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vendredi 10 février 2012

La valeur des difficultés (3)


La valeur des difficultés (3)

« Or, à la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent pris d’émoi : « C’est un fantôme ! » dirent-ils, et ils poussèrent des cris d’effroi » (Matthieu 14, 25-26). Le Christ vient à leur aide et eux, ils s’affolent ! Ils y trouvent une source supplémentaire de tracas et de fatigue. Le Christ se présente à nous avec la Croix mais pour apporter la paix à notre âme, non pour nous troubler ; pour nous aider à résoudre nos problèmes humains, non pour nous surcharger ; pour donner à l’ensemble un sens surnaturel, non pour nous enfoncer dans notre misère. « Mais tout de suite Jésus leur parla : « Confiance ! dit-il. C’est moi ! N’ayez pas peur ! » (Matthieu 14, 27). Alors Pierre, tout feu tout flamme, (lire la suite) toujours spontané et éprouvant du mal à réprimer ses réactions primaires, « lui dit : « Seigneur ! si c’est toi, commande que j’aille à toi sur les eaux » (Matthieu 14, 28). Ce sera la preuve indéniable qu’il s’agit bien de Jésus. « Viens ! dit-il. Et Pierre, quittant la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant la violence du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » (Matthieu 14, 29-30).
Cela a bien commencé, mais Simon-Pierre a douté, a vu sa foi diminuer en présence d’une difficulté objective. Marcher sur les eaux, qui plus est d’un lac fortement agité par un vent violent, n’a rien de banal évidemment. Mais n’était-ce pas la preuve qu’il avait demandé ? N’était-ce pas la preuve qu’il s’agissait bien du Seigneur ? Cela ne lui suffit pas, ou ne lui suffit plus. L’eau est agitée, les vagues se creusent… De vrais problèmes, des tracas non inventés… « Quand quelque désagrément ou peine vous atteindra, souvenez-vous du Christ crucifié et taisez-vous. Vivez en foi et en espérance ; bien que ce soit dans le noir ; dans ces ténèbres Dieu protège l’âme » (saint Jean de la Croix, Lettre n° 20). Tel est le bon système. « Il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Matthieu 14, 30-31). Oui, pourquoi ?
« Et, lorsqu’ils furent montés dans la barque, le vent cessa » (Matthieu 14, 32). Il ne cesse qu’à ce moment-là. Mais Jésus était déjà avec lui avant. « Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui en disant : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ! » (Matthieu 14, 33). La difficulté va servir à les faire grandir dans la foi en Jésus-Christ. Elle a donc un côté positif. Et c’est le propre de tous les soucis que nous avons dans notre vie et de toutes les épreuves que traverse aussi notre mère la sainte Église.
Elles nous font grandir. Elles contribuent à ce que nous suivions librement le Seigneur et à ce que nous produisions de bonnes œuvres qui manifestent la gloire de Dieu. Elles nous font beaucoup de bien. « Bouillac, dans le Lot, où il est en mission en janvier 1897. Se plaindre des épreuves que le Seigneur nous envoie, c’est changer l’or en étain. Les peines, les contradictions, les souffrances, les humiliations, voilà le trésor des trésors ! Quel mérite y a-t-il à tout souffrir et à tout quitter par force ? Mais tout souffrir, tout quitter, tout supporter, tout endurer joyeusement et librement pour l’amour de Jésus qui a tout quitté, tout enduré, tout souffert pour l’amour de nous, voilà le mérite, voilà aussi le bonheur » (J. Baylé, Le saint de Toulouse s’en est allé… P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 441).

(fin)

samedi 13 juin 2009

Saint Antoine de Padoue et la Providence

Saint Antoine de Padoue et la Providence

(Antoine-Marie de Lavaur) rencontre dans un train un juif qui, après l'avoir examiné attentivement, attiré par ce moine étrange, se met à lui poser des questions auxquelles se plie volontiers le Père, tout prêt à lui glisser quelque leçon de catéchisme. Mais le juif ne s'intéresse qu'aux Capucins dont le religieux porte la robe. Apprenant que les Pères n'ont point d'argent et qu'ils se confient à la Providence lorsqu'ils sont en voyage, stupéfait : Mais vous-même, vous voyagez ainsi ? Parfaitement, et j'ai toujours sous la main un ami que m'envoie saint Antoine, (lire la suite) et qui me paie ma place. Tenez, ce soir je rentre à Toulouse et voici mon billet, il n'est que pour la gare où nous arrivons. Eh ! bien je vais sûrement trouver là quelqu'un qui me procurera un nouveau billet. C'est trop fort, dit le juif intrigué. Je descends justement à cette station, je suis curieux de voir comment cela se passe. Hélas ! personne à cette gare ne s'occupe du Père qui, assis sur un banc sans un coin, récite son office. L'heure du train est là, le religieux va rester en panne. Le juif a pitié, il s'avance vers le guichet pour solder lui-même le billet. Saint Antoine n'envoyant personne, je suis venu à votre secours, mon Père. Mais saint Antoine est là. C'est vous qu'il a envoyé. Le train s'ébranle, le Père fait de la main un signe d'adieu au juif resté sur le quai, encore tout pantois d'avoir été l'émissaire de saint Antoine.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 485.

mercredi 8 avril 2009

La suppression des crucifix

La suppression des crucifix

Ils avaient dit là-bas, au prétoire : Pas celui-ci ! Délivrez, délivrez Barabbas, nous ne voulons pas de Jésus. Aujourd'hui, même alors que Jésus a passé près de vingt siècles sur la terre et dans notre France en faisant le bien, je les entends, les ennemis du Christ, crier encore : Crucifiez-le ! crucifiez-le ! Non, ce n'est pas lui, c'est Barabbas que nous voulons. Mais à ces clameurs insensées, vos vingt mille voix ont répondu, et ces vallées, et ces montagnes retentissent encore de vos accalmations : Vive Jésus, notre Roi ! Il faut le crucifier, (lire la suite) disaient les juifs. Et ils dressèrent la croix. Et Jésus sur cette croix attire tout à lui. Les siècles sont tombés à genoux, et le monde l'adore. Satan a enfin appris ces choses. Il a compris que la croix est le signe de la victoire. Et aussitôt il a modifié sa tactique. Plus de croix ! Plus de croix ! Nous n'en voulons plus sur nos places publiques, nous n'en voulons plus sur le Panthéon, nous n'en voulons plus dans nos écoles, nous n'en voulons plus au chevet des mourants, ni dans les tribunaux des juges. Plus de croix ! Plus de croix ! Ah ! vous ne voulez plus de croix ! Eh bien ! nous, les enfants de la France, nous voulons la croix ! Nous plantons la croix ! Nous l'avons plantée là-haut sur la montagne, nous l'avons plantée en bas dans la vallée, nous l'avons plantée sur les mâts de nos vaisseaux, au milieu de la mer. Nous l'avons portée à Jérusalem, nous l'avons placée à Rome, près du trône du grand pontife. Et aujourd'hui, nous la plantons encore ici, en face de ces grottes et à l'abri de ces vieux rochers. Et remarquez bien que nous ne la plantons pas sur la poussière mouvante, mais sur un piédestal de granit. Que dis-je ? Nous la plantons plus solidement encore : nous la plantons dans nos cœurs de Français, plus fermes dans la foi, plus fermes dans l'amour que le granit et le diamant. Et tous ensemble nous crions : Vive la Croix ! Et c'est au moment où tout croule que nous élevons cette croix. C'est au moment où le monde est ébranlé que nous, nous construisons. C'est à ce moment qu'à l'ombre de cette croix, nous fondons une France nouvelle, un monde nouveau. Cette croix sera la croix de la France.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 456-457 (Sermon au moment de l'érection du Christ au sommet des Espélugues, le 22 août 1890).

lundi 2 mars 2009

L'Église persécutée

L'Église persécutée

Plus grandira la persécution, plus grandira la victoire et plus dit grandir notre joie ! Écoutez saint Pierre : Réjouissons-nous dans la persécution, recommande-t-il, et estimons que c'est la plus grande grâce que Dieu peut accorder à son Église. Notre grande vocation de chrétien est là tout entière. N'êtes-vous pas les disciples de Celui qui a tant souffert pour vous enseigner à souffrir ? Ne craignez pas, Dieu vous réserve, même avant l'éternelle couronne, d'ineffables délices et c'est là le secret de ce mystère d'amour. Ne plaignez pas l'Église dans les catacombes et au milieu des amphithéâtres. Plus elle verse de sang, plus elle est féconde. Ne tremblez jamais pour l'Église quand elle est persécutée, mais tremblez, ou tremblez pour elle si vous la voyez dans les délices. Ou plutôt ne craignez pas. Dieu aime trop son Église pour la laisser dans tribulations. Réjouissez-vous surtout à l'heure actuelle, car jamais tribulation plus grande, jamais tempête plus terrible n'a été déchaînée.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 555-556.

mercredi 11 février 2009

Pour comprendre Lourdes : lettre à Émile Zola

Pour comprendre Lourdes : lettre à Émile Zola

(En 1892), le Père rencontre Émile Zola qui prépare un livre sur Lourdes. (...) Eh ! bien, Monsieur Zola, ici, à Lourdes, le réel n'est pas le réalisme. Le réel ne fait qu'un avec la vérité, le réel est divin. Émile Zola prudent : Oui, sans doute. Toute la philosophie chrétienne, Monsieur Zola, se résume en ceci : La chair lutte contre l'esprit, l'esprit lutte contre la chair. Si la chair l'emporte, c'est la mort. Si l'esprit l'emporte, c'est la vie, la vie que Jésus-Christ a donnée au monde. Dites cela, Monsieur Zola, dites cela dans votre livre, et vous aurez traité de la vraie science que vous appelez humaine. L'homme est en Dieu une fleur, qui pousse et s'épanouit pour l'éternité. Très bien, mon Père. Je demande à Dieu que Lourdes soit votre chemin de Damas et que vous disiez bientôt à la France et au monde : (lire la suite) À Lourdes, j'ai trouvé le ciel ! Là, j'ai vu ce que mon œil n'avait jamais vu, entendu ce que mon oreille n'avait jamais entendu, et senti ce que mon cœur n'avait jamais senti. Il m'a serré affectueusement la main. Il était visiblement ému. Le P. Marie-Antoine enfonce le clou en lui écrivant peu après. Le fait de Lourdes est le grand fait divin de notre siècle, et le cœur seul comprend les choses divines. Mais pour les comprendre, il faut qu'il soit pur. Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Avant de prendre la plume, purifiez donc votre cœur. Purifiez-le par une bonne confession, et mettez-le ensuite en rapport avec Dieu par une sainte et fervente communion. Après cela, prenez la plume et commencez votre livre. Il n'aura jamais de réponse.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 465-466.

mardi 10 février 2009

Pèlerinage à Lourdes

Pèlerinage à Lourdes

(août 1886, pèlerinage national à Lourdes) La Sainte Vierge, comme toujours prend l'intiative. Au moment où va être donnée la bénédiction du Saint-Sacrement et où le diacre se dispose à mettre l'Hostie dans l'ostensoir, le P. Marie-Antoine s'avance. Attendez ! Nous avons obtenu durant notre Pèlerinage national onze guérisons. Mettez-vous tous à genoux, baisez la terre, et tenez vos bras en croix ! Maintenant, demandons à Dieu, par Marie Immaculée, une douzième guérison en l'honneur des douze apôtres. Jésus est là. Le ton est impressionnant. Mes frères, criez-lui comme les foules de Judée. Fils de David, aie pitié de nous ! Aie pitié de nous ! crie la foule. Seigneur, fais que je voie ! Fais que je voie ? (lire la suite) Seigneur, fais que je marche ! Fais que je marche ! Seigneur, guéris-moi ! Seigneur, guéris-moi ! L'atmosphère est indescriptible, comme si Jésus venait d'apparaître au milieu de la foule, qui fond en larmes tout en répétant la litanie évangélique de supplication des malades. La custode est renfermée dans le taberncacle, et l'on prie toujours avec ferveur. Tout à coup, un mouvement se fait du côté des piscines : une miraculée ! L'émotion est à son comble. Dans la Grottte même, un malade se lève de sa couche. L'on crie au miracle. Le P. Marie-Antoine impose le silence d'un geste, et se met à entonner, avec une sorte de tendresse dans la voix, Tantum ergo, repris avec beaucoup de ferveur pas les pèlerins du Quercy. Une proccesion avec le Saint-Sacrement s'improvise autour de la Grotte. Ils seront treize, treize miraculés, à accompagner le Seigneur. Du transport sans solennité de la Grotte au Rosaire, la procession du Saint-Sacrement deviendra la grande et imposante manifestation de l'après-midi de tous les pèlerinages.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 438-439.

mercredi 14 janvier 2009

Qui peut citer Dieu en justice ?

Comment pourrait-on te juger, toi, Seigneur, notre juge ! Ta toute-puissance ne peut être arbitraire, puisqu'en toi sont, tout à la fois et à leur perfection, la puissance et l'essence, la volonté et l'intelligence, la sagesse et la justice, comme une seule et même chose. De sorte que rien ne peut être dans ta puissance, qui ne puisse être dans ta juste volonté ou dans ta sage intelligence. Et ce n'est davantage par crainte de qui que ce soit, que tu peux accorder, ici ou là, l'impunité. Qui peux te dire : Qu'as-tu fait ? Qui s'opposerait à ta décision ? Qui te citerait en justice pour la ruine d'un peuple ou d'un homme que tu as toi-même créé ? Qui viendrait déposer contre toi en vengeur d'hommes ? Parce que tu es juste, tu conduis tout avec justice, Seigneur, et tu regardes comme indigne de ta puissance de condamner qui ne le mérite pas. Celui qui se détourne de ta justice, pour commettre le mal, et meurt à cause de cela, c'est à cause du mal qu'il a commis qu'il meurt, et rien d'autre.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 355.

lundi 8 décembre 2008

Lettre à Notre-Dame de Lourdes

Lettre à Notre-Dame de Lourdes

En ce jour où s'achèvent les célébrations commémoratives du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes, je restranscris un passage d'une lettre à Marie du Père Antoine-Marie de Lavaur, le 1er janvier 1870.

« Aujourd'hui, la première pensée d'un enfant appartient à sa mère. Mon cœur s'est donc tout naturellement envolé vers vos saintes montagnes, ô douce Mère du ciel, ô notre chère Dame de Lourdes, (lire la suite) ô brillante étoile de notre France, ô perle, ô diamant de notre Église, ô sainte Immaculée Conception, notre espérance, notre gloire, et bientôt notre résurrection et notre triomphe ! C'est l'univers tout entier qui répète avec moi, en contemplant les blanches cimes de vos montagnes toutes dorées des célestes rayons du soleil de justice et d'amour : J'ai levé les yeux vers les montagnes d'où me viendra le secours.. Je veille auprès de vous depuis le jour... Mon âme a soif de vous. Oui, il me tarde de venir de nouveau contempler les traits si doux de ma Mère du ciel, de conduire à vos pieds de nouvelles caravanes d'heureux pèlerins et d'y chanter avec eux les saints cantiques. »

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé. P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 244-245.