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mardi 17 février 2015

La résurrection de Lazare (6)

La résurrection de Lazare (6)

« Seigneur, il sent déjà, car il y a quatre jours qu'il est là » (Jean 11, 39). Il n’y a pas à barguigner. Il faut se plier à la volonté de Dieu. C’est une condition sine qua non du progrès spirituel véritable. Devant la majesté et la grandeur de Dieu, nous devons nous faire tout-petit, reconnaître notre totale dépendance de la toute-puissance de Dieu. Il n’y a pas d’autre attitude possible. « Quiconque s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé » (Luc 14, 11). Nous pouvons sentir encore mauvais, parce que nous n’avons pas réparé complètement pour nos péchés… Pour cette situation, Dieu a préparé le purgatoire, dont le nom exprime clairement la finalité : «Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaires pour entrer dans la joie du ciel. L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Église, faisant référence à certains textes de l’Écriture (par exemple 1 Corinthiens 3, 15 ; 1 Pierre 1, 7), parle d’un feu purificateur » (Catéchisme de l’Église Catholique, nos 1030-1031). (lire la suite) « Jésus lui dit : « Ne vous ai-je pas dit que si vous croyez, vous verrez la gloire de Dieu ? » Ils ôtèrent donc la pierre ; et Jésus leva les yeux en haut et dit : « Père, je te rends grâces de ce que tu m'as exaucé » (Jean 11, 40-41). Marthe lui avait déclaré : « Mais maintenant encore, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera » (Jean 11, 22). Ce à quoi Jésus avait répondu : « Ton frère ressuscitera » (Jean 11, 23). Voici le moment venu de cette résurrection annoncée. Le Père la lui a déjà accordée. C’est pourquoi il le remercie par avance. L’action de grâce est une autre manifestation d’humilité, car c’est la reconnaissance des bienfaits que Dieu nous octroie libéralement et avec une abondance calculée, c’est-à-dire telle que nous n’en manquions jamais. Si nous jetons un coup d’œil sur notre vie, nous n’avons que des motifs de remercier Dieu. Tout est grâce. Et parce que notre vie est une succession de « merveilles de Dieu » (Psaume 71, 19), nous nous en trouvons encouragés à lui ouvrir notre âme avec simplicité et confiance pour lui manifester nos besoins et lui demander de nous aider davantage encore. Je te remercie, Seigneur, de toutes les grâces que tu nous envoies à profusion. Je te demande pardon pour mes infidélités, pour avoir gaspillé une partie de ces grâces, et de ne pas m’en tenir rigueur… et je sollicite encore ton aide, car j’en ai besoin aujourd’hui et toujours. « Pour moi je savais que tu m'exauces toujours ; mais j'ai dit cela à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 11, 42). Il réalise ce miracle – comme tous les autres, et comme tous les miracles spirituels, qu’il réalise dans notre âme – pour que nous croyions en lui, pour que nous soyons bien convaincus qu’il est le Fils de Dieu, Dieu lui-même et donc, à ce titre, Tout-Puissant. Et que, par conséquent, il nous accordera tout ce que nous lui demanderons : « Ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé en mon nom : demandez et vous recevrez, si bien que votre joie sera complète » (Jean 16, 23-24). « Ayant parlé ainsi, il cria d'une voix forte : « Lazare, sors ! » (Jean 11, 43-44). « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère: avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., Lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211). Les gens présents ont dû faire un pas en arrière. Un mort qui est vivant ! Et qui apparaît en plus revêtu de son linceul, enveloppé de bandelettes, momifié ! Quel spectacle ! Si bien que tous sont cloués sur place et que Jésus sait ordonner : « Déliez-le, et laissez-le aller » (Jean 11, 44). Quel exemple réconfortant pour nous, en voyant ce que Jésus a fait pour son ami ! Car « Jésus est ton ami. — l’Ami. — Avec un cœur de chair comme le tien. — Avec des yeux pleins de bonté, qui ont versé des larmes pour Lazare… — Et il t’aime, toi, autant que Lazare » (saint Josémaria, Chemin, n° 422). Que n’est-il pas disposé à faire aussi pour nous… Un exemple réconfortant, parce qu’il est le gage de nos résurrections spirituelles, l’assurance que rien n’est définitivement perdu ici-bas. Lazare mourra une deuxième fois, définitive celle-là. (fin)

lundi 30 juin 2014

Remercier Dieu (7)

Remercier Dieu (7)

Et comme l’Apôtre l’affirme d’expérience, « si Dieu est avec nous, qui est contre nous ? » (Romains 8, 31). Nous avons en cela un autre motif d’action de grâces : la présence continuelle du Dieu Souverain non seulement dans le monde et marchant à côté de nous sur les chemins de la terre, mais prenant possession de notre âme, en état de grâce, et s’y installant comme chez lui. Parce qu’il est effectivement chez lui : « Tu es à moi » (Psaume 2, 7). Cette présence agissante de Dieu – « mon Père ne s’arrête pas de travailler, et je travaille moi aussi » (Jean 5, 17) – nous comble de joie. Nous ne sommes pas seuls, par conséquent, à devoir affronter les aléas de la vie. (lire la suite) Certes, bien des choses nous dépassent et nombre d’entre elles se présentent sous un jour douloureux. Mais nous avons avec nous celui qui essuie « les larmes de tous les visages (Isaïe 25, 8), celui grâce auquel tout devient possible parce qu’il « me rend fort » (Philippiens 4, 13), celui qui est à même de résoudre tous les problèmes et de dénouer les conflits, car le Seigneur « est vainqueur du monde » (Jean 16, 23). Prend alors tout son sens cette béatitude à première vue surprenante que Jésus a proclamée sur la Montagne, au pied de laquelle s’étale le lac de Génésareth : « Bienheureux soyez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Que notre nom soit inscrit dans les cieux, voilà une autre merveille ! Toutefois, nous ne disposons pas d’un « passeport pour l’éternité » qui nous assurerait une entrée automatique dans la cité sainte et la compagnie de tous les élus. Mais si nous luttons avec fidélité, jour après jour, et si nous laissons notre Dieu agir dans notre âme, alors notre nom est effectivement inscrit dans les cieux parce que, comme notre Seigneur l’a laissé entendre, il est allé nous préparer une place au ciel (cf. Jean 14, 3) auprès de son Père. Une place marquée à notre nom. La pensée du ciel est quelque chose de singulièrement réconfortant et enthousiasmant. Il n’y a nul égoïsme en cela, parce que cela correspond à la finalité pour laquelle Dieu nous a créés, et pour laquelle il nous a également recréés par son Fils. Cet objectif, qui se profile à l’horizon de notre vie terrestre, dont la durée nous échappe, nous fixe une ligne d’action positive, qui a quand même plus d’allure et de contenu, reconnaissons-le, que les biens poursuivis par ceux qui ne fixent leur existence qu’à notre monde matériel. Horizon étroit, mesquin, en plus d’être stupidement égoïste, parce que « pauvre fou ! Cette nuit même on va te redemander ton âme. Et ce que tu as préparé, qui l’aura ? » (Luc 12, 20). Avec tout ce qui a été dit jusqu’ici, nous comprenons la portée de cette oraison jaculatoire que formulait saint Josémaria, et qui est de lui sans être de lui, puisqu’elle s’est imposée dans son âme comme une locution divine : Ut in gratiarum semper actione maneamus, « demeurons toujours en action de grâces ». Et qu’il ait pu terminer sa vie en affirmant, le 25 mars 1975, à l’occasion de ses noces d’or dans le sacerdoce, et donc trois mois avant son rappel à Dieu : « Merci pour tout, Seigneur. Merci beaucoup ! Je t’ai remercié. Je t’ai habituellement remercié ! Avant de répéter maintenant le cri liturgique – gratias tibi, Deus, gratias tibi ! – je te le disais avec le cœur…, car je n’ai que des raisons de te remercier… La vie de chacun de nous doit être un cantique d’action de grâces…, remercier, ce qui est une obligation capitale. Ce n’est pas l’exigence du moment présent… C’est un devoir constant, une manifestation de vie surnaturelle, une façon humaine autant que divine de répondre à ton Amour, qui est divin et humain » (cité dans S. Bernal, Mgr Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei, Paris, SOS, 1978, p. 397). (fin)

dimanche 29 juin 2014

Remercier Dieu (6)

Remercier Dieu (6)

Si Dieu est reconnaissant de notre reconnaissance et porté de ce fait à nous combler de nouvelles libéralités, à l’inverse l’ingratitude freine cette action bienfaisante, comme le souligne saint Bernard : « L’ingratitude est un vent brûlant qui tarit la source de la piété, qui dessèche la rosée de la miséricorde et qui arrête le courant des grâces » (st Bernard, cité par st Thomas, De Humanitate Iesu Christi Domini Nostri, art. 1). « Qui arrête le courant des grâces. » Cela est fort. C’est un effet identique à celui produit par l’orgueil. Et il est normal qu’il en soit ainsi, parce que l’ingratitude est viscéralement une conséquence de la superbe de celui (lire la suite) qui pense que tout lui est dû et qui s’attribue ses succès. « Apprenons donc, frères, à rendre grâces non seulement aux jours heureux, mais aussi aux mauvais jours. Car dans sa bonté notre Créateur s’est fait pour nous un Père ; il nourrit en nous des fils adoptifs qui hériteront du Royaume céleste. Or il ne refait pas seulement nos forces par ses dons, il nous forme aussi sous les coups de l’épreuve. Apprenons donc à avoir l’abondance, afin de partager avec les démunis tous les biens reçus de lui. Que l’abondance ne nous enorgueillisse pas, en félicitant d’avoir ce qui manque à autrui, et en se réjouissant non pas du bien commun, mais de son bien propre » (saint Grégoire le Grand, Homélies sur Ézéchiel, 2, 7, 17, introduction, traduction, notes et index par Charles Morel, s.j., coll. « Sources chrétiennes » n° 360, Paris, Les Éditions du Cerf, 1990, p. 363). Tout est grâce, encore une fois. Et saint Grégoire le Grand souligne dans cette homélie que Dieu nous forme, nous instruit et nous sanctifie même par ce que nous appelons les « coups du sort », c’est-à-dire du hasard. Or, ils n’ont rien de hasardeux. Comme dans le cas de Job, Dieu s’en sert pour nous refaçonner à son image et à sa ressemblance (cf. Genèse 1, 27). Il est bon de lui demander : » Rends-moi saint, mon Dieu, même si c'est à force de coups. Je ne veux pas être un obstacle à ta Volonté. Je veux répondre, je veux être généreux... Mais mon vouloir est-il sérieux ? » (Forge, n° 391). Toute la question est là : est-ce que je veux vraiment devenir saint selon les plans de Dieu. Mais, si nous l’avons demandé sincèrement, comment pourrions-nous nous en plaindre ensuite, quand Dieu aura répondu à notre invitation ? Si nous manifestons de la sorte notre désir profond de progresser réellement sur la voie de la sainteté, alors nous accueillons avec une joie intense toutes les situations qui surviennent. Aucune d’entre elles ne fera naître en nous des sentiments de rébellion ou de découragement, tout comme Job est resté inébranlable dans sa foi et son amour de Dieu, alors même que celui-ci donnait toute licence au démon pour le tenter dans ses biens et dans sa chair, sans avoir toutefois le pouvoir de toucher à son âme (cf. Job 2, 6). Nous découvrons ainsi que le fait de témoigner de notre reconnaissance envers Celui qui nous donne « la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28) est la source d’une paix intérieure, d’une sérénité et d’une joie à toute épreuve. Ceux qui se dressent contre nous, parce qu’ils ne supportent pas que nous appartenions au Christ et qui nous persécutent pour cette raison, deviennent, à leur insu et à leur corps défendant, nos bienfaiteurs, car ils nous font accélérer le pas vers Dieu ; ils nous aident à nous unir plus fortement au Christ souffrant et portant sa Croix tant pour nous que pour eux. « Qui pourra nous séparer de la charité du Christ ? » (Romains 8, 39). C’est une bonne question, excellente, qui traduit la profondeur de notre ancrage spirituel. Aucune rafale de vent, aucune tempête ne pourront arracher les pieux qui retiennent notre tente. Parce que « notre secours est dans le nom du Seigneur » (Psaume 124, 8), le Seigneur qui « est mon berger », auprès de qui « je ne manque de rien » et « ne crains aucun mal », car il est avec moi (Psaume 23, 1.4). (à suivre…)

vendredi 27 juin 2014

Remercier Dieu (5)

Remercier Dieu (5)

Se pourrait-il que nous n’ayons pas cette même politesse, que nous jugeons normale, de rigueur, envers Dieu notre Père ? Et qu’elle ne soit pas une marque permanente de notre vie, puisque Dieu ne se limite pas à nous venir en aide une fois ou l’autre, de temps à autre, mais de façon habituelle et permanente. Nous comprenons ainsi combien il est logique de passer sa vie entière à rendre grâces à Dieu. Encore une fois, Dieu attend notre reconnaissance. Il n’y a même rien à quoi il tienne tant, fait remarquer saint Jean Chrysostome. Il nous montre, en effet, qu’il convient de remercier notre Seigneur pour toute chose et en tout temps, (lire la suite) du premier au dernier moment de notre existence terrestre. Il met sous nos yeux pour cela l’exemple de Moïse : « Seigneur, je te rendrai hommage de tout mon cœur » (Ps 110/111, 1). Pourquoi ces mots « de tout » mon cœur ? C’est-à-dire avec tout le zèle possible, avec force, sans se préoccuper des soucis de cette vie, en élevant son âme à Dieu, en la tenant détachée des liens du corps. « De cœur », c’est-à-dire non pas seulement des paroles, de la langue et de la bouche, mais aussi de la pensée. C’est ainsi que Moïse, lorsqu’il formulait ses lois, a dit : « Tu chériras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme » (Dt 6, 5). Il me semble qu’ici hommage est synonyme d’action de grâces ; Je chanterai des hymnes, dit le prophète, je rendrai grâce au Seigneur. C’est à cela en effet qu’il a consacré sa vie entière, c’est par là qu’il débute, c’est par là qu’il finit : c’était sa préoccupation continuelle que de rendre grâce à Dieu tant pour les bienfaits qu’il en avait reçus que pour ceux qui avaient été accordés à d’autres hommes. Il n’y a rien à quoi Dieu tienne tant : c’est le sacrifice, c’est l’offrande qu’il préfère, c’est la marque d’une âme reconnaissante, et c’est un coup sensible porté au diable » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Ce Père de l’Église nous dit bien qu’il « n’y a rien à quoi Dieu tienne tant » et que ces remerciements sont un « coup sensible porté au diable », ce qui ne peut que nous inciter encore plus à aller dans cette voie. Puis le même saint Jean Bouche d’or nous fait considérer par quoi Job a mérité sa couronne de gloire. Il écrit à ce sujet que « le bienheureux Job a mérité sa couronne et sa gloire, parce qu’il ne se laissa point déconcerter par les nombreux malheurs dont il fut atteint, ni par les conseils pernicieux de sa femme, et qu’il persista à rendre grâces à Dieu pour tout ce qu’il faisait, et non seulement lorsqu’il était riche, mais encore au moment même où il était plongé dans la pauvreté ; non seulement alors qu’il était bien-portant, mais encore au moment même où il était frappé dans sa chair » (st Jean Chrysostome, Commentaire sur le psaume 110, 1). Tel sera également l’enseignement de saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, quand il énumère une série d’événements par lesquels nous sommes invités à remercier Dieu, liste qui veut manifester l’universalité de cette attitude attendue de Dieu : « Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » (Chemin, n° 268). (à suivre…)

mercredi 25 juin 2014

Remercier Dieu (4)

Remercier Dieu (4)

L’attitude eucharistique en question est la suivante : « L’attitude de remerciement doit distinguer la vie de tout homme, de tout chrétien en particulier. Les paroles du psalmiste doivent devenir les nôtres, même dans les moments d’angoisse et de douleur : « Venez, poussons des cris de joie vers le Seigneur, acclamons le rocher de notre salut, présentons-nous devant lui avec des actions de grâces, acclamons-le par des chants de joie » (Psaume 65, 1-2). Dans ses épîtres, saint Paul insistait sur ce continuel esprit de reconnaissance : « En toute circonstance, soyons dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus » (1 Thessaloniciens 5, 8). « Recherchez dans l’Esprit votre plénitude… En tout temps et à tout propos, rendez grâces à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ » (Éphésiens 5, 19-20). C’est une attitude « eucharistique » qui vous apporte la paix (lire la suite) et la sérénité dans le labeur, vous libère de tout attachement égoïste et individualiste, vous rend docile à la volonté du Très-Haut, même pour les exigences morales les plus difficiles, vous ouvre à la solidarité et à la charité universelle : elle vous fait aussi comprendre l’absolue nécessité de la prière et surtout de la vie eucharistique dans la fréquentation de la sainte messe, l’acte de remerciement par excellence, pour vivre et témoigner avec cohérence la propre foi chrétienne. Remercier veut dire croire, aimer, donner ! Et avec joie, généreusement » (Jean-Paul II, Homélie à la « Journée de remerciement » des agriculteurs, Rome, 9 novembre 1980). Le cas des dix lépreux n’est pas unique, parce que dès que la situation est rétablie, dès que la difficulté a disparu, dès que l’obstacle a été levé, l’homme oublie son bienfaiteur et se replonge dans son égoïsme et son autosuffisance : « Le résultat a été atteint. Ensuite, comme dit le proverbe italien : passato il pericolo, gabatto il santo (une fois le péril passé, tout le monde se moque du saint) (Charles de Gaulle, « Allocution au Congrès des étudiants R.P.F. », 7 mars 1949, Lettres, notes et carnets. 8 Mai 1945-18 Juin 1951, Paris, Plon, 1984, p. 343). Pourtant le cadre général de notre vie n’a subi aucune modification. Qu’il pleuve ou que le soleil brille, qu’il souffle un vent de tempête ou que le calme plat règne, nous sommes et nous restons essentiellement entre les mains de Dieu, dont la Providence admirable continue de nous gouverner avec une sagesse infinie. Par conséquent, les motifs subsistent intégralement pour manifester à notre grand Dieu notre reconnaissance pour tout ce que la vie nous réserve et nous dévoile progressivement grâce à lui et à la mesure de nos forces. Car tout est grâce. Tout est don divin. Les épreuves, y compris, comme les saints en sont bien conscients. Et si nous nous habituons à remercier filialement notre Dieu pour toute chose, pour tout événement agréable ou non aux yeux des hommes, pour toute rencontre, plaisante ou non, pour tout travail couronné de succès ou apportant une déconvenue, et ainsi de suite, en nous habituant donc à remercier Dieu en tout, notre vie est joyeuse, profondément heureuse, et rien ne peut venir altérer ce bonheur qui s’enracine dans notre condition d’enfant de Dieu. N’est-il pas vrai que les remerciements que l’on nous adresse pour un service que nous avons rendu nous font plaisir ? Et que nous restons sur notre faim s’ils ne viennent pas, même si peu importe, en définitive, que l’on nous remercie ou pas, car ce qui compte avant tout, c’est d’agir de façon désintéressée, pour la gloire de Dieu. Mais c’est affaire de politesse élémentaire, de bonne éducation. (à suivre…)

lundi 23 juin 2014

Remercier Dieu (3)

Remercier Dieu (3)

Un seul lépreux donc revient sur ses pas pour remercier le Seigneur Jésus de l’avoir guéri. Il est quand même étonnant de constater que quatre-vingt-dix pour cent de ceux qui ont été délivrés d’une affection aussi honteuse et socialement pénalisante que la lèpre se soient abstenus d’adopter une attitude élémentaire d’action de grâces. Des gens qui appartiennent tous au peuple élu de surcroît. Jésus manifeste son étonnement, peut-être aussi son dépit, nous faisant voir par là qu’il s’attendait à ce qu’ils revinssent à lui, à ce qu’ils manifestassent une certaine exubérance au vu de ce qui leur était arrivé. Eh bien ! Non ! Ils ne se soucient pas de celui (lire la suite) qui les a rétablis dans leur honorabilité et leur permet de reprendre une vie normale. Ils ne pensent qu’à leur avenir. Ils ont bien crié avec confiance : « Jésus, aie pitié de nous ! » Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. Jésus a eu effectivement pitié d’eux et a fait disparaître leur maladie honteuse comme d’un trait de plume. Et eux poursuivent leur petit bonhomme de chemin, indifférents à leur bienfaiteur ! Quant à nous, savons-nous remercier le Seigneur de nous guérir, non pas une fois, mais autant de fois qu’il le faut, d’une lèpre autrement plus laide, repoussante et dangereuse que celle de ces hommes, d’une lèpre qui devrait aussi nous mettre au ban de la société, la lèpre du péché ? Jésus a institué un sacrement merveilleux, délicieux, le sacrement par excellence de sa Bonté et de sa Miséricorde, qui a le pouvoir souverain de purifier notre âme de tous ses péchés. Le sacrement de la réconciliation – ou confession – est vraiment quelque chose d’extraordinaire et de profondément émouvant. Il est comme un bain de jouvence qui nous fait renaître à l’amour de Dieu, qui nous réintègre dans le cercle de ses intimes. Nous devrions bondir de joie après nous être confessés et aller nous prosterner nous aussi devant Jésus-Christ, c’est-à-dire venir nous agenouiller devant la tabernacle, où il est réellement présent, aussi vivant et actif que dans ce bourg des confins de la Samarie et de la Galilée. L’existence bienfaisante de ce sacrement et l’expérience que nous en faisons devraient constituer un de nos principaux motifs de joie et d’action de grâces tout au long de notre vie. Comme il est malheureux, et bien triste en même temps, que tant et tant de catholiques ignorent, délaissent, je n’ose pas dire méprisent, ce sacrement hautement salutaire – la « deuxième planche du salut » - par lequel nous parvient l’Amour fou de Dieu, cet Amour débordant qui l’a conduit au gibet de la Croix et qui continue de se manifester dans ces signes sensibles et efficaces de sa toute-puissance et de sa grâce que sont précisément les sacrements. Savoir gré à Dieu des dons qu’il nous octroie avec une telle libéralité et magnanimité, sans nous tenir rigueur de nos « écarts de conduite » répétés, est une « attitude eucharistique », nous dit le saint pape Jean-Paul II. (à suivre…)

samedi 21 juin 2014

Remercier Dieu (2)

Remercier Dieu (2)

Comment se fait-il que nous puissions être aussi indifférents à cette présence réelle, je souligne réelle, de notre Seigneur dans notre âme ? Ce n’est pas seulement une présence par la grâce, mais Jésus-Christ qui se trouve bien vivant en nous, avec son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Et nous nous comportons comme si nous l’ignorions. Disons-le-nous bien, « notre amour pour le Christ qui s’offre à nous, nous pousse à savoir trouver, à la fin de la Messe, quelques minutes pour une action de grâces personnelle, intime, qui prolonge dans le silence du cœur cette autre action de grâces qu’est l’Eucharistie » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 92). Que Dieu l’attende de fait est illustré, entre autres, par la scène suivante, prise sur le vif de la vie de notre Seigneur. (lire la suite) « Alors qu’il faisait route vers Jérusalem, il passa aux confins de la Samarie et de la Galilée. Et comme il entrait dans un bourg, il rencontra dix lépreux qui s’arrêtèrent à distance » (Luc 17, 11-12). Ils n’approchent pas, car, à l’époque, la lèpre était jugée particulièrement contagieuse et les dispositions concernant l’éloignement de ceux qui en étaient atteints de tout lieu habité étaient très strictes. Mais cela ne les empêche pas de désirer guérir de leur maladie. Et comme ils ont appris que Jésus de Nazareth, dont on ne se lasse pas de raconter les prodiges, va passer par chez eux, ils sont sortis à sa rencontre. « Ils lui dirent, en haussant la voix : ‘Jésus, ô Maître, aie pitié de nous !’ » (Luc 17, 13). C’est tout. Ils n’en disent pas plus. Ils ne demandent pas davantage, certains que ce Jésus les comprend et qu’il peut, qu’il va certainement faire quelque chose pour eux. Toutefois, ce jour-là le rabbi ne pose aucun geste spectaculaire. Il se contente de leur dire : « Allez vous montrer aux prêtres » (Luc 17, 14). Cela pouvait laisser sous-entendre qu’ils étaient guéris ou qu’ils allaient l’être dans un bref délai, guérison que les prêtres devaient constater. Or, « tandis qu’ils y allaient, ils furent guéris » (Luc 17, 14) effectivement. Mais c’est à ce moment que surgit un problème. En effet, « l’un d’eux, voyant qu’il avait recouvré la santé, revint en glorifiant Dieu à haute voix, et tomba à ses pieds la face contre terre, lui rendant grâces » (Luc 17, 15-16). Jésus le laisse faire. Il ne s’oppose pas à cette manifestation ostentatoire de la joie débordante et obligée de cet homme. Mais ce qui dramatise quelque peu la scène, c’est que, comme le précise saint Luc, il s’agit d’un Samaritain. Or, cela fait longtemps que « les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains » (Jean 4, 9), qui, pour eux, sont des hérétiques. Manifestement, le statut de lépreux permet de s’affranchir de cette coutume. C’est donc un non Juif qui a la finesse d’âme de retourner sur ses pas pour venir témoigner au Seigneur de sa gratitude. Jésus sait bien ce que sa toute-puissance a réalisé. Aussi demande-t-il : « Est-ce que les dix n'ont pas été guéris ? Et les neuf, où (sont-ils) ? Ne s'est-il trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir rendre gloire à Dieu ? » (Luc 17, 17-18). (à suivre…)

jeudi 19 juin 2014

Remercier Dieu (1)

Remercier Dieu (1)

Dieu attend que l’homme le remercie de tous les bienfaits dont il le comble sans interruption, avant même sa naissance. En effet, il nous a « élus en lui, dès avant la création du monde, pour que nous soyons saints et sans tache à ses yeux dans la charité » (Éphésiens 1, 4). C’est-à-dire que nous sommes présents, tout autant que nous sommes, de toute éternité à l’esprit et au cœur de notre Dieu Tout-Puissant et Miséricordieux. La portée de cette affirmation, que nous devons formuler, nous échappe, à un epsilon près. Elle est on ne peut plus véridique cependant. Le premier don que Dieu nous a fait est donc de penser continuellement à nous et de projeter éternellement de nous faire venir un jour à l’existence, à un moment précis de l’histoire éphémère de notre monde terrestre. Ce premier don est double en réalité (lire la suite), car il comporte la décision fermement arrêtée, évidemment éternelle elle aussi, d’envoyer son Fils unique Jésus-Christ nous racheter du péché, car, à l’heure où nous ferions notre apparition sur terre, notre nature humaine aurait été sérieusement gâtée par la désobéissance stupide et complètement irresponsable de nos premiers parents. Cela devrait nous suffire pour passer notre vie tout entière à remercier Dieu. Mais il sait bien, échaudé par l’expérience vécue avec Adam et Ève, que nous sommes facilement ingrats, et que nous nous attribuons avec désinvolture les bienfaits qui viennent de lui. Aussi, sans nous forcer la main – il s’en voudrait de nous imposer quoi que ce soit, lui qui est le parangon de la liberté, qui est la Liberté même – a-t-il prévu, en accord avec son Fils et avec son Esprit Saint, que la deuxième Personne de la Très Sainte Trinité s’incarnerait et que, tout en remontant au ciel au moment fixé, elle resterait sur terre sous la forme sacramentelle d’action de grâces par excellence qu’est la sainte Eucharistie. La sainte messe, mystère de la présence réelle de notre Seigneur Jésus-Christ, qui rend présent le Sacrifice du Calvaire, est la source et le sommet de toute la vie spirituelle du chrétien. Toute notre journée, avec chacun de ses événements, de ses activités, ou de ses rencontres, de ses joies et de ses déceptions, de sa fatigue et de ses loisirs, se donne rendez-vous en quelque sorte à la messe De la sorte, chaque jour qui passe n’est qu’une marque de reconnaissance sans solution de continuité. En instituant le Jeudi Saint ce sacrement dont l’essence est d’être une action de grâces rendue au Père en hommage pour toutes ses marques d’amour envers sa création, en particulier envers les hommes, Jésus-Christ manifeste à l’évidence que Dieu attend des remerciements. Des remerciements qui, si nous nous arrêtons à y penser quelques secondes, sont on ne peut plus logiques. Il est un point que nous devrions soigner beaucoup plus que nous ne le faisons, sur lequel nous devrions faire preuve d’une bien plus grande délicatesse envers le Seigneur. Je veux parler de l’action de grâces après la messe, après avoir reçu le Corps du Seigneur dans la sainte communion. Rares sont les fidèles qui y attachent de l’importance. Nous savons pourtant que l’hostie que nous avons reçue se dissout en nous environ dix minutes après l’avoir reçue. Certes, le prêtre observe en principe un bref temps de silence et de recueillement avant de prononcer la prière après la communion. Mais cet instant est largement insuffisant pour arriver aux dix minutes requises par l’amour. (à suivre…)

vendredi 1 juillet 2011

La guérison de l’aveugle de naissance (8)

La guérison de l’aveugle de naissance (8)

L’aveugle qui vient d’être guéri se prosterne alors devant Jésus, dans l’attitude d’adoration qui est l’attitude fondamentale, essentielle, de l’homme face à Dieu, quand il comprend qu’il lui doit tout et qu’il est aimé de lui.
L’objectif poursuivi par le Seigneur est atteint : cette cécité était vraiment pour la gloire du Père. Et le bénéficiaire du miracle le reconnaît et le proclame.
Jésus tire la leçon de l’événement : « Alors Jésus dit : « Je suis venu dans ce monde pour un jugement, afin que ceux qui ne voient pas voient, et que ceux qui voient deviennent aveugles. » Quelques Pharisiens qui étaient avec lui, lui dirent : « Sommes-nous, nous aussi des aveugles ? » Jésus leur répondit : « Si vous étiez des aveugles, vous n'auriez point de péché ; mais maintenant vous dites : Nous voyons ; votre péché demeure » (Jean 9, 39-41). (lire la suite)
Si ce n’est pas le Seigneur lui-même, ce sont sans doute les apôtres qui rapportent à Marie chaque jour ce qui s’est passé et à quoi elle n’a pas directement assisté. Elle rend grâce à Dieu du bien que son Fils réalise au profit des hommes, et elle reprend son Magnificat, car le Seigneur fait des merveilles, non seulement en elle, mais aussi chez tant d’autres de ses semblables.

(fin)

mercredi 4 mai 2011

L’Ascension (3)

L’Ascension (3)

La solennité de l’Ascension nous rappelle que « nous n’avons pas ici-bas de cité permanente » (Hébreux 13, 14) et qu’en remontant auprès du Père, Jésus est allé nous préparer une place comme il l’avait annoncé à ses apôtres le Jeudi Saint (cf. Jean 14, 3). C’est cette place que nous convoitons, d’où nous verrons Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit en face à face, et non plus comme en énigme (cf. 1 Corinthiens 13, 12). « Vultum tuum, domine, requiram… »
« L’Ascension du Christ est notre propre élévation et, là où a précédé la gloire de la tête, là aussi est appelée l’espérance du corps : laissons donc éclater notre joie ; et réjouissons-nous dans une pieuse action de grâces. Aujourd’hui, en effet, (lire la suite) non seulement sous sommes confirmés dans la possession du paradis, mais nous avons pénétré avec le Christ dans les hauteurs des cieux ; nous avons reçu davantage par la grâce du Christ que nous n’avions perdu par la haine du diable. Car ceux que cet ennemi venimeux avait chassés du premier séjour du bonheur, le Fils de Dieu se les a incorporés pour les placer ensuite à la droite du Père » (saint Léon le Grand, Sermon I sur l’Ascension 4).
Nous voudrions que le Christ reste parmi nous : mane nobiscum (Luc 24, 28) Une façon de maintenir cette présence, c’est d’être fidèle au commandement du Seigneur : « Si vous mettez mes commandements en pratique, vous demeurerez dans mon amour, tout comme moi j’ai mis en pratique les commandements de mon Père et je demeure en son amour » (Jean 15, 10). Demeurer dans son amour et, pour cela, observer ses commandements, qui sont des commandements d’amour, la Loi de l’Amour, et qui de ce fait « ne sont pas écrasants » (1 Jean 5, 3). La fidélité à nos engagements d’amour est donc le meilleur moyen de fortifier, de renforcer et d’intensifier cette présence de Dieu, non seulement en chacun de nous, mais aussi dans notre famille et autour de nous. « Si vous m’aimez, vous mettrez mes commandements en pratique. Et moi je demanderai au Père de vous donner un autre Intercesseur qui soit à demeure avec vous pour toujours » (Jean 14, 15-16).
Le Seigneur dit encore : « Celui qui m’aime mettra en pratique ce que je dis, et mon Père l’aimera, et nous viendrons à lui, et nous nous établirons chez lui à demeure » (Jean 14, 23). Le même Jean dira, comme en écho, ces mots merveilleux qu’il met dans la bouche du Seigneur : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse 3, 20).

(à suivre…)

mardi 8 février 2011

La reconnaissance (2)


La reconnaissance (2)

Ayons l'humilité de reconnaître cette intervention de Dieu dans notre vie, comme pour les lépreux de l'Évangile, et laissons notre cœur chanter, déborder de joie et d'action de grâces, comme le Samaritain qui prend conscience de ce que Jésus a réalisé en lui. « Merci, mon Dieu, merci ! » Nous ne te remercierons jamais suffisamment et comme il le faut. Mais je voudrais que ma vie soit un chant d'action de grâces ininterrompu. C'est sans doute intéressé, puisque je sais qu'en agissant ainsi tu vas m'envoyer encore plus de grâces, surtout celles de la conversion intérieure, qui m'intéressent au plus haut point. (lire la suite)
« As-tu bien observé comment les enfants remercient ? — Imite-les en disant comme eux à Jésus, pour ce qui t’est favorable comme pour ce qui t’est adverse : « Que tu es bon, que tu es bon !… »
Cette phrase prononcée avec conviction est le chemin d’enfance. Par là tu gagneras la paix, certes avec des limites et une mesure de rires comme de larmes, mais aussi avec un Amour sans limites ni mesure » (saint Josémaria, Chemin, n° 894).
Il est vrai que nous ne méritons pas que le Seigneur s'intéresse à nous. Mais en même temps nous sommes sa raison d'être sur terre. Il « essuiera toute larme », nous assure l'Écriture (Apocalypse 7, 17). Et tel est bien le cas, pour qui sait reconnaître les interventions de Dieu dans son existence. Demeurons dans l'action de grâces. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire, de t'offrir notre action de grâces toujours et en tout lieu » (préface). Ces paroles que le prêtre prononce à la messe ne doivent pas rester lettre morte. Savourons-les et faisons-les pleinement nôtres. « Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire... »

(fin)

lundi 17 janvier 2011

La Providence et l’homme (1)

La Providence et l’homme (1)

Il ne nous est guère difficile de penser à la Providence divine envers l’homme. Nous savons que nous vivons grâce à l’âme spirituelle que Dieu a créée et infusée en nous au moment de notre conception dans le sein maternel. Tant que cette âme reste unie à notre corps, nous continuons d’exister en ce monde-ci, mais maintenus et comme soutenus dans l’être par cette même Providence.
Nous le savons et nous le sentons. Mais il est émouvant d’entendre Dieu lui-même en parler, et nous expliquer comment il exerce cette Providence à notre égard. Il s’en est ouvert à sainte Catherine de Sienne, qui nous le rapporte dans son Dialogue, au chapitre 134, sur la divine Providence : « Ma très chère fille, j’ai absolument décidé de faire miséricorde au monde (lire la suite) et de secourir de toute manière l’humanité. Mais l’homme, dans son ignorance, croit voir la mort dans ce que je lui donne pour sa vie, et il devient ainsi cruel envers lui-même. Pourtant ma Providence l’assiste toujours. Aussi, je veux que tu le saches : tout ce que je donne à l’homme provient de ma souveraine Providence.
Et c’est pourquoi, lorsque je l’ai créé par ma Providence, j’ai regardé en moi-même et j’ai été saisi d’amour par la beauté de ma créature. » A vrai dire, Dieu ne pouvait que s’émerveiller de sa créature, car étant Dieu, infiniment parfait, il ne pouvait créer que des êtres bons, participant de sa propre Bonté infinie. Et comme Dieu s’aime d’un Amour sans borne, d’un Amour vivant et personnalisé dans le Saint-Esprit, il est en quelque sorte naturel qu’il aime cette créature particulière qu’est l’homme.
« J’ai voulu la créer à mon image et à ma ressemblance, en y employant largement ma Providence », ajoute-t-il. Retrouvant cette image et cette ressemblance, il ne peut que l’aimer.
« En outre, je lui ai donné la mémoire pour qu’elle garde le souvenir de mes bienfaits ; car je voulais qu’elle participe à ma puissance de Père éternel. » La mémoire est une capacité à se rappeler les bienfaits de Dieu envers nous. A nous en souvenir pour en remercier Dieu et pour raviver en nous le désir d’être fidèles à notre vocation d’enfants de Dieu. « Mon âme, bénis Yahvé, et n'oublie pas ses nombreux bienfaits » (Psaume 103, 2). Nous ne sommes pas des êtres prisonniers du temps présent. Nous avons une histoire, qui commence en Dieu et qui s’achève en Dieu et qui est jalonnée de prévenances de Dieu, de toutes les grâces qu’il ne cesse de nous octroyer. Notre mémoire emmagasine ces faveurs pour vivre dans l’action de grâces et la résolution d’aimer Dieu de façon plus effective, plus concrète dans la vie quotidienne.

(à suivre…)

vendredi 7 janvier 2011

Dieu nous console (2)


Dieu nous console (2)

Saint Paul peut préciser que sa vie de renoncement à toute ambition personnelle, qui le voit accablé de toute manière mais non écrasé, plongé dans l’inquiétude mais non dans le désespoir, pourchassé mais non délaissé, terrassé mais non anéanti (cf. 2 Corinthiens 3, 8-9), il vit « tout cela à cause de vous : pour que la grâce répandue à profusion fasse surabonder chez un plus grand nombre l’action de grâces à la gloire de Dieu » (2 Corinthiens 3, 15). Pour que les fidèles témoignent leur reconnaissance envers Dieu pour la générosité héroïque de Paul, source de leur consolation dans les propres épreuves et du salut que celles-ci contribuent à obtenir. (lire la suite)
Paul donne un exemple de don de soi poussé à l’extrême et de sollicitude constante pour les Eglises. « Soyez compatissants, comme votre Père est compatissant » (Luc 6, 36). Le Seigneur nous invite à faire preuve de miséricorde envers les hommes, envers tous les hommes, à transposer aux autres la miséricorde et la compassion qu’il ressent pour nous, pauvres pécheurs. Et il ajoute : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas mis en jugement ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés » (Luc 6, 37), « car c’est d’après le jugement que vous portez que vous serez jugés, et c’est avec la mesure que nous employez qu’on mesurera pour vous » (Matthieu 7, 2). D’où cette règle d’or : « Pardonnez, et vous obtiendrez le salut » (Luc 6, 37), règle qui s’applique à toutes les circonstances et envers tous nos semblables. Elle ne souffre aucune exception.
Nous pouvons avoir l’impression que c’est trop difficile pour nous, que cela dépasse nos forces. Portant, nous trouverons Dieu pourvu que nous le cherchions « de tout notre cœur et de toute notre âme » (Deutéronome 4, 29). Et que nous allions le chercher là où il se trouve, c’est-à-dire dans l’Eucharistie, dans la sainte messe et la sainte communion, pourvu que nous soyons disposés à le recevoir dignement.
Que le monde nous complique l’existence ou la facilite, qu’il nous permette d’exprimer notre foi ou qu’il y fasse obstacle, qu’il nous loue – ce qui arrive rarement – ou qu’il nous calomnie, qu’importe. Dieu est et reste notre consolation et notre force. Si nous le cherchons sincèrement, nous le trouvons. Il nous dit : « Prenez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). Nous avons là l’optimisme chrétien, qui déplace les montagnes (cf. Marc 11, 23).

(fin)

jeudi 30 décembre 2010

Une année se termine

Une année se termine

Au terme de cette année, chacun d’entre nous peut remercier Dieu de toutes les grâces qu’il a reçues de lui au cours des 365 jours écoulés. Des grâces qui, bien souvent, nous ont échappé, car le Seigneur n’agit habituellement pas de façon spectaculaire, mais intervient auprès de nous un peu comme une mère et un père se soucient constamment de leurs enfants et leur viennent continuellement en aide sans qu’ils en aient conscience ni ne se rendent compte des sacrifices qu’ils consentent joyeusement pour eux.
Sans doute devons-nous aussi renouveler (lire la suite) notre demande de pardon à Dieu, pour toutes les fois où nous nous sommes écartés de lui volontairement, préférant sottement l’attrait de ce monde à celui de l’Amour de Dieu.
Pour l’un comme pour l’autre, nous venons nous prosterner devant notre Seigneur dans la crèche, et nous demandons à saint Joseph et à Sainte Marie d’intercéder pour nous et de demander au Seigneur de ne pas nous en vouloir, car nous l’aimons quand même sincèrement, et de continuer à nous abreuver de sa grâce, car sans lui nous ne sommes pas capables de faire le bien.
Cet examen de conscience nous permet aussi de penser au monde entier, de récapituler les événements qui ont marqué cette année.
Il est normal que nous ayons une pensée toute spéciale pour ceux de nos frères et de nos sœurs dans la foi qui souffrent précisément en raison de leur foi. Nous constatons depuis des mois une recrudescence des attentats et des persécutions en tous genres contre les chrétiens, qui font l’objet des trois-quarts des atteintes à la liberté de religion dans le monde.
Nous ne pouvons pas rester indifférents à leurs souffrances, qui nous touchent de très près. Demandons au Seigneur d’apaiser les cœurs et de faire en sorte que la paix qu’il est venue apporter au monde devienne une réalité pour tous ceux qui en sont privés.
Et pourquoi ne pas terminer l’année en récitant un Te Deum d’action de grâce au Seigneur Tout-Puissant, qui nous a envoyé le Sauveur à Noël et nous a donné la Vierge Marie pour Mère ?

lundi 6 décembre 2010

Avent et charité fraternelle (6)

Avent et charité fraternelle (6)

Une prière constante. Et le recours à une pratique évangélique, celle de la correction fraternelle (cf. Luc 17, 3-4). Et de deux ! Nous sommes en train de parler des moyens pour tirer autrui vers le haut. Un deuxième moyen est la correction fraternelle. Est-ce un moyen dont j'use ? Avec quelle fréquence ? Envers tout le monde, ou en me fixant sur quelqu'un de précis, ce qui pourrait traduire éventuellement un manque de droiture d'intention ? Nous faisons des corrections fraternelles parce qu'avant nous avons prié beaucoup. Cela va de pair. Nous ne ferons pas de correction fraternelle si les autres sont absents de notre prière, de l'horizon de notre propre vie spirituelle. La correction fraternelle va être la conséquence de ma conversation avec le Seigneur, dans laquelle je témoigne de toute mon affection pour mes frères et mes sœurs.
(lire la suite)
Après cela, qu'il y ait une grande délicatesse dans les rapports mutuels. Dans le ton avec lequel nous disons les choses, dans l'attention que nous portons à ce que l'on nous dit alors que notre tête risque parfois d'être ailleurs, dans la manière de répondre qui ne cherche pas à nous débarrasser mais à aider, à être positif, à contribuer à résoudre des problèmes non à en créer de nouveaux, ou à permettre d'agir utilement. Cette attitude s'accompagne logiquement d'un sourire en présence d'un désagrément éventuel, d'un sourire qui est « sincère », non forcé. Parfois, certes, il faudra peut-être faire un effort pour sourire, et cela se remarquera. Mais on verra bien en même temps que c'est parce que nous sommes fatigués, que nous avons mal dormis, non parce que l'on nous dérange ou que nous sommes mal lunés. Cela, il faut effectivement le surmonter. Montrons un sourire sincère. Parce que, franchement, de quoi pouvons-nous nous plaindre ? Que nous manque-t-il ? L'Emmanuel ? Il est avec nous. Cela te semble-t-il peu ? Ce sourire sincère et cette façon de vivre la charité nous ferons toucher du doigt à quel point la vie ici-bas est un recoin du foyer de Nazareth, déjà un petit bout de paradis.
Un sourire sincère, parce que nous avons sous les yeux l'exemple de l'Enfant Jésus, Fils de Dieu fait homme, Frère dans notre humanité, Sauveur de notre humanité. Devant un petit enfant, on fait des risettes pour l'amuser, le détendre, voir sa réaction... Le contexte porte à la paix et à la joie. Il peut y avoir des désagréments, bien sûr. Dans la vie de la Sainte Famille nous en trouvons, et de sérieux. Alors nous aurions pu nous attendre à une « fausse note ». Mais tel n'est pas le cas. Ce que nous entendons, c'est une musique céleste, ce sont des cantiques d'allégresse et d'action de grâce des anges. C'est la mélodie du bonheur qui monte de la terre, de notre terre vers Dieu, vers notre Dieu qui est au ciel, et qui vient parmi nous.

(à suivre...)

jeudi 7 octobre 2010

Un chant d’action de grâce (2)

Un chant d’action de grâce (2)

Depuis, toutes les générations répètent et chantent avec jubilation le Gloria in excelsis Deo, « gloire à Dieu au plus haut des cieux… » Et, dans les grandes occasions, l’Eglise entonne le Te Deum, que l’on récite également dans la liturgie des heures chaque dimanche et pour les solennités et les fêtes.
Ce sont des hymnes liturgiques qui nous aident à élever notre cœur vers Dieu et à manifester notre gratitude pour tous ses bienfaits, dont beaucoup échappent à notre sagacité. « Savez-vous ce qu’est une hymne, demande saint Augustin ? C’est un chant à Dieu accompagné d’une louange. Si tu loues Dieu, mais sans chanter, ce n’est pas une hymne ; si tu chantes et que (lire la suite) tu ne loues pas Dieu, ce n’est pas non plus une hymne. Si tu loues, mais non Dieu, bien que tu loues en chantant, ce n’est pas une hymne. L’hymne est donc ces trois choses : un chant, une louange et pour Dieu. Par conséquent la louange de Dieu chantée est une hymne » (Enarrationes in Psalmos 148).
L’hymne nous permet de chanter à l’unisson avec l’Eglise, non en solitaire mais solidairement, en union avec les chants, les hymnes de jubilation et de louange des anges au paradis. C’est ainsi une unique et même louange qui, sous des formes diverses, s’adresse au Dieu trois fois Saint, sachant que « le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».
Soyons généreux dans notre reconnaissance, car nous ne remercierons jamais Dieu suffisamment. C’est chose impossible.
Tâchons du moins d’imiter Marie qui, tandis qu’elle attend la naissance de son Fils, notre Sauveur, entonne son Magnificat. « Comme Elle, nous ressentirons le désir de chanter, de proclamer les merveilles de Dieu, pour que l’humanité entière participe à notre bonheur » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 144).

(fin)

mercredi 6 octobre 2010

Un chant d’action de grâce (1)

Un chant d’action de grâce (1)

La vie de l’homme sur terre devrait être un chant continuel d’action de grâces à Dieu. Il est vrai que les souffrances ne manquent pas et que la misère humaine est par moments capable d’inventer des atrocités. Mais pour qui observe les interventions de Dieu dans l’histoire, il n’est que trop évident que Dieu guide son peuple, et l’humanité entière, vers sa destinée, tout en respectant la liberté des hommes, leur détermination à suivre un chemin qui s’écarte souvent de celui qui seul peut les conduire au bonheur, le chemin de l’union à Dieu. (lire la suite)
Déjà dans l’Ancien Testament , nous trouvons de nombreux témoignages de cette reconnaissance des auteurs sacrés au vu de la proximité de Dieu de son peuple et de ses interventions en sa faveur. A titre d’exemple, le psalmiste s’écrie : « Yahvé est très grand et très digne de louange, et sa grandeur est insondable. Chaque âge dit au suivant la louange de tes œuvres, et on publie ta puissance. On parle de l’éclat glorieux de ta majesté, et on fait connaître tes œuvres prodigieuses » (Psaume 145, 3-5). Parmi ces prodiges de Dieu, il faut compter sa fidélité inébranlable à son dessein de salut qu’aucune action humaine ne pourra entraver ni même freiner. L’« heure » du Fils est inscrite dans l’éternité de Dieu. Elle sonne au temps fixé. Elle est arrivée avec la Passion et la mort du Christ sur la Croix. Nous vivons maintenant des mérites de notre Seigneur Jésus-Christ et de l’envoi du Saint-Esprit, qui féconde continuellement la sainte Eglise – corps mystique du Christ – et nous remplit de l’amour par lequel nous devenons capables d’aimer Dieu, et notre prochain.
« Les mots deviennent inutiles, parce que la langue n’arrive pas à s’exprimer. Alors le raisonnement se tait. On ne discourt plus : on se regarde ! Et l’âme se met encore une fois à chanter un chant nouveau, parce qu’elle se sent et se sait aussi sous le regard aimant de Dieu, à tout instant » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 307). Dès l’aurore du christianisme, nos frères dans la foi ont composé et entonné des cantiques d’action de grâces envers la majesté divine et la toute-puissance admirable de Dieu. « Dans la nouveauté de l’Esprit, elles (les premières communautés) composent aussi des hymnes et des cantiques à partir de l’Evénement inouï que Dieu a accompli en son Fils : son Incarnation, sa Mort victorieuse de la mort, sa Résurrection et son Ascension à sa droite » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n° 2641).

(à suivre…)

dimanche 12 septembre 2010

La louange de Dieu (1)

La louange de Dieu (1)

« Alléluia ! » (Psaume 150, 1). Alléluia ! Les psaumes de louange de Dieu commencent presque tous par cette acclamation joyeuse. Alléluia ! qui retentit continuellement dans les cieux, où elle fait partie du fond commun de la glorification de notre Dieu Tout-Puissant. C’est le cri de joie qui jaillit dans le matin de Pâques dans les cœurs jusque-là oppressés par la mort et les souffrances du Messie Seigneur. C’est l’heure de la décompression qui se traduit par ce cri, bref et dense d’alléluia. Il rejoint les acclamations du peuple lors de l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Alléluia !
Et tout de suite après, après que ce mot a claqué dans le vent, commence l’invitation à louer Dieu : « Louez Yahvé dans son sanctuaire ! » (Psaume 150, 1), (lire la suite) « vous qui êtes de service dans la maison de Yahvé, dans les parvis de la maison de notre Dieu. Louez Yahvé, car il est bon, Yahvé ; chantez son nom sur la harpe, car il est suave » (Psaume 135, 2-3). Il est la bonté même, dit-on de certaines gens. C’est le cas de Dieu. Il est la Bonté en personne. « Célébrez Yahvé, car il est bon, car sa bienveillance est éternelle » (Psaume 106, 1). Le psalmiste ne cesse de rappeler cette vérité consolante, qui est comme une doigtée de miel fondant dans notre bouche chaque fois que nous la répétons : « Louez Yahvé, car il est bon, car sa miséricorde dure à jamais » (1 Chronique 16, 34). Imprégnons-nous de cette grande réalité. Dieu seul est saint. Dieu seul est bon. Ce qui revient au même. Car le saint est quelqu’un de foncièrement bon, qui aime le bien et fait le bien, à tout le monde, sans discrimination aucune. « Ah ! Yahvé, je suis ton serviteur, oui, ton serviteur, fils de ta servante : tu as détaché mes liens. Je t’offrirai un sacrifice en action de grâces, et j’invoquerai le nom de Yahvé en présence de tout le peuple, dans les parvis de la maison de Yahvé, dans ton enceinte, Jérusalem » (Psaume 116, 16-19).
Dans ton sanctuaire, dans cet édifice qui est destiné au culte par sa consécration, qui en a fait un lieu saint, à toi réservé, au culte que nous te devons. Certes, ce culte n’est pas uniquement de louange et d’action de grâce, il est aussi d’expiation, d’adoration et d’impétration. Mais est-ce que, en définitive, tout ne revient pas à cette louange, sous une forme ou sous une autre, tout ne résume pas en la reconnaissance de ta majesté, qui mérite l’adoration, et que nous réparions les offenses qu’elle subit ? Cette toute-puissance qui est à même d’exaucer toutes nos supplications, ce qui entraîne une recrudescence de notre louange, de notre action de grâce.

(à suivre…)

jeudi 15 juillet 2010

Aller à la maison de Dieu (1)

Aller à la maison de Dieu (1)

(Psaume 122)

Cantique des montées. C’est soit un des chants de pèlerinage qu’entonnaient les pèlerins en marche vers Jérusalem, soit un cantique liturgique que les lévites chantaient en montant les marches conduisant au parvis d’Israël, dans le Temple. Quoi qu’il en soit, « j’ai été dans la joie quand on m’a dit : « Allons à la maison de Yahvé » ! » (Psaume 122, 1), car il ne peut rien être envisagé de plus doux pour le cœur que d’habiter avec le Seigneur, que de résider dans ses parvis, de partager le lieu où il habite parmi nous, désormais le lieu sacré qu’est l’église, le tabernacle, véritable « prison d’amour » (saint Josémaria, Forge, n° 827). « Je me rappelle – et mon cœur se fond en moi – quand, (lire la suite) m’avançant avec la foule, je les conduisais vers la maison de Dieu, aux accents des acclamations et des hymnes d’action de grâces, dans un cortège de fête » (Psaume 42, 5). Des acclamations semblables à celles que prodiguait la foule accompagnant Jésus pour son entrée triomphale dans la Cité sainte. Mais lui, il savait à quoi s’en tenir.
« Voilà que nos pieds s’arrêtent à tes portes, Jérusalem ! » (Psaume 122, 2). Aux portes de cette ville impressionnante, qui est vraiment la demeure de Dieu au milieu de son peuple, le lieu où le Tout-Puissant se manifeste au grand prêtre dans le Saint des saints, le lieu où peuvent se produire les purifications légales, le lieu des sacrifices sacrés et des offrandes saintes. Ah ! vraiment, « j’ai été dans la joie quand on m’a dit : « Allons à la maison de Yahvé » ! » (Psaume 122, 1). Qui ne serait pas profondément ému de pouvoir retrouver son Dieu, d’aller le retrouver chez lui ? Nous aussi, nous ressentons le besoin « d’être chez mon Père » (Luc 2, 49). Et nous, nous revenons devant le tabernacle, nous y revenons pour adorer notre Dieu et pour lui ouvrir notre cœur. Nous avons tant de choses à nous dire, chacun les siennes, qui concernent son existence. Le sujet de ma prière, c’est ma vie. « Jérusalem, tu es bâtie comme une ville où tout se tient ensemble » (Psaume 122, 3). Tout se tient dans notre religion admirable, car les vertus sont unies les unes aux autres, tout est uni par un sens profond de la filiation divine, tout est un car tout procède de Dieu qui est Un par essence, par nature. Si l’on touche à un aspect de notre foi, l’on met le reste en péril. Nous devons préserver coûte que coûte l’unité de foi, de sacrements et de gouvernement. C’est dans le respect de cette intégrité que se trouve notre joie, car alors nous sommes avec le vrai Dieu, non avec la divinité que les hommes se construisent à leur convenance. C’est-à-dire pour pouvoir pécher impunément, du moins c’est ce qu’ils imaginent.

(à suivre…)

lundi 5 juillet 2010

Complainte de l’exilé (3)

Complainte de l’exilé (3)

Il est vrai que tu pourrais me répondre que tu le tolères, en effet, mais que tu me tolères aussi, moi qui, tout en étant ton fils, suis un pécheur. « Si un ennemi m’outrageait, je supporterais la chose si celui qui me hait se dressait contre moi, je me cacherais devant lui. Mais c’était toi, mon compagnon, mon ami et mon familier, avec qui j’entretenais une douce intimité » (Psaume 55, 13-15). Je le sais. J’en suis conscient. Je t’en demande pardon. C’est bien pour cela que je veux voir ton visage. Car, alors, c’en sera fini de mes incartades. Alors ma louange se joindra définitivement à celle des neuf chœurs des anges et de tous les élus du paradis. (lire la suite) Quand te verrai-je face à face ? Je comprends qu’il te soit pénible d’avoir affaire à quelqu’un d’aussi peu reconnaissant que moi, d’aussi inconstant, qui est encore si loin d’être ce qu’il devrait être, un saint ! Pardonne-moi. « Si tu gardes le souvenir des iniquités, ô Yahvé, Seigneur, qui pourra subsister ? » (Psaume 130, 3). Il n’y aura plus personne pour te servir. Et là, les méchants pourront dire : « Où est leur Dieu ? »
« Je me rappelle – et mon cœur fond en moi – quand, m’avançant avec la foule, je les conduisais vers la maison de Dieu » (Psaume 42, 5). Mon cœur fond en moi, car le souvenir de tes bienfaits, l’évocation de ta bienveillance font naître en moi des sentiments de reconnaissance et éveillent ma capacité à aimer. « Goûtez et voyez comme Yahvé est bon ! » (Psaume 34, 9). Oh ! Oui, tu es bon ! Et pourquoi ambitionner autre chose ? Car tu donnes « une bonne mesure, pressée, tassée, débordante » (Luc 6, 38). Et cette mesure, c’est toi, qui dépasse toute espérance, qui transcende toute prévision, toute aspiration. « Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, c’est ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment » (1 Corinthiens 2, 9). « Quand irai-je contempler la face de Dieu ? (…) Je me rappelle – et mon cœur se fond en moi – quand, m’avançant avec la foule, je les conduisais vers la maison de Dieu, aux accents et aux acclamations et des hymnes d’action de grâces, dans un cortège de fête » (Psaume 42, 3.5). Tel devrait être le cas chaque fois que je reviens dans ton temple pour y célébrer, avec l’Eglise tout entière, l’Auguste Sacrifice de notre Rédemption, l’action de grâces par excellence. Venez, crions de joie, car le Seigneur est ressuscité, il est mort et il est ressuscité, car la Vie l’a emporté sur la mort.

(à suivre…)