ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007
Affichage des articles dont le libellé est Jérusalem. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jérusalem. Afficher tous les articles

mardi 3 février 2015

La louange de Dieu (1)

La louange de Dieu (1)

« Alléluia ! » (Psaume 150, 1). Alléluia ! Les psaumes de louange de Dieu commencent presque tous par cette acclamation joyeuse. Alléluia ! qui retentit continuellement dans les cieux, où elle fait partie du fond commun de la glorification de notre Dieu Tout-Puissant. C’est le cri de joie qui jaillit dans le matin de Pâques dans les cœurs jusque-là oppressés par la mort et les souffrances du Messie Seigneur. C’est l’heure de la décompression qui se traduit par ce cri, bref et dense d’alléluia. Il rejoint les acclamations du peuple lors de l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Alléluia ! Et tout de suite après, après que ce mot a claqué dans le vent, commence l’invitation à louer Dieu : « Louez le Seigneur dans son sanctuaire ! » (Psaume 150, 1), « vous qui êtes de service dans la maison du Seigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu. Louez le Seigneur, car il est bon, le Seigneur ; chantez son nom sur la harpe, car il est suave » (Psaume 135, 2-3). (lire la suite) Il est la bonté même, dit-on de certaines gens. C’est le cas de Dieu. Il est la Bonté en personne. « Célébrez le Seigneur, car il est bon, car sa bienveillance est éternelle » (Psaume 106, 1). Le psalmiste ne cesse de rappeler cette vérité consolante, qui est comme une doigtée de miel fondant dans notre bouche chaque fois que nous la répétons « Louez le Seigneur, car il est bon, car sa miséricorde dure à jamais » (1 Chronique 16, 34). Imprégnons-nous de cette grande réalité. Dieu seul est saint. Dieu seul est bon. Ce qui revient au même. Car le saint est quelqu’un de foncièrement bon, qui aime le bien et fait le bien, à tout le monde, sans discrimination aucune. « Ah ! Seigneur, je suis ton serviteur, oui, ton serviteur, fils de ta servante : tu as détaché mes liens. Je t’offrirai un sacrifice en action de grâces, et j’invoquerai le nom du Seigneur en présence de tout le peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, dans ton enceinte, Jérusalem » (Psaume 116, 16-19). Dans ton sanctuaire, dans cet édifice qui est destiné au culte par sa consécration, qui en a fait un lieu saint, à toi réservé, au culte que nous te devons. Certes, ce culte n’est pas uniquement de louange et d’action de grâce, il est aussi d’expiation, d’adoration et d’impétration. Mais est-ce que, en définitive, tout ne revient pas à cette louange, sous une forme ou sous une autre, tout ne résume pas en la reconnaissance de ta majesté, qui mérite l’adoration, et que nous réparions les offenses qu’elle subit ? Cette toute-puissance qui est à même d’exaucer toutes nos supplications, ce qui entraîne une recrudescence de notre louange, de notre action de grâce. « Maintenant le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui. Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et c’est bientôt qu’il va le glorifier » (Jean 13, 31-32). « Moi, je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’avais donné à faire » (Jean 17, 4). « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et de mener son œuvre à bonne fin » (Jean 4, 34). A aucun moment Jésus n’a autant rendu gloire au Père qu’au Calvaire, que lorsqu’il a été hissé sur la Croix, unissant le ciel et la terre, et faisant descendre la grâce d’en haut sur les hommes en manifestant sa puissance divine. Pour nous, c’est la messe, actualisation du Sacrifice de la Croix, qui permet de rendre la louange la meilleure et la plus complète à Dieu. La messe qui est la racine de la vie spirituelle du chrétien, l’aboutissement de toute la liturgie de l’Église, source et sommet de la vie d’union véritable à Dieu. « Quelle est la grande nation qui ait des dieux aussi près d’elle que le Seigneur, notre Dieu, toutes les fois que nous nous tournons vers lui ? Et quelle est la grande nation qui ait des lois et des ordonnances justes, comme toute cette loi que je vous expose aujourd’hui ? » (Deutéronome 4, 7-8). Et quelle est la nation qui a un Dieu présent au milieu d’elle comme l’est notre Dieu dans l’Eucharistie, dans le sacrement de sa présence réelle précisément ? Et quelle est la nation dont le Dieu se donne en nourriture pour fortifier les âmes, qui est gage de vie éternelle ? « Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts ? Tel est le pain qui descend du ciel que celui qui en mange ne mourra pas. C’est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde » (Jean 6, 49-51). (à suivre…)

dimanche 28 décembre 2014

La Sainte Famille (5)

La Sainte Famille (5)

Quand Jésus atteint l’âge de douze ans accomplis, il monte pour la première fois en pèlerinage à la Ville Sainte, où il sera tellement heureux de se trouver dans la maison de son Père qu’il y restera trois jours ! Sa joie devait être incommensurable, indescriptible. Que voulait-il voir de plus grand, de plus consolant, de plus réconfortant que d’être pleinement chez soi ? Notre Seigneur déclarera un jour : « En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père » (Jean 5, 19). (lire la suite) Avec un tel modèle sous les yeux, il m’est difficile de ne pas m’efforcer d’en faire autant. Mais je suis soumis à des forces centripètes. Heureusement, Marie et Joseph me saisissent de nouveau par la main, si j’ai cessé de lutter, et me ramènent à mon Jésus, en me suggérant une fois de plus de lui faire le cadeau de ma vie, de mes recommencements, car la vie consiste à commencer et à recommencer sans cesse : « Voilà justement ce que doit être ta vie intérieure : commencer… et recommencer » (saint Josémaria, Chemin, n° 292). Et, en même temps, « c’est toujours par Marie que l’on va et que l’on « revient » à Jésus » (saint Josémaria, Ibid., n° 495). Adressons à la Sainte Famille « notre humble prière d’enfants. Notre langue et notre palais se rempliront alors de lait et de miel ; et ce sera pour nous un délice de parler du Royaume de Dieu, royaume de liberté, de cette liberté qu’il nous à gagnée » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 179). Un très grand bonheur, car le foyer de Nazareth est une école de vertus, la meilleure école pour apprendre l’ensemble des vertus. En effet, la vie que nous y menons est une « vie de louange, comme la Vierge en donne l’exemple dans le Magnificat (Luc 1, 46-55). Une vie de piété, comme le montre leur pèlerinage à Jérusalem et leur fidèle accomplissement de la Loi de Moïse (Luc 2-22-24.39 et 2, 41). Une vie d’obéissance et d’humilité, comme l’indique la soumission du Fils de Dieu à ses parents (Luc 2, 51). Dans la Sainte Famille, « le plus grand se fait serviteur » (Marc 10, 43) ; l’obéissance est à rebours de la dignité des êtres : le Fils de Dieu est soumis à l’Immaculée qui est soumise à l’homme juste. Une vie de service aimant, comme le suggère l’empressement de la Vierge à servir sa cousine (Luc 1, 39). Une vie de prière et de méditation, car « Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19.51). Une vie pauvre, comme l’indique l’offrande de deux tourterelles prévues pour les personnes de peu de ressources (Luc 2, 24). Une vie d’épreuves qui les mènera comme une famille émigrée à gagner l’Égypte (Matthieu 2, 14). Une vie de labeur dans l’atelier du charpentier (Marc 6, 3). Une vie de foi surtout, car malgré les avertissements célestes dont ils avaient été les bénéficiaires, Marie et Joseph ne cheminaient pas dans la claire vision (2 Corinthiens 5, 7) mais bien dans l’obscurité de notre condition terrestre (Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière, Paris, Mame-Edifa, 2003, p. 109). (fin)

dimanche 20 juillet 2014

Le secret du Père (2)

Le secret du Père (2)

Oui, pour nous, « notre secours est dans le nom du Seigneur » (Psaume 124, 8). Conservons donc le regard tourné vers les réalités célestes : « Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite ne serve plus [littéralement : qu’elle se dessèche]. Que ma langue s’attache à mon palais, si je ne garde pas ton souvenir, si je n’élève Jérusalem au premier rang de mes prières » (Psaume 137, 5-6). Telle est la lamentation des exilés à Babylone, qui aspirent à retourner au pays. Mais ne sommes-nous pas des exilés dans cette « vallée de larmes » (Salve Regina), de passage ici-bas, dans l’attente de l’accès à la patrie céleste, quand Dieu voudra bien nous l’ouvrir enfin ? (lire la suite) Seulement ce voyage, ce grand voyage vers l’éternité, interviendra au moment choisi par Dieu de toute éternité, indépendamment de notre volonté et de nos aspirations. Ce qui importe, c’est d’être prêt à rencontrer notre Dieu. « Que vos reins restent ceints et vos lampes allumées [nous songeons spontanément aux vierges sages de la parabole : cf. Matthieu 25, 1-13]. Et vous-mêmes, soyez semblables à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, afin de lui ouvrir aussitôt qu’il arrivera et frappera » (Luc 12, 35-36). Il ne frappe pas à n’importe quelle porte. Il ne s’agit pas d’une porte matérielle, mais d’un accès spirituel, de l’accès à notre âme. C’est ce qu’exprime le texte si souvent commenté du livre de l’Apocalypse (3, 20) : « Voici que je me tiens à la porte et que je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, je rentrerai chez lui, et je dînerai avec lui et lui avec moi. » Ce « chez lui », c’est en réalité chez Dieu, car nous lui appartenons : « Tu es à moi » (Psaume 2, 7). Il a établi sa demeure en nous. Mieux encore, en prenant possession de notre âme au moment de notre baptême, il se l’est pleinement, définitivement, approprié. Il en est devenu vraiment le premier propriétaire avec tous les titres que cela comporte. Il vient donc chez lui, et le serviteur que nous sommes doit s’empresser de lui ouvrir la porte pour qu’il rentre dans son domicile. Cette arrivée sera impromptue, en tout état de cause. « Que ce soit à la seconde ou à la troisième veille qu’il arrive, et qu’il les trouve ainsi [ses serviteurs], heureux seront-ils ! » (Luc 12, 38). « Veillez donc, car vous ne savez pas quand va revenir le maître de la maison : ou le soir, ou à minuit, ou au chant du coq, ou le matin. Il ne faut pas que, revenant à l’improviste, il vous trouve endormis » (Marc 13, 35-36), comme dans le cas des ouvriers de la parabole qui ont laissé à l’ennemi l’occasion de semer l’ivraie au milieu du blé, au risque que celui-ci soit étouffé par la mauvaise plante (cf. Matthieu 13, 24-30). (à suivre…)

samedi 21 juin 2014

Remercier Dieu (2)

Remercier Dieu (2)

Comment se fait-il que nous puissions être aussi indifférents à cette présence réelle, je souligne réelle, de notre Seigneur dans notre âme ? Ce n’est pas seulement une présence par la grâce, mais Jésus-Christ qui se trouve bien vivant en nous, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Et nous nous comportons comme si nous l’ignorions. Disons-le-nous bien, « notre amour pour le Christ qui s’offre à nous, nous pousse à savoir trouver, à la fin de la Messe, quelques minutes pour une action de grâces personnelle, intime, qui prolonge dans le silence du cœur cette autre action de grâces qu’est l’Eucharistie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 92). Que Dieu l’attende de fait est illustré, entre autres, par la scène suivante, prise sur le vif de la vie de notre Seigneur. (lire la suite) « Alors qu’il faisait route vers Jérusalem, il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée. Et comme il entrait dans un bourg, il rencontra dix lépreux qui s’arrêtèrent à distance » (Luc 17, 11-12). Ils n’approchent pas, car, à l’époque, la lèpre était jugée particulièrement contagieuse et les dispositions concernant l’éloignement de ceux qui en étaient atteints de tout lieu habité étaient très strictes. Mais cela ne les empêche pas de désirer guérir de leur maladie. Et comme ils ont appris que Jésus de Nazareth, dont on ne se lasse pas de raconter les prodiges, va passer par chez eux, ils sont sortis à sa rencontre. « Ils lui dirent, en haussant la voix : ‘Jésus, ô Maître, aie pitié de nous !’ » (Luc 17, 13). C’est tout. Ils n’en disent pas plus. Ils ne demandent pas davantage, certains que ce Jésus les comprend et qu’il peut, qu’il va certainement faire quelque chose pour eux. Toutefois, ce jour-là le rabbi ne pose aucun geste spectaculaire. Il se contente de leur dire : « Allez vous montrer aux prêtres » (Luc 17, 14). Cela pouvait laisser sous-entendre qu’ils étaient guéris ou qu’ils allaient l’être dans un bref délai, guérison que les prêtres devaient constater. Or, « tandis qu’ils y allaient, ils furent guéris » (Luc 17, 14) effectivement. Mais c’est à ce moment que surgit un problème. En effet, « l’un d’eux, voyant qu’il avait recouvré la santé, revint en glorifiant Dieu à haute voix, et tomba à ses pieds la face contre terre, lui rendant grâces » (Luc 17, 15-16). Jésus le laisse faire. Il ne s’oppose pas à cette manifestation ostentatoire de la joie débordante et obligée de cet homme. Mais ce qui dramatise quelque peu la scène, c’est que, comme le précise saint Luc, il s’agit d’un Samaritain. Or, cela fait longtemps que « les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains » (Jean 4, 9), qui, pour eux, sont des hérétiques. Manifestement, le statut de lépreux permet de s’affranchir de cette coutume. C’est donc un non Juif qui a la finesse d’âme de retourner sur ses pas pour venir témoigner au Seigneur de sa gratitude. Jésus sait bien ce que sa toute-puissance a réalisé. Aussi demande-t-il : « Est-ce que les dix n'ont pas été guéris ? Et les neuf, où (sont-ils) ? Ne s'est-il trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu ? » (Luc 17, 17-18). (à suivre…)

samedi 5 octobre 2013

Jésus et les petits enfants (1)

Jésus et les petits enfants (1)

Laissez venir les petits enfants à moi, « car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux » (Matthieu 18, 12). Quand ils ont été baptisés, ils sont innocents. Ils n’ont pas l’usage de la raison et ne commettent donc pas de péché. Ce sont de « petits anges ». Ils sont chers à mon cœur. Je me retrouve en eux. Je retrouve en eux quelque chose de ma sainteté. Des traces de ma sainteté. Des traces importantes. De vraies traces. Parce que, ne l’oubliez pas, avec mon Père et notre Esprit commun, nous avons créé l’homme, chaque homme, à notre image et à notre ressemblance (cf. Genèse 1, 26). Vous, vous êtes un peuple « à la nuque raide, incirconcis de cœur et d'oreille, vous résistez toujours à l'Esprit-Saint : tels vos pères, tels vous-mêmes » (Actes 7, 51). Je suis « au milieu de vous comme celui qui sert » (Luc 22, 27), mais vous ne voulez rien savoir. Vous êtes entêtés dans votre péché. « Par ton endurcissement et ton cœur impénitent, tu t'amasses un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, qui rendra à chacun selon ses œuvres » (Romains 2, 5-6). (lire la suite) Eux, en revanche, ces petits de mon Père, ils sont « simples comme les colombes » (Matthieu 10, 16). Ne leur interdisez pas de m’approcher. Ah ! puissiez-vous leur ressembler ! Et avoir autant de simplicité et d’affection qu’ils en ont. Mais ils ne me dérangent pas le moins du monde. Bien au contraire. Avez-vous oublié que je suis le Fils de l’homme (cf. Matthieu 26, 64) ? « Nul ne vient au Père que par moi » (Jean 14, 6). Alors laissez, parce qu’ainsi ils peuvent rejoindre notre Père. « On lui présentait aussi de tout petits enfants pour qu’il les touchât » (Luc 18, 15). « Aussi » est une allusion au fait qu’on lui amenait « tous les mal portants, atteints de maux et de tourments divers, des possédés, des épileptiques et des paralytiques, qu’il guérit » (Matthieu 5, 24). Nous comprenons que, encouragés par de tels prodiges, les mères de famille recherchaient la bénédiction du rabbi de Nazareth afin d’obtenir pour leurs enfants une protection d’en-haut, car, comme le déclare Nicodème, qui ne faisait qu’exprimer des sentiments largement répandus parmi le bon peuple : « Personne ne peut faire les miracles que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jean 3, 2). Alors que Jésus monte à Jérusalem, des Pharisiens lui ont posé une question qui lui a permis de rappeler et de préciser l’indissolubilité du lien du mariage, qui remonte à son institution par Dieu « au début ». C’est ce que rapportent les évangélistes Matthieu (19, 3-12) et Marc (10, 2-12). Alors, écrit saint Matthieu, sans qu’il y ait lien de cause à effet, « alors on lui présenta des petits enfants pour qu’il leur imposât les mains et fît une prière » (Matthieu 10, 13) « pour qu’il les touchât » (Marc 10, 13 ; Luc 18, 15). (à suivre…)

vendredi 19 juillet 2013

La résurrection de Lazare (1)

La résurrection de Lazare (1)

« Il y avait un malade, Lazare, de Béthanie, village de Marie et de Marthe, sa sœur » (Jean 11, 1). Marthe semble être la maîtresse de maison. En effet, « pendant qu'ils étaient en chemin, il entra dans un certain bourg, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison » (Luc 10, 38). Jésus s’arrête relativement fréquemment à Béthanie, ville qui se trouve proche de Jérusalem, « à quinze stades environ » (Jean 11, 18). Il y est accueilli avec joie par ces trois frère et sœurs, qui sont pour lui de très bons amis. Nous éprouvons une grande joie, nous aussi, à voir ces sentiments humains chez le Seigneur, à constater qu’il a un Cœur qui abrite des sentiments d’affection comme les nôtres. Que marquer des préférences n’est pas mauvais, mais quelque chose de naturel. Jésus sait qu’il peut trouver un havre de paix à Béthanie, qu’il y sera toujours reçu à bras ouverts, qu’il pourra y refaire ses forces. « Marie est celle qui oignit de parfum le Seigneur, et lui essuya les pieds avec ses cheveux » (Jean 11, 2). C’est une précision que Jean apporte quand il rédige son Evangile, même si l’événement de l’onction n’interviendra que plus tard (cf. Jean 12, 1-11). « Et c'était son frère Lazare qui était malade » (Jean 11, 2). (lire la suite) Jésus ne se trouve pas à Béthanie quand Lazare tombe malade. Apparemment cette maladie est suffisamment grave pour qu’elle suscite l’inquiétude de Marthe et de Marie. Aussi « les sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que vous aimez est malade » (Jean 11, 3). Elles lui envoient un messager chargé de l’avertir. Elle savent où il est, ce qui montre l’intérêt qu’elles portent à la mission de notre Seigneur, à son apostolat. Elles escomptent bien que Jésus comprendra la portée de la nouvelle et se mettra aussitôt en route pour venir au chevet de son ami et le guérir. Elles ont à la fois la simplicité de faire part au Maître de leur souci et la délicatesse de le laisser libre de sa décision. Cette même délicatesse qui doit marquer notre relation personnelle avec Jésus, cette même simplicité : il suffit de lui faire état de ce que nous ressentons, de nos préoccupations et soucis, de nos besoins ; et de nous présenter devant lui avec nos faiblesses et nos misères, les nôtres et aussi celles d’autrui : « Seigneur, celui que vous aimez est malade. » Et nous sommes tous quelqu’un qu’il aime. Nous sommes tous ses amis : « Vous êtes mes amis si vous faîtiers ce que je vous prescris. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; vous, je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 15, 14-15). C’est vraiment admirable. Il nous aime tous. Et « il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4). (à suivre…)

mardi 16 juillet 2013

Le figuier desséché (1)

Le figuier desséché (1)

Une fois entré à Jérusalem pour son ultime prédication dans le Temple, Jésus se retire chaque soir avec ses disciples à Béthanie. Et ce dès le soir de son entrée mémorable et solennelle qui a pris du temps et a occupé le plus clair de la journée. De sorte que, « après avoir tout regardé autour de lui [dans le Temple], comme il était déjà tard, il sortit pour gagner Béthanie avec les Douze » (Marc 11, 11). Il va se reposer chez Marthe et Marie, non sans devoir parcourir encore les trois kilomètres qui séparent du foyer de ses amis. (lire la suite) Mais les circonstances ne sont plus les mêmes que les autres fois. L’heure pour laquelle il est venu sur terre, l’heure « de passer de ce monde auprès de son Père » (Jean 13, 1), l’heure de la Passion et de sa Mort pour tous les péchés de tous les hommes, cette heure-là est sur le point de donner. Pour nous c’est toujours l’heure… Jésus achève de transmettre aux foules montées à Jérusalem pour la Pâque – et à nous-mêmes – ce que son Père l’a chargé de nous faire connaître de lui-même et de ses plans de salut : « Le Père qui m’a envoyé, c’est lui qui m’a prescrit ce que j’avais à dire et à faire entendre » (Jean 12, 49). « Et il enseignait journellement dans le Temple. Les grands prêtres et les scribes cherchaient le moyen de le faire périr ; de même, les notables du peuple. Mais ils ne trouvaient pas ce qu’ils auraient pu faire, car le peuple entier était, en l’écoutant, suspendu à ses lèvres » (Luc 19, 47-48), les foules « le tenaient pour un prophète » (Matthieu 21, 46), en effet. Or, le lundi, de bon matin, Jésus et les Douze se levèrent pour retourner à Jérusalem. Ils n’ont peut-être pas eu le temps de prendre quelque chose avant de partir. Le fait est que, « comme ils sortaient de Béthanie, il eut faim » (Marc 11, 12). Nous pouvons déjà nous émerveiller de constater que Jésus a faim. Cette annotation de l’évangéliste nous montre combien Jésus nous est proche. S’il est « un de la Trinité », il est aussi « un de l’humanité », soumis comme nous à toutes les limitations de notre nature créée, hormis le péché (cf. Hébreux 4, 15). Au-delà de cette faim physique impressionnante, nous pouvons découvrir un désir profond du Seigneur d’attirer toutes les âmes à son Père : « Et moi, quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jean 12, 32). Une fois fixé sur la Croix par l’Amour fou qu’il nous porte, il s’exclamera : « J’ai soif ! » (Jean 19, 28). Il a faim et il a soif. Il a faim et soif d’âmes, d’âmes qui sachent se donner à lui, lui emboîter le pas, qui acceptent volontiers de se mettre au service du Père ; « Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Luc 10, 2). Il a faim et soif d’hommes et de femmes qui répondent positivement et avec enthousiasme à son appel impératif : « Viens et suis-moi ! » (Matthieu 8, 22). (à suivre…)

lundi 15 juillet 2013

Marthe et Marie (1)

Marthe et Marie (1)

« Alors qu’il faisait route », en direction de Jérusalem, qui était son objectif, Jésus « entra dans un bourg, et une femme, du nom de Marthe, le reçut chez elle » (Luc 10, 38). C’est la maîtresse de maison, et elle va se dépenser en tant que telle, consciente de sa responsabilité d’héberger le Messie Sauveur. Les Samaritains s’étaient refusés à le recevoir quelques jours plus tôt ; précisément parce qu’il avait pris « résolument la direction de Jérusalem » (Luc 9, 31). Une fois de plus, un légiste lui avait posé une question-piège pour l’embarrasser : « Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en partage ? » (Luc 10, 25), question qui nous a valu la parabole émouvante du bon Samaritain (cf. Luc 10, 26-37). Nous comprenons que Jésus veuille trouver un moment de paix et de tranquillité auprès de ses amis de Béthanie. Il les laisse prendre soin de lui, avec un énorme naturel. Nous voyons Jésus, « Dieu parfait et Homme parfait » (Symbole d’Athanase) qui, comme nous, a besoin de refaire ses forces, de trouver la paix et l’affection des hommes. Comme il est proche de nous ! Comme il se fait comprendre de nous et donne tout son sens à notre vie quotidienne ! (lire la suite) Jésus savait qu’à tout moment, à n’importe quelle heure du jour et même de la nuit, il serait reçu non seulement avec affection mais avec reconnaissance, parce que la présence de Jésus sous leur toit était pour Marthe, Marie et Lazare comme un morceau de ciel arraché pour eux, comme un petit coin de paradis sur terre, un avant-goût de l’éternité céleste. Ils ne s’habituaient jamais à la présence du Seigneur, tout comme nous devons faire attention à ne jamais nous accoutumer à fréquenter Jésus dans le Pain et dans la Parole, dans notre prière personnelle, qui est le prolongement de la conversation à Béthanie… Il est bon qu’il en soit ainsi, parce que la présence du Seigneur dans notre vie est comme un baume qui adoucit les aspérités de la vie, un onguent sur les bosses et les coups reçus à son service, qui nous aide à surmonter les épreuves et à ne pas leur accorder trop d’importance, qui remplit notre cœur d’une joie indicible et nous fait oublier l’amertume du comportement d’autres personnes… (à suivre…)

jeudi 11 juillet 2013

La montée de Jéricho (1)

La montée de Jéricho (1)

Pour Jésus, il s’agit d’une halte bienvenue, j’allais dire obligée, disons plutôt attendue, quand il montait de Jéricho à Jérusalem. C’est la route qu’empruntaient des groupes nourris de pèlerins trois fois par an (cf. Exode 23, 14-19). Béthanie était d’ordinaire un petit village tranquille, de deux cents âmes tout au plus ; ombragé par ses palmiers abondants. Mais il s’animait singulièrement à l’approche de ces caravanes, chantant les psaumes dits « cantiques de la montée à Jérusalem » (cf. Psaumes 120-134). « Vers le Seigneur, dans ma détresse, j’ai crié, et il m’a exaucé : ‘Ô Seigneur, délivre mon âme de la lèvre menteuse, de la langue perfide !’ » (Psaume 120, 1-2). (lire la suite) « Mon secours viendra du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. […] Le Seigneur te garde de tout mal, il garde ta vie ; le Seigneur te gardera, que tu sortes ou que tu rentres, dès maintenant et à jamais » (Psaume 121, 2.7-8). « J’ai été dans la joie quand on m’a dit : ‘Allons à la maison du Seigneur.’ Voici que nos pieds s’arrêtent à tes portes, Jérusalem ! » (Psaume 122, 1-2). « Ceux qui se confient dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion, qui ne chancelle point, qui demeure pour toujours » (Psaume 125, 1). « Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde pas la cité, la sentinelle veille en vain » (Psaume 127, 1). « Heureux es-tu, toi qui crains le Seigneur, qui marches dans ses voies ! Ton épouse sera comme une vigne féconde dans l’intérieur de ta maison ; tes fils, comme des plants d’olivier, autour de ta table. Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur » (Psaume 128, 1.3-4). « Du fond de l’abîme je crie vers toi, Seigneur, Seigneur, écoute ma voix ; que tes oreilles soient attentives aux accents de ma supplication ! Si tu gardes le souvenir des iniquités, ô Seigneur, Seigneur, qui pourra subsister ? Mais auprès de toi est le pardon, afin qu’on te révère. J’espère dans le Seigneur, mon âme espère en sa parole. Mon âme attend le Seigneur plus que les veilleurs l’aurore. Plus que les veilleurs l’aurore, qu’Israël attende le Seigneur ! Car avec le Seigneur est la bonté ; et avec lui une rédemption abondante » (Psaume 130 1-7). (à suivre…)

jeudi 6 décembre 2012

Nom chrétien

Nom chrétien

Nous avons reçu à notre baptême un prénom qui traduit notre condition nouvelle d’enfant de Dieu. C’est pourquoi, « les parents, les parrains et le curé veilleront à ce que ne soit pas donné de prénom étranger au sens chrétien » (Code de droit canonique, canon 855). C’est un nomen gratiæ, le « nom de la grâce » reçue qui transforme profondément notre être, d’humain le rendant « divin », en lui communiquant une véritable participation à la vie même de Dieu. Il s’agit du « nom nouveau » qu’Isaïe annonçait dans son message de joie (Isaïe 62, 8). « On t’appellera peuple saint » (Isaïe 62, 52), car racheté par celui qui est trois fois saint. « Les survivants de Jérusalem seront appelés saints, tous ceux qui sont inscrits ourla vie dans Jérusalem » (Isaïe 4, 3). Celui qui reste fidèle à Dieu, à celui-là il donnera « un caillou blanc, un caillou sur lequel est inscrit un nom nouveau,
(lire la suite) que nul ne connaît, excepté celui qui le reçoit » (Apocalypse 2, 17). C’est « le nom de mon Dieu, et le nomade la cité de mon Dieu – la Jérusalem nouvelle, qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu – ainsi que mon nom, le nouveau » (Apocalypse 3, 12). Exultons de joie et de reconnaissance, parce que Dieu appelle « ses serviteurs d’un autre nom » (Isaïe 65, 15). « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous prescris. Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; vous, je vous ai appelés mes amis parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 14, 14-15). Nous sommes amis de Dieu ! Nous sommes à lui, de sa famille ! « Tu es à moi, aujourd’hui, je t’ai engendré (Psaume 2, 7), à la vie divine, à la vie de la grâce. Ton premier titre de gloire, c’est d’être chrétien, d’être mon enfant, un luminaire à moi dans les ténèbres du monde, bien mis en évidence et que « brilliez comme des astres dans le monde » (Philippiens 2, 15), afin que vos semblables « voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16), « le jour où il les visitera » (1 Pierre 2, 12).

vendredi 30 novembre 2012

Temple de Dieu (3)

Temple de Dieu (3)

« Quel accord entre le Christ et Bélial, ou quelle part pour croyant et incroyant ? Quelle entente entre le temple de Dieu et les idoles ? » (2 Corinthiens 6, 15-16). La vie demande des choix et, parfois, des choix radicaux. « Car nous sommes, nous, temple du Dieu vivant, comme Dieu l’a dit : J’habiterai au milieu d’eux et j’y circulerai ; je serai leur Dieu et ils seront mon peuple » (2 Corinthiens 6, 16-17). Le Peuple de Dieu, pas ce lui du démon. « Il a été établi un grand vide entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous – dans le monde de satan et des damnés – ne le pourront pas, et ceux de là-bas – de l’enfer donc – ne traversent pas non plus pour venir à nous » (Luc 16, 26). Ce sont deux mondes antagoniques, incompatibles. Non seulement dans l’éternité, mais dès à présent. (lire la suite) « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre » (Matthieu 6, 24). Nous avons choisi notre Dieu. C’est un bon choix. Alors, « ne touchez rien d’impur, et moi je vous accueillerai » (2 Corinthiens 6, 17).
Dieu a sa façon à lui de nous accueillir. Une façon bien particulière. Elle consiste à venir demeurer en nous, à nous transférer dans le temple de son Esprit, avec qui le Père et le Fils sont présents : « Celui qui m’aime mettra en pratique ce que je dis, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23). Il ne nous introduira pas dans sa vie : il s’introduit dans la nôtre, pour que nous puissions par là devenir la sienne, pour que cette transformation intérieure, notre divinisation progressive, nous soit accessible, soit possible. Et c’est dans le Seigneur Jésus que « vous autres, vous êtes édifiés conjointement pour être une demeure de Dieu dans l’Esprit » (Éphésiens 2, 28). Tout se tient. Tout est d’une grande cohérence surnaturelle. Auprès de Dieu se trouve le pardon, le rachat. Et « il n'est sous le ciel aucun autre nom donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Actes des apôtres 4, 12). C’est pourquoi nous ne devrions avoir qu’un seul désir. Celui que les disciples d’Emmaüs expriment au terme de leur marche en compagnie de notre Seigneur. Il les a pourtant quelque peu rudoyés, alors qu’ils étaient « tout assombris, en s’entretenant « de tout ce qui venait de se passer » (Luc 24, 17.13) à Jérusalem, c’est-à-dire de la mort dramatique du Christ et des événements qui l’avaient suivie. Jésus leur a dit, en effet : « Ô gens sans intelligence, esprits lents à croire tout ce qu’ont annoncé les Prophètes » (Luc 24, 25). (à suivre…)

samedi 8 septembre 2012

Nativité de la Vierge Marie

Nativité de la Vierge Marie

La fête de la Nativité de la Sainte Vierge apparaît en Orient, où le synaxaire de Constantinople l'indique au 8 septembre selon le décret de l’empereur Maurice (582-602). L’Église de Jérusalem est probablement la première Église à honorer le souvenir de la Nativité de Notre Dame qu’elle célébrait dans une basilique proche de la piscine probatique, sur l’emplacement de la maison où, suivant la tradition, Marie serait née. Saint *André de Crète (660-740) mentionne la Nativité dans ses homélies : « Aujourd'hui comme pour des noces, l'Église se pare de la perle inviolée, de la vraie pureté. Aujourd'hui, dans tout l'éclat de sa noblesse immaculée, l'humanité retrouve, grâce aux mains divines, son premier état et son ancienne beauté. Les hontes du péché avaient obscurci la splendeur et les charmes de la nature humaine ; mais, lorsque naît la Mère de celui qui est la Beauté par excellence, cette nature recouvre en elle ses anciens privilèges, elle est façonnée suivant un modèle parfait et entièrement digne de Dieu. Et cette formation est une parfaite restauration et cette restauration est une divinisation et cette divinisation, une assimilation à l'état primitif. Aujourd'hui,
(lire la suite) contre toute espérance, la femme stérile devient mère et cette mère, donnant naissance à une descendance qui n'a pas de mère, née elle-même de l'infécondité, a consacré tous les enfantements de la nature. Aujourd'hui est apparu l'éclat de la pourpre divine, aujourd'hui la misérable nature humaine a revêtu la dignité royale. Aujourd'hui, selon la prophétie, le sceptre de David a fleuri en même temps que le rameau toujours vert d'Aaron, qui, pour nous, a produit le Christ rameau de la force. Aujourd'hui, une jeune vierge est sortie de Juda et de David, portant la marque du règne et du sacerdoce de celui qui a reçu, suivant l'ordre de Melchisédech, le sacerdoce d'Aaron. Pour tout dire en un mot, aujourd'hui commence la régénération de notre nature, et le monde vieilli, soumis à une transformation divine, reçoit les prémices de la seconde création. »

vendredi 22 juin 2012

Dieu ne fait pas acception des personnes (2)

Dieu ne fait pas acception des personnes (2)

Saint Paul nous raconte qu’il est monté à Jérusalem « à la suite d’une révélation » (Galates 2, 2) et qu’il y est allé pour exposer aux notables, c’est-à-dire les « colonnes de l’Église » que sont Pierre, Jacques et Jean, l’Évangile qu’il prêchait aux païens. Il leur expose le contenu de sa prédication « de peur de courir ou d’avoir couru pour rien » (Galates 2, 2) pendant les quatorze premières années écoulées (cf. Galates 2, 1). Il s’adresse à eux parce que ce sont eux qui peuvent assurer l’authenticité de son message. Mais, souligne-t-il, « peu m’importe ce qu’ils pouvaient être : Dieu ne fait pas acception des personnes » (Galates 2, 6). Certes, les apôtres sont constitués en autorité, mais tous et chacun ont leur place et leur rôle à tenir dans l’Église et dans la proclamation de l’Évangile. C’est une idée qui vient de loin et qui a une longue tradition derrière elle. Même si elle est loin d’avoir été comprise par les hommes. Et les Juifs pieux du temps de Jésus ont jeté l’anathème sur tous ceux qui n’appartenaient pas au peuple élu, ainsi que sur certaines catégories de la population considérées comme impures, tels que les lépreux ou les publicains. (lire la suite) Or, le Seigneur Dieu les avait invités à circoncire leur cœur (Deutéronome 10, 16), car, révélait-il, « le Seigneur votre Dieu est le Dieu des dieux et le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, vaillant et redoutable, qui ne fait pas acception de personnes » (Deutéronome 10, 17). Il aime son peuple, tout son peuple. Et s’il est obligé de châtier ses infidélités, il ne lui retire pas pour autant son Amour. Mais il envoie ses messagers et ses prophètes pour essayer de le remettre à chaque fois sur le droit chemin et d’assurer ainsi son bonheur. De tous, il attend le repentir, car, proclame-t-il, « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs au repentir » (Luc 5, 32). Quand Simon-Pierre a été invité, au cours d’une vision, à se rendre chez le centurion Corneille, un « homme pieux et craignant Dieu » (Actes 10, 2), mais un païen tout de même, résidant à Césarée Maritime, pour l’instruire, lui et toute sa maisonnée, il prend la parole à l’invitation de son hôte : « Maintenant nous sommes tous réunis en présence de Dieu pour entendre tout ce que le Seigneur t’a prescrit de dire » (Actes 10, 33). Ses premiers mots sont l’expression de son émerveillement devant la nouvelle mission qui l’attend, face aux perspectives d’évangélisation élargie au monde païen : « En vérité, je me rends compte que Dieu ne fait pas acception de personnes, mais que, dans toute nation, celui qui le craint et qui pratique la justice dans ses œuvres lui est agréable » (Actes 10, 34). C’est comme une découverte inattendue qui le remplit d’aise et de joie. Car « nous savons que Dieu n’exauce pas les pécheurs ; mais si quelqu’un est pieux et fait sa volonté, celui-là, il l’exauce » (Jean 9, 31). Corneille n’appartient-il pas justement à cette catégorie de personnes pieuses, lui qui « faisait beaucoup d’aumônes au peuple et priait Dieu continuellement » (Actes 10, 2) ? (à suivre…)

jeudi 31 mai 2012

Jérusalem et le Pacte d’Omar

Jérusalem et le Pacte d’Omar

L’an 636 de notre ère, le patriarche Sophone de Jérusalem fait allégeance au calife Omar Ibn Al-Khattab en lui remettant les clefs de la ville et obtenant ainsi que la basilique du Saint-Sépuclre ne soit pas détruite. Ce « Pacte d’unité » a depuis lors déterminé les relations entre le monde musulman et les Églises chrétiennes et n’a jamais été remis en question. Nous y lisons que les chrétiens « aient pleine et entière assurance en ce qui concerne leur vie, leurs églises, leurs croyances et pour tous les lieux de pèlerinage qu’ils possèdent à ce jour à l’intérieur ou hors de la ville, à sa voir la KAMANE [église de la Résurrection], l’église de Bethléem où Jésus – que la Paix soit sur Lui – est né [soient protégées selon les paroles du Prophète]. De même le reste des Chrétiens qui habitent ici… » Adapté de La Terre Sainte, n° 618, mars-avril 2012, p. 20-21.

lundi 14 mai 2012

LA VIERGE MARIE (3)


LA VIERGE MARIE (3)

L’armée des justes de la primitive Alliance,
Regroupés auprès du Sein d’Abraham, leur père,
Voient pointer enfin le jour de leur délivrance,
Et retiennent tous leur souffle, car ils espèrent.

« Hâtez-vous ! Voyez que notre attente est trop dure
À porter, disent-ils à la Vierge Marie.
À vos décisions, chaque âme se confie.
Vous ratifierez le choix, nous en sommes sûrs. »

« Tu es la gloire de Jérusalem » la sainte,
« La joie d’Israël et l’honneur de notre peuple ».
« Et grâce à l’Esprit, tu vas devenir enceinte
Pour que le ciel par nous déserté se repeuple. » (lire la suite)

Toutes les hiérarchies célestes au grand complet
Sont concentrées sur le lieu de Promission,
Où la vierge a reçu l'unique mission.
Donc qu’elle dise : « En ta Volonté, je me plais. »

Mais Gabriel reprend la parole : « L’Esprit
Viendra sur toi et son ombre te couvrira
Et du Fils de Dieu tu deviendras le pourpris.
Dieu est Saint, en tant qu’homme aussi il le sera.

Sache qu’Élisabeth, ta pieuse cousine,
Vient de concevoir, quand on l’on appelait « stérile ».
C’est son sixième mois et déjà se dessine
Son enfant, car, vois-tu, pour Dieu tout est facile. »

Le message est bref, mais il suffit pour comprendre.
Pourquoi faudrait-il faire une seconde attendre
La réponse que veut l’univers en suspend,
Car n’oublions pas que d’elle son sort dépend !

Le jour est venu de l’entendre s’exprimer :
La tête inclinée, les bras croisés sur son sein,
« Voici du Seigneur la servante, sublimée,
Qu’il soit fait selon ta parole et ton dessein. »

Extrait de D. Le Tourneau, Poèmes mystiques, Éditions TerraMare, 2011.
(à suivre…)

samedi 24 mars 2012

Les deux annonciations (3)


Les deux annonciations (3)

Il est tout à fait vraisemblable, on ne peut plus logique même, de penser que Joseph a accompagné son épouse pendant le voyage qu’elle a effectué pour se rendre auprès de sa cousine Élisabeth qui « vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois » (Luc 1, 36), comme elle l’avait appris de saint Gabriel. Ne pas aller avec elle aurait été un manque d’amour évident. Cet « homme juste » (Matthieu 1, 19) aurait-il pu laisser sa femme, si jeune et si pure, partir toute seule pour un déplacement qui était une véritable expédition ? Sans doute pouvait-il la confier à quelqu’un de sa connaissance dans la caravane qui se dirigeait vers Jérusalem et dont une partie allait se détacher pour se rendre dans la montagne, dans une ville de Juda » (Luc 1, 40). Mais son amour ardent et tendre pour Marie pouvait-il supporter un tel éloignement (lire la suite) sans être saisi d’inquiétude ? N’était-il pas désormais le chef de famille et donc pleinement responsable de tout ce qui pouvait arriver à Marie ?
L’idée que saint Joseph a accompagné Marie pour ce long trajet se trouve pour la première fois chez saint Éphrem. Elle entre dans la piété de l’Église latine grâce aux récits de Gerson (1363-1429) sur saint Joseph : « Était-elle seule pour ce voyage ? Je ne peux le croire ; et quoique l’Évangile garde le silence sur ce point, j’ose affirmer que Joseph était là » (Gerson, Josephina). C’est également l’opinion de Bernardin de Laredo (1482-1540) : « Il faut remarquer que s’il n’est pas écrit que son très saint époux l’a accompagnée sur ce chemin, ni que l’on ait écrit quelque raison ou idée qui nous empêche de penser qu’ils y sont allés tous deux ensemble, il n’est pas de bon sens, ni respectueux du saint, et l’on n’augmente pas l’honnêteté véritable de la très sainte Vierge, en pensant qu’il n’a pas été avec elle » (Bernardin de Laredo, Traité de saint Joseph).
Joseph la voyait transfigurée depuis quelques jours, sans en connaître la raison profonde. Son épouse était encore plus débordante de joie et d’allant que d’ordinaire, plus aimable et serviable que jamais. Elle rayonnait d’une grâce nouvelle. Et il l’en aimait encore plus, tout en sentant une réciprocité sans frein.
Ce jeune couple si soudé, dans lequel tout était complicité amoureuse et sainte, pouvait-il subir l’épreuve d’une séparation de quelques jours, pendant lesquels Joseph n’aurait pas pu dormir tranquille et Marie se serait inquiétée elle-même du souci de Joseph ? Certes, non. Ce n’est pas plausible.

(à suivre…)

mardi 13 mars 2012

Droiture d’intention (4)


Droiture d’intention (4)

« Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et comme notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose pas en toi » (saint Augustin, Les Confessions 1, 1, 1). « Le cœur inquiet, dont nous avons parlé en nous reportant à saint Augustin, est le cœur qui, en fin de compte, ne se contente de rien de moins que de Dieu et, précisément ainsi, devient un cœur qui aime. Notre cœur est inquiet à l’égard de Dieu et il le reste, même si aujourd’hui on s’efforce, avec des « narcotiques » très efficaces, de libérer l’homme de cette inquiétude. Toutefois, ce ne sont pas seulement nous, les êtres humains, qui sommes inquiets par rapport à Dieu. Le cœur de Dieu est inquiet pour l’homme. Dieu nous attend. Il nous cherche. Il n’est pas tranquille lui non plus tant qu’il ne nous a pas trouvés. Le cœur de Dieu est inquiet, et c’est pour cela qu’il s’est mis en chemin vers nous – vers Bethléem, vers le Calvaire, de Jérusalem à la Galilée et jusqu’aux confins du monde. (lire la suite) Dieu est inquiet à notre égard, il est à la recherche de personnes qui se laissent gagner par son inquiétude, par sa passion pour nous. De personnes qui portent en elles la recherche qui est dans leur cœur et, en même temps, qui se laissent toucher dans leur cœur par la recherche de Dieu à notre égard. Chers amis, c’est la tâche des Apôtres d’accueillir l’inquiétude de Dieu à l’égard de l’homme et de porter Dieu lui-même aux hommes. Et c’est votre tâche sur les pas des Apôtres de vous laisser toucher par l’inquiétude de Dieu afin que le désir de Dieu à l’égard de l’homme puisse être satisfait » (Benoît XVI, Homélie pour la solennité de l’Épiphanie, 6 janvier 2012).
D’où ce conseil : « Ayez dans toutes vos œuvres les regards fixés sur Dieu, afin que vous puissiez rendre à chacun ce qui lui est dû : à Dieu la gloire, au prochain la bienveillance, et à vous-même la haine du vice et l’amour de la vertu » (sainte Catherine de Sienne, Lettre à Messire Charles de la Paix).
« Jésus leur dit : " Un prophète n'est sans honneur que dans sa patrie, dans sa parenté et dans sa maison. » (Marc 6, 4). C’est bien connu. Le Seigneur en fait lui-même l’expérience, et saint Marc note qu’il en est surpris, qu’il ne s’attendait pas à un accueil aussi glacial, qui va finir même par être franchement hostile : « Et il ne put faire aucun miracle, si ce n'est qu'il guérit quelques malades en leur
imposant les mains. Et il était surpris de leur incrédulité. Et il parcourait les bourgs à la ronde en enseignant » (Marc 6, 5-6).
Nous savons par saint Luc que cet enseignement finit par tourner mal et que le Seigneur ne doit son salut qu’à son autorité et au fait que son heure n’est pas encore venue : « En entendant cela, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue, et s'étant levés, ils le poussèrent hors de la ville, et le menèrent jusqu'au sommet de la montagne, sur laquelle leur ville était bâtie, pour le précipiter. Mais lui, passant au milieu d'eux, s'en alla » (Luc 4, 28-30).

(à suivre…)

dimanche 19 février 2012

Le rayonnement du Christ (7)


Le rayonnement du Christ (7)

Notre Seigneur se chargera lui-même de rappeler à ses disciples fuyards et lâches qui se rendaient à leur village d’Emmaüs que Jésus de Nazareth « était un prophète puissant en œuvres et en paroles, devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24, 19). C’était bien le sentiment de la foule, par exemple après la résurrection du fils de la veuve de Naïm : « Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète a surgi parmi nous » et « Dieu a visité son peuple ». Et le bruit s’en répandit dans toute la Judée et dans tout le pays d’alentour » (Luc 7, 16-17). Et encore, quand le paralytique que l’on avait fait descendre par une ouverture pratiquée dans le toit aux pieds de Jésus, à Capharnaüm, a été guéri, là aussi, et « prit ce sur quoi il était étendu et s’en alla chez lui en glorifiant Dieu. Tous alors furent pris de stupeur et se mirent à glorifier Dieu. Remplis de crainte, ils dirent : « Nous avons vu des merveilles aujourd'hui » (Luc 5, 25-26). Cela aurait très certainement été aussi notre réaction si nous avions été témoins de la scène. (lire la suite)
Nous comprenons alors aisément l’enthousiasme de la foule qui réserve un accueil triomphal à Jésus de Nazareth quand il fait son entrée solennelle dans la Cité Sainte : « Toute la foule des disciples, dans la joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, en disant : « Béni soit celui qui vient, le roi, au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » (Luc 19, 37-38). Il y avait vraiment de quoi être enthousiaste.
Oui, les foules sont enthousiastes ! Et c’est on ne peut plus logique. Car « enthousiasme » vient du grec « en » et « theos », c’est-à-dire du fait « d’être en Dieu ». Être avec Jésus nous plonge dans l’intimité du Père et du Saint-Esprit. Cela donne un sens, un coloris, une saveur à la vie que rien d’autre ne peut nous apporter. Les hommes peuvent s’enthousiasmer pour des projets ou des aventures humaines, des exploits techniques ou sportifs. Mais le seul enthousiasme véritable, c’est celui qui est typiquement chrétien, celui qui naît et se développe au contact de Dieu et qui n’est pas conditionné par les « changements climatiques » ou les « variations saisonnières », qu’ils se fassent sentir en dehors ou au-dedans de l’âme. « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (Jean 8, 51). L’union à Dieu suffit largement à nourrir et à développer cet enthousiasme surnaturel avec la joie qu’il entraîne automatiquement.

(fin)

samedi 18 février 2012

Le rayonnement du Christ (6)


Le rayonnement du Christ (6)

Jésus nous a rendu Dieu accessible. Il s’est fait proche de nous, un de nous. moyennant quoi, nous sommes impardonnables si nous refusons de le reconnaître et de l’accueillir. D’autant que « tu nous a faits pour toi, seigneur, et comme notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose pas en toi » (saint Augustin, Confessions 1, 1, 1). Ce cœur inquiet est celui qui « ne se contente de rien de moins que de Dieu et, précisément ainsi, devient un cœur qui aime. Notre cœur est inquiet à l’égard de Dieu et il le reste, même si aujourd’hui on s’efforce, avec des « narcotiques » très efficaces, de libérer l’homme de cette inquiétude » (Benoît XVI, Homélie pour l’Épiphanie, 6 janvier 2012). (lire la suite)
Le pape ajoute une considération très profonde et très encourageante à la fois. À cette inquiétude humaine correspond une inquiétude divine. Ou, pour être plus exact, l’inquiétude divine précède celle qu’il a lui-même fait naître dans le cœur de l’homme. « Ce ne sont pas seulement nous, les êtres humains, qui sommes inquiets par rapport à Dieu. Le cœur de Dieu est inquiet pour l’homme. Dieu nous attend. Il nous cherche. Il n’est pas tranquille lui non plus tant qu’il ne nous a pas trouvés. Le cœur de Dieu est inquiet, et c’est pour cela qu’il s’est mis en chemin vers nous – vers Bethléem, vers le Calvaire, de Jérusalem à la Galilée et jusqu’aux confins du monde » (Ibid.). C’est, certes, une façon humaine de parler. Mais nous sommes bien obligés de faire appel à nos catégories humaines pour essayer de nous expliquer l’Amour que Dieu nous porte. Nous ne pouvons le comprendre, faiblement, qu’en raisonnant de la sorte.
Cet empressement de Dieu à venir nous rejoindre dans notre existence humaine est vraiment impressionnante. « Dieu est inquiet à notre égard, il est à la recherche de personnes qui se laissent gagner par son inquiétude, par sa passion pour nous. De personnes qui portent en elles la recherche qui est dans leur cœur et, en même temps, qui se laissent toucher dans leur cœur par la recherche de Dieu à notre égard » (Ibid.). Il attend donc de nous que nous écoutions sa voix, que nous nous laissions toucher par sa tendresse, que nous répondions à son appel. Et ce, afin de faire comprendre à nos semblables à quel point Dieu les aime, de les amener à découvrir cette inquiétude divine à leur endroit.
« Chers amis, c’est la tâche des Apôtres d’accueillir l’inquiétude de Dieu à l’égard de l’homme et de porter Dieu lui-même aux hommes. Et c’est votre tâche sur les pas des Apôtres de vous laisser toucher par l’inquiétude de Dieu afin que le désir de Dieu à l’égard de l’homme puisse être satisfait » (Ibid.). Nous devrions nous sentir impliqués très directement dans cette tâche, qualifiée de nos jours de « nouvelle évangélisation ».
Mais revenons à l’environnement dans lequel Jésus évolue.

(à suivre…)

mercredi 14 décembre 2011

L’incrédulité face à la Résurrection (4)


L’incrédulité face à la Résurrection (4)

(Entre-temps d’ailleurs, Jésus s’était exprimé dans le même sens au moment où il se transfigurait sur le mont Thabor. Il s’y était entretenu avec Moïse et Elie « de la mort qu’il allait connaître à Jérusalem » (Luc 9, 31). Et cela, Pierre se l’est rappelé. D’autant plus qu’en redescendant de « la montagne, Jésus leur fit cette défense : Ne parlez jamais de cette vision, jusqu’à ce que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (Matthieu 17, 9). Il y a donc bien insistance sur le sujet de la part du Seigneur. Il est difficile pour nous d’imaginer que ce soit tombé dans l’oreille d’un sourd.
Mais il y a plus. (lire la suite) Cette fois-ci, ce n’est plus le petit groupe des trois élus, mais « les disciples (qui) lui demandèrent : « Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord ? » Il leur répondit : « Elie vient et va tout restaurer. Toutefois, je vous le dis, Elie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu ; ils ont fait de lui ce qui leur a plu. » Et notre Seigneur ajoute quelque chose qui devrait leur mettre la puce à l’oreille : « Et le Fils de l’homme sera traité par eux de la même façon » (Matthieu 17, 10-12). Et saint Matthieu de souligner, il est bien placé pour le savoir, que « ses disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean le Baptiste » (Matthieu 17, 1 3). L’annonce de sa mort violente est donc claire.
Jésus a annoncé explicitement sa Passion aux douze pour enfoncer le clou. « Mais ils ne comprirent pas cette parole » (Marc 9, 32), « car elle était voilée à leurs yeux pour qu’ils n’en puissent saisir le sens » (Luc 9, 45), précise saint Luc, qui rapporte cela par ouï-dire. Ce qui est quand même surprenant, au moins de la part de Pierre, Jacques et Jean, les témoins de la Transfiguration. Saint Marc, qui n’est pas non plus un témoin direct de la scène, ajoute qu’ils « craignaient de l’interroger » (Marc 9, 32), ce que saint Luc confirme en indiquant qu’ils n’osent pas le faire « sur cette parole-là » (Luc 9, 45).
Face au mutisme de ses apôtres, Jésus n’en reste pas là. « Ils étaient en chemin, montant à Jérusalem, et Jésus marchait devant eux. Ils étaient dans la stupéfaction ; quant à ceux qui suivaient, ils avaient peur » (Marc 10, 32). Pourquoi donc avoir peur, si ce n’est qu’ils ont quand même pris au sérieux les avertissements du Seigneur, et qu’ils sont conscients du danger qu’il court ?
D’ailleurs, quand notre Seigneur se rend à Béthanie, alors que son ami Lazare « dort » - nous sommes à la même époque – « ses disciples dirent : « Rabbi, c’est hier que les Juifs cherchaient à te lapider, et tu vas y retourner ? » (Jean 11, 8).

(à suivre…)