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jeudi 10 novembre 2011

Incrédulité face à la Résurrection (2)


Incrédulité face à la Résurrection (2)

Au matin de Pâques, « les femmes se ressouvinrent des paroles dites par lui » (Luc 24, 8). Elles se les rappellent maintenant, avec la lumière de l’Esprit Saint, et elles croient. Elles comprennent en un instant que tout s’est réalisé comme Jésus l’avait annoncé. Et elles allèrent rapporter aux apôtres ce qui leur avait été dit de la part du Seigneur. « Mais ces paroles leur parurent être pure divagation et ils ne les crurent pas » (Luc 24, 11).
Pourtant Jésus n’avait pas pris les apôtres au dépourvu.(lire la suite) Il avait pris soin de les préparer psychologiquement. Après la confession de foi de Pierre à Césarée de Philippe (cf. Matthieu 16, 16) et le don de la primauté fait à Pierre (cf. Matthieu 16, 18-19), « Jésus commença à exposer à ses disciples qu’il devait se rendre à Jérusalem, beaucoup souffrir de la part des Anciens, des grands prêtres et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour » (Matthieu 16, 21). « Et c’est ouvertement qu’il tenait ce langage » (Marc 8, 32).
Les apôtres ont bien entendu, et son choqués, voire scandalisés. Simon-Pierre réagit vigoureusement, avec fougue, sans trop réfléchir, se laissant comme toujours guider par son affection pour le Maître, mais n’arrivant pas à s’élever au-dessus des réalités contingentes. Pierre a écouté avec stupeur ces propos de Jésus. Alors, « le tirant à part, (il) se mit à lui faire de fortes remontrances » (Marc 8, 32). D’où lui vient cette assurance ? Qui est-il pour rectifier les plans de Dieu ? Sa primauté est toute récente, mais il ne doit pas l’exercer contre Dieu… Elle n’est pas faite pour commander, mais pour servir. Jésus n’a-t-il pas dit : « Au milieu de vous, je suis comme celui qui sert » (Luc 22, 27) ?
Pierre n’a pas reçu la primauté pour l’exercer à son profit ou pour dicter à Jésus ce qu’il doit faire et comment il doit le faire. Et puis, tant que le Maître est là, c’est à lui de prendre toutes les initiatives qu’il estime indispensables pour accomplir sa mission. C’est lui le fondateur et l’unique fondateur de l’Eglise. Les apôtres n’en seront que les piliers et Pierre ne la gouvernera que comme ministre du Seigneur, son représentant visible sur terre.
Nul doute que Pierre soit bien intentionné. Le problème est qu’il raisonne, comme nous, de façon très humaine, sans doute par souci du bien apparent de Jésus. Mais il n’arrive pas à entrer dans la logique divine. Autant la révélation que Jésus-Christ est « l’Oint, le Fils du Dieu vivant » lui est venue « non pas de la chair et du sang mais de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 16, 16-17), autant ici c’est « la chair » qui réagit. Mais commence la revient à se mettre inconsciemment en travers du chemin de Jésus-Christ, celui-ci le reprend vigoureusement. Il peut utiliser cette force dans la réprimande, parce que Pierre a les épaules solides et qu’il connaît son humilité et sa bonne volonté. Mais il faut encore sculpter le bois brut pour qu’il en sorte le futur pape.

(à suivre…)

samedi 29 octobre 2011

Variations sur la couleur


Variations sur la couleur

Il était vert de rage. Quelqu’un avait profité de la nuit noire pour lui faire un œil au beurre noir. Maintenant, il voyait rouge, et pas du tout la vie en rose. En fait, il avait passé une nuit blanche. Ce qu’on lui avait fait était noir de café. Pour lui, c’était cousu de fil blanc : on voulait lui en faire voir des vertes et des pas mûres. Mais ils feront chou blanc.
Il se vengerait, bien sûr, en tirant à boulets rouges. Comment pouvait-on insinuer qu’il travaillait au noir ? Ne lui avait-on pas donné carte blanche ? (lire la suite)
Il se mit à ricaner. Mais c’était le rire jaune de quelqu’un qui mijote de noirs desseins. On lui avait promis un parachute doré, compte tenu de sa matière grise. Il avait du mal à suivre le fil rouge de leur logique. Il n’était quand même pas un casque bleu. On le menaçait d’un carton rouge ? Il se battrait, à l’arme blanche s’il le fallait. Il deviendrait leur bête noire, lui la blanche colombe. Son casier judiciaire était blanc comme neige.
Je ne suis quand même pas la Croix rouge ! Ni une éminence grise. Ils aiment l’humour noir, mais ils ont franchi la ligne rouge. Je vais écrire un livre noir. On me prend pour un petit bleu ? Eh bien ! je vais jouer au diable rouge. Ce sera le péril jaune et la peste noire réunis. Ils peuvent m’offrir un pont d’or. Je m’en contre-fiche. Je n’ai aucune raison d’être rouge de honte. Je peux les regarder dans le blanc de l’œil et leur asséner une volée de bois vert. Car moi, j’ai la Vierge noire avec moi.


vendredi 30 janvier 2009

Que demander dans la prière ? (1)

Que demander dans la prière ? (1)

« Nous ne savons ce qu'il faut demander dans nos prières » écrit saint Paul (Romains 8, 26). Nous risquons, en effet, d'en rester à des demandes très terre à terre, ou à courte vue, à nous contenter d'objectifs très humains, sur lesquels les considérations d'ordre spirituel, de confiance et d'abandon en Dieu, entrent peu ou pas en ligne de compte. Nous ignorons ce qu'il nous convient réellement de solliciter, parce que la logique de Dieu échappe à la nôtre, mais aussi parce que, si cela ne tenait qu'à nous, nous voudrions éviter toutes les difficultés et les épreuves inhérentes à notre existence sur terre. Nous ne savons pas ce qui est vraiment bien pour nous, parce que (lire la suite) nous avons du mal à comprendre et à admettre que « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment », comme saint Paul l'ajoute presque aussitôt (Romains 8, 28).
Pour celui qui aime Dieu, il n'existe pas de mal véritable hormis le péché. Cela ne veut pas dire qu'il nous soit interdit de prier Dieu de nous guérir de nos maladies physiques, de nous épargner les guerres et les autres calamités. Nous voyons le Seigneur Jésus répondre quand les hommes le sollicitent avec foi et persévérance. Lui-même a dit : « Demandez, et on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira » (Luc 11, 9).
Faut-il voir alors une contradiction avec ce que saint Paul affirme ? D'autant qu'il semble qu'en réalité nous sachions parfaitement bien ce qu'il convient de demander dans notre prière. On ne peut plus parfaitement ! Un jour, alors que Jésus « était en prière quelque part, un de ses disciples lui dit, quand il eut fini de prier : « Seigneur, apprends-nous à prier, tout comme Jean (le Baptiste) l'a appris à ses disciples. » (Luc 11, 1). Et Jésus leur a révélé le « Notre Père ».
Le « Notre Père » nous est communiqué par le fils de la part du Père. « Je vous ai fait connaître tout ce que j'ai appris de mon Père » (Jean 15, 15), a-t-il affirmé. Cette prière est donc la plus excellente et la plus complète qui soit. Elle renferme exactement et précisément tout ce que Dieu veut nous entendre lui demander, afin de nous l'octroyer gracieusement. C'est la prière que nous avons recueillie sur les lèvres du Fils de Dieu, Dieu lui-même.

(à suivre...)

mardi 23 décembre 2008

Le silence de Jésus (3)

Le silence de Jésus (3)

Mais revenons à la Cananéenne. Face au silence de Jésus, elle ne mollit pas, elle ne s'avoue pas vaincue. L'amour de sa fille est plus fort que le respect humain. Sa foi se moque des remontrances de l'entourage du Maître et de l'ordre de se tenir tranquille et de cesser de les importuner. Elle est convaincue que sa cause est bonne et que Jésus peut chasser le démon comme il en a déjà chassés tant, à ce que l'on dit. Et pourquoi en douterait-elle ?
La raison avancée pour la faire taire est la même que pour Bar Timée, très humaine, égoïste. Les apôtres pensent à leur tranquillité plus qu'à la misère d'autrui. Nous ne valons sans doute pas mieux qu'eux. Ils n'ont pas encore compris les implications de la charité qui, entre autres, « supporte tout » (1 Corinthiens 13, 7). (lire la suite)
Une autre forme de silence est l'absence de réaction apparente de Jésus quand lui parvient la nouvelle que son ami Lazare est sérieusement malade et qu'il est sur le point de mourir. Au lieu de partir séance tenante et d'aller le guérir - c'est bien ce que Marthe et Marie espéraient de lui en lui envoyant le message - il temporise et reste encore « deux jours à l'endroit où il se trouvait » (Jean 11, 6). Il ne donne pas signe de vie. Ce n'est qu'une fois ce délai écoulé qu'il décide enfin de se rendre à Béthanie. Les saintes femmes lui reprochent avec affection et confiance qu'il ne soit pas venu plus tôt : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » (Jean 11, 21), car le retard a été fatal au malade.
Dans tous les cas, Jésus sait ce qu'il fait. Cela va de soi, car il est Dieu et tout ce qu'il fait, il le fait à la perfection. Nous devons apprendre que la logique de Dieu n'est pas la nôtre ; que le silence de Dieu n'est qu'apparent ; que ce qu'il nous réserve est mieux que nos aspirations ; qu'en le laissant faire nous ne sommes jamais déçus ; qu'en définitive, il sait mieux que nous ce qui convient dans chaque cas, pour chacun et en toute circonstance. Non seulement la Cananéenne obtient la guérison de sa fille, mais elle a eu l'occasion de faire un acte de foi que Jésus admire : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le désires » (Matthieu 15, 28). Quant au fils de Timée, il persévère lui aussi dans une prière pleine de foi et, à Jésus qui finit par lui demander ce qu'il veut, il répond : « Seigneur, que je voie ! » sans la moindre hésitation (Luc 18, 42). Jésus lui dit : « Vois ! » et précise la raison pour laquelle il réalise ce miracle : « C'est ta foi qui t'a sauvé » (Luc 28, 43). Quant à Marthe et à Marie qui se seraient contentées de la guérison de leur frère, après être passée par l'épreuve du deuil elles obtiennent un miracle beaucoup plus spectaculaire, « afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 12, 42), précise Jésus. Faisant face au tombeau dans lequel Lazare se trouve depuis quatre jours déjà, « il cria à pleine voix : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus dit : « Défaites-le et laissez-le aller » (Jean 11, 43-44). C'est toujours une question de foi. « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère : avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211).

(fin)