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samedi 2 mai 2015

Le Psaume 2 (5)

Le Psaume 2 (5)

Tous ces potentats peuvent bien dire, à l’encontre de Dieu le Père et à l’encontre de Dieu le Fils, « brisons leurs entraves, et jetons loin de nous leurs chaînes » (Psaume 2, 3), ils ne s’en affranchiront que pour tomber dans un véritable esclavage, autrement asservissant et lourd, celui du démon. Mais à ce qu’il semble, ils le préfèrent à la liberté qui vient de Dieu. ils ignorent que « c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés » (Galates 5, 1) des entraves du péché. Pour Eusèbe de Césarée, les liens et le joug dont il est question ici seraient ceux imposés par les rois, ce qui reviendrait à dire : « Rompons les liens des païens, rejetons le joug de ces peuples qui forment de vains projets. » Pour Origène, ce serait le Fils qui dirait aux anges : « Rompons leurs liens de méchanceté, ensuite ils porteront le joug suave. »(lire la suite) Peut-être que ceux qui dominent le monde et lui imposent leurs lois, souvent, habituellement même, en contradiction avec les droits de Dieu, en arrivent parfois à se rendre compte tardivement que les commandements du Seigneur ne sont pas écrasants (cf. 1 Pierre 5, 2). Mais ils sont alors incapables de faire marche arrière, de renier leurs engagements temporels qui leur valent une apparence de puissance, la servilité et l’adulation des peuples dont ils formatent et déforment l’esprit grâce au contrôle et à la manipulation de la vérité, mais qui ne les suivent qu’autant qu’ils restent puissants à leurs yeux : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour [l’appréciation de l’opinion publique] vous rendront blanc ou noir (La Fontaine, Les animaux malades de la peste). Encore une fois, « pourquoi les nations s’agitent-elles en tumultes ? » (Ps 2, 1). Parce que leurs gouvernants les y poussent, y trouvant leur profit, provisoire et limité dans le temps. Ils reçoivent leurs biens, leur richesse, durant leur vie (cf. Luc 16, 25), pour tout ce qu’ils ont pu accomplir correctement. Mais après, ils seront « refoulés dans les ténèbres du dehors » (Matthieu 8, 12) où les attendent « les pleurs et les grincements de dents » (Matthieu 25, 30), et ce, pour l’éternité, sans rémission possible. Nous n’avons pas à nous inquiéter outre mesure de leurs succès, qui ne sont que provisoires, puisque le pouvoir qu’ils détiennent leur est octroyé par Dieu, comme Jésus l’explique à Pilate : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut » (Jean 19, 11). Méfions-nous d’eux et craignons-les toutefois s’ils peuvent faire périr notre âme avec notre corps dans le feu infernal (cf. Matthieu 11, 28). Mais eux, ils n’ont qu’un temps, leurs jours sont comptés. Ils quittent ce monde les uns après les autres, alors que nous restons, revêtus de l’immortalité (cf. 1 Corinthiens 15, 54). (à suivre…)

lundi 27 avril 2015

Le Psaume 2 (3)

Le Psaume 2 (3)

Nous ne pouvons pas oublier que le mal est présent parmi nous depuis les origines de l’humanité. « C’est un ennemi qui a fait cela », dit le Seigneur (Matthieu 13, 28). Parce qu’il est très actif dans la société cet ennemi de Dieu, ayant cependant échoué à anéantir l’Enfant mis au monde par la Femme, « il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » (Apocalypse 12, 9), et, « plein de fureur comme la Femme, s’en alla faire la guerre contre les autres de ses descendants, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui détiennent le témoignage de Jésus » (Apocalypse 12, 17), dont le front est marqué du sceau de Dieu (cf. Apocalypse 7, 3). Il a ses anges avec lui, et ses anges (lire la suite) – les puissances démoniaques – sont légion (cf. Marc 5, 9). Dans notre univers, ils occupent les places bien en vue, ils détiennent le pouvoir et les richesses, car le démon déclare que toute domination dans les royaumes de la terre lui a été remise et, ajoute-t-il, « je puis la donner à qui je veux » (Luc 4, 6). Ils sont adulés par les hommes. Ceci explique que « les rois de la terre se soulèvent et [que] les princes tiennent conseil ensemble contre le Seigneur et contre son Oint » (Psaume 2, 2), dont ils pensent n’avoir rien à attendre. Or, si « Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette cité avec les princes et les gens d’Israël contre ton Saint serviteur Jésus que tu avais oint : ils accomplissaient ce que tu avais souverainement et volontairement décidé par avance » (Actes 4, 27-28). Il en va de même avec les nouveaux Hérode et les nouveaux Ponce Pilate de notre temps, comme de toutes les époques. Ils ne peuvent faire que ce que Dieu les autorise à faire et, de toute façon, à leurs dépens, ils contribuent inconsciemment à l’accomplissement des plans de Dieu. C’est ce que saint Augustin exprime en termes généraux, quand il dit que « si les impies agissent souvent à l'encontre de la volonté divine, qu'ils n'en concluent pas que Dieu n'est point tout-puissant. S'ils font ce qu'il ne veut pas, lui fait d'eux ce qu'il veut, et jamais ils ne changent ni ne maîtrisent la volonté du Tout-Puissant [car, souvenons-nous-en, « il n’est pas d’autorité qui ne vienne de Dieu », Romains 13, 1, donc y compris celle des tyrans, des despotes en tous genres] ; toujours cette volonté s'accomplit, soit dans la juste condamnation, soit dans la délivrance miséricordieuse de l'homme. Ainsi rien n'est impossible au Tout-Puissant, que ce qu'il ne veut pas. Il fait servir les méchants, non pas aux desseins de leur volonté dépravée, mais aux vues de sa volonté toujours droite. De même que les méchants font un usage mauvais de leur nature bonne, c'est-à-dire de ce que Dieu a fait bon [cf. Genèse 1, 31], ainsi la Bonté divine fait un bon usage de leurs œuvres perverses, et sous aucun rapport la volonté du Tout-Puissant n'a le dessous. S'il n'avait dans sa bonté même le moyen de faire servir les méchants à la justice et au bien, il ne les laisserait assurément ni naître ni vivre. […] (à suivre…)

mardi 6 janvier 2015

Maternité de Marie (6)

Maternité de Marie (6)

C’est pourquoi j’insiste : Monstra te esse Matrem. Sous toutes les formes nécessaires, de toutes les façons utiles à mon âme, cette âme qui, en dernière instance, porte un reflet de la beauté et de la sainteté de votre fils premier-né, Jésus-Christ notre Seigneur. Cette âme qui est la demeure de votre divin Époux, le Saint-Esprit, et, avec lui du Père et du Fils, et donc votre propre habitacle. (lire la suite) Vous saurez me guider d’une main de fer dans un gant de velours, je n’en doute pas. Je vous en conjure, ô Mère, car je ne veux pas, je ne veux plus être de ceux qui répondent à la question de Pilate : « Que ferais-je de celui que vous appelez le roi des Juifs ? » (Marc 15, 12), par ce cri atroce qui, plus qu’un cri, est une véritable clameur de rébellion, insistante, réitérée : « Cruficie-le ! » (Marc 15, 13), mets-le en Croix. Ayez pitié de nous qui avons recours à vous. Un recours peut-être timide par instants, car la conscience de nos incartades nous fait honte et nous freine. Mais vers qui d’autre nous tourner ? Que ferai-je sans vous, puisqu’il est entendu une bonne fois pour toutes que toutes les grâces doivent passer par vous, par une volonté inamissible de votre divin Fils ? Emportez-moi avec votre Fils loin des démons qui s’en prennent à vous et voudraient vous perdre tous les deux, et moi avec vous (cf. Apocalypse 12, 3-6). Emportez-moi loin des nouveaux Hérode qui veulent faire périr l’enfant (cf. Matthieu 2, 13) que je suis. J’ai confiance en vous qui avez écrasé la tête du serpent infernal (cf. Genèse 3, 15). S’il renaît, tel l’hydre à dix têtes, et s’il vient menacer la paix et la fidélité de mon âme, écrasez-le de nouveau, massacrez-le de bon cœur et ainsi, avec vous et avec notre Seigneur, nous serons vainqueurs, et vainqueurs jusqu’au bout, jusqu’à recevoir « la couronne de la justice que m’accordera en ce jour-là le Seigneur, le juste Juge – votre Fils en personne – et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront chéri son apparition » (2 Timothée 4, 8). (fin)

vendredi 15 juillet 2011

Le silence de Jésus (1)

Le silence de Jésus (1)

Les quatre évangélistes sont d’accord pour rapporter que Jésus se taisait face à ses accusateurs, lors de sa Passion. Matthieu et Marc remarquent, pour leur part, qu’il a adopté cette attitude aussi bien devant le sanhédrin qu’en présence de Pilate. Lorsque de « nombreux témoins se fussent présentés » (Matthieu 26, 60), dont les « témoignages n’étaient pas concordants » (Marc 14, 57), le grand prêtre s’impatiente du mutisme de Jésus : « Tu ne réponds rien ! lui dit-il. Qu’est-ce que ces gens déposent contre toi ? » Mais Jésus gardait le silence » (Matthieu 26, 62-63). Tout n’était qu’un tissu de mensonges et sa propre vie lui importait peu. Plus exactement, il était résolu à mourir pour nous sauver. (lire la suite)
Mais alors le grand prêtre lui enjoint, sur un ton solennel : « Je t’adjure de par le Dieu vivant de nous dire si c’est toi qui est le Messie, le Fils de Dieu » (Matthieu 26, 63).
Curieuse question, puisqu’il n’est d’emblée pas disposé à accepter la réponse qu’il devine. « Jésus lui dit : « C’est toi-même qui l’a dit » (Matthieu 26, 64). Cette fois, il ne s’agit plus de sa propre personne, mais de la vérité. Et lui, qui est la Vérité (cf. Jean 14, 6), ne peut se taire, même si la proclamation de cette vérité-là doit lui coûter la vie : « Il a blasphémé ! Qu’avons-nous besoin encore de témoins ? Maintenant vous venez d’entendre le blasphème. Quel est votre sentiment ? Ils répondirent : « Il mérite la mort » (Matthieu 26, 65-66).
Conduit chez Pilate, car seul l’occupant romain peut prononcer une sentence de mort, Jésus laisse ses accusateurs se déchaîner à nouveau. « Il ne répondit rien aux accusations portées contre lui par les grands prêtres et les Anciens. Alors Pilate lui dit : « Tu n’entends pas tout ce dont ils te chargent ? » Mais il ne lui répondit sur aucun point » (Matthieu 27, 12-14). Il a mieux à faire : il ne cesse de prier. « Si bien que le gouverneur était grandement étonné » (Matthieu 27, 14).
« Alors Pilate lui dit : « Tu refuses de me parler ? Tu ne sais pas que j’ai le pouvoir de te libérer et que j’ai le pouvoir de te faire crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir, s’il ne t’avait été donné d’en haut. Aussi le péché de celui qui m’a livré à toi n’en est-il que plus grand » (Jean 19, 10-11).
Pilate n’en fut pas renforcé dans sa conviction de l’innocence de Jésus. Il lui demanda : « Qu’est-ce que la vérité ? » (Jean 18, 38), sans comprendre qu’il avait précisément affaire à la Vérité personnifiée et que ce que lui disait ce Jésus de Nazareth était la vérité pure et simple, non un coquetèle invraisemblable de reproches haineux.

(à suivre…)

mardi 21 juin 2011

La femme adultère (3)

La femme adultère (3)

Evidemment « c’était pour l'éprouver qu'ils l'interrogeaient ainsi, afin de pouvoir l'accuser (Jean 8, 6). C’est leur jeu préféré. « Alors les pharisiens s’éloignèrent et se concertèrent sur le moyen de le surprendre dans ses paroles » (Matthieu 22, 15), et, avec les scribes, « violemment irrités », ils commencèrent « à le faire parler sur quantité de sujets – un feu roulant de questions les plus variées et disparates, pour ne pas dire saugrenues, sans lui laisser le temps de répondre -, lui tendant des pièges pour surprendre quelqu’une de ses paroles » (Luc 11, 53-54), mais apparemment toujours en vain.
Ils sont ravis d’avoir déniché une femme surprise en plein délit d’adultère. Cela leur semble un cadeau du ciel. Et si jamais Jésus les confirmait dans leur résolution de lapider cette femme ? Qui sait ? Il est si souvent imprévisible… (lire la suite)
A en juger par leur attitude empressée et triomphante, ils ne s’attendent qu’à une seule réponse du Nazaréen : il faut pardonner à cette femme. Pardonner ! C’est un mot qu’ils ne comprennent pas. Ils ne savent pas ce qu’il veut dire. Pour eux, c’est « œil pour œil, dent pour dent » (Matthieu 5, 38). Tout le reste n’est que faiblesse et, pire que cela, infraction à la Loi. « Pour toi, quel est ton avis ? » (Jean 8, 5), qu’en dis-tu ?
« Mais
Jésus, s'étant baissé, écrivait sur la terre avec le doigt » (Jean 8, 6). Jésus se tait. Il écrit par terre. Il ne nous est pas dit qu’il dessine, mais qu’il écrit. Quoi donc ? Des versets de l’Ecriture ? Nous n’en savons rien. Il reste silencieux, comme lorsque les faux témoins formuleront toutes sortes d’accusations contre lui chez le grand prêtre (cf. Matthieu26, 63), tout comme lorsque les grands prêtres et les Anciens le dénonceront auprès de Pilate (cf. Matthieu 27, 12). Jésus répond à l’hystérie furieuse par le calme absolu et une totale maîtrise de soi. Il laisse les autres s’époumoner sans broncher, tant qu’il estime qu’il n’est pas utile d’intervenir.
Mais « comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre » (Jean 8, 7). « Tu supprimeras le mal de chez toi », est-il constamment répété au long du livre du Deutéronome (par ex. 17, 7), ce qui peut être interprété comme une invitation à la purification intérieure personnelle. En une phrase lapidaire, Jésus a résolu magistralement le problème et renvoyé chacun à ses responsabilités.
Qui parmi ceux qui assistent à la scène et réclament, ouvertement ou secrètement, la lapidation de cette femme peut se targuer d’être sans péché ? Même le pharisien qui s’auto-encensait de ses prières, de ses jeûnes et de ses aumônes (cf. Luc 18, 11-12) devait s’avouer pécheur.

(à suivre…)

samedi 15 janvier 2011

La prière de Jésus (2)

La prière de Jésus (2)

Jésus dit à son Père : « Tu me laisses seul. » « Pourtant tu résides dans le sanctuaire, ô gloire d’Israël » (Psaume 22, 4). Et moi, je n’ai pas déserté ton sanctuaire. « Tous les jours j’étais près de vous dans le Temple, où j’enseignais » (Marc 14,49). J’ai essayé de faire comprendre à ceux que tu m’as donné pour parents sur terre, qu’il me fallait « être dans la maison de mon Père » (Luc 2, 49), mais tout bons et saints qu’ils fussent, ils « ne comprirent pas la parole » que je leur dis (Luc 2, 50). C’était le zèle pour ta maison qui me dévorait déjà (Psaume 69, 10).
Et lorsque j’ai chassé les vendeurs, les changeurs et les marchands du Temple, c’est parce qu’ils avaient fait de notre maison de prière « une caverne de brigands » (Luc 19, 46). (lire la suite) C’est en ce lieux saint que « en toi se sont confiés nos pères ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés » (Psaume 22, 5). Ils s’étaient mis pourtant dans de mauvaises passes à de nombreuses reprises. Il a fallu que tes saints serviteurs bataillent avec toi, argumentent et insistent avec véhémence pour que tu te laisses convaincre de leur pardonner, de les délivrer du mal qui, autrement, se serait abattu sur eux. Et moi, vas-tu me laisser seul, désemparé ? N’y aura-t-il personne pour prendre ma défense ? Hélas, nul ne s’intéresse à moi. L’on dirait que tous se sont ligués contre moi. Et comme si cela ne suffisait pas, pour faire bonne mesure, tu te retires, et me laisses seul avec moi-même, avec mon angoisse : « Mon âme est triste à en mourir » (Matthieu 26, 38).
Eux, « ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés ; ils se sont confiés en toi, et ils n’ont pas été déçus » (Psaume 22, 6). Nous avions affirmé et garanti : « Non, aucun de ceux qui espèrent en toi ne sera confondu ; ceux-là seront confondus qui sont infidèles sans cause » (Psaume 25, 3). Tu leur as remis leur dette. Tu as fait table rase du passé. Tu t’es montré un Père pour eux. « Pour moi, je ne suis qu’un ver, et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple » (Psaume 22, 7). Vois à quelle extrémité je suis réduit. De quoi ai-je l’air, sur cette Croix, entouré de deux brigands ? Ah ! Pilate a eu beau faire clouer un écriteau avec l’inscription « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » (Jean 19, 19) et prendre la peine de le faire rédiger « en hébreu, en latin et en grec » (Jean 19, 20), cela ne change rien à ma situation, si ce n’est que les sarcasmes redoublent : « Il en a sauvés d’autres ; ne peut-il pas se sauver lui-même ? Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la Croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27, 42-43).

(à suivre…)

vendredi 23 juillet 2010

La prière de Jésus (2)

La prière de Jésus (2)

Tu me laisses seul. « Pourtant tu résides dans le sanctuaire, ô gloire d’Israël » (Psaume 22, 4). Et moi, je n’ai pas déserté ton sanctuaire. « Tous les jours j’étais près de vous dans le Temple, où j’enseignais » (Marc 14,49). J’ai essayé de faire comprendre à ceux que tu m’as donné pour parents sur terre, qu’il me fallait « être dans la maison de mon Père » (Luc 2, 49), mais tout bons et saints qu’ils fussent, ils « ne comprirent pas la parole » que je leur dis (Luc 2, 50). C’était le zèle pour ta maison qui me dévorait déjà (Psaume 69, 10). (lire la suite)
Et lorsque j’ai chassé les vendeurs, les changeurs et les marchands du Temple, c’est parce qu’ils avaient fait de notre maison de prière « une caverne de brigands » (Luc 19, 46). C’est en ce lieu saint que « en toi se sont confiés nos pères ; ils se sont confiés, et tu les as délivrés » (Psaume 22, 5). Ils s’étaient mis pourtant dans de mauvaises passes à de nombreuses reprises. Il a fallu que tes saints serviteurs bataillent avec toi, argumentent et insistent avec véhémence pour que tu te laisses convaincre de leur pardonner, de les délivrer du mal qui, autrement, se serait abattu sur eux. Et moi, vas-tu me laisser seul, désemparé ? N’y aura-t-il personne pour prendre ma défense ? Hélas ! Nul ne s’intéresse à moi. L’on dirait que tous se sont ligués contre moi. Et comme si cela ne suffisait pas, pour faire bonne mesure, tu te retires, et me laisses seul avec moi-même, avec mon angoisse : « Mon âme est triste à en mourir » (Matthieu 26, 38).
Eux, « ils ont crié vers toi, et ils ont été sauvés ; ils se sont confiés en toi, et ils n’ont pas été déçus » (Psaume 22, 6). Nous avions affirmé et garanti : « Non, aucun de ceux qui espèrent en toi ne sera confondu ; ceux-là seront confondus qui sont infidèles sans cause » (Psaume 25, 3). Tu leur as remis leur dette. Tu as fait table rase du passé. Tu t’es montré un Père pour eux. « Pour moi, je ne suis qu’un ver, et non un homme, l’opprobre des hommes et le rebut du peuple » (Psaume 22, 7). Vois à quelle extrémité je suis réduit. De quoi ai-je l’air, sur cette Croix, entouré de deux brigands ? Ah ! Pilate a eu beau faire clouer un écriteau avec l’inscription « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » (Jean 19, 19) et prendre la peine de le faire rédiger « en hébreu, en latin et en grec » (Jean 19, 20), cela ne change rien à ma situation, si ce n’est que les sarcasmes redoublent : « Ils en a sauvés d’autres ; ne peut-il pas se sauver lui-même ? Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la Croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27, 42-43). Ils se rappellent que je suis ton Fils. Et toi, tu sembles l’oublier. Tu ne me réponds pas. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Psaume 22, 2).

(à suivre…)

lundi 21 juin 2010

Confiance en Dieu (3)

Confiance en Dieu (3)

« Que peut me faire un mortel ? Tout le jour ils me prennent à partie, toutes leurs pensées sont contre moi pour me nuire. Ils se réunissent, ils tendent des embûches, ils épient mes traces, ils en veulent à ma vie » (Psaume 56, 5-7). Point de repos ni de répit. « Le méchant épie le juste, et il cherche à le faire mourir. (…) Les méchants tirent le glaive et bandent leur arc pour abattre l’humble et le pauvre, pour égorger ceux qui suivent la voie droite » (Psaume 37, 32.14). Ils délibèrent sur le moyen de se saisir de nous et de nous mettre à mort (Matthieu 26, 4). « Il fut décidé par eux qu’ils le feraient mourir » (Jean 11, 53). Le démon ne supporte pas le bien, et il complote la mort du juste. Il trouve toujours des sbires prêts à se soumettre à lui, à lui faire allégeance, à se réclamer de lui, et rien ne peut le réjouir autant que d’asservir les âmes, (lire la suite) de les tenir bien en laisse, dans des chaînes en réalité, et de les manipuler comme des marionnettes. L’on imagine leurs conciliabules dans des officines de luxe qui ont pignon sur rue, qui bénéficient de la complicité de qui devrait s’en méfier ! « Pour leur iniquité paie-les en retour ! Dans ta colère, ô Dieu, abats les peuples ! » (Psaume 56, 8). Là David va peut-être un peu loin. La solution par le vide est expéditive, mais pas la plus glorieuse. C’est même la solution de la facilité, qui élimine la Croix. Il vaut mieux affronter les difficultés avec, au poing, l’arme de la Croix. Je préfère entendre David demander : « Qu’ils soient honteux et confus ceux qui en veulent à ma vie ; qu’ils reculent et rougissent ceux qui méditent mon malheur ! (…) Qu’ils soient confondus et honteux tous ensemble ceux qui se réjouissent de mon malheur ! Qu’ils soient couverts de honte et d’ignominie ceux qui s’élèvent contre moi » (Psaume 35, 4.26). J’aime moins quand il te pose cette question : « Ne dois-je pas, Yahvé, haïr ceux qui me haïssent, et avoir en horreur ceux qui se dressent contre toi ? » (Psaume 139, 21) et qu’il ajoute : « Je les hais d’une haine totale, ils sont pour moi des ennemis » (Psaume 139, 22). La haine n’est-elle pas ce qui a conduit ton Fils à la mort. « Crucifie-le ! » (Luc 23, 21), scandaient-ils. N’était-ce pas un cri de haine ? L’acharnement des grands prêtres à dénoncer Jésus devant Pilate et à en obtenir une sentence de condamnation à mort, semblable à celle que leur grand Conseil avait porté, n’était-elle pas empreinte de haine ? La haine n’est pas bonne conseillère. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas ; celui qui tuera est bon pour la condamnation. – Et moi, je vous dis : Quiconque se met en colère contre son frère est bon pour la condamnation. Quiconque dira à son frère : Raca ! est bon pour le sanhédrin. Quiconque lui dira : Fou ! est bon pour aller à la géhenne de feu » (Matthieu 5, 21-22). Mais David est encore dans le contexte de la loi du talion, « œil pour œil et dent pour dent ». Nous ne pouvons pas lui en vouloir de réagir comme cela.

(à suivre…)

samedi 12 juin 2010

La filiation divine (2)

La filiation divine (2)

Nier les racines chrétiennes de notre civilisation, c’est refuser l’évidence. C’est rejeter l’hommage dû à Dieu, c’est témoigner de l’ingratitude au lieu de la reconnaissance. Les apôtres, une fois relâchés par le sanhédrin qui prétendait leur imposer le silence (Actes 4, 18), racontent aux leurs « tout ce que les grands prêtres et les Anciens leur avaient dit » (Actes 4, 23). A cet instant précis, ils sont tous saisis par l’Esprit, et ils citent littéralement ce passage du psaume 2 : « Maître, c’est toi qui a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils renferment ; toi qui as dit par l’Esprit Saint parlant par la bouche de David, ton serviteur : « Pourquoi les nations ont-elles frémi et les peuples ont-ils formé de vains projets ? Les rois de la terre se sont présentés et les chefs se sont ligués ensemble contre le Seigneur et contre son Oint. » (lire la suite) Car, en vérité, Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette cité avec les païens et les gens d’Israël contre ton saint serviteur Jésus que tu avais oint : ils accomplissaient ce que tu avais souverainement et volontairement décidé par avance. Mais maintenant, Seigneur, prête attention à leurs menaces et donne à tes serviteurs de faire entendre la parole avec une pleine assurance. A cette fin, étends la main pour que s’opèrent des guérisons, des prodiges et des signes par le nom de ton saint serviteur Jésus » (Actes 4, 24-30).
« Ce qui est fou pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion des sages et ce qui est faiblesse pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion de la force ; et ce qui pour le monde est sans naissance et méprisable, c’est ce que Dieu a choisi ; il a choisi ce qui n’est pas, pour réduire à néant ce qui est, afin que nul être ne se glorifie devant Dieu. C’est bien par lui que vous êtes dans le Christ Jésus qui, de par Dieu, est devenu pour nous sagesse, justice, sanctification et rédemption » (1 Corinthiens 1, 27-30). Tu as choisi avant tout ton propre Fils qui « n’a pas retenu jalousement son égalité avec Dieu, mais au contraire s’est dépouillé en prenant la condition d’esclave » (Philippiens 2, 6-7). C’est lui qui vient confondre les impudents, les orgueilleux détenteurs du pouvoir terrestre ? Ils ne peuvent nous conduire en enfer à notre corps défendant. Qu’ils y aillent, s’ils le veulent, mais qu’ils nous laissent en paix, c’est-à-dire avec Dieu.

(à suivre…)

dimanche 25 avril 2010

La sensibilité de Jésus (4)

La sensibilité de Jésus (4)

Mais auparavant, dès que Jésus est entré dans le Jardin de Gethsémani, il commença « à ressentir de la crainte et de l'angoisse » (Marc 14, 33). Il ne s'en cache pas de ses apôtres. Bien au contraire, il éprouve le besoin d'épancher son cœur auprès d'eux, en quête d'un peu de consolation : « Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez » (Marc 14, 34). Mais ses apôtres ne lui seront d'aucun secours. C'est triste à dire, mais c'est la réalité. Le Seigneur peut dire : « J'ai élevé et fait grandir des fils, mais ils se sont révoltés contre moi » (Isaïe 1, 2). Ils ne suivent pas Dieu, nous ne suivons pas Dieu là où il veut nous emmener avec lui. Participer au banquet de la Pâque, ça oui, cela ne pose pas de problème. Aller se reposer dans le jardin des Oliviers, (lire la suite) d'accord, nous sommes partants. Mais si le Seigneur nous dit : « Veillez et priez »... À la moindre exigence, dès qu'il s'agit de prendre sur soi, de se sacrifier, chacun va de son côté. S'amuser, faire la fête, jouir de la vie, passer de bons moments ensemble, nous sommes d'accord. Mais renoncer à un certain confort, prendre des risques quant à l'avenir..., à cela nous faisons la sourde oreille.
Et si Jésus souffre de la trahison de Judas, nous pouvons bien penser que notre égoïsme, notre attachement à nous-mêmes, qui le laisse seul au moment d'affronter l'épreuve, lui sont particulièrement difficiles à porter. Des fils rebelles, dès qu'il est question de ne pas se centrer sur soi et su son petit bien-être matériel, sur sa petite santé...
« Il est pénible de lire, dans les saints Évangiles, la question de Pilate : « Qui voulez-vous que je vous livre, Barabbas ou Jésus, qu’on appelle le Christ ? » Il est plus pénible d’entendre la réponse : « Barabbas ! » Et plus terrible encore de me rendre compte que, très souvent ! en m’écartant du chemin, j’ai dit aussi « Barabbas ! » et ajouté : « Le Christ ?… Crucifige eum ! — Crucifie-le ! » (saint Josémaria, Chemin, n° 296). Il se trouvera dans cette foule des disciples de Jésus. Ils l'ont suivi avec sincérité, mais superficialité. Ce sont de ces catholiques d'aujourd'hui qui, pour un oui pour un non, se dispensent de la messe dominicale. Ils ont tellement de choses plus importantes à faire ! Ce n'est pas risible, parce que l'enjeu est trop grand, trop grave. « Veillez et priez. » Autrement dit, « restez avec moi, tenez-moi compagnie. Si vous portez mon joug avec moi, ma Croix, « je referai vos forces » (Matthieu 11, 28).

(à suivre...)


samedi 17 avril 2010

L’appel à la conversion (2)

L'appel à la conversion (2)

« Autant de faits figuratifs par rapport à nous, afin que nous n’ayons pas de mauvaises convoitises, comme ce fut le cas pour eux. (…) Ne murmurez pas, comme le firent certains d’entre eux, et ils périrent sous les coups de l’Exterminateur. Or, toutes ces choses qui leur arrivaient figurativement furent mises par écrit pour notre instruction à nous » (1 Corinthiens 10, 6.10-11). Leur histoire a valeur d’avertissement, de mise en garde. Ce sont des exemples à ne pas imiter : « Ainsi donc, que celui qui se croit debout prenne garde de tomber » (1 Corinthiens 10, 12). Oui, tremblons à l’idée que nous ne sommes pas meilleurs que nos pères et que, s’ils ont trébuché à ce point, nous ne sommes pas à l’abri de pareilles turpitudes si, et seulement si, nous oublions Dieu, nous détournant vraiment de lui pour des biens purement humains, pour satisfaire « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’ostentation des richesses » (1 Pierre 2, 16).
Conversion ! conversion ! « Or, en ce temps-là, des gens vinrent lui rapporter ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui des victimes offertes par eux en sacrifice. Prenant la parole, il leur dit : « Vous imaginez-vous que ces Galiléens, pour avoir subi pareil sort, fussent de plus grands pécheurs que les autres Galiléens ? Non ! vous dis-je. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a écrasés, vous imaginez-vous que leur culpabilité fut plus grande que celle de tous les autres habitants de Jérusalem ? Non ! vous dis-je. Mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous de même » (Luc 13, 1-5).Pas sous les coups de Pilate, bien entendu, mais d’une mort inexorable qui nous rejettera loin de Dieu à tout jamais. Ce dont nous ne voulons à aucun prix ! Alors, convertissons-nous.

(fin)

samedi 19 décembre 2009

Les bienfaits cachés

Les bienfaits cachés

Quand, avec saint Josémaria, nous remercions Dieu de tous ses bienfaits, y compris de ceux qui restent cachés à nos yeux, nous incluons dans notre reconnaissance des grâces qui ne produiront leurs effets qu'au bout d'un certain temps.
Nous le voyons avec Simon de Cyrène. Jésus porte sa Croix. Il faut un Amour fou pour arriver à tenir le coup dans l'état où la soldatesque romaine l'a mis. Mais il est sur le point de défaillir. Il tombe, et c'est à grand peine qu'il peut se remettre sur pied et repartir. Aussi le centurion qui commande le détachement décide-t-il de réquisitionner un homme suffisamment fort, non pas tellement pour aider Jésus, mais pour faire en sorte d'en finir au plus vite. L'intention n'est pas des meilleures. (lire la suite)
Il regarde la foule, dans laquelle il y a de tout : beaucoup d'excités, beaucoup de femmes qui se lamentent (Luc 23, 27). Il avise « un passant qui revenait des champs, un certain Simon, de Cyrène, père d'Alexandre et de Rufus » (Marc 15, 21). L'histoire a conservé leur nom, à juste titre.
Pour Simon, l'ordre qu'il reçoit d'aider un condamné à mort est non seulement un contre-temps fâcheux mais quelque chose de déshonorant et cause d'impureté légale. Et ce, la veille de la grande fête de la Pâque, qu'il ne pourra pas célébrer dignement. C'est un comble. Mais les Romains n'en ont cure. Il maudit le centurion ainsi que le « malfaiteur » qui lui vaut une telle mésaventure, dont l'opprobre le poursuivra toute sa vie. Du moins le pense-t-il.
À ses yeux, ce qui lui arrive est très contrariant. C'est pourtant une grande grâce qui lui est faite. Il s'en apercevra plus tard. Pour le moment, il est à la peine, et il bertonne, comme on dit en Picardie, il maugrée entre ses dents. Mais c'est un brave homme, au fond. C'est pourquoi la grâce singulière qui lui est faite de prendre sa petite part à la Passion de notre Seigneur va porter ses fruits. La Croix du Christ va lui apporter, à lui et à ses fils, Alexandre et Rufus, la découverte de ce Jésus de Nazareth qui vient d'entrer brutalement dans leur vie. Ils ne se sépareront plus. Ils embrasseront la foi en ce que le « Roi des Juifs », comme le proclame l'écriteau mis par Pilate (Jean 19, 19-20), a enseigné, en sa doctrine. Ils découvriront qu'il est le Messie qu'ils attendent eux aussi. Et que ce Messie est le Fils de Dieu par surcroît ! Ils s'estimeront alors largement récompensés de leurs peines. L'irruption de la Croix, de la vraie Croix, leur a apporté des bienfaits, cachés à première vue : le salut de leur âme et l'amour de Dieu.


lundi 9 février 2009

Une vie nouvelle

Une vie nouvelle

Le Seigneur, les (ses disciples) ayant avertis de fuir, où demeurer et à quoi prendre garde, a résumé l’ensemble dans une indication générale, en disant : « Où sera le corps, là se rassembleront les aigles. » Ainsi conjoncturons d’abord qui sont les aigles, afin de préciser ce qu’est le corps. Les âmes des justes sont comparées aux aigles : ils se portent vers les hauteurs, délaissent les bas-fonds, parviennent, dit-on, à un âge avancé ; aussi David dit-il à son âme : « Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l’aigle » (Psaume 102, 5). Si donc nous avons identifié les aigles, nous ne pouvons plus avoir de doute sur le corps, surtout en nous souvenant que Joseph a reçu de Pilate le corps (Jean 19, 38). Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps : (lire la suite) Marie de Cléophas et Marie-Madeleine et Marie Mère du Seigneur et le groupe des Apôtres entourant le tombeau du Seigneur ? Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps, lorsqu’avec les nuées spirituelles viendra le Fils de l’homme, et que « tous les yeux le verront, et ceux qui l’ont transpercé » (Apocalypse 1, 7) ? Il est aussi un corps dont il a été dit : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang vraiment un breuvage » (Jean 6, 56). Autour de ce corps sont les aigles, volant à l’entour avec les ailes de l’esprit. Autour de ce corps sont encore les aigles qui croient que Jésus est venu dans la chair, puisque « tout esprit qui professe que Jésus-Christ est venu dans la chair, est de Dieu » (1 Jean 4, 2). Où donc il y a la foi, là se trouve le mystère, là le logis de la sainteté. C’est aussi un corps que l’Église : en elle la grâce du baptême nous donne le renouveau spirituel, et la vieillesse à son déclin reprend un âge et une vie nouvelle.

Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 8, 54-56.

samedi 10 janvier 2009

Qui était Caïphe ?

Qui était Caïphe ?

Caïphe (Joseph Caïphe) fut un grand prêtre contemporain de Jésus. Il est cité à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament (Matthieu 26, 3 ; 26, 57 ; Luc 3, 2 ; 11, 49 ; 18, 13–14.24.28 ; Actes 4, 6). L’historien juif Flavius Josèphe dit que Caïphe accéda au rang de grand prêtre autour de l’an 18. Nommé par Valérien Gratus, il fut déposé par Vitellus vers l’an 36 (Antiquités juives, 18, 35 et 17, 95). Il était marié avec la fille d'Anne. Toujours selon Flavius Josèphe, Anne avait été grand prêtre entre l’an 6 et l’an 15 (Antiquités juives, 18, 27 et 34). D’après cette datation, et conformément aussi à ce que disent les Évangiles, Caïphe était le grand prêtre quand Jésus fut condamné à mourir sur la Croix.
Sa longue durée dans la charge de grand prêtre est plus que significatif des relations fort cordiales qu’il entretenait avec l’administration romaine, y compris durant le mandat de Pilate. Dans ses écrits, Flavius Josèphe mentionne à plusieurs reprises les insultes de Pilate à l’identité religieuse et nationale des Juifs ainsi que les protestations de personnages bien déterminées. L’absence du nom de Caïphe – qui était précisément le grand prêtre à ce moment-là – parmi ceux qui se sont plaints des abus de Pilate, témoigne des bonnes relations entre les deux. Cette même attitude de proximité et de collaboration avec l’autorité romaine se trouve reflétée également dans ce que disent les Évangiles à propos du procès de Jésus et de sa condamnation à mort sur la Croix. Tous les récits évangéliques s’accordent sur le fait qu’après l’interrogatoire de Jésus, les princes des prêtres décidèrent de le livrer à Pilate (Matthieu 27, 1–2 ; Marc 15, 1 ; Luc 23, 1 et Jean 18, 28).
Pour savoir ce que les premiers chrétiens pensaient de la mort de Jésus, le récit que saint Jean fait dans son Évangile des délibérations préalables à sa condamnation est bien significatif : « L’un d’eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : - Vous ne comprenez rien, vous ne vous rendez pas compte qu’il est préférable qu’un seul homme meurt pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas. Or, cela il ne le dit pas de lui-même [précise l’évangéliste], mais, comme il était grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ; et pas seulement pour la nation, mais pour rassembler tous les enfants de Dieu qui étaient dispersés » (Jean 11, 49–52).
En 1990, on a trouvé dans la nécropole de Talpiot, à Jérusalem, douze ossuaires, dont l'un porte l’inscription « Joseph bar Kaiapha », c’est-à-dire le nom même que Flavius Josèphe attribue à Caïphe. Il s’agit d’ossuaires du Ier siècle, et les restes contenus dans ce récipient pourraient bien être ceux du personnage des Évangiles.

original en espagnol par Francisco Varo,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

vendredi 14 décembre 2007

Qui etait Pilate ? (2)

Qui était Pilate ? (2)

Un dernier fait rapporté par Josèphe est la violente répression des Samaritains au mont Garizim, vers 35. Après quoi, les Samaritains envoyèrent une légation auprès du gouverneur de la Syrie, Lucius Vitellius, qui suspendit Pilate de ses fonctions. Ce dernier fut rappelé à Rome pour s’expliquer, mais il arriva après la mort de Tibère (Antiquités juives 18, 85-89). Selon une tradition reprise par Eusèbe, il tomba en disgrâce sous le règne de Caligula et finit par se suicider.
Par la suite différentes légendes (lire la suite) ont vu le jour à son sujet. Certaines lui attribuent une horrible fin dans le Tibre ou à Vienne (France), tandis que d’autres (surtout les Actes de Pilate qui, au moyen âge, faisaient partie de l’Évangile de Nicodème) le présentent comme un converti au christianisme avec sa femme Procula, qui est vénérée comme sainte par l’Église orthodoxe en raison de sa défense de Jésus (Matthieu 27, 19). Pilate lui-même est rangé parmi les saints de l’Église éthiopienne et et de l'Église copte. Cependant, par-delà ces traditions qui, à l’origine, reflètent la volonté d’atténuer la culpabilité du gouverneur romain au temps où le christianisme éprouvait des difficultés à se frayer la voie dans l’empire, la figure de Pilate que nous connaissons par les Évangiles est celle d’un personnage indolent, qui n’ose pas faire face à la vérité et préfère contenter la foule.
Sa mention dans le Credo, malgré tout, est d’une grande importance parce qu’elle nous rappelle que la foi chrétienne est une religion historique et non un programme éthique ou une philosophie. La rédemption s’est réalisée en un lieu concret du monde, la Palestine, à un temps précis de l’histoire, c’est-à-dire lorsque Pilate était préfet de Judée.

original en espagnol par Juan Chapa,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

jeudi 13 décembre 2007

Qui etait Ponce Pilate ? (1)


Qui était Ponce Pilate ? (1)

Ponce Pilate a occupé la charge de préfet de la province romaine de Judée, de 26 après Jésus–Christ à 36 ou au début de 37 apr. J.–C. Sa juridiction s’étendait aussi à la Samarie et à l’Idumée. Nous ne savons rien de sûr concernant sa vie avant ces dates. Le titre de sa fonction était celui de praefectus, comme pour ceux qui ont rempli la même charge avant l’empereur Claudius, ce que confirme une inscription retrouvée à Césarée. Le titre de procureur, que des auteurs anciens utilisent pour désigner sa fonction est un anachronisme. Les Évangiles se réfèrent à lui (lire la suite) avec le titre générique de « gouverneur ». En tant que préfet, il lui revenait de maintenir l’ordre dans la province et de l’administrer au plan judiciaire et économique. Par conséquent, il devait être à la tête de l’appareil judiciaire (il agit bien ainsi dans le procès de Jésus) et percevoir tributs et impôts pour subvenir aux nécessités de la province et de Rome. Nous n’avons pas de preuve directe de cette dernière fonction, même si l’incident de l’aqueduc, que relate Flavius Josèphe (voir plus loin) en est sûrement une conséquence. En outre, on a retrouvé des pièces de monnaie, battues à Jérusalem, dans les années 29, 30 et 31, qui ont sans doute été frappées sur ordre de Pilate. Mais ce préfet est passé à l’histoire surtout parce que c'est lui qui a ordonné l’exécution de Jésus de Nazareth. Par l’ironie du sort, son nom figure dans le symbole de la foi chrétienne : « Il a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli… »
Ses relations avec les Juifs, selon Philon et Flavius Josèphe, n’étaient pas bonnes du tout (l'information sur Pilate figure cher Philon, Légation à Caïus, 299-306 et Flavius Josèphe, Antiquités juives 18, 55-62 ; La guerre des Juifs 2, 169-177). D’après Josèphe, les années de Pilate furent fort turbulentes en Palestine tandis que Philon affirme que le gouverneur se caractérisait par « sa vénalité, sa violence, ses vols, ses assauts, sa conduite abusive, ses fréquentes exécutions des prisonniers qui n’avaient pas été jugés, et sa férocité sans bornes » (Légation à Caïus 302). Même si l’intentionnalité et la compréhension propres à ces deux auteurs affecte probablement ces appréciations, la cruauté de Pilate, comme le suggère Luc 13, 1, où est mentionné l’incident de Galiléens, dont le gouverneur mêla le sang à celui de leurs sacrifices, ne semble pas faire de doute. Josèphe et Philon rapportent aussi que Pilate introduisit à Jérusalem des emblèmes en l’honneur de Tibère, ce qui provoqua une grande agitation au point qu’il dut les transférer à Césarée. Joseph raconte ailleurs que Pilate utilisa les fonds sacrés pour construire un aqueduc. Cette décision provoqua une révolte qui fut réprimée dans le sang. Certains pensent que c’est là l’épisode qui se trouve rapporté dans Luc 13, 1.

(à suivre...)