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mardi 30 juillet 2013

La montée de Jéricho (3)

La montée de Jéricho (3)

Tous, partout et toujours, du moins les hommes de bonne volonté, parce que les autres, la Parole de Dieu glisse sur eux comme l’eau sur la pierre, tous éprouvent le côté apaisant du contact avec Dieu. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme la donne le monde » (Jean 14, 27). Fort heureusement ! Car la paix des hommes est bien vite rompue et bien fragile, souvent trompeuse… Elle s’envole aussi rapidement que la colombe un rameau dans le bec qui est censée la représenter depuis l’arche de Noé (cf. Genèse 8, 11). (lire la suite) Pratiquons l’« apostolat du repas » pour parler de Dieu à notre interlocuteur, pour lui donner raison de l’espérance qui est en nous (1 Pierre 3, 15) et pour ouvrir son intelligence aux « choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu » (Colossiens 3, 1). Nul doute que Jésus préside ce repas, comme à Béthanie, qu’il vient discrètement, de façon invisible, prendre la place qui lui revient, la place d’honneur, et que c’est lui qui oriente la conversation, pour qu’elle ait de la consistance, de l’épaisseur, qu’elle soit formatrice, positive. Pour que nos amis repartent en se disant : « Jamais homme n'a parlé comme cet homme » (Jean 7, 46). Non pas nous, mais le Christ par nous. ou, si nous préférons, l’Esprit de Jésus par notre bouche. Car dans ce contexte aussi s’applique l’annonce de notre Seigneur : « Ne vous préoccupez pas d'avance de ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit-Saint » (Marc 13, 11). (suite : chez Simon le lépreux)

lundi 29 juillet 2013

La montée de Jéricho (2)

La montée de Jéricho (2)

Nous entrons pour nous restaurer chez les amis du Seigneur, qui sont déjà nos amis. Parce que « les amis de tes amis sont mes amis ». Ce qui est vrai plus que jamais. Lazare pratique l’apostolat du repas. « ‘Apostolat du repas’ : c’est la vieille hospitalité des patriarches, avec la chaleur fraternelle de Béthanie. – Quand on l’exerce, il semble que l’on entrevoie Jésus présider, comme dans la maison de Béthanie » (saint Josémaria, Chemin, n°974). Notre Seigneur bénéficie de l’accueil de ses amis de Béthanie, qui se mettent entièrement à sa disposition, eux et leur vaste maison, quand il leur fait la joie de revenir. Il n’y pas qu’une bouche à nourrir, mais un fort contingent d’apôtres et de disciples. Qu’à cela ne tienne : il y a de la place pour tous et de quoi les sustenter tous. (lire la suite) Quand Jésus est l’hôte, l’apostolat s’exerce « à l’envers ». Il est reçu chez ses vieilles et sympathiques connaissances, mais nous pourrions dire que c’est plutôt lui qui les reçoit – il préside, en effet – car il se dépense à fond pour eux, il leur parle du Père et du royaume des cieux, il leur ouvre les horizons de la Jérusalem céleste, il leur fait entrevoir qu’i existe beaucoup de demeures dans la maison de son Père (cf. Jean 14, 2). Certes, il peut se reposer et refaire ses forces. Mais il est sur la brèche. Les premiers bénéficiaires de sa présence, ce sont Marthe, Marie et Lazare,… et nous ; et leurs connaissances et amis qu’ils ne manquent pas d’inviter aussi, en nombre raisonnable, pour qu’ils profitent eux aussi du passage du Maître. Là, nous avons vraiment l’« apostolat du repas ». Ils mettent leurs amis en rapport avec Jésus, ils leur permettent ainsi non seulement de l’écouter et de graver dans leur cœur sa doctrine merveilleuse, dont il affirme qu’elle ne vient pas de lui, mais du Père qui l’a envoyé (cf. Jean 14, 24), mais ils leur permettent encore de l’interroger, et de lui ouvrir leur cœur. Et de prier. Ce qui est absolument fondamental, vital pourrait-on dire. « Un saint qui ne prierait pas ?… — Je ne crois pas à cette sainteté-là » (saint Josémaria, Chemin, n°107). Et, comme on peut bien l’imaginer, sans que ce soit une prière formelle, exprimée par des paroles, le contact avec le Seigneur suscite immédiatement une prière du cœur, élève l’âme, fait ressentir au plus profond de l’être à quel point « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16). Comme les disciples d’Emmaüs ont bien su exprimer ces sentiments qui s’emparent de l’âme et l’embrasent, quand ils se sont dit l’un à l’autre, après avoir reconnu Jésus à la fraction du pain : « Est-ce que notre cœur n'était pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le chemin, tandis qu'il nous dévoilait les Ecritures ? (Luc 24, 32) ! (à suivre…)

jeudi 11 juillet 2013

La montée de Jéricho (1)

La montée de Jéricho (1)

Pour Jésus, il s’agit d’une halte bienvenue, j’allais dire obligée, disons plutôt attendue, quand il montait de Jéricho à Jérusalem. C’est la route qu’empruntaient des groupes nourris de pèlerins trois fois par an (cf. Exode 23, 14-19). Béthanie était d’ordinaire un petit village tranquille, de deux cents âmes tout au plus ; ombragé par ses palmiers abondants. Mais il s’animait singulièrement à l’approche de ces caravanes, chantant les psaumes dits « cantiques de la montée à Jérusalem » (cf. Psaumes 120-134). « Vers le Seigneur, dans ma détresse, j’ai crié, et il m’a exaucé : ‘Ô Seigneur, délivre mon âme de la lèvre menteuse, de la langue perfide !’ » (Psaume 120, 1-2). (lire la suite) « Mon secours viendra du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. […] Le Seigneur te garde de tout mal, il garde ta vie ; le Seigneur te gardera, que tu sortes ou que tu rentres, dès maintenant et à jamais » (Psaume 121, 2.7-8). « J’ai été dans la joie quand on m’a dit : ‘Allons à la maison du Seigneur.’ Voici que nos pieds s’arrêtent à tes portes, Jérusalem ! » (Psaume 122, 1-2). « Ceux qui se confient dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle point, qui demeure pour toujours » (Psaume 125, 1). « Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde pas la cité, la sentinelle veille en vain » (Psaume 127, 1). « Heureux es-tu, toi qui crains le Seigneur, qui marches dans ses voies ! Ton épouse sera comme une vigne féconde dans l’intérieur de ta maison ; tes fils, comme des plants d’olivier, autour de ta table. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur » (Psaume 128, 1.3-4). « Du fond de l’abîme je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives aux accents de ma supplication ! Si tu gardes le souvenir des iniquités, ô Seigneur, Seigneur, qui pourra subsister ? Mais auprès de toi est le pardon, afin qu’on te révère. J’espère dans le Seigneur, mon âme espère en sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l’aurore. Plus que les veilleurs l’aurore, qu’Israël attende le Seigneur ! Car avec le Seigneur est la bonté ; et avec lui une rédemption abondante » (Psaume 130 1-7). (à suivre…)

jeudi 16 février 2012

Le rayonnement du Christ (4)


Le rayonnement du Christ (4)

Les gens sont saisis de stupeur à un tel spectacle, en soi terrifiant. Et ils se disaient l’un à l’autre : « Qu’est-ce que cette parole, qu’il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs ? » (Luc 4, 36), ce qui, en soi, est, en effet, bien extraordinaire, du jamais vu. Mais il y a plus : comment se fait-il que, l’ayant entendu, ces esprits mauvais « s’en aillent ? » (Luc 4, 36). Cela pose encore plus d’interrogations. Il s’agit en vérité d’un « enseignement nouveau, donné d’autorité » (Marc 1, 27). C’est bien ce qui tranche avec les prêches habituels du sabbat et le rappel lancinant et étouffant des innombrables prescriptions à observer et des interdits sans nombre rajoutés par les rabbins, qui coupent les ailes à la liberté et enferment les hommes dans une attitude craintive face à Dieu. Avec Jésus, c’est tout autre chose. « Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres « (Jean 8, 32). C’est bien Jésus en Personne qui nous libère de l’esclavage, de l’esclavage du péché, et lui seul. (lire la suite)
« Et sa renommée se répandit tout de suite partout, dans tous les alentours de la Galilée » (Marc 1, 28). Si nous en croyons saint Marc, cet épisode se situe au début du ministère public du Seigneur. Donc sans doute peu après le miracle de l’eau changée en vin aux noces de Cana (cf. Jean 2, 1-12). Et il est probable qu’en plus des premiers disciples, qui deviendront ses apôtres (cf. Marc 1, 16-20), d’autres disciples aient commencé à s’attacher alors au Maître. D’autant que « les gens étaient dans l’admiration pour l’enseignement qu’il donnait, car il le faisait en homme qui détient l’autorité, non comme les scribes » (Marc 1, 22). C’est la même idée. L’on sent que cette réaction unanime a frappé l’évangéliste et qu’il tient à la consigner plusieurs fois, pour qu’il soit bien clair qu’il ne s’agit pas d’un épisode isolé, mais bien d’un émerveillement permanent et que la présence de Jésus et la force de sa Parole emportent la conviction des auditoires les plus variés, au point même, avons-nous vu, que nombre de notables étaient gagnés à sa cause.
Et lorsque le Seigneur redonne la vue à l’aveugle qui « était assis au bord du chemin, [et] qui mendiait » (Luc 18, 35), aux abords de Jéricho, « tout le peuple, à cette vue, célébra les louanges de Dieu » (Luc 18, 43), tout comme, dans la nuit de Noël, alors qu’ils n’avaient contemplé qu’un « nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche » (Luc 1, 12), les bergers « s’en retournèrent en glorifiant et en louant Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été dit » (Luc 2, 22).

(à suivre…)

vendredi 10 juin 2011

Zachée (3)

Zachée (3)

Nous avons là un exemple excellent pour nous. L’envie de voir Dieu, de fréquenter Dieu dans le Pain et dans la Parole, dans nos pratiques de piété, dussent les autres se rendre compte que nous allons à la messe chaque jour, que nous récitons le chapelet ou que nous faisons un temps d’oraison pour voir le Seigneur, en nous écartant un peu de la foule, qui reste cependant présente à nos yeux, et qui alimente notre prière. Parce qu’elle est souvent comme le paralytique de la piscine de la porte des Brebis : Hominem non habeo, « je n’ai personne pour me plonger dans la piscine » (Jean 5, 7). (lire la suite)
Zachée n’a pas grimpé dans le premier arbre venu. Il sait que Jésus « devait passer par là » (Luc 19, 4). Nous pouvons penser que c’était le chemin qui conduisait à la synagogue. Jésus devait avoir un objectif précis en arrivant à Jéricho. Mais il est prêt à changer de plan si les circonstances le requièrent. Ce qui va être effectivement le cas.
Au départ, c’est probablement la simple curiosité qui a motivé le comportement audacieux du publicain. Il n’a pas de projet bien arrêté en tête. Il n’attend rien de particulier, si ce n’est juste voir le Seigneur. Il n’ambitionne rien d’autre.
Jésus va se servir de ce minimum de bonne disposition, qu’il compte réorienter. Il se contente de peu ! « J'ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, je me suis manifesté à ceux qui ne me demandaient pas » (Romains 11, 20). « Quand il arriva à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, hâte-toi de descendre, car aujourd'hui il faut que je demeure dans ta maison » (Luc 9, 5).
Jésus s’invite. Nous voyons une fois de plus son vif souci de venir en aide à ceux qui ont le plus besoin de lui. « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de
médecin, mais les malades. Allez donc apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs » (Matthieu 9, 12-13). Et, incontestablement, aux yeux de tous Zachée est un pécheur de première catégorie. Il est condamné par avance. Il est infréquentable par un Juif observant. Mais Jésus connaît le cœur de l’homme. Non seulement il ne condamne pas, mais il veut sauver. Pour cela, il lui faut gagner la confiance, l’amitié des hommes.
C’est ce qu’il cherche à faire avec Zachée. Il fait mine de s’arrêter par hasard au pied du sycomore où Zachée a élu domicile. Certes, la densité de la foule l’oblige à progresser lentement et tout le monde sollicite de lui qui une faveur, qui une guérison, qui une prière.

(à suivre…)

mercredi 8 juin 2011

Zachée (1)

Zachée (1)

Jésus, « prenant les Douze auprès de lui, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem et que va s’accomplir pour le Fils de l’homme tout ce qui a été écrit par les Prophètes » (Luc 18, 31). C’est la troisième fois qu’il leur annonce sa Passion en des termes non voilés, mais explicites : « Il sera livré aux païens – sous-entendu les romains -, il sera bafoué et il sera outragé, et on lui crachera dessus, et, après l’avoir flagellé, on le mettra à mort, et le troisième jour il se lèvera d’entre les morts » (Luc 18, 32-33). C’est effectivement ce que l’Ecriture annonçait à propos du Messie, le Serviteur souffrant de Yahvé. Mais « eux ne saisirent rien de tout cela » (Luc 18, 34). Ils ne comprirent pas plus ce qu’il leur disait ce jour-là que les deux fois précédentes. (lire la suite)
Avant de s’engager dans le désert de Juda, Jésus « entré dans Jéricho, traversait la ville » (Luc 19, 1). Jéricho est une ville historique au bord de la mer Morte, la ville des patriarches qui remonte à 4 ou 5 000 ans avant notre ère. C’est une oasis de verdure et de paix dans un environnement plutôt aride et hostile. Avant de pénétrer dans la ville, Jésus a guéri l’aveugle Bar-Timée qui lui a demandé avec une grande foi : Domine, ut videam ! « Seigneur, que je voie ! » (Luc 18, 41). Une prière magnifique, qui a été aussitôt suivie d’effet. Une prière exemplaire pour nous, qui sommes si souvent aveuglés par nos défauts, par notre mesquinerie, par l’attrait des choses sensibles, si ce n’est directement par la sensualité, aveuglés surtout par l’orgueil qui nous trompe sur la réalité de notre vie, sur ce que nous sommes et valons vraiment.
Nous le voyons dans le cas du pharisien qui se gargarise du bien qu’il fait et s’auto-canonise, alors qu’il jette un regard méprisant sur le publicain qui se tient en même temps que lui dans le Temple et qui, selon lui, fait injure à la sainteté du lieu par sa condition de pécheur public, d’homme qui, de par sa profession, se trouve d’avance exclu du salut. Telle est l’opinion des Juifs pratiquants. Le publicain est assimilable à un criminel.
« Etant entré dans Jéricho, il traversait (la ville). Et voici qu'un homme appelé du nom de Zachée, qui était un publicain-chef et qui était riche » (Luc 19, 1-2). Voilà qu’entre en scène précisément un publicain, et non des moindres, puisqu’il est qualifié de publicain-chef, ce qui n’était pas le cas de Lévi, le futur saint Matthieu, publicain sans plus (cf. Luc 5, 27), c’est-à-dire lui-même soumis à un publicain-chef.

(à suivre…)

mercredi 16 septembre 2009

Action de grâces (7)

Action de grâces (7)

Seigneur, salve ! Je te salue et t’adore en même temps avec profonde révérence, car comment se fait-il que mon Seigneur accepte de venir chez son serviteur ?
Tu as dit : « Demandez et vous obtiendrez » (Mt 7, 7), et voici que non seulement tu donnes quelque chose, mais que tu te donnes toi-même : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps ! » Et tu avais déclaré : « Celui qui mange ma chair a la vie éternelle » (Jn 6, 54). Il l’a, il la possède déjà, puisque c’est toi la Vie éternelle : « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Je vis en toi et par toi, et tu vis avec moi et en moi. C’est la communion des saints vécue de ta part intensément : Dieu seul est saint ! Tu es la sainteté même, c’est pourquoi je viens m’abreuver à la source. (lire la suite)
Mon Jésus, ô mon Jésus, mon doux Jésus. Ô bon et doux Jésus, je t’aime, je te vénère et je t’adore. Oui, toi seul es saint, et donc digne de louange et d’adoration. « Que la bénédiction, la gloire, la sagesse, l’action de grâces, l’honneur, la puissance et la force soient à notre Dieu pour les siècles des siècles ! Amen ! » (Ap 7, 12), Amen ! Alléluia ! Je m’unis aux chœurs célestes qui ne cessent de le répéter sur des harmoniques qui nous sont inconnues et par des mélodies qui nous sont inaccessibles. Mais je le dis comme je le peux, et qu’importe si je chante faux, si je détonne. Nul ne m’en voudra. Personne n’essayera de me faire taire, comme quand Bar Timée, l’aveugle de Jéricho, criait : « Jésus, Fils de David, miserere mei, aie pitié de moi » (Mc 10, 47), et que tous autour de lui voulaient qu’il cesse de clamer.
Oui, vraiment, je chanterai ta louange à jamais et je voudrais que tout en moi, jusqu’à ma respiration, soit vécu pour ta gloire, offert pour ton exaltation : « À toi la louange, à toi la gloire, à toi l’action de grâces dans les siècles des siècles, ô Trinité Bienheureuse ». Moi, je ne mérite rien, car je ne suis qu’un avorton, comme saint Paul se voyait lui-même (cf. 1 Co 15, 8). Mais toi, d’où que je te regarde, je ne trouve que perfection, à la puissance infinie, et je me perds dans cette immensité face à laquelle nos océans réunis ne sont qu’une gouttelette d’eau. Et je ne puis que t’aimer, t’aimer de plus en plus, sans désemparer, et me remplir de toi jusqu’à l’étreinte finale où je te verrai face à face et te découvrirai, ô merveille suprême, tel que tu es, c’est-à-dire Amour Pur, Amour en Acte, Acte Pur d’Amour.

lundi 8 juin 2009

La Cananéenne et Jésus (4)

La Cananéenne et Jésus (4)

Cette femme n'est pas originaire de Cana en Galilée, où Jésus accomplit son premier miracle, changeant de l'eau en vin, moyennant quoi ses disciples crurent en lui (Jean 2, 11). Elle est du Cana de la région où Jésus vient d'arriver, le sud du Liban actuel.
Elle se mit à crier : « Aie pitié de moi, disait-elle, Seigneur, Fils de David. Ma fille est cruellement tourmentée par un démon. » Mais lui ne répondit pas mot (Matthieu 15, 22-23). Nous avons vu un comportement identique envers Bar-Timée, un aveugle qui se trouvait au bord de la route, à la sortie de Jéricho. Entendant dire que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : Fils de David, Jésus, disait-il, aie pitié de moi ! » (Marc 10, 46-47). Il insistait et sa prière se faisait pressante : Regarde, réponds-moi, Yahvé, mon Dieu ! Donne la lumière à mes yeux, de peur que je ne m'endorme dans la mort (Psaume 13 (12), 4). (lire la suite)
Beaucoup avaient beau lui enjoindre de se taire, il n'en criait que plus fort : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Alors Jésus s'arrêta (Marc 10, 48-49). Ce qui laisse entendre que jusque-là il avait poursuivi son chemin comme si de rien n'était, comme s'il n'avait pas entendu l'homme qui criait à tue-tête.
Jésus ne s'arrête pas. Bar-Timée non plus. Autonoé non plus. Ils crient, dit l'Évangile. Personne n'a rien pu faire pour eux. Tout ce qu'ils ont essayé est resté inutile. Alors ils crient autant qu'ils peuvent pour se faire entendre, car ils savent qu'une foule entoure le Maître et que leur voix risque donc de se perdre, d'être amortie...
Cette femme n'aurait jamais pu imaginer que Jésus viendrait jusque chez elle. Bien sûr, elle avait entendu parler de lui, ne serait-ce que par des compatriotes qui étaient allés le recontrer au bord du lac de Gennésareth (cf. Luc 6, 17). Elle savait donc parfaitement bien que Jésus faisait beaucoup de miracles et expulsait les démons. Or, sa fille était possédée du démon... Alors, dès qu'elle a appris l'arrivée du rabbi, elle va vers lui, disposée à ne pas lâcher prise tant que sa fille n'aura pas été délivrée. Aie pitié de moi, disait-elle, Seigneur, Fils de David. Ma fille est cruellement tourmentée par un démon (Matthieu 15, 22). Sois attentif à mes cris, mon Roi et mon Dieu ! Car à toi j'adresse ma prière, Yahvé (Psaume 5, 3-4).

(à suivre...)

mardi 23 décembre 2008

Le silence de Jésus (3)

Le silence de Jésus (3)

Mais revenons à la Cananéenne. Face au silence de Jésus, elle ne mollit pas, elle ne s'avoue pas vaincue. L'amour de sa fille est plus fort que le respect humain. Sa foi se moque des remontrances de l'entourage du Maître et de l'ordre de se tenir tranquille et de cesser de les importuner. Elle est convaincue que sa cause est bonne et que Jésus peut chasser le démon comme il en a déjà chassés tant, à ce que l'on dit. Et pourquoi en douterait-elle ?
La raison avancée pour la faire taire est la même que pour Bar Timée, très humaine, égoïste. Les apôtres pensent à leur tranquillité plus qu'à la misère d'autrui. Nous ne valons sans doute pas mieux qu'eux. Ils n'ont pas encore compris les implications de la charité qui, entre autres, « supporte tout » (1 Corinthiens 13, 7). (lire la suite)
Une autre forme de silence est l'absence de réaction apparente de Jésus quand lui parvient la nouvelle que son ami Lazare est sérieusement malade et qu'il est sur le point de mourir. Au lieu de partir séance tenante et d'aller le guérir - c'est bien ce que Marthe et Marie espéraient de lui en lui envoyant le message - il temporise et reste encore « deux jours à l'endroit où il se trouvait » (Jean 11, 6). Il ne donne pas signe de vie. Ce n'est qu'une fois ce délai écoulé qu'il décide enfin de se rendre à Béthanie. Les saintes femmes lui reprochent avec affection et confiance qu'il ne soit pas venu plus tôt : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » (Jean 11, 21), car le retard a été fatal au malade.
Dans tous les cas, Jésus sait ce qu'il fait. Cela va de soi, car il est Dieu et tout ce qu'il fait, il le fait à la perfection. Nous devons apprendre que la logique de Dieu n'est pas la nôtre ; que le silence de Dieu n'est qu'apparent ; que ce qu'il nous réserve est mieux que nos aspirations ; qu'en le laissant faire nous ne sommes jamais déçus ; qu'en définitive, il sait mieux que nous ce qui convient dans chaque cas, pour chacun et en toute circonstance. Non seulement la Cananéenne obtient la guérison de sa fille, mais elle a eu l'occasion de faire un acte de foi que Jésus admire : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le désires » (Matthieu 15, 28). Quant au fils de Timée, il persévère lui aussi dans une prière pleine de foi et, à Jésus qui finit par lui demander ce qu'il veut, il répond : « Seigneur, que je voie ! » sans la moindre hésitation (Luc 18, 42). Jésus lui dit : « Vois ! » et précise la raison pour laquelle il réalise ce miracle : « C'est ta foi qui t'a sauvé » (Luc 28, 43). Quant à Marthe et à Marie qui se seraient contentées de la guérison de leur frère, après être passée par l'épreuve du deuil elles obtiennent un miracle beaucoup plus spectaculaire, « afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 12, 42), précise Jésus. Faisant face au tombeau dans lequel Lazare se trouve depuis quatre jours déjà, « il cria à pleine voix : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus dit : « Défaites-le et laissez-le aller » (Jean 11, 43-44). C'est toujours une question de foi. « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère : avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211).

(fin)

lundi 22 décembre 2008

Le silence de Jésus (2)

Le silence de Jésus (2)

Rappelons-nous ce qui s'est passé aussi un jour où Jésus sortait de Jéricho. Un mendiant se trouvait au bord du chemin, probablement au même endroit que les autres jours. Lui aussi il a entendu parler du rabbi de Nazareth. Il entend une rumeur grandissante, le bruit d'une foule et « s'enquit de ce que ce pouvait être » (Luc 18, 36). Apprenant que c'est Jésus en personne qui passe, accompagné de ses disciples et d'une bonne partie des habitants de la ville, qui le suivent avec enthousiasme, « il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi » (Luc 18, 38). « Toi que voilà arrêté au bord du chemin de la vie, qui est si courte, n’as-tu pas envie de crier, (lire la suite) toi aussi ? toi qui manques de lumières, qui as besoin de nouvelles grâces pour te décider à rechercher la sainteté. Ne ressens-tu pas un besoin irrésistible de crier : Jésus, fils de David, aie pitié de moi. Une belle oraison jaculatoire, à répéter souvent ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). Et ce, même si nous avons l'impression que Jésus ne fait aucun cas de notre prière. Ce n'est qu'une impression, qui ne correspond nullement à la réalité, car le Seigneur nous a invité très clairement à le prier : « Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l'on ouvrira à qui frappe » (Matthieu 7, 7-8).
Le mendiant reconnaît lui aussi en Jésus le fils de David, le Messie annoncé et attendu. Il est quand même frappant de voir que les esprits simples ne s'y trompent pas, ils le reconnaissent aux signes qu'il réalise, alors que les savants, les princes des prêtres et les scribes refusent de se rendre à l'évidence (« vous ne me croyez pas : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi », Jean 10, 25).
Bar Timée crie, hurle. Mais Jésus fait comme s'il n'entendait pas et poursuit son chemin. « Beaucoup rabrouaient Bartimée pour lui imposer silence (Luc 18, 39). Toi aussi, quand tu as senti que Jésus passait près de toi, ton cœur a battu plus fort et tu t’es mis à crier, en proie à une agitation profonde. Alors tes amis, tes habitudes, ton confort, ton milieu t’ont conseillé de te taire, de ne pas crier. « Pourquoi appeler Jésus ? Ne l’importune pas ! » Le malheureux Bartimée, lui, ne les écoutait pas. Il criait au contraire encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi. Le Seigneur, qui l’avait entendu dès le début, le laissa persévérer dans sa prière. Il en va de même pour toi. Jésus perçoit instantanément l’appel de notre âme, mais il attend. Il veut que nous soyons bien convaincus que nous avons besoin de lui. Il veut que nous le suppliions, avec obstination, comme cet aveugle au bord du chemin à la sortie de Jéricho. Imitons-le. Même si Dieu ne nous accorde pas à l’instant ce que nous lui demandons, même si la multitude essaie de nous détourner de notre prière, ne cessons pas de l’implorer (Saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 66, 1) » (saint Josémaria,
Amis de Dieu, n° 195). « Quand on se trouve dans les ténèbres, quand on a l’âme aveugle et inquiète, il faut aller, comme Bartimée, vers la Lumière. Répète, crie, insiste avec plus de force, « Domine, ut videam ! » — Seigneur, que je voie !… Et sur tes yeux se lèvera le jour, et tu pourras te réjouir des lumières qu’il t’accordera » (saint Josémaria, Sillon, n° 862).

(à suivre...)

jeudi 8 mai 2008

Le silence de Jesus (2)

Le silence de Jésus (2)

Rappelons-nous ce qui s'est passé aussi un jour où Jésus sortait de Jéricho. Un mendiant se trouvait au bord du chemin, probablement au même endroit que les autres jours. Lui aussi il a entendu parler du rabbi de Nazareth. Il entend une rumeur grandissante, le bruit d'une foule et « s'enquit de ce que ce pouvait être » (Luc 18, 36). Apprenant que c'est Jésus en personne qui passe, accompagné de ses disciples et d'une bonne partie des habitants de la ville, qui le suivent avec enthousiasme, « il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi » (Luc 18, 38). « Toi que voilà arrêté au bord du chemin de la vie, qui est si courte, (lire la suite) n’as-tu pas envie de crier, toi aussi ? toi qui manques de lumières, qui as besoin de nouvelles grâces pour te décider à rechercher la sainteté. Ne ressens-tu pas un besoin irrésistible de crier : Jésus, fils de David, aie pitié de moi. Une belle oraison jaculatoire, à répéter souvent ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). Et ce, même si nous avons l'impression que Jésus ne fait aucun cas de notre prière. Ce n'est qu'une impression, qui ne correspond nullement à la réalité, car le Seigneur nous a invité très clairement à le prier : « Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l'on ouvrira à qui frappe » (Matthieu 7, 7-8).
Le mendiant reconnaît lui aussi en Jésus le fils de David, le Messie annoncé et attendu. Il est quand même frappant de voir que les esprits simples ne s'y trompent pas, ils le reconnaissent aux signes qu'il réalise, alors que les savants, les princes des prêtres et les scribes refusent de se rendre à l'évidence (« vous ne me croyez pas : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi », Jean 10, 25).
Bar Timée crie, hurle. Mais Jésus fait comme s'il n'entendait pas et poursuit son chemin. « Beaucoup rabrouaient Bartimée pour lui imposer silence (Luc 18, 39). Toi aussi, quand tu as senti que Jésus passait près de toi, ton cœur a battu plus fort et tu t’es mis à crier, en proie à une agitation profonde. Alors tes amis, tes habitudes, ton confort, ton milieu t’ont conseillé de te taire, de ne pas crier. « Pourquoi appeler Jésus ? Ne l’importune pas ! » Le malheureux Bartimée, lui, ne les écoutait pas. Il criait au contraire encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi. Le Seigneur, qui l’avait entendu dès le début, le laissa persévérer dans sa prière. Il en va de même pour toi. Jésus perçoit instantanément l’appel de notre âme, mais il attend. Il veut que nous soyons bien convaincus que nous avons besoin de lui. Il veut que nous le suppliions, avec obstination, comme cet aveugle au bord du chemin à la sortie de Jéricho. Imitons-le. Même si Dieu ne nous accorde pas à l’instant ce que nous lui demandons, même si la multitude essaie de nous détourner de notre prière, ne cessons pas de l’implorer (Saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 66, 1) » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). « Quand on se trouve dans les ténèbres, quand on a l’âme aveugle et inquiète, il faut aller, comme Bartimée, vers la Lumière. Répète, crie, insiste avec plus de force, « Domine, ut videam ! » — Seigneur, que je voie !… Et sur tes yeux se lèvera le jour, et tu pourras te réjouir des lumières qu’il t’accordera » (saint Josémaria, Sillon, n° 862).

(à suivre...)

samedi 26 janvier 2008

La fidelite (1)


La fidélité (1)

« Vous avez passé le Jourdain pour attendre Jéricho ; les chefs de Jéricho vous ont fait la guerre, ainsi que de nombreux peuples, mais je les ai livrés entre vos mains. J'ai envoyé devant des frelons, qui ont chassé les deux rois amorites ; ce ne fut ni par ton épée ni par ton arc. Je vous ai donné une terre qui ne vous a coûté aucune peine, des villes dans lesquelles vous êtes installés sans les avoir bâties, des vignes et des oliveraies dont vous profitez aujourd'hui sans les avoir plantées » (Josué 24, 11-13). Ce rappel des bienfaits par Dieu accordés au peuple élu au moment où il est enfin entré dans la Terre promise (lire la suite) n'a pas qu'une application historique. Il nous parle de la gratuité des dons de Dieu, de ce que c'est toujours Dieu qui prend l'initiative de nous venir en aide, de l'existence de la Providence divine : « La création a sa bonté et sa perfection propres, mais elle n’est pas sortie tout achevée des mains du Créateur. Elle est créée dans un état de cheminement (« in statu viæ ») vers une perfection ultime encore à atteindre, à laquelle Dieu l’a destinée. Nous appelons divine providence les dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création vers cette perfection : Dieu garde et gouverne par sa providence tout ce qu’Il a créé, « atteignant avec force d’une extrémité à l’autre et disposant tout avec douceur « (Sagesse 8, 1). Car « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux » (Hébreux 4, 13), même celles que l’action libre des créatures produira (concile Vatican I) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 302). Ce rappel est aussi une preuve de la fidélité de Dieu à sa parole : « Je me suis engagé par serment, j'ai fait alliance avec toi, et tu as été avec moi » (Ézéchiel 16, 8).
Dieu est d'une extrême bonté. Non seulement il a eu pitié de son peuple et lui a préparé un pays « ruisselant de lait et de miel » (Exode 20, 6), mais il l'a comblé de toutes sortes de dons : « Je t'ai parée de joyaux ; des bracelets à tes poignets, un collier à ton cou, un anneau à ton nez, des boucles à tes oreilles et sur ta tête un magnifique diadème. Tu étais parée d'or et d'argent, vêtue de lin précieux, de soies et de broderies. (...) Tu devins de plus en plus belle et digne de la royauté. Ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté, car elle était parfaite, grâce à ma splendeur dont je t'avais revêtue » (Ézéchiel 16, 11-13.14).

(à suivre...)