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vendredi 26 décembre 2014

La Sainte Famille (3)

La Sainte Famille (3)

« Formons une couronne autour de la Sainte Vierge qui a donné la vie humaine dans la nuit de la naissance de Dieu ! Entourons la Sainte Famille ! » (Jean-Paul II, Message de Noël, 25 décembre 1980). Disons-leur que nous les aimons, que nous nous mettons volontiers, de tout cœur à leur service, s’ils le veulent bien. Et que nous ferons de notre mieux, tout en étant conscients de nos énormes limites. Pour l’heure, moi, ne possédant rien de tout ce que ces grands personnages ont remis à mon doux Jésus, totalement dépourvu de richesse personnelle, (lire la suite) je n’ai même pas un morceau de pain à offrir à mon Jésus. Je trouverai bien, en fouillant dans mes poches, un caillou ramassé parce qu’il brillait au soleil, un bout de laine vermillon qui était en trop, un morceau de bois… Mais Jésus n’en a que faire, cela ne lui servira à rien. Mais c’est tout mon trésor. Mais cela, Marie et Joseph le savent fort bien : je suis un tout petit. C’est donc qu’ils pensent à autre chose. Évidemment, ils pourraient me donner quelques piécettes pour que je fasse l’aumône et que j’apprenne la générosité. C’est ce que l’on raconte de Sacha Guitry : Enfant, il accompagne son père en promenade. Voit un mendiant aveugle et va lui donner une pièce. Son père le reprend : ce que tu as fait n’est pas bien, car tu n’as pas souri. - Mais il est aveugle ! - Ça ne fait rien. Qui sait si ce n’est pas un faux aveugle ! Mais Jésus n’a pas davantage besoin de cela. Si je n’ai rien à donner et que je dois faire un geste en faveur de Jésus, c’est que je dois donner ce que je possède le plus en propre, de plus précieux, à savoir moi-même. Et je comprends que c’est justement ce que ses parents ont fait avec leur Enfant. C’est comme cela qu’ils ont agi. Ils lui ont fait le don de leur personne, sans rien garder pour eux, sans se réserver quoi que ce soit. Ils ont pris le parti de renoncer à eux-mêmes, à toute gloire humaine (et les qualités dont Dieu les avait dotés leur auraient permis de l’acquérir sans nul doute très facilement, à moindres frais), à tout succès terrestre, pour l’aimer de tout leur cœur, de toute leur âme et de tout leur esprit (cf. Matthieu 22, 36). Or, « l’amour authentique n’est ni un sentiment vague, ni une passion aveugle. C’est une attitude intérieure qui engage tout l’être humain. C’est un regard posé sur l’autre non pour s’en servir, mais pour le servir. C’est la capacité de se réjouir avec qui se réjouit et de souffrir avec qui souffre. C’est un partage de tout ce que l’on possède, afin que personne ne soit privé du nécessaire. L’amour, en un mot, est don de soi » (Jean-Paul II, 13 février 1994). (à suivre…)

mercredi 24 décembre 2014

La Sainte Famille (1)

La Sainte Famille (1)

C’est tardivement que l’iconographie chrétienne représente la scène de la Nativité du Seigneur en plaçant Marie et Joseph, agenouillés, de part et d’autre de l’Enfant couché dans la mangeoire sur de la paille, notamment après les révélations de Marie à sainte Brigitte de Suède (1303-73), comme dans le retable de Sully. Auparavant, l’on montrait Marie en gésine, Maria in Wochenbett, alitée et venant d’accoucher. De par notre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu et, à ce titre, nous faisons partie de la Sainte Famille, (lire la suite) comme saint Josémaria aimait à le souligner. Nous en sommes membres à part entière et de plein droit, car frères du Fils Premier-Né de Dieu venu parmi nous. Et comme, « auprès de Dieu qui est éternel, tu es un enfant plus petit qu’un petiot de deux ans auprès de toi » (saint Josémaria, Chemin, n° 860), nous avons besoin de l’aide de la Vierge Marie et du père nourricier du Sauveur. Ils nous prennent tous deux par la main, chacun à notre tour, pour nous mener à Jésus, nous placer en sa présence. Et, se prosternant devant lui, ils nous apprennent à l’adorer, à lui faire l’hommage de tout notre être, de toute notre vie. Ils nous enseignent les rudiments d’une piété à la fois élémentaire et bien sentie. Ils nous initient à ce qui est l’attitude première requise d’une créature envers son Auteur : l’adoration. Adoration qui est la meilleure affirmation de notre moi, car le Seigneur Tout-Puissant nous a créés précisément pour accomplir cette finalité, de sorte que nous puissions être appelés enfants de Dieu et exister vraiment en tant que tels. Que Marie, « saluée par l’Église dans la litanie de Lorette comme Vas insignæ devotionis, nous enseigne à adorer Dieu « en esprit et en vérité » (Jean 4, 23) et à nous ouvrir avec un cœur doux et accueillant à ceux qui sont ses fils et donc des frères. Nous le lui demandons avec les paroles du « Salve Regina » : « … O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria ! » (Jean-Paul II, Angélus, 28 mai 1989). Marie et Joseph nous font comprendre à qui nous avons affaire : le Fils de Dieu en Personne, appelé Jésus, conformément aux instructions de l’ange à Joseph, « car il sauvera son peuple de ses péchés » (Matthieu 1, 21), et Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » (Matthieu 1, 23). Ils nous montrent tout le respect et la vénération que nous devons lui porter et que, si nous voulons lui faire plaisir et, par voie de conséquence, les rendre eux aussi heureux, nous n’avons qu’une chose à faire, l’imiter en ce que sa « nourriture est de faire la volonté de Celui qui [l’]a envoyé » (Jean 4, 34), et rien d’autre. Aucun autre objectif d’ailleurs ne pourrait répondre à sa perfection et à son identification à son Père : « Je ne fais rien par moi-même » (Jean 5, 30). (à suivre…)

dimanche 2 novembre 2014

Le souvenir des défunts nous faire porter notre regard vers ceux qui se purifient encore, pour être dignes de rencontrer Dieu face à face. Ainsi, la solennité de la Toussaint et le souvenir des fidèles défunts forment comme un unique appel à la prière : une prière de gloire et de louange, un Te Deum céleste, une prière d’imploration pour ceux qui attendent que nous nous souvenions d’eux devant Dieu. […] // Demandons pour eux la lumière éternelle et le repos en Dieu : « Bon Jésus et notre Seigneur, donne-leur le repos éternel. Que resplendisse pour eux la lumière éternelle, là où se trouvent tous les saints. » […] // « Rappelle-toi, ô Seigneur, de libérer ton Église de tout mal et de la rendre parfaite dans ton amour. Recueille aux quatre vents l’Église que tu as sanctifiée, pour la rassembler dans le royaume que tu lui as préparé » (Didaché). […] // Les chants du « jour des morts » me reviennent à l’esprit, ils me reviendront sur les lèvres, aujourd’hui et demain, et pendant tout le mois de novembre : « Jésus, toi qui agonises au jardin de Gethsémani, dont la sueur s’est transformée en sang, les âmes du purgatoire se languissent, elles aspirent à ta fraîcheur, ô Jésus ! » Et aussi : « Salut, Reine du ciel, Mère de miséricorde. Salut, notre espérance dans le découragement et la douleur […]. Ô Jésus, fais en sorte que nous puissions te voir après la mort. Ô Marie, obtenez pour nous ce que nous désirons ». Jean-Paul II, Méditation, 1er novembre 1995

mercredi 29 octobre 2014

Judas (1)

Judas (1)

« Ayant jeté les pièces d’argent dans le sanctuaire, il se retira et alla se pendre » (Matthieu 27, 5). Comment Judas en a-t-il pu arriver à une telle vilenie ? Est-il possible que son cœur fût déjà corrompu quand Jésus l’a fait sortir du rang des disciples pour le faire accéder à celui d’apôtre ? Certainement pas. Jésus le connaissait bien, comme il connaît tout de l’intérieur de l’homme, nous étant plus intime à nous que nous-mêmes, ainsi que le notait saint Augustin, à la suite d’une intense expérience intime (cf. saint Augustin, Confessions). Mais en même temps, en le choisissant pour faire partie des Douze ; notre Seigneur faisait un pari sur sa liberté et sa capacité d’être fidèle parce que lui, Jésus, l’aiderait en ce sens d’un bout à l’autre de sa vocation. Qu’est-ce qui a donc tourné la tête de Judas au point de brûler ses amours d’antan ? (lire la suite) Saint Jean-Paul II laisse entendre que c’est l’amour de l’argent : cette avarice a dû se conjuguer avec une soif de pouvoir qu’il entrevoyait à sa façon dans la restauration attendue du royaume d’Israël et le rôle que les Douze apôtres du Seigneur seraient amenés à y jouer, tout gens du commun qu’ils fussent. Ce qui était donc aussi une manifestation d’orgueil démesuré. Il interprétait sans doute mal la promesse de Jésus aux termes de laquelle les Douze siègeraient un jour sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël (Matthieu 19, 28). Il semble d’ailleurs qu’il interprète rapidement de travers, avec une vision très humaine, tout ce que Jésus disait, le prenant au premier degré et ne sachant pas s’élever à un certain niveau d’abstraction ni aux conséquences morales à en tirer. « Tout mon malheur est qu’à aucun moment je n’ai pu perdre mes facultés de contrôle et de critique. Je suis comme ça. Les gens de Carioth sont comme ça. Une espèce de gros bon sens. Quand j’entends dire qu’il faut tendre la joue gauche et payer aussi cher pour une heure de travail que pour dix, et haïr son père et sa mère, et laisser les morts ensevelir les morts, et maudire son figuier parce qu’il ne produit pas des abricots au mois de mars, et ne pas lever un cil sur une jolie femme, et ce défi continuel au sens commun, à la nature et à l’équité, évidemment je fais la part de l’éloquence et de l’exagération, mais je n’aime pas ça, je suis froissé. Il y a en moi un appétit de logique, ou, si vous aimez mieux, une espèce de sentiment moyen, qui n’est pas satisfait. Un instinct de la mesure. Nous sommes tous comme ça dans la cité de Carioth. En trois ans je n’ai pas entendu l’ombre d’une discussion raisonnable (P. Claudel, « Mort de Judas », Figures et Paraboles). (à suivre…)

lundi 23 juin 2014

Remercier Dieu (3)

Remercier Dieu (3)

Un seul lépreux donc revient sur ses pas pour remercier le Seigneur Jésus de l’avoir guéri. Il est quand même étonnant de constater que quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui ont été délivrés d’une affection aussi honteuse et socialement pénalisante que la lèpre se soient abstenus d’adopter une attitude élémentaire d’action de grâces. Des gens qui appartiennent tous au peuple élu de surcroît. Jésus manifeste son étonnement, peut-être aussi son dépit, nous faisant voir par là qu’il s’attendait à ce qu’ils revinssent à lui, à ce qu’ils manifestassent une certaine exubérance au vu de ce qui leur était arrivé. Eh bien ! Non ! Ils ne se soucient pas de celui (lire la suite) qui les a rétablis dans leur honorabilité et leur permet de reprendre une vie normale. Ils ne pensent qu’à leur avenir. Ils ont bien crié avec confiance : « Jésus, aie pitié de nous ! » Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Jésus a eu effectivement pitié d’eux et a fait disparaître leur maladie honteuse comme d’un trait de plume. Et eux poursuivent leur petit bonhomme de chemin, indifférents à leur bienfaiteur ! Quant à nous, savons-nous remercier le Seigneur de nous guérir, non pas une fois, mais autant de fois qu’il le faut, d’une lèpre autrement plus laide, repoussante et dangereuse que celle de ces hommes, d’une lèpre qui devrait aussi nous mettre au ban de la société, la lèpre du péché ? Jésus a institué un sacrement merveilleux, délicieux, le sacrement par excellence de sa Bonté et de sa Miséricorde, qui a le pouvoir souverain de purifier notre âme de tous ses péchés. Le sacrement de la réconciliation – ou confession – est vraiment quelque chose d’extraordinaire et de profondément émouvant. Il est comme un bain de jouvence qui nous fait renaître à l’amour de Dieu, qui nous réintègre dans le cercle de ses intimes. Nous devrions bondir de joie après nous être confessés et aller nous prosterner nous aussi devant Jésus-Christ, c’est-à-dire venir nous agenouiller devant la tabernacle, où il est réellement présent, aussi vivant et actif que dans ce bourg des confins de la Samarie et de la Galilée. L’existence bienfaisante de ce sacrement et l’expérience que nous en faisons devraient constituer un de nos principaux motifs de joie et d’action de grâces tout au long de notre vie. Comme il est malheureux, et bien triste en même temps, que tant et tant de catholiques ignorent, délaissent, je n’ose pas dire méprisent, ce sacrement hautement salutaire – la « deuxième planche du salut » - par lequel nous parvient l’Amour fou de Dieu, cet Amour débordant qui l’a conduit au gibet de la Croix et qui continue de se manifester dans ces signes sensibles et efficaces de sa toute-puissance et de sa grâce que sont précisément les sacrements. Savoir gré à Dieu des dons qu’il nous octroie avec une telle libéralité et magnanimité, sans nous tenir rigueur de nos « écarts de conduite » répétés, est une « attitude eucharistique », nous dit le saint pape Jean-Paul II. (à suivre…)

lundi 2 décembre 2013

Connaître en écoutant (6)

Connaître en écoutant (6)

Certes, notre sainteté ne saurait causer celle d’autrui, car toute sainteté provient de Dieu, est un don gratuit de sa part. mais il s’en sert comme d’un canal, d’un vecteur pour toucher les âmes de ceux qui nous entourent ou que nous approchons d’une façon ou d’une autre. « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous soyez, vous aussi, en communion avec nous ; nous sommes, nous, en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1 Jean 1, 3). En définitive, aimer Dieu et notre prochain, m’est avis que c’est tout un. Tout se résume à cela, car le deuxième commandement est égal au premier (lire la suite) (cf. Matthieu 22, 39). Ils sont inséparables. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et on amour atteint en nous sa perfection. […] Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jean 4, 12.20). Il existe deux aspects ou dimensions de la gloire divine, une intérieure à la Très Sainte Trinité, l’autre extérieure. « Ce que la Bible appelle « gloire de Dieu » (kabod Yahvé, doxa tou Theou) est avant tout Dieu lui-même : la « gloire intérieure » […], la perfection infinie de la Divinité dans la Trinité de Personnes [..], la plénitude de Vérité et d’Amour dans la contemplation et la donation réciproques (et par conséquent dans la communion) du Père, du Fils et du Saint-Esprit […]. Avec la création du monde commence une nouvelle dimension de la gloire de Dieu, appelée « extérieure » pour la distinguer de la précédente » (bx Jean-Paul II, Discours, 12 mars 1986). C’est bien à ce deuxième niveau que nous pouvons et devons intervenir. Mais pas uniquement en louant Dieu et en le servant par toute notre vie, mais aussi en participant à cette gloire, par la divinisation que la grâce sanctifiante opère progressivement dans notre âme et qui découle de notre condition d’enfant de Dieu, comme une exigence même de celle-ci, pourrions-nous dire, même si aucune obligation de justice n’existe à strictement parler en ce sens de la part de Dieu. La gloire de Dieu est Dieu lui-même en tant qu’il se manifeste aux hommes. « Il se forma une nuée – au moment où Jean baptise le Seigneur – qui les enveloppa de son ombre, et une voix vint de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : Écoutez-le ! » (Marc 9, 7). (à suivre…)

dimanche 1 septembre 2013

Moral et légal

Moral et légal

Il faut bien faire comprendre que le moral n’est pas le légal. Il faut cultiver la lucidité sur les slogans qui se répandent comme des évidences alors qu’ils sont souvent faux. Il faut convainque quel a vérité n’est pas forcément l’affaire du grand nombre, qu’elle ne coïncide pas avec le pourcentage élevé des sondages, avec l’attitude de « l’homme moyen » ; il faut faire prendre conscience de l’esclavage de l’opinion. De même on doit apprendre à évaluer ce que vaut la spontanéité du jugement et du désir ; il faut libérer des prisons du subjectivisme et du néo-positivisme. Jean-Paul II, Discours aux évêques français de la Région de l’Est en visite « ad limina », 1er avril 1982, n° 4.

dimanche 2 juin 2013

Marie et Eucharistie (2)

Marie et Eucharistie (2)

Non sans un paradoxe surnaturel, le pape Jean-Paul n'hésitait pas à écrire : « En un sens, Marie a exercé sa foi eucharistique avant même l'institution de l'Eucharistie, par le fait même qu'elle a offert son sein virginal pour l'incarnation du Verbe de Dieu. Tandis que l'Eucharistie renvoie à la passion et à la résurrection, elle se situe simultanément en continuité de l'Incarnation. À l'Annonciation, Marie a conçu le Fils de Dieu dans la vérité même physique du corps et du sang, anticipant en elle ce qui dans une certaine mesure se réalise sacramentellement en tout croyant qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin, le corps et le sang du Seigneur » (encyclique Ecclesia de Eucharistia, n° 55). Dans le même ordre d'idée, le pape ajoute que se préparant « jour après jour au Calvaire, Marie vit une sorte « d'Eucharistie anticipée », à savoir une « communion spirituelle » de désir et d'offrande, dont l'accomplissement se réalisera par (lire la suite) l'union avec son Fils au moment de la passion et qui s'exprimera ensuite, dans le temps après Pâques, par sa participation à la Célébration eucharistique, présidée par les Apôtres, en tant que « mémorial » de la passion » (Ecclesia de Eucharistia, n° 56). Dès les premières vêpres de l'office des très précieux Corps et Sang du Christ, en invitant à célébrer l'institution de l'Eucharistie, l'hymne Pange lingua parle de la Vierge Marie : « Chante, ô ma langue, le mystère de ce corps glorieux et du précieux sang, fruit d'un illustre sein. [...] Il nous a été donné, il nous est né d'une Vierge sans tache. » L'Ave verum commence et finit par Marie : « Salut, ô corps vraiment né de la Vierge Marie ; corps vraiment immolé sur la Croix pour le salut de l'homme ; dont le côté ouvert a laissé couler l'eau et le sang. [...] Ô doux Jésus, ô bon Jésus, ô Jésus Fils de la Vierge Marie ! » « Heureuse celle qui a cru » (Luc 1, 45) : dans le mystère de l'Incarnation, Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un « tabernacle » – le premier « tabernacle » de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Élisabeth, « irradiant » quasi sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie. Et le regard extasié de Marie, contemplant le visage du Christ qui vient de naître et le serrant dans ses bras, n'est-il pas le modèle d'amour inégalable qui doit inspirer chacune de nos communions eucharistiques ? » (Ecclesia de Eucharistia, n° 55). (à suivre…)

samedi 1 juin 2013

Marie et Eucharistie (1)

Marie et Eucharistie (1)

Alors que l’Église fêtre le très saint sacrement du Corps et du Sang de notre Seigneur Jésus-Christ et que le pape François convie tous les fidèles à venir adorer l’Eucharistie dimanche 2 juin pendant une heure, de 17 heures à 18 heures, pour ses intentions relatives à l’année de la foi, nous pouvons nous arrêter à considérer ces jours-ci les rapports de la très Sainte Vierge Marie avec l’auguste sacrement de l’Eucharistie (les considérations qui suivent, tout comme celles qui vous ont accompagnés tout au long du mois de mai sont tirées d’un ouvrage qui devrait paraître à la fin de l’année sous le titre de Dictionnaire encyclopédique de mariologie). Que l'Eucharistie soit le vrai corps du Christ, né de la Vierge Marie, et présent sacramentellement sous les espèces consacrées du pain et du vin, est une vérité de foi que l'Église enseigne depuis le début, car elle l'a reçue de son divin fondateur. (lire la suite) « La Parole du Christ a pu créer ce qui n’était pas, et elle ne pourrait changer ce qui est en ce qui n’était pas. Ce corps que nous rendons présent, conficimus [« nous consacrons »], c’est le corps né de la Vierge. Pourquoi chercher ici, dans le corps du Christ, l’ordre de la nature, alors que le Seigneur Jésus lui-même est né de la Vierge Marie, en dehors des lois de la nature ? C’est la vraie chair du Christ, celle qui a été crucifiée, celle qui a été ensevelie ; c’est donc vraiment le sacrement de sa chair. Le Seigneur Jésus proclame : Ceci est mon corps » (st Ambroise, De Sacramentis). « Marie n'a d'autre désir que de conduire les hommes au Christ, de les introduire au cœur du mystère central du christianisme, celui de la Rédemption. Ce Fils qu'elle a déjà mis au monde [...], elle continue maintenant à le donner à l'Église. Si elle aime voir ses enfants rassemblés pour une vibrante manifestation de foi et d'amour, c'est pour les conduire ensemble vers le Pain mystique, symbole de l'unité, de la paix et de la joie éternelle du ciel » (Pie XII, Radio-message au Congrès marial belge, 5 septembre 1954). « Avec la sollicitude maternelle dont elle témoigne aux noces de Cana, Marie semble nous dire: « N'ayez aucune hésitation, ayez confiance dans la parole de mon Fils. Lui, qui fut capable de changer l'eau en vin, est capable également de faire du pain et du vin son corps et son sang, transmettant aux croyants, dans ce mystère, la mémoire vivante de sa Pâque, pour se faire ainsi “pain de vie” » (bx Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia, 17 avril 2003, n° 54). (à suivre…)

vendredi 31 mai 2013

Marie et Eucharistie (3)

Marie et Eucharistie (3)

Enfin, « Marie est présente, avec l'Église et comme Mère de l'Église, en chacune de nos Célébrations eucharistiques. Si Église et Eucharistie constituent un binôme inséparable, il faut en dire autant du binôme Marie et Eucharistie. C'est pourquoi aussi la mémoire de Marie dans la Célébration eucharistique se fait de manière unanime, depuis l'antiquité, dans les Églises d'Orient et d'Occident » (Ecclesia de Eucharistia, n° 57). « C'est pourquoi personne mieux qu'elle ne peut nous apprendre à comprendre et à vivre avec foi et amour la messe, en nous unissant au sacrifice rédempteur du Christ. Lorsque nous communions, nous aussi, comme Marie et unis à elle, nous nous unissons au bois de la Croix que Jésus, à travers son amour, a transformé en instrument de salut, et nous prononçons notre « Amen », notre « oui » à l'Amour crucifié et ressuscité » (Benoît XVI, Angélus, 11 septembre 2005). Marie peut être dite, avec Gerson, « mère de l’Eucharistie », et qualifiée par Jean-Paul II de « femme eucharistique » (Ecclesia de Eucharistia, n° 53). (lire la suite) Saint Éphrem (306-373) écrit que « Marie nous a donné le pain de la vie, à la place du pain de la souffrance que nous a donné Ève » (Hymne pour les azymes, 1, 6-7). Il voit en Marie le tabernacle où habitait le Verbe fait chair, symbole de l’habitation du Verbe dans l’Eucharistie présente dans l’Église. Le corps né de Marie est né pour devenir Eucharistie. Proclus, évêque de Jérusalem (390-446), dit de Marie qu’elle est le temple dans lequel Dieu s’est fait prêtre et victime. Elle est la demeure du roi et le lieu de repos du Verbe (cf. Oratio 1, 1 et Oratio 5, 3). « Marie est le temple dans lequel Dieu devint prêtre, en ne changeant pas notre nature, mais en la revêtant de ce qui est selon l’ordre de Melchisédech » (Homélie 1 De laudibus Sanctæ Mariæ). C’est pourquoi toute célébration eucharistique, mémorial du Sacrifice de la Croix (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nos 1356, 1362-1372), fait intrinsèquement et essentiellement référence à Marie, qui nous a mérité le prêtre véritable et éternel. La source du sacerdoce du Christ et de l’Église se trouve dans le sein de Marie. (à suivre…)

vendredi 26 avril 2013

Voir Dieu (5)

Voir Dieu (5)

Or, « un monde sans Dieu est un monde sans justice » (Benoît XVI, encyclique Spe salvi, 30 novembre 2007, n° 44). Voir Dieu a un prix, qui est de vivre sur terre « dans la justice et la sainteté tous les jours de notre vie » (Luc 1, 75). Certes, Dieu nous donne sa grâce à tout moment, et nous attire à lui de toutes les manières possibles – et il faut voir comme il est inventif ! – se servant parfois d’événements on ne peut plus minimes ou banals. Mais la grâce n’annule pas la justice. Elle ne saurait s’exercer à son encontre. Car toutes deux ont Dieu pour auteur. Mieux encore, toutes deux sont Dieu. C’est pourquoi, comme le pape Benoît XVI l’explique, la grâce « ne change pas le tort en droit » (ibidem). Elle ne peut pas faire que ce qui est mal devienne un bien dans certaines circonstances (celles qui nous conviennent, bien évidemment). Cela ne peut jamais se produire. D’où l’on voit l’erreur crasse de ceux qui admettent la légitimité de ce qu’ils reconnaissent pourtant comme un mal, à certaines conditions, le relativisme moral contre lequel le bienheureux Jean-Paul II a dû s’élever dans son encyclique Veritatis splendor (du 6 août 1993) sur la splendeur de la Vérité. Soit dit en passant, le titre est particulièrement bien choisi. (lire la suite) Benoît XVI poursuit son raisonnement et l’illustre en recourant à Dostoïevski et à Platon : la grâce « n’est pas une éponge qui efface tout, de sorte que tout ce qui s'est fait sur la terre finisse par avoir toujours la même valeur. Par exemple, dans son roman « Les frères Karamazov », Dostoïevski a protesté avec raison contre une telle typologie du ciel et de la grâce. À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s'était passé. Je voudrais sur ce point citer un texte de Platon qui exprime un pressentiment du juste jugement qui, en grande partie, demeure vrai et salutaire, pour le chrétien aussi. Même avec des images mythologiques, qui cependant rendent la vérité avec une claire évidence, il dit qu'à la fin les âmes seront nues devant le juge. Alors ce qu'elles étaient dans l'histoire ne comptera plus, mais seulement ce qu'elles sont en vérité. ‘Souvent, mettant la main sur le Grand Roi ou sur quelque autre prince ou dynaste, il constate qu'il n'y a pas une seule partie de saine dans son âme, qu'elle est toute lacérée et ulcérée par les parjures et les injustices [...], que tout est déformé par les mensonges et la vanité, et que rien n'y est droit parce qu'elle a vécu hors de la vérité, que la licence enfin, la mollesse, l'orgueil, l'intempérance de sa conduite l'ont rempli de désordre et de laideur : à cette vue, Rhadamante l'envoie aussitôt déchue de ses droits, dans la prison, pour y subir les peines appropriées [...] ; quelquefois, il voit une autre âme, qu'il reconnaît comme ayant vécu saintement dans le commerce de la vérité. [...] Il en admire la beauté et l'envoie aux îles des Bienheureux » (Gorgias 525a-526c) » (encyclique Spe salvi, n° 44). (à suivre…)

lundi 8 octobre 2012

Connaître en écoutant (6)

Connaître en écoutant (6)

Certes, notre sainteté ne saurait causer celle d’autrui, car toute sainteté provient de Dieu, est un don gratuit de sa part. Mais il s’en sert comme d’un canal, d’un vecteur pour toucher les âmes de ceux qui nous entourent ou que nous approchons d’une façon ou d’une autre. « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous soyez, vous aussi, en communion avec nous ; nous sommes, nous, en communion avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ » (1 Jean 1, 3).
En définitive, aimer Dieu et notre prochain, m’est avis que c’est tout un. Tout se résume à cela, car le deuxième commandement est égal au premier (cf. Matthieu 22, 39). Ils sont inséparables. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous et son amour atteint en nous sa perfection. […] Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu, qu’il ne voit pas » (1 Jean 4, 12.20). Il existe deux aspects ou dimensions de la gloire divine, une intérieure à la Très Sainte Trinité, l’autre extérieure. « Ce que la Bible appelle « gloire de Dieu » (kabod Yahvé, doxa tou Theou) est avant tout Dieu lui-même : la « gloire intérieure » […], la perfection infinie de la Divinité dans la Trinité de Personnes [..], la plénitude de Vérité (lire la suite) et d’Amour dans la contemplation et la donation réciproques (et par conséquent dans la communion) du Père, du Fils et du Saint-Esprit […]. Avec la création du monde commence une nouvelle dimension de la gloire de Dieu, appelée « extérieure » pour la distinguer de la précédente » (bx Jean-Paul II, Discours, 12 mars 1986). C’est bien à ce deuxième niveau que nous pouvons et devons intervenir. Mais pas uniquement en louant Dieu et en le servant par toute notre vie, mais aussi en participant à cette gloire, par la divinisation que la grâce sanctifiante opère progressivement dans notre âme et qui découle de notre condition d’enfant de Dieu, comme une exigence même de celle-ci, pourrions-nous dire, même si aucune obligation de justice n’existe à strictement parler en ce sens de la part de Dieu. La gloire de Dieu est Dieu lui-même en tant qu’il se manifeste aux hommes. « Il se forma une nuée – au moment où Jean baptise le Seigneur – qui les enveloppa de son ombre, et une voix vint de la nuée : Celui-ci est mon Fils bien-aimé : Écoutez-le ! » (Marc 9, 7). (à suivre…)

vendredi 5 octobre 2012

Connaître en écoutant (3)

Connaître en écoutant (3)

Mais le Seigneur ne s’était pas privé de la rappeler de temps à autre, question de nous faire comprendre qu’à ses yeux nous restions vraiment ses enfants. Des enfants terribles, certes, mais ses enfants tout de même. Dieu reste notre Père, quoi qu’il arrive, quels que soient nos égarements. Et chaque fois que nous revenons à lui, le cœur contrit et rempli d’humilité (cf. Psaume 50, 19), il nous le prouve. C’est l’enseignement que nous tirons de la parabole du fils prodigue (cf. Luc 15, 11-32). « Le père de l'enfant prodigue est fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours. Cette fidélité ne s'exprime pas seulement dans la parabole par la promptitude de l'accueil, lorsque le fils revient à la maison après avoir dilapidé son héritage; elle s'exprime surtout bien davantage par cette joie, par cette fête si généreuse à l'égard du prodigue après son retour » (Jean-Paul II, lette encyclique Dives in misericordia, 30 novembre 1980, n° 8). (lire la suite)
Dieu s’est toujours présenté comme étant fidèle à ses promesses. Mais ici, nous avons davantage, parce que c’est la miséricorde et la mansuétude de notre Dieu qui s’étalent au grand jour, et parce que quelque chose de très profond est mis en évidence : « Les causes de cette émotion doivent être recherchées plus profondément: le père est conscient qu'un bien fondamental a été sauvé, l'humanité de son fils. Bien que celui-ci ait dilapidé son héritage, son humanité est cependant sauve. Plus encore, elle a été comme retrouvée » (Ibid.). Voilà ce qu’il y a de plus étonnant et de plus émouvant dans l’attitude de Dieu à notre égard, et de plus inattendu aussi, dans une perspective humaine. Par là, le Seigneur nous répète ce qu’il affirmait déjà par la bouche du prophète : « Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon Fils ; moi-même, aujourd’hui, je t’ai engendré » (Psaume 2, 7). Et, en t’envoyant mon propre Fils, je t’ai réengendré, je t’ai réintroduit, réadmis dans ma propre vie. Et en te pardonnant tes péchés, je t’engendre de nouveau à la vie de la grâce, qui n’est autre que la lymphe vivifiante qui circule inlassablement de moi à mon Fils et vice-versa sous l’action de notre Esprit commun. Je t’ai tiré des extrémités de la terre et je t’ai appelé des lointaines régions pour te dire : « Tu es mon serviteur, je t’ai élu et je ne t’ai pas dédaigné » (Isaïe 41, 9). Nous avons donc toutes les raisons du monde pour vouloir connaître ce Dieu qui nous donne tout et qui nous aime tellement. Or, Dieu est saint, par excellence, en lui-même. Il est la Sainteté. Le connaître réellement, c’est donc nous efforcer d’être saints à notre tour pour lui rendre gloire et pour que les autres le glorifient à travers nous. « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 6, 16). (à suivre…)

jeudi 2 août 2012

Biographie sur Jean-Paul II

Biographie sur Jean-Paul II

Mgr Le Tourneau vient de publier une biographie complète du bienheureux pape Jean-Paul II. Elle comprend les chapitres suivants : I - Karol Wojtyla II - Jean-Paul II, successeur de Pierre III - Jean-Paul II, apôtre de la paix IV - Jean-Paul II, pontife universel V - Un pape de son temps Elle est disponible au format électronique aux Editions Blanche de Peuterey, au prix de 4,80 euros.

mardi 17 juillet 2012

Le patriotisme (5)


Le patriotisme (5)

L’Église renforce l’union que nous donne notre commune nature d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26), et elle nous conduit tous dans une communauté de vie surnaturelle, celle du Corps mystique du Christ, où tout égoïsme, personnel ou de groupe, est ressenti comme une blessure, comme un ferment de mort. « Un chrétien n’est pas seulement une personne qui a la foi, mais aussi quelqu’un qui est appelé à être le levain et le sel de la société civile et politique dans laquelle il ou elle vit. L’Église par conséquent inculque à ses fidèles un profond sens de l’amour et du devoir à l’égard de leurs compatriotes et à l’égard de leur patrie. Elle les encourage à vivre en citoyens honnêtes et exemplaires et à travailler loyalement au progrès intégral de la nation dont ils sont fiers d’être les membres » (bienheureux Jean-Paul II, Discours aux évêques chinois en visite ad limina, 11 novembre 1980). Mais gardons bien présent à l’esprit que (lire la suite) « si nous nous vantons de ce que nous avons de meilleur, nous devons nous repentir de ce que nous avons de pire. Autrement, le patriotisme serait alors quelque chose de bien pauvre » (Chesterton, Praying for Patriotism, dans The Common Man, Londres-New York, Sheed and Ward, 1951, p. 52). « Cet amour fait de nous des serviteurs du bien commun. Prions tout spécialement pour ceux qui, dans l’exercice de leur pouvoir, sont appelés à ce service particulier » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990).
Il doit être bien clair, non seulement dans la théorie mais aussi et surtout dans les faits, que « les chrétiens ne sont l’ennemi de personne, moins encore de l’empereur. Ils savent, en effet, que c’est Dieu qui l’a constitué dans sa charge ; c’est pourquoi ils l’aiment nécessairement, le respectent, l’honorent et ils désirent qu’il soit sauf ainsi que tout l’empire jusqu’à la fin des temps (…). Nous honorons donc l’empereur, mais nous le faisons de la façon qui est licite et utile pour lui-même : comme un homme qui est second après Dieu, qui a obtenu de Dieu tout ce qu’il est et qui n’est inférieur qu’à Dieu » (Tertullien, Liber ad Scapulam 2), c’est-à-dire, et c’est l’arrière-plan de ce rappel de la doctrine chrétienne, nous n’adorons pas le chef de l’État, car nous n’adorons que Dieu seul. Nous voyons en lui, certes, quelqu’un qui détient une autorité qui provient de Dieu, « car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui » (Romains 13, 1). « Dieu tout-puissant et éternel, qui avez établi l’empire des Francs pour être dans le monde l’instrument de votre sainte volonté, la gloire et le rempart de votre sainte Église, prévenez partout et toujours, de votre céleste lumière, les fils suppliants des Francs, afin qu’ils voient ce qu’il faut faire, pour étendre votre règne dans le monde, et qu’ils grandissent toujours en charité et en vaillance, pour accomplir ce que votre lumière leur aura révélé » (prière du IXe siècle citée par le bienheureux Charles de Foucauld, René Bazin, Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite au Sahara, Paris, Nouvelle Cité, nouvelle édition, 2003, p. 480).

(fin)

lundi 16 juillet 2012

Le patriotisme (4)


Le patriotisme (4)

« Quelle est l'origine du patriotisme ? Quelles sont les causes qui le créent dans l'âme de tous, quelles sont les raisons qui l'y font vivre ? Ces causes, ces raisons, sont de plusieurs sortes : il est indispensable d'y voir en premier lieu une sorte de patrimoine de race, qui porte l'homme à préférer tel peuple plutôt que tel autre ; on peut l'attribuer ensuite à l'amour naturel de chacun pour le sol qui l'a vu naître et grandir, pour les objets qui ont entouré son enfance et sa vie, pour la terre qui contient les cendres de ses aïeux ; une autre raison est encore la préférence de chacun pour les hommes dont le caractère, la langue, les mœurs, les traditions sont les mêmes que les siens. Enfin, surtout pour ceux qui, comme vous, ont le privilège d'étudier plus que d'autres, les grands exemples de l'Histoire, notre patriotisme est un amour profond pour une nation qui, à toute époque, a tiré son épée, (lire la suite) enfanté ses savants et ses théosophes, versé le plus pur de son sang pour toutes les grandes causes et renversé les obstacles que les peuples et les individus avaient jetés au travers de la civilisation » (Charles de Gaulle, Conférence devant des camarades officiers subalternes, probablement en 1913, Lettres, notes et carnets, vol. I, 1905-1918, Paris, 1980, p. 67-68).
Le patriotisme fait partie de la vertu de justice, avons-nous dit. Or, « la protestation contre Dieu au nom de la justice ne sert à rien. Un monde sans Dieu est un monde sans espérance (cf. Éphésiens 2, 12). Seul Dieu peut créer la justice. Et la foi nous donne la certitude qu'Il le fait. L'image du Jugement final est en premier lieu non pas une image terrifiante, mais une image d'espérance ; pour nous peut-être même l'image décisive de l'espérance » (Benoit XVI, encyclique Sauvés dans l’espérance, n° 44). Toute vertu est centrée sur Dieu : elle part de Dieu et conduit à lui. Présentant une finalité surnaturelle, elle requiert donc d’employer des moyens surnaturels eux aussi. À cet effet, Jésus-Christ a fondé son Église pour qu’elle travaille à assurer cette fin surnaturelle à tous les hommes de bonne volonté, tout en la proposant à tous, sans distinction. Il a fondé son Église pour que, par elle et en elle, nous puissions obtenir effectivement cette fin surnaturelle. Et comme la fin est la même pour tous les hommes – il n’y a « plus de juif ni de grec ; plus d’esclave ni d’homme libre ; plus d’homme ni de femme : vous tous, en effet, vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Galates 3, 28) – Jésus-Christ a fondé son Église pour tous, voulant dès le premier instant qu’elle soit universelle, catholique. L’Église accueille la variété des différents peuples et des diverses patries, comme un patrimoine humain qui l’enrichit, jamais comme une source de division. C’est ainsi, par exemple, comme le pape Jean-Paul II le déclarait un jour, que « la révélation est annoncée de manière adéquate et se fait pleinement compréhensible quand le Christ parle la langue des divers peuples, et que ceux-ci peuvent lire l'Écriture et chanter la liturgie dans la langue et avec les expressions qui leur sont propres » (lettre apostolique Orientale lumen, n° 7, citée dans Discours à l'Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, 3 mai 1996).

(à suivre

dimanche 15 juillet 2012

Le patriotisme (3)


Le patriotisme (3)

Aimer sa patrie est donc une vertu chrétienne. Ne pas l’aimer, n’est pas une vertu. Si nous aimons notre patrie, nous aimons aussi ceux qui y vivent, et nous tâchons de contribuer à ce qu’ils mènent une vie heureuse, bien conscients de ce que la vie ici-bas n’est que transitoire et que ce qui compte avant tout, c’est de les aider à obtenir le bonheur véritable, c’est-à-dire à transformer vraiment notre pays en terrain qui prépare « aux destinées éternelles de l’homme ». Le plus grand bien que nous puissions souhaiter pour chacun est évidemment sa félicité éternelle, qui doit être préparée par la participation à la vie de la cité terrestre, chacun à la mesure de ses capacités et de ses possibilités, afin de rendre les conditions de vie plus favorables à l’accomplissement de la destinée ultime de l’homme et de permettre son meilleur épanouissement. « Les chrétiens sont plus utiles à la patrie que le reste des hommes : ils forment des citoyens ; ils enseignent la piété à l’égard de Dieu, gardien des cités ; ils font monter jusqu’à une cité divine et céleste ceux qui vivent bien dans les petites cités de la terre » (Origène, Contre Celse 8, 73-74). (lire la suite)
« Dieu, Rédempteur et Seigneur des nations (…) ; Dieu Tout-Puissant et Éternel, donne-nous un grand et profond amour envers nos frères et envers notre patrie, Mère bien-aimée, afin qu’après avoir oublié nos profits, nous puissions honnêtement te servir, ainsi que ton peuple. » Oui. (…) Et c’est précisément l’amour qui donne une juste signification et une direction : l’amour envers les frères de notre patrie et envers chaque homme sans exception selon la parole du Christ, c’est-à-dire l’amour des uns pour les autres ; l’amour pour le bien commun ; l’amour pour le patrie, que les ancêtres ont appelée Mère. Et c’est à travers l’amour pour notre patrie que naît le respect des droits de chaque nation et de chaque homme au sein de la grande famille européenne et de la famille humaine » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990). Poussons plus loin encore : l’amour aussi de la grande famille surnaturelle qu’est l’Église. En effet, le plus grand bien commun des hommes, leur fin véritable est la fin surnaturelle : Dieu connu surnaturellement et aimé, servi, glorifié. C’est par conséquent le véritable et principal bien commun de la société, donc de la patrie.

(à suivre…)

samedi 14 juillet 2012

Le patriotisme (2)


Le patriotisme (2)

« La justice, en général, consiste à payer une dette à autrui, souligne saint Thomas d’Aquin ; payer une dette spéciale à une personne déterminée sera donc l’objet d’une vertu spéciale. Or, l’homme est débiteur, à un titre particulier, envers ce qui, par rapport à lui, est principe humain d’être et de gouvernement. C’est ce principe que considère la piété, par le fait qu’elle rend un culte et des devoirs aux parents et à la patrie et à ceux qui leur sont unis » (Somme Théologique II-II, q. 101, a. 3). Le patriotisme, en tant que vertu, s’appelle donc la piété, qui est une partie de la vertu de la justice, laquelle consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Après la vertu de religion, par laquelle nous rendons à Dieu le culte que nous lui devons, vient la vertu de piété, par laquelle nous honorons d’abord nos parents, puis la patrie qui nous a vu naître : « La piété est une certaine expression de l’amour envers les parents et la patrie » (Ibid., ad 1). (lire la suite)
Le patriotisme du chrétien doit être informé par la charité : nous sommes appelés à aimer notre patrie par Dieu et pour Dieu, avec l’amour surnaturel que sa grâce a déposé dans notre cœur. C’est pourquoi il ne peut pas y avoir d’opposition ni de contradiction entre l’amour de Dieu, de l’Église et des chrétiens dans le Christ, et l’amour que nous éprouvons pour notre patrie et nos compatriotes, et enfin l’amour que nous vouons à tous les hommes et à toutes les femmes, y compris à ceux qui nous persécutent. Si une opposition surgissait, sous quelque forme que ce soit et de quelque signe que ce soit, ce serait la preuve que notre patriotisme a cessé d’être une vertu, car il s’agirait alors d’un amour désordonné ; ce ne serait plus une manifestation de la vertu de piété.
Le nationalisme est très certainement un péché, car il suppose un manque de justice envers les autres pays que le sien. Alors que le patriotisme est une vertu. Il est donc important de bien les distinguer. Le patriotisme n’est en rien répréhensible. Le nationalisme n’est pas chrétien.
« Dieu, Rédempteur et seigneur des nations, ne permets pas que nous tombions de tes mains et que nous abandonnions ta discipline. » « Nous avons hérité de nos ancêtres cette prière pour la patrie. Je prononce aujourd’hui les paroles de cette prière devant Vous, Notre-Dame de Jasna Góra. Par Vous, nous prions le Roi et Seigneur des nations : « Par l’intercession de la Très Sainte Vierge, notre Reine, bénis notre patrie, afin que, toujours fidèle à toi, elle rende gloire à ton nom, et guide ses enfants vers le bonheur. » Prions donc afin de rendre gloire au nom divin, reconnaissants pour le fait que « la gloire de Dieu est l’homme vivant » (cf. saint Irénée, Adversus hæreses 4, 20, 7) et pour que la nation vive une vie digne, dans la justice et l’amour de la vérité. Prions également pour que notre patrie, en tant que lieu de pèlerinage temporel, devienne pour tous le lieu de la préparation aux destinées éternelles de l’homme » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990).

(à suivre…)

dimanche 27 mai 2012

La Pentecôte (6)

La Pentecôte (6)

L’action du Saint-Esprit est ineffable et inépuisable. Il garde continuellement des dons en réserve pour chacun et pour toutes les situations de notre existence. « De l’Esprit Saint aussi on pourrait dire : chacun en a sa part, et tous l’ont en entier, tant sa générosité est inépuisable. Dans l’expérience des Églises, il est le ferment invisible que l’on reconnaît à ses fruits, tels qu’un saint Paul nous aide à les discerner dans la vie spirituelle des chrétiens ; dans leur prière qui retrouve son sens de louange et de gratitude, en même temps que son audace confiante ; dans les communautés vivantes, pleines de joie et de charité, que l’Esprit Saint suscite et transfigure ; dans l’esprit de sacrifice ; dans l’apostolat courageux et l’action fraternelle au service de la justice et de la paix. En tout, l’Esprit Saint stimule la recherche du sens de la vie, la poursuite obstinée du beau, du bien au-delà du mal ; on le reconnaît à travers l’espérance de la vie qui jaillit plus fort que la mort, et à travers cette eau jaillissante qui murmure déjà en nous : Viens vers le Père » (bx Jean-Paul II, Discours au Congrès international de Pneumatologie, 26 mars 1982, n° 4). (lire la suite)
La théologie nous dit que de Maria numquam satis. Ce principe est appliqué ici, à combien plus forte raison, à la louange de notre Seigneur Jésus-Christ. Il n’y a pas de risque d’exagérer dans la louange de notre Dieu et dans l’adoration, dans l’amour que nous lui portons, dans notre désir de ne faire qu’un avec lui (cf. Jean 17, 22) en transformant effectivement chaque journée en un sacrifice uni à l’holocauste unique de la Croix. L’envoi du Saint-Esprit au jour de la Pentecôte aide indéniablement les apôtres à comprendre complètement l’instruction que Jésus leur a dispensée quarante jours durant après sa Résurrection. « Recevez l’Esprit Saint » (Jean 20, 22). Mais ce premier don du Saint-Esprit doit être suivi du second, plus fondamental, plus complet, plus décisif. Déjà, « ils étaient continuellement dans le Temple à louer et à bénir Dieu » (Luc 24, 53). Mais désormais leur vie est résolument et définitivement orientée vers la proclamation de l’Evangile envers et contre tout (cf. 2 Timothée 4, 2). Les chefs, les anciens, les scribes et les grands prêtres auront beau leur enjoindre formellement de ne plus parler et enseigner au nom de Jésus, ils répondront : « Aux yeux de Dieu, est-il juste de vous obéir plutôt qu’à Dieu ? Jugez-en ! Pour nous, en effet, nous ne pouvons pas ne pas dire ce que nous avons vu et entendu » (Actes 4, 18-19), et ils agiront en conséquence, au prix de leur vie terrestre, mais pour entrer d’un bond dans l’éternité de Dieu et pour aller prendre leur place sur le siège qui leur est assigné et d’où, le moment venu, ils jugeront les douze tribus d’Israël (cf. Matthieu 19, 28). (à suivre…)

jeudi 24 mai 2012

La Pentecôte (3)

La Pentecôte (3)

Cet Esprit, que nous recevons ainsi sans limite, si ce n’est celle que notre humaine nature peut y apporter dans sa faiblesse, est l’Esprit d’Amour. Son rôle premier est donc de nous apprendre à aimer pour de vrai le Père et le Fils. Le Fils nous donne la vie éternelle dans le Père par le Saint-Esprit. Et il nous la donne dès à présent au travers de la Sainte Eucharistie, sacrement de sa présence réelle, sacrement aussi de l’amour du Seigneur poussé à la dernière extrémité : « Après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, (il) les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Tout comme il regarda le jeune homme riche et l’aima (Marc 10, 21). Il l’aima, puis il l’appela à le suivre : « Une chose te manque… Vends tes biens… Et suis-moi. » Dieu aime avant d’appeler. « Quand Israël était enfant, je l’aimai, et de l’Égypte, j’appelai mon fils » (Osée 11, 1). « Si Dieu s’est attaché à vous et vous a choisis […] c’est par amour pour vous » (Deutéronome 7, 7-8). (lire la suite) De sorte que « l’ami de Dieu c’est d’abord un aimé de Dieu » (J.-P. Torrell, Inutile sainteté ?
Paris, Le Centurion, 1971, p. 38). Et nous sommes aimés de Dieu par son Esprit, dans son Esprit. « Celui qui m’aime mettra en pratique ce que je dis, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23). « Et ce à quoi nous reconnaissons qu’Il demeure en nous, c’est à l’Esprit qu’il nous adonné » (1 Jean 3, 24). Tout se tient. Cet Esprit d’amour est donc l’envoyé du Père pour accomplir notre sanctification. « L'Esprit du Seigneur est sur moi » (Luc 4, 18). L'Esprit ne se tient pas seulement « sur » le Messie, mais il le remplit, le pénètre, le rejoint dans son être et dans son action. L'Esprit, en effet, est le principe de la « consécration » et de la « mission » du Messie : « Parce qu'il m'a consacré par l'onction et m'a envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres... » (Luc 4,18). Par la force de l'Esprit, Jésus appartient totalement et exclusivement à Dieu, il participe à l'infinie sainteté de Dieu qui l'appelle, le choisit et l'envoie. Ainsi, l'Esprit du Seigneur se révèle source de sainteté et appel à la sanctification. Ce même « Esprit du Seigneur » est « sur » le peuple de Dieu tout entier, qui est constitué comme peuple « consacré » à Dieu et « envoyé » par Dieu pour annoncer l'Évangile qui sauve. De l'Esprit, les membres du peuple de Dieu sont « enivrés » et « marqués » et appelés à la sainteté » (Jean-Paul II, exhortation apostolique Pastores dabo vobis, 25 mars 1992, n° 19). (à suivre…)