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lundi 8 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (4)

Une vie spirituelle sérieuse s’impose donc.

Parlons de cette vie intérieure solide, qui nous apparaît donc comme une condition sine qua non pour avancer sur le chemin de la sainteté et de l’apostolat, de la sainteté apostolique, pourrions-nous dire.

La recherche de la sainteté tout comme l’action évangélisatrice requièrent avant tout de développer une vie de prière. Notre Seigneur nous a clairement mis en garde : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Et, selon l’adage classique, « nul ne donne ce qu’il n’a pas ».

La messe dominicale est un minimum établi par notre sainte mère l’Église pour notre bien. Nous devrions être enthousiastes de la messe, puisqu’il nous y donné de revivre le sacrifice libérateur de la Croix et de pouvoir, si notre âme est bien disposée, recevoir dans la sainte communion l’auteur de toutes les grâces, notre Seigneur Jésus-Christ !

Mais comme il nous serait profitable de nous proposer des moments de prière au cours de la journée, à heure fixe ! Nous faisons l’expérience de nos limites, de notre incapacité à résoudre nombre de problèmes qui se présentent à nous, de notre faiblesse en présence des tentations.

Ouvrons l’Évangile. Nous constatons que Jésus ne cesse de nous inciter à prier, sans nous décourager et avec insistance, pour obtenir des grâces de son Père. Lui-même nous donne l’exemple de quelqu’un qui prie en toute circonstances et en tous lieux.

Notre Seigneur affirme qu’il prie pour nous. Il nous apprend aussi que le Saint-Esprit intercède auprès du père en notre faveur, « avec des gémissements ineffables ».

Comment ne pas entendre ses invitations répétées ? Comment ne pas chercher à imiter notre Seigneur et l’Esprit Paraclet ?

Je sais bien que le principal obstacle qui nous retient est le manque de temps. Mais n’éprouvons-nous pas une certaine honte de consacrer si peu de temps à Dieu alors que nous prenons pas mal de temps pour nous, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux et sur l’internet ?

Vous voyez comme il convient de nous y prendre si nous voulons faire une large place à Dieu dans nos journées. Sainte Jeanne d’Arc se proposait que Messire Dieu soit le premier servi. Nous ne nous repentirons jamais d’agir ainsi. Nous regretterons toujours de ne pas le faire.(lire la suite)Une conséquence consiste à comprendre que la vie chrétienne, pour un laïc, ne lui demande pas de passer des heures à l’église – ce serait un désordre et manquer à ses devoirs d’état – mais d’adopter une attitude habituelle de prière.

Je m’explique. Si, comme nous le disions tout à l’heure, nous offrons à Dieu toutes les activités que nous réalisons, le travail professionnel, les tâches ménagères, les occupations matérielles, les repas, les loisirs et mêle sommeil, alors tout se transforme en prière. Et si nous les offrons à une intention déterminée, tout devient occasion d’évangélisation. Saint Josémaria résumait cela en parlant de « sanctifier le travail, se sanctifier grâce à son travail et sanctifier les autres par son travail ».

Mentionnons aussi une autre forme de prière, qui n’a guère la côte de nos jours : le sacrifice, les privations volontaires. Elle s’impose pourtant, si nous voulons vivre à fond notre vocation chrétienne. Le Seigneur a clairement indiqué que la condition de disciple requiert de renoncer à soi et de porter sa croix chaque jour. Nous ne pouvons pas faire l’économie de la croix. Elle n’a rien de négatif, puisque c’est par la sainte Croix que notre Seigneur a voulu racheter le monde. Par elle, le Seigneur a donné un sens nouveau à la souffrance sous toutes ses formes, à nos renoncements volontaires pour faire face avec vision surnaturelle aux épreuves de la vie. L’Église ne nous invite-t-elle pas à vénérer la sainte Croix ?

La sanctification de la vie de chaque instant n’est pas une question de temps, mais d’amour de Dieu.

Vous connaissez peut-être l’anecdote suivante :

« Un jour un vieux professeur fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grandes entreprises. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux professeur n’avait donc qu’une heure. Debout, il les regarda un par un, lentement, puis il leur dit : « Nous allons réaliser une expérience. » De dessous la table, le professeur sortit un immense pot de plusieurs litres qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il exhiba une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord, et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva les yeux vers ses élèves et leur demanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Tous répondirent : « Oui. »

Il attendit quelques secondes et ajouta : « Vraiment ? » Alors il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de graviers. Avec minutie, il versa ces graviers sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux jusqu’au fond du pot. Le vieux professeur leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : « Est-ce que le pot est plein ? » Cette fois, ses brillants élèves commencèrent à comprendre son manège. L’un d’eux répondit : « Probablement pas ! »

« Bien ! » répondit le vieux professeur. Il se pencha se nouveau et cette fois sortit du sable de sous la table. Il le versa dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et les graviers. Encore une fois, il demanda : « Est-ce que le pot est plein ? »

Cette fois, sans hésiter et en chœur, les élèves répondirent : « Non ! » « Bien ! » répondit le vieux professeur. Et comme s’y attendaient les élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord.

Le vieux professeur dit alors : « Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? » Pas fou, le plus audacieux des élèves songea au sujet du cours, répondit : « Cela démontre que même lorsqu’on croit que notre agenda est complètement rempli, si l’on veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous et plus de choses à faire. » Non, répondit le vieux professeur, ce n’est pas cela ! La grande vérité que nous démontre l’expérience est la suivante : si l’on ne met les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire tous entrer ensuite. » Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.

Le vieux professeur leur dit alors : « Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé, votre famille, vos amis, vos rêves, votre carrière professionnelle ? Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre les gros cailloux en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas la réussir. Si on donne la priorité aux pacotilles – le gravier, le sable – on remplira sa vie de futilités, de choses sans importance et sans valeur, et nous n’aurons plus de temps à consacrer aux éléments importants. Alors n’oubliez pas de vous poser la question : quels sont les gros cailloux de ma vie ? Ensuite mettez-les en premier dans le pot de votre existence. » D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et quitta la salle lentement[1]. »

Telle est donc la façon exacte de considérer notre relation à Dieu.

En envisageant la vie sous cet angle, celui d’un enfant qui entend faire plaisir à son Père et lui témoigner de son amour, nous comprenons la grandeur de la vie ordinaire, nous sommes convaincus que la vie de la femme et de l’homme est vraiment un chemin de sainteté, une vocation chrétienne magnifique, et nous nous émerveillons à la perspective des chemins divins que le Seigneur a ouverts pour nous sur la terre, des chemins qui conduisent tout droit au paradis.



[1] Card. Robert Sarah avec Nicolas Diat, Dieu ou rien. Entretien sur la foi, Paris, Fayard, 2015, p. 172-174.

vendredi 5 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (3)

Ce qui importe donc avant tout pour un baptisé, ce n’est pas de réaliser une tâche déterminée, préparer le repas, conduire les enfants à l’école, organiser les vacances, exercer son métier, etc. Cela tout le monde le fait. Pour un chrétien, et c’est ce que l’Église attend de lui, fil s’agit de se sanctifier en préparant le repas, de se sanctifier en conduisant les enfants à l’école, de se sanctifier en organisant les vacances, de se sanctifier en exerçant son métier. C’est la même chose mais effectué dans une toute autre perspective, une perspective autrement attrayante et formidable.

« Pour moi, disait saint Josémaria, le travail d’une de mes filles membre de l’Opus Dei, qui est employée de maison, est de la même importance que le travail d’une de mes filles qui porte un titre nobiliaire. Dans les deux cas, la seule chose qui m'intéresse, c’est que le travail qu’elles effectuent soit un moyen et une occasion de sanctification pour elles-mêmes et pour les autres ; et le travail le plus important sera celui de la personne qui, dans sa propre occupation, et dans son propre état, devient plus sainte et accomplit avec le plus d’amour la mission reçue de Dieu. » Comme évoqué précédemment : qu’est-ce qui a le plus d’importance, le travail d’un ministre ou celui d’un balayeur des rues ? La réponse est identique : celui qui a le plus d’importance, c’est celui qui a été accompli avec plus d’amour de Dieu.(lire la suite)Nous ne nous situons pas au plan de la réussite humaine, mais à celui de la réussite surnaturelle. Soyons bien convaincus qu’il n’existe pas d’affaire plus important que celle de notre salut, de notre vie éternelle.

Rendre témoignage de sa foi avec naturel demande donc ce que saint Josémaria appelait « l’unité de vie ». Il expliquait ce concept en disant qu’il ne doit pas y avoir de compartiments étanches dans notre vie : d’un côté la vie de famille, d’un autre le travail, ou encore la vie de relation avec Dieu, les loisirs, etc. Mais que tout doit communiquer, imprimer sa marque aux autres aspects. Car nous sommes appelés à nous sanctifier par l’ensemble de nos actions, au risque d’être un pantin désarticulé. Parce que nous entendons nous sanctifier non seulement en participant à la messe dominicale ou en formulant quelques prières, seul ou en famille, mais aussi par tout le reste de notre vie. Autrement Dieu serait curieusement absent de la plus grande part de nos journées, qui perdraient de ce fait leur portée chrétienne, et seraient vécues comme si Dieu ne comptait pas pour nous, comme si elles étaient sans d’importance pour notre sanctification et pour l’évangélisation.

Il ne faut pas que nous en restions à l’horizontal, c’est-à-dire à accomplir des tâches que n’importe qui d’autre, à égalité de conditions, peut réaliser, peut-être même mieux que soi. Il convient de leur imprimer la verticalité, c'est-à-dire de les transcender, de leur donner une autre dimension en les faisant entrer dans la sphère de l’union à Dieu, de la prière.

Oui, vous avez bien entendu : de la prière. Un travail offert à Dieu se transforme en prière.

Si nous saisissons cela, nous comprenons de suite l’importance du travail professionnel et de toutes nos activités quotidiennes, même les plus banales, dans le plan de notre sanctification et de l’évangélisation.

Un théologien a fait remarquer que « l’ordre de Dieu à Adam « de cultiver [le jardin] et de le garder » emploie deux verbes hébreux, ‘aboda’ et ‘shama’. Deux mots riches, tous deux porteurs d’un double sens. Ils apparaissent ailleurs dans la Bible ; dans chaque cas pour décrire les devoirs ministériels des Lévites, la tribu des prêtres de l’ancien Israël. Le verbe ‘aboda’, souvent traduit par « servir », a en hébreu deux significations : le travail manuel ou bien le ministère sacerdotal, il peut suggérer les deux à la fois. Le verbe ‘shamar’ se traduit par « protéger » ou par « garder » et décrit la protection par les Lévites du lieu saint, le tabernacle, qu’ils gardent et protègent de la profanation.

Pour beaucoup de spécialistes de l’Écriture, l’auteur du Livre de la Genèse entendait suggérer tout cela dans le récit de la création d’Adam. Dieu créa Adam pour qu’il travaille et Il l’institua prêtre dans le temple cosmique. Ce n’étaient pas des activités séparées. Au commencement Adam a joui de l’unité de vie ; son travail était ordonné à l’adoration, il était en lui-même un acte d’adoration. À elle seule, la division du temps reflétait ce principe d’ordre. Dieu lui-même travailla six jours afin de sanctifier le septième en le rendant saint ; Dieu instaura le rythme du sabbat dans la structure de la création.

Par notre travail, nous pourrions ainsi adorer avec plus de perfection : adorer en travaillant »[1].

Le travail de l’homme revêt ainsi une valeur considérable dans le plan de la Rédemption. Le prouve le fait que Jésus lui-même ait voulu s’adonner à un métier. Si nous accomplissons notre propre tâche dans la perspective de notre sainteté et de cette d’autrui, cette tâche n’est jamais monotone, aussi répétitive soit-elle. Comme Monet le disait : « La Seine, je l’ai peinte toute ma vie, à toute heure, en toute saison. Je n’en ai jamais été las : elle est pour moi toujours nouvelle »[2].

Nous lisons dans un ouvrage de saint Josémaria : « Tu m’écris depuis ta cuisine, près du fourneau. L’après-midi commence. Il fait froid. À côté de toi, ta petite sœur (elle venait de découvrir la folie divine de vivre à fond sa vocation chrétienne) épluche des pommes de terre. Apparemment, penses-tu, son travail est le même qu’avant. Néanmoins il y a une si grande différence ! — C’est vrai : avant elle ne faisait “ qu’ ” éplucher des pommes de terre ; maintenant, elle se sanctifie en épluchant des pommes de terre. »

Voilà toute la différence de la part de quelqu’un qui a compris le sens profond de sa vocation chrétienne. Qu’est-ce que cela veut dire ? Prenant conscience des implications d’une vie de foi, la personne en question a compris qu’elle ne pouvait pas se contenter d’éplucher des pommes de terre sans plus, mais qu’elle travaillait en présence de Dieu, pour la gloire de Dieu.

Saint Jean XXIII, devant qui j’ai eu l’honneur de jouer une modeste pièce de théâtre alors qu’il était nonce à Paris, disait que « le travail, grâce auquel on réalise sa propre perfection surnaturelle, contribue à répandre sur les autres les fruits de la Rédemption, et la civilisation dans laquelle on vit et travaille est pénétrée du levain évangélique »[3].

Le travail que nous réalisons, d’autres l’accomplissent aussi qui appartiennent à une autre religion, sont agnostiques ou se déclarent athées ou anticléricaux viscéraux. Et ils remplissent leur devoir peut-être mieux que vous, avec plus d’esprit professionnel, en étant plus brillants. Quelle différence existe-t-il donc entre leur travail et le vôtre ? Apparemment aucune.

Sauf précisément d’y introduire une portée spirituelle, de l’exécuter avec une vision d’éternité, en y apportant un supplément d’âme.

Dit autrement, le catholique que nous sommes ne peut en rester à l’horizontale, comme tout le monde. Sa conception de la vie et sa croyance en la vie éternelle, son amour de Dieu surtout l’amènent à ajouter la dimension verticale. À tout élever à l’ordre spirituel. Le travail change de perspective. Il n’est plus un simple gagne-pain ou l’occasion d’un épanouissement personnel et d’un service rendu à la société. Il devient une véritable prière. Il est accompli en présence de Dieu et offert à Dieu. Il nous fait participer à l’activité créatrice de Dieu, puisqu’il faut porter la création à son achèvement. Il est imitation de Jésus-Christ, qui a voulu exercer un métier, pour nous montrer la noblesse du travail. Il nous permet de développer notre personnalité d’enfant de Dieu. Et, si nous le déposons en esprit à l’autel, avec toute le reste de notre vie, il nous permet aussi de nous unir au Sacrifice rédempteur du Sauveur et, partant, d’être co-rédempteur avec lui.

Vous voyez l’immense portée d’un travail de l’homme réalisé dans une vision chrétienne de la vie. Je ne m’étends pas sur cette dimension évangélisatrice, puisque nous y reviendrons dans deux semaines.

Mais les perspectives que je viens d’ouvrir peuvent nous paraître difficiles à intégrer à notre vie. À tort. D’une part, ce serait ignorer la présence de la grâce que Dieu ne refuse jamais à qui la lui demande, et, d’autre part, ce serait ignorer que nous avons tous une obligation de rechercher la sainteté et de faire de l’apostolat.

[1] Scot Hann, Travail ordinaire grâce extraordinaire. Mon itinéraire spirituel dans l’Opus Dei, Paris, Le Laurier, 2009, p. 38.

[2] Monet, cité par G. Poteau, Le Déjeuner de Giverny [vie de Monet], Paris, Éditions Hors Commerce, 2006, p. 160.

[3] St Jean XXIII, enc. Pacem in terris

mardi 2 avril 2024

Le rôle des laïcs dans l'Eglise et dans le monde (2)

Le rôle spécifique des laïcs dans l’Église

Cette sorte de définition du laïc nous permet d’en venir donc au rôle des laïcs dans l’Église.

Quand nous pensons à ce rôle, nous pensons peut-être spontanément à diverses fonctions comme assurer la lecture ou le service d’autel au cours de la messe. Le pape François a d’ailleurs institué récemment un ministère laïc de lecteur et d’acolyte. Ou bien nous envisageons le fait d’assumer la fonction de catéchiste, de participer à la chorale paroissiale, d’intervenir au Conseil des affaires économiques paroissial, de porter la sainte communion aux malades et aux personnes âgées ne pouvant pas se déplacer, de faire la quête ou de distribuer à l’entrée de l’église la feuille paroissiale préalablement mise en forme et imprimée…

Tout cela est nécessaire au bon fonctionnement de l’Église. Mais nous n’y trouvons pas d’indication satisfaisante sur le rôle des laïcs dans l’Église. En réalité, avec ces différentes tâches, encore une fois fort utiles, nous sommes bien loin de l’essentiel. S’il fallait se limiter à ces tâches, matérielles pour nombre d’entre elles, nous serions sans plus en présence d’une cléricalisation des laïcs, contre laquelle le pape François nous a mis en garde. (lire la suite)Au cardinal Marty, archevêque de Paris, lui disant que « la mission propre des laïcs est d’ordonner les structures séculières selon le vouloir divin », st Josémaria répondit : « Oui, mais il faut d’abord qu’ils soient bien ordonnés en eux-mêmes : en étant des hommes et des femmes de vie intérieure profonde, des âmes de prière et de sacrifice. Autrement, au lieu d’ordonner ces réalités familiales et sociales, ils y introduiront leur propre désordre personnel. » Et ils se feront absorber par l’esprit mondain, au lieu de communiquer un style de vie chrétien au monde.

Cette remarque me semble très éclairante. Elle nous apporte au fond la réponse à notre question sur le rôle des laïcs. Ce que l’Église attend avant tout des fidèles laïcs, ce que le monde attend d’eux prioritairement, c’est qu’ils soient de bons catholiques, cohérents avec les engagements de leur baptême, donnant l’exemple de personnes qui, conscientes de leurs défauts, savent les reconnaître, demander pardon le cas échéant, et lutter pour progresser sur la voie de la sainteté.

L’appel à la sainteté est qualifié, par le concile, d’appel universel à la sainteté. Il ne s’adresse donc pas, encore une fois, aux seuls prêtres et religieux. Mais de la place qu’ils occupent dans la société, les laïcs, je cite, « sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité ».

Nous voyons ici que l’appel à la sainteté se complète par un appel à l’évangélisation. Tous deux sont inséparables. Notre Seigneur disait de lui-même : « Je me sanctifie pour eux », pour les autres. La recherche de notre sainteté personnelle, d’un progrès dans la pratique de la foi et des vertus n’a de sens qu’en fonction des autres, précisément parce que vous vivez au milieu du monde.

Ajoutons encore qu’il revient aux laïcs, « d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur ».

J’ai intitulé cette conférence « le rôle des laïcs dans l’Église et dans le monde ». Le décret conciliaire sur l’apostolat des laïcs l’explique en rappelant que « le laïc, qui est tout ensemble membre du peule de Dieu et de la cité des hommes n’a qu’une conscience chrétienne. Celle-ci doit le guider sans cesse ans les deux domaines » (n° 5).

Dans un document publié par le dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, nous pouvons lire qu’il existe « une différence fondamentale entre un bon mariage et un mariage saint ; dans un bon mariage, les conjoints s’efforcent de s’aimer ; dans un mariage saint, les époux remettent leurs efforts entre les mains de Dieu et leurs actions vont donc au-delà de ce qu’ils sont capables de faire, montrant ce que Dieu peut faire ». Nous pourrions gloser cette affirmation en mettant famille à la place de mariage, ou père et mère, chef d’entreprise, professionnel de quelque nature que ce soit.

samedi 30 mars 2024

Le rôle des laïcs dans l’Église et dans le monde (1)

Si vous prenez l’autoroute A 24, au sortir de Rome, 118 kms plus loin vous arrivez à Abruzzo. À peine entrés dans la ville, vous êtes invités à vous rendre au sanctuaire de la Madonna dei Bisognosi. Ce sanctuaire conserve une grande fresque du jugement universel, bien conservée et restaurée. Elle est significative d’une certaine « idéologie ». Y sont représentés au paradis des sœurs, des clercs et des religieux ; au purgatoire et dans l’enfer, se trouvent des représentants de pratiquement tous les métiers et toutes les professions existant à l’époque.

Le code de droit canonique de 1917, c'est-à-dire la législation universelle de l’Église catholique, parlait d’une sainteté des clercs et des religieux plus grande que celle des laïcs

L’Église était divisée en Église docens – enseignante – et Église discens – enseignée. Les fidèles laïcs n’avaient qu’à obéir à la hiérarchie. Ils étaient considérés comme des chrétiens de seconde zone, inférieurs aux prêtres et aux religieux, et pouvant difficilement se sauver au milieu des récifs de l’océan du monde.

Le peuple chrétien semblait s’accommoder vaille que vaille d’une telle situation subordonnée, même s’il ne manquait pas de fidèles désireux de grandir en sainteté et souffrant de ce que leurs aspirations légitimes fussent bridées.

Cette perspective pessimiste, méfiante et méprisante à l’égard des laïcs, a été fort heureusement renversée par le concile Vatican II. Les pères conciliaires nous renvoyaient ainsi aux origines de l’Église où ces distinguos douteux n’étaient pas de mise.

Quelques auteurs ont préparé cette révolution copernicienne. Je me limiterai à évoquer ici l’apport de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, auprès de qui j’ai eu la grande grâce de vivre. Il a été souvent qualifié de pionnier du concile Vatican II.

En effet, il a redécouvert le sacerdoce commun de tous les fidèles, à savoir que, du fait de la réception du baptême, nous naissons tous également à la grâce, nous devenons tous identiquement enfants de Dieu, et nous sommes tous appelés à une même sainteté, la sainteté de Dieu. Autrement dit, en raison du baptême, il existe une égalité radicale de tous les fidèles. Tous possèdent les mêmes droits fondamentaux et les mêmes devoirs fondamentaux dans l’Église. Ce n’est qu’ultérieurement, par la réception d’un autre sacrement, le sacrement de l’ordre sacré, qu’une diversification fonctionnelle intervient. (lire la suite)Le sacerdoce ministériel, essentiellement  distinct du sacerdoce commun des fidèles, est à son service.

J’ai mentionné l’existence de droits et de devoirs fondamentaux des fidèles et des laïcs. Permettez-moi une incise. Reconnus et proclamés par le concile Vatican II, ils ont été repris dans la législation universelle de l’Église, avec une valeur constitutionnelle. Cela signifie que toute disposition prise par l’autorité ecclésiastique doit toujours tenir compte de ces droits et devoirs fondamentaux et les respecter. Et qu’ils s’imposent comme critère herméneutique à l’heure d’interpréter toute loi ecclésiastique.

 

Une sainteté unique

Tout baptisé est appelé à la sainteté, avons-nous dit. Il convient de préciser que, en toute logique, mais c’est ce qui avait été perdu de vue depuis des siècles, il n’existe qu’une sainteté, qu’un modèle : la sainteté de Dieu.

Certes, par notre lutte ascétique de tous les jours, nous ne parvenons pas tous au même degré de sainteté. Mais cela ne saurait dépendre de la condition de chacun : marié, célibataire, jeune ou âgé, laïc, prêtre ou membre de la vie consacrée, ni d’avoir embrassé tel métier plutôt que tel autre, de posséder une culture déterminée, etc. Notre sainteté est fonction de la générosité avec laquelle nous nous efforçons d’aimer Dieu tout au long de notre vie, avec l’aide de la grâce, et de notre rectification, chaque fois que nous avons fait fausse route, de nos demandes de pardon.

Nous pouvons illustrer ce fait par la remarque suivante de saint Josémaria. Qu’est-ce qui est le plus important, le travail d’un balayeur de rue ou celui d’un ministre ? Il répondait : Cela dépendra de la droiture d’intention avec laquelle chacun agit, de l’amour de Dieu qu’il met à réaliser son travail, de son esprit de sacrifice. Si le balayeur de rue met plus d’amour à accomplir sa tâche que le ministre, son travail a plus de valeur aux yeux de Dieu, et donc en vue de la vie éternelle. Nous suivons ici un critère qui n’est pas humain, mais surnaturel, celui du monde dans lequel notre baptême nous a introduit, celui dans lequel nous escomptons bien demeurer pour l’éternité.

Ce principe essentiel étant posé, nous pouvons nous interroger sur le rôle des laïcs dans l’Église.

 

La notion de laïc

Mais auparavant, il convient de préciser ce qu’il faut entendre par laïc, car une certaine confusion subsiste. Nous disposons à cet égard principalement du chapitre IV sur les laïcs de la constitution sur l’Église du concile Vatican II et de l’exhortation apostolique post-synodale de saint Jean-Paul II, Les fidèles laïcs du Christ, de 1988.

Nous lisons dans le texte conciliaire que, « sous le nom de laïc, on entend ici l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de l’ordre sacré et de l’état religieux sanctionné dans l’Église, c'est-à-dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien ».

Il s’agit donc des baptisés tels qu’ils sortent des fonts baptismaux, des laïcs tout court, dont le statut n’a subi aucune modification par suite d’un engagement ultérieur, comme c’est le cas des membres ordonnés et de ceux qui embrassent la vie consacrée. Ce sont ceux qui exercent dans le monde la mission propre au peuple chrétien tout entier, sans qu’il leur soit besoin de recevoir une consécration ultérieure.

La constitution dogmatique précise ensuite que « le caractère séculier – c’est-à-dire le fait de vivre dans le monde – est le caractère propre et particulier des laïcs ». Les membres de l’ordre sacré vivent, certes, eux aussi, dans le monde, mais ils sont, « en raison de leur vocation particulière, principalement et expressément ordonnés au ministère sacré ». Quant aux fidèles qui appartiennent à la vie consacrée, « en vertu de leur état, [ils] attestent d’une manière éclatante et exceptionnelle que le monde ne peut se transfigurer et être offert à Dieu en dehors des Béatitudes ». Mais les laïcs se trouvent par vocation propre et par leur style de vie au milieu du monde au contact direct avec leurs semblables, égaux à eux.

Moyennant quoi, précise encore la constitution dogmatique sur l’Église, « la vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des affaires temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu ».)))

mercredi 20 mars 2019

Les caractéristiques de la mortification (6)

 Les caractéristiques de la mortification (6)

Le recours à la mortification dans la vie du chrétien est motivé, avons-nous dit, par l’appel universel à la sainteté, par la possibilité de développer notre union à Dieu, développement qui est une conséquence et une concrétisation, sous l’effet de la grâce, de notre filiation divine. La réaction du peuple élu à la lecture Torah retrouvée, la prière d’intercession accompagnée de jeûne de Moïse pour éviter que la colère de Dieu ne s’abatte sur le peuple rebelle, nous ont fourni de bons exemples en ce sens. Nous nous sommes demandés ensuite si un chrétien doit toujours se mortifier.(lire la suite)Question qui a reçu, nous nous y attendions bien sûr, une réponse positive. Mais accompagnée d’une précision : l’utilité d’établir une liste de quelques petites mortifications habituelles, bonnes pour la vie courante de tous les jours. L’étape suivante a consisté à souligner le côté « prière » des privations volontaires, sa caractéristique d’être de nature spirituelle, puisque offerte à Dieu par amour, et avec une intention déterminée, voire plusieurs intentions simultanées. Enfin nous avons abordé la question de la mortification sous l’angle de la « prière des sens », qui déborde le cadre du purement sensible et concerne aussi notre monde intérieur. Et nous invite en tout cas à envisager de petites mortifications discrètes, qui passent si possible inaperçues aux yeux des autres et qui, surtout, ne les mortifient pas eux-mêmes malgré eux, ne s’imposent pas eux.
La mortification fait donc intégralement partie de l’esprit chrétien. Elle est inscrite dans la vie du Christ dès les origines, puisque le Seigneur naît en vue de la Croix, avec pour mission d’aboutir au Calvaire, d’embrasser la Croix pour nous sauver. Mais elle n’existe pas pour lui à ce seul et unique instant. Nous n’imaginons pas notre Seigneur confortablement installé : « Le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête… » (Matthieu 8, 20). N’imaginons pas en train vivre ne pensant qu’à lui et se désintéressant… Nous ne l’imaginons pas manquant de tempérance, même si les esprits critiques lui reprocheront de manger avec les païens (cf. Matthieu 9, 11)…
Il est intéressant de souligner que les conditions que Jésus a choisies pour vivre parmi nous, il les a fait partager par d’autres. À commencer par Marie et Joseph.
Il est logique qu’il veuille nous y associer nous aussi… C’est au fond une très bonne affaire p nous. Car elle contribue à faire avancer l’affaire de notre sainteté. Marie et Joseph, soyez à mes côtés, pour que je sache me mortifier comme vous afin d’aider Jésus à accomplir sa mission universelle, et participer avec lui activement, heureusement, à la Rédemption. Une Rédemption qui continue de se réaliser. Et que notre Seigneur veut accomplir précisément en comptant avec nos apports concrets, avec nos petites mortifications offertes de gaieté de cœur.

(fin)

samedi 16 mars 2019

Les caractéristiques de la mortification (4)

 Les caractéristiques de la mortification (4)

Nous parviendrons à l’amitié avec Dieu si nous savons nous mortifier, si nous mettons la Sainte Croix dans toute notre vie – tout comme on met du sel dans chaque plat – afin que le côté somatique de notre être ne se corrompe pas.
Quand nous voyons une croix, nous ne considérons pas seulement le symbole d’un événement passé, qui nous a valu la libération du péché. Elle est aussi une invitation à venir y prendre notre place. Elle nous rappelle la valeur du Sang du Christ versé pour nous et de son amour. Elle est aussi « un reproche amoureux », disait saint Josémaria, qui nous presse de lui témoigner en retour de toute notre affection. Et indéniablement, nous montrons que nous aimons Dieu, non en en faisant à notre tête, mais en cherchant à faire sa Volonté, ce qui lui plaît et même si possible ce qui lui plaît le plus. Il existe des choses qui nous font plaisir et d’autres très plaisir. Évidemment, nous préférons les secondes…(lire la suite)
Ce qui plaît à Dieu, manifestement, c’est que nous ressemblions de plus en plus à son Fils, que nous parvenions pour de bon à être d’autres christs. Cela n’est possible que par le renoncement à soi et l’amour de la Croix. Les premiers chrétiens allaient à mort, au martyre en chantant des psaumes… Ils étaient heureux de porter leur croix, sachant que le Saint-Esprit, la force de Dieu, les assistait dans leurs tourments. Mais c’est l’exception, même si cela a concerné, et concerne encore de nos jours, beaucoup de nos frères et sœurs dans la foi.
Nous recherchons quant à nous la mortification dans les petites choses de chaque jour. Pourquoi ? Parce que, comme saint Josémaria le dit en une formule condensée, la mortification « est la prière des sens ». Et parce que nous avons à nous sanctifier intégralement, et non par parties ou seulement dans la dimension spirituelle de notre être.
Les renoncements volontaires sont la prière des sens, non seulement parce qu’ils permettent la prière, mais aussi parce qu’ils sont en eux-mêmes une forme de prière, une réalité vécue et offerte à Dieu dans une attitude d’amour. Dans la vie du chrétien la mortification permet de rejeter tout ce qu’il y a en nous de désordonné et d’ouvrir notre cœur. à l’amour de Dieu notre Père. L’âme s’en trouve d’autant plus libre pour s’adresser à son Seigneur. En réalité, en pratiquant les privations volontaires elle s’adresse déjà directement à lui, elle s’unit à lui, à son Sacrifice rédempteur. Par la mortification, nous désirons y prendre notre part, une petite part sans doute, mais au fond celle qui nous revient de droit. Seigneur, c’est toi que j’entends aimer et honorer d’une certaine façon en portant ma croix. C’est ma manière de rendre hommage à ta Croix salvatrice, de montrer que j’en comprends la signification et la portée. Et qu’il est impossible pour qui prétend vivre chrétiennement, de faire l’impasse sur ce type prière. Ce serait t’aimer bien pauvrement, partiellement, et donc, en réalité ne pas t’aimer vraiment.
Un jeune d’origine vietnamienne habite à Helsinki, en Finlande. Il n’est pas baptisé. Il fait son service militaire et il raconte comment il le vit : « D’ordinaire, j’essaye de commencer la journée en l’offrant à Dieu, même si je l’oublie parfois : puis, pendant le repas, je lui rends grâce pour la nourriture. La semaine dernière, par exemple, une nuit nous n’avons dormi que quatre heures : il faisait moins 30° dehors. Nous nous sommes levés et nous avons parcouru dix kilomètres à ski, avec 25 kgs sur le dos. Quand le parcours devenait ennuyeux et difficile pour moi, je pensais que j’étais en train de porter la Croix de Jésus. » C’est un bel exemple pour nous, qui pourrions nous plaindre dès qu’il fait un peu froid ou chaud, qu’un imprévu surgit, que nous avons mal à la tête...

(à suivre...)

mardi 12 mars 2019

Les caractéristiques de la mortification (2)

 Les caractéristiques de la mortification (2)

Pour comprendre le sens et la portée de la mortification, du renoncement, dans notre vie, il convient donc de partir de cet aspect essentiel de notre vocation à la sainteté, du projet de Dieu nous concernant. Or, tant que nous ne sommes pas parvenus au terme de notre parcours terrestre, notre union à Dieu peut toujours croître et se développer davantage dans n’importe quelle situation, à partir de toutes les tâches que nous devons assumer, entre autres celles de la vie ordinaire. D’autre part, cette union en progression, est un développement de la grâce reçue au baptême, grâce d’un enfant de Dieu dans le Christ Jésus.(lire la suite)
Autrement dit, tout baptisé est appelé à pratiquer la mortification dans les conditions normales de son existence quotidienne, dans un esprit de fils de Dieu le Père et en étant conscient qu’il collabore ainsi avec le Fils de Dieu fait homme à la Rédemption du monde. C’est dessiner toute la portée de la mortification chrétienne, en souligner toute la valeur et les conséquences incalculables, tant pour notre propre sanctification que pour celle d’autrui.
Rendons-nous dans le désert du Sinaï. Nous y trouvons Moïse qui a réuni le peuple d’Israël et s’adresse un jour à lui en disant : « Souviens-toi. N’oublie pas que tu as irrité le Seigneur ton Dieu dans le désert. » Il lui rappelle son comportement de rébellion permanente et comment lui, Moïse, s’est efforcé de calmer Dieu qui voulait anéantir ce peuple corrompu. À la vue veau d’or qu’ils s’étaient fabriqué, « je pris les deux tables : de mes deux mains, je les jetai et je les brisai sous vos yeux. Je tombai à terre devant le Seigneur, et, comme la première fois [c’est-à-dire sur Sinaï avant recevoir les Tables], je fus quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire, à cause de tous les péchés que vous aviez commis. » Moïse peut ajouter : « Et, cette fois encore, le Seigneur m’écouta », et revint sur son projet d’exterminer le peuple dans sa fureur.
Nous avons là un bel exemple de l’efficacité de la prière et de la mortification. Il montre bien sa force de conviction sur Dieu, comment elles peuvent modifier le cours des événements, redresser même des situations pouvant paraître désespérées, sans issue. Nous voyons également à cet exemple que Dieu compte sur notre prière, qu’il l’espère, l’attend. Il aime être sollicité par ses enfants. Cela nous montre aussi que Dieu n’est pas insensible à nos raisonnements humains, qui valent ce qu’ils valent. « J’ai intercédé auprès du Seigneur et j’ai dit : ‘Seigneur, mon Dieu, ne détruis pas ton peuple, ton héritage, que tu as racheté dans ta grandeur et que tu as fait sortir d’Égypte par ta main puissante. […] Que dans le pays d’où tu nous a fait sortir, l’on ne dise pas : ‘Le Seigneur n’a pas été capable de les faire entrer dans le pays dont il leur avait parlé ; c’est à cause de sa haine contre eux qu’il les a fait sortir pour les faire mourir dans le désert.’ Pourtant, c’est bien eux, ton peuple, ton héritage » (Deutéronome 9, 7...29). Et Dieu s’était rendu aux arguments de Moïse.
Il ne s’agit pas tant pour nous de passer 40 jours à jeûner, que de consentir, par amour de Dieu, de petites mortifications régulières, habituelles, vécue dans les conditions ordinaires de la journée, conditions qui varient : le travail stable au bureau, les déplacements, les sorties d’agrément, une conférence à laquelle nous assistons ou un cours que nous devons assurer, une causerie que nous donnons, les repas, les réunions de famille, une invitation chez des amis, etc. Envisagée de la sorte, nous pouvons nous demander si un chrétien doit toujours se mortifier. La réponse semble être clairement « oui », mais par amour.
L’amour de Dieu est la clé. C’est le point essentiel, la motivation première de notre existence, telle que Dieu s’est chargé de nous le faire savoir, nous l’a assignée, comme étant à l’origine de notre bonheur authentique, ici-bas et dans les cieux nouveaux et la terre nouvelle à venir (Apocalypse 21, 1)…

(à suivre...)

dimanche 10 mars 2019

Les caractéristiques de la mortification (1)

Nous venons d'entrer en carême. Il est utile de nous rappeler le sens des privations ou renoncements que nous nous imposons volontairement, davantage au cours de ce temps liturgique que dans le reste de notre vie, pour nous unir au Seigneur souffrant pour notre rachat du péché.

 Les caractéristiques de la mortification (1)

La première lecture du troisième dimanche du temps ordinaire de l’année C est tirée du livre de Néhémie. Les Juifs rentrés de l’exil à Babylone découvrent un exemplaire de la Torah. Le roi ordonner de procéder à sa lecture publique par le scribe Esdras. « Quant il ouvrit le livre, tout le monde se mit debout. Alors Esdras bénit le Seigneur, le Dieu très grand, et tout le peuple, levant les mains, répondit : ‘Amen ! Amen !’ » Esdras et les lévites en donnaient des explications peuple. En même temps ils lui disaient : « Ce jour est consacré au Seigneur votre Dieu ! Ne prenez pas le deuil, ne pleurez pas ! » Car, précise l’auteur, « ils pleuraient tous en entendant les paroles de la Loi. Esdras leur dit encore : ‘Allez, mangez des viandes savoureuses, buvez des boissons aromatisées, et envoyez une part à celui qui n’a rien de prêt. Car ce jour est consacré à notre Dieu ! Ne vous affligez pas : la joie du Seigneur est votre rempart !’ » (Néhémie 8, 1-10).(lire la suite)
Un peu plus tard, ils confessèrent leurs fautes et celles de leurs pères, que la lecture du texte sacré avait mises en évidence et provoqué leurs pleurs. C’est un jour de joie. Le Seigneur se rend présent parmi eux du fait de la proclamation de la Parole révélée. Cela nous fait penser à la réflexion que Jésus adresse aux pharisiens critiquant ses apôtres qui ne jeûnaient apparemment pas : « Les invités de la noce peuvent-ils jeûner, pendant que l’époux est avec eux ? » (Marc 2, 19). « Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, ce jour-là, ils jeûneront » (v. 20).
Il y un temps pour tout, disait déjà l’auteur du Qohélet, « un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser » (3, 4). Tout cela est on ne peut plus vrai. Certains jours sont des jours de fête, et même des solennités particulièrement importantes. Noël et Pâques ont même leur octave. Il est un temps p tout, ms tout temps est à sanctifier. En tout temps nous pouvons, et devons, apporter le sel de la mortification, « l’ingrédient » de la mortification. Dans les larmes et les rires, dans la joie et la peine. C’est une composante de la vie spirituelle, qui en marque le tempo.
« Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2, 20). À partir de cette perspective, la mortification est une pratique ascétique qui pousse le chrétien à abandonner, corriger ou renoncer à tout ce qui, dans sa façon d’être, dans son comportement, peut faire obstacle à cette union à Dieu, pour grandir en amour Dieu et prochain.
Il n’est pas compliqué de comprendre que la mortification bien vécue facilite l’action de la grâce dans notre âme, et permet une véritable union spirituelle avec le Christ, dans l’âme comme dans le corps.
L’union au Christ, qui est un autre nom de la sainteté, consiste à s’unir à sa Croix pour vivre avec lui sa Résurrection. C’est pourquoi le Catéchisme de l’Église Catholique peut affirmer : « Le chemin de la perfection passe par la croix. Il n’y a pas de sainteté sans renoncement et sans combat spirituel (cf. 2 Timothée 4). Le progrès spirituel implique l’ascèse et la mortification qui conduisent graduellement à vivre dans la paix et la joie des béatitudes » (n° 2015). Affirmation relayée par saint Josémaria : «  Sans mortification, il n’y a pas de bonheur sur la terre » (Sillon, n° 983) ; ou encore, dans le même sens : «  Un jour sans mortification est un jour perdu, parce que nous n’avons pas renoncé à nous-mêmes, parce que nous n’avons pas vécu l’holocauste » (Sillon, n° 988).

(à suivre…)

vendredi 8 mars 2019

La communion des saints (5)

La communion des saints (5)

Notre lutte pour la sainteté a nécessairement, nous pourrions aller jusqu’à dire, entraîne automatiquement, des répercussions sur la sainteté d’abord de notre entourage immédiat, puis des autres âmes. Saint Josémaria s’est toujours fait l’apôtre de la dévotion envers les âmes purgatoire, dévotion très poussée chez lui. Cela comporte d’abord de leur venir aide. En suite de quoi, nous nous sentons encouragés, fortifiés aussi par elles.
Le prophète Jérémie nous a ouvert le chemin pour notre prière, en nous montrant la différence de traitement entre ceux qui suivent Dieu et lui sont fidèles et ceux qui se ferment à transcendance. Cela nous a amenés à considérer la réalité surnaturelle très belle de la communion des saints, à laquelle nous sommes associés de par notre baptême.(lire la suite)
Nous avons vu ensuite, avec saint Jean-Paul II, les merveilles qui s’opèrent au sein de cette communion des élus, les transferts de biens qui surpassent l’impact du mal que nous commettons. La dernière partie de notre méditation nous a conduits à envisager notre propre coopération à la communion des saints, pour réduire cette part de mal, l’anéantir le plus possible, et devenir non fauteur de malheur mais acteur de bonheur pour nos frères en humanité, pour reprendre le terme consacré.
L’autre communion des saints est, selon la définition classique, communion sancta, aux choses saintes, et communion sancti, avec les saints, terme général qui englobe tous les baptisés, puisque tel était le qualificatif sous lequel les premiers chrétiens se désignaient entre eux. La communion des saints s’alimente au premier chef de leur vie de foi aux côtés de notre Seigneur, de leur sainteté sublime qui passe toute mesure, de leur docilité à la Volonté de Dieu. Si nous avons une assurance, c’est bien qu’ils ne cessent d’intercéder auprès de leur Fils, Jésus, en n faveur. Assurance que Dieu nous accordera effectivement le trésor de grâces qu’il nous destine. Oui, cette communion des saints, nous ne pouvons pas la ressentir plus fortement, de façon plus bénéfique, que dans notre union à la Vierge Marie.
Nous pourrions nous arrêter, et ce serait profitable pour tout un chacun, nous arrêter dis-je dans notre prière personnelle à considérer comment Jésus, Marie et Joseph vivaient cette communion des saints dans leur vie quotidienne. Comme nous l’avons rappelé, Jésus veut que tous les hommes soient sauvés. Il se trouve unis à eux tous et à chacun individuellement. Il pense constamment à notre salut, à donner sa vie pour que nous disposions des grâces nécessaires pour obtenir ce salut. De par l’union hypostatique, notre Seigneur se trouve dans un lien permanent et consubstantiel avec son Père et avec le Saint-Esprit. Il est la Sainteté incarnée. Marie, de son côté, est la toute Sainte. Saint Joseph la suit de près. Contemplons leur vie, pour en tirer des leçons pratiques, et pour qu’elles nous aident à prendre davantage conscience de toute l’assistance que nous recevons constamment de la communion des saints et de tout l’apport que pouvons lui fournir en poursuivant avec générosité notre lutte de chaque jour.

(fin)