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lundi 17 janvier 2011

La Providence et l’homme (1)

La Providence et l’homme (1)

Il ne nous est guère difficile de penser à la Providence divine envers l’homme. Nous savons que nous vivons grâce à l’âme spirituelle que Dieu a créée et infusée en nous au moment de notre conception dans le sein maternel. Tant que cette âme reste unie à notre corps, nous continuons d’exister en ce monde-ci, mais maintenus et comme soutenus dans l’être par cette même Providence.
Nous le savons et nous le sentons. Mais il est émouvant d’entendre Dieu lui-même en parler, et nous expliquer comment il exerce cette Providence à notre égard. Il s’en est ouvert à sainte Catherine de Sienne, qui nous le rapporte dans son Dialogue, au chapitre 134, sur la divine Providence : « Ma très chère fille, j’ai absolument décidé de faire miséricorde au monde (lire la suite) et de secourir de toute manière l’humanité. Mais l’homme, dans son ignorance, croit voir la mort dans ce que je lui donne pour sa vie, et il devient ainsi cruel envers lui-même. Pourtant ma Providence l’assiste toujours. Aussi, je veux que tu le saches : tout ce que je donne à l’homme provient de ma souveraine Providence.
Et c’est pourquoi, lorsque je l’ai créé par ma Providence, j’ai regardé en moi-même et j’ai été saisi d’amour par la beauté de ma créature. » A vrai dire, Dieu ne pouvait que s’émerveiller de sa créature, car étant Dieu, infiniment parfait, il ne pouvait créer que des êtres bons, participant de sa propre Bonté infinie. Et comme Dieu s’aime d’un Amour sans borne, d’un Amour vivant et personnalisé dans le Saint-Esprit, il est en quelque sorte naturel qu’il aime cette créature particulière qu’est l’homme.
« J’ai voulu la créer à mon image et à ma ressemblance, en y employant largement ma Providence », ajoute-t-il. Retrouvant cette image et cette ressemblance, il ne peut que l’aimer.
« En outre, je lui ai donné la mémoire pour qu’elle garde le souvenir de mes bienfaits ; car je voulais qu’elle participe à ma puissance de Père éternel. » La mémoire est une capacité à se rappeler les bienfaits de Dieu envers nous. A nous en souvenir pour en remercier Dieu et pour raviver en nous le désir d’être fidèles à notre vocation d’enfants de Dieu. « Mon âme, bénis Yahvé, et n'oublie pas ses nombreux bienfaits » (Psaume 103, 2). Nous ne sommes pas des êtres prisonniers du temps présent. Nous avons une histoire, qui commence en Dieu et qui s’achève en Dieu et qui est jalonnée de prévenances de Dieu, de toutes les grâces qu’il ne cesse de nous octroyer. Notre mémoire emmagasine ces faveurs pour vivre dans l’action de grâces et la résolution d’aimer Dieu de façon plus effective, plus concrète dans la vie quotidienne.

(à suivre…)

samedi 10 juillet 2010

Complainte de l’exilé (8)

Complainte de l’exilé (8)

« Je parviendrai à l’autel de Dieu, au Dieu qui est ma joie et mon allégresse, et je te louerai sur la harpe, ô Dieu, ô mon Dieu » (Psaume 43, 4). Ainsi je jouerai de la harpe, des cymbales et de la cithare pour toi, mon Dieu. Je joue et je chante ta louange. « Je veux chanter à jamais les louanges de Yahvé ; d’âge en âge ma bouche fera connaître sa fidélité » (Psaume 89, 2). Or, celui qui chante prie deux fois, il double la mise. Mais toi, tu vois plus loin, beaucoup plus loin, comme toujours. A celui qui te donne de bon cœur le peu qu’il possède, tu octroies trente pour un, soixante ou cent pour un (Matthieu 13, 8) ! (lire la suite)
Devant semblable perspective qui, plus qu’une possibilité, une éventualité, est une réalité quotidienne, « pourquoi es-tu abattue, ô mon âme, et gémis-tu en moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore, lui, le salut de ma face et mon Dieu » (Psaume 43, 5). « Quand irai-je contempler la face de mon Dieu ? » (Psaume 42, 3). Je languis après lui comme une biche. « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Psaume 42, 3). Je m’adresse à toi, Dieu de clémence et de miséricorde. Afin que mes vœux ne soient pas vains, que mes demandes ne soient pas vides, suggère-moi les prières que tu te plais à entendre et à exaucer avec empressement. Qu’au jour et à l’heure fixés, je puisse me compter au nombre de ceux qui ont traversé la grande tribulation. Ils ont lavé leurs robes et ils les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. Aussi sont-ils devant le trône de Dieu et Le servent-ils jour et nuit dans son temple » (Apocalypse 7, 14-15). « Et j’entendis une voix qui venait du ciel et disait : « Ecris : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! – Oui, dit l’Esprit, que dès à présent ils se reposent de leurs peines, car leurs œuvres les suivent » (Apocalypse 14, 13).

(fin)

jeudi 8 juillet 2010

Complainte de l’exilé (6)

Complainte de l’exilé (6

« On me brise les os, quand mes persécuteurs m’insultent en me disant sans cesse : « Où est ton Dieu ? » (Psaume 42, 11). Nous sommes devenus le rebut du monde (1 Corinthiens 4, 13), le bien est ridiculisé. Il apparaît toujours absurde. C’est étrange. Dès que quelqu’un agit droitement, ils parlent de « bondieuserie ». Mais il ne leur vient pas à l’esprit qu’eux, ils ne commettent que des « diableries » ! Ils ont passé un pacte avec satan. Il n’est pas étonnant alors qu’ils demandent : « Où est ton Dieu ? » Puisqu’ils nient ton existence. Satan s’acharne d’autant plus à leur faire croire que tu n’existes pas qu’il sait pertinemment que tu es celui qui est « Je suis » (Exode 3, 14) et qu’il a fait la cruelle expérience de ce qu’il en coûte de s’opposer à toi, de te désobéir, de te rejeter. (lire la suite)
Mais pourquoi m’inquiéter ? N’as-tu pas vaincu sur la Croix, et à jamais ? Si tu veux réduire tes adversaires, tu le peux. Il suffit d’un mot de ta part. Mais ce mot, je te demande que ce soit : « Je pardonne. » Dis seulement un mot et mon âme sera guérie (cf. Matthieu 8, 8). Dis un seul mot, et ils reviendront à toi. « Pourquoi es-tu abattue, ô mon âme, et gémis-tu en moi ? Espère en Dieu, car je le louerai encore, lui, le salut de ma face et mon Dieu ! » (Psaume 442, 12). « Vers toi, j’élève mon âme » (Psaume 25, 1), « que je n’aie pas de confusion ! » (Psaume 25, 2).
« Rends-moi justice, ô Dieu » (Psaume 43, 1). « Je ne puis rien faire de moi-même » (Jean 5, 30). « Rends-moi justice, Yahvé, car j’ai marché dans l’intégrité, et mettant ma confiance en Yahvé, je n’ai pas chancelé (Psaume 26, 1), mais je suis resté ferme dans la foi. Du moins je l’espère. Du moins est-ce ma ferme résolution de marcher dans tes voies, dans la justice et la sainteté (Luc 1, 75), sans chanceler, sans me laisser déstabiliser par les loups qui hurlent autour de moi : « Où est ton Dieu ? » Ils ne te voient pas, ils restent insensibles à ta présence et à ton action parce qu’ils t’ont délibérément extirpé de leur vie et de leur environnement. C’est ce qu’ils appellent d’un euphémisme : la laïcité (une certaine laïcité du moins). Tu n’as pas droit de cité. Ils ont pensé t’avoir tué. Mais tu es « le même hier, aujourd’hui et pour les siècles » (Hébreux 13, 8). Tu es vivant. Tu es ressuscité.
J’ai pris fait et cause pour toi, mon Dieu. Toi, « défends ma cause contre un peuple infidèle ; de l’homme de fraude et d’iniquité délivre-moi ! » (Psaume 43, 1), « délivre-moi de la main du méchant, des griffes de l’homme inique et cruel » (Psaume 71, 4). « Préserve-moi de l’homme violent. (…) Garde-moi des mains du méchant, préserve-moi de l’homme violent, qui méditent de faire trébucher mes pas » (Psaume 140, 2.5). « Que contre moi s’engage le combat, alors même j’aurai confiance » (Psaume 27, 3).

(à suivre…)

dimanche 27 juin 2010

Complainte de l’exilé (1) (Psaumes 42 et 43)

Complainte de l’exilé (1) (Psaumes 42 et 43)

Je me sens en exil ici-bas. Aussi fais-je mienne la complainte du psalmiste. « Comme le cerf soupire après les eaux courantes, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ! » (Psaume 42, 2). Que c’est donc vrai ! Je soupire après toi. Je voudrais vivre en ta présence, te voir, t’entendre. Je voudrais partager ton existence, parce qu’« il est bon pour nous d’être ici » (Luc 9, 33), avec toi. En vivant dans ta proximité, je peux m’appuyer sur toi et apprendre de toi. Fais que tu sois mon horizon, Seigneur. Que je me tourne vers toi sans cesse, que je vive en ne pensant qu’à toi, que je n’agisse que pour toi et avec toi. Mon âme aspire à vivre avec toi, car toi seul peux combler l’aspiration au bonheur qu’elle abrite, que tu lui as infusée, et que rien ici-bas ne peut satisfaire. C’est mon espérance quotidienne. (lire la suite) « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Psaume 42, 3). Une soif que tu y mets toi-même, une soif de toi que seule ta venue en moi peut désaltérer.
Heureusement pour nous, tu as prévu une étape intermédiaire, une progression comme par degrés. Avant l’union pleine et définitive en quoi consiste le ciel, tu as voulu et permis que nous te soyons unis réellement par le sacrement de l’Eucharistie. Tu nous donnes ta chair comme vraie nourriture et ton sang comme vraie boisson (Jean 6, 55), afin que tous, nous ne fassions qu’un avec toi, tout comme toi tu ne fais qu’un avec le Père (Jean 17, 22-23). C’est déjà quelque chose de prodigieux, qui nous donne un avant-goût des réalités célestes, des biens d’en-haut, « là où le Christ assis à la droite du Père » (Colossiens 3, 1), ces biens avec lesquels il n’y aura plus d’insatisfaction ni d’imperfection. « Mon âme a soif de toi, ma chair languit après toi, comme une pierre aride et assoiffée, faute d’eau » (Psaume 63, 2). « Je tends les mains vers toi » (Psaume 143, 6), car il n’y a que toi qui puisses me venir en aide et répondre à ce désir de bonheur qui m’habite. C’est en toi, et toi seul, que je peux me confier. Tu m’as créé pour toi, tu as mis le bonheur comme destinée finale, et même intermédiaire, à ma vie. Tu m’as fait pour vivre heureux en ta présence. Alors, « quand irai-je contempler la face de Dieu ? » (Psaume 42, 3). En vérité, de tout mon cœur, « il est une chose que je demande à Yahvé, je la désire ardemment : c’est d’habiter dans la maison de Yahvé, tout le temps de ma vie, pour jouir de la douceur de Yahvé et pour contempler son sanctuaire » (Psaume 27, 4). Cela me suffit. Il n’y a rien d’autre à attendre, plus aucune sollicitation externe qui puisse se faire sentir. Car la vie avec toi, en toi, comble sans combler, apporte une joie toujours neuve et renouvelée sains cesse, toujours accrue aussi. « Jouir de la douceur de Yahvé », toi qui es le Dieu « doux et humble de cœur » (Matthieu 11, 29).

(à suivre…)

lundi 17 mai 2010

Arrêts sur christianisme (54)

Arrêts sur christianisme (54)



Si nous écartons le terme « âme », nous retombons nécessairement dans le matérialisme qui n’élève pas le corps, mais le prive de sa dignité. Quand beaucoup disent qu’une âme dépourvue d’un corps entre la mort et la résurrection serait chose impossible, ils n’ont manifestement pas bien écouté l’Ecriture Sainte. Car après l’ascension du Christ, il n’y a plus le problème de l’âme dépourvue du corps : le Corps du Christ est le nouveau Ciel désormais ouvert. Quand nous serons devenus nous-mêmes des membres du Corps du Christ, nos âmes seront tenues dans ce Corps qui est devenu leur corps, et ainsi elles attendent la résurrection définitive dans laquelle Dieu sera tout en tous. Cette résurrection à la fin de l’histoire est cependant quelque chose de réellement nouveau. Nous ne pouvons pas nous imaginer cela puisque nous ne connaissons ni les possibilités de la matière ni celles du Créateur ? Depuis la résurrection du Christ nous savons, par contre, que non seulement les individus seront sauvés, mais que Dieu veut sauver toute la Création, et qu’il le peut.

J. Ratzinger/Benoît XVI, Dieu nous est proche. L’Eucharistie au cœur de l’Eglise, Parole et Silence, 2003, p. 160.

dimanche 28 mars 2010

Action de grâces (30)

Action de grâces (30)

Le Seigneur a mis son Amour dans notre âme. Maintenant, « il veut que nous l’appelions librement. Nous devons le retenir de force et le prier : Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme (Lc 24, 29) » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 314). Oui, reste avec moi, Seigneur. Ta présence sacramentelle ne dure qu’un temps, le temps de mon action de grâces présente. Mais reste avec moi pendant toute la journée. Je vais rencontrer sans doute bien des choses qui vont solliciter mon attention, éveiller des désirs, toucher mon cœur, émouvoir ma sensibilité. Ne permets pas que cela aille au détriment de l’accord que nous avons passé. Tu m’as dit : « Tu es mon fils » (Ps 2, 7), et moi je t’ai répondu : (lire la suite) « Voici que je viens. […] À faire ton bon plaisir, mon Dieu, je me complais, et ta loi est dans mon cœur » (Ps 40, 8). Et c’est à cela, et à cela seul, que je veux m’attacher de toutes mes forces. Les forces que tu renouvelles présentement lorsque tu t’arrêtes chez moi.
Reste avec moi ! Je sais bien que ce n’est pas toi qui vas partir comme cela, sur un coup de tête, mais que c’est moi qui, malgré mes protestations d’attachement indéfectible, peux aller chercher ailleurs ce que toi seul peut apporter : la joie et la paix. Stupide, voilà ce que je suis bien souvent. Stupide et ingrat, et inconstant de surcroît.
« Je ne vois pas tes plaies comme Thomas, certes, mais je reconnais que tu es mon Dieu. Fais que chaque jour je crois plus en toi, qu’en toi j’espère et que je t’aime toujours plus » (hymne Adoro te). Et pour cela, restes avec moi, Seigneur. Que tes anges montent la garde à la porte de mon âme pour que personne ne nous dérange. Je suis avec toi et tout à toi, et je veux apprendre de toi ce qui fait la joie de ton Père, ce qu’il attend de moi à chaque instant, à chaque pas.
Reste avec moi ! Mais comme la présence réelle ne dure qu’un temps, je prends d’assaut tous les tabernacles du monde (cf. saint Josémaria, Chemin, n° 876), ceux du moins où tu es réservé, et je viens me blottir auprès de toi, tout contre toi, pour sentir battre ton Cœur si aimant, blessé pour me racheter de mon iniquité. Ah ! mon Dieu, que tu es désirable. « Comme il est bon d’être ici » (Mt 17, 4) en ta sainte compagnie, en celle des anges, en celle de la
Sainte Vierge et de saint Joseph, et en celle de tous les saints et de toutes les saintes de France et du monde !

vendredi 26 mars 2010

Le jugement particulier

Le jugement particulier

Tous les témoignages sont concordants. Les saints auxquels Dieu a fait voir leur vie, la somme de leurs péchés, dans le moindre détail, toux ceux qu'ils ont commis parfois par omission et ceux auxquels ils n'ont pas accordé d'importance - ce sont des « péchés véniels », dit-on, comme pour les justifier - ont passé un très, très mauvais quart d'heure.
Heureusement que la Sainte Vierge est là. Elle est notre Avocate. Et il n'y en a pas deux comme elle. Mais malgré sa présence, l'âme se voit si souillée, si mauvaise, qu'elle perd toute assurance, (lire la suite) qu'elle sent en quelque sorte le sol se dérober sous ses pieds comme en cas de tremblement de terre, et qu'elle se met à douter de pouvoir être sauvée. Mais Marie veille. Il faut serrer bien fort sa main, et sentir la sienne qui nous encourage à avoir confiance.
Son assistance maternelle ne supprime pas l'épreuve. Pas plus que Dieu ne nous épargne les difficultés et les tentations : il nous donne sa grâce pour les surmonter et pour que nous grandissions ainsi en sainteté, ce qui, sans effort, serait impossible. C'est la Croix qui nous sauve. L'épreuve du jugement particulier est également indispensable. Elle est un ultime moyen dont Dieu veut pouvoir se servir pour susciter en nous une profonde contrition, un repentir intense de nos fautes et pour, si possible, purifier ainsi complètement et définitivement notre âme, sinon nous disposer à achever cette purification au purgatoire. « Chaque homme reçoit dans son âme immortelle sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier qui réfère sa vie au Christ, soit à travers une purification (cf. Concile de Lyon : Denzinger Hünermann, 857-858 ; Concile de Florence, DH, 1304-1306 ; Concile de Trente, DH, 1820), soit pour entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (cf. Benoît XII, DH, 1000-1001 ; Jean XXII, DH, 990), soit pour se damner immédiatement pour toujours (cf. Benoît XII, DH, 1002) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1022).
Nous savons que Dieu est notre Père. Il n'empêche que d'être découvert dans nos turpitudes, de prendre conscience de leur étendue et de leurs conséquences, nous fait estimer - non sans raison - que nous sommes passibles d'un châtiment éternel. Nous essayons de formuler une requête, la plus humble possible : « Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi ; je ne suis plus digne d'être regardé comme ton fils » (Luc 15, 19).
Dieu est notre Père. Marie est notre Mère. Nous ne pouvons pas douter d'eux. Mais c'est de nous-même que nous doutons alors. Nous voyons nos péchés - appelons-les avec ce mot, plus exact que « faute », qui édulcore un peu notre culpabilité - et le Père ne cesse de présenter son Fils en Croix à notre regard. Il nous fait assister à la Passion de ce Fils qui a poussé l'Amour jusqu'à mourir pour nous, pour mes péchés précisément, et qui me les pardonne. Mais qui n'aurait pas dû subir cette Passion si je m'étais maintenu fidèle et, avec moi, tous les hommes.
Me pardonner ! C'est cela. La pression de la main de Marie me le confirme. Elle ne m'a pas abandonné. Elle priait tandis que le jugement avait lieu. Elle faisait valoir à son Fils que j'ai toujours été son serviteur. Elle m'obtient alors une dernière grâce, qu'elle puise dans ce Cœur qui m'apparaît transpercé : « Ces grâces sont de mon Fils, je les prends dans son Cœur » (Notre Dame à Estelle Faguette, apparitions à Pellevoisin, en 1876).

vendredi 19 mars 2010

La pêche miraculeuse (1)

La pêche miraculeuse (1)

Jésus prêche. C'est une attitude habituelle chez lui. Il est venu annoncer la Parole qui sauve, la Parole de Vérité. Il est venu faire retentir la doctrine de vie : « Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 68). Il est lui-même le chemin à emprunter. Il est la Vérité personnifiée : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. Personne ne va au Père que par moi » (Jean 14, 6).
Nous avons déjà là une première orientation pour notre vie. En tant que baptisés, nous avons le droit d'annoncer l'Évangile, de proclamer Jésus, mort et ressuscité, Sauveur du monde, Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai Homme, en qui et par qui « nous avons la vie, le mouvement et l'être » (Actes 17, 28), en qui nous pouvons mettre toute notre espérance, (lire la suite) en qui se trouve notre avenir, car « il est le même hier, aujourd'hui et pour l'éternité » (Hébreux 13, 8).
Dieu nous fait connaître sa Parole, et cela, dans le cadre ordinaire de notre vie, en dehors des activités ecclésiastiques, dans le monde. Avec cela nous avons le droit à recevoir de l'Église, des pasteurs, cette Parole qui libère et donne tout son sens à notre vie. Nous avons le droit à la recevoir abondamment. C'est, avec les sacrements, les principaux biens et moyens de salut, les principales res sacrae, « choses sacrées ». Et nous avons aussi le devoir de publier les miséricordes de Dieu envers son peuple, la Bonne nouvelle « jusqu'aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8). En commençant par là où nous vivons, où nous devons être des témoins authentiques de Dieu.
« Nous allons accompagner le Christ dans cette pêche divine. Jésus est au bord du lac de Génésareth et les gens se bousculent autour de lui, désireux d’écouter la parole de Dieu (Luc 5, 1). Comme aujourd’hui ! Ne le voyez-vous pas ? Les gens désirent entendre le message de Dieu, bien qu’ils le dissimulent extérieurement. Certains ont peut-être oublié la doctrine du Christ ; d’autres, sans que ce soit de leur faute, ne l’ont jamais apprise, et considèrent la religion comme quelque chose qui n’est pas fait pour eux. Mais soyez convaincus d’une réalité toujours actuelle : tôt ou tard le moment arrive où l’âme n’en peut plus, où les explications habituelles ne lui suffisent plus, où les mensonges des faux prophètes ne la satisfont plus. Alors, sans l’admettre encore, ces personnes ont besoin d’apaiser leur inquiétude avec la doctrine du Seigneur » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 260).

(à suivre...)

samedi 13 mars 2010

À l'ombre de la Sainte Famille (6)

À l'ombre de la Sainte Famille (6)

Marie prend notre âme par la main, et nous conduit aux frontières du divin, aux portes du paradis : au-delà, nous ne pouvons y accéder pour l'heure. Il faut attendre. Mais ce sont des sensations fortes qu'elle lui ménage, de ces entrevues comme l'on a très rarement l'occasion d'en avoir sur terre avec les grands de ce monde. Or, ce n'est pas une fois, ni même cent, mais c'est à toute heure du jour et de la nuit. Quand nous le voulons bien. Quand nous décidons d'être un peu moins terre-à-terre. Quand nous consentons à regarder ce Jésus qui ouvre les bras et nous dit : « Je t'aime, tu sais ! » Au lieu de nous laisser séduire par celui qui promet de changer les pierres en pains, ou de nous faire faire la voltige et d'envoyer des anges nous ratrapper en l'air, ou encore qui nous offre le monde entier en partage et tous les ors et les honneurs de la République : ministre, membre du Conseil constitutionnel, membre de l'Académie française, membres des plus importants conseils d'administration, la poitrine bardée, blindée, de décorations. Et les gens qui s'effacent sur votre passage. Et les gens qui vous pressent, vous adulent et vous portent aux nues en votre présence (parce que dans votre dos, il faut les entendre dire...) (cf. Matthieu 4, 1-9). « C'est au seigneur ton Dieu que tu rendras hommage, et tu ne rendras de culte qu'à lui seul » (Matthieu 4, 10).
Marie aère notre âme, la secoue pour que tombent en poussière les barreaux de l'orgueil, de la jalousie, du jugement hautain, de l'arrogance, de la sensualité, de l'avarice qui la tiennent emprisonnée. Elle déblaye le terrain devant nous, pour que, au lieu d'être collé au mur aveugle de notre ego, nous nous retrouvions face à d'immenses étendues à explorer, dans lesquelles planter l'étendard de son Fils.
Avançons avec Marie. Donc avec assurance. Sans craindre l'agitationdu monde, les cris hostiles des foules en furie. Aussi tranquilles que Jésus le jour où ses compatriotes de Nazareth voulurent le précipiter dans le vide et que « lui, passant au milieu d'eux, reprit sa marche » (Luc 4, 30). Si nous restons bien serrés contre Marie, nous n'avons pas à craindre les traits du monde. L'ennemi en est réduit à rugir, à faire du bruit, à s'agiter, à gesticuler. Il remue du vent comme un moulin. Il doit se faire peur à lui-même... Si besoin est, Marie sera la Vierge à la massue dont l'origine remonte à une légende, très répandue au Moyen-Âge, selon laquelle une femme a conçu un jeune garçon qu'elle a promis au diable. Non baptisé, il apprend qu'il a le démon pour père, se rend à Rome et, de fil en aiguille, se retrouve finalement en Égypte chez un ermite dont la prière adressée à Marie obtient sa délivrance. Selon le récit d'un autre miracle, un enfant de six ans ne cessait de fatiguer sa mère qui, n'en pouvant plus, lui cria : « Va au diable; petite peste. » Le démon apparut aussitôt et saisit l'enfant. La mère appela alors la Madonna del Soccorso pour le sauver des griffes de Satan. Marie vint, vêtue de blanc et d'or, tenant une massue avec laquelle elle terrassa le démon qu'elle piétina, tout en protégeant le garçon sous son manteau.

(à suivre...)

vendredi 19 février 2010

La générosité de Dieu (2)

La générosité de Dieu (2)

Au jeu de la générosité, nul ne peut dépasser Dieu. Nous ne pouvons même pas nous en approcher quelque peu. Cela fait-il naître le découragement en nous ? En aucun cas. C'est une invitation à essayer d'être sincèrement généreux, c'est-à-dire à ne rien garder pour nous des dons que nous avons reçus, mais à les restituer à Dieu avec les résultats qu'ils nous ont permis d'obtenir, avec leurs « intérêts », car la grâce divine nous a aidés à les faire fructifier. Que Dieu est grand ! Heureusement que nous pouvons remonter le cours de sa générosité pour en atteindre la source : le Cœur très aimant du Seigneur. C'est quand nous contemplons ce Cœur, transpercé par la lance, orné de la couronne d'épines qui le blesse, plus encore, (lire la suite) c'est quand nous nous engageons dans les volutes d'Amour de ce Cœur que nous voulons ne plus vivre pour nous, mais n'exister que pour Dieu et pour les autres. Il n'y a nul mépris du monde en cela. Car c'est dans le monde que Dieu attend notre réponse amoureuse et l'offrande de toutes nos pensées, de tous nos plans et projets, de toutes nos actions et de tout notre être. Dans le monde et à partir du monde. À l'exemple du Seigneur qui a vécu le don radical de soi et l'adhésion absolue à la Volonté du Père en venant partager l'humaine condition, et la sublimer.
Mais il ne faut pas nous attacher à ce monde. Nous n'avons pas ici-bas de cité permanente (Hébreux 13, 14). C'est dans la mesure où nous faisons le vide en nous que nous pouvons nous remplir de Dieu; accueillir la liqueur de la Sagesse sans qu'elle s'évente et perde de sa saveur et de sa puissance opérative pour guérir les hommes de leurs infirmités. « Ne te résigne pas à la Croix. Il y a peu de générosité dans le mot résignation. Aime la Croix. Lorsque tu l’aimeras vraiment, ta Croix sera... une Croix, sans Croix » (saint Josémaria, Saint Rosaire, « Le portement de la Croix »). Ce n'est pas un pis-aller. Non. C'est la route de la victoire, donc de la vie inamissible. Il y a plus de joie à donner qu'à
Lienrecevoir, plus encore si Celui à qui nous offrons notre pauvre petite vie nous octroie avec largesse de nouvelles grâces, qui nous surprennent, tant elles ne sont pas méritées. Dieu nous fait comprendre qu'il dispose de ressources infinies, et qu'il suffit que nous manifestions notre bonne volonté pour qu'il arrive en force dans notre âme, la gréant à nouveau pour la navigation de la vie.

(à suivre...)

mercredi 17 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (2)

L'Eucharistie et le ciel (2)

Si la vision d'une âme pure, sainte, peut produire un tel émerveillement, une telle certitude, que dire de la vision du Seigneur réellement présent dans l'Eucharistie ? Assurément, c'en serait trop pour nos pauvres forces et pour la capacité de notre cœur à battre d'amour. « Dieu nous ménage à cause de notre faiblesse » (curé d'Ars, Ce que prêchait le curé d'Ars, p. 113). Non seulement la divinité, mais ici l'humanité elle-même se cache à nos yeux. Toutefois nous croyons et confessons fermement l'un et l'autre.
Le peu que nous arrivons à entrapercevoir, ce que le Seigneur veut bien dévoiler de lui-même, nourrit également la troisième vertu théologale, l'espérance. (lire la suite) L'espérance de ne faire qu'un avec lui. Espérance qui n'a rien d'un leurre puisqu'elle s'accomplit peu à peu dans la marche vers l'identification, la divinisation, qui se produit communion après communion. Espérance donc qui avance de pair avec l'Amour du Christ, grâce auquel notre cœur peut continuer à battre, et qui se nourrit de la foi en la présence substantielle du Fils dans le pain et le vin consacrés, et donc aussi du Père et de l'Esprit.
« Présentement, en effet, nous voyons comme dans un miroir, d'une manière obscure ; mais alors nous verrons face à face. Présentement je connais d'une façon imparfaite, mais alors je connaîtrai tout comme j'ai été connu » (1 Corinthiens 13, 12). Mais un jour viendra où nous pourrons adorer et glorifier Dieu en connaissance de cause, dans un face à face indicible.

(fin)

mardi 16 février 2010

L'Eucharistie et le ciel (1)

L'Eucharistie et le ciel (1)

« Que c'est beau ! Après la consécration, le Bon Dieu est là comme dans le Ciel » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 113). L'adverbe « comme » n'entend pas établir une comparaison qui équivaudrait à dire : « Comme si Dieu se trouvait au ciel », ce qui laisserait supposer qu'il n'est pas réellement au ciel dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie. Pour nous, la présence véritable du Christ-Dieu dans les espèces sacramentelles est le ciel déjà commencé ici-bas, est le ciel.
Qu'est-ce que le ciel, sinon Dieu lui-même ? C'est la béatitude éternelle. C'est un degré de sainteté pérenne, participation de la sainteté de Celui qui est trois fois Saint. C'est un état (lire la suite) de perfection inentamée. Ce sont l'image et la ressemblance de Dieu retrouvés (cf. Genèse 1, 26). C'est un amour que rien ne peut faire défaillir. Dieu n'est-il pas tout cela à la fois ? La perfection absolue, personnifiée, et le lien de toute perfection en l'homme. Lien formé au moment du baptême et que l'Eucharistie ne cesse de renforcer en tant que sacrement de communion, de l'« union avec » Dieu par le Fils et avec son Esprit, lieu d'épanouissement maximum et véritable de notre identité d'enfant du Père.
« Si l'homme connaissait ce mystère, il mourrait d'amour » (curé d'Ars, Ibid.). Sans doute est-ce quand il acquiert cette connaissance qu'il ne tient plus en place et que Dieu le rappelle à lui. Si nous nous laissions pénétrer par ce mystère, notre foi en serait revigorée, elle serait à toute épreuve, car nous aurions alors une quasi-évidence de Dieu, de son existence, de sa présence amoureuse parmi nous. « Que c'est beau une âme ! Notre Seigneur en fit voir une à sainte Catherine. Elle la trouva si belle qu'elle dit : « Seigneur, si je ne savais pas qu'il n'y a qu'un Dieu, je croirais que c'en est un. » L'image de Dieu se réfléchit dans une âme pure comme le soleil dans l'eau. (...) Dieu contemple avec amour une âme pure. Il lui accorde tout ce qu'elle demande. Comment résisterait-il à une âme qui ne vit que pour lui, par lui et en lui ? Elle le cherche et Dieu se montre à elle ; elle l'appelle et Dieu vient ; elle ne fait plus qu'un avec lui ; elle enchaîne sa volonté. Une âme pure est toute-puissante sur le Cœur si bon de Notre Seigneur » (curé d'Ars, Ibid., p. 344).

(à suivre...)

lundi 18 janvier 2010

Action de grâces (24)

Action de grâces (24)

Il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie (cf. Lc 2, 7)… Seigneur, je t’ai fait une petite place, bien inconfortable. Tu es à l’étroit dans mon âme. Mais tu n’as pas hésité à y entrer quand je t’ai invité. Oh ! Merci, mille fois merci ! Je suis tout honteux de ne pas m’être mieux préparé à te recevoir, de ne pas avoir balayé et décoré le logis…
Au lieu d’avoir la tête et le cœur à toi, (lire la suite) ils sont bien souvent ailleurs… Et tu es là ! Ta présence remplit toute la maison. Tu illumines tout. Et tu parles. Je veux t’écouter, pour apprendre et m’enrichir. Mais souvent, je suis davantage Marthe que Marie, et je te laisse seul. J’ai tant à faire ! Je suis un homme important !
Ah ! mon Seigneur et mon Dieu ! Comme j’ai besoin que tu me rappelles à l’ordre des réalités premières, primordiales. Ô Marie, apprenez-moi à accueillir notre Jésus comme vous l’avez reçu dans votre sein virginal. Virginal ! J’ai tellement besoin que vous m’aidiez. Monstra te esse Matrem ! « Montrez que vous êtes notre Mère ! »
« Vers qui, Seigneur, diriger notre marche, sinon vers toi ? Toi seul nous parles de la vie et nous la donnes. Rends-nous digne de la table où ton Père aujourd’hui nous invite » (stance pour la fête du Saint-Sacrement).
Jésus, maintenant que tu es venu, reste avec moi. Avec toi, je me sens capable de tout ; sans toi, je ne puis rien faire (cf. Jn 15, 5). Je ne sais pas quoi te dire, et cependant je voudrais te dire tant de choses, te parler de mes frères, d’amis, te demander de mettre un terme au temps de l’épreuve… ut inimicos Sanctæ Ecclesiæ humiliare digneris, te rogamus, audi nos ! « Nous te demandons d’abaisser les ennemis de ta sainte Église, écoute-nous ! »
Fais-moi sentir ta présence, tout au long de la journée. Que je ne m’éloigne plus de toi. Je ne veux pas t’offenser davantage. Je tomberai, je le sais. Mais je ne voudrais plus pécher. Fais que ma volonté soit réelle, ferme. Mets sur mes lèvres des paroles de contrition et de componction, fais-moi vivre des œuvres d’expiation, uni à ta Croix, à la messe.

mercredi 30 décembre 2009

Action de grâces (22)

Action de grâces (22)

Ô bon Jésus, Toi qui viens de descendre dans mon âme — pourtant bien indigne de Te recevoir — « crée pour moi un cœur pur et donne-moi un esprit nouveau et ferme » (Ps 51, 12), ôte de ma chair le cœur de pierre qui m’empêche de t’aimer comme je le devrais, comme je le pourrais en fait, et remplace-le par un cœur de chair, et fais en sorte qu’il soit habité par ton Esprit.
Que le feu de son Amour — qui n’est autre que ton Amour et celui du Père, l’un pour l’autre, l’un dans l’autre — que le feu de l’Esprit brûle mes misères, mes innombrables misères, qu’il les brûle toutes. Qu’il n’en reste plus aucune. Qu’elles ne laissent aucune trace.
Car c’est toi que je veux aimer, de tout mon cœur. De ce cœur rajeuni par ton Esprit, renouvelé par ton Amour, rendu fort en Toi. (lire la suite) Je veux t’aimer de tout mon cœur, de toutes mes forces, de toute mon âme et de tout mon esprit. Et ce, chaque mois, chaque jour, chaque heure, chaque seconde, en tout et partout.
Mais hélas, malgré ces bons désirs, que tu mets toi-même dans mon âme, mon cœur est bien souvent mesquin et ingrat. Ah ! Seigneur, donne-moi un cœur nouveau. Apprends-moi à aimer comme toi-même tu nous as aimés et tu nous aimes. Et donne-moi l’Amour avec lequel tu veux que je t’aime.
Que ton Esprit me change et me réforme pour que j’aime sans détour la Très Sainte Trinité, la Vierge Marie, ma Mère si douce et si bonne, saint Joseph, mon père et seigneur, mes bonnes amies les âmes du purgatoire, et tous les hommes, car c’est pour nous que tu as versé ton Sang sur la Croix.
Quel « banquet précieux et stupéfiant, qui apporte le salut et qui est rempli de douceur ! Peut-il y avoir rien de plus précieux que ce banquet où l’on ne nous propose plus, comme dans l’ancienne Loi, de manger la chair des veaux et des boucs, mais le Christ qui est vraiment Dieu ? Y a-t-il rien de plus admirable que ce sacrement ? » (st Thomas d’Aquin, opuscule 57 en la fête du Saint-Sacrement).
Je me suis abreuvé à la fontaine de vie. Ô doux Jésus, aide-moi à passer cette journée uni au pape, à tous mes frères et à toutes mes sœurs, payant de ma personne et me dépensant joyeusement pour servir les âmes. J’ai confiance que toi, tu t’occuperas de la mienne.

lundi 14 décembre 2009

Action de grâces (20)

Action de grâces (20)

Toi, lumière inaccessible, voilà que tu es entré dans ma demeure, que tu es venu la transformer, l’enjoliver, y faire régner une harmonie qu’elle ne saurait avoir d’elle-même, la parer comme jamais les hommes n’ont su décorer leurs maisons, même en faisant appel aux artistes les plus renommés et les plus qualifiés.
Je te cherche, parce que mon âme aspire à toi. Elle a été créée — Tu l’as créée — pour qu’elle partage ta vie, pour qu’elle te reconnaisse pour son Dieu et t’adore. Je t’adore, Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, je t’adore, mon Dieu, dans l’unité de l’essence divine et la Trinité des Personnes. « Dieu Père, non engendré, Fils unique, Esprit Saint Conseiller, sainte et indivisible Trinité, nous te célébrons à pleine voix, de tout notre cœur ; nous te louons et te bénissons. À toi gloire à jamais » (Trisagium angelicum). (lire la suite)
Tu es présent dans l’Eucharistie — et donc dans cette Hostie que je viens de recevoir. C’est le vrai Pain de vie, qui me transforme en me divinisant peu à peu. Ah ! mon Dieu, je suis si grossier, si rustre, que je ne sais pas me laisser diviniser une bonne fois pour toutes. Et tu viens quand même à moi…
Ô Hostie salutaire ! De toi je reçois la Vie, celle qui t’unit au Père et à l’Esprit dans une commune Volonté et un commun dessein d’Amour. Je veux répondre à cet Amour, et t’aimer comme ceux qui t’ont aimé le plus ici-bas, t’aimer comme Marie et Joseph ont su le faire. Que rien ne vienne refroidir cet amour. Que tout l’enflamme encore plus. Que rien ne l’étouffe, plus jamais, non plus jamais, Seigneur.
Par ce Pain de Vie que tu m’as donné, sanctifie-moi, identifie-moi à la Volonté du Père, fais que je n’ai d’autre visée que d’accomplir ton plan de salut, de mourir à mi-même pour que ma vie de chaque instant, unie à l’hostie sainte, devienne le Pain que tu nous donnes pour notre salut et pour parcourir jusqu’au bout notre chemin, avec la joie propre aux enfants de Dieu.

samedi 14 novembre 2009

Dieu n'est pas loin (2)

Dieu n'est pas loin (2)

S'il lâche la main de son accompagnateur, un enfant a vite fait de choir ou de se perdre. Et de se sentir impuissant, terriblement seul. Et de pleurer pour un rien.
Mais il n'y a jamais de « riens » dans la vie intérieure. Tout a une valeur d'éternité. Tout est une participation tenace, laborieuse, persévérante à l'édification du Temple du Saint-Esprit qu'est notre âme (1 Corinthiens 3, 16), tout est un nouveau geste du maçon qui construit posément et avec un art consommé l'édifice où l'enfant de Dieu que nous sommes doit demeurer à jamais en compagnie de son Père.
« Je ne le ferai plus jamais. » Du moins (lire la suite) est-ce ma volonté bien arrêtée. C'est ce que nous disons au Seigneur, aujourd'hui, maintenant. Pour être en mesure de le redire lorsque le don de soi deviendra difficile, lorsque la tiédeur, la lâcheté, l'égoïsme voudront prendre le dessus, ce « vieil homme » (Romains 6, 6) que nous portons en nous, et qui est l'ennemi déclaré de notre âme si nous n'en jugulons pas résolument les élans, pour n'en conserver que les bons et jeter les autres.
« Ne t'attriste pas quand il te semblera que le Seigneur t'abandonne » (saint Josémaria, Forge, n° 250). Ce n'est qu'un sentiment. Mais qui nous impressionne. Parce que nous pensons que cela ne devrait jamais se produire. Que si Dieu existait vraiment... Nous embrayons tout de suite en cinquième vitesse. À la moindre difficulté, nous partons dans de grandes tirades, nous faisons donner l'artillerie lourde. C'est pitoyable ! « Cherche-Le, sois plus opiniâtre ! » (Ibid.). Ou bien notre vie n'aurait-elle donc plus de sens parce qu'un petit nuage voile temporairement le soleil ? « Il y a beaucoup de chrétiens qui ne savent seulement pas pourquoi ils sont au monde. Le Bon Dieu nous a créés et mis au monde pour le servir, l'aimer et travailler à notre salut, rien que cela ; tout ce que nous faisons en dehors de cela, c'est du temps perdu » (Mgr René Fourrey, Ce que prêchait le Curé d'Ars, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2009, p. 52).

(à suivre...)

mercredi 30 septembre 2009

Action de grâces (10)

Action de grâces (10)

C’est le retour annoncé. Je partirai, mais « je ne vous laisserai pas orphelins : je reviendrai vers vous » (Jn 14, 18). Tu es fidèle à tes promesses. Mon âme est en fête, et « mon esprit exulte de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47), car il a fait des merveilles pour son humble serviteur, le fils de sa servante, Marie. Car c’est vraiment merveille que tu viennes habiter cette grotte enténébrée, sordide, malodorante qu’est mon âme, un lieu bien ingrat.
Mais toi, Seigneur, tu ne te laisses pas arrêter par des considérations humaines, tu ne penses pas comme nous, tes raisonnements ne sont pas ceux des hommes. Heureusement ! C’est pourquoi j’ai la joie, (lire la suite) l’immense joie de t’ouvrir les portes de mon âme. Le fait de te voir est tellement extraordinaire que la honte légitime à te montrer mon capharnaüm intérieur s’estompe. L’amour est plus fort que tout. C’est ce que tu nous as prouvé en mourant sur la Croix. C’est ce que tu prouves au quotidien en te rendant présent dans l’Eucharistie.
Je te reçois depuis si longtemps, plus d’un demi-siècle, et je suis encore si rustre et si grossier, j’en suis encore où j’en suis, alors que je devrais t’être uni sans désemparer, ne penser qu’à toi, n’aimer que toi, ne vivre que pour toi et par toi. Tu reviens avec une patience infinie, pour m’apprendre à y parvenir, par petites touches, peu à peu, pour qu’il soit bien clair que tout est le fruit de ta grâce.
Ô mon Dieu, si Doux et si Aimable, poursuis sans relâche cette œuvre de ma sanctification. Ne t’arrête pas, je t’en supplie, à mes trahisons. Je sais déjà que tu ne reviens pas sur mon passé, que tu m’as pardonné dans ton immense miséricorde. Et ce m’est d’une grande consolation. Mais il existe tout le monde caché des omissions et des pensées vaines. Je ne veux aimer que toi, mettre toutes mes énergies à t’aimer et à servir tes desseins de salut. Je veux faire ma nourriture de la Volonté de notre Père commun. Et sa volonté, c’est que je sois saint et source de sainteté.
Alors, ô bon Jésus, que cette communion à ton Corps et à ton Sang précieux me purifie et fasse de moi un alter Christus, un autre Christ ; que, comme saint Josémaria, j’agisse et disparaisse, pour que toi seul brille. Marie, le premier opus Dei, te le demande aussi, je le sais.

jeudi 3 septembre 2009

Action de grâces (5)

Action de grâces (5)

Seigneur, je te laisse bien souvent seul. Non seulement dans le tabernacle où tu te trouves réellement présent et devant lequel je me recueille insuffisamment et auprès duquel mon cœur devrait s’échapper constamment de là où je me trouve, des affaires dont je m’occupe, mais encore je te laisse seul parce que des soucis de ce monde prennent le pas sur les réalités d’en haut. « Ayez le sens des choses d’en haut, non de celles de la terre, nous dit saint Paul. Cherchez les choses d’en haut : c’est là qu’est le Christ » (Colossiens 3, 2.1).
Tu es en haut, et tu es en bas, en moi. (lire la suite) Je te laisse seul, et toi, tu ne me laisses pas seul, mais tu n’hésites pas à venir à moi en prenant tous les risques, étant entendu que je ne suis pas à la hauteur d’une telle visite et que je ne serai jamais suffisamment préparé et, peut-être, que je ne serai pas préparé du tout, mais pas du tout… Qu’est-ce que l’homme — que suis-je ? — pour que tu te souviennes de lui ? » (Psaume 8, 5). Doués d’intelligence et de volonté, nous sommes sans doute le chef-d’œuvre de ta création.
Tu dis et redis sans te lasser : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse 3, 20). Elle est formidable ton insistance ! J’ouvre, je m’empresse d’ouvrir dès que je perçois que tu frappes à la porte de mon âme. Et nous nous retrouvons en tête-à-tête. Et tu parles de choses sérieuses, « de la mort que tu allais connaître à Jérusalem » (Luc 9, 31), et de ce que tu n’es pas « venu établir la paix sur la terre, […] mais bien le glaive » (Luc 12, 51), la dissension, c’est-à-dire le combat de chacun contre les forces obscures, contre toutes les tentations de dislocation des liens qui m’unissent à toi.
Tu es avec moi, tu es à moi et je veux que ce repas prolonge ses effets sur toute ma vie, que mon lieu de travail soit la table du repas, l’autel du sacrifice vécu avec toi pour le salut de la multitude.

mercredi 26 août 2009

Action de grâces (3)

Action de grâces (3)

Te revois-là donc, Seigneur. Je t’aime, je t’aime. Je t’ai attendu plus que le veilleur n’attend l’aurore (cf. Psaume 130, 6), comme l’amoureux attend avec impatience sa dulcinée. Je guettais ta venue avec impatience, regardant à travers les volets de la fenêtre (cf. Cantique des cantiques 2, 9). Or, toi, tu ne te fais pas attendre. Mes sautes d’humeur, mes manques d’égard ne suscitent pas de caprices chez toi. Tu reviens. Ce sont nos retrouvailles quotidiennes, à l’heure que tu as toi-même fixée.
Je t’ai désiré, moi aussi — du moins m’y suis-je essayé — d’un grand désir, (lire la suite) pour manger cette Pâque avec toi, la Pâque de l’Alliance éternelle qui apporte le Pain de Vie pour le salut du monde.
Vois-le, ce monde, plongé dans les ténèbres de l’erreur, de l’ignorance, de la haine, ce monde qui te rejette. Je ne sais pas comment tu fais pour l’aimer malgré tout. Ou plutôt, je le comprends un peu en constatant que tu continues de m’aimer et de te faire aimer de moi, tout avorton que je sois.
Je t’aime. Aie pitié de ton peuple qui peine sur cette terre, en proie à la lutte sans trêve que lui imposent les sectateurs du semeur de haine, du père du mensonge. « Mon nom est Légion », disent-ils (Marc 5, 9). Et cela fait beaucoup de légions. Mais tes anges se comptent par « myriades de myriades » (Daniel 7, 10).
Et toi, Seigneur, tu es le Tout-Puissant. Tu peux tout. Si tu es capable de descendre dans ce vase d’argile et d’ignominie qu’est mon âme, comment douter un seul instant que tu peux retourner le monde, le faire revenir à la Vérité, à la splendeur de la Vérité.
Que tu es Grand. Merci. Encore mille fois merci ! Je ne le mérite pas. Mais reviens, continue de revenir, ne te lasses pas, je t’en supplie, par l’intercession de Marie, ta Mère et ma Mère, si Douce et au Cœur immaculé.

dimanche 24 mai 2009

Ce qu'est la liturgie

Ce qu'est la liturgie

Loin d’être une simple prière mentale, (la liturgie) s’exprime par les lèvres, elles se traduit par des attitudes corporelles, par des gestes ; attitudes et gestes qui ne sont pas laissés à la libre spontanéité de chacun, mais qui sont fixés par des lois constantes. C’est que la Révélation et les saintes Écritures nous apprennent non à dissocier le corps et l’âme, mais à discerner l’unité du composé humain, tel que Dieu l’a créé et que Dieu le sauve. « Dans l’homme, note Dom Capelle, le matériel et le spirituel ne sont pas juxtaposés, ils sont unis et cette union n’est pas une composition de deux choses distinctes, mais (lire la suite) la corrélation interne de deux éléments d’un seul et même être ; cette union est proprement une unité, et une unité substantielle ; c’est pourquoi un culte purement spirituel non seulement ne serait pas humain et devrait être rejeté, mais il est impossible ». Le corps, destiné à la Résurrection glorieuse, est déjà devenu ici-bas temple du Saint-Esprit par le baptême, il est nourri par l’Eucharistie, et Tertullien soulignait dès le début du IIIe siècle que les sacrements sont accomplis sur le corps pour sanctifier l’âme (De resurrectione 8, 3, CCL 2, p. 931). D’ailleurs, il n’est pas de sentiment authentique qui ne se traduise spontanément par l’attitude ou le geste ; en retour, l’attitude, le geste, l’action commandent un tel engagement de tout l’homme qu’ils expriment, intensifient ou même provoquent l’attitude intérieure : sur ce point, la psychologie et la pédagogie modernes confirment avec éclat la tradition des théologiens. Enfin ces signes sont requis par le caractère communautaire de la liturgie : l’unanimité des cœurs s’exprime au moins autant par les attitudes corporelles que par le chant, du moins c’en est une manifestation plus facile ; le langage de la parole, surtout de la parole du célébrant, reçoit une intelligence accrue par le geste. Le Christ a utilisé des gestes pour faire des miracles qu’un seul mot pouvait réaliser : il pouvait guérir l’aveugle-né sans salive et sans boue.

A. G. Martimort, L’Église en prière. Introduction à la Liturgie. I. Principes de la Liturgie, Desclée, édition nouvelle 1984, p.185-186.