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vendredi 10 mai 2019

Un moyen de rajeunir

On dit que l’aigle, lorsqu’il a vieilli, ne peut prendre sa nourriture, parce que son bec s’est allongé outre mesure. La partie supérieure de son bec, qui se recourbe sur la partie inférieure, prend un accroissement excessif par l’effet de la vieillesse, de telle sorte que l’aigle en vient à ne plus pouvoir ouvrir le bec, parce que la partie supérieure est comme rivée au-dessus de la partie inférieure. Or, s’il n’y a aucun intervalle qui s’ouvre entre les deux, le bec ne peut plus faire, pour ainsi dire, office de ciseaux et donner à l’oiseau le moyen de de déchirer sa nourriture, pour la faire entrer dans son gosier. c’est pourquoi, la partie supérieure s’étant ainsi allongée et recourbée, l’oiseau ne peut plus ni ouvrir le bec ni saisir sa proie. Tel est chez lui l’effet de la vieillesse. (lire la suite)
Accablé par la faiblesse que donnent les années et privé de nourriture, il tombe dans une langueur extrême par suite de ces deux causes, l’âge et la faim. c’est pourquoi, tirant de son instinct naturel un moyen de se faire, en quelque sorte, dans une certaine mesure, une nouvelle jeunesse, l’aigle, dit-on, frappe et brise sur une pierre la partie supérieure de son bec, dont l’accroissement exagéré fermait l’entrée à la nourriture ; et en la brisant ainsi sur une pierre, il la fait tomber, et se délivre de ce fardeau qui faisait obstacle à tout aliment.
Aussitôt il se remet à manger et ses forces reviennent. De vieux qu’il était, le voilà comme un jeune aigle ; ses membres retrouvent de la vigueur, sa plume de l’éclat, ses ailes la force de voler ; il s’élève comme autrefois dans les aires, et il se fait en lui comme une sorte de résurrection. C’est là, en effet, que tend cette comparaison ; comme celle que l’on tire de la lune qui, après soin déclin et sa disparition, renaît et se remplit de nouveau, symbole de notre résurrection ; mais parvenue à son plein, elle décroît de nouveau, pour reproduire constamment le même symbole.
Il en est ainsi de ce que l’on dit de l’aigle ; son renouvellement de vie ne lui donne pas de ne point mourir, tandis que le nôtre nous assure la vie éternelle. Mais cette comparaison nous a été proposée pour nous apprendre que la pierre nous délivrera de tout obstacle. Ne présumez donc pas de vos forces. c’est la solidité de la pierre qui bris en vous le vieil homme. « Or la pierre, c’est le Christ » (1 Co 10, 4). notre jeunesse sera donc renouvelée dans le Christ comme celle de l’aigle.

Saint Augustin, Discours sur le psaume 102, 9.

mercredi 20 février 2019

L’amour de l’Église et du pape (2)

L’amour de l’Église et du pape (2)

L’Église n’est pas du monde, mais son action s’inscrit dans le monde et se réalise au profit du monde, vise à le sanctifier. Les bras de la Croix divinisent le monde, affirme-t-il ici. Car ils sont une invitation à se sanctifier en travaillant au cœur du monde, des en vaquant aux activités séculières.
« Cette divinisation de l’homme opérée par la médiation de l’Esprit Saint, advient principalement dans la distribution des sacrements, surtout de l’Eucharistie qui est « un sacrement de piété, un signe d’unité, un lien de charité » (st Augustin, In Joann. Ev. Tr. 26, 6, 13 ; PL 35, 16, 3), et, de ce fait, un principe de cohésion et de fraternité véritables, également dans la vie sociale du monde entier pour lequel le Christ s’est donné – pro mundi vita (Jn 6, 51) » (Jean-Paul II, Discours à la Curie romaine, 22 décembre 1981, n° 4).(lire la suite)
Le Pontife romain peut affirmer sans ambages que l’Eucharistie construit l’Église.
De fait, c’est bien l’Église qui nous dispense les sacrements, qui établit les règles de leur juste confection et de leur droite administration, afin que ses fidèles parviennent au salut, ce qui est la loi suprême de toute l’Église : Suprema lex, salus animarum (Code de droit canonique, c. 1752).
Nous ne pouvons pas mieux nous sanctifier que par les sacrements, qui sont les principaux canaux de la grâce, et ont institués par notre Seigneur faire nous parvenir toutes les grâces qui s’écoulent du pressoir mystique, tel que les artistes du Moyen Âge l’ont représenté. Il ne nous est pas possible de nous sanctifier en dehors de l’Église catholique, c’est-à-dire sans lien avec elle, sans lui être uni par le triple lien de la communion de la foi, des sacrements et du gouvernement. Cela est totalement exclu. Parce qu’autrement l’on se trouve apostat, hérétique ou schismatique.
Nous aimons l’Église telle qu’existe à notre époque, telle que nous la voyons, avec son dynamisme évangélisateur qui ne se dément pas. Elle est la même que l’Église en germe au jour Pentecôte, qui naît à Jérusalem avec une portée d’emblée universelle, constitutionnellement universelle, appelée à se répandre de par le monde entier… Et elle se répand, Dieu merci, toujours davantage. Les vicissitudes des pays occidentaux ne doivent pas cacher une réalité, qui est celle d’une expansion continuelle, avec la création régulière de nouveaux diocèses en Afrique, en Amérique et en Asie.
Mais elle est tributaire aussi des circonstances historiques. Elle ne se présente pas aux hommes de notre temps comme à l’époque où les schismes tragiques se sont produits, à celle des affrontements du sacerdoce et de l’empire, à l’époque de la Renaissance ou encore après la perte des États pontificaux en 1870. Mais elle reste la même, c’est-à-dire l’Église de Jésus-Christ, détentrice et unique détentrice de tous les moyens de sanctification dont nous avons besoin. Des sacrements et de la Parole de Dieu, qu’elle seule a pouvoir d’interpréter authentiquement.
Extra Ecclesiam nulla salus. « Pas de salut hors de l’Église. » Un grand principe, développé en long et en large pendant des siècles, qui n’est plus invoqué depuis le concile Vatican II pour des raisons œcuméniques. De nos jours, l’on préfère mettre en évidence, à juste titre, que des gens qui pas reçu la grâce du baptême peuvent très bien se sauver et de fait se sauvent, tandis que des baptisés se perdent par infidélité à leur vocation chrétienne.
Car, comme saint Paul VI le notait dans un discours, « la sainteté dans l’Église vue dans la réalité humaine de ses membres n’est pas toujours conforme à la sainteté de l’Église vue dans sa perspective idéale et divine. Même s’ils sont déjà admis dans ce « royaume de Dieu déjà parmi nous » (Lc 17, 21), les membres de l’Église n’en demeurent pas moins des hommes faibles, fragiles et pécheurs. […] Il arrive donc que l’incohérence entre la vocation à la sainteté, propre des chrétiens, et leur déficience morale, provoque le scandale… » (Paul VI, Discours, 21 octobre 1971).
Il n’est pas difficile, hélas, de vérifier de nos jours cette assertion pontificale. Trop d’exemples dévoilés de nos jours, des comportements tragiques et criminels, la corroborent. Mais cela n’enlève rien à la sainteté de l’Église, l’Épouse sans tache ni ride du Christ.

(à suivre...)

mercredi 20 mai 2015

Le Psaume 2 (14)

Le Psaume 2 (14)

D’où la suite de l’annonce : « Et maintenant, rois, devenez sages ; prenez une leçon, juges de la terre. Servez le Seigneur avec crainte, et tressaillez de joie pour lui ! » (Psaume 2, 10-11). Nous sommes devenus des « rois », parce que nous régnons avec le Christ : « Le royaume de Dieu est parmi vous » (Luc 17, 21). Nous savons ainsi tout le mystère de la volonté de Dieu, dit saint Hilaire. « Exultez de ce que le Seigneur est ressuscité, mais en tremblant de ce que la terre a tremblé et de ce que l’ange vous est apparu comme l’éclair » (saint Cyrille de Jérusalem, Catecheses 14, 1). Et sans hésiter, car « tout homme qui hésite sur sa foi sera difficilement sauvé » (Pasteur d’Hermas). (lire la suite) « En tremblant », c’est ce qu’ajoute le psalmiste : « En tremblant, rendez-lui hommage, apprehendite disciplinam, de peur qu’il ne s’irrite et que vous ne périssiez hors de la voie, car sa colère s’enflamme vite. Heureux tous ceux qui mettent en lui leur confiance ! » (Psaume 2, 12). Nous lui devons une foi et une espérance qui n’admettent pas le moindre doute et qui soient vraiment fermes, stables, inébranlables. « Bienheureux ceux qui se confient dans le Christ ; tout ce psaume parle de lui. La foi en lui couronne les bonnes œuvres du psaume 1 et complète la « béatitude ». Les Hébreux disent que psaume 1 et psaume 2 n’en font qu’un. Pour Eusèbe la peine du péché est appelée « fureur » et « colère ». Bientôt, à la fin de cette vie, ceux qui donnent leur foi au Christ se trouveront bienheureux. Le psaume 2 ajoute les indications qui manquaient au premier : il ne suffit pas de s’écarter du péché et de méditer la Loi de Dieu, il faut donner sa foi au Christ et entrer dans son héritage. Le psaume 1 déclarait bienheureux un seul homme ; le Psaume 2 annonce la béatitude pour tous les hommes, à condition qu’ils mettent leur confiance dans Celui-là » (Pitra, Analecta Sacra spicilegio Solesmensi parata 3). Encore faut-il que l’homme accepte volontiers de suivre la Volonté de Dieu et s’empresse d’y adhérer de toutes ses forces, mais en recourant toujours à l’aide de la grâce divine. autrement, comme saint Augustin l’explique avec sa clarté habituelle : « Qu’il vienne à manquer [le secours de Dieu], et tu ne pourras sans nul doute rien faire de bien. Privé de son secours, et par ta volonté libre, tu agis sans doute, mais mal. Voilà à quoi aboutit ta volonté ; on l’appelle libre, mais en agissant mal, elle devient mauvaise servante. Et quand je dis que sans l’aide divine tu ne peux rien faire, j’entends rien de bon, car pour mal faire, ta volonté libre en est toujours capable sans le secours de Dieu, bien qu’elle ne jouisse plus alors de la vraie liberté : « Car on est esclave de celui par qui on s’est laissé vaincre » (2 Pierre 2, 19). « Et si le Fils de Dieu vous délivre, alors vous serez vraiment libres » (Jean 8, 34-36) » (st Augustin, Sermo 156, 12). (à suivre…)

mercredi 29 avril 2015

Le Psaume 2 (4)

Le Psaume 2 (4)/h4> Qui pourrait développer, qui pourrait célébrer dignement combien nous sommes redevables à la Passion du Sauveur, qui a versé son sang pour la rémission des péchés ? Toutefois ces biens immenses ont eu pour instrument la malice du démon, la malice des Juifs, la malice, du traître Judas. Et ce n'est pas à eux qu'on doit rendre hommage du bien que Dieu, et non pas eux, a voulu par eux faire aux hommes ; au contraire ils sont justement tourmentés pour avoir voulu leur nuire. Si ce fait que nous citons prouve avec éclat comment Dieu a fait servir à notre rédemption et à notre salut les crimes mêmes des juifs et du traître Judas » (st Augustin, Sermo 214, 3, Explication du Symbole 3).(lire la suite) Alors nous comprenons que « celui qui trône dans les cieux, le Seigneur, se moque d’eux » (Psaume 2, 4). Il se gausse d’eux parce qu’il les a roulés dans la farine, et ils ne s’en sont pas encore rendu compte. Il se rit d’eux parce que toutes leurs entreprises sont vouées à l’échec, malgré des succès apparents, parfois spectaculaires, mais qui ne sortent pas du cadre de notre univers limité et matériel. Il s’amuse, car il se sert d’eux volens nolens, réorientant toujours tout, au moins in extremis, de sorte que les actions des hommes coopèrent à l’accomplissement de sa Volonté. « Celui qui trône dans les cieux se rit, le Seigneur se moque d’eux » (Psaume 2, 4), et il a tout lieu de le faire. Celui qui est assis sur le trône a « l’aspect d’une pierre de jaspe et de sardoine, et un arc-en-ciel à l’entour du trône avait l’aspect de l’émeraude » (Apocalypse 4, 3). Et voici que « du trône partaient des éclairs, des voix et des coups de tonnerre » (Apocalypse 4, 5). Et « autour du trône », du trône principal, celui de l’Agneau sans tache, « étaient vingt-quatre trônes, et sur ces trônes étaient assis vingt-quatre vieillards » (Apocalypse 4, 4), représentant les deux Alliances, l’Ancienne et la Nouvelle, éternellement réunies pour chanter la gloire de Dieu. « Les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant Celui qui est assis sur le trône et adorèrent Celui qui vit pour les siècles des siècles, et jettent leurs couronnes devant le trône, en disant : ‘Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car c’est toi qui as créé toutes choses, et c’est par ta volonté qu’elles ont l’existence et ont été créées’ » (Apocalypse 4, 10-11). Or, c’est ce que refusent de faire les puissants de la terre qui, suprême folie, « tiennent conseil ensemble contre le Seigneur et contre son Oint » (Psaume 2, 2). « Mais toi, Seigneur, tu te ris d’eux, tu te moques de toutes les nations » (Psaume 59, 9), qui ne subsistent que par toi et qui, sans toi, ne seraient rien et auraient depuis longtemps disparu de la surface de notre globe, comme Sodome et Gomorrhe rayées définitivement de la carte pour leurs forfaits ignobles. « Tu te moques des rois, et les princes sont ta risée ; tu te ris de toutes les forteresses, tu entasses la poussière et tu les prends », constate le prophète (Habacuc 1, 10). Elles s’effondrent sans coup férir, comme jadis les murailles de Jéricho au son des trompettes du peuple élu… (à suivre…)

lundi 27 avril 2015

Le Psaume 2 (3)

Le Psaume 2 (3)

Nous ne pouvons pas oublier que le mal est présent parmi nous depuis les origines de l’humanité. « C’est un ennemi qui a fait cela », dit le Seigneur (Matthieu 13, 28). Parce qu’il est très actif dans la société cet ennemi de Dieu, ayant cependant échoué à anéantir l’Enfant mis au monde par la Femme, « il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » (Apocalypse 12, 9), et, « plein de fureur comme la Femme, s’en alla faire la guerre contre les autres de ses descendants, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui détiennent le témoignage de Jésus » (Apocalypse 12, 17), dont le front est marqué du sceau de Dieu (cf. Apocalypse 7, 3). Il a ses anges avec lui, et ses anges (lire la suite) – les puissances démoniaques – sont légion (cf. Marc 5, 9). Dans notre univers, ils occupent les places bien en vue, ils détiennent le pouvoir et les richesses, car le démon déclare que toute domination dans les royaumes de la terre lui a été remise et, ajoute-t-il, « je puis la donner à qui je veux » (Luc 4, 6). Ils sont adulés par les hommes. Ceci explique que « les rois de la terre se soulèvent et [que] les princes tiennent conseil ensemble contre le Seigneur et contre son Oint » (Psaume 2, 2), dont ils pensent n’avoir rien à attendre. Or, si « Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette cité avec les princes et les gens d’Israël contre ton Saint serviteur Jésus que tu avais oint : ils accomplissaient ce que tu avais souverainement et volontairement décidé par avance » (Actes 4, 27-28). Il en va de même avec les nouveaux Hérode et les nouveaux Ponce Pilate de notre temps, comme de toutes les époques. Ils ne peuvent faire que ce que Dieu les autorise à faire et, de toute façon, à leurs dépens, ils contribuent inconsciemment à l’accomplissement des plans de Dieu. C’est ce que saint Augustin exprime en termes généraux, quand il dit que « si les impies agissent souvent à l'encontre de la volonté divine, qu'ils n'en concluent pas que Dieu n'est point tout-puissant. S'ils font ce qu'il ne veut pas, lui fait d'eux ce qu'il veut, et jamais ils ne changent ni ne maîtrisent la volonté du Tout-Puissant [car, souvenons-nous-en, « il n’est pas d’autorité qui ne vienne de Dieu », Romains 13, 1, donc y compris celle des tyrans, des despotes en tous genres] ; toujours cette volonté s'accomplit, soit dans la juste condamnation, soit dans la délivrance miséricordieuse de l'homme. Ainsi rien n'est impossible au Tout-Puissant, que ce qu'il ne veut pas. Il fait servir les méchants, non pas aux desseins de leur volonté dépravée, mais aux vues de sa volonté toujours droite. De même que les méchants font un usage mauvais de leur nature bonne, c'est-à-dire de ce que Dieu a fait bon [cf. Genèse 1, 31], ainsi la Bonté divine fait un bon usage de leurs œuvres perverses, et sous aucun rapport la volonté du Tout-Puissant n'a le dessous. S'il n'avait dans sa bonté même le moyen de faire servir les méchants à la justice et au bien, il ne les laisserait assurément ni naître ni vivre. […] (à suivre…)

samedi 7 mars 2015

Unité de vie (1)

Unité de vie (1)

« Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples, disant : Les scribes et les Pharisiens se sont assis sur la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'imitez pas leurs actions, car ils disent et ne font pas. […] Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes, car ils élargissent leurs phylactères et allongent leurs houppes » (Matthieu 23, 1-3.5). Combien de gens agissent ainsi ! Être remarqué par les autres, admiré des autres devient le critère de « moralité » des actes. Ce n’est plus la bonté objective qui compte, mais la notoriété, l’approbation de la foule. Ce qui implique que l’on ne se comporte pas de la même façon en privé, en l’absence de public. Comment qualifier quelqu’un de cet acabit ? C’est un pantin désarticulé. Il se situe aux antipodes de ce que doit être une vie chrétienne. Celle-ci, en effet, doit être marquée par l’unité de vie, pour reprendre une expression forgée par saint Josémaria. (lire la suite) Il entend par là que toutes les facettes de notre existence, à commencer par sa dimension spirituelle, bien sûr, mais aussi la vie familiale, le travail, la vie de relations sociales et donc l’apostolat, les loisirs, les différents engagements sans la société, tout cela doit être vécu avec Dieu, en Dieu, et orienté vers lui. Tout doit s’alimenter de la grâce afin de devenir une source de sanctification personnelle et d’autrui, et d’être lui-même sanctifié, c’est-à-dire ramené à Dieu, conformément au précepte de l’Apôtre de instaurare omnia in Christo, tout rassembler dans le Christ, restaurer toutes choses dans le Christ, rechristianiser toutes les réalités de la terre (Éphésiens 1, 10). À l’inverse des pharisiens contre lesquels le Christ vitupère et auxquels il reproche leur hypocrisie, les autres doivent pouvoir nous imiter, reproduire ce qu’ils nous voient faire et, voyant nos bonnes œuvres, rendre gloire à Dieu (cf. Matthieu 5, 16). Saint Augustin pose la question suivante : « Qui donc pourra rendre gloire à Dieu tout le jour durant ? Si tu veux, je vais t’indiquer la solution. Fais bien tout ce que tu fais, et tu auras rendu gloire à Dieu. Lorsque tu chantes une hymne, tu rends gloire à Dieu. En effet, que font ta langue et ta conscience si ce n’est rendre gloire à Dieu ? Cesses-tu de chanter des hymnes pour te reposer ? Ne t’enivres pas et tu auras rendu gloire à Dieu. Fais-tu des affaires avec quelqu’un ? Ne commets pas d’escroquerie, et tu auras rendu gloire à Dieu. Travailles-tu aux champs ? Évite les querelles, et tu auras rendu gloire à Dieu. Prépare-toi à rendre gloire à Dieu pendant toute la journée par la bonté de tes œuvres (st Augustin, Enarrationes in Psalmos 34, 2, 16). Qu’en est-il ? Nous connaissons cette autre interrogation, que nous lisons dans un point de Chemin : « As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). N’est-ce pas ce qu’il nous arrive parfois de faire ? Nous n’osons pas affirmer franchement notre foi, nos convictions, dans notre milieu professionnel ou lors d’une invitation chez des amis, de peur de choquer, d’être mal compris, disons-nous, alors qu’en réalité c’est surtout pour nous éviter des complications. Or, saint Josémaria nous dit également ceci : « ‘Ma vie se heurtant à un milieu paganisé ou païen, mon naturel ne va-t-il pas sembler factice ?’ me demandes-tu. — Je te réponds : il y aura choc, sans doute, entre ta vie et ce milieu ; et ce contraste, où ta foi se confirmera par les œuvres, est précisément le naturel que je te demande (Chemin, n° 380). (à suivre…)

lundi 10 novembre 2014

Unité de vie (1)

Unité de vie (1)

« Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples, disant : Les scribes et les Pharisiens se sont assis sur la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'imitez pas leurs actions, car ils disent et ne font pas. […] Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes, car ils élargissent leurs phylactères et allongent leurs houppes » (Matthieu 23, 1-3.5). Combien de gens agissent ainsi ! Être remarqué par les autres, admiré des autres devient le critère de « moralité » des actes. Ce n’est plus la bonté objective qui compte, mais la notoriété, l’approbation de la foule. Ce qui implique que l’on ne se comporte pas de la même façon en privé, en l’absence de public. Comment qualifier quelqu’un de cet acabit ? C’est un pantin désarticulé. Il se situe aux antipodes de ce que doit être une vie chrétienne. Celle-ci, en effet, doit être marquée par l’unité de vie, pour reprendre une expression forgée par saint Josémaria. (lire la suite) Il entend par là que toutes les facettes de notre existence, à commencer par sa dimension spirituelle, bien sûr, mais aussi la vie familiale, le travail, la vie de relations sociales et donc l’apostolat, les loisirs, les différents engagements sans la société, tout cela doit être vécu avec Dieu, en Dieu, et orienté vers lui. Tout doit s’alimenter de la grâce afin de devenir une source de sanctification personnelle et d’autrui, et d’être lui-même sanctifié, c’est-à-dire ramené à Dieu, conformément au précepte de l’Apôtre de instaurare omnia in Christo, tout rassembler dans le Christ, restaurer toutes choses dans le Christ, rechristianiser toutes les réalités de la terre (Éphésiens 1, 10). À l’inverse des pharisiens contre lesquels le Christ vitupère et auxquels il reproche leur hypocrisie, les autres doivent pourvoir nous imiter, reproduire ce qu’ils nous voient faire et, voyant nos bonnes œuvres, rendre gloire à Dieu (cf. Matthieu 5, 16). Saint Augustin pose la question suivante : « Qui donc pourra rendre gloire à Dieu tout le jour durant ? Si tu veux, je vais t’indiquer la solution. Fais bien tout ce que tu fais, et tu auras rendu gloire à Dieu. Lorsque tu chantes une hymne, tu rends gloire à Dieu. En effet, que font ta langue et ta conscience si ce n’est rendre gloire à Dieu ? Cesses-tu de chanter des hymnes pour te reposer ? Ne t’enivres pas et tu auras rendu gloire à Dieu. Fais-tu des affaires avec quelqu’un ? Ne commets pas d’escroquerie, et tu auras rendu gloire à Dieu. Travailles-tu aux champs ? Évite les querelles, et tu auras rendu gloire à Dieu. Prépare-toi à rendre gloire à Dieu pendant toute la journée par la bonté de tes œuvres (st Augustin, Enarrationes in Psalmos 34, 2, 16). Qu’en est-il ? (à suivre…)

mercredi 29 octobre 2014

Judas (1)

Judas (1)

« Ayant jeté les pièces d’argent dans le sanctuaire, il se retira et alla se pendre » (Matthieu 27, 5). Comment Judas en a-t-il pu arriver à une telle vilenie ? Est-il possible que son cœur fût déjà corrompu quand Jésus l’a fait sortir du rang des disciples pour le faire accéder à celui d’apôtre ? Certainement pas. Jésus le connaissait bien, comme il connaît tout de l’intérieur de l’homme, nous étant plus intime à nous que nous-mêmes, ainsi que le notait saint Augustin, à la suite d’une intense expérience intime (cf. saint Augustin, Confessions). Mais en même temps, en le choisissant pour faire partie des Douze ; notre Seigneur faisait un pari sur sa liberté et sa capacité d’être fidèle parce que lui, Jésus, l’aiderait en ce sens d’un bout à l’autre de sa vocation. Qu’est-ce qui a donc tourné la tête de Judas au point de brûler ses amours d’antan ? (lire la suite) Saint Jean-Paul II laisse entendre que c’est l’amour de l’argent : cette avarice a dû se conjuguer avec une soif de pouvoir qu’il entrevoyait à sa façon dans la restauration attendue du royaume d’Israël et le rôle que les Douze apôtres du Seigneur seraient amenés à y jouer, tout gens du commun qu’ils fussent. Ce qui était donc aussi une manifestation d’orgueil démesuré. Il interprétait sans doute mal la promesse de Jésus aux termes de laquelle les Douze siègeraient un jour sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël (Matthieu 19, 28). Il semble d’ailleurs qu’il interprète rapidement de travers, avec une vision très humaine, tout ce que Jésus disait, le prenant au premier degré et ne sachant pas s’élever à un certain niveau d’abstraction ni aux conséquences morales à en tirer. « Tout mon malheur est qu’à aucun moment je n’ai pu perdre mes facultés de contrôle et de critique. Je suis comme ça. Les gens de Carioth sont comme ça. Une espèce de gros bon sens. Quand j’entends dire qu’il faut tendre la joue gauche et payer aussi cher pour une heure de travail que pour dix, et haïr son père et sa mère, et laisser les morts ensevelir les morts, et maudire son figuier parce qu’il ne produit pas des abricots au mois de mars, et ne pas lever un cil sur une jolie femme, et ce défi continuel au sens commun, à la nature et à l’équité, évidemment je fais la part de l’éloquence et de l’exagération, mais je n’aime pas ça, je suis froissé. Il y a en moi un appétit de logique, ou, si vous aimez mieux, une espèce de sentiment moyen, qui n’est pas satisfait. Un instinct de la mesure. Nous sommes tous comme ça dans la cité de Carioth. En trois ans je n’ai pas entendu l’ombre d’une discussion raisonnable (P. Claudel, « Mort de Judas », Figures et Paraboles). (à suivre…)

vendredi 8 août 2014

Pain et Parole (3)

Pain et Parole (3)

De sorte que nous arrivons progressivement à l’identification avec Dieu que l’Apôtre avait atteint : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est que le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). Et que nous puissions dire à notre Seigneur : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 3, 34). « Je pense que l’Évangile est le Corps du Christ ; je pense que les Saintes Écritures sont son enseignement. Et quand il dit : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang » (Jean 6, 53), ses paroles se réfèrent au Mystère [eucharistique], toutefois, le Corps et le Sang du Christ sont vraiment la Parole de l’Écriture, c’est l’enseignement de Dieu. (lire la suite) Quand nous nous référons au Mystère et qu’une miette de pain tombe, nous nous sentons perdus. Et quand nous écoutons la Parole de Dieu, c’est la Parole de Dieu et le Corps et le Sang du Christ qui tombent dans nos oreilles » (saint Jérôme, In Psalmum 147). C’est une nourriture qui rassasie sans rassasier, une Parole toujours nouvelle : « Le pain qui refait les forces sans s’épuiser lui-même, le pain qui peut être mangé mais ne peut être consommé » (saint Augustin, Sermon 130, 2). Nous nous rappelons ce cri du cœur de Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). T’écouter, te parler, c’est déjà avoir la vie éternelle. « Le grand mal de notre époque est que l’on ne va pas vers Jésus comme vers notre sauveur et notre Dieu. L’amour pour Dieu qui n’est pas centré sur le saint sacrement de l’Eucharistie s’éteindra comme un bûcher qui n’est pas alimenté. Il faut retourner à la source, à Jésus ; non seulement à Jésus venu sur terre et glorifié dans le ciel, mais aussi et surtout à Jésus qui est toujours parmi nous dans l’Eucharistie » (saint Pierre Julien Eymard). Notre monde conspire contre cette écoute de Dieu, car il centre l’homme sur lui-même, il l’enferme dans un monde artificiel et bruyant. Or, l’écoute de Dieu suppose d’instaurer le silence intérieur : « Tu dois te taire : alors le Verbe de cette naissance pourra être prononcé en toi et tu pourras l’entendre ; mais sois bien sûr que si tu veux parler, lui doit se taire. On ne peut mieux servir le Verbe qu’en se taisant et en sortant. Si donc tu sors complètement de toi-même, Dieu entrera tout entier » (Jean Tauler, Sermon 1 pour la fête de Noël). Jésus s’adresse à nous du haut de la Croix, et il nous parle aussi, par conséquent, du tabernacle, dans lequel il s’est établi à demeure. « Ô vous qui avez soif du salut, venez aux eaux » (Isaïe 55, 1). Les eaux qui seules peuvent étancher la soif de notre âme, les eaux qui, comme le Seigneur nous le promet, sont vraiment cause de notre salut éternel. « Tout être qui se meut, partout où entrera l’eau du torrent, vivra […] : car dès que ces eaux y arriveront, les autres deviendront saines, et il y aura de la vie partout où arrivera le torrent » (Ézéchiel 47, 9). (à suivre…)

mercredi 11 juin 2014

Le jugement particulier (3)

Le jugement particulier (3)

Nous avons en cela une première réalité réconfortante : nous serons tous traités pareillement. C’est en réalité une deuxième réalité réconfortante, car la première est évidemment que notre Juge est en même temps notre Père et qu’il ne peut pas faire taire ses entrailles paternelles : « Et notre père, avec une dureté feinte dans la voix et le visage sévère, nous a réprimandés…, alors même que son cœur était attendri ; il connaissait notre faiblesse, et pensait : pauvre enfant, comme il s’efforce de bien faire ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 247). C’est dire que notre Juge est de notre côté. Il n’est pas un accusateur acharné, vindicatif, partisan à la Saint-Just. Non ! (lire la suite) Il est acquis à notre cause, parce qu’il a envoyé son Fils donner sa vie pour nous, afin que nous puissions nous sauver, sortir de la salle d’audience blancs et non noirs. « Je ne suis pas venu, non pour condamner le monde, mais pour le sauver » (Jean 12, 47). Dieu n’a pas envie de nous condamner ! Nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’il n’a aucun intérêt à le faire. Et qu’il ne le fera que si nous l’y contraignons, que si nous nous condamnons nous-mêmes en refusant encore, au terme du procès, de nous laisser aimer par lui et de l’aimer. Toute la question se ramène en effet à cela. Comme saint Jean de la Croix l’affirmait, « à la fin du jour [c’est-à-dire de la vie], c’est sur l’amour qu’on vous examinera. Apprenez donc à aimer Dieu comme Il désire l’être et laissez là ce que vous êtes » (St Jean de la Croix, Les Maximes, 80). Partant de ce principe, nous pouvons être sûrs que Dieu fera tout son possible pour que nous soyons innocentés. Il n’est pas un juge austère, sévère, impitoyable : « J’ai dû sourire à vous entendre parler des « comptes » que vous demandera notre Seigneur. Non, pour vous tous, il ne sera pas un juge, au sens austère du mot. Il sera simplement Jésus. » — Ces mots, écrits par un saint évêque, qui ont consolé plus d’un cœur en tribulation, peuvent parfaitement consoler le tien » (saint Josémaria, Chemin, n° 168). C’est un juge bienveillant, mais éminemment juste, équitable, qui « rend à chacun selon ses œuvres » (Romains 2, 6), qui, en quelque sorte, accepte de se plier à notre volonté, de nous suivre dans notre décision. Une volonté qui peut s’opposer à la sienne. Quelle est-elle ? Ce que Dieu veut, c’est de pouvoir nous dire à la fin des débats : « C’est bien, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître » (Matthieu 25, 21). Comme saint Augustin le fait remarquer, « s’il menace de venir en qualité de juge, c’est pour ne trouver personne à punir quand il viendra. C’est pour cela que toutes les menaces des prophètes n’ont pas d’autre but que notre correction. Si Dieu voulait condamner, il se tairait. Personne, voulant en frapper une autre, ne lui dit : prend garde. Tout ce que l’Écriture nous fait entendre, mes frères, c’est la voix de Dieu qui nous dit : prends garde ; et tout ce que nous souffrons de tribulations en cette vie, c’est le fouet de Dieu qui veut nous corriger pour n’avoir pas finalement à nous damner » (Sermon 22, 4). Le même saint Augustin souligne à la fois la miséricorde et la justice de Dieu, dont l’une n’annule pas l’autre, mais la tempère seulement : « Par un effet de notre perversité nous voulons que Dieu soit miséricordieux et non pas juste ; d’autres, au contraire, trop confiant dans leur innocence, veulent que Dieu soit juste et non miséricordieux. Dieu se montre l’un et l’autre, ces deux attributs sont de son ressort ; la miséricorde n’empiète pas sur les droits de la justice et la justice ne supprime pas la miséricorde. Il est miséricordieux et juste. Comment prouvons-nous qu’il est miséricordieux ? Parce qu’il épargne aujourd’hui les pécheurs et donne le pardon à ceux qui s’accusent. Comment prouvons-nous qu’il est juste ? Parce qu’il viendra le jour du jugement. Dieu le diffère aujourd’hui, mais il ne le supprime pas, et quand ce jour sera venu, il rendra à chacun selon ses mérites » (Sermon 22, 5). (à suivre…)

lundi 16 décembre 2013

Marie et la connaissance de Jésus (4)

Marie et la connaissance de Jésus (4)

Allons à Marie, pour apprendre d'elle davantage de choses sur Jésus, afin de les transmettre opportunément comme les évangélistes l'ont fait dans leurs écrits, et comme la tradition chrétienne nous les a rapportés. Préparons avec Notre Dame les anecdotes que nous allons raconter à tel de nos amis ; l'épisode de la vie de notre Seigneur qu'il convient de lui expliquer pour que cela le captive et qu'il ait envie de s'écrier à son tour : « Que je voie ! » (Marc 10, 51). Ou bien : « Seigneur, apprends-moi à prier ! » (cf. Luc 11, 1) ? Ou encore : « Seigneur je crois, mais viens en aide à mon peu de foi ! » (cf. Marc 9, 24). « Si tu le veux, tu peux me guérir ! » (Marc 1, 40). Et qu'il comprenne que ces mots du Christ s'adressent à lui : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! » (Luc 7, 14). « Marie vous guidera vers ce futur éternel ; elle nous le fait désirer ardemment et découvrir ; elle nous donne son espérance, sa certitude, son désir. Animés par une réalité si splendide, avec une joie indicible, notre pèlerinage terrestre humble et fatigant, illuminé par Marie, se transforme en un chemin sûr - iter para tutum – vers le Paradis » (Paul VI, Homélie, 15 août 1966). (lire la suite) L’apostolat consiste, en bonne partie, peut-être même essentiellement, à établir des relations, à jeter un pont entre nos amis et Dieu, en leur parlant de ce Jésus-Christ dont l’enseignement émerveillait les foules, car il ne parlait pas comme les scribes et les pharisiens, qui ne faisaient que rappeler des interdits et les châtiments dont leur infraction était passible, qui « disent et ne font pas » (Matthieu 23, 3). Non ! L’enseignement de Jésus était dispensé avec autorité (cf. Marc 1, 27) tout en n’étant pas pesant (cf. 1 Jean 5, 3), bien au contraire. Entendre le Seigneur parler des choses d’en haut (cf. Colossiens 3, 2) produisait une joie profonde : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous lorsqu’il nous parlait sur le chemin, tandis qu’il nous dévoilait les Écritures ? » (Luc 24, 32). L‘amour authentique attire irrésistiblement : « Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour […] ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Que cette racine de charité pousse en ton âme, car elle ne peut produire que du bien » (saint Augustin, Super Epistula Ioannis ad Parthos tractatus 7-8). N’en doutons pas, c’est ce qui se passe avec nos amis, quand nous leur parlons de Jésus-Christ, même s’ils mettent parfois du temps à le reconnaître et qu’ils tardent à communiquer autour d’eux la découverte qu’ils ont faite : le Christ est vivant, il est ressuscité, je l’ai vu, j’ai dîné avec lui, comme les disciples d’Emmaüs ! (fin)

mercredi 20 novembre 2013

Aimer plus que saint Jean (5)

Aimer plus que saint Jean (5)

Le point de départ consiste à fermer les yeux de la chair, pour contempler la vie du Christ. c’est de ne pas regarder les événements de l’extérieur, de ne pas assister à un simple spectacle, mais de les contempler de l’intérieur, d’en devenir un acteur. Bien des gens, lorsqu’ils assistent à la projection d’un film, s’identifient à l’un ou l’autre personnage, ou se prennent tellement au jeu qu’ils en deviennent très réactifs. Je me souviens d’une pièce de théâtre, Le Procès à Jésus, dont le metteur en en scène avait prévu de placer des acteurs parmi le public, suscitant de la sorte des réactions de spectateurs. C’est bien de cela dont il s’agit. Le point de départ consiste donc à vivre ce que nous voyons. (lire la suite) « En ouvrant le Saint Evangile, songe que ce qui y est rapporté — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l'incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence. — Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous Le suivions de près et, dans ce Texte Saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir ta propre vie. Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d'Amour comme l'Apôtre : "Seigneur, que veux-tu que je fasse :..." — La volonté de Dieu ! c'est ce que tu entends de façon très nette au fond de ton âme. Eh bien ! prends l'Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme à suivre. — C'est ainsi qu'ont procédé les saints » (Forge, n° 754). Une volonté qu’il n’est pas si ardu d’accomplir, car, comme saint Augustin le fait remarquer, « rien ne coûte quand on aime, rien n’est difficile au cœur épris » (Lettre IX, à Eustochium, sur la virginité). Demandons à saint Josémaria – et à don Álvaro qui a su, grâce à Dieu, être tellement identifié à notre Père et à l’esprit qu’il avait reçu de Dieu – demandons-leur de nous apprendre à rechercher l’amour de Dieu, à désirer intensément nous éprendre à fond de lui, sans solution de continuité, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, où que nous soyons, quoi que nous fassions, et à manifester aussi cet amour dans les petites choses de la journée, dans notre travail, sur nos trajets quotidiens, à la maison, que nous nous trouvions en forme ou que nous soyons fatigués, en tout et à tout bout de champ. Aimer, aimer encore et seulement aimer. (fin)

vendredi 6 septembre 2013

Les plans de Dieu (1)

Les plans de Dieu (1)

« ‘Que recherche l’Un ?’ - Une postérité divine » (Matthieu 2, 15). Dieu veut une descendance d’enfants fidèles, aussi nombreuse que « les étoiles du ciel et […] le sable qui est au bord de la mer » (Genèse 22, 17). C’est en vue de cela qu’il a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » (Genèse 1, 26), et qu’il l’a créé « mâle et femelle » (Genèse 1, 27). Or, l’homme n’a pas voulu s’en (lire la suite) tenir aux plans établis par son Créateur, et il s’est laissé prendre aux rets du séducteur qui a flatté son orgueil (Genèse 3). L’homme avait à portée de la main « l’arbre de la connaissance du bien et du mal » (Genèse 2, 9), dont Dieu lui avait vivement conseillé de ne pas cueillir du fruit, « car le jour où tu en mangerais, tu encourais la mort » (Genèse 2, 17). Quelle idée Adam pouvait-il se faire de la mort, lui qui était appelé à ne pas mourir, et qui vivait dans la gloire de Dieu, dans la lumière de Dieu ? Qu’importe. Il perçoit bien que ce n’est pas une amie, contrairement à Dieu. L’avertissement était suffisamment solennel pour qu’il en tînt compte. Las ! Ce ne fut pas le cas… Cet arbre « était corporel et visible, comme tous les autres arbres. Plus j’y réfléchis, plus je suis d’avis que cet arbre n’était pas une mauvaise nourriture. Car Celui qui a fait « toutes choses très bonnes » n’avait pu établir rien de mauvais dans le paradis. Le mal consiste dans la transgression du précepte. Il fallait que l’homme reçût un commandement, sinon il n’aurait pas pensé ni compris qu’il y avait un Seigneur au-dessus de lui. L’arbre n’était donc pas mauvais ; mais il fut appelé « arbre de la connaissance du bien et du mal » parce que sis l’homme transgressait le précepte il apprendrait, par l’expérience du châtiment, quelle différence il y a entre le bien et l’obéissance et le mal et la désobéissance » (saint Augustin, De Genesis ad litteram 8, 5 ; P.L. 34, 377). L’homme n’en reste pas moins enfant de Dieu, comme le montre à la perfection la parabole du fils prodigue (cf. Luc 15). C’est pourquoi Dieu s’empresse de se porter au secours de sa créature dont l’harmonie vient de se briser. Il avait mis un grand espoir en lui, pensant à une descendance qui ne provienne pas seulement « du sang, de la chair et du vouloir de l’homme » (Jean 1, 13), mais qui proviendrait bien de lui, de qui procède toute paternité, au ciel et sur la terre (Éphésiens 3, 15). Mais si satan lui-même ne peut faire échouer les plans divins – il s’attaque à l’Église, mais « les portes de l’enfer – autrement dit la puissance du diable - ne l’emporteront pas sur elle » (Matthieu 16, 18) – à combien plus forte raison n’est-ce pas l’homme qui va en empêcher la réalisation. (à suivre…)

vendredi 5 juillet 2013

Aimer ses ennemis (2)

Aimer ses ennemis (2)

« Qu’y a-t-il de commun dans ces deux cas ? Essentiellement la dissymétrie de la relation. Dans le premier cas, je dois traiter l’autre (l’inférieur) non pas comme un inférieur, ce qui pervertit la charité, mais comme un égal : s’il ne l’est pas, il doit le devenir. Dans le deuxième cas, je dois considérer l’autre non pas sous l’angle de l’ennemi, ce qui rend la charité impossible, mais du frère : il ne l’est pas encore, il est appelé à le devenir, et la charité anticipe sur cet avenir espéré. Pour Augustin, la sollicitude pour l’autre sans l’estime est une aliénation qui menace aussi de pervertir la charité » (M. Neusch, Saint Augustin. L’amour sans mesure, Le Muveran, Parole et Silence, 2001, p. 150. « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 5, 20). Le Seigneur s’élève contre la justice purement légaliste, formelle, consistant à s’acquitter d’obligations sans y mettre le cœur, à accomplir des devoirs par crainte des châtiments qui accompagneraient inéluctablement leur non observance. (lire la suite) Comme il venait tout juste de le déclarer, « ne pensez pas que je sois venu abroger la Loi et les Prophètes. Je ne suis pas venu abolir, mais parfaire » (v. 17). Or, cette perfection que notre Seigneur apporte, cette correction qu’il introduit n’est autre que l’Amour. La loi nouvelle est une Loi d’Amour. Dieu se révèle, non pas comme un vengeur ou un justicier impitoyable, mais comme un Père qui aime tendrement ses enfants et qui veut que tous soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, grâce à son Fils dans l’effusion de l’Esprit d’Amour. C’est pourquoi le Christ nous donne une indication pratique : « Si donc tu viens présenter ton offrande à l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, reviens présenter ton offrande » (v. 23-24). Le Seigneur ne nous dit pas : « Si tu te souviens que toi, tu as quelque chose contre ton frère », ce qui, en soi, serait un bon motif pour déposer notre offrande et offrir la réconciliation à notre frère. Mais il inverse les termes du rapport : « Si tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi … » La démarche est encore plus engageante et plus héroïque. Cela n’est en rien chose aisée. Parce que le frère dont il est question, et qui est celui qui a quelque chose contre nous, ce n’est pas seulement un membre de notre famille, de notre communauté paroissiale…, mais c’est tout homme. La demande poignante de Jésus à son Père concerne tous les hommes de toutes les générations : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23, 34). (à suivre…)

mercredi 3 juillet 2013

Aimer ses ennemis (1)

Aimer ses ennemis (1)

« Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton proche, et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez enfants de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. Si en effet vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5, 38-43). Commentant cet Évangile, le pape François demandait : « Comment pourrait-on aimer ceux qui prennent la décision de bombarder et de tuer tant de gens ? Et encore, comment peut-on aimer ceux qui par amour de l'argent empêchent les médicaments d'arriver aux personnes âgées et les laissent mourir ? Ou ceux qui cherchent seulement leur propre intérêt, leur propre pouvoir et font tant de mal ? » Jésus demande pourtant de pardonner. (lire la suite) Si certains se disent nos ennemis, « nous aussi nous pouvons devenir les ennemis d'autres personnes ». Ilserait trop facile de laisser « cela aux sœurs recluses dans leurs couvents, qui sont saintes ». « Non, nous devons le faire ! Parce que sinon vous êtes comme les publicains, comme les païens. Vous n'êtes pas chrétiens ». soulignait encore le pape. L'Evangile nous invite regarder l'exemple du Père qui « fait luire le soleil sur les mauvais et sur les bons et fait pleuvoir sur les justes et les injustes ». « En effet, Dieu a de l'amour pour tous ». Alors, nous devons aimer nos ennemis, d'abord par la prière. « Quand quelqu'un prie pour celui qui le fait souffrir, c'est comme si le Seigneur venait avec l'huile et préparait nos cœurs à la paix. » Et le pape François d’ajouter : « Prie-tu pour ton ennemi, pour ceux qui ne t'aiment pas ? » « Si c'est oui, nous sommes sur la bonne route. Si la réponse est non, le Seigneur nous dit : ‘Mon pauvre, toi aussi tu es ennemi des autres !’ » (Homélie,18 juin 2013). Saint Augustin enseignait déjà que nous devons aimer dans l’autre, non pas ce qu’il est, notre ennemi, mais ce que nous souhaitons qu’il devienne, un frère. « Tu n’aimes pas en lui ce qu’il est, mais ce que tu veux qu’il soit. Donc, quand tu aimes ton ennemi, tu aimes un frère » (saint Augustin, Commentaire de la première épître de saint Jean 3, 10). « Un homme s’acharne contre toi, prie ; lui, hait, toi, aie pitié. C’est la fièvre de son âme qui te hait : il recouvrera la santé et te rendra grâces » (Ibid. 3, 11). (à suivre…) )

mardi 30 avril 2013

Voir Dieu (7)

Voir Dieu (7)

« Moïse n’a donc pas donné le prix du ciel [cf. Exode 16, 14-15]. C’est Dieu qui donne le pain – mais quel pain ? La manne ? Non : le pain que signifie la manne, à savoir le Seigneur Jésus qui donne la vie au monde. Ils lui dirent donc : « Seigneur, donne-nous toujours de ce pain ! » Comme une femme de Samarie avait dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau », ceux-ci disent : « Seigneur, donne-nous de ce pain qui restaure et ne manque jamais. » Jésus leur dit : « Je suis le pain de vie. Qui vient à moi n’aura pas faim, qui boit en moi n’aura jamais soif… Vous désirez le pain du ciel ? Vous l’avez devant vous, et vous ne le mangez pas. Je vous l’ai dit, vous m’avez vu, et vous n’avez pas cru. Malgré cela, je n’ai pas détruit mon peuple : votre infidélité pouvait-elle annuler la fidélité divine ? Le texte poursuit, en effet : « Tout ce que le Père donne viendra à moi, et celui qui viendra à moi, (lire la suite) je ne le rejetterai pas dehors. » Quel est cet « intérieur » d’où l’on n’est pas jeté dehors ? Ô douce intimité, doux secret sans lassitude, sans l’amertume des mauvaises pensées, dans la rançon des tentations et de la douleur ! N’est-ce pas dans cette intimité qu’entrera le bon serviteur quand on lui dira : « Entre dans la joie de ton Dieu » ? « (saint Augustin, Sur Luc 6, 31 In Ioannis Evangelium tractatus 24, 25, 13). Qui me voit a vu le Père… En même temps, en voyant Jésus, nous recevons la nourriture qui procure la vie éternelle, car il est lui-même la Vie (cf. Jean 14, 6). Ce pain que les Juifs réclament dans la synagogue de Capharnaüm, ils n’avaient pas besoin d’aller le chercher bien loin : ils l’avaient sous leurs yeux. Mais ils n’ont pas cru en la véracité de ses paroles, en la Parole. Pourtant, « à ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom » (Jean 1, 12). Contemplons donc attentivement le Christ dans l’Eucharistie. Le Pain de Vie nous y est donné à profusion, alors même que l’hostie est petite, parce que même si elle était d’une dimension gigantesque, elle ne contiendrait pas davantage le Rédempteur : il réside tout entier dans la moindre parcelle. « En vérité, je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme […] vous n’aurez pas la vie en vous » (Jean 6, 53). Le Seigneur précise qu’il ne parle pas d’une nourriture quelconque, vulgaire, mais de la chair du Fils de l’homme, qui est venu sur terre donner sa vie en rançon pour la multitude. C’est pourquoi il affirme rondement : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jean 6, 54). Cette vision de Dieu, commencée ici-bas, comme dans un miroir (1 Corinthiens 13, 12), comme par énigme, imparfaite, connaîtra son achèvement, sera parachevée dans la vision céleste, qui ne sera pas seulement cela, une vision face à face (1 Corinthiens 13, 12), mais une vision de l’intérieur même de Dieu où il nous aura introduit, et où nous jouirons à tout jamais du sourire si aimable de notre Mère, Sainte Marie. (fin)

samedi 27 octobre 2012

Un Dieu qui parle et écoute (2)

Un Dieu qui parle et écoute (2)

Enhardis par ces invitations réitérées, nous nous tournons vers lui avec confiance, et nous lui disons, dans notre prière : « Accueille, ô Seigneur, une juste requête, sois attentif à mon cri ; prête l’oreille à ma prière qui ne sort pas de lèvres hypocrites. […] Je t’invoque ; tu m’exauceras, ô Dieu ! Incline vers moi ton oreille, écoute ma parole » (Psaume 17, 1.6), ou, selon une autre traduction, « je t’appelle, toi le Dieu qui répond ». C’est bien cet aspect qui nous intéresse et que nous retenons ici.
Je ne crie pas en vain. Ma supplication n’est pas emportée par le vent brûlant du désert. Mais Dieu m’écoute et me répond, parce qu’il me tient en grande estime et que je suis constamment devant lui. « Alors que nous n’existions pas encore, nous étions déjà prévus, et nous étions déjà connus » de lui (lire la suite)(saint Augustin, Sermon 6, 3). Que sont pour l’homme les idoles qu’il s’est fabriquées ? Rien. Que peuvent-elles lui apporter ? Rien, si ce n’est une satisfaction illusoire qui relève de l’autosuggestion. Tandis que Dieu, le vrai Dieu, l’Unique, est notre Père. Une véritable relation peut donc s’établir avec lui, fondée sur des liens solides, des liens plus forts que ceux du sang. Où, plus précisément, scellés par le Sang versé par Dieu le Fils sur la Croix. Quand les 400 prophètes de Baal invoquèrent leur faux dieu, en se tailladant « selon leur coutume, avec des épées et des lances, jusqu’à l’effusion du sang » (1 Rois 18, 28), le prophète Élie a beau jeu de se moquer d’eux. « Criez plus fort, leur enjoint-il, car c’est un dieu : il a des soucis ou des affaires, ou bien il est en voyage ; peut-être il dort et il se réveillera ! » (1 Rois 18, 27). Le prophète manie l’ironie, car il sait à quoi s’en tenir. Ils ont beau s’époumoner et se blesser, ils n’obtiennent nulle réponse. Ils ne pouvaient pas en recevoir. Alors Élie, lui, va se faire écouter d’une manière magistrale, après avoir pris toutes sortes de précautions qui vont renforcer le caractère spectaculaire et irréfutable de l’intervention divine : « Il bâtit avec ces pierres un autel au nom du Seigneur ; puis, ayant fait autour de l'autel un fossé de la capacité de deux mesures de semence, il arrangea le bois, coupa le taureau par morceaux et le plaça sur le bois. Et il dit : « Remplissez d'eau quatre cruches, et versez-les sur l'holocauste et sur le bois. » Il dit : « Faites-le une seconde fois » ; et ils le firent une seconde fois. Il dit : « Faites le une troisième fois » ; et ils le firent une troisième fois. L'eau coula autour de l'autel, et il fit remplir aussi d'eau le fossé. […] Exauce-moi, Seigneur, exauce-moi ! Afin que ce peuple reconnaisse que toi, Seigneur, tu es Dieu, et que c'est toi qui ramène leur cœur en arrière. » Alors le feu du Seigneur tomba, et il consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la terre, et absorba l'eau qui était dans le fossé » (1 Rois 18, 32-35). (fin)

lundi 9 juillet 2012

Confiance en Dieu (6)

Confiance en Dieu (6)

L’âme « fait d’ardentes prières à Dieu pour obtenir de sa miséricorde que comme il lui a plu de se découvrir à elle, il lui plaise la conduire et lui faire connaître les moyens d’y arriver. Car comme c’est à Dieu qu’elle aspire, elle aspire encore à n’y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même, parce qu’elle veut qu’il soit lui-même son chemin, son objet et sa dernière fin » (Pascal, Sur la conversion du pécheur).
Nous doutons parfois de Dieu parce que nous avons l’impression que les événements ne tournent pas à notre avantage, et nous tombons dans « la mystique du si, faite de vains rêves et de faux idéalismes : ah ! si je ne m'étais pas marié ! si je n'avais pas cette profession, si j'avais un peu plus de santé, ou plus de temps, ou si j'étais plus jeune ! » (Entretiens avec Mgr Escriva, n° 88). (lire la suite) Nous avons du mal à comprendre que notre intérêt consiste à nous trouver exactement dans la situation qui est la nôtre, et non dans une autre qui nous apparaît plus favorable, selon notre conception humaine et limitée de la vie. Saint Augustin nous fait comprendre, par exemple, que si nous sommes malades, nous n’avons pas lieu d’envier ceux qui sont en bonne santé, parce qu’il serait peut-être préférable qu’ils soient eux-mêmes empêchés d’agir : « Il est bon, oui il est bon que tu ne t’affaires pas au sujet de la santé corporelle que pour la demander à Dieu. S’il sait qu’elle t’est utile, il te l’accordera ; s’il ne te l’a pas accordée, c’est qu’il ne te servirait pas de l’avoir. Combien gisent sur leur lit, malades et sans commettre de fautes, qui, s’ils étaient en bonne santé, se lanceraient dans le crime ? Le brigand qui se dirige vers un défilé pour tuer un homme, comme il vaudrait mieux pour lui qu’il soit malade ! Celui qui se lève la nuit pour percer le mur d’autrui, comme il vaudrait mieux pour lui qu’il soit secoué par la fièvre ! Malade, il serait sans faute ; en bonne santé, c’est un scélérat. Dieu sait donc ce qui nous est utile ; faisons seulement en sorte que notre cœur ne soit pas atteint par la maladie du péché et, quand il nous arrive d’être frappés dans notre corps, supplions-le » (saint Augustin, Homélies sur l’Évangile de saint Jean I-XVI, Paris, Institut des Études augustiniennes, 1993, Œuvres de saint Augustin, vol. 71, Tract. 7, 12, p. 433). (à suivre…)

jeudi 5 juillet 2012

Confiance en Dieu (4)

Confiance en Dieu (4)

« Il n’y a pas de périls pour celui qui craint Dieu, mais pour celui qui ne le craint pas. Comment celui que la vertu élève au-dessus des souffrances, qui considère le présent comme une ombre fugitive, pourrait-il éprouver quelque mal ? Que craindrait-il ? Qu’est-ce qui pourrait être un mal pour lui ? Cherchons donc un asile sur ce roc inébranlable. Quand on nous construirait une ville entourée de murailles ; mieux encore, quand on nous transporterait dans une terre où nous serions à l’abri de tout trouble et au sein de l’abondance, en sorte que nous n’eussions rien à démêler avec personne, notre sécurité serait moins grande que celle où nous met le Christ » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des apôtres 13, 3). Si Dieu transcende infiniment sa création, il ne lui est pas moins présent, la conduisant vers sa perfection et son achèvement : « Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres » (cf. Siracide 43, 28). « Sa majesté est plus haute que les cieux » (Psaume 8, 2), « à sa grandeur point de mesure » (Psaume 145, 3). (lire la suite) Mais parce qu’il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28). Selon les paroles de saint Augustin, Il est « plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime » (Confessions 3, 6, 11) » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 300). Mais Dieu ne donne pas seulement à la créature d’exister. Il ne l’abandonne pas à elle-même, ce qui serait la laisser aller droit à l’abîme, à sa perte. « Il la maintient à chaque moment dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 301). « Le Seigneur est bon envers tous, et sa compassion s’étend à toutes ses œuvres » (Psaume 145, 9). Et, comme l’auteur sacré le reconnaît dans le livre de la Sagesse (11, 24-26), « oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût de rien de ce que tu as fait [même s’il pourrait en éprouver pour l’homme pécheur et rebelle !] ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie », ou, selon une autre traduction, « toi, Seigneur, qui aime les âmes ». Voilà qui est bien dit et qui définit bien notre Dieu : ami de la vie, ami des âmes, de toutes les âmes, dont il veut qu’elles possèdent la vie et l’aient en abondance (cf. Jean 10, 10), et pour lesquelles il a donné sa propre vie (cf. Marc 10, 45). (à suivre…)

dimanche 29 avril 2012

Les dix vierges (3)


Les dix vierges (3)

« Comme l’époux tardait à venir » (Matthieu 25, 5). Il vient quand il décide d’aller vers nous. « Tenez-vous prêts, vous aussi, car c’est à une heure imprévue que va venir le Fils de l’homme » (Matthieu 24, 44). Nous croyons savoir parfois mais la réalité nous échappe. Nous ne sommes pas maîtres du cours des événements. « Comme l’époux tardait à venir, toutes s’assoupirent et s’endormirent » (Matthieu 25, 5). Pourquoi pas, si elles peuvent dormir du sommeil du juste, si elles sont prêtes, si elles aiment vraiment leur Maître ? Car « l’amour est une voie royale, mais les humbles sont les seuls à pouvoir y circuler » (saint Augustin, Enarrationes in Psalmos 141, 7). Il faut se le tenir pour dit. Car si l’on tarde à aimer Dieu, il est possible que l’on atteigne un point de non retour. Ce qui est le cas de ces jeunes femmes insensées. (lire la suite)
Il est vrai qu’elles se sont portées à la rencontre de l’époux ? nul ne le niera. Le pharisien aussi donnait l’apparence d’une vie de prière et de détachement des biens de ce monde, mais il ne redescendit pas justifié chez lui, car il était complètement imbu de lui-même (cf. Luc 18, 9-14). Ces jeunes filles sont comme des gens qui ont entendu la parole de Dieu, mais « chez qui les soucis du monde et la séduction des richesses et les convoitises pour tout le reste étouffent la parole, qui devient stérile » (Marc 4, 19). Il n’y a rien à faire.
Il faut bien se reposer. Mais après avoir travaillé correctement et accompli sérieusement ses devoirs d’état. Pour ces jeunes filles, cela consistait à être prêtes à accompagner l’époux sur son parcours et à éclairer le chemin. Or, voilà qu’« au milieu de la nuit, un cri retentit : Voilà l’époux ! Sortez à sa rencontre ! » (Matthieu 25, 6). Drôle d’idée d’arriver en pleine nuit. Mais les choses sont comme elles sont. Les dix vierges se réveillent en sursaut et apprêtent leurs lampes, qu’elles avaient laissées en veilleuse. Les heures se sont écoulées, mine de rien. Et pendant ce temps-là, le niveau de l’huile a baissé sensiblement. « Toutes ces jeunes filles se levèrent et garnirent leurs lampes » (Matthieu 25, 7). C’est alors que la moitié d’entre elles découvrent la catastrophe qui les menace : elles n’ont presque plus d’huile et leurs lampes ne vont pas rester longtemps allumées.

(à suivre…)