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jeudi 20 novembre 2014

Histoire et Evangile

Histoire et Evangile

La pratique de l’histoire m’a aidée à mieux comprendre l’Église, et donc à mieux comprendre comment la foi est à l’œuvre dans le monde ; inversement, les exigences de vérité qu’il y a dans l’Évangile m’ont guidée et encouragée dans ma pratique d’historienne. Un de nos professeurs aux Chartes, Léon Levillain, nous donnait l’Évangile comme exemplaire du point de vue de l’historien. Quatre témoins dont deux sont des témoins oculaires, rapportent les mêmes faits et gestes, avec des petites divergences de l’un à l’autre. Ces divergences, qui témoignent de la personnalité différente de chacun d’eux – Matthieu, un Juif très pénétré des traditions bibliques, Luc, cultivé, qui présente les faits avec un certain raffinement, Marc plus simple, un peu abrupt dans ses exposés, tandis que Jean déclare dès le début son intention de compléter les récits des autres – prouvent qu’il ne peut s’agir d’un texte simplement répété ou recopié de l’un à l’autre, et que nous nous trouvons bien en présence de quatre sources authentiques L’Évangile, loin de s’opposer à la recherche de la vérité, en fait une condition de la foi. Pour l’historien chrétien, faire intervenir abusivement ses convictions religieuses, en dissimulant ou en déformant les faits lorsqu’ils gênent, ce serait non seulement un manquement à l’objectivité, mais aussi un manque de foi. […] // Si j’étais disposée dès l’enfance à accepter les vérités de la foi, je crois en revanche que j’aurais résolument rejeté l’Église, une fois arrivée à l’âge adulte, si je n’avais pas fait l’École des chartes. C’est au contact avec l’Église des temps médiévaux – celle qui a interdit de tuer les petites filles à la naissance, fait disparaître l’esclavage, créé les hôpitaux et le droit d’asile – qui m’a conduite à l’accepter malgré ses graves fautes ultérieures et l’indignité de beaucoup de ses membres. L’Église loui-quatorzième avec sa hiérarchie et les ors de la chapelle de Versailles ne doit pas faire oublier la vraie société des baptisés, vivante et chaleureuse, qu’elle était au temps des églises romanes. On si très bien dans les documents comment l’évolution s’est faite, de Charles VII au fatal concordat de 1516, qui a livré l’Église au pouvoir temporel. R. Pernoud, Villa Paradis, Paris, Stock, 1992, p. 275-276.

jeudi 6 novembre 2014

Judas (4)

Judas (4)

La trahison de Judas a commencé par un petit manquement à la pauvreté. Il s’est permis un jour de prendre pour lui quelques piécettes de la bourse. Oh ! Ce n’était pas grand chose. Ce n’est jamais grand-chose au départ. C’était sans importance. Cela semblait ne rien remettre en cause. Si justement. Cela remettait en cause la fidélité, qui doit être sans faille, car c’était commencer à trahir la fidélité à son Seigneur et à ses compagnons. Cette fidélité n’était en apparence pas entamée dans l’immédiat. Mais l’amour de l’argent allait insensiblement grignoter du terrain et remplacer l’amour de Dieu au point que Judas soit capable de franchir le pas et d’aller livrer, d’aller vendre son Maître pour une poignée de pièces de monnaie, pour « trente pièces d’argent » (Matthieu 26, 15). (lire la suite) Un marché dont il est le dupe, car ce n’est pas cela qui va lui permettre de mener une vie indépendante de Jésus. C’est dire à quel aveuglement l’on peut parvenir quand l’on ne sait pas rectifier, quand l’on ne demande pas pardon et que l’on ne prend pas la ferme résolution de lutter, de ne plus recommencer à faire le mal. Cela a commencé par une peccadille et tout a fini par la honte de la trahison, suivie de la pendaison de l’ex-apôtre, « devenu enflé, il a crevé par le milieu, et toutes ses entrailles se sont répandues » (Actes 1, 18) ; et peut-être sa damnation éternelle, quoi que nous puissions compter sur la miséricorde divine. Judas n’est pas foncièrement pervers. Il n’a pas résisté à l’attrait des biens de ce monde… Mais il a aussi manqué d’espérance. Son comportement nous montre bien comme cette vertu est belle et importante ! Car Judas a reconnu la sainteté du Christ : « J’ai péché, dit-il, en livrant un sang innocent » (Matthieu 27, 4). Il s’est repenti du crime qu’il avait commis en le livrant lamentablement aux grands prêtres et aux Anciens du peuple. Il a pris l’argent de sa trahison, qui lui brûlait les mains et il « le jeta dans le sanctuaire » (Matthieu 25, 5). Mais il a manqué d’espérance et, pris de remords, il « se retira et alla se pendre » (Matthieu 25, 5). S’il avait eu un tant soit peu d’espérance, il aurait pu reprendre sa place parmi les Douze et devenir un grand apôtre, comme les autres. De toute façon, nous ne savons pas ce qui s’est passé entre Dieu et lui au dernier moment. En tout cas, nous comprenons que les grands saints aient insisté sur la nécessité de bien vivre la vertu de pauvreté, de savoir être détaché des biens matériels. Et le plus sera le mieux. (fin)

mardi 4 novembre 2014

Judas (3)

Judas (3)

La vie qui est si belle et joyeuse avec notre Seigneur, comme il est facile d’en faire l’expérience, devient de plus en plus aigrie et intolérable pour lui. Là où les autres respirent un air frais, sans cesse renouvelé, parce que Jésus ne parle pas comme les scribes et les pharisiens (cf. Marc 1, 22), mais avec une autorité naturelle (cf. Marc 1, 32), qui attire, qui enthousiasme, lui, il étouffe comme dans un carcan, dont il finit pas décider de se libérer, mais de mauvaise manière. L’exemple de Judas est là pour nous montrer jusqu’où peut aller l’appât du gain, (lire la suite) même modeste, le fait de ne pas savoir vivre la pauvreté. Judas détient la bourse commune, et s’y sert selon ses besoins, c’est-à-dire selon les nécessités qu’il se crée, et qui ne cessent d’augmenter, comme de bien entendu. Il agit en cachette, à l’insu des autres, qui sont à cent lieues d’imaginer son comportement ignoble. Eux qui sont si prompts à discuter et à se disputer pour des broutilles (cf. Luc 9, 46-47), ils auraient là un vrai motif pour s’enflammer et donner libre cours à leur colère. Mais, en dehors de Jésus, qui n’est pas dupe et a repéré dès le premier instant les manipulations frauduleuses de Judas, nul ne s’en rend compte. Qu’il n’y ait pas grand-chose dans la bourse ne surprend pas les autres, parce qu’elle reste rarement pleine longtemps. Autant dire même jamais. Jésus est prodigue en libéralités, et le groupe des apôtres et des disciples se contente d’une vie frugale. Mais Judas, lui, a des besoins particuliers à satisfaire. Il agit à la dérobée. Il ne s’empare pas de grosses sommes à la fois. Non. Il procède par petites touches. Puisqu’il n’est pas repéré, il s’enhardit, et la fréquence de ses menus larcins s’accélère. De fil en aiguille, cela doit faire un beau magot, qu’il dépense pour satisfaire ses caprices. Il est étrangement habile pour tout dissimuler et ne rien laisser paraître. Il n’y pas chez lui l’ombre de « signes extérieurs de richesse », comme on dit. Tout semble normal dans son attitude. Il sait les éviter soigneusement. Et ainsi, progressivement, son esprit ne se sépare plus de cette bourse qui pend à sa ceinture et qu’il caresse furtivement à longueur de journée, soupesant ce qu’il pourra en retirer. Il ne cesse d’y penser, Judas, il la tâte avec volupté, avec convoitise. Son cœur s’y attache de plus en plus. Et quand le Seigneur a enseigné que nul ne peut servir deux maîtres à la fois, « car où il aimera l’un et haïra l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » (Luc 16, 13), il a vite fait d’étouffer la voix de sa conscience et d’éteindre tout remords quant à sa conduite. Il a déjà choisi son maître, à vrai dire, même s’il continue de cheminer avec Jésus et les onze autres. Mais son cœur, sa tête sont ailleurs. Il trépigne de rage quand il voit Marie briser un vase de parfum d’un grand prix pour en oindre la tête et les pieds du Seigneur chez Simon le Lépreux. Il a vite fait d’en évaluer le prix : « Trois cents deniers que l’on aurait pu donner aux pauvres » (Jean 12, 5), et sur lesquels j’aurai pu prélever ma dîme. Quelle imbécile ! C’aurait été une belle affaire. Il ne disait pas cela par souci des pauvres, dont il n’avait cure, « mais parce qu’il était voleur, et qu’ayant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait » (Jean 12, 6). (à suivre…)

vendredi 31 octobre 2014

Judas (2)

Judas (2)

Les habitants de Carioth sont peut-être comme cela, mais aucun d’eux, en dehors de Judas, n’a été choisi pour partager la vie du Rédempteur de l’humanité et pour prolonger son action dans le temps, pour devenir une colonne de l’Église à venir. Or, cette proximité de Jésus, cette intimité de tous les jours avec lui n’avaient rien de banal. Cela aurait dû exercer une influence positive irrésistible sur son cœur, qui n’excluait certes pas la faiblesse, comme on le constate chez dix des onze autres apôtres. Mais ils ont su la reconnaître et la confesser, demander pardon au Maître et reprendre leur rang. Ils ne sont pas allés se pendre lamentablement, désespérant de la bonté infinie de Jésus. (lire la suite) Le commerce journalier avec notre Seigneur était on ne peut plus doux, aimable, agréable. S’il y a bien quelqu’un qui savait se faire aimer, c’est Jésus, le Fils de Dieu, Dieu parfait et Homme parfait. Cette perfection absolue du Seigneur ne passait pas, ne pouvait pas passer inaperçue et se manifestait en tout, c’est-à-dire y compris dans la façon de s’adresser aux hommes, à ses apôtres en particulier, et de prendre soin d’eux, sans compter de prier et de se mortifier continuellement pour eux. Cela ne rend que plus incompréhensible l’éloignement progressif de Judas de ce foyer ardent d’Amour. Le mystère d’iniquité s’épaissit. Judas a clairement manqué de sincérité et s’est enveloppé dans son orgueil. Il ne comprenait pas le sens profond des paraboles. Qu’importe ? Il lui suffisait de le dire et Jésus le lui aurait expliqué, au besoin à lui en particulier, s’il craignait de passer pour un imbécile aux yeux de ses collègues. Tel aspect de l’enseignement du Messie lui semblait non seulement dur à entendre (cf. Jean 6, 60), mais surtout à mettre en pratique ? Cela n’avait pas d’importance, à condition toutefois qu’il s’en ouvrît au Maître qui lui aurait éclairé les yeux et l’entendement, tout comme il expliquera plus tard à ses disciples d’Emmaüs, à partir des Écritures, comment il fallait que tout ce dont ils avaient été témoins à Jérusalem se réalisât pour que les prophéties formulées à son sujet s’accomplissent (cf. Luc 24, 25-27). Mais Judas n’a pas l’humilité de reconnaître ouvertement, ni d’avouer qu’il est choqué par ce qu’il entend, par ce qu’il voit, plus encore peut-être par ce que le Christ demande. Il n’a pas la simplicité de lui ouvrir son âme avec confiance. Cela ajouté à l’avarice est un double poison qui peu à peu asphyxie son âme, comme deux pinces qui se resserrent sur elle et finissent par l’étouffer, par lui enlever toute possibilité de respirer ; comme les deux faces d’un étau qui écrasent progressivement tout élan d’amour de Dieu en lui. (à suivre…)

jeudi 14 novembre 2013

Aimer plus que saint Jean (2)

Aimer plus que saint Jean (2)

En restant avec elle, auprès d’elle, nous prenons place avec les apôtres et les saintes femmes auprès de Jésus. Et, en voyant en nous son petit enfant nécessiteux d’aide et d’affection, Marie nous fait passer avant les autres et nous installe dans les bras de son Fils. Ou bien, c’est une image, et plus qu’une image, qu’utilisait saint Josémaria, elle prend Jésus dans un de ses bras et nous dans l’autre. Et c’est, si je puis dire, précisément un jeu d’enfant pour elle de rapprocher l’un et l’autre de ses enfants. Et où Marie nous amène-t-elle à aimer Jésus plus que Jean, à pénétrer plus à fond dans son intimité fortifiante ? Dans la sainte messe, bien évidemment. C’est au cours de la dernière Cène (lire la suite) que l’apôtre adolescent fait reposer sa tête contre le Cœur bientôt transpercé de notre Jésus, ce Cœur d’où s’écouleront du sang et de l’eau (cf. Jean 19, 33), le torrent réparateur des sacrements donnés à son Église pour qu’elle nous en administre largement les fruits au long des siècles. Rien n’exclut, bien sûr, que Jean ait adopté la même attitude en d’autres circonstances, que Jésus ait laissé faire cet apôtre qui avait tout sacrifié dès sa jeunesse – relictis omnibus, « laissant là leurs filets » (Matthieu 4, 20) – pour le suivre. Mais c’est le contexte du Sacrifice eucharistique du Jeudi Saint, au Cénacle de Jérusalem, qui nous intéresse ici. Car c’est bien en cet endroit précis que nous pouvons aimer notre Seigneur et constater à quel point il nous aime, tous autant que nous sommes : « Jésus, qui savait que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde auprès du Père, après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Or, dans l’Eucharistie il nous est donné non seulement de fréquenter le Christ de près, de partager son existence parmi nous, comme Jean et les autres disciples pouvaient le faire voici deux mille ans, mais aussi et plus encore d’entrer dans sa propre vie d’union au Père dans l’Esprit Saint, de le recevoir dans notre âme pour ne faire qu’un avec lui et, par lui, avec le Père et l’Esprit : « Je prie […] afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que c’est toi qui l’as envoyé » (Jean 17, 20-21). (à suivre…)

jeudi 23 février 2012

Humilité (3)


Humilité (3)

- « Allons, allons, dit Pierre, calmez-vous. Vous vous trompez tous, en vous croyant plus important que les autres. Je voudrais bien savoir à qui le Rabbi a dit, il y a quelques jours seulement : Tu es Pierre, et c’est sur cette pierre que je bâtirai mon Église, et les portes de l’Hadès ne l’emporteront pas sur elle (Mt 16, 18). L’auriez-vous déjà oublié ? En tout cas, pas moi. »
— « Ce que tu oublies, Pierre, dit André, son frère, c’est que si je n’étais pas venu te dire : Nous avons trouvé le Messie (Jn 1, 41), tu serais encore à réparer tes filets et à trimer sur le Lac de Tibériade. »
— « Mais pas du tout ! Je serais venu voir le nouveau Maître à qui tu t’étais attaché, et je me serais uni aussi à lui. » (lire la suite)
— « C’est facile à dire après coup, mais rien ne le prouve. »
L’autre Simon ne veut pas être de reste.
— « Je vous entend tous vanter vos soi-disant mérites. Eh bien, je vous rappelle que je suis le seul parmi vous à m’être engagé dès mon adolescence dans le parti des Zélotes. Moi, j’attendais le Messie avec impatience, et j’avais déjà embrassé sa cause, sans le connaître encore. Ma vocation ne date donc pas de la veille. Elle remonte loin dans le temps bien avant la vôtre. »
— « Ça c’est un comble ! Comment peux-tu dire une telle ineptie, Simon ? demande Judas. Moi, je me méfie des Zélotes, ce sont des gens violents. »
— « Ils savent ce qu’ils font, et veulent libérer notre pays de l’envahisseur romain. Tu ne vas tout de même pas me dire que tu souhaites le voir continuer de nous imposer son joug. Tu n’est quand même pas à la solde de Rome ! »
— « Ce n’est pas ce que je voulais dire, reprend Judas. Mais je vous ferai remarquer que c’est moi à qui Jésus fait le plus confiance, car c’est à moi qu’il a confié les cordons de la bourse. Il est vrai qu’il n’y a pas toujours grand chose dans cette bourse… »
— « On se demande pourquoi », lance l’un d’entre eux.
— « Qui a dit cela ? Qu’est-ce que cela veut dire ? »
— « Calme-toi, Thomas, dit Pierre. Dois-je vous rappeler chez qui nous allons ? »
— « À Capharnaüm », répond Jude.
— « Je n’ai pas dit : « où nous allons », mais « chez qui nous allons ? ». Jésus va descendre chez ma belle-mère, comme chaque fois qu’il vient à Capharnaüm. Qui d’entre vous a reçu le Maître dans sa famille ? Qui ? Personne ? Alors, tirez-en la conclusion qui s’impose. Et restons-en là. »

(à suivre…)

mercredi 22 février 2012

Humilité (2)


Humilité (2)

Matthieu ignore la remarque déplacée : « Parfaitement, j’ai travaillé dur pour obtenir ce poste. Je vous dépasse tous. »
— « Ce n’est pas parce que tu t’en es mis plein les poches sur notre dos que tu es plus important que nous », dit Jacques, le fils d’Alphée.
— « Dois-je vous rappeler que je suis le cousin du Seigneur ? » dit l’autre Jacques, fils de Zébédée.
— « Et moi aussi », s’empresse d’ajouter Jean.
— « Oui, mais c’est moi l’aîné », reprend Jacques le Majeur.
— « C’est vrai, mais c’est moi qui ai suivi le Maître le premier. »
— « Et moi, alors, tu m’oublies », dit André avec vivacité.
— « J’ai suivi le premier l’Agneau de Dieu que Jean le Baptiste nous a désigné, et toi tu n’as fait que me suivre. » (lire la suite)
— « Ce n’est pas vrai. Tu es un menteur. C’est moi qui ai emboîté le pas de Jésus le premier. »
— « De toute façon, il a une préférence pour moi. Cela, aucun d’entre vous ne peut le nier. C’est visible. »
— « Regardez-moi le petit chouchou, comme il est attendrissant ! dit Thomas, tu vas nous faire pleurer. »
Les esprits s’échauffent. Des bribes de la dispute puérile parviennent à Jésus. Il laisse faire. Il connaît bien ses apôtres, et sait qu’il faudra du temps pour qu’ils soient bien formés, pour dégrossir leur caractère. Jésus est patient. Il a son temps.
Le vieux Nathanaël ne peut se retenir d’intervenir à son tour :
— « N’oubliez quand même pas l’éloge que Jésus a fait de moi : Voici un Israélite en qui il tout est droit (Jn 1, 47). Qui peut en dire autant ? »
Philippe n’a rien dit. Il ne voit pas très bien quoi revendiquer d’autre que d’être originaire de « Bethsaïde, la ville d’André et de Pierre » (Jn 1, 44). C’est plutôt maigre. Alors il dit, à l’adresse de Jacques et de Jean :
— « Il n’y a pas de mérite à être les cousins du Seigneur. Vous n’y êtes pour rien. Cela vous a été donné par les liens du sang. Moi je suis de la famille de Jésus par les liens de l’appel. »
Les protestations fusent de tous côtés :
— « Et nous alors ?
— « Nous pouvons tous en dire autant. »
— « Il n’y a pas que toi. »
— « Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! »

(à suivre…)

mardi 21 février 2012

Humilité (1)


Humilité (1)

Jésus est un fin observateur de la vie sociale. Rien ne lui échappe, parce que Dieu « connaît le cœur de tous » (Actes 1, 24). « Dieu connaît les cœurs » (Actes 15, 8). Il « sonde les cœurs et connaît quels sont les désirs de l’Esprit » (Romains 8, 27). « Nulle créature n'est cachée devant Dieu, mais tout est à nu et à découvert aux yeux de celui à qui nous devons rendre compte » (Hébreux 4, 13). C’est lui qui attire l’attention de ses apôtres sur la pauvre veuve qui met deux piécettes dans le trésor du Temple, qui représentent tout son avoir (Marc 13, 41-44).
Or donc, un jour il remarque « comment les invités choisissaient les places d’honneur » (Luc 14, 7). Lui-même avait été invité probablement par un pharisien, un notable de la ville, qui a lancé une invitation large à tous ses amis et connaissances (lire la suite) pour qu’ils partagent le repas avec le rabbi de Nazareth qui fait tant parler dans les chaumières. Et les gens se bousculent et se disputent pour être le plus près possible du Maître. Chacun trouve un prétexte pour arguer de son bon droit à être à la meilleure place. Nous avons tous tendance à nous croire très important, à nous juger au-dessus de ce que nous sommes vraiment, alors que nous sommes bien peu de chose…
Nous voyons les apôtres eux-mêmes se perdre à plusieurs reprises en des discussions stériles et puériles pour savoir lequel d’entre eux est le plus important ! Et chacun a ses bonnes raisons, ou qu’il croit telles, de revendiquer le maximum.
— « Vous voulez que je vous le dise ? Eh bien, c’est moi ! »
Cette déclaration suscite les protestations de tous :
— « Au nom de quoi, je me demande. »
— « Voyez quel toupet ! »
— « Mais enfin, pour qui se prend-il le Thaddée ? »
— « Tu es comme nous, un pêcheur. »
— « Ah non ! intervient Matthieu. Je ne suis pas pêcheur, mais collecteur d’impôts. »
— « Bah, quel sale métier, il n’y a pas de quoi se vanter », lance Judas, d’Iscariote.
— « Tu peux dire ce que tu veux, mais moi, j’ai dû faire des études, pour apprendre mon métier… »
— « … à voler les autres ! »

(à suivre…)

samedi 18 février 2012

Le rayonnement du Christ (6)


Le rayonnement du Christ (6)

Jésus nous a rendu Dieu accessible. Il s’est fait proche de nous, un de nous. moyennant quoi, nous sommes impardonnables si nous refusons de le reconnaître et de l’accueillir. D’autant que « tu nous a faits pour toi, seigneur, et comme notre cœur est inquiet tant qu’il ne repose pas en toi » (saint Augustin, Confessions 1, 1, 1). Ce cœur inquiet est celui qui « ne se contente de rien de moins que de Dieu et, précisément ainsi, devient un cœur qui aime. Notre cœur est inquiet à l’égard de Dieu et il le reste, même si aujourd’hui on s’efforce, avec des « narcotiques » très efficaces, de libérer l’homme de cette inquiétude » (Benoît XVI, Homélie pour l’Épiphanie, 6 janvier 2012). (lire la suite)
Le pape ajoute une considération très profonde et très encourageante à la fois. À cette inquiétude humaine correspond une inquiétude divine. Ou, pour être plus exact, l’inquiétude divine précède celle qu’il a lui-même fait naître dans le cœur de l’homme. « Ce ne sont pas seulement nous, les êtres humains, qui sommes inquiets par rapport à Dieu. Le cœur de Dieu est inquiet pour l’homme. Dieu nous attend. Il nous cherche. Il n’est pas tranquille lui non plus tant qu’il ne nous a pas trouvés. Le cœur de Dieu est inquiet, et c’est pour cela qu’il s’est mis en chemin vers nous – vers Bethléem, vers le Calvaire, de Jérusalem à la Galilée et jusqu’aux confins du monde » (Ibid.). C’est, certes, une façon humaine de parler. Mais nous sommes bien obligés de faire appel à nos catégories humaines pour essayer de nous expliquer l’Amour que Dieu nous porte. Nous ne pouvons le comprendre, faiblement, qu’en raisonnant de la sorte.
Cet empressement de Dieu à venir nous rejoindre dans notre existence humaine est vraiment impressionnante. « Dieu est inquiet à notre égard, il est à la recherche de personnes qui se laissent gagner par son inquiétude, par sa passion pour nous. De personnes qui portent en elles la recherche qui est dans leur cœur et, en même temps, qui se laissent toucher dans leur cœur par la recherche de Dieu à notre égard » (Ibid.). Il attend donc de nous que nous écoutions sa voix, que nous nous laissions toucher par sa tendresse, que nous répondions à son appel. Et ce, afin de faire comprendre à nos semblables à quel point Dieu les aime, de les amener à découvrir cette inquiétude divine à leur endroit.
« Chers amis, c’est la tâche des Apôtres d’accueillir l’inquiétude de Dieu à l’égard de l’homme et de porter Dieu lui-même aux hommes. Et c’est votre tâche sur les pas des Apôtres de vous laisser toucher par l’inquiétude de Dieu afin que le désir de Dieu à l’égard de l’homme puisse être satisfait » (Ibid.). Nous devrions nous sentir impliqués très directement dans cette tâche, qualifiée de nos jours de « nouvelle évangélisation ».
Mais revenons à l’environnement dans lequel Jésus évolue.
 
(à suivre…)

samedi 15 octobre 2011

Apparition à Thomas (2)


Apparition à Thomas (2)

Il est quelque peu surprenant que la première parole du Seigneur ressuscité à ses apôtres soit une parole de paix. Car leur cœur est troublé. Ils sont tristes. J’allais dire volontairement tristes, puisqu’ils refusent d’écouter les saintes femmes et d’accueillir la bonne nouvelle extraordinaire qu’elles leur ont annoncée, de la part du Maître pourtant (cf. Matthieu 28, 7). Mais Jésus leur avait dit par avance : « Vous autres, vous serez dans la tristesse, mais votre tristesse tournera en joie » (Jean 16, 20). C’est ce qui va se produire. « Paix à vous. » Le Seigneur avait été annoncé par le prophète comme étant le « Prince de la Paix » (Isaïe 9, 5). « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14, 27), qui lui vous donne une paix artificielle et instable. « Paix à vous. (lire la suite) Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie. Ceci dit, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint : les péchés de ceux à qui vous les remettrez leur seront remis ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Jean 19, 21-23). La paix que le Seigneur apporte découle du pardon reçu dans le sacrement de la réconciliation. C’est la paix qui provient d’un cœur libéré du poids de ses péchés. « Ses nombreux péchés lui sont pardonnés » (Luc 7, 47). « Ta foi t’a sauvée, va en paix » (Luc 7, 50).
La paix et la joie – elles vont de pair – d’avoir bénéficié de la miséricorde divine. La paix et la joie qui comptent, parce que d’origine surnaturelle, fondées sur un sacrement, enracinées dans la Croix. C’est une fois accompli le mystère de la Croix que le Seigneur transmet sa paix.
Jésus ne reproche à ses apôtres que leur incrédulité, non leur trahison. Il leur a déjà pardonné. Il a pardonné sur la Croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Cela s’appliquait aussi à eux. En tout premier lieu. Il sait de plus combien ils se sont tous repentis de leurs méfaits. Il se montre miséricordieux envers eux. En même temps, il leur communique le pouvoir d’appliquer cette même miséricorde à tous les hommes, par un canal sacramentel, par le biais du sacrement de la réconciliation, preuve ô combien émouvante de l’Amour de Dieu pour chaque homme. « Les péchés de ceux à qui vous les remettrez leur seront remis ; ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez » (Jean 19, 21-23). Le deuxième dimanche de Pâques, qui nous propose la lecture de ce passage de l’Evangile selon saint Jean, a été pour cela institué par le bienheureux Jean-Paul II en « dimanche de la miséricorde », pour bien mettre sous nos yeux la bonté infinie de notre Dieu et stimuler notre confiance aimante en lui.

(à suivre…)

mardi 25 mai 2010

L’âme pénitente (4)

L’âme pénitente (4)

« C’est contre toi, et toi seul, que j’ai péché, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux » (Psaume 51, 6). Contre Dieu seul puisque c’est lui, et lui seul, qui prend sur ses épaules le poids de tous nos péchés, lui seul qui peut fournir cet effort titanesque pour nous arracher à l’éternelle damnation. Il porte dans son corps les stigmates de nos fautes. Il les garde pour l’éternité, puisqu’il n’a pas voulu s’en défaire après sa Résurrection : « Jésus arriva et se trouva devant eux, et il leur dit : « Paix à vous ! » et, en disant cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent tout joyeux de revoir le Seigneur. (…) Puis il dit à Thomas : « Amène ici ton doigt et regarde mes mains ; puis, amène ta main et mets-la dans mon côté. Et ne sois plus incrédule, mais croyant » (Jean 20, 19-20.27). Jésus porte dans son esprit toutes nos iniquités : (lire la suite) « Tous ensemble sont devenus infidèles, ils se sont tous corrompus » (Psaume 53, 4). Et par là il nous guérit de nos maladies spirituelles et de nos infirmités corporelles : « Il guérit aussi toutes les maladies afin que s’accomplisse ce qui avait été dit par le prophète Isaïe : Il a pris nos infirmités et il a emporté nos maladies » (Matthieu 8, 16-17). Merveille de la toute-puissance divine. Merveille de son Amour, qui reste inentamé, car le temps n’a pas de prise sur lui, fort heureusement. Par sa mort, il a détruit la mort et par sa Résurrection il nous a donné la vie.
C’est l’événement central de l’histoire de l’humanité. Son zénith. Un événement qui n’a pas été résorbé, absorbé par le défilé du temps comme les autres événements historiques, mais qui reste actuel. Un événement qui a eu lieu une fois pour toutes, qui est rendu présent dans chaque Eucharistie. Un événement que rappellent les Calvaires et les crucifix à la croisée de nos chemins, dans nos églises et nos chapelles, dans les foyers chrétiens, etc. Stat Crux dum volvitur orbis. Le temps s’écoule inexorablement, les événements se succèdent les uns aux autres, mais la Croix demeure, ferme, inébranlable, indéboulonnable, étendard dressé devant les nations.
Ces croix nous rappellent constamment nos péchés, non pour nous traumatiser, mais pour nous conduire au repentir et à l’action de grâce. Car le remède que Dieu a inventé pour tous nos maux est vraiment une trouvaille formidable, « de sorte que tu montres ta justice dans ta sentence, ton équité dans ton jugement » (Psaume 51, 6). Justice et équité, certes, mais plus encore Amour et miséricorde, compréhension et pardon.

(à suivre…)

jeudi 11 juin 2009

La Cananéenne et Jésus (7)

La Cananéenne et Jésus (7)

Foi. Humilité. La femme doit s'humilier, crier au vu et au su de tout le monde, insister malgré les ricanements, subir la grogne des apôtres, être objet la réprobation des Juifs... Elle insiste malgré les rebufades et vient se prosterner devant ce prophète qui ne fait aucun cas de ce qu'elle demande, acceptant que Jésus la rembarre éventuellement de nouveau. L'humilité est une vertu indispensable pour nous mettre face à Dieu tels que nous sommes, des pécheurs qui ont besoin, absolument besoin, de l'aide de Dieu en tout : Seigneur, à qui irions-nous ? (Jean 6, 68). À qui d'autre pourrions-nous nous attacher ? Qui est comme Dieu ? Il n'y a pas d'autre Dieu que toi (Ecclésiastique 36, 2Vg). Pour nous, nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu (Jean 6, 69). Rabbi, c'est toi le Fils de Dieu, c'est toi le Roi d'Israël (Jean 1, 49), et nous te suivrons partout où tu iras (Matthieu 8, 19). (lire la suite)
Devoir tout à Dieu est difficile à accepter. Mais c'est pourtant la réalité. Non pas une triste réalité, mais une réalité joyeuse, car il n'y a rien de plus formidable que de rentrer en contact avec Dieu, et nous ne pouvons recevoir de lui que des biens merveilleux : Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu ? (1 Corinthiens 4, 7). Nous avons besoin de Dieu pas uniquement pour chasser un démon, mais pour évacuer toutes nos infirmités spirituelles. Tournons-nous vers le Seigneur en lui faisant confiance et en nous méfiant de nous-même.
La persévérance aussi est nécessaire. Ne nous décourageons pas. Cela ne mène nulle part de bon. C'est le résultat d'un raisonnement humain, à courte-vue. Il nous faut essayer, essayer seulement, car nous ne pouvons pas faire mieux, de comprendre qui est Dieu. Nous sommes dans le temps, lui est en-dehors, dans un aujourd'hui éternel. Il a décidé de toute éternité de nous accorder ce qui nous convient en fonction de notre foi, de notre humilité et de notre persévérance. Une persévérance comme celle de la Cananéenne, sans perdre courage, en revenant à la charge, en ne nous laissant pas impressionner par les difficultés. Pourvu que nous soyons avec le Seigneur : Si Dieu est pour nous, qui peut être contre nous ? (Romains 8, 31). Béni soit l'homme qui met sa confiance en Yahvé : Yahvé répondra à sa confiance ! (Jérémie 17, 7). Aucun de ceux qui espèrent en toi ne sera confondu (Psaume 25 (24), 3). Et c'est bien ce qui compte, en définitive.

(à suivre...)

mercredi 6 mai 2009

La vie sans Dieu (1)

La vie sans Dieu (1)

Alors qu'il s'entretient pour la dernière fois avec ses apôtres avant de se livrer à la Passion, Jésus-Christ développe l'allégorie de la vigne et des sarments. Il explique : « C'est moi qui suis la vraie vigne », sous-entendu : « Il existe des vignes qui ne sont pas d'authentiques vignes et qui, au lieu de donner du bon vin, ne produisent que du verjus (cf. Isaïe 5, 2). » « Et mon Père est le vigneron » (Jean 15, 1). Et il ajoute : « Demeurez en moi, et moi je demeurerai en vous. (lire la suite) Comme le sarment ne peut donner du fruit par lui-même, s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » (Jean 15, 4).
L'affirmation est claire et ne laisse pas place à des demi-teintes. Celui qui n'est pas uni au Christ ne produira pas des fruits secs ou verts, ou pourris, ni en petite quantité, ni même du verjus : il ne donnera aucun fruit. Aucun ! L'avertissement est à prendre au sérieux. En dehors de Dieu, c'est la stérilité garantie, absolue. L'homme ne produit rien qui vaille la peine de s'y arrêter : ce n'est que de la paille, de la pacotille, du cliquant, mais rien qui ait une valeur d'éternité.
On aura beau s'époumoner, se défoncer, s'activer sur tous les fronts à la fois, chercher à être médiatiquement intéressant et donc vu et connu par des millions de téléspectateurs et d'internautes, des milliards si possible même, si l'on est un sarment coupé de la vigne, sans lien avec Dieu, cela ne sert à rien. On est une brindille de bois mort, tout juste bonne à être jetée au feu, et qui, le plus souvent, est écrasée par les hommes en marchant. « Vanité des vanités, disait l'Ecclésiaste, vanité des vanités ! Tout est vanité » (Ecclésiaste 1, 2 ; 12, 8). « J'ai regardé toutes les actions qui se font sous le soleil : et voici, tout est vanité et poursuite du vent » (Ibid. 1, 14). « J'ai vu que tout travail et que toute réussite dans les activités est jalousie contre un homme de la part de nos proches ; cela aussi est vanité et poursuite du vent » (Ibid. 4, 4).

(à suivre...)

lundi 23 février 2009

Vocation à la sainteté (2)

Vocation à la sainteté (2)

Il faut que le Seigneur s'adresse enfin à eux, d'une voix qui domine le bruit des flots en furie et du vent qui hurle, pour qu'ils le reconnaissent, ou du moins aient un début d'espoir. « Confiance ! dit-il, c'est moi ! N'ayez pas peur ! » (Matthieu 14, 27).
Pierre, toujours spontané et rapide, prend la parole pour s'assurer qu'il ne rêve pas. Il demande, peut-être sans trop y réfléchir comme à l'accoutumée - l'heure n'est pas propice aux grandes délibérations - « Seigneur, si c'est toi, commande que j'aille à toi sur les eaux » (ibid., 28). Les autres restent dans l'expectative, avec une lueur d'espoir au cœur. D'un seul coup l'agitation de la barque, les vagues qui continuent de déferler, ne les inquiètent plus. « Et si c'était le Seigneur ! » Ils ont confiance en Lui. (lire la suite) Ils ont déjà été témoins de tant de miracles...
Stupéfiés, ils voient Pierre enjamber le rebord de la barque et se mettre à marcher sur la mer démontée ! La tempête n'a pas diminué d'intensité. La situation reste dramatique. Mais Pierre avance vers ce personnage qu'ils distinguent mal. Et puis, tout à coup, ses compagnons voient qu'il chancelle, qu'il commence à s'enfoncer. « Mon Dieu, Pierre va se noyer ! » Et nous allons tous périr, pensent-ils.
C'est que, « voyant la violence du vent », Pierre avait pris peur. « Comme il commençait à enfoncer, il s'écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (ibid. 30-31). En un clin d'œil ils sont dans la barque. Et alors, mais alors seulement, Jésus commande au vent et à la mer et « le vent tomba » (ibid., 32).
Quelle belle leçon pour les tempêtes de notre vie. Celles que le démon suscite dans notre âme par toutes sortes de tentations ; celles aussi qui surgissent dans le monde, où il a beaucoup d'amis. « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi » (Jean 15, 20). Mais « bienheureux serez-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Les tempêtes se calment tôt ou tard, et celui qui reste fidèle à Dieu, celui qui garde la foi en lui, en l'efficacité de sa grâce, est assuré de la victoire. Et ainsi, de petite victoire en petite victoire, son existence le rapproche de plus en plus du modèle qu'est Jésus-Christ. Il est en passe de devenir saint. Car, en définitive, comme le Seigneur l'a déclaré, « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22). La vie chrétienne, la recherche de la sainteté, est et sera toujours une affaire de foi, de foi vivante. (fin)é

dimanche 22 février 2009

Vocation à la sainteté (1)

Vocation à la sainteté (1)

Tout homme, mais à plus forte raison, tout baptisé est appelé à la sainteté. Il peut être certain que Dieu l'aideras à l'atteindre. C'est une certitude qui naît de la foi, car le Seigneur est fidèle à ses promesses : « Fidèle est le Seigneur : c'est lui qui le fera » (1 Thessaloniciens 5, 24), que nous soyons gardés irréprochables pour la venue de notre Seigneur Jésus-Christ (ibid., 23).
Or, Dieu a dit qu'il restait avec nous à jamais : « Et maintenant, moi, je sera avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). De plus, l'Esprit Saint est la « force d'en haut » (lire la suite) (Luc 24, 49) qui fait de nous des évangélisateurs. En outre Dieu « ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces » (1 Corinthiens 10, 13).
Nous avons donc toutes les raisons d'être optimistes et de nous engager dans les combats qui semblent les plus insensés, car « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22). Et nous croyons en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, nous voulons croire comme celui qui croit le plus, ainsi que le désirait saint Josémaria. Et pareillement, il nous invitait à aimer comme celui qui aime le plus, à espérer comme celui qui espère le plus.
De quels combats s'agit-il ? Tout au plus une tempête, comme celle qui s'est abattue sur la mer de Galilée, alors que les apôtres du Seigneur cherchaient à gagner le rivage. Le Seigneur est allé vers eux au moment où la barque était sur le point de couler. Pas avant. Eux qui étaient pour la plupart des marins pêcheurs de métier, qui connaissaient le lac de Gennésareth comme leur poche, qui avaient déjà essuyé plus d'une bourrasque, se croient perdus. Leurs ressources humaines ne leur suffisent plus : ni leurs forces physiques qui s'épuisent, ni l'art de la navigation, pris en défaut. Humainement parlant, la situation est devenue soudainement désespérée. Ils ne s'y attendaient pas. Ils n'ont pas vu le coup venir. Et les voilà à toute extrémité.
Jésus les observe de loin, de la montagne où il s'est retiré pur prier (cf. Matthieu 14, 23), ou peut-être du rivage. Il les laisse peiner jusqu'au point de rupture. Et in extremis, au moment crucial, le voilà à côté d'eux, prêt à les secourir. Dans leur affolement et leur épuisement cette présence, loin de réconforter les apôtres, ajoute à leur confusion : "En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent pris d'effroi : « C'est un fantôme ! », dirent-ils, et ils poussèrent des cris d'effroi" (ibid., 26), qui prennent le relais des cris de panique. Comme les façons d'agir de Dieu sont déconcertantes pour notre petite cervelle... !

(à suivre...)

lundi 9 février 2009

Une vie nouvelle

Une vie nouvelle

Le Seigneur, les (ses disciples) ayant avertis de fuir, où demeurer et à quoi prendre garde, a résumé l’ensemble dans une indication générale, en disant : « Où sera le corps, là se rassembleront les aigles. » Ainsi conjoncturons d’abord qui sont les aigles, afin de préciser ce qu’est le corps. Les âmes des justes sont comparées aux aigles : ils se portent vers les hauteurs, délaissent les bas-fonds, parviennent, dit-on, à un âge avancé ; aussi David dit-il à son âme : « Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l’aigle » (Psaume 102, 5). Si donc nous avons identifié les aigles, nous ne pouvons plus avoir de doute sur le corps, surtout en nous souvenant que Joseph a reçu de Pilate le corps (Jean 19, 38). Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps : (lire la suite) Marie de Cléophas et Marie-Madeleine et Marie Mère du Seigneur et le groupe des Apôtres entourant le tombeau du Seigneur ? Ne voyez-vous pas les aigles autour du corps, lorsqu’avec les nuées spirituelles viendra le Fils de l’homme, et que « tous les yeux le verront, et ceux qui l’ont transpercé » (Apocalypse 1, 7) ? Il est aussi un corps dont il a été dit : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang vraiment un breuvage » (Jean 6, 56). Autour de ce corps sont les aigles, volant à l’entour avec les ailes de l’esprit. Autour de ce corps sont encore les aigles qui croient que Jésus est venu dans la chair, puisque « tout esprit qui professe que Jésus-Christ est venu dans la chair, est de Dieu » (1 Jean 4, 2). Où donc il y a la foi, là se trouve le mystère, là le logis de la sainteté. C’est aussi un corps que l’Église : en elle la grâce du baptême nous donne le renouveau spirituel, et la vieillesse à son déclin reprend un âge et une vie nouvelle.

Ambroise de Milan, Traité sur l’Évangile de Luc 2, 8, 54-56.

samedi 10 janvier 2009

Qui était Caïphe ?

Qui était Caïphe ?

Caïphe (Joseph Caïphe) fut un grand prêtre contemporain de Jésus. Il est cité à plusieurs reprises dans le Nouveau Testament (Matthieu 26, 3 ; 26, 57 ; Luc 3, 2 ; 11, 49 ; 18, 13–14.24.28 ; Actes 4, 6). L’historien juif Flavius Josèphe dit que Caïphe accéda au rang de grand prêtre autour de l’an 18. Nommé par Valérien Gratus, il fut déposé par Vitellus vers l’an 36 (Antiquités juives, 18, 35 et 17, 95). Il était marié avec la fille d'Anne. Toujours selon Flavius Josèphe, Anne avait été grand prêtre entre l’an 6 et l’an 15 (Antiquités juives, 18, 27 et 34). D’après cette datation, et conformément aussi à ce que disent les Évangiles, Caïphe était le grand prêtre quand Jésus fut condamné à mourir sur la Croix.
Sa longue durée dans la charge de grand prêtre est plus que significatif des relations fort cordiales qu’il entretenait avec l’administration romaine, y compris durant le mandat de Pilate. Dans ses écrits, Flavius Josèphe mentionne à plusieurs reprises les insultes de Pilate à l’identité religieuse et nationale des Juifs ainsi que les protestations de personnages bien déterminées. L’absence du nom de Caïphe – qui était précisément le grand prêtre à ce moment-là – parmi ceux qui se sont plaints des abus de Pilate, témoigne des bonnes relations entre les deux. Cette même attitude de proximité et de collaboration avec l’autorité romaine se trouve reflétée également dans ce que disent les Évangiles à propos du procès de Jésus et de sa condamnation à mort sur la Croix. Tous les récits évangéliques s’accordent sur le fait qu’après l’interrogatoire de Jésus, les princes des prêtres décidèrent de le livrer à Pilate (Matthieu 27, 1–2 ; Marc 15, 1 ; Luc 23, 1 et Jean 18, 28).
Pour savoir ce que les premiers chrétiens pensaient de la mort de Jésus, le récit que saint Jean fait dans son Évangile des délibérations préalables à sa condamnation est bien significatif : « L’un d’eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : - Vous ne comprenez rien, vous ne vous rendez pas compte qu’il est préférable qu’un seul homme meurt pour le peuple et que toute la nation ne périsse pas. Or, cela il ne le dit pas de lui-même [précise l’évangéliste], mais, comme il était grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus devait mourir pour la nation ; et pas seulement pour la nation, mais pour rassembler tous les enfants de Dieu qui étaient dispersés » (Jean 11, 49–52).
En 1990, on a trouvé dans la nécropole de Talpiot, à Jérusalem, douze ossuaires, dont l'un porte l’inscription « Joseph bar Kaiapha », c’est-à-dire le nom même que Flavius Josèphe attribue à Caïphe. Il s’agit d’ossuaires du Ier siècle, et les restes contenus dans ce récipient pourraient bien être ceux du personnage des Évangiles.

original en espagnol par Francisco Varo,
professeur de la faculté de Théologie de l'Université de Navarre

dimanche 21 décembre 2008

Le silence de Jésus (1)

Le silence de Jésus (1)

Jésus se rend aux confins de Tyr et de Sidon, au Liban actuel. Et les Libanais n'en sont pas peu fiers, voyant dans leur pays une partie de la Terre Sainte. Bien qu'en pays étranger, la figure du rabbi qui accomplit des miracles est connue de tous. La nouvelle de son arrivée se répand donc rapidement. Or, « voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon » (Matthieu 15, 22). (lire la suite)
On ne peut pas dire que Jésus ne l'a pas entendue. L'évangéliste note bien qu'elle se mit à crier à tue-tête. De plus elle reconnaît que Jésus est le fils de David tout comme, plus tard, les foules qui l'acclameront lors de son entrée à Jérusalem, ce qui a le don de mettre les princes des Juifs en fureur, car il s'agit d'un titre messianique qu'ils dénient pour leur part au Christ. Enfin elle ne demande rien pour elle : elle intercède pour sa fille, qui est non pas malade mais possédée par l'Ennemi.
Cependant « Jésus ne répondit rien » (Matthieu 15, 23). Ce n'est pas la première fois que le Seigneur laisse les gens s'époumoner sans prêter attention, au point que ce sont ses disciples qui doivent intervenir et lui demander de faire quelque chose, car ils en ont assez du vacarme, le quémandeur les importune trop. Cette fois-là, « s'étant approchés, ses disciples lui firent cette prière : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris » (Matthieu 15, 23). Le Seigneur se tait, les apôtres veulent qu'elle s'en aille, au lieu de demander à Jésus d'accéder à la pétition de la femme, ce qui était le meilleur moyen que tout le hourvari cesse.

(à suivre...)

mercredi 10 décembre 2008

Vocation à la sainteté (2)

Vocation à la sainteté (2)

Il faut que le Seigneur s'adresse enfin à eux, d'une voix qui domine le bruit des flots en furie et du vent qui hurle, pour qu'ils le reconnaissent, ou du moins aient un début d'espoir. « Confiance ! dit-il, c'est moi ! N'ayez pas peur ! » (Matthieu 14, 27).
Pierre, toujours spontané et rapide, prend la parole pour s'assurer qu'il ne rêve pas. Il demande, peut-être sans trop y réfléchir comme à l'accoutumée - l'heure n'est pas propice aux grandes délibérations - « Seigneur, si c'est toi, (lire la suite) commande que j'aille à toi sur les eaux » (ibid., 28). Les autres restent dans l'expectative, avec une lueur d'espoir au cœur. D'un seul coup l'agitation de la barque, les vagues qui continuent de déferler, ne les inquiètent plus. « Et si c'était le Seigneur ! » Ils ont confiance en Lui. Ils ont déjà été témoins de tant de miracles...
Stupéfiés, ils voient Pierre enjamber le rebord de la barque et se mettre à marcher sur la mer démontée ! La tempête n'a pas diminué d'intensité. La situation reste dramatique. Mais Pierre avance vers ce personnage qu'ils distinguent mal. Et puis, tout à coup, ses compagnons voient qu'il chancelle, qu'il commence à s'enfoncer. « Mon Dieu, Pierre va se noyer ! » Et nous allons tous périr, pensent-ils.
C'est que, « voyant la violence du vent », Pierre avait pris peur. « Comme il commençait à enfoncer, il s'écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (ibid., 30-31). En un clin d'œil ils sont dans la barque. Et alors, mais alors seulement, Jésus commande au vent et à la mer et « le vent tomba » (ibid., 32).
Quelle belle leçon pour les tempêtes de notre vie. dans notre âme par toutes sortes de tentations ; celles aussi qui surgissent dans le monde, où il a beaucoup d'amis. « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi » (Jean 15, 20). Mais « bienheureux serez-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l'allégresse, car Celles que le démon suscitevotre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Les tempêtes se calment tôt ou tard, et celui qui reste fidèle à Dieu, celui qui garde la foi en lui, en l'efficacité de sa grâce, est assuré de la victoire. Et ainsi, de petite victoire en petite victoire, son existence le rapproche de plus en plus du modèle qu'est Jésus-Christ. Il est en passe de devenir saint. Car, en définitive, comme le Seigneur l'a déclaré, « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22). La vie chrétienne, la recherche de la sainteté, est et sera toujours une affaire de foi, de foi vivante.

mardi 9 décembre 2008

Vocation à la sainteté (1)

Vocation à la sainteté (1)

Tout homme, mais à plus forte raison, tout baptisé est appelé à la sainteté. Il peut être certain que Dieu l'aideras à l'atteindre. C'est une certitude qui naît de la foi, car le Seigneur est fidèle à ses promesses : « Fidèle est le Seigneur : c'est lui qui le fera » (1 Thessaloniciens 5, 24), que nous soyons gardés irréprochables pour la venue de notre Seigneur Jésus-Christ (ibid., 23).
Or, Dieu a dit qu'il restait avec nous à jamais : « Et maintenant, moi, je sera avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 20). De plus, l'Esprit Saint est la « force d'en haut » (Luc 24, 49) qui fait de nous des évangélisateurs. (lire la suite) En outre Dieu « ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces » (1 Corinthiens 10, 13).
Nous avons donc toutes les raisons d'être optimistes et de nous engager dans les combats qui semblent les plus insensés, car « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22). Et nous croyons en Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, nous voulons croire comme celui qui croit le plus, ainsi que le désirait saint Josémaria. Et pareillement, il nous invitait à aimer comme celui qui aime le plus, à espérer comme celui qui espère le plus.
De quels combats s'agit-il ? Tout au plus une tempête, comme celle qui s'est abattue sur la mer de Galilée, alors que les apôtres du Seigneur cherchaient à gagner le rivage. Le Seigneur est allé vers eux au moment où la barque était sur le point de couler. Pas avant. Eux qui étaient pour la plupart des marins pêcheurs de métier, qui connaissaient le lac de Gennésareth comme leur poche, qui avaient déjà essuyé plus d'une bourrasque, se croient perdus. Leurs ressources humaines ne leur suffisent plus : ni leurs forces physiques qui s'épuisent, ni l'art de la navigation, pris en défaut. Humainement parlant, la situation est devenue soudainement désespérée. Ils ne s'y attendaient pas. Ils n'ont pas vu le coup venir. Et les voilà à toute extrémité.
Jésus les observe de loin, de la montagne où il s'est retiré pur prier (cf. Matthieu 14, 23), ou peut-être du rivage. Il les laisse peiner jusqu'au point de rupture. Et in extremis, au moment crucial, le voilà à côté d'eux, prêt à les secourir. Dans leur affolement et leur épuisement cette présence, loin de réconforter les apôtres, ajoute à leur confusion : "En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent pris d'effroi : « C'est un fantôme ! », dirent-ils, et ils poussèrent des cris d'effroi" (ibid., 26), qui prennent le relais des cris de panique. Comme les façons d'agir de Dieu sont déconcertantes pour notre petite cervelle... !

(à suivre...)