et qu'il y est pour nous. Nous éprouvons alors le besoin - plaise au ciel qu'il soit irrésistible ! - de filer vers lui, de nous envoler vers lui. (lire la suite)
Mais si nous voulons vraiment le recevoir avec la pureté, l'humilité et la dévotion avec lesquelles ta très Sainte Mère le reçut, il convient de nous disposer intérieurement, c'est-à-dire de rejeter tout attachement au péché, comme nous le faisons pour la communion sacramentelle. Autrement dit, si la communion spirituelle est comme un cri de l'âme, elle la perfectionne, en réclame plus de finesse, plus de délicatesse envers le Seigneur.
« Vite la communion spirituelle ! (...) Le Bon Dieu n'a pas de mur qui l'arrête » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 144). C'est l'énorme avantage d'une vie spirituelle active, qui s'appuie sur des réalités : l'existence d'un Dieu en trois Personnes, le seul et unique Dieu (cf. Deutéronome 6, 4), et celle d'une âme spirituelle, qui est une participation à sa propre vie. Par la communion spirituelle, nous voulons en fait que cette participation s'accroisse. Ces réalités d'ordre surnaturel font que la communication entre Dieu et nous peut s'établir partout, en toutes circonstances, y compris au beau milieu de l'agitation de la ville, de l'effervescence des activités humaines, ou, mieux encore, puisqu'elle existe déjà par l'état de grâce, qu'elle puisse grandir et se développer sans cesse, gagner en largeur, en longueur, en hauteur et en profondeur (cf. Éphésiens 3, 18) et en épaisseur, en consistance. Alors notre entretien avec Dieu ne s'interrompra effectivement jamais.

(fin)

samedi 28 novembre 2009

Le prêtre et la célébration de la messe

Le prêtre et la célébration de la messe

Parlant du prêtre, le disait : « saint Curé d'Ars Dieu lui obéit. Il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 112). Telles sont la dignité, la force et la grandeur du prêtre. Il parle et Dieu suit. Il prononce les paroles de la consécration, et parce qu'il les formule in nomine et in persona Christi, « au nom et en la personne du Christ », « Dieu arrête ses regards sur l'autel. C'est là, dit-il, mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances (curé d'Ars, Ibid., p. 112-113). Il n'y a pas de délai de latence. Dire les paroles prononcées le Jeudi Saint par le Christ Seigneur et voir le Rédempteur apparaître à l'autel est tout un, est une action instantanée. Le Père regarde l'hostie, et celle-ci revêt sur-le-champ l'humanité et la divinité de son Fils par la vertu du Saint-Esprit. « Tu es mon Fils ; moi-même, aujourd'hui je t'ai engendré » (Psaume 2, 7). C'est un « aujourd'hui » éternel, mais qui se réactualise dans notre temps séquentiel, qui est rendu présent à nos sens. Le Père engendre le Fils dans la nourriture eucharistique qu'il se propose « dès avant la constitution du monde » (Éphésiens 1, 4) de nous donner ad robur, pour nous fortifier, afin que nous atteignions la gloire des enfants de Dieu. (lire la suite)
« Au mérite de l'offrande de cette victime, il ne peut rien refuser » (curé d'Ars, Ibid., p. 113). Parce que son Fils ne cesse de répéter : « Voici, je viens, ô Dieu, pour faire ta Volonté » (Hébreux 10, 7). Il reconnaît qu'il n'a pas de volonté propre, c'est-à-dire de projet ou d'ambition personnel. Ma nourriture, dira-t-il, autrement dit ce dont je vis, ce qui me fait exister en tant qu'homme, « c'est de faire la Volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34).
Un aspect de cette volonté est que le prêtre, alter Christus, un « autre Christ », reproduise l'événement libérateur du Golgotha, l'actualise continuellement dans notre monde, jour après jour. Le Père veut ainsi, d'un grand désir, éternel, infini, permanent, accéder à la prière de son Fils et, par les mains et la voix du prêtre, étendre à l'humanité nécessiteuse de grâce et de pardon, les fruits du Sacrifice du Seigneur qui réclame le salut en notre faveur.

jeudi 26 novembre 2009

Marie, la meilleure des mamans

Marie, la meilleure des mamans

On compare souvent la Sainte Vierge à une mère, mais elle est encore bien meilleure que la meilleure des mères ; car la meilleure des mères punit quelquefois son enfant qui lui fait du chagrin, même elle le bat ; elle croit bien faire. Mais la Sainte Vierge ne fait pas comme ça : elle est si bonne qu'elle nous traite toujours avec amour et ne nous punit jamais.

Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 177.

samedi 21 novembre 2009

L'Eucharistie (2)

L'Eucharistie (2)

C'est le prêtre qui, en premier, conduit les âmes au paradis. Il est le bon pasteur, du moins il faut l'espérer, qui mène son troupeau sur de « verts pâturages » (Psaume 22, 2), un troupeau appelé à grossir au gré des rencontres. Dieu ne nous a pas fait connaître d'autre moyen de salut que son Église, qualifiée de sacrement de salut » par le Concile, et les sept sacrements. Or, ce sont bien les membres de l'ordre sacré qui détiennent le pouvoir de confectionner et d'administrer habituellement les sacrements.
C'est pourquoi le saint curé d'Ars ajoute : « Sur certains points, il faut même affirmer que le prêtre a reçu des pouvoirs qui n'ont pas été donnés à la Sainte Vierge, (lire la suite) et pas davantage aux saints anges. » Il précise sa pensée en donnant deux exemples parlants : « Allez vous confesser à la Sainte Vierge ou à un ange : vous absoudront-ils ? Non, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l'hostie. Vous auriez deux cents anges, là, qu'ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tout simple soit-il, le peut ; il peut dire : « Allez en paix, je vous pardonne » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 82-83). En effet, seul le prêtre peut prononcer ces paroles et faire en sorte qu'elles soient efficaces, qu'elles produisent la grâce qu'elles signifient. Ce n'est pas d'elle-même Marie a mis Jésus au monde, mais en acceptant que l'Esprit Saint la prenne sous son ombre (Luc 1, 35) et engendre en elle le Fils éternel du Père. Et après la Pentecôte, Marie n'a pas détenu davantage le pouvoir de faire revenir son Fils. En revanche, les apôtres, et les prêtres à leur suite, le peuvent et le font. Et c'est de leurs mains sacrées qu'elle a reçu son Fils dans la sainte Hostie, le Corps et le Sang de son Fils, ce Corps et ce Sang qui viennent d'elle, puisqu'elle a réellement nourri son Jésus, notre Jésus. Le Corps et le Sang, avec l'âme et la divinité qui restent tout aussi cachées que lorsqu'elle abritait Jésus dans ses entrailles.

(à suivre...)

vendredi 20 novembre 2009

L'Eucharistie (1)

L'Eucharistie (1)

« Saint Bernard nous dit que tout est venu par Marie, on peut dire aussi que tout nous est venu par le prêtre : oui, tous les bonheurs célestes » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 82-83). « Avec elle me sont venus à la fois tous les biens, et des richesses innombrables sont dans mes mains » (Sagesse 7, 11). Ces mots de l'Écriture, à propos de la Sagesse divine, s'appliquent à merveille au grand don du sacerdoce que Dieu a fait à son Église. Il nous livre son Corps et son Sang sous une forme sacramentelle et institue aussitôt, dans le même acte fondateur, le sacrement de l'ordre pour le perpétuer. (lire la suite)
Nul ne va au ciel que par les mains du prêtre. Par Marie, certes, en tant que Mère et Reine de tous les prêtres, qu'elle a reçus en héritage spécial, dont elle a tout particulièrement la garde depuis le moment où son Fils l'a désignée à Jean et lui a donné ce disciple, et tout prêtre, comme une descendance nouvelle. La maternité spirituelle de Marie ne s'exerce pas uniquement à l'égard des hommes pris un par un. Elle n'existe comme telle que parce que Marie est Mère de l'Église. Au Calvaire s'accomplit la promesse du protévangile (Genèse 3, 15). « De fait, par sa mort rédemptrice, Jésus-Christ vainc à sa racine même le mal du péché et de la mort. Il est significatif que, s'adressant à sa Mère du haut de la Croix, il l'appelle « femme » et lui dit : « Femme, voici ton fils. » D'ailleurs, il avait aussi employé le même mot pour s'adresser à elle à Cana (cf. Jean 2, 4). Comment douter qu'ici spécialement, sur le Golgotha, cette parole n'atteigne la profondeur du mystère de Marie, en faisant ressortir la place unique qu'elle a dans toute l'économie du salut ? Comme l'enseigne le Concile, avec Marie, « la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair » (LG 55). Les paroles que Jésus prononce du haut de la Croix signifient que la maternité de sa Mère trouve un « nouveau » prolongement dans l'Église et par l'Église symbolisée et représentée par Jean. Ainsi celle qui, « pleine de grâce », a été introduite dans le mystère du Christ pour être sa Mère, c'est-à-dire la Sainte Mère de Dieu, demeure dans ce mystère par l'Église comme « la femme » que désignent le livre de la Genèse (3, 15) au commencement, et l'Apocalypse (12, 1) à la fin de l'histoire du salut. Selon le dessein éternel de la Providence, la maternité divine de Marie doit s'étendre à l'Église, comme le montrent les affirmations de la Tradition, pour lesquelles la maternité de Marie à l'égard de l'Église est le reflet et le prolongement de sa maternité à l'égard du Fils de Dieu (saint Léon le Grand, Tractatus 26 de natale Domini 2) » (Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, n° 24).

(à suivre...)

samedi 14 novembre 2009

Dieu n'est pas loin (2)

Dieu n'est pas loin (2)

S'il lâche la main de son accompagnateur, un enfant a vite fait de choir ou de se perdre. Et de se sentir impuissant, terriblement seul. Et de pleurer pour un rien.
Mais il n'y a jamais de « riens » dans la vie intérieure. Tout a une valeur d'éternité. Tout est une participation tenace, laborieuse, persévérante à l'édification du Temple du Saint-Esprit qu'est notre âme (1 Corinthiens 3, 16), tout est un nouveau geste du maçon qui construit posément et avec un art consommé l'édifice où l'enfant de Dieu que nous sommes doit demeurer à jamais en compagnie de son Père.
« Je ne le ferai plus jamais. » Du moins (lire la suite) est-ce ma volonté bien arrêtée. C'est ce que nous disons au Seigneur, aujourd'hui, maintenant. Pour être en mesure de le redire lorsque le don de soi deviendra difficile, lorsque la tiédeur, la lâcheté, l'égoïsme voudront prendre le dessus, ce « vieil homme » (Romains 6, 6) que nous portons en nous, et qui est l'ennemi déclaré de notre âme si nous n'en jugulons pas résolument les élans, pour n'en conserver que les bons et jeter les autres.
« Ne t'attriste pas quand il te semblera que le Seigneur t'abandonne » (saint Josémaria, Forge, n° 250). Ce n'est qu'un sentiment. Mais qui nous impressionne. Parce que nous pensons que cela ne devrait jamais se produire. Que si Dieu existait vraiment... Nous embrayons tout de suite en cinquième vitesse. À la moindre difficulté, nous partons dans de grandes tirades, nous faisons donner l'artillerie lourde. C'est pitoyable ! « Cherche-Le, sois plus opiniâtre ! » (Ibid.). Ou bien notre vie n'aurait-elle donc plus de sens parce qu'un petit nuage voile temporairement le soleil ? « Il y a beaucoup de chrétiens qui ne savent seulement pas pourquoi ils sont au monde. Le Bon Dieu nous a créés et mis au monde pour le servir, l'aimer et travailler à notre salut, rien que cela ; tout ce que nous faisons en dehors de cela, c'est du temps perdu » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 52).

(à suivre...)

lundi 2 novembre 2009

Les âmes du purgatoire

Les âmes du purgatoire

« Il est certain que ces pauvres âmes ne peuvent rien pour elles-mêmes, mais elles peuvent beaucoup pour nous. Cela est si vrai qu’il n’y a presque personne qui ait invoqué les âmes du purgatoire, sans avoir obtenu la grâce demandée. Cela n’est pas difficile à comprendre : si les saints qui sont dans le ciel et n’ont pas besoin de nous, s’intéressent à notre salut, combien plus encore les âmes du purgatoire, qui reçoivent nos bienfaits spirituels à proportion de notre sainteté. « Ne refusez pas cette grâce, Seigneur, disent-elles, à ces chrétiens qui donnent tous leurs soins à nous tirer des flammes ! » Une mère pourrait-elle refuser de demander au bon Dieu (lire la suite) une grâce pour des enfants qu’elle aimés et qui prient pour sa délivrance ? Un pasteur, qui, pendant sa vie, n’aura eu que du zèle pour le salut de ses paroissiens, pourra-t-il ne pas demander pour eux, même en purgatoire, les grâces dont ils ont besoin pour se sauver ? Oui, toutes les fois que nous aurons quelque grâce à demander, adressons-nous avec confiance à ces saintes âmes, et nous sommes sûrs de l’obtenir. Quel bonheur pour nous d’avoir, dans la dévotion aux âmes du purgatoire, un moyen si excellent pour nous assurer le ciel ! »

Josse Alzin, Jean-Marie-Baptiste Vianney, saint curé d’Ars. Sermons, Namur, Éd. du Soleil Levant, 1956, p. 164-165.

mercredi 21 octobre 2009

Le Rosaire et le prêtre

Le Rosaire et le prêtre

En cette année consacrée aux prêtres sous le patronage du saint curé d'Ars, voici ce que le bienheureux pape Jean XXIII disait de rapport entre le prêtre et le chapelet :

« Cette dévotion au Rosaire semble être propre aux prêtres. Nous leur proposons l'exemple de saint Jean-Baptiste Vianney, le curé d'Ars, (...) égrenant avec une profonde piété son chapelet entre ses doigts. Puissent les prêtres trouver là un encouragement pour parvenir à une sainteté digne de leur charge : de cette charge que Dieu nous a confiée de travailler au salut des âmes » (Jean XXIII, Lettre ap. Œcumenicum Concilium, 28 avril 1962).

samedi 3 octobre 2009

L'Eucharistie

L'Eucharistie

« Toutes les bonnes œuvres réunies n'équivalent pas le Saint Sacrifice de la Messe, parce qu'elles sont les œuvres des hommes, et la Messe est l'œuvre de Dieu. Le martyr n'est rien en comparaison : c'est le sacrifice que l'homme fait à Dieu de sa vie ; la Messe est le sacrifice que Dieu fait à l'homme de son corps et de son sang » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 111). C'est dire la petitesse de notre condition humaine dont l'oblation la plus coûteuse et la plus parfaite ne saurait rivaliser avec celle du Christ en Croix, et en même temps sa grandeur, puisque c'est avec elle et pour elle que Jésus s'offre à son Père, ce qu'il n'a pas fait pour rédimer la nature angélique rebelle.
Le martyre n'est rien en soi, certes. Mais il prend toute sa valeur quand (lire la suite) il est vécu en union étroite avec le Sacrifice du Christ, car il cesse du même coup d'être une action purement humaine pour se fondre dans le courant trinitaire de la Rédemption, et devenir torrent de grâces inépuisable.
Et c'est bien au martyre que saint Josémaria nous a convoqués. Au martyr silencieux de la persévérance dans la mortification, de la mort à soi-même pour porter notre croix de tous les jours avec notre Seigneur (Luc 9, 23), de l'offrande de soi relictis omnibus, en laissant tout de côté (Luc 5, 11). « Tu me parles de mourir « héroïquement ». - Ne crois-tu pas plus « héroïque » de mourir discrètement, dans un bon lit, comme un bourgeois…, mais du mal d’Amour ? » (saint Josémaria, Chemin, n° 743). Un martyre de tous les instants, qui maîtrise les passions et les pulsions du corps, qui offre les affections du cœur, qui fait don de son intelligence. Le martyre de celui qui n'a d'autre volonté que celle de s'identifier pleinement à la Volonté de Dieu, qui ne cherche et n'a rien en propre, qui veut imiter le fondateur de l'Opus Dei, dans son idéal sans cesse réaffirmé vigoureusement : « Agir et disparaître, pour que Jésus seul brille. »
Rien ne peut égaler la sainte messe. Mais notre journée ne doit-elle pas être une messe qui dure vingt-quatre heures, dans l'attente de la suivante qui durera aussi vingt-quatre heures, et ainsi de suite. La messe n'est-elle pas le moyen premier de notre divinisation ?


jeudi 24 septembre 2009

L'Eucharistie (2)

L'Eucharistie (2)

Mais c'est le prêtre qui, en premier, conduit les âmes au paradis. Il est le bon pasteur, du moins il faut l'espérer, qui mène son troupeau sur de « verts pâturages » (Psaume 22, 2), un troupeau appelé à grossir au gré des rencontres. Dieu ne nous a pas fait connaître d'autre moyen de salut que son Église, qualifiée de sacrement de salut » par le Concile, et les sept sacrements. Or, ce sont bien les membres de l'ordre sacré qui détiennent le pouvoir de confectionner et d'administrer habituellement les sacrements.
C'est pourquoi le saint curé d'Ars ajoute : (lire la suite) « Sur certains points, il faut même affirmer que le prêtre a reçu des pouvoirs qui n'ont pas été donnés à la Sainte Vierge, et pas davantage aux saints anges. » Il précise sa pensée en donnant deux exemples parlants : « Allez vous confesser à la Sainte Vierge ou à un ange : vous absoudront-ils ? Non, la Sainte Vierge ne peut pas faire descendre son divin Fils dans l'hostie. Vous auriez deux cents anges, là, qu'ils ne pourraient vous absoudre. Un prêtre, tout simple soit-il, le peut ; il peut dire : « Allez en paix, je vous pardonne » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 82-83). En effet, seul le prêtre peut prononcer ces paroles et faire en sorte qu'elles soient efficaces, qu'elles produisent la grâce qu'elles signifient. Ce n'est pas d'elle-même Marie a mis Jésus au monde, mais en acceptant que l'Esprit Saint la prenne sous son ombre (Luc 1, 35) et engendre en elle le Fils éternel du Père. Et après la Pentecôte, Marie n'a pas détenu davantage le pouvoir de faire revenir son Fils. En revanche, les apôtres, et les prêtres à leur suite, le peuvent et le font. Et c'est de leurs mains sacrées qu'elle a reçu son Fils dans la sainte Hostie, le Corps et le Sang de son Fils, ce Corps et ce Sang qui viennent d'elle, puisqu'elle a réellement nourri son Jésus, notre Jésus. Le Corps et le Sang, avec l'âme et la divinité qui restent tout aussi cachées que lorsqu'elle abritait Jésus dans ses entrailles.

(à suivre...)

mercredi 23 septembre 2009

L'Eucharistie (1)

L'Eucharistie (1)

« Saint Bernard nous dit que tout est venu par Marie, on peut dire aussi que tout nous est venu par le prêtre : oui, tous les bonheurs célestes » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 82-83). « Avec elle me sont venus à la fois tous les biens, et des richesses innombrables sont dans mes mains » (Sagesse 7, 11). Ces mots de l'Écriture, à propos de la Sagesse divine, s'appliquent à merveille au grand don du sacerdoce que Dieu a fait à son Église. Il nous livre son Corps et son Sang sous une forme sacramentelle et institue aussitôt, dans le même acte fondateur, le sacrement de l'ordre pour le perpétuer.
Nul ne va au ciel que par les mains du prêtre. Par Marie, certes, en tant que Mère et Reine de tous les prêtres, (lire la suite) qu'elle a reçus en héritage spécial, dont elle a tout particulièrement la garde depuis le moment où son Fils l'a désignée à Jean et lui a donné ce disciple, et tout prêtre, comme une descendance nouvelle. La maternité spirituelle de Marie ne s'exerce pas uniquement à l'égard des hommes pris un par un. Elle n'existe comme telle que parce que Marie est Mère de l'Église. Au Calvaire s'accomplit la promesse du protévangile (Genèse 3, 15). « De fait, par sa mort rédemptrice, Jésus-Christ vainc à sa racine même le mal du péché et de la mort. Il est significatif que, s'adressant à sa Mère du haut de la Croix, il l'appelle « femme » et lui dit : « Femme, voici ton fils. » D'ailleurs, il avait aussi employé le même mot pour s'adresser à elle à Cana (cf. Jean 2, 4). Comment douter qu'ici spécialement, sur le Golgotha, cette parole n'atteigne la profondeur du mystère de Marie, en faisant ressortir la place unique qu'elle a dans toute l'économie du salut ? Comme l'enseigne le Concile, avec Marie, « la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair » (LG 55). Les paroles que Jésus prononce du haut de la Croix signifient que la maternité de sa Mère trouve un « nouveau » prolongement dans l'Église et par l'Église symbolisée et représentée par Jean. Ainsi celle qui, « pleine de grâce », a été introduite dans le mystère du Christ pour être sa Mère, c'est-à-dire la Sainte Mère de Dieu, demeure dans ce mystère par l'Église comme « la femme » que désignent le livre de la Genèse (3, 15) au commencement, et l'Apocalypse (12, 1) à la fin de l'histoire du salut. Selon le dessein éternel de la Providence, la maternité divine de Marie doit s'étendre à l'Église, comme le montrent les affirmations de la Tradition, pour lesquelles la maternité de Marie à l'égard de l'Église est le reflet et le prolongement de sa maternité à l'égard du Fils de Dieu (saint Léon le Grand, Tractatus 26 de natale Domini 2) » (Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, n° 24).

(à suivre...)