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lundi 8 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (4)

Une vie spirituelle sérieuse s’impose donc.

Parlons de cette vie intérieure solide, qui nous apparaît donc comme une condition sine qua non pour avancer sur le chemin de la sainteté et de l’apostolat, de la sainteté apostolique, pourrions-nous dire.

La recherche de la sainteté tout comme l’action évangélisatrice requièrent avant tout de développer une vie de prière. Notre Seigneur nous a clairement mis en garde : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et, selon l’adage classique, « nul ne donne ce qu’il n’a pas ».

La messe dominicale est un minimum établi par notre sainte mère l’Église pour notre bien. Nous devrions être enthousiastes de la messe, puisqu’il nous y donné de revivre le sacrifice libérateur de la Croix et de pouvoir, si notre âme est bien disposée, recevoir dans la sainte communion l’auteur de toutes les grâces, notre Seigneur Jésus-Christ !

Mais comme il nous serait profitable de nous proposer des moments de prière au cours de la journée, à heure fixe ! Nous faisons l’expérience de nos limites, de notre incapacité à résoudre nombre de problèmes qui se présentent à nous, de notre faiblesse en présence des tentations.

Ouvrons l’Évangile. Nous constatons que Jésus ne cesse de nous inciter à prier, sans nous décourager et avec insistance, pour obtenir des grâces de son Père. Lui-même nous donne l’exemple de quelqu’un qui prie en toute circonstances et en tous lieux.

Notre Seigneur affirme qu’il prie pour nous. Il nous apprend aussi que le Saint-Esprit intercède auprès du père en notre faveur, « avec des gémissements ineffables ».

Comment ne pas entendre ses invitations répétées ? Comment ne pas chercher à imiter notre Seigneur et l’Esprit Paraclet ?

Je sais bien que le principal obstacle qui nous retient est le manque de temps. Mais n’éprouvons-nous pas une certaine honte de consacrer si peu de temps à Dieu alors que nous prenons pas mal de temps pour nous, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux et sur l’internet ?

Vous voyez comme il convient de nous y prendre si nous voulons faire une large place à Dieu dans nos journées. Sainte Jeanne d’Arc se proposait que Messire Dieu soit le premier servi. Nous ne nous repentirons jamais d’agir ainsi. Nous regretterons toujours de ne pas le faire.(lire la suite)Une conséquence consiste à comprendre que la vie chrétienne, pour un laïc, ne lui demande pas de passer des heures à l’église – ce serait un désordre et manquer à ses devoirs d’état – mais d’adopter une attitude habituelle de prière.

Je m’explique. Si, comme nous le disions tout à l’heure, nous offrons à Dieu toutes les activités que nous réalisons, le travail professionnel, les tâches ménagères, les occupations matérielles, les repas, les loisirs et mêle sommeil, alors tout se transforme en prière. Et si nous les offrons à une intention déterminée, tout devient occasion d’évangélisation. Saint Josémaria résumait cela en parlant de « sanctifier le travail, se sanctifier grâce à son travail et sanctifier les autres par son travail ».

Mentionnons aussi une autre forme de prière, qui n’a guère la côte de nos jours : le sacrifice, les privations volontaires. Elle s’impose pourtant, si nous voulons vivre à fond notre vocation chrétienne. Le Seigneur a clairement indiqué que la condition de disciple requiert de renoncer à soi et de porter sa croix chaque jour. Nous ne pouvons pas faire l’économie de la croix. Elle n’a rien de négatif, puisque c’est par la sainte Croix que notre Seigneur a voulu racheter le monde. Par elle, le Seigneur a donné un sens nouveau à la souffrance sous toutes ses formes, à nos renoncements volontaires pour faire face avec vision surnaturelle aux épreuves de la vie. L’Église ne nous invite-t-elle pas à vénérer la sainte Croix ?

La sanctification de la vie de chaque instant n’est pas une question de temps, mais d’amour de Dieu.

Vous connaissez peut-être l’anecdote suivante :

« Un jour un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grandes entreprises. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux professeur n’avait donc qu’une heure. Debout, il les regarda un par un, lentement, puis il leur dit : « Nous allons réaliser une expérience. » De dessous la table, le professeur sortit un immense pot de plusieurs litres qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il exhiba une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord, et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva les yeux vers ses élèves et leur demanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Tous répondirent : « Oui. »

Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? » Alors il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de graviers. Avec minutie, il versa ces graviers sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux jusqu’au fond du pot. Le vieux professeur leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Cette fois, ses brillants élèves commencèrent à comprendre son manège. L’un d’eux répondit : « Probablement pas ! »

« Bien ! » répondit le vieux professeur. Il se pencha se nouveau et cette fois sortit du sable de sous la table. Il le versa dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et les graviers. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que le pot est plein ? »

Cette fois, sans hésiter et en chœur, les élèves répondirent : « Non ! » « Bien ! » répondit le vieux professeur. Et comme s’y attendaient les élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord.

Le vieux professeur dit alors : « Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? » Pas fou, le plus audacieux des élèves songea au sujet du cours, répondit : « Cela démontre que même lorsqu’on croit que notre agenda est complètement rempli, si l’on veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous et plus de choses à faire. » Non, répondit le vieux professeur, ce n’est pas cela ! La grande vérité que nous démontre l’expérience est la suivante : si l’on ne met les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire tous entrer ensuite. » Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.

Le vieux professeur leur dit alors : « Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé, votre famille, vos amis, vos rêves, votre carrière professionnelle ? Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre les gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas la réussir. Si on donne la priorité aux pacotilles – le gravier, le sable – on remplira sa vie de futilités, de choses sans importance et sans valeur, et nous n’aurons plus de temps à consacrer aux éléments importants. Alors n’oubliez pas de vous poser la question : quels sont les gros cailloux de ma vie ? Ensuite mettez-les en premier dans le pot de votre existence. » D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et quitta la salle lentement[1]. »

Telle est donc la façon exacte de considérer notre relation à Dieu.

En envisageant la vie sous cet angle, celui d’un enfant qui entend faire plaisir à son Père et lui témoigner de son amour, nous comprenons la grandeur de la vie ordinaire, nous sommes convaincus que la vie de la femme et de l’homme est vraiment un chemin de sainteté, une vocation chrétienne magnifique, et nous nous émerveillons à la perspective des chemins divins que le Seigneur a ouverts pour nous sur la terre, des chemins qui conduisent tout droit au paradis.



[1] Card. Robert Sarah avec Nicolas Diat, Dieu ou rien. Entretien sur la foi, Paris, Fayard, 2015, p. 172-174.

vendredi 5 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (3)

Ce qui importe donc avant tout pour un baptisé, ce n’est pas de réaliser une tâche déterminée, préparer le repas, conduire les enfants à l’école, organiser les vacances, exercer son métier, etc. Cela tout le monde le fait. Pour un chrétien, et c’est ce que l’Église attend de lui, fil s’agit de se sanctifier en préparant le repas, de se sanctifier en conduisant les enfants à l’école, de se sanctifier en organisant les vacances, de se sanctifier en exerçant son métier. C’est la même chose mais effectué dans une toute autre perspective, une perspective autrement attrayante et formidable.

« Pour moi, disait saint Josémaria, le travail d’une de mes filles membre de l’Opus Dei, qui est employée de maison, est de la même importance que le travail d’une de mes filles qui porte un titre nobiliaire. Dans les deux cas, la seule chose qui m'intéresse, c’est que le travail qu’elles effectuent soit un moyen et une occasion de sanctification pour elles-mêmes et pour les autres ; et le travail le plus important sera celui de la personne qui, dans sa propre occupation, et dans son propre état, devient plus sainte et accomplit avec le plus d’amour la mission reçue de Dieu. » Comme évoqué précédemment : qu’est-ce qui a le plus d’importance, le travail d’un ministre ou celui d’un balayeur des rues ? La réponse est identique : celui qui a le plus d’importance, c’est celui qui a été accompli avec plus d’amour de Dieu.(lire la suite)Nous ne nous situons pas au plan de la réussite humaine, mais à celui de la réussite surnaturelle. Soyons bien convaincus qu’il n’existe pas d’affaire plus important que celle de notre salut, de notre vie éternelle.

Rendre témoignage de sa foi avec naturel demande donc ce que saint Josémaria appelait « l’unité de vie ». Il expliquait ce concept en disant qu’il ne doit pas y avoir de compartiments étanches dans notre vie : d’un côté la vie de famille, d’un autre le travail, ou encore la vie de relation avec Dieu, les loisirs, etc. Mais que tout doit communiquer, imprimer sa marque aux autres aspects. Car nous sommes appelés à nous sanctifier par l’ensemble de nos actions, au risque d’être un pantin désarticulé. Parce que nous entendons nous sanctifier non seulement en participant à la messe dominicale ou en formulant quelques prières, seul ou en famille, mais aussi par tout le reste de notre vie. Autrement Dieu serait curieusement absent de la plus grande part de nos journées, qui perdraient de ce fait leur portée chrétienne, et seraient vécues comme si Dieu ne comptait pas pour nous, comme si elles étaient sans d’importance pour notre sanctification et pour l’évangélisation.

Il ne faut pas que nous en restions à l’horizontal, c’est-à-dire à accomplir des tâches que n’importe qui d’autre, à égalité de conditions, peut réaliser, peut-être même mieux que soi. Il convient de leur imprimer la verticalité, c'est-à-dire de les transcender, de leur donner une autre dimension en les faisant entrer dans la sphère de l’union à Dieu, de la prière.

Oui, vous avez bien entendu : de la prière. Un travail offert à Dieu se transforme en prière.

Si nous saisissons cela, nous comprenons de suite l’importance du travail professionnel et de toutes nos activités quotidiennes, même les plus banales, dans le plan de notre sanctification et de l’évangélisation.

Un théologien a fait remarquer que « l’ordre de Dieu à Adam « de cultiver [le jardin] et de le garder » emploie deux verbes hébreux, ‘aboda’ et ‘shama’. Deux mots riches, tous deux porteurs d’un double sens. Ils apparaissent ailleurs dans la Bible ; dans chaque cas pour décrire les devoirs ministériels des Lévites, la tribu des prêtres de l’ancien Israël. Le verbe ‘aboda’, souvent traduit par « servir », a en hébreu deux significations : le travail manuel ou bien le ministère sacerdotal, il peut suggérer les deux à la fois. Le verbe ‘shamar’ se traduit par « protéger » ou par « garder » et décrit la protection par les Lévites du lieu saint, le tabernacle, qu’ils gardent et protègent de la profanation.

Pour beaucoup de spécialistes de l’Écriture, l’auteur du Livre de la Genèse entendait suggérer tout cela dans le récit de la création d’Adam. Dieu créa Adam pour qu’il travaille et Il l’institua prêtre dans le temple cosmique. Ce n’étaient pas des activités séparées. Au commencement Adam a joui de l’unité de vie ; son travail était ordonné à l’adoration, il était en lui-même un acte d’adoration. À elle seule, la division du temps reflétait ce principe d’ordre. Dieu lui-même travailla six jours afin de sanctifier le septième en le rendant saint ; Dieu instaura le rythme du sabbat dans la structure de la création.

Par notre travail, nous pourrions ainsi adorer avec plus de perfection : adorer en travaillant »[1].

Le travail de l’homme revêt ainsi une valeur considérable dans le plan de la Rédemption. Le prouve le fait que Jésus lui-même ait voulu s’adonner à un métier. Si nous accomplissons notre propre tâche dans la perspective de notre sainteté et de cette d’autrui, cette tâche n’est jamais monotone, aussi répétitive soit-elle. Comme Monet le disait : « La Seine, je l’ai peinte toute ma vie, à toute heure, en toute saison. Je n’en ai jamais été las : elle est pour moi toujours nouvelle »[2].

Nous lisons dans un ouvrage de saint Josémaria : « Tu m’écris depuis ta cuisine, près du fourneau. L’après-midi commence. Il fait froid. À côté de toi, ta petite sœur (elle venait de découvrir la folie divine de vivre à fond sa vocation chrétienne) épluche des pommes de terre. Apparemment, penses-tu, son travail est le même qu’avant. Néanmoins il y a une si grande différence ! — C’est vrai : avant elle ne faisait “ qu’ ” éplucher des pommes de terre ; maintenant, elle se sanctifie en épluchant des pommes de terre. »

Voilà toute la différence de la part de quelqu’un qui a compris le sens profond de sa vocation chrétienne. Qu’est-ce que cela veut dire ? Prenant conscience des implications d’une vie de foi, la personne en question a compris qu’elle ne pouvait pas se contenter d’éplucher des pommes de terre sans plus, mais qu’elle travaillait en présence de Dieu, pour la gloire de Dieu.

Saint Jean XXIII, devant qui j’ai eu l’honneur de jouer une modeste pièce de théâtre alors qu’il était nonce à Paris, disait que « le travail, grâce auquel on réalise sa propre perfection surnaturelle, contribue à répandre sur les autres les fruits de la Rédemption, et la civilisation dans laquelle on vit et travaille est pénétrée du levain évangélique »[3].

Le travail que nous réalisons, d’autres l’accomplissent aussi qui appartiennent à une autre religion, sont agnostiques ou se déclarent athées ou anticléricaux viscéraux. Et ils remplissent leur devoir peut-être mieux que vous, avec plus d’esprit professionnel, en étant plus brillants. Quelle différence existe-t-il donc entre leur travail et le vôtre ? Apparemment aucune.

Sauf précisément d’y introduire une portée spirituelle, de l’exécuter avec une vision d’éternité, en y apportant un supplément d’âme.

Dit autrement, le catholique que nous sommes ne peut en rester à l’horizontale, comme tout le monde. Sa conception de la vie et sa croyance en la vie éternelle, son amour de Dieu surtout l’amènent à ajouter la dimension verticale. À tout élever à l’ordre spirituel. Le travail change de perspective. Il n’est plus un simple gagne-pain ou l’occasion d’un épanouissement personnel et d’un service rendu à la société. Il devient une véritable prière. Il est accompli en présence de Dieu et offert à Dieu. Il nous fait participer à l’activité créatrice de Dieu, puisqu’il faut porter la création à son achèvement. Il est imitation de Jésus-Christ, qui a voulu exercer un métier, pour nous montrer la noblesse du travail. Il nous permet de développer notre personnalité d’enfant de Dieu. Et, si nous le déposons en esprit à l’autel, avec toute le reste de notre vie, il nous permet aussi de nous unir au Sacrifice rédempteur du Sauveur et, partant, d’être co-rédempteur avec lui.

Vous voyez l’immense portée d’un travail de l’homme réalisé dans une vision chrétienne de la vie. Je ne m’étends pas sur cette dimension évangélisatrice, puisque nous y reviendrons dans deux semaines.

Mais les perspectives que je viens d’ouvrir peuvent nous paraître difficiles à intégrer à notre vie. À tort. D’une part, ce serait ignorer la présence de la grâce que Dieu ne refuse jamais à qui la lui demande, et, d’autre part, ce serait ignorer que nous avons tous une obligation de rechercher la sainteté et de faire de l’apostolat.

[1] Scot Hann, Travail ordinaire grâce extraordinaire. Mon itinéraire spirituel dans l’Opus Dei, Paris, Le Laurier, 2009, p. 38.

[2] Monet, cité par G. Poteau, Le Déjeuner de Giverny [vie de Monet], Paris, Éditions Hors Commerce, 2006, p. 160.

[3] St Jean XXIII, enc. Pacem in terris

mardi 2 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (2)

Le rôle spécifique des laïcs dans l’Église

Cette sorte de définition du laïc nous permet d’en venir donc au rôle des laïcs dans l’Église.

Quand nous pensons à ce rôle, nous pensons peut-être spontanément à diverses fonctions comme assurer la lecture ou le service d’autel au cours de la messe. Le pape François a d’ailleurs institué récemment un ministère laïc de lecteur et d’acolyte. Ou bien nous envisageons le fait d’assumer la fonction de catéchiste, de participer à la chorale paroissiale, d’intervenir au Conseil des affaires économiques paroissial, de porter la sainte communion aux malades et aux personnes âgées ne pouvant pas se déplacer, de faire la quête ou de distribuer à l’entrée de l’église la feuille paroissiale préalablement mise en forme et imprimée…

Tout cela est nécessaire au bon fonctionnement de l’Église. Mais nous n’y trouvons pas d’indication satisfaisante sur le rôle des laïcs dans l’Église. En réalité, avec ces différentes tâches, encore une fois fort utiles, nous sommes bien loin de l’essentiel. S’il fallait se limiter à ces tâches, matérielles pour nombre d’entre elles, nous serions sans plus en présence d’une cléricalisation des laïcs, contre laquelle le pape François nous a mis en garde. (lire la suite)Au cardinal Marty, archevêque de Paris, lui disant que « la mission propre des laïcs est d’ordonner les structures séculières selon le vouloir divin », st Josémaria répondit : « Oui, mais il faut d’abord qu’ils soient bien ordonnés en eux-mêmes : en étant des hommes et des femmes de vie intérieure profonde, des âmes de prière et de sacrifice. Autrement, au lieu d’ordonner ces réalités familiales et sociales, ils y introduiront leur propre désordre personnel. » Et ils se feront absorber par l’esprit mondain, au lieu de communiquer un style de vie chrétien au monde.

Cette remarque me semble très éclairante. Elle nous apporte au fond la réponse à notre question sur le rôle des laïcs. Ce que l’Église attend avant tout des fidèles laïcs, ce que le monde attend d’eux prioritairement, c’est qu’ils soient de bons catholiques, cohérents avec les engagements de leur baptême, donnant l’exemple de personnes qui, conscientes de leurs défauts, savent les reconnaître, demander pardon le cas échéant, et lutter pour progresser sur la voie de la sainteté.

L’appel à la sainteté est qualifié, par le concile, d’appel universel à la sainteté. Il ne s’adresse donc pas, encore une fois, aux seuls prêtres et religieux. Mais de la place qu’ils occupent dans la société, les laïcs, je cite, « sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité ».

Nous voyons ici que l’appel à la sainteté se complète par un appel à l’évangélisation. Tous deux sont inséparables. Notre Seigneur disait de lui-même : « Je me sanctifie pour eux », pour les autres. La recherche de notre sainteté personnelle, d’un progrès dans la pratique de la foi et des vertus n’a de sens qu’en fonction des autres, précisément parce que vous vivez au milieu du monde.

Ajoutons encore qu’il revient aux laïcs, « d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur ».

J’ai intitulé cette conférence « le rôle des laïcs dans l’Église et dans le monde ». Le décret conciliaire sur l’apostolat des laïcs l’explique en rappelant que « le laïc, qui est tout ensemble membre du peule de Dieu et de la cité des hommes n’a qu’une conscience chrétienne. Celle-ci doit le guider sans cesse ans les deux domaines » (n° 5).

Dans un document publié par le dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, nous pouvons lire qu’il existe « une différence fondamentale entre un bon mariage et un mariage saint ; dans un bon mariage, les conjoints s’efforcent de s’aimer ; dans un mariage saint, les époux remettent leurs efforts entre les mains de Dieu et leurs actions vont donc au-delà de ce qu’ils sont capables de faire, montrant ce que Dieu peut faire ». Nous pourrions gloser cette affirmation en mettant famille à la place de mariage, ou père et mère, chef d’entreprise, professionnel de quelque nature que ce soit.

samedi 30 mars 2024

Le rôle des laïcs dans l’Église et dans le monde (1)

Si vous prenez l’autoroute A 24, au sortir de Rome, 118 kms plus loin vous arrivez à Abruzzo. À peine entrés dans la ville, vous êtes invités à vous rendre au sanctuaire de la Madonna dei Bisognosi. Ce sanctuaire conserve une grande fresque du jugement universel, bien conservée et restaurée. Elle est significative d’une certaine « idéologie ». Y sont représentés au paradis des sœurs, des clercs et des religieux ; au purgatoire et dans l’enfer, se trouvent des représentants de pratiquement tous les métiers et toutes les professions existant à l’époque.

Le code de droit canonique de 1917, c'est-à-dire la législation universelle de l’Église catholique, parlait d’une sainteté des clercs et des religieux plus grande que celle des laïcs

L’Église était divisée en Église docens – enseignante – et Église discens – enseignée. Les fidèles laïcs n’avaient qu’à obéir à la hiérarchie. Ils étaient considérés comme des chrétiens de seconde zone, inférieurs aux prêtres et aux religieux, et pouvant difficilement se sauver au milieu des récifs de l’océan du monde.

Le peuple chrétien semblait s’accommoder vaille que vaille d’une telle situation subordonnée, même s’il ne manquait pas de fidèles désireux de grandir en sainteté et souffrant de ce que leurs aspirations légitimes fussent bridées.

Cette perspective pessimiste, méfiante et méprisante à l’égard des laïcs, a été fort heureusement renversée par le concile Vatican II. Les pères conciliaires nous renvoyaient ainsi aux origines de l’Église où ces distinguos douteux n’étaient pas de mise.

Quelques auteurs ont préparé cette révolution copernicienne. Je me limiterai à évoquer ici l’apport de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, auprès de qui j’ai eu la grande grâce de vivre. Il a été souvent qualifié de pionnier du concile Vatican II.

En effet, il a redécouvert le sacerdoce commun de tous les fidèles, à savoir que, du fait de la réception du baptême, nous naissons tous également à la grâce, nous devenons tous identiquement enfants de Dieu, et nous sommes tous appelés à une même sainteté, la sainteté de Dieu. Autrement dit, en raison du baptême, il existe une égalité radicale de tous les fidèles. Tous possèdent les mêmes droits fondamentaux et les mêmes devoirs fondamentaux dans l’Église. Ce n’est qu’ultérieurement, par la réception d’un autre sacrement, le sacrement de l’ordre sacré, qu’une diversification fonctionnelle intervient. (lire la suite)Le sacerdoce ministériel, essentiellement  distinct du sacerdoce commun des fidèles, est à son service.

J’ai mentionné l’existence de droits et de devoirs fondamentaux des fidèles et des laïcs. Permettez-moi une incise. Reconnus et proclamés par le concile Vatican II, ils ont été repris dans la législation universelle de l’Église, avec une valeur constitutionnelle. Cela signifie que toute disposition prise par l’autorité ecclésiastique doit toujours tenir compte de ces droits et devoirs fondamentaux et les respecter. Et qu’ils s’imposent comme critère herméneutique à l’heure d’interpréter toute loi ecclésiastique.

 

Une sainteté unique

Tout baptisé est appelé à la sainteté, avons-nous dit. Il convient de préciser que, en toute logique, mais c’est ce qui avait été perdu de vue depuis des siècles, il n’existe qu’une sainteté, qu’un modèle : la sainteté de Dieu.

Certes, par notre lutte ascétique de tous les jours, nous ne parvenons pas tous au même degré de sainteté. Mais cela ne saurait dépendre de la condition de chacun : marié, célibataire, jeune ou âgé, laïc, prêtre ou membre de la vie consacrée, ni d’avoir embrassé tel métier plutôt que tel autre, de posséder une culture déterminée, etc. Notre sainteté est fonction de la générosité avec laquelle nous nous efforçons d’aimer Dieu tout au long de notre vie, avec l’aide de la grâce, et de notre rectification, chaque fois que nous avons fait fausse route, de nos demandes de pardon.

Nous pouvons illustrer ce fait par la remarque suivante de saint Josémaria. Qu’est-ce qui est le plus important, le travail d’un balayeur de rue ou celui d’un ministre ? Il répondait : Cela dépendra de la droiture d’intention avec laquelle chacun agit, de l’amour de Dieu qu’il met à réaliser son travail, de son esprit de sacrifice. Si le balayeur de rue met plus d’amour à accomplir sa tâche que le ministre, son travail a plus de valeur aux yeux de Dieu, et donc en vue de la vie éternelle. Nous suivons ici un critère qui n’est pas humain, mais surnaturel, celui du monde dans lequel notre baptême nous a introduit, celui dans lequel nous escomptons bien demeurer pour l’éternité.

Ce principe essentiel étant posé, nous pouvons nous interroger sur le rôle des laïcs dans l’Église.

 

La notion de laïc

Mais auparavant, il convient de préciser ce qu’il faut entendre par laïc, car une certaine confusion subsiste. Nous disposons à cet égard principalement du chapitre IV sur les laïcs de la constitution sur l’Église du concile Vatican II et de l’exhortation apostolique post-synodale de saint Jean-Paul II, Les fidèles laïcs du Christ, de 1988.

Nous lisons dans le texte conciliaire que, « sous le nom de laïc, on entend ici l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de l’ordre sacré et de l’état religieux sanctionné dans l’Église, c'est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien ».

Il s’agit donc des baptisés tels qu’ils sortent des fonts baptismaux, des laïcs tout court, dont le statut n’a subi aucune modification par suite d’un engagement ultérieur, comme c’est le cas des membres ordonnés et de ceux qui embrassent la vie consacrée. Ce sont ceux qui exercent dans le monde la mission propre au peuple chrétien tout entier, sans qu’il leur soit besoin de recevoir une consécration ultérieure.

La constitution dogmatique précise ensuite que « le caractère séculier – c’est-à-dire le fait de vivre dans le monde – est le caractère propre et particulier des laïcs ». Les membres de l’ordre sacré vivent, certes, eux aussi, dans le monde, mais ils sont, « en raison de leur vocation particulière, principalement et expressément ordonnés au ministère sacré ». Quant aux fidèles qui appartiennent à la vie consacrée, « en vertu de leur état, [ils] attestent d’une manière éclatante et exceptionnelle que le monde ne peut se transfigurer et être offert à Dieu en dehors des Béatitudes ». Mais les laïcs se trouvent par vocation propre et par leur style de vie au milieu du monde au contact direct avec leurs semblables, égaux à eux.

Moyennant quoi, précise encore la constitution dogmatique sur l’Église, « la vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des affaires temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu ».)))

vendredi 20 décembre 2013

Sainteté (4)

Sainteté (4)

Il s’était, des années plus tôt, adressé au peuple sur l’instruction du Seigneur Tout-Puissant : « Parle à toute l’assemblée d’Israël, et dis-leur : Vous serez saints, car je suis saint, moi le Seigneur, votre Dieu » (Lévitique19, 2). « Car moi, je suis le Seigneur, votre Dieu ; vous vous sanctifierez et vous serez saints, car je suis saint, et vous ne vous rendrez pas impurs vous-mêmes […]. Car moi, je suis le Seigneur, qui vous ai tiré du pays d’Égypte pour être votre Dieu. Vous serez saints, car je suis saint » (Lévitique11, 44-45). « Tu es un peuple saint au Seigneur, ton Dieu » (Deutéronome 14, 21). Tel est le leitmotiv. Telle est la leçon (lire la suite) qui nous est inculquée en tout temps, mais qui est probablement insuffisamment relayée par qui de droit, car, de nos jours encore, beaucoup pensent à la sainteté presque exclusivement à propos des religieux et des prêtres. Erreur grossière s’il en est. Car la sainteté ne dépend pas d’un style de vie ni de l’extérieur de l’homme, mais de ce qui se passe en lui, de sa relation personnelle avec Dieu et de sa propre réponse à l’invitation du Saint-Esprit à entreprendre résolument l’ascension de la sainte montagne de Dieu et à persévérer. L’initiative vient de Dieu comme toujours. Son appel retentit continuellement, pour que nous ne l’oublions pas, pour que nous ne perdions pas la conscience aiguë de notre vocation chrétienne, du sens de notre existence terrestre. « Le Seigneur t’a fait dire aujourd’hui que tu veux lui devenir un peuple particulier, comme il te l’a dit, et observer tous ses commandements, et ainsi te rendra-t-il supérieur à toutes les nations qu’il a faites, en gloire, en renom et en splendeur et fera-t-il de toi un peuple consacré au Seigneur, ton Dieu, comme il l’a dit » (Deutéronome 26, 19-19). Un peuple qui est devenu le peuple nouveau qu’est l’Église du Seigneur. Or, Jésus-Christ a voulu « se présenter à lui-même une Église glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, qui fut sainte et irréprochable » (Éphésiens 5, 27). C’est toujours une affaire de sainteté. Et c’est dans l’Église que nous nous sanctifions pleinement, car notre Seigneur l’a instituée dépositaire et dispensatrice de tous les moyens de salut. « Si nous avions oublié le nom de Dieu et étendu les mains vers un dieu étranger, Dieu ne l’aurai-t-il pas aperçu, lui qui connaît les secrets du cœur ? » (Psaume 44, 21-22). Il sait à quoi s’en tenir sur ce que nous valons, malgré les apparences savamment entretenues et un certain air convenu que nous adoptons. Ce ne sont pas nos belles déclarations qui comptent à ses yeux, mais nos œuvres, les « espèces sonnantes et trébuchantes », pourrions-nous dire. Car « c’est par les œuvres que l’homme est justifié ; et non par la foi seule » (Jacques 2, 24). Ces bonnes œuvres nous accompagnent (cf. Apocalypse 14, 13) dans l’éternité. Elles sont notre faire-valoir, notre mot de passe. « Car le royaume de Dieu consiste, non en paroles, mais en puissance » (1 Corinthiens 4, 20). La puissance de l’Esprit qui se manifeste dans ces œuvres, car elles sont faites à son incitation (cf. 1 Corinthiens 2, 4). (à suivre…)

samedi 28 septembre 2013

Les plans de Dieu (22)

Les plans de Dieu (22)

« Rappelez-vous d’où vous avez été appelés : à la croisée des chemins. Et qu’étiez-vous alors ? Des boiteux, des blessés de l’âme, ce qui est bien pire que d’être blessé dans votre corps. N’abusez pas de la bonté de celui qui vous a invités et que personne ne vienne avec un vêtement sale. Il faut prendre un très grand soin du vêtement de l’âme » (saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 69, 2). Donc, je ne peux agir que par Amour et pour ma gloire. L’un d’entre vous qui a le mieux su parler de moi – bien que je l’aie laisser errer sur certains points, ce qui est toujours bon pour l’humilité – a écrit : « Dieu veut la totalité des créatures pour elles-mêmes (lire la suite) bien que ce soit pour lui-même qu’il veuille qu’elles soient » (saint Thomas d’Aquin, De Potentia, q. 5 a. 4). Il a bien compris le cœur du mystère. C’est bien vu. Mon Épouse, la sainte Église, me prie de son côté en disant : « Tu as fait le monde pour que toute créature soit comblée de tes bénédictions et que beaucoup se réjouissent de ta lumière » (Préface, 4e prière eucharistique). Encore devez-vous comprendre que ma gloire vous concerne directement puisque, comme je te l’ai rappelé, je vous ai créés pour que vous jouissiez de ma propre liesse. « Très bien ! bon et fidèle serviteur ! Tu as été fidèle pour de petites choses, je te mettrai à la tête d’une quantité. Entre à la fête de ton maître » (Matthieu 25, 23), partage la joie de ton seigneur. Et puis, vois-tu, « la gloire de Dieu, c’est l’homme, et la vie de l’homme, c’est la vision de Dieu » (saint Irénée, Adversus hæreses 4, 20, 7). Oui, je ne souhaite qu’une chose, c’est que vous possédiez la vie et que vous l’ayez surabondante (cf. Jean 10, 10). Et toi, si tu es sensé, ton cœur ne doit abriter aussi qu’une unique aspiration, comme le manifeste le psalmiste : « Je demande au Seigneur une chose, je la désire ardemment : je voudrais habiter dans la maison du Seigneur, tous les jours de ma vie, pour jouir des amabilités du Seigneur, pour contempler son sanctuaire » (Psaume 26, 4). Il est une prière qui me va droit au cœur, parce qu’elle traduit bien les sentiments d’un enfant envers son père. Il s’agit de envie de demeurer en ma présence, qui se traduit par ces mots : Vultum tuum, Domine, requiram, « je cherche ta face, Seigneur. Ne me cache pas ta face » (Psaume 26, 8-9). Ils peuvent se comprendre aussi au sens de : « Je voudrais voir ton visage, ô mon Dieu, te contempler face à face. » (à suivre…)

lundi 22 avril 2013

Voir Dieu (3)

Voir Dieu (3)

Tu verras le dos, l’envers de ma gloire, c’est-à-dire la Passion et l’humiliation dans le mystère pascal qui est l’envers de la glorification du Christ. « Ne pensez pas qu’elle soit quelconque ou négligeable, cette contemplation de l’envers de la sa gloire. Qu’Hérode la méprise ! Moi je la révère d’autant plus qu’elle s’est montrée plus méprisable à Hérode. L’envers de la Gloire a déjà de quoi nous béatifier : qui sait si Dieu va se retourner vers nous, et nous pardonner, et laisser derrière lui sa bénédiction. Parfois il montrera sa face, et nous serons sauvés ! Mais en attendant, il suffit qu’il nous prévienne des bénédictions de sa douceur, celles qu’il a coutume de laisser derrière lui. Qu’il nous montre, pour le moment, la trace de ses pas ; et une autre fois il se montrera de face, en pleine gloire. Dans son royaume il est sublime, sur la Croix il est doux et humble. Qu’il vienne à moi dans la vision de la croix, qu’il me comble de celle du Royaume ! Les deux visions me sont salutaires, les deux me sont savoureuses, mais l’une dans sa sublimité, l’autre dans l’humilité. Dans l’une il resplendit, dans l’autre il pâtit. (lire la suite) Si l’Église habite dans les Plaies de notre Seigneur – toute son histoire est une longue passion qui prolonge la Passion de son Fondateur, et qui trouve son expression sublime et son sommet dans la célébration ininterrompue du Saint Sacrifice de la messe sur les cinq continents , si donc l’Église habite les saintes Plaies du Christ, elle nous y introduit, elle nous y fait entrer avec elle. C’est très bon pour nous. C’est tout à l’avantage de celui qui entend approfondir sa relation affective avec Dieu et se laisser imbiber de son Amour. Car l’Amour de Dieu peut difficilement être poussé plus loin que dans le don de sa propre Vie, c’est-à-dire dans l’offrande du Fils fait homme. Et ce même si la puissance de Dieu est infinie. Don gratuit qui a pour objet de nous identifier au Christ souffrant pour ressusciter avec lui, pour nous installer dès à présent dans la proximité de Dieu, pour nous placer sur l’orbite de Dieu et, tout en étant dans le monde, ne pas être mondains, mais détachés des intérêts terrestres, mis à part notre désir ardent de transmettre notre foi à d’autres. Pour cela, comme saint Paul, « je me fais tout à tous, afin de les sauver tous » (1 Corinthiens 9, 22). (à suivre…)

jeudi 22 novembre 2012

Le chapelet pour le temps présent

Le chapelet pour le temps présent

La Très Sainte Vierge ne m'a pas dit que nous sommes dans les derniers temps du monde, mais Elle me l'a fait voir pour trois motifs : 1) Parce que le *démon est en train de livrer une bataille décisive avec la Vierge [...] où l'on saura de quel côté est la victoire, de quel côté la défaite. Aussi, dès à présent, ou nous sommes à Dieu ou nous sommes au démon : il n'y a pas de moyen terme. 2) Car les deux derniers remèdes que Dieu donne au monde sont le saint *Rosaire et la dévotion au *Cœur Immaculé de Marie, et ceux-ci étant les deux derniers remèdes, cela signifie qu'il n'y en aura pas d'autres. 3) Lorsque Dieu va châtier le monde, Il épuise auparavant tous les autres recours. Or quand il a vu que le monde n'a fait cas d'aucun, [...] Dieu nous a offert avec une certaine crainte le dernier moyen de salut, sa très Sainte Mère. Car si nous méprisons et repoussons cet ultime moyen, nous n'aurons plus le pardon du ciel. [...] Souvenons-nous que Jésus-Christ est un très bon Fils et qu'il ne permet pas que nous offensions et méprisions sa Très Sainte Mère. Sœur Lucie, Message de Fatima.

vendredi 2 novembre 2012

Prier pour les morts

Prier pour les morts

Nous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soyez pas tristes comme ceux qui n'ont point d'espérance. C'était le désir de l'Apôtre écrivant aux premiers chrétiens ; l'Eglise, aujourd'hui, n'en a pas d'autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l'accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu'elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu'un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi que nous pouvons leur venir en aide, il est théologiquement assuré que leur délivrance plus ou moins prompte est dans nos mains. Rappelons quelques principes de nature à éclairer ici la doctrine.
(lire la suite) Tout péché cause double dommage au pécheur, souillant son âme, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l'expiation ne dure qu'un temps ; souillure allant jusqu'à la difformité qui fait du coupable un objet d'abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l'homme n'en prévient en cette vie l'irrévocable sentence. Même alors cependant, l'effacement de 'a coulpe mortelle, en écartant la damnation, n'enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu'un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire se perdre en l'abîme de l'oubli divin jusqu'au dernier vestige, aux moindres restes du péché, il est normal qu'en cette vie, ou par delà, satisfaction soit donnée pour toute faute à la justice. A contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce ; il satisfait pour la peine due aux fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d'un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite ne se cède pas et demeure personnel à qui l'acquiert, la satisfaction se prête comme valeur d'échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l'accepter pour acompte ou pour solde en faveur d'autrui, que le concessionnaire soit de ce monde ou de l'autre, à la seule condition qu'il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité. C'est, comme l'explique Suarez en son beau traité des Suffrages, la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l'autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions propos depuis eux par plusieurs, l'illustre théologien n'hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulièrement les âmes souffrantes : « J'estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice (1), et qu'elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l'intention de celui ! qui l'applique ; en sorte que, par exemple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice, pour moi gardée, la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l'âme pour laquelle il me plaît de l'offrir. » On sait comment l'Eglise seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l'inépuisable trésor où, d'âge en âge, les surabondantes satisfactions des saints rejoignent celles des Martyrs, ainsi que de Notre-Dame, et la réserve infinie des souffrances du Seigneur. ] Presque toujours, elle approuve et permet que ! ces remises de peine, accordées aux vivants par sa directe puissance, soient appliquées aux morts, ; qui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c'est-à-dire : en la manière où. comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui à Dieu, qui l'accepte, le suffrage ou secours de ses propres satisfactions C'est toujours la doctrine de Suarez, et il enseigne que l'Indulgence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu'elle aurait eues pour nous qui militons encore (Dom Prosper Guéranger).

mercredi 12 septembre 2012

Sainteté (4)

Sainteté (4)

Tel est le leitmotiv. Telle est la leçon qui nous est inculquée en tout temps, mais qui est probablement insuffisamment relayée par qui de droit, car, de nos jours encore, beaucoup pensent à la sainteté presque exclusivement à propos des religieux et des prêtres. Erreur grossière s’il en est. Car la sainteté ne dépend pas d’un style de vie ni de l’extérieur de l’homme, mais de ce qui se passe en lui, de sa relation personnelle avec Dieu et de sa propre réponse à l’invitation du Saint-Esprit à entreprendre résolument l’ascension de la sainte montagne de Dieu et à persévérer. L’initiative vient de Dieu comme toujours. Son appel retentit continuellement, pour que nous ne l’oublions pas, pour que nous ne perdions pas la conscience aiguë de notre vocation chrétienne, du sens de notre existence terrestre. « Le Seigneur t’a fait dire aujourd’hui que tu veux lui devenir un peuple particulier, comme il te l’a dit, et observer tous ses commandements, et ainsi te rendra-t-il supérieur à toutes les nations qu’il a faites, en gloire, en renom et en splendeur et fera-t-il de toi un peuple égal au Seigneur, ton Dieu, comme il l’a fait » (Deutéronome 16, 19-19). Un peuple qui est devenu le peuple nouveau qu’est l’Église du Seigneur. Or, Jésus-Christ a voulu « se présenter à lui-même une Église glorieuse, sans tache ni ride ni rien de semblable, qui fut sainte et irréprochable » (Éphésiens 5, 27). C’est toujours
(lire la suite) une affaire de sainteté. Et c’est dans l’Église que nous nous sanctifions pleinement, car notre Seigneur l’a instituée dépositaire et dispensatrice de tous les moyens de salut. « Si nous avions oublié le nom de Dieu et étendu les mains vers un dieu étranger, Dieu ne l’aurait-il pas aperçu, lui qui connaît les secrets du cœur ? » (Psaume 44, 21-22). Il sait à quoi s’en tenir sur ce que nous valons, malgré les apparences savamment entretenues et un certain air convenu que nous adoptons. Ce ne sont pas nos belles déclarations qui comptent à ses yeux, mais nous œuvres, les « espèces sonnantes et trébuchantes », pourrions-nous dire. Car « c’est par les œuvres que l’homme est justifié ; et non par la foi seule » (Jacques 2, 24). Ces bonnes œuvres nous accompagnent (cf. Apocalypse 14, 13) dans l’éternité. Elles sont notre faire-valoir, notre mot de passe. « Car le royaume de Dieu consiste, non en paroles, mais en puissance » (1 Corinthiens 4, 20). La puissance de l’Esprit qui se manifeste dans ces œuvres, car elles sont faites à son incitation (cf. 1 Corinthiens 2, 4). (à suivre…)

mardi 17 juillet 2012

Le patriotisme (5)


Le patriotisme (5)

L’Église renforce l’union que nous donne notre commune nature d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26), et elle nous conduit tous dans une communauté de vie surnaturelle, celle du Corps mystique du Christ, où tout égoïsme, personnel ou de groupe, est ressenti comme une blessure, comme un ferment de mort. « Un chrétien n’est pas seulement une personne qui a la foi, mais aussi quelqu’un qui est appelé à être le levain et le sel de la société civile et politique dans laquelle il ou elle vit. L’Église par conséquent inculque à ses fidèles un profond sens de l’amour et du devoir à l’égard de leurs compatriotes et à l’égard de leur patrie. Elle les encourage à vivre en citoyens honnêtes et exemplaires et à travailler loyalement au progrès intégral de la nation dont ils sont fiers d’être les membres » (bienheureux Jean-Paul II, Discours aux évêques chinois en visite ad limina, 11 novembre 1980). Mais gardons bien présent à l’esprit que (lire la suite) « si nous nous vantons de ce que nous avons de meilleur, nous devons nous repentir de ce que nous avons de pire. Autrement, le patriotisme serait alors quelque chose de bien pauvre » (Chesterton, Praying for Patriotism, dans The Common Man, Londres-New York, Sheed and Ward, 1951, p. 52). « Cet amour fait de nous des serviteurs du bien commun. Prions tout spécialement pour ceux qui, dans l’exercice de leur pouvoir, sont appelés à ce service particulier » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990).
Il doit être bien clair, non seulement dans la théorie mais aussi et surtout dans les faits, que « les chrétiens ne sont l’ennemi de personne, moins encore de l’empereur. Ils savent, en effet, que c’est Dieu qui l’a constitué dans sa charge ; c’est pourquoi ils l’aiment nécessairement, le respectent, l’honorent et ils désirent qu’il soit sauf ainsi que tout l’empire jusqu’à la fin des temps (…). Nous honorons donc l’empereur, mais nous le faisons de la façon qui est licite et utile pour lui-même : comme un homme qui est second après Dieu, qui a obtenu de Dieu tout ce qu’il est et qui n’est inférieur qu’à Dieu » (Tertullien, Liber ad Scapulam 2), c’est-à-dire, et c’est l’arrière-plan de ce rappel de la doctrine chrétienne, nous n’adorons pas le chef de l’État, car nous n’adorons que Dieu seul. Nous voyons en lui, certes, quelqu’un qui détient une autorité qui provient de Dieu, « car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui » (Romains 13, 1). « Dieu tout-puissant et éternel, qui avez établi l’empire des Francs pour être dans le monde l’instrument de votre sainte volonté, la gloire et le rempart de votre sainte Église, prévenez partout et toujours, de votre céleste lumière, les fils suppliants des Francs, afin qu’ils voient ce qu’il faut faire, pour étendre votre règne dans le monde, et qu’ils grandissent toujours en charité et en vaillance, pour accomplir ce que votre lumière leur aura révélé » (prière du IXe siècle citée par le bienheureux Charles de Foucauld, René Bazin, Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara, Paris, Nouvelle Cité, nouvelle édition, 2003, p. 480).

(fin)

lundi 16 juillet 2012

Le patriotisme (4)


Le patriotisme (4)

« Quelle est l'origine du patriotisme ? Quelles sont les causes qui le créent dans l'âme de tous, quelles sont les raisons qui l'y font vivre ? Ces causes, ces raisons, sont de plusieurs sortes : il est indispensable d'y voir en premier lieu une sorte de patrimoine de race, qui porte l'homme à préférer tel peuple plutôt que tel autre ; on peut l'attribuer ensuite à l'amour naturel de chacun pour le sol qui l'a vu naître et grandir, pour les objets qui ont entouré son enfance et sa vie, pour la terre qui contient les cendres de ses aïeux ; une autre raison est encore la préférence de chacun pour les hommes dont le caractère, la langue, les mœurs, les traditions sont les mêmes que les siens. Enfin, surtout pour ceux qui, comme vous, ont le privilège d'étudier plus que d'autres, les grands exemples de l'Histoire, notre patriotisme est un amour profond pour une nation qui, à toute époque, a tiré son épée, (lire la suite) enfanté ses savants et ses théosophes, versé le plus pur de son sang pour toutes les grandes causes et renversé les obstacles que les peuples et les individus avaient jetés au travers de la civilisation » (Charles de Gaulle, Conférence devant des camarades officiers subalternes, probablement en 1913, Lettres, notes et carnets, vol. I, 1905-1918, Paris, 1980, p. 67-68).
Le patriotisme fait partie de la vertu de justice, avons-nous dit. Or, « la protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance (cf. Éphésiens 2, 12). Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu'Il le fait. L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance ; pour nous peut-être même l'image décisive de l'espérance » (Benoit XVI, encyclique Sauvés dans l’espérance, n° 44). Toute vertu est centrée sur Dieu : elle part de Dieu et conduit à lui. Présentant une finalité surnaturelle, elle requiert donc d’employer des moyens surnaturels eux aussi. À cet effet, Jésus-Christ a fondé son Église pour qu’elle travaille à assurer cette fin surnaturelle à tous les hommes de bonne volonté, tout en la proposant à tous, sans distinction. Il a fondé son Église pour que, par elle et en elle, nous puissions obtenir effectivement cette fin surnaturelle. Et comme la fin est la même pour tous les hommes – il n’y a « plus de juif ni de grec ; plus d’esclave ni d’homme libre ; plus d’homme ni de femme : vous tous, en effet, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28) – Jésus-Christ a fondé son Église pour tous, voulant dès le premier instant qu’elle soit universelle, catholique. L’Église accueille la variété des différents peuples et des diverses patries, comme un patrimoine humain qui l’enrichit, jamais comme une source de division. C’est ainsi, par exemple, comme le pape Jean-Paul II le déclarait un jour, que « la révélation est annoncée de manière adéquate et se fait pleinement compréhensible quand le Christ parle la langue des divers peuples, et que ceux-ci peuvent lire l'Écriture et chanter la liturgie dans la langue et avec les expressions qui leur sont propres » (lettre apostolique Orientale lumen, n° 7, citée dans Discours à l'Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 3 mai 1996).

(à suivre

vendredi 10 février 2012

La valeur des difficultés (3)


La valeur des difficultés (3)

« Or, à la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent pris d’émoi : « C’est un fantôme ! » dirent-ils, et ils poussèrent des cris d’effroi » (Matthieu 14, 25-26). Le Christ vient à leur aide et eux, ils s’affolent ! Ils y trouvent une source supplémentaire de tracas et de fatigue. Le Christ se présente à nous avec la Croix mais pour apporter la paix à notre âme, non pour nous troubler ; pour nous aider à résoudre nos problèmes humains, non pour nous surcharger ; pour donner à l’ensemble un sens surnaturel, non pour nous enfoncer dans notre misère. « Mais tout de suite Jésus leur parla : « Confiance ! dit-il. C’est moi ! N’ayez pas peur ! » (Matthieu 14, 27). Alors Pierre, tout feu tout flamme, (lire la suite) toujours spontané et éprouvant du mal à réprimer ses réactions primaires, « lui dit : « Seigneur ! si c’est toi, commande que j’aille à toi sur les eaux » (Matthieu 14, 28). Ce sera la preuve indéniable qu’il s’agit bien de Jésus. « Viens ! dit-il. Et Pierre, quittant la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant la violence du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » (Matthieu 14, 29-30).
Cela a bien commencé, mais Simon-Pierre a douté, a vu sa foi diminuer en présence d’une difficulté objective. Marcher sur les eaux, qui plus est d’un lac fortement agité par un vent violent, n’a rien de banal évidemment. Mais n’était-ce pas la preuve qu’il avait demandé ? N’était-ce pas la preuve qu’il s’agissait bien du Seigneur ? Cela ne lui suffit pas, ou ne lui suffit plus. L’eau est agitée, les vagues se creusent… De vrais problèmes, des tracas non inventés… « Quand quelque désagrément ou peine vous atteindra, souvenez-vous du Christ crucifié et taisez-vous. Vivez en foi et en espérance ; bien que ce soit dans le noir ; dans ces ténèbres Dieu protège l’âme » (saint Jean de la Croix, Lettre n° 20). Tel est le bon système. « Il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Matthieu 14, 30-31). Oui, pourquoi ?
« Et, lorsqu’ils furent montés dans la barque, le vent cessa » (Matthieu 14, 32). Il ne cesse qu’à ce moment-là. Mais Jésus était déjà avec lui avant. « Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ! » (Matthieu 14, 33). La difficulté va servir à les faire grandir dans la foi en Jésus-Christ. Elle a donc un côté positif. Et c’est le propre de tous les soucis que nous avons dans notre vie et de toutes les épreuves que traverse aussi notre mère la sainte Église.
Elles nous font grandir. Elles contribuent à ce que nous suivions librement le Seigneur et à ce que nous produisions de bonnes œuvres qui manifestent la gloire de Dieu. Elles nous font beaucoup de bien. « Bouillac, dans le Lot, où il est en mission en janvier 1897. Se plaindre des épreuves que le Seigneur nous envoie, c’est changer l’or en étain. Les peines, les contradictions, les souffrances, les humiliations, voilà le trésor des trésors ! Quel mérite y a-t-il à tout souffrir et à tout quitter par force ? Mais tout souffrir, tout quitter, tout supporter, tout endurer joyeusement et librement pour l’amour de Jésus qui a tout quitté, tout enduré, tout souffert pour l’amour de nous, voilà le mérite, voilà aussi le bonheur » (J. Baylé, Le saint de Toulouse s’en est allé… P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 441).

(fin)

samedi 21 janvier 2012

Désirs de sainteté (4)


Désirs de sainteté (4)

« Quand vinrent les premiers, ils crurent qu’ils recevraient davantage ; ils reçurent, eux aussi, chacun un denier. En le recevant, ils murmuraient contre le propriétaire. « Ces derniers, disaient-ils, n’ont fait qu’une heure, et tu les a traités comme nous qui avons supporté le poids du jour et de la grande chaleur. » Mais il répliqua à l’un d’eux : « Ami, je ne te fais aucun tort. N’est-ce pas d’un denier que tu es convenu avec Moi ? Prends ton dû et va-t’en. Je veux donner à ce denier autant qu’à toi. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est mien ? » (Matthieu 20, 10-15). Dieu agit avec magnanimité. Il ne se laisse pas gagner en générosité. Donnons à Dieu la possibilité d’être magnanime avec nous en travaillant avec opiniâtreté à son service, dans sa vigne, à la place qui nous revient dans l’Église. (lire la suite)
Nous pouvons toujours passer par l’intercession des saints, qui ont dû lutter comme nous et qui nous marquent la route à suivre :
« Il y a des jours dans l’existence où on sent qu’on ne peut se contenter des saints patrons et qu’il faut monter plus haut.
Il y a des jours où les patrons et les saints ne suffisent plus.
Les grands patrons et les grands saints.
Les patrons ordinaires et les saints ordinaires.
Et où il faut monter, monter encore, monter toujours…
Jusqu’à la dernière sainteté, la dernière pureté,
La dernière beauté, le patronage dernier…
Et s’adresser directement à Celle qui est au-dessus de tout…
À celle qui est infiniment belle,
Parce que aussi elle est infiniment bonne.
À celle qui intercède.
La seule qui puisse parler avec l’autorité d’une mère » (Charles Péguy, Saints de France, Paris, 1941, p. 65-67).

(fin)

dimanche 20 février 2011

Prier pour les catholiques (2)


Prier pour les catholiques (2)

Or, nous devrions avoir à cœur au moins de prier pour nos frères chrétiens persécutés. Plus de la moitié des attentats contre des croyants visent des chrétiens, relevait Benoît XVI récemment. Mais il n’y a pas que les attentats. Ce sont aussi les limitations des droits civiques, les humiliations quotidiennes, les conditions de citoyens de seconde catégorie qui leur est faite habituellement en terre d’islam, qui ajoute l’interdiction du prosélytisme et punit de mort le simple fait de prononcer le nom de Dieu, ce qui est considéré comme un blasphème, ou l’interdiction de tout signe ou toute référence au christianisme, comme en Arabie Séoudite. (lire la suite)
Les exemples pourraient être multipliés quasiment à l’infini. Le régime violent et intolérant de la charia s’impose dans de plus en plus de pays.
Oui, prions pour les saints. Mais prions aussi pour ceux qui les persécutent, pour qu’ils découvrent le vrai Dieu, qui n’est pas un Dieu de haine mais d’Amour, qui n’est pas venu apporter la violence mais la paix. Et appuyons-nous sur l’intercession des martyrs syro-catholiques de Bagdad, coptes d’Égypte, soudanais du Darfour, de ceux de Turquie, du Nigeria, d’Algérie, etc. Car, comme le disait déjà Tertullien, avec une profonde vision théologique, Semen christianorum est sanguis martyrum ! « le sang des martyrs est une semence de chrétiens » (Apologétique 50, 13).

(fin)

samedi 5 février 2011

Béatification de Jean-Paul II (2)

Béatification de Jean-Paul II (2)

A l’annonce de la béatification de Jean-Paul II, le 1er mai prochain, des esprits chagrins, qui ne comprennent pas grand chose aux affaires de l’Eglise catholique – je pense, notamment, à certains journalistes – s’insurgent contre le fait que la plupart des papes du XXe siècle ont été béatifiés ou canonisés. En quoi cela les dérange-t-il ? Ce n’est pas leur affaire.
En tout cas, ce n’est pas une loterie ou un jeu auquel l’autorité ecclésiastique se livrerait avec frivolité. Non. Quelqu’un est ou n’est pas saint. Et l’on ne voit pas pourquoi l’on se priverait de reconnaître et de proclamer cette sainteté, pour la donner en modèle aux fidèles, surtout lorsqu’il s’agit d’un pape, qui est, ne l’oublions pas, le père commun des catholiques.
Concernant Jean-Paul II, nous avons été témoins de sa sainteté, qui se voyait, je dirais même qui se touchait du doigt. Alors, si certains ronchonnent et bougonnent, les éternels donneurs de leçons qui se gardent bien de s’en donner à eux-mêmes, nous, nous nous réjouissons et nous rendons grâce à Dieu pour la vie si sainte et exemplaire de Jean-Paul II, un grand un très grand pape assurément ; un grand, un très grand saint de toute évidence.

lundi 10 janvier 2011

Voir au-delà des épreuves (1)

Voir au-delà des épreuves (1)

« D’où vient, frères, que nous passions fréquemment par des tribulations et des épreuves ? C’est parce que Dieu nous rend en quelque sorte la pareille. Nous ne voulons pas aimer notre âme qu’il aime ; lui abandonne à la perdition le domaine que nous aimons. En effet, ce qui fait que notre terre est restée en friche par suite des hostilités, c’est que notre âme était restée en friche à cause du grand nombre de nos vices et de nos péchés. Donc, parce que nous n’avons pas aimé notre âme que Dieu aime, nous avons perdu tout ce que nous aimions dans ce monde. Aussi, frères très chers, que cela du moins nous apprenne à aimer plus l’âme que la chair, à préférer ce qui est éternel à ce qui est périssable. Car quelque peine que nous nous donnions pour le corps, tout cela périra ; seul (lire la suite) ne peut pas périr ce que chacun a mis de côté dans le ciel pour le salut de son âme » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 6, 6). Il faut amasser, non en vue d’ici-bas où tout passe, mais de l’éternité. « notre légère affliction du moment présent produit pour nous, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire » (2 Corinthiens 4, 17). Toute épreuve en ce monde est une légère tribulation parce que Dieu qui ne veut pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces (1 Corinthiens 10, 13), nous apporte l’aide constante de sa grâce.
L’épreuve nous fortifie, nous grandit, nous rend robustes. Elle fait de nous non des plantes de serre, mais des plantes exposées et résistantes au vent de la tempête. Si nous contemplons la vie de la Sainte Famille, nous voyons que tout en étant inférieur, et même très inférieur, à Jésus et à Marie, saint Joseph était cependant la colonne qui soutenait le foyer, le patriarche qui, devant Dieu, en avait la responsabilité, celui sur qui reposait la bonne marche de l’ensemble.
C’est un exemple pour nous. Là où nous nous trouvons, en tâchant de mettre de côté pour le ciel, nous devenons également une colonne qui soutient notre famille et les diverses institutions auxquelles nous appartenons, qui permet à l’Eglise de tenir ferme sous la tempête. Pour cela, il n’est pas besoin de faire de choses compliquées. Il suffit de nous appliquer à remplir les petites tâches de chaque instant, le devoir de notre état. Car « Dieu ne réclame pas de nous de grandes choses, rien de dur ni de pénible. L’éternelle justice crie dans ton for intérieur : comme tu diriges la propriété, dirige aussi ton cœur ; comme tu cultives ton domaine, cultive aussi ton âme ; comme tu enlèves de ta vigne les pousses superflues, enlève aussi de ton âme les mauvaises dispositions. Tu retranches les mauvais surgeons de ta vigne ; coupe court dans ton âme aux iniquités » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 6, 6).

(à suivre…)

dimanche 10 octobre 2010

La Croix (1)

La Croix (1)

« Oui, Dieu a aimé le monde au point de donner son Fils unique, pour que tous ceux qui croient en lui ne périssent pas, mais aient la vie éternelle » (Jean 3, 16), et qu’ils l’aient grâce à sa mort sur la Croix, source féconde de sainteté, de toute grâce, source d’où jaillissent l’Eglise – lieu de notre sanctification – et les sacrements – moyens de cette sanctification.
Si l’Eglise célèbre dans sa liturgie la Sainte Croix le 14 septembre, c’est néanmoins tous les jours de notre vie qu’elle doit être présente. (lire la suite) Elle est de fait efficace précisément par l’action de l’Eglise et par les canaux de la grâce que sont les sacrements. Nous ne pouvons pas échapper à la logique de la Croix. Dieu merci ! Elle agit dans notre vie.
Encore faut-il que nous répondions à cette action divine et ecclésiale, en manifestant notre désir de nous laisser conduire à Dieu et d’agir vraiment en chrétien. Être chrétien veut dire avoir le Christ pour référence, être centré sur la réalité de la vie, de la mort et de la Résurrection de Jésus-Christ, revenir constamment à lui, en tant que source de toute sainteté. Il nous faut tout reconduire au Christ, tout envisager avec le regard du Christ et avec l’Amour qu’il met à guider les hommes et toute la création vers son Père. « Instaurare omnia in Christo, telle est la devise que saint Paul donne aux chrétiens d’Ephèse (Ephésiens 1, 10) ; ordonner toutes choses selon l’esprit de Jésus, placer le Christ au sein même de toutes choses. Si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum (Jean 12, 32), quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tout à moi. Le Christ, par son incarnation, par sa vie de travail à Nazareth, par sa prédication et ses miracles dans les terres de Judée et de Galilée, par sa mort sur la Croix, par sa résurrection, est le centre de la création, l’Aîné et le Seigneur de toute créature » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 105).

(à suivre…)



samedi 2 octobre 2010

Les trois archanges (4)

Les trois archanges (4)

« Ne crains pas, Marie. » « C’est comme s’il disait : Je ne suis point venu vous séduire, mais donner le pardon de la séduction ; je ne suis point venu vous enlever votre inviolable virginité, mais ouvrir sa demeure à l’auteur et au gardien de la pureté ; je ne suis point le ministre du serpent, mais l’envoyé de celui qui doit écraser le serpent ; je viens traiter de vos noces et non pas dresser des embûches. Ainsi donc, il ne la laissa point se tourmenter par des réflexions inquiétantes, afin de n’être point jugé infidèle ministre de sa négociation » (saint Thomas d’Aquin, Catenea Aurea, Paris, Vivès, t. 5, 1854, p. 44).
Saint Michel, le troisième archange connu des sept qui sont éternellement devant le Dieu Tout-Puissant, (lire la suite) serviteurs empressés de ses messages, est le grand protecteur des chrétiens, celui qui guerroie avec succès contre le démon infernal et le met en déroute. « Il y eut un combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le Dragon. Le Dragon avec ses anges engagea le combat, mais ils ne purent l’emporter, et il n’y eut plus de place pour eux dans le ciel. Il fut précipité, le grand Dragon, le serpent antique, qu’on appelle diable et satan, le séducteur du monde entier » (Apocalypse 12, 7-9).
Ayons recours à saint Michel, non seulement pour notre lutte intérieure, mais aussi en défense de notre sainte Mère l’Eglise, si durement attaquée et décriée par certains. Il est le « prince de milice céleste », le chef des armées angéliques au service de notre Seigneur Jésus-Christ. Sa qualité exceptionnelle en fait un protecteur d’exception. Si Dieu écoute nos prières, comment ne tiendrait-il pas compte de celles que saint Michel lui adresse de notre part ? Et comment pourrait-il oublier que nous appartenons à l’armée de saint Michel, du fait de notre baptême et de notre confirmation ? Nous nous sommes enrôlés sous la bannière de Monsieur saint Michel, pour mener une guerre de paix, pour faire la guerre au diable et à ses suppôts, sur le terrain qui nous intéresse. C’est une idée-maîtresse qu’il faut conserver à l’esprit, un principe fondamental de la lutte ascétique : il faut savoir où il nous intéresse de livrer le combat, et quand. Il faut tendre des traquenards au diable. Vous me direz que ce n’est pas facile, car il est supérieurement intelligent. C’est vrai. Mais il radote aussi. De plus, il est facile de le mettre en déroute : il suffit de dire « Marie », il suffit de prononcer le doux nom de Jésus. Prononcer ces noms, saints entre tous, insupporte satan, qui a tôt fait de prendre la fuite.
« Saint Michel archange, défendez-nous dans le combat ; soyez notre secours contre la méchanceté et les embûches du démon. Que Dieu lui commande, nous vous le demandons en suppliant ; et vous, prince de la milice céleste, repoussez en enfer, par la puissance divine, satan et les autres esprits mauvais qui rôdent dans le monde pour perde nos âmes. Amen. »

(fin)

dimanche 16 mai 2010

Le bonheur des justes (6)

Le bonheur des justes (6)

Les méchants « sont comme la balle que le vent chasse » (Psaume 1, 4). « Car voici que le jour vient, incandescent comme une fournaise. Tous les mutins, tous ceux qui font le mal seront du chaume, et le jour qui vient les brûlera, dit Yahvé des armées, ne leur laissant ni racines ni branches » (Malachie 3, 19). « En bas, ses racines se dessèchent, en haut, ses rameaux se flétrissent. Son souvenir est aboli de la terre, il n’a pas de nom dans la contrée » (Job 18, 16-17). Tel est le sort qui leur est réservé, à ceux qui restent impénitents, qui résistent opiniâtrement à l’Amour de Dieu, qui préfèrent troquer leur droit d’aînesse contre un plat de lentilles (Genèse 25, 29-34). Ils se retrouvent sans rien. Ils ont perdu la bénédiction à laquelle ils pouvaient prétendre et deviennent l’opprobre universel. Mais ce n’est pas tout. (lire la suite) « Les méchants ne resteront pas debout lors du jugement » (Psaume 1, 5). « C’est que le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et garder pour le jour du châtiment les criminels qui seront châtiés » (2 Pierre 2, 9). « Yahvé fait entendre sa voix à la tête de son armée, car immenses sont ses troupes, car puissant est l’exécuteur de sa parole, car le jour de Yahvé est grand et très redoutable, qui pourrait le soutenir ? » (Joël 2, 11). Qui peut tenir tête indéfiniment et impunément à son Dieu, en effet ? Qu’ils ne veuillent pas le reconnaître tel est leur affaire. Cela n’enlève rien à la réalité. Se mettre des œillères ne change rien au monde, mais prive simplement du spectacle. Ils ne voient pas Dieu. Ils le verront un jour face à face, le jour du jugement. Dies irae, dies illa… « Jour de colère, ce jour-là, qui réduira le monde en cendres. (...) Jour de larmes que ce jour-là, quand de la cendre surgira l’homme coupable, face au Juge ! Pardonne-lui donc, ô mon Dieu. » Ils seront pesés et jugés trop légers, non préparés pour entrer au banquet céleste. « Yahvé connaît la voie des justes » (Psaume 1, 6), c’est-à-dire qu’il s’y reconnaît, qu’il l’apprécie, qu’il loue ceux qui s’y maintiennent fermement. « Mais la voie des pécheurs va à la ruine » (Psaume 1, 6).
« Ce Fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né par rapport à l’ensemble de la création. (…) Il est à la tête du corps qu’est l’Eglise, lui qui est le chef, le premier-né d’entre les morts afin d’avoir la primauté en tout. Car il a plu à Dieu de faire résider en lui toute la plénitude de la divinité et de se réconcilier par lui avec toutes choses, celles qui sont sur la terre comme celles qui sont dans les cieux, en établissant la paix par le sang de sa croix, par lui » (Colossiens 1, 15.18-20). Mais encore faut-il qu’ils acceptent de se laisser réconcilier. « Seigneur, est-ce le petit nombre qui sera sauvé ? » (Luc 13, 23). Jésus n’a pas voulu apporter une réponse tranchée à cette question. Il nous laisse dans une certaine incertitude. Mais il est évident – même si certains le nient, car ils pensent ainsi arranger leurs affaires, mais ce n’est qu’une étourderie coupable – que beaucoup se perdent volontairement. Ils sont comme la paille, comme le chaume, qui ne résiste pas au feu de l’Amour de Dieu, au feu de l’Esprit, car ils se sont fermés à lui, ils se sont desséchés dans leurs pensées inutiles, vaines, dans leurs projets égocentriques, dans leurs desseins en marge de Dieu.
Mais l’homme droit, l’homme juste, lui, est prédestiné à aller au ciel.

(fin)