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samedi 18 avril 2015

Déclin de la religion

Déclin de la religion

L'analyse de P. Bouyer s'applique parfaitement à la situation dans laquelle se trouvent les pays occidentaux : "Tant qu’une civilisation se développe d’une manière qui demeure créatrice, la religion s’y développe en elle. Quand la religion décline, c’est, régulièrement, que cette civilisation commence à vivre sur son acquis, sur sa lancée. Elle peut sembler alors, pour un regard superficiel, à son apogée. Elle peut paraître se développer encore. En fait, elle se décompose, et c’est parce qu’elle se décompose que la religion décline" L. Bouyer, Initiation chrétienne, Paris, Plon, 1958, p. 25

lundi 23 juillet 2012

Marie-Madeleine (2)

Marie-Madeleine (2)

« Comme les autres disciples, Marie de Magdala a dû voir Jésus rejeté par les chefs du peuple, arrêté, flagellé, condamné à mort et crucifié. Voir la Bonté en personne soumise à la méchanceté humaine, la Vérité raillée par le mensonge, la Miséricorde insultée par la vengeance, a dû être insupportable. Avec la mort de Jésus, l’espérance de ceux qui avaient mis leur confiance en Lui semblait perdue. Mais cette foi ne s’est jamais évanouie totalement : surtout dans le cœur de la Vierge Marie, la Mère de Jésus, la petite flamme est restée allumée d’une manière vive, même dans l’obscurité de la nuit. Dans ce monde, l’espérance ne peut pas ne pas tenir compte de la dureté du mal. Ce n’est pas seulement le mur de la mort qui lui fait obstacle, mais plus encore, ce sont les pointes acérées de la jalousie et de l’orgueil, du mensonge et de la violence. (lire la suite) Jésus est passé par cet enlacement mortel, pour nous ouvrir le passage vers le Royaume de la vie. Il y eut un moment où Jésus apparaissait vaincu : les ténèbres avaient couvert la terre, le silence de Dieu était total et l’espérance, une parole qui semblait désormais vaine » (Benoît XVI, Message pour le jour de Pâques, 8 avril 2012). Et maintenant, de surcroît, toute trace de Jésus a été effacée. Son corps n’est plus dans la tombe.
Marie-Madeleine est une des nombreuses femmes qui « avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir » (Matthieu 27, 55) et qui ont assisté le Seigneur « de leurs biens » dans ses déplacements apostoliques (Luc 8, 1-3). Avec la Sainte Vierge, elle l’a suivi courageusement jusqu’à la Croix (Jean 19, 25) et elle a vu l’endroit où son corps a été déposé (Luc 23, 55). Maintenant, une fois écoulé le temps du sabbat et du repos prescrit, elle est venue au sépulcre, mue par son amour de Jésus. « Tout en pleurant, elle se pencha dans le tombeau » (Jean 20, 11). Assise, ne sachant que faire, elle pleure à chaudes larmes. Elle ne peut pas se rendre à l’évidence du tombeau vide. Les apôtres sont repartis. Mais elle reste. Elle attend. Elle-même ne sait pas quoi. Elle se penche dans le tombeau et alors « elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds » (Jean 20, 12). Parce que « son corps dans le sépulcre y est encadré par deux Anges, qui doivent être les mêmes que les Chérubins du Temple qui étendaient leurs ailes de part et d’autre du propitiatoire » (Louis Bouyer, Eucharistie. Théologie et spiritualité de la prière eucharistique, Paris, Desclée, 1966, p. 221). (à suivre…)

mardi 28 septembre 2010

Arrêts sur christianisme (63)

Arrêts sur christianisme -63)

Refuser le sacré, c’est refuser à Dieu toute possibilité de se manifester dans le monde qu’il a créé. Vouloir donc un christianisme où toute sacralité serait dépassée ou abolie, c’est vouloir un christianisme où Dieu ne serait plus nommé ni nommable ni exprimable, fût-ce pas simple allusion. Qu’on le veuille ou non, le rejet du sacré aboutit donc à ce qu’on a appelé « la mort de Dieu », mais qu’il faudrait appeler tout simplement l’oubli de Dieu.

Louis Bouyer, Le métier de théologien. Entretiens avec Georges Daix, Genève, Ad Solem, 2005, p. 103.

samedi 31 juillet 2010

Arrêts sur christianisme (59)

Ne nous le dissimulons pas : quelle que soit la voie où le chrétien se sente appelé, il ne peut être question pour lui d’esquiver la nécessité, tôt ou tard, de tout abandonner : lui-même, ses amours, ses possessions, quelles qu’elles soient. Tous, plus tôt ou plus tard, y sont contraints. Et n’allons pas imputer au christianisme lui-même cette rigoureuse nécessité. Elle s’impose pareillement à tous les hommes. C’est fermer les yeux à l’évidence que reprocher au christianisme d’introduire la Croix dans la vie des hommes. Il n’a pas à l’y introduire : elle y est. Ce n’est pas le christianisme qui l’y a mise. Il l’y a trouvée, tout simplement. Mais ce que le christianisme seul pouvait apporter, c’est un sens donné à la Croix. L’Evangile, seul, ajoute à la nécessité de la Croix la promesse de la résurrection. Il fait plus : il enseigne à faire de la Croix la voie vers la résurrection. Il nous permet de regarder le mal en face, parce qu’il nous fait trouver dans le mal de quoi le surmonter.

Louis Bouyer, Initiation chrétienne, Paris, Plon, 1958, p. 196-197.

dimanche 2 mai 2010

L’origine du chapelet (2)

L’origine du chapelet (2)

Au XVIe siècle, l'apparition de l'imprimerie permet d'illustrer les mystères. Par économie, on se limite rapidement à n'illustrer que les pensées des quinze « Notre Père », d'où les quinze mystères existant. Dans certaines régions, on disait une invocation à la fin de la première partie de l'Ave, en changeant à chaque Ave ou à chaque dizaine. Le Dominicain Alberto da Castello, par exemple, publie, en 1521, Le Rosaire de la glorieuse Vierge Marie, et propose les invocations suivantes pour la Crucifixion de Jésus : 1. Au prix de grandes souffrances, Jésus est cloué à la Croix. Je vous salue Marie... 2. Jésus est dressé en croix et placé entre deux voleurs. 3. Jésus prie pour ses bourreaux et nous donne ainsi un exemple. 4. Jésus promet le paradis au larron crucifié à sa droite. 5. Jésus confie sa Mère à Jean l'Évangéliste. 6. Jésus reste suspendu pendant trois heures en croix, le soleil s'obscurcit. 7. Jésus crucifié souffrant de la soif, on l'abreuve de fiel et de vinaigre. 8. Jésus déclare accomplir les Écritures qui parlent de lui. 9. Jésus rend le dernier soupir ; son côté est ouvert par la lance. 10. Jésus est descendu de la croix et mis au tombeau. En 1569, Pie V officialise la méditation des mystères et la rend nécessaire pour obtenir des indulgences. Cependant « la méditation distincte des « mystères » (...) doit tendre normalement à se fondre dans une vision à la fois très simple et très une de tout le Mystère du Christ en nous » (Louis Bouyer, Introduction à la vie spirituelle). En 1629, Timoteo Ricci publie le Rosaire perpétuel au couvent des Dominicains de Bologne : 8760 billets, autant que d'heures dans une année, sont tirés au sort pour que chacun assure une heure de récitation du Rosaire. En 1641, Jean Giffre de Richac publie le Rosaire perpétuel de la Vierge Marie pour obtenir par son entremise la paix désirée par toute la chestienté. Au XVIIIe siècle, la récitation en chœur se popularise. En France et en Allemagne l'on utilise les clausules, alors qu'en Italie et dans les pays de langue romane les mystères sont nommés au « Notre Père ». Après 1700 l'usage s'introduit d'ajouter le « Gloire au Père » à la fin de chaque dizaine. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort ne propose pas moins de cinq façons de réciter le Rosaire et publie le Secret admirable du Très Saint Rosaire.

(fin)

lundi 28 décembre 2009

Jésus-Christ vrai Homme

Jésus-Christ vrai Homme

Le Christ, parce qu'il n'est pas un homme quelconque parmi les hommes, mais le Fils de Dieu fait homme, loin d'être comme enfermé, ainsi que nous le sommes tous, par sa personnalité dans les limites de son individualité particulière, limites spatiales et temporelles, se trouve, du fait de sa personnalité divine, ouvert à tout l'humain.
On trouve en lui non pas quelque impensable humanité générale, qui ne serait celle d'aucun homme, mais l'humanité commune de tous les hommes récapitulée, pour emprunter sa formule à saint Irénée commentant l'épître aux Éphésiens, dans cette pers « commune » s'il en est qui est la sienne, (lire la suite) comme le dit Léonce. Il est l'un d'entre nous, dans doute, mais il ne l'est pas par opposition avec nous tous, dans une contre-distinction qui le ferait autre que chacun de nous, mais dans une assomption susceptible de nous englober tous, car, loin d'exclure rien d'aucun de nous, il nous inclut tous et toutes les possibilités de notre humanité, dans une réalisation de celle-ci qui en est comme l'universalité concrétisée.

Louis Bouyer, Le Fils éternel. Théologie de la Parole de Dieu et christologie, Paris, Les Éditions du Cerf, 1974, p. 479.

samedi 11 avril 2009

Les conséquences du péché

Les conséquences du péché

Le règne de Satan sur nous, aveuglant qui en est la conséquence, n’est qu’une suite du péché. Et cette suite est un jugement : c’est le jugement de Dieu. La volonté même par laquelle Dieu mettait la vie et la liberté dans son amour met dans le rejet de cet amour la sujétion et la mort.
Cette exigence de l’amour divin vue du dehors, c’est la loi comme la comprend saint Paul. Révélée à ceux qui n’ont pas en eux les moyens d’y adhérer comme au mouvement même de leur être, la loi devient, par dessus le démon, le premier ennemi de l’homme pécheur. On s’explique, dans cette perspective, que saint Paul n’hésite pas à la traiter comme telle tout en persistant à la déclarer bonne et parfaite, puisque divine (cf. en particulier Romains 7 en entier. De même Romains 10, 4 ; 1 Corinthiens 15, 56 ; Ga 3, 10-13 ; Colossiens 2, 14).
Plus profondément encore, notre grand ennemi, si osé que soit le paradoxe, il ne faut pas hésiter à l’énoncer, c’est l’amour même de Dieu. Car c’est en définitive la colère divine qui condamne le péché en nous comme Satan ; et cette colère, redisons-le, n’est que l’amour contristé.

Louis Bouyer, Le mystère pascal, Paris, Les Éd. du Cerf, 1950, p. 287-288.

jeudi 9 avril 2009

Le mystère eucharistique

Le mystère eucharistique

[C’est le Christ qui accomplit le Sacrifice] Cependant, c’est nous aussi qui l’accomplissons. En tant que baptisés dans le Christ, ayant revêtu le Christ (Ga 3, 27), nous sommes nous-mêmes représentés dans notre évêque, par le fait qu’il représente notre chef à tous pour réitérer aujourd’hui SON eucharistie avec NOTRE pain, pour unir son sacrifice à notre banquet. Car c’est ce pain, que nous mêmes allons / manger pour nous l’assimiler, que l’évêque offre au Père, et que nous offrons par lui, comme le corps du Fils crucifié.
Autrement dit, le signe où le Christ a voulu que son offrande immolée ne cessât pas d’être présente jusqu’à la fin des temps pour tous les siens, c’est notre propre aliment. C’est sous les espèces de notre propre nourriture que le Fils de Dieu fait homme s’offre maintenant à son Père. L’ayant offerte, il nous la rend ; mais elle n’est plus simplement du pain et du vin. Elle est devenue, selon sa parole, sa propre humanité, victorieuse sur la mort par l’immolation qui vient de se reproduire mystérieusement. Et c’est pour que nous la mangions qu’il nous la rend, c’est-à-dire pour que lui-même, dans son état éternel et divin d’offrande, état incarné en notre humanité par son immolation, ne fasse plus qu’un avec nous.

Louis Bouyer, Le mystère pascal, Paris, Les Éd. du Cerf, 1950, p. 127-128.