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samedi 30 mars 2024

Le rôle des laïcs dans l’Église et dans le monde (1)

Si vous prenez l’autoroute A 24, au sortir de Rome, 118 kms plus loin vous arrivez à Abruzzo. À peine entrés dans la ville, vous êtes invités à vous rendre au sanctuaire de la Madonna dei Bisognosi. Ce sanctuaire conserve une grande fresque du jugement universel, bien conservée et restaurée. Elle est significative d’une certaine « idéologie ». Y sont représentés au paradis des sœurs, des clercs et des religieux ; au purgatoire et dans l’enfer, se trouvent des représentants de pratiquement tous les métiers et toutes les professions existant à l’époque.

Le code de droit canonique de 1917, c'est-à-dire la législation universelle de l’Église catholique, parlait d’une sainteté des clercs et des religieux plus grande que celle des laïcs

L’Église était divisée en Église docens – enseignante – et Église discens – enseignée. Les fidèles laïcs n’avaient qu’à obéir à la hiérarchie. Ils étaient considérés comme des chrétiens de seconde zone, inférieurs aux prêtres et aux religieux, et pouvant difficilement se sauver au milieu des récifs de l’océan du monde.

Le peuple chrétien semblait s’accommoder vaille que vaille d’une telle situation subordonnée, même s’il ne manquait pas de fidèles désireux de grandir en sainteté et souffrant de ce que leurs aspirations légitimes fussent bridées.

Cette perspective pessimiste, méfiante et méprisante à l’égard des laïcs, a été fort heureusement renversée par le concile Vatican II. Les pères conciliaires nous renvoyaient ainsi aux origines de l’Église où ces distinguos douteux n’étaient pas de mise.

Quelques auteurs ont préparé cette révolution copernicienne. Je me limiterai à évoquer ici l’apport de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, auprès de qui j’ai eu la grande grâce de vivre. Il a été souvent qualifié de pionnier du concile Vatican II.

En effet, il a redécouvert le sacerdoce commun de tous les fidèles, à savoir que, du fait de la réception du baptême, nous naissons tous également à la grâce, nous devenons tous identiquement enfants de Dieu, et nous sommes tous appelés à une même sainteté, la sainteté de Dieu. Autrement dit, en raison du baptême, il existe une égalité radicale de tous les fidèles. Tous possèdent les mêmes droits fondamentaux et les mêmes devoirs fondamentaux dans l’Église. Ce n’est qu’ultérieurement, par la réception d’un autre sacrement, le sacrement de l’ordre sacré, qu’une diversification fonctionnelle intervient. (lire la suite)Le sacerdoce ministériel, essentiellement  distinct du sacerdoce commun des fidèles, est à son service.

J’ai mentionné l’existence de droits et de devoirs fondamentaux des fidèles et des laïcs. Permettez-moi une incise. Reconnus et proclamés par le concile Vatican II, ils ont été repris dans la législation universelle de l’Église, avec une valeur constitutionnelle. Cela signifie que toute disposition prise par l’autorité ecclésiastique doit toujours tenir compte de ces droits et devoirs fondamentaux et les respecter. Et qu’ils s’imposent comme critère herméneutique à l’heure d’interpréter toute loi ecclésiastique.

 

Une sainteté unique

Tout baptisé est appelé à la sainteté, avons-nous dit. Il convient de préciser que, en toute logique, mais c’est ce qui avait été perdu de vue depuis des siècles, il n’existe qu’une sainteté, qu’un modèle : la sainteté de Dieu.

Certes, par notre lutte ascétique de tous les jours, nous ne parvenons pas tous au même degré de sainteté. Mais cela ne saurait dépendre de la condition de chacun : marié, célibataire, jeune ou âgé, laïc, prêtre ou membre de la vie consacrée, ni d’avoir embrassé tel métier plutôt que tel autre, de posséder une culture déterminée, etc. Notre sainteté est fonction de la générosité avec laquelle nous nous efforçons d’aimer Dieu tout au long de notre vie, avec l’aide de la grâce, et de notre rectification, chaque fois que nous avons fait fausse route, de nos demandes de pardon.

Nous pouvons illustrer ce fait par la remarque suivante de saint Josémaria. Qu’est-ce qui est le plus important, le travail d’un balayeur de rue ou celui d’un ministre ? Il répondait : Cela dépendra de la droiture d’intention avec laquelle chacun agit, de l’amour de Dieu qu’il met à réaliser son travail, de son esprit de sacrifice. Si le balayeur de rue met plus d’amour à accomplir sa tâche que le ministre, son travail a plus de valeur aux yeux de Dieu, et donc en vue de la vie éternelle. Nous suivons ici un critère qui n’est pas humain, mais surnaturel, celui du monde dans lequel notre baptême nous a introduit, celui dans lequel nous escomptons bien demeurer pour l’éternité.

Ce principe essentiel étant posé, nous pouvons nous interroger sur le rôle des laïcs dans l’Église.

 

La notion de laïc

Mais auparavant, il convient de préciser ce qu’il faut entendre par laïc, car une certaine confusion subsiste. Nous disposons à cet égard principalement du chapitre IV sur les laïcs de la constitution sur l’Église du concile Vatican II et de l’exhortation apostolique post-synodale de saint Jean-Paul II, Les fidèles laïcs du Christ, de 1988.

Nous lisons dans le texte conciliaire que, « sous le nom de laïc, on entend ici l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de l’ordre sacré et de l’état religieux sanctionné dans l’Église, c'est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien ».

Il s’agit donc des baptisés tels qu’ils sortent des fonts baptismaux, des laïcs tout court, dont le statut n’a subi aucune modification par suite d’un engagement ultérieur, comme c’est le cas des membres ordonnés et de ceux qui embrassent la vie consacrée. Ce sont ceux qui exercent dans le monde la mission propre au peuple chrétien tout entier, sans qu’il leur soit besoin de recevoir une consécration ultérieure.

La constitution dogmatique précise ensuite que « le caractère séculier – c’est-à-dire le fait de vivre dans le monde – est le caractère propre et particulier des laïcs ». Les membres de l’ordre sacré vivent, certes, eux aussi, dans le monde, mais ils sont, « en raison de leur vocation particulière, principalement et expressément ordonnés au ministère sacré ». Quant aux fidèles qui appartiennent à la vie consacrée, « en vertu de leur état, [ils] attestent d’une manière éclatante et exceptionnelle que le monde ne peut se transfigurer et être offert à Dieu en dehors des Béatitudes ». Mais les laïcs se trouvent par vocation propre et par leur style de vie au milieu du monde au contact direct avec leurs semblables, égaux à eux.

Moyennant quoi, précise encore la constitution dogmatique sur l’Église, « la vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des affaires temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu ».)))

jeudi 21 juin 2012

L’âme de la France

Comment dire, mes frères, tout ce qu’évoque en mon esprit, en mon âme, comme dans l’âme et dans l’esprit de tout catholique, je dirais même dans toute âme droite et dans tout esprit cultivé, le seul nom de Notre-Dame de Paris ! Car ici c’est l’âme même de la France, l’âme de la fille aînée de l’Église, qui parle à mon âme. Âme de la France d’aujourd’hui qui vient dire ses aspirations, ses angoisses et sa prière ; âme de la France de jadis dont la voix, remontant des profondeurs d’un passé quatorze fois séculaire, évoquant les Gesta Dei per Francos, parmi les épreuves aussi bien que parmi les triomphes, sonne aux heures critiques comme un chant de noble fierté et d’imperturbable espérance. Voix de Clovis et de Clotilde, voix de Charlemagne, voix de saint Louis surtout, en cette île où il semble vivre encore et qu’il a parée, en la Sainte Chapelle, de la plus glorieuse et de la plus sainte des couronnes ; voix aussi des grands docteurs de l’Université de Paris, des maîtres dans la foi et dans la sainteté… Cardinal Pacelli (futur Serviteur de Dieu Pie XII), Discours dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris
, 13 juillet 1937.

mercredi 20 juin 2012

L’âme de la France

Comment dire, mes frères, tout ce qu’évoque en mon esprit, en mon âme, comme dans l’âme et dans l’esprit de tout catholique, je dirais même dans toute âme droite et dans tout esprit cultivé, le seul nom de Notre-Dame de Paris ! Car ici c’est l’âme même de la France, l’âme de la fille aînée de l’Église, qui parle à mon âme. Âme de la France d’aujourd’hui qui vient dire ses aspirations, ses angoisses et sa prière ; âme de la France de jadis dont la voix, remontant des profondeurs d’un passé quatorze fois séculaire, évoquant les Gesta Dei per Francos, parmi les épreuves aussi bien que parmi les triomphes, sonne aux heures critiques comme un chant de noble fierté et d’imperturbable espérance. Voix de Clovis et de Clotilde, voix de Charlemagne, voix de saint Louis surtout, en cette île où il semble vivre encore et qu’il a parée, en la Sainte Chapelle, de la plus glorieuse et de la plus sainte des couronnes ; voix aussi des grands docteurs de l’Université de Paris, des maîtres dans la foi et dans la sainteté… Cardinal Pacelli (futur Serviteur de Dieu Pie XII), Discours dans la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, 13 juillet 1937.

mardi 19 juin 2012

La vocation de la France

Nous avons une responsabilité, celle de jouer le rôle de la France ; ce rôle, dans mon esprit comme dans le vôtre, se confond avec un rôle chrétien. Notre pays ne serait pas ce qu'il est, c'est presque banal de le dire, s'il n'était pas d'abord un pays catholique. Partout où il m'est donné de passer, non seulement dans la métropole, mais à travers les pays de la Communauté, et souvent aussi en terre étrangère, les Françaises et les Français religieux sont présents. Je constate et salue leurs efforts, leurs mérites, et je prends acte de ce que servant Dieu, il servent aussi notre patrie. De tout cela je voudrais vous remercier très simplement, en ajoutant comme dernier mot, l'affirmation de mon entière confiance dans les destinées de notre pays. Je pense que si Dieu avait voulu que la France mourût, ce serait fait. Il ne l'a pas voulu, elle vit, l'avenir est à elle. Charles de Gaulle, Discours au pape Jean XXIII, 27 juin 1959.

mardi 31 janvier 2012

La sainteté (3)


La sainteté (3)

« Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Thessaloniciens 4, 3). Le Seigneur nous manifeste par là un amour de prédilection, qui attend en retour aussi un amour de prédilection de notre part, c’est-à-dire un amour qui porte en premier et avant tout sur Dieu et tout ce qui se rapporte à lui. Notre sanctification est la Volonté de Dieu arrêtée de toute éternité ou, plus exactement, puisque Dieu est au présent, est sa Volonté opérante en permanence. Mais c’est une sainteté que nous pourrions qualifier de « sainteté ouverte », en ce sens qu’elle conduit nécessairement à nous intéresser à autrui, à vouloir que les hommes se sanctifient eux aussi : « la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation à l'apostolat » (concile Vatican II, décret sur l’apostolat des laïcs, n°2). (lire la suite) « Afin que votre témoignage soit crédible, vos vies doivent rayonner de joie et de courage, même face à l’adversité. Cela n’est possible que si votre vie intérieure est caractérisée par une communion étroite avec le Christ, qui est alimentée par la prière personnelle et la pratique de la charité (…). Plus vous grandirez selon le modèle du Christ et plus vous serez transformés à son image. Vous deviendrez un signe d’espérance et une proclamation vivante de la Résurrection » (Jean-Paul II, Discours à Jakarta, 10 octobre 1898).
Personne, certes, n’est saint sur terre : nous sommes tous pécheurs. Mais cette vérité est de nature à nous renforcer dans notre amour de Dieu et à nous aider à mieux mesurer à quel point Dieu nous aime, envers et contre tout. « Tu éprouves rigoureusement tes amis, mais c’est, je croix, pour mieux faire éclater, dans l’excès de la souffrance, l’excès plus grand encore de ton amour » (saint Thérèse d’Avila, Vie 25, 17). « C’est pourquoi, explique saint Thomas, les anges gardiens ne s’affligent jamais des épreuves ni même des fautes de leurs protégés. Non par indifférence, mais grâce à la vue pénétrante qu’ils ont du déroulement de l’histoire. Ils croient vraiment que la Providence agence toutes choses pour le vrai bien de ses enfants (saint Thomas d’Aquin, Somme théologique I, q. 113, a. 7) » (P. Descouvremont, Peut-on croire à la Providence ? Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2007, p. 63). Nous pouvons en dire autant des saints.
« Je suis convaincu que ni mort ni vie, ni anges ni Principautés, ni présent ni futur, ni Puissances, ni hauteur ni profondeur, ni rien d’autre de créé ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu a pour nous dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 38-39). « Je ne puis pas accepter qu’il y ait rien en vous de médiocre ; je voudrais que tout fut grand éminent, parfait » (saint Jérôme, Lettre 22, à Paulin de Nole). Manifestons ce désir personnel à notre Seigneur, et nous pouvons être certains qu’il ne repoussera pas notre demande. Cela ne nous sera pas enlevé (Luc 10, 42).

(fin)

lundi 30 janvier 2012

La sainteté (2)


La sainteté (2)

Notre vocation chrétienne, de baptisé, est une vocation à la sainteté : « Si donc dans l'Eglise tous ne cheminent pas en suivant la même voie, tous cependant sont appelés à la sainteté et ont reçu en partage une foi du même prix par la justice de Dieu (cf. 2 Pierre 1, 1) » (concile Vatican II, constitution dogmatique sur l’Église, n° 32). Nous serions impardonnables de ne pas parvenir à cette sainteté alors que nous disposons d’une autoroute toute tracée, de la carte nécessaire pour nous orienter et du carburant plus que suffisant pour aller jusqu’au terme de notre voyage. Le point de repère sur le chemin, pour être sûr de se trouver sur le bon chemin et de ne pas faire fausse route, c’est la Croix du Christ, qui ne cesse d’éclairer notre route, comme la colonne de nuée qui accompagnait l’exode du peuple hébreux à sa sortie d’Égypte (Exode 14, 19). (lire la suite) Cette croix nous accompagne. Elle est pour nous l’instrument de notre salut. Elle donne tout leur sens aux difficultés inhérentes au chemin de notre vie, aux poursuites peut-être que lancent les Pharaons modernes contre les chrétiens. Ce ne sont pas des problèmes, mais seulement autant d’occasions d’avancer, de prouver à Dieu notre amour, de nous unir à cette Croix qui se dresse là, au bord du chemin ou se découpe sur l’horizon, et d’où le Seigneur nous tend les bras.
Au nombre des moyens dont nous disposons pour avancer dans la clarté, avec assurance, figure la formation dans la foi chrétienne, l’approfondissement des vérités révélées par Dieu et, dernièrement, par Jésus-Christ (cf. Hébreux 1, 1). « La sainteté avec l’ignorance n’est bonne qu’à elle seule, et si elle édifie l’Église de Dieu, elle peut lui nuire aussi, quand elle ne sait pas repousser les attaques. C’est pourquoi le prophète Aggée, ou plutôt le Seigneur par la bouche de ce prophète dit : Interroge les prêtres sur la loi ; tant c’est le devoir du prêtre de répondre quand on l’interroge sur la Loi. Et dans la description qu’il fait de l’homme juste, David, qui le compare à l’arbre de vie du paradis, énumère, parmi les vertus qu’il lui prête, celle-ci : Sa volonté est dans la loi du Seigneur, et il la médite jour et nuit. De même, Daniel, à la fin de sa mystérieuse vision, dit que les justes brillent comme des étoiles, et que ceux qui ont l’intelligence et la science resplendissent comme le firmament. Voyez-vous quelle distance il y a entre la sainteté sans la science et la sainteté accompagnée du savoir ? L’une est comparée aux simples étoiles, l’autre au ciel lui-même » (saint Jérôme, Lettre 31, à Paulin de Nole).

(à suivre…)

samedi 19 novembre 2011

Pourquoi moi ? (3)


>Pourquoi moi ? (3)

Pourquoi moi ? Au fond, ce n’est pas la bonne question. Celle que nous devons nous poser, à partir du moment où le Seigneur nous a invités à travailler pour lui : « Allez, vous aussi, à ma vigne » (Matthieu 20, 17), est la suivante : « Est-ce que je réponds correctement à l’attente du Maître, en prenant les moyens humains et surnaturels qui me permettent d’être à la hauteur des circonstances ? » C’est-à-dire que nous n’avons pas à nous questionner sur le pourquoi, mais sur le comment ; non sur l’initiative de Dieu, que nous acceptons avec humilité parce que nous n’en sommes pas dignes, mais sur la qualité de notre réponse à la grâce et à la vocation. Certes, nous sommes conscients que nous ne serons jamais pleinement à la hauteur voulue. Rappelons-nous cependant que le Christ a dit, à l’adresse de tous : « Soyez saints comme votre Père céleste est saint » (Matthieu 5, 48). (lire la suite)
C’est là une parole sur laquelle nul ne peut revenir. C’est une affirmation qui nous engage résolument et définitivement sur la voie d’un amour opératif de Dieu. C’est là une annonce qui doit retentir en permanence au fond de notre cœur, nous émouvoir et nous mouvoir à l’action. « Tu es mon fils : moi-même aujourd’hui je t’ai engendré » (Psaume 2, 7). Voilà ce que le Seigneur nous dit. Cela devrait nous donner sérénité et confiance en l’avenir et des ailes pour partir à la poursuite de l’Amour ; qui ne se trouve pas seulement à l’horizon de notre existence, mais qui est déjà présent et actif dans notre âme : « N’avions-nous pas le cœur tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, nous expliquant les Écritures ? » (Luc 24, 32). Oui, notre cœur n’est-il pas enflammé d’Amour parce qu’il nous a appelés ?

(fin)

vendredi 18 novembre 2011

Pourquoi moi ? (2)


Pourquoi moi ? (2)

Cette question, nous pouvons la poser nous aussi au Seigneur : « Pourquoi moi ? Pourquoi m’as-tu accordé le don de la foi au baptême ? » Question qui se double parfois de celle-ci : « Pourquoi m’as-tu appelé, moi, à te suivre de plus près, par un engagement spécifique de rechercher activement la sainteté et de faire de l’apostolat ? » Dans notre monde actuel, il se trouve aussi tellement de gens plus savants ou placés à des postes de commande de la société, disposant des moyens de communication sociale et donc capables de répandre le message de l’Évangile à haute dose en touchant les masses. Mais c’est à moi, comme « à l’avorton » (1 Corinthiens 15, 8) que tu as fait appel. « Considérez en effet, frères, ce que représente votre appel : (lire la suite) pas de sages selon la chair, pas de gens puissants, peu de nobles de naissance. Mais ce qui est fou pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion des sages ; et ce qui est faible pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion de la force ; et ce qui pour le monde est sans naissance et méprisable, c’est ce que Dieu a choisi ; il a choisi ce qui n’est pas ; pour réduire à néant ce qui est » (1 Corinthiens 1, 26-28). Ce à quoi Paul ajoute une précision, qui donne raison de cette façon surprenante d’agir de Dieu : « Afin que nul ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1, 29). Car le trésor de la foi et de la grâce, « nous le tenons dans des vases de terre pour qu’il apparaisse que cette puissance débordante appartient à Dieu et ne vient pas de nous » (2 Corinthiens 4, 7).
La mission qui nous incombe d’accomplir un commandement divin, nous sommes bien incapables de la mener à bien par nous-mêmes, car nous sommes nécessairement des instruments inadaptés. « C’est que sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5), dit le Seigneur. « Très volontiers je me glorifierai surtout dans ma faiblesse, afin que la force du Christ repose sur moi » (2 Corinthiens 12, 9).
Pourquoi moi ? La question n’a plus de sens si nous nous plaçons dans ce contexte objectif et surnaturel du choix de Dieu – qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper -, choix qui s’accompagne toujours des grâces appropriées nous permettant de porter notre charge et de remplir la mission évangélisatrice dans la portion du troupeau de Dieu qui nous est confiée. N’oublions jamais cette affirmation particulièrement profonde de saint Thomas d’Aquin.

(à suivre…)

jeudi 17 novembre 2011

Pourquoi moi ? (1)


Pourquoi moi ? (1)

« Judas – non l’Iscariote –lui dit : « Maître, comment se fait-il, Seigneur, que ce soit à nous que tu te manifestes, et pas au monde ? » (Jean 14, 22). La question mérite d’être posée, en effet. Les apôtres connaissent leur petitesse. Ils sont pour la plupart d’humble extraction. Ils sont originaires de petits villages sans beaucoup d’importance. Le peuple d’Israël lui-même semble insignifiant sur l’échiquier politique. En tout cas, les prophètes ont bien pris soin de rappeler, pour souligner que l’élection d’Israël par Dieu est un pur don gratuit et entièrement libre de sa part, que Jacob « est petit » (Amos 7, 2), qu’il ne vaut pas mieux que le royaume de Hamat la Grande et de Gat des Philistins (cf. Amos 6, 2), qu’il n’est pas le plus puissant (cf. Amos2, 9). Et c’est pourtant en Israël que le Fils de l’homme (Daniel 7, 12) est venu. (lire la suite) Et ce sont eux, les Douze, qu’il a choisis pour être le petit groupe sur lequel il s’appuie et qui doit un jour siéger sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël (cf. Luc 22, 30). Il y a de quoi être déconcerté, pour un esprit simple, au cœur toutefois généreux. Et s’il est vrai que « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », alors ils peuvent quand même comprendre quelque chose à ce choix de Dieu.
Ce n’est pas qu’ils soient mécontents du choix, bien sûr. Ils n’échangeraient pas leur situation pour rien au monde. Mais ils sont quand même stupéfaits. En pensant un peu par devers eux, et en échangeant leurs impressions, ils se disent qu’à la place du Seigneur, ils auraient fait appel à des gens considérables, compétents, disposant de moyens financiers abondants, ayant de l’influence dans la sphère du pouvoir politique auprès des Anciens et des grands prêtres… Et, au lieu de cela, ce sont eux qui doivent l’assister. Et le plus fort, c’est que cela marche ! Un jour, Jésus « leur conféra puissance et plein pouvoir sur les démons, ainsi que le don de guérir les maladies. Et il les envoya proclamer la venue du royaume de Dieu et opérer des guérisons » (Luc 9, 1-2). C’est ce qu’ils firent avec succès. Ils en étaient eux-mêmes médusés.
Cela n’oblitère pas le sens de la question de Judas. Ce choix reste mystérieux. Il existait tant de gens en Israël qui avaient plus d’instruction qu’eux, qui étaient mieux dotés par la nature, qui étaient ornés de plus de qualités… Mais ce sont eux que le rabbi de Nazareth a choisis. Il n’y a pas à revenir sur cela.

(à suivre…)

vendredi 4 novembre 2011

La Toussaint (4)


La Toussaint (4)

Si nous voulions nous représenter la sainteté, nous serions amenés immanquablement à tracer la croix, la croix au cœur du monde. Car, pour suivre le Christ, et donc pour arriver à être saint tout comme il est Saint, il faut renoncer à soi-même et prendre notre croix de chaque jour (cf. Luc 9, 23). « Suivre le Christ ne peut être une imitation extérieure, parce que cela concerne l’homme dans son intériorité profonde. Être disciple de Jésus veut dire être rendu conforme à lui (…), et ainsi le disciple est assimilé au Seigneur et lui est configuré » (bienheureux Jean-Paul II, enc. Veritatis splendor, n° 21). (lire la suite)
Nous sommes appelés à la sainteté dans les conditions normales et habituelles de notre existence. « Dès le départ, le seul objectif de l'Opus Dei a été celui que je viens de vous indiquer: faire en sorte qu'il y ait, au milieu du monde, des hommes et des femmes de toutes races et de toutes conditions sociales, qui s'efforcent d'aimer et de servir Dieu et leurs semblables dans et par le travail ordinaire. Dès le début de l'Œuvre, en 1928, j'ai prêché que la sainteté n'est pas réservée à des privilégiés, mais que tous les chemins de la terre peuvent être divins : tous les états, toutes les professions, toutes les tâches honnêtes » (saint Josémaria, Entretiens avec Mgr Escriva, Paris, 3e éd., n° 26).
Nous entendons comme en écho le pape Benoît XVI souligner, à propos de l’exemple des saints, que « leur expérience humaine et spirituelle montre que la sainteté n’est pas un luxe, n’est pas le privilège d’un petit nombre, un objectif impossible à atteindre pour un homme normal ; elle est, en réalité, le destin commun de tous les hommes appelés à être des fils de Dieu, la vocation universelle de tous les baptisés » (Benoît XVI, Audience générale, 20 août 2008).

(à suivre…)

lundi 1 août 2011

La pêche miraculeuse (11)

La pêche miraculeuse (11)

« Fais que je t’aime davantage, augmente mon amour », et celui de tous tes enfants, pour que nous communiquions un incendie d’amour véritable dans le monde, l’incendie de l’Amour de l’Esprit Saint, pour que ce monde s’embrase pour toi, pour qu’il vibre avec toi, qui nous aimes, et qui nous aimes jusqu’au bout (cf. Jean 13, 1).
Alors, après avoir écouté la réponse de son cher Céphas pour la troisième fois, Jésus lui dit : « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais, quand tu seras vieux, tu étendras les bras, et un autre te mettra la ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas aller » (Jean 21, 17-18). Parce que, si nous sommes libres de suivre ou pas le Seigneur – et Simon-Pierre a fait l’expérience de cette liberté mal employée -, c’est aussi la Providence (lire la suite) qui guide nos pas et nous place dans les circonstances qu’elle prévoit comme devant nous permettre de parvenir réellement à la sainteté. Dans le cas de Pierre, cela passe par la crucifixion, comme son Maître.
Saint Jean précise, en effet, que Jésus « dit cela pour indiquer de quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. Puis, sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi » (Jean 21, 19). Ces mots, Jésus les avait déjà prononcés trois ans plus tôt, quand il avait appelé Pierre et André son frère, tout en précisant : « Et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 19). Et, ce qui est vraiment admirable, sans sourciller, « eux, aussitôt, laissant là leurs filets, le suivirent » (Matthieu 4, 20).
C’est l’appel, l’injonction, que notre Seigneur Jésus-Christ adresse à tout un chacun, du moins à ceux qui ont un minimum de préoccupation spirituelle, qui ne veulent pas vivre comme des animaux sans âme. « Si quelqu’un veut être à mon service, qu’il me suive, et là où je serai sera aussi mon serviteur » (Jean 12, 26), c’est-à-dire là où il est allé nous préparer une place (cf. Jean 14, 3).
Et alors, si quelqu’un me suit réellement, « si quelqu’un veut être à mon service, mon Père l’en honorera » (Jean 12, 26). Mon Père, « qui voit dans le secret » de votre âme (Matthieu 6, 4.6.18), vous le revaudra. Il est comme cela, votre Dieu. Il est reconnaissant de ce que vous m’emboîtiez le pas et, comme toute personne reconnaissante, il manifeste sa joie en vous offrant des cadeaux. « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 12).

(fin)

samedi 23 juillet 2011

La pêche miraculeuse (2)

La pêche miraculeuse (2)

L’apostolat, pour un chrétien, est donc quelque chose de très naturel, qu’il réalise au jour le jour, au gré des rencontres et du compagnonnage.
La vocation à la sainteté et à l’apostolat ne distrait pas de la vocation professionnelle. Elle conduit au contraire à la vivre plus intensément, avec un plus grand sens des responsabilités, en se sentant envoyé par Dieu auprès des hommes à partir des différentes circonstances de notre vie.
« Ils partirent donc et montèrent en barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là » (Jean 21, 3). Tout comme lors de la première pêche miraculeuse, rapportée par les synoptiques (cf. Luc 5, 1-11), au terme de laquelle (lire la suite) Jésus avait annoncé à Simon que désormais, ce serait des hommes qu’il pêcherait (cf. Luc 5, 10). Ils ont peiné, trimé, toute une nuit durant. Les fruits ne viennent pas instantanément. Ils doivent venir cependant. Le Seigneur a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 16, 15). Mais si Dieu n’y met pas sa marque, s’il n’intervient pas en communiquant sa grâce, l’on ne prend rien, cette nuit-là, ce jour-là, cet autre jour et cet autre encore, même dans une mer très poissonneuse. Mais le Seigneur est le premier intéressé à ce que ce fruit vienne. Il nous a choisis, « dès avant la création du monde » (Ephésiens 1, 4) pour que nous portions du fruit.
C’est le risque inhérent au métier. Ne rien prendre en toute une nuit d’efforts n’est nullement synonyme d’incompétence. Les apôtres sont des pêcheurs patentés. Mais c’est comme cela : parfois, ils ne prennent aucun poisson. Ils ne le savent que trop bien. Nous ne devons pas davantage nous décourager dans l’apostolat lorsque les fruits tardent à venir. Cela ne veut pas dire que nous avons mal fait notre tâche d’évangélisateur, que nous avons travaillé à la légère, sans grand sérieux. Cela signifie simplement que ce n’est pas le moment de récolter les fruits, qu’ils viendront plus tard, et peut-être de façon inattendue, surprenante, comme en ce jour qui commence à poindre, alors que les apôtres rament pour regagner le rivage.
Or, voilà, « comme déjà le matin venait, Jésus se trouva sur le rivage » (Jean 21, 4). Dans d’autres circonstances, il était dans la barque, avec ses apôtres, prêt à les secourir si jamais une tempête se levait brutalement sur le lac de Tibériade, qu’ils préféraient appeler la mer de Galilée, ou le lac de Génnésareth, pour ne pas citer l’empereur romain (cf. Luc 8, 22-25).

(à suivre…)

dimanche 6 mars 2011

Un modèle de chrétien (2)


Un modèle de chrétien (2)

« Qu’il illumine votre intelligence afin que vous sachiez quelle est l’espérance donnée par son appel, combien riche est la gloire de son héritage parmi les saints » (Ephésiens 1, 18). A la foi et la charité s’ajoute l’espérance des biens futurs, que l’appel, la vocation chrétienne a fait naître dans notre cœur. Espérance qui est conviction que tout contribue à notre bien (cf. Romains 8, 28) et que rien de ce que nous faisons ne se perd en vue du royaume des cieux.
Paul demande encore que Dieu fasse voir « quelle est la grandeur extraordinaire de sa puissance à notre endroit, (lire la suite) pour nous les croyants. L’exemple en est dans l’efficacité souveraine de la force qu’il a déployée en la personne du Christ » (Ephésiens 1, 19-20). Telle est la conception chrétienne de la vie, la vision optimiste et réaliste à la fois de notre vie en Dieu, avec Dieu. Dieu qui a ressuscité son Fils, nous ressuscitera à notre tour. Nous avons la force du Christ avec nous, pour nous. Nous pouvons vivre de foi, d’espérance et de charité, et communiquer ces vertus à notre monde, de sorte qu’elles imprègnent et pénètrent dans le cœur des hommes de notre temps, qui en ont tellement besoin… Un trésor de gloire nous attend au ciel, mais il faut auparavant mener le combat contre le mal en nous appuyant sur la force du Christ.
Allons-y hardiment. L’enjeu en vaut la peine. Et si nous ne prenons pas cette tâche à cœur, qui donc l’assumera ? Ce sera aussi une bonne façon de ne pas suivre le mauvais exemple des Galates !

(fin)

vendredi 8 octobre 2010

Les effets de la piété mariale

Nous devrions tous nous proposer dans note prière cette aspiration de saint Augustin : Noverim te, noverim me (Soliloques 2, 2). Que je te connaisse, Seigneur, et que je me connaisse. Nous savons qu’aucun progrès n’est possible dans la vie intérieure, et dans notre connaissance amoureuse de Dieu, sans l’aide surnaturelle de la Sainte Vierge. D’où ce conseil de saint Josémaria : « Aie constamment recours à la très sainte Vierge, Mère de Dieu et Mère de l'humanité » (Forge, n°911). Il est impératif, en effet, de recourir à Marie. Non seulement parce que, (lire la suite) comme je l’ai dit ailleurs, sa présence éloigne de nous le démon, qui ressent très fortement la haine de celle qui lui a écrasé la tête de son talon et ne supporte pas d’être là où Marie se trouve. Mais surtout parce que Marie est le chemin qui conduit à Dieu, puisque par elle nous avons un accès facile à Jésus, le fils de Dieu. Et il convient d’affirmer, assurément, que Marie est vraiment Mère de Dieu, en la personne de Jésus-Christ, et Mère de tous les hommes dans le domaine spirituel. S’agissant de notre Mère, nous ne pouvons pas vivre et nous développer dans la vie spirituelle sans ses soins attentifs de tous les instants.
Ayons donc constamment recours à Marie. Saint Josémaria tire de cette fréquentation de la Sainte Vierge une conséquence à laquelle nous ne pensons pas de prime abord. En effet, il ajoute : « Et, dans sa douceur de Mère, Elle attirera l'amour de Dieu sur les âmes que tu fréquentes » (Ibid.). Autrement dit, notre fréquentation de Marie est bénéfique pour nos proches, nos amis, tous ceux avec qui nous sommes en relation peu ou prou, parce que Marie est Mère de l’humanité. Et que ce qui nous intéresse lui tient à cœur, que nos amis lui sont proches. Non seulement nous profitons personnellement – cela va sans dire – de la fréquentation de la Vierge Marie, mais encore, et nous avons là l’annotation inattendue, notre plus grande intimité avec Marie rejaillit sur ceux avec qui nous sommes en rapport.
En outre, si Marie attire l’amour de Dieu sur les âmes que nous fréquentons, c’est « afin qu'elles se décident — dans leur travail ordinaire, dans leur profession —, à être des témoins de Jésus-Christ » (Ibid.), à prendre leur vocation chrétienne au sérieux et, sous la motion de l’amour de Dieu, à se sentir responsables d’annoncer Jésus-Christ à nos contemporains, autour d’eux, notamment dans ce milieu privilégié qu’est le travail professionnel, privilégié, car nous occupant une bonne partie de la journée et nous mettant au contact régulier avec d’autres hommes.
Nous voyons ainsi que, comme le disent les scolastiques, le bien est diffusivum sui, tend à se répandre par lui-même. C’est une conséquence en quelque sorte inattendue du progrès de notre vie intérieure. C’en est même temps une conséquence logique, car l’amour de Dieu bien vécu, l’amour de la vérité, l’exemple d’une vie aussi droite que possible, ne peuvent que rayonner. C’est la lumière placée sur le lampadaire qui « brille devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16), et qu’ils le glorifient en étant des témoins du Christ.

mercredi 29 septembre 2010

29 septembre : Les trois archanges (1)

29 septembre : Les trois archanges (1)

C’est avec une grande joie que nous célébrons les trois archanges saint Michel, saint Gabriel et saint Raphaël, joie parce qu’il s’agit de trois anges qui constamment « se tiennent et entrent devant la gloire du Seigneur » (Tobie 12, 15), sont toujours en sa présence, joie parce que leur pouvoir d’intercession et de protection est très grand. Allons continuellement à eux, avec une grande confiance, puisque Dieu se sert d’eux pour notre bien.
Nous voyons dans la Sainte Ecriture l’intervention des trois archanges, une intervention très mesurée, c’est-à-dire peu fréquente, réservée à des missions particulières, aux grandes occasions. Bien sûr, nous nous rappelons l’aide précieuse que l’archange saint Raphaël apporte à Tobie junior, (lire la suite) non seulement pour recouvrer une créance de Ragouel, à Ecbatane en Médie à l’égard de son père, Tobie senior (Tobie 4, 1-21), mais aussi pour épouser sa fille Sara, et pour guérir la cécité de Tobie senior (Tobie 11, 1-19). C’est une belle histoire, qui montre que l’ange nous guide sur le chemin de la vie. Pour nous, c’est notre ange gardien qui joue ce rôle. Mais saint Raphaël nous aide à discerner notre vocation : « Tu ris parce que je te dis que tu as la « vocation du mariage » ? — Eh bien, tu l’as. Et c’est bel et bien une vocation. Mets-toi sous la protection de saint Raphaël pour qu’il te conduise dans la chasteté jusqu’au bout du chemin, comme il guida Tobie » (saint Josémaria, Chemin, n° 27).
Quand nous avons offensé le Seigneur, notre ange gardien nous aide à nous repentir. Son rôle consiste à nous apporter les motions de Dieu, à nous y rendre sensibles en faisant en sorte que notre conscience découvre ce qui ne va pas et offense le Seigneur. « Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges... » (Matthieu 25, 31). Ils sont à Lui parce que créés par et pour lui : « Car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles : trônes, seigneuries, principautés, puissances ; tout a été créé par lui et pour lui » (Colossiens 1, 16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut : « Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut ? » (Hébreux 1, 14) » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 311).

(à suivre…)

jeudi 8 avril 2010

La sainteté attire (5)

La sainteté attire (5)

Ces exemples nous montrent bien que la sainteté attire. Qu'elle est une source de bienfaits pour nous et pour les autres. Laissons-nous guider par ces généreux frères et sœurs dans la foi. Et prions-les, prions avec eux aussi. Une prière qui est intérieure, animée par l'Esprit, faite dans l'Esprit. « Il prie en esprit et en vérité celui qui vient à la prière à l'instigation de l'Esprit Saint » (saint Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, q. 83, a. 1 ad 1). En nous laissant guider par l'Esprit Saint, nous acquérons une façon de vivre propre aux enfants de Dieu, de ceux qui se nourrissent du Pain eucharistique et dont l'aliment consiste à faire la Volonté du Père : « Ma nourriture, c'est de faire la Volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34). Si le Saint-Esprit nous prend sous son ombre, notre vie a la pureté et la clarté de Dieu, elle devient de plus en plus vertueuse, et attire. Non par ce que nous sommes en nous-mêmes, mais par ce que Dieu est en Dieu et ce qu'il fait à partir de nous.
C'est une attitude intérieure de conformité à Dieu. C'est là ce qui est essentiel. Car ce n'est pas l'action qui est première ; ce ne doit pas l'être en tout cas. Mais c'est l'âme qui doit se tourner vers Dieu et s'imprégner de lui, pour que le somatique suive le spirituel et participe lui aussi à l'effort pour la sainteté. « La prière consiste principalement dans l'esprit et se trouve secondairement exprimée par les paroles ; de même aussi l'adoration consiste principalement dans la révérence intérieure à l'égard de Dieu et secondairement dans certains signes corporels » (saint Thomas d'Aquin, Somme théologique II-II, q. 83, a. 1 ad 2).
Tel est l'horizon du chrétien. Tant qu'il reste fidèle, il va bon train, est sur la bonne voie et progresse dans l'union à notre Dieu unique dans ses trois Personnes, qui toutes trois se communiquent à nous, et nous font participer à leur Amour et à leur Joie mutuels. La constance et la persévérance sont nécessaires. Dieu les récompense largement. Mais si nous nous relâchons, nous avons vite fait d'oublier le Seigneur, et les conséquences néfastes ne tardent pas à se faire sentir. Nous pouvons nous appliquer ce que saint Remi disait du royaume des Francs, alors qu'il baptisait Clovis : « Le royaume des Gaules est prédestiné par Dieu à la défense de l'Église romaine qui est la seule véritable Église du Christ. Il sera victorieux et prospère tant qu'il sera fidèle à la foi romaine. Mais il sera rudement châtié toutes les fois qu'il sera infidèle à sa vocation. »

(à suivre...)

mercredi 10 mars 2010

À l'ombre de la Sainte Famille (3)

À l'ombre de la Sainte Famille (3)

Joseph et Marie regardent Jésus avec tendresse. Et nous avec eux. Leur cœur s'entretient continuellement avec ce Fils de Dieu qu'ils ne peuvent pas accompagner vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pas une seconde ne s'écoule en dehors de cette union de pensée et d'affection. Et tout ce qu'ils font, le travail de Marie au fourneau, à la fontaine publique où elle doit aller puiser son eau, au lavoir, etc. ; le travail de Joseph dans son atelier et ses déplacements pour livrer ses clients, tout est prière. Tout est respiration d'amour. Les moindres actes de la vie ordinaire acquièrent ainsi du poids et un relief surnaturels.
Marie n'a pas fait que donner la vie à Jésus, ce qui est déjà extraordinaire, au sens propre du mot. Joseph n'a pas fait que prendre Marie chez lui (cf. Matthieu 1, 24) et accepter le rôle de père nourricier de l'Enfant. Leur vie tout entière redit « oui » à Dieu. Elle est protestation uniforme de fidélité, d'amour fidèle. Elle est un empilement d'actes vertueux. Elle est une préparation de Jésus pour le moment où il se lancera à sa mission, dans les meilleures conditions qu'ils peuvent lui assurer, compte tenu de leurs moyens. Mais l'éducation n'est-elle pas assurée en tout premier lieu au foyer familial ? Là, nul doute n'est possible, la formation est optimale. Aucun être humain n'aura bénéficié d'un pareil environnement, d'un contexte aussi favorable et par les vertus et par les dispositions à l'éclosion d'une vocation, à l'exécution des plans divins. Jésus en sera vite conscient, et aura toujours sous les yeux l'exemple de la vie sobre et héroïque de ses parents. Il fera tout ce qui est en son pouvoir pour les en récompenser.
Comment ? En leur envoyant de nouvelles grâces sans discontinuer, des grâces qui les tirent de plus en plus vers le haut, selon le degré d'union mystique, de vie unitive auquel il leur est donné de se hisser. Mais aussi en leur envoyant des épreuves. Non qu'il voulût tester leur foi ou leur fidélité, qu'il savait sans faille. Il savait qu'il n'y avait et qu'il n'y aurait jamais rien à redire. Tout simplement pour qu'il soit clair qu'il avait choisi vraiment une vie humaine dans toutes ses dimensions. L'une d'elles est la douleur, les souffrances, l'incertitude quant au lendemain, la jalousie que le bien suscite autour de soi...

(à suivre...)

vendredi 15 janvier 2010

Action de grâces (23)

Action de grâces (23)

Merci, Seigneur, merci ! Quand je regarde ma vie, je n’ai pourtant pas lieu d’être fier. Mais ce qui était brisé, tu l’as recollé, ce qui était avili, tu l’as restauré. C’est pourquoi quand je te regarde, toi, mon Dieu, et comment tu t’y prends avec moi, je n’ai que des motifs d’action de grâces.
D’abord pour le don la vie, de la vie naturelle, physique. C’est entièrement gratuit de ta part. Rien ne t’y poussait, si ce n’est ton Amour débordant comme un torrent en crue. L’enfant s’éveille à la vie, (lire la suite) et l’adulte s’émerveille devant la vie, et tout ce qui le fait être.
Il y a eu ensuite, très tôt après elle, quelques heures seulement, cet autre Don, celui de la vie surnaturelle, une seconde naissance, à la grâce cette fois-ci, à ton amitié, à la communion avec toi. Si la vie première n’était pas méritée, à plus forte raison celle-ci. Et pourtant tu n’as pas reculé devant le prix à payer : l’envoi de ton Fils pour qu’Il nous rachète en mourant sur une Croix.
Ce fut le tour de la vocation, de l’appel à la sainteté, du choix singulier que tu as fait de moi et que nul ne s’explique. Tout comme on ne s’explique pas que tu aies choisi des hommes aussi rustres et limités que tes apôtres pour faire l’Église. Sans doute pour qu’il soit bien clair que c’est toi qui agis en te servant de nous.
Et puis tout le reste. « Remercie-le de tout, parce que tout est bon. […] Parce qu’on t’a humilié. Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin ou parce que tu le possèdes » (saint Josémaria, Chemin, n° 268). Parce que tout est don et bénédiction de Dieu, tout est signe de sa prédilection, tout est, pour qui le veut, source de progrès spirituel véritable.
L’Apôtre nous dit : « Avec des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels, chantez de tout cœur votre reconnaissance à Dieu » (Colossiens 3, 16). Oui, Verbe de Vie, habite en moi. Et moi, je m’engage à t’aimer et à te louer par tout mon labeur. « Que les gens, voyant vos bonnes œuvres, glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). Fais que j’y arrive. Je veux édifier non détruire, entraîner non scandaliser, stimuler non décourager. Qu’ils te voient, toi, Seigneur, qu’ils te découvrent parce que nous ne faisons plus qu’un et que je vis, je m’efforce de vivre, en fils du Père éternel.

mercredi 23 décembre 2009

Action de grâces (21)

Action de grâces (21)

Maintenant que tu as pris possession de mon âme, en ton nom je demande au Père — à ton Père et à notre Père — d’exaucer toutes les demandes que le pape et mon évêque lui présentent aujourd’hui dans leur prière et, notamment, à l’autel. Donne-nous les grâces nécessaires pour mieux travailler pour ta gloire qu’hier, pour mieux servir ton Église sainte qu’hier, pour être un meilleur instrument entre tes mains qu’hier.
Seigneur, je crois. Mais je veux croire comme celui qui croit le plus. Augmente en nous la foi. Je crois que dans l’Hostie Sainte que je viens de recevoir, tu es présent, réellement, véritablement et substantiellement, toi Jésus, le Fils de Marie toujours Vierge, le Fils éternel du Père. (lire la suite) Je crois que tu es réellement présent en moi avec ton Corps, ton Sang, ton Âme et ta divinité. « Ce sacrement est admirable ! Vénérons-le humblement. […] Au Père, au Fils, notre louange, l’allégresse de nos chants : salut, et puissance, et honneur et toute bénédiction ! À l’Esprit du Père et du Fils, égale acclamation de gloire ! » (hymne Pange lingua).
Et je t’adore avec profonde révérence, prosterné la face contre terre, car je ne suis rien et toi, tu es toute la Majesté, la Puissance, la Beauté. Je t’adore, et j’ose te dire que je veux être ton ami, parce que tu m’as racheté. Mais tu dois m’aider à être un ami fidèle, car autrement, tu sais dans ta chair ce dont je suis capable…
Je veux être l’amour pour toi, car, toi, tu l’es pour moi, et sans réserve. Mon archange ministériel, mon ange gardien, veillez sur le sanctuaire de mon âme, l’épée de feu à la main, pour maintenir à distance l’ennemi infernal et les légions répugnantes de ses sbires. Obtenez-moi du Dieu Un et Trine de saints élans d’amour, de fidélité, de joie et de paix envers et contre tout.
Et j’accepte de grand cœur toutes les épreuves que le Seigneur voudra m’envoyer — il y joindra sa grâce, je le sais — pour purifier mon âme, expier mes péchés, pour faire éclore les vocations, pour l’expansion de l’Église et du royaume de Dieu dans le monde, et pour la plus grande gloire de Dieu qui, seule, m’importe. Qu’il en soit ainsi !

vendredi 2 octobre 2009

Anniversaire de la fondation de l'Opus Dei

Anniversaire de la fondation de l'Opus Dei

Aujourd'hui, 2 octobre, fête des saints anges gardiens, l'Opus Dei voyait le jour en 1928, par volonté divine et la réponse généreuse de saint Josémaria. Celui-ci disait dans une méditation :
"Depuis 1928, j’ai clairement compris que Dieu désire que les chrétiens prennent pour exemple la vie du Seigneur tout entière. J’ai compris tout spécialement sa vie cachée, sa vie de travail courant au milieu des hommes ; le Seigneur veut, en effet, que beaucoup d’âmes trouvent leur voie dans ces années de vie cachée et sans éclat. Obéir à la volonté de Dieu est toujours, par conséquent, sortir de son égoïsme ; mais cela ne doit pas se réduire essentiellement à s’éloigner des circonstances ordinaires de la vie des hommes, nos égaux par l’état, la profession, la situation dans la société. (lire la suite)
Je rêve — et le rêve est devenu réalité — d’une foule d’enfants de Dieu en train de se sanctifier dans leur vie de citoyens ordinaires, de partager les soucis, les idéaux et les efforts des autres créatures. J’ai besoin de leur crier cette vérité divine : si vous demeurez au milieu du monde, ce n’est pas que Dieu vous ait oublies, ce n’est pas que le Seigneur ne vous ait pas appelés. Mais Il vous a invités à poursuivre votre route parmi les activités et les soucis de la terre ; car Il vous a fait savoir que votre vocation humaine, votre profession, vos qualités, loin d’être étrangères à ses divins desseins, ont été sanctifiées comme une offrande très agréable au Père" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 20).
Photo : église Saint-Josémaria, à Mexico, inaugurée en 2009.