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dimanche 13 mars 2011

Le statut de la femme à Paris (6)


Le statut de la femme à Paris (6)

Le second Roman de la Rose présente la femme comme l’adversaire de l’homme et non plus comme sa compagne. A partir du XVIe siècle le droit réduit de plus en plus la femme à n’être qu’une mineure juridique, incapable de rien faire sans la permission ou la tutelle de son père, puis de son mari, « le chef du ménage ». En 1556, Henri II donne aux parents le droit de déshériter les enfants mariés sans leur consentement. Au XVIIe siècle, le mariage sans le consentement familial est assimilé au rapt, qui est puni de mort, et l’épouse doit prendre le nom de son mari… On pourrait continuer longuement l’énumération des faits qui jalonnent cette évolution d’un statut de plus en plus asservi de la femme. Pire, durant toute cette période le pouvoir politique et la loi civile, le roi, l’empereur, la bourgeoisie ne cesseront d’exercer une forte pression sur l’Eglise pour qu’elle aligne ses prescriptions sur celles de l’Etat. (par exemple, au concile détente, une délégation du roi de France avec l’archevêque de Reims essaie de faire adopter par les Pères la législation française.) (lire la suite) Pour l’essentiel, la foi chrétienne saura résister à cette pression, mais elle ne réussira pas à empêcher les chrétiens de participer à la mentalité ambiante et il arrivera à l’Eglise d’être atteinte dans ses comportements. Cela ne lui facilitera pas la tâche au moment où elle aurait tant à apporter à un féminisme moderne souvent peu cohérent car il n’a pas trouvé son fondement spirituel, c’est-à-dire réellement humain. En lui donnant le profond dynamisme social d’une foi qui fonde la dignité et les droits de la femme sur le fait qu’elle est « à l’image de Dieu », sauvée en Jésus-Christ, comme l’homme, elle lui éviterait bien des errances et donnerait à ce féminisme une dimension qu’il n’a pas et qu’il cherche.

B. Violle, Paris, son Eglise, 1. Histoire, Paris, Cerf, 2004, p. 97-99.

(fin)

dimanche 14 novembre 2010

La Liturgie céleste (14)

La Liturgie céleste (14)

b) Le purgatoire. La deuxième voie présente un embranchement à son origine. En effet, « ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1030). Cette purification finale des élus, que l'Église appelle purgatoire, est une doctrine de foi, formulée surtout aux conciles de Florence et de Trente. Comme toute doctrine professée par l'Église et devant être crue par tous, elle s'appuie sur la Sainte Écriture. Par exemple ce texte de la première Corinthienne ou il est question du « Jour du Seigneur » et donc du jugement : « Si l'œuvre bâtie dessus tient bon, l'ouvrier recevra son salaire ; si l'œuvre vient à être brûlée, l'ouvrier en portera le dommage ; lui personnellement, sera sauvé, mais comme en passant au travers du feu » (1 Corinthiens 3, 14-15). (lire la suite) Ou encore ce texte de Pierre où il est dit que « votre foi aura été éprouvée - elle est beaucoup plus précieuse que l'or périssable qu'on éprouve pourtant par le feu - vous vaudra louange, gloire et honneur lors de la manifestation de Jésus-Christ » (1 Pierre 1, 7).
À partir de ces textes, la tradition de l'Église « parle d'un feu purificateur », nous dit le Catéchisme, qui cite ici saint Grégoire le Grand : « Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Matthieu 12, 31). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur » (saint Grégoire le Grand, Dialogues 4, 39).
Évidemment, le diable est intéressé à ce que nous ne croyions pas en l'existence du purgatoire, qui est pourtant une preuve manifeste de la miséricorde et de la justice de Dieu. Voyons ce qu'en dit saint Thomas More dans un de ses écrits intitulé La Supplication des âmes, dans laquelle les âmes du purgatoire s'adressent à ceux qui sont sur terre. « Si, à chaque confession accompagnée de contrition et de ferme propos, Dieu se faisait une règle de pardonner sans qu'il reste rien à payer, ni aucune compensation à offrir - la Passion du Christ suffisant à régler la dette du péché - cette largesse serait presque un encouragement à pécher sans se gêner (...). Ce lieu, où nous expions pour un temps, ne satisfait pas seulement aux exigences de la justice de Dieu : il proclame aussi sa miséricordieuse bonté. D'abord parce que la peine, tout atroce qu'elle est, ne correspond pas, tant s'en faut, à la gravité du péché ; et surtout parce que la bonté divine, en faisant craindre aux hommes cette peine, les rend moins hardis à pécher et moins négligents à faire pénitence, et par là elle les préserve de la peine éternelle ».

(à suivre…)

mardi 8 décembre 2009

L'Immaculée Conception

L'Immaculée Conception

Pour saint Éphrem (+ 373), la conception virginale de Jésus rappelle la naissance d'Ève : « De fait, Marie donna naissance sans le concours d'un homme. De même qu'à l'origine, Ève est née d'Adam sans qu'il y ait eu rencontre charnelle, ainsi en est-il de Joseph et de Marie, la vierge son épouse. Ève mit au monde le meurtier Caïn, Marie le Vivificateur. Celle-là mit au monde celui qui répandit le sang de son frère (Genèse 4, 1-16), celle-ci celui dont le sang fut répandu par ses frères. (...) La conception de la vierge nous enseigne que celui qui, sans lien charnel, a mis au monde Adam en le faisant sortir de la terre vierge, a aussi formé sans lien charnel le second Adam dans le sein de la vierge. Le premier Adam était retourné sans le sein de sa mère ; par ce second Adam, qui n'y retourna pas, celui qui était enseveli dans le sein de sa mère en fut retiré » (Diatessaron 2, 2). Dans sa controverse avec Pélage, saint Augustin (354-430) affirme que la sainteté de Marie constitue un don exceptionnel, ajoutant : (lire la suite) « Exception faite pour la Sainte Vierge Marie, elle dont, pour l'honneur du Seigneur, je ne veux en aucune façon que l'on parle lorsqu'il s'agit de péchés : ne savons-nous donc pas pourquoi une grâce plus grande lui a été conférée dans le but de vaincre le péché, elle qui a mérité de concevoir et de mettre au monde Celui qui de façon manifeste ne pécha jamais ? » (De natura et gratia 42). « Nous avons en horreur de dire de cette femme, c'est la belle réponse de Denys le Chartreux (1402-1471), que, devant écraser un jour la tête du serpent, elle ait jamais été écrasée par lui, et que, Mère de Dieu, elle ait jamais été fille du démon » (III Sent., d. 2, q. 1) » (saint Pie X, enc. Ad diem illum, 2 février 1904). Eadmer (1064-1141), moine de Canterbury, a écrit le premier traité de l'Immaculée Conception de Marie, vers 1128. Il utilise l'image de la châtaigne, qui « est conçue, nourrie et formée sous les épines, mais qui reste toutefois à l'abri de leurs piqûres » (De conceptione 10). Autrement dit, « même sous les épines d'une génération qui de par sa nature devait trasmettre le péché originel, (...) Marie est restée à l'abri de toute tache, par la volonté explicite de Dieu qui « l'a pu, manifestement, il l'a voulu. S'il l'a donc voulu, il l'a fait (potuit plane. Si igitur voluit, fecit) » (Ibid.) » (Jean-Paul II, Audience générale, 4 juin 1996). Certains diront aux XIIIe et XIVe siècles que Marie a été soumise au péché originel pendant un court instant (per parvam morulam). La difficulté théologique soulevée est l'universalité de la Rédemption. Le magistère va affirmer que Marie n'est pas une exception : elle est la première à avoir été rachetée par le Christ de façon suréminente, en considération des mérites de Jésus-Christ (Catéchisme de l'Église Catholique, n° 491). Chez Marie, la Rédemption n'est pas « libératrice », mais « préservatrice ». C'est Duns Scot (1266-1308) qui apporte la solution aux objections comme quoi la rédemption n'aurait pas été universelle si les êtres humains ne partagaient pas tous la condition de pécheurs. Il explique que le Christ, Médiateur parfait, a manifesté en Marie l'acte de médiation le plus parfait en la préservant du péché originel, par ce que la théologie appellera une « rédemption préservatrice ».
Par la bulle Ineffabilis Deus, du 8 décembre 1854, Pie IX définit le dogme, ou vérité de foi, suivant : « Dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, la bienheureuse Vierge Marie a été préservée et exempte de toute tache du péché originel. » Le pape mentionne explicitement que cette déclaration est infaillible. Peu après cette définition, la Vierge apparaît, à Lourdes, à Bernadette Soubirous et lui dit en patois : « Je suis l’Immaculée Conception. » La définition de l'immunité du péché originel « ne comprend pas explicitement l'immunité de la concupiscence. Toutefois la préservation complète de Marie de toute tache du péché entraîne également son immunité de concupiscence, tendance désordonnée qui, selon le concile de Trente, provient du péché et pousse au péché » (Jean-Paul II, Audience générale, 16 juin 1996). Ce que l'Église honore, c'est la Conception immaculée de Marie, non sa sanctification ou la conception dans un deuxième temps, ce qui, dans les deux cas, laisserait supposer que Marie a été marquée d'abord par le péché originel puis rachetée dans un second temps. Le bienheureux Pie IX fait remarquer que la définition de l'Immaculée Conception « servira puisamment à réfuter ceux qui prétendent que la nature humaine n'a pas été gâtée à la suite de la première faute et qui exagèrent les forces de la raison pour nier ou diminuer le bienfait de la religion révélée » (Allocution au Consistoire, 9 décembre 1854).