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lundi 6 avril 2015

Marie, la Tour

Marie, la Tour

Le qualificatif de « Tour » a été attribué à la bienheureuse Vierge Marie par les théologiens et les auteurs spirituels au long des siècles. Nous le retrouvons à deux reprises dans les litanies de Lorette. Elle y est dite Turris Davidica, Tour de David, parce que celui qu’elle a porté dans son sein est, conformément à ce que les prophètes ont annoncé, descendant de David et le nouveau David, qui « sauvera Israël, son peuple de ses péchés » (cf. Matthieu 1, 21). David enleva la forteresse qui dominait Jérusalem et la fortifia. Marie est comme cette tour à laquelle « étaient suspendus mille boucliers » (Cantique des cantiques 4, 4), permettant de repousser tous les assauts du démon. C'est la « tour inexpugnable à l'ennemi et de laquelle pendent mille boucliers et toute l'armure des forts » (Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854). (lire la suite) Les litanies se réfèrent aussi à elle en tant que Turris eburnea, Tour d’ivoire. L'ivoire est une matière si précieuse qu'elle évoque la pureté, dont Marie est le parangon. Marie immaculée a la blancheur de l'ivoire et, comme l'ivoire est l'emblème de la force, elle nous protège contre les tentations. « Ton cou est comme une tour d’ivoire » (Cantique 7, 5). Oui, c’est à bon droit que l’archange saint Gabriel a salué Marie comme « la pleine de grâce » (Luc 1, 28), parce qu’il n’y a eu en elle aucune imperfection, rien qui puisse déplaire à Dieu. Elle est l’Immaculée Conception, toute pure, d’une pureté qui se traduit par une virginité remarquable, que Dieu même a voulu préserver tout en demandant à son Fils de naître de Marie : Vierge avant l’enfantement, Vierge pendant l’enfantement, Vierge après l’enfantement. Marie est aussi Turris civitatis, la Tour qui veille sur la cité, qui la garde et la protège. Une tour, un donjon mettant les habitants à l’abri des incursions de l’adversaire. La tour renferme les forces, les munitions, les provisions qui permettent de soutenir victorieusement un siège si jamais l’ennemi osait malgré tout se présenter et prétendait s’imposer. Du haut de la tour, on le voit venir de loin, le temps donc de prendre toutes les dispositions opportunes pour se mettre à l’abri, pour venir se reposer en elle. Sub tuum præsidium confugimus, « nous nous réfugions sous votre protection ». Auprès de Marie, dans cette tour, si nous traversons les ravins de la mort, nous ne craignons aucun mal (cf. Psaume 22, 4). Marie est notre refuge et notre force (cf. Psaume 46, 2). L’effroi n’est pas de mise. Celui qui est avec Marie se trouve avec Dieu. car la Sainte Vierge est la grande Capitaine du Tout-Puissant. Elle-même est la toute-puissance suppliante. Comme telle, elle reçoit au temps voulu toutes les aides, tous les approvisionnements qui nous sont nécessaires pour tenir bon et emporter chaque combat qui se présente. Elle est la Dispensatrice de toutes les grâces. Nous trouvons donc la paix à l’abri de cette Tour inexpugnable, car elle nous rend solidaire du « Prince de la paix » (Isaïe 5, 9), ses sujets indéfectibles.

dimanche 28 décembre 2014

La Sainte Famille (5)

La Sainte Famille (5)

Quand Jésus atteint l’âge de douze ans accomplis, il monte pour la première fois en pèlerinage à la Ville Sainte, où il sera tellement heureux de se trouver dans la maison de son Père qu’il y restera trois jours ! Sa joie devait être incommensurable, indescriptible. Que voulait-il voir de plus grand, de plus consolant, de plus réconfortant que d’être pleinement chez soi ? Notre Seigneur déclarera un jour : « En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père » (Jean 5, 19). (lire la suite) Avec un tel modèle sous les yeux, il m’est difficile de ne pas m’efforcer d’en faire autant. Mais je suis soumis à des forces centripètes. Heureusement, Marie et Joseph me saisissent de nouveau par la main, si j’ai cessé de lutter, et me ramènent à mon Jésus, en me suggérant une fois de plus de lui faire le cadeau de ma vie, de mes recommencements, car la vie consiste à commencer et à recommencer sans cesse : « Voilà justement ce que doit être ta vie intérieure : commencer… et recommencer » (saint Josémaria, Chemin, n° 292). Et, en même temps, « c’est toujours par Marie que l’on va et que l’on « revient » à Jésus » (saint Josémaria, Ibid., n° 495). Adressons à la Sainte Famille « notre humble prière d’enfants. Notre langue et notre palais se rempliront alors de lait et de miel ; et ce sera pour nous un délice de parler du Royaume de Dieu, royaume de liberté, de cette liberté qu’il nous à gagnée » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 179). Un très grand bonheur, car le foyer de Nazareth est une école de vertus, la meilleure école pour apprendre l’ensemble des vertus. En effet, la vie que nous y menons est une « vie de louange, comme la Vierge en donne l’exemple dans le Magnificat (Luc 1, 46-55). Une vie de piété, comme le montre leur pèlerinage à Jérusalem et leur fidèle accomplissement de la Loi de Moïse (Luc 2-22-24.39 et 2, 41). Une vie d’obéissance et d’humilité, comme l’indique la soumission du Fils de Dieu à ses parents (Luc 2, 51). Dans la Sainte Famille, « le plus grand se fait serviteur » (Marc 10, 43) ; l’obéissance est à rebours de la dignité des êtres : le Fils de Dieu est soumis à l’Immaculée qui est soumise à l’homme juste. Une vie de service aimant, comme le suggère l’empressement de la Vierge à servir sa cousine (Luc 1, 39). Une vie de prière et de méditation, car « Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Luc 2, 19.51). Une vie pauvre, comme l’indique l’offrande de deux tourterelles prévues pour les personnes de peu de ressources (Luc 2, 24). Une vie d’épreuves qui les mènera comme une famille émigrée à gagner l’Égypte (Matthieu 2, 14). Une vie de labeur dans l’atelier du charpentier (Marc 6, 3). Une vie de foi surtout, car malgré les avertissements célestes dont ils avaient été les bénéficiaires, Marie et Joseph ne cheminaient pas dans la claire vision (2 Corinthiens 5, 7) mais bien dans l’obscurité de notre condition terrestre (Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière, Paris, Mame-Edifa, 2003, p. 109). (fin)

mardi 1 octobre 2013

Les plans de Dieu (25)

Les plans de Dieu (25)

Libre donc, et rapide, ceint du baudrier, le glaive sur la cuisse, dans sa beauté, sa force et son prestige il s’avance, triomphe et règne (Psaume 45). Quand l’ennemi universel rampe à ses pieds, il le frappe comme le psalmiste l’avait chanté : « Par la force de ton bras, tu as jeté à terre le superbe. » Alors s’accomplissent pour la femme, en sa descendance prédestinée, ces paroles divines : « Elle t’écrasera la tête » (Rupert de Deutz, De Trinitate 3, 19). C’est la victoire de mon Fils – et la propre victoire aussi – grâce à la Vierge de Nazareth et à son acceptation du plan que je lui ai proposé. Ca n’allait pas vraiment de soi. Parce que, ce que je lui demandais, c’était rien de moins que de disparaître totalement à elle-même et de s’offrir en holocauste dès le premier instant pour permettre l’Holocauste de mon Fils sur la Croix. Je l’avais préparée, certes. Je l’ai dit. Mais enfin, elle aurait tout aussi bien pu dire non. Et je ne lui en aurais pas voulu. Je l’aurais comprise. Et j’aurais respecté sa liberté. Mais j’étais sûr que je pouvais compter sur elle. Mon saint Bernard a écrit que l’univers tout entier était suspendu aux lèvres de Marie, dans l’attente de sa réponse, qui l’adjurait de se prononcer sans délai. Moi, dit Dieu, je n’étais pas inquiet. Parce que, de toute façon, mes plans finissent toujours par s’accomplir, même si les hommes se mettent en travers, par malice ou par faiblesse. Mais de malice et de faiblesse il ne pouvait en être question chez l’Immaculée Conception, puisque tel est son nom. (fin)

vendredi 17 mai 2013

Angel Manrique et Marie

Angel Manrique et Marie

Angel Manrique (1577-1649)est Le plus éminent représentant de l’Ordre de Cîteaux en Espagne au XVIIe s. Né Pedro Medina Manrique, il enseigne à l’université de Salamanque, puis est nommé évêque de Badajoz. Il écrit l’histoire de son Ordre. Il publie une Apología en latín en faveur de l'Immaculée Conception. Sa mariologie est contenue principalement dans le Santoral Cisterciense, hecho de varios Discursos predicables en todas las fiestas de Nuestra Señora y otros Santos et dans les Sermones varios. Pour chacun des dix discours, l’auteur annonce le mystère célébré en transcrivant le texte biblique, qu’il explique sous forme de « pensées ». Un paragraphe intitulé « Louange de Marie » reprend l’excellence de la Vierge et décrit sa gloire. Tous les discours sauf un s’adressent à la « Sérénissime Reine des anges ». Relevons que Manrique voit en Marie la personnification de la « femme forte » du Livre des Proverbes (31, 10), parce que « plus cette très pure Doncelle était morte au monde, plus elle était plongée en Dieu » que tous les saints, les dépassant ainsi en perfection et en grandeur, mais aussi parce que Dieu, de son côté, « plus il l’aimait, et plus il était amoureux d’elle, la communication des secrets ayant toujours été considérée un gage et un signe d’amour ». Marie dépasse les anges de beaucoup et est, « en un certain sens, égale à Dieu » par l’amour, car l’amour égale l’aimé à l’aimant (Santoral). Enfin, « quelle est la Gloire du Père ? Son Fils bien-aimé. Gloria Patris, Filius Sapiens, le Verbe éternel, qui est la Sagesse de Dieu ; telle est sa Gloire. Eh bien ! cette Gloire, en vérité il la tient à moitié de Marie : Ecce concipies, et paries Filium. En vérité il lui fut donné ce jour-là pour son propre Fils ; et si le fils Sage est la gloire de ses parents, le Père Éternel n’a pas de meilleur gloire qu’Elle » (Ibid.).

dimanche 13 mai 2012

LA VIERGE MARIE (2)

LA VIERGE MARIE (2)

L’Esprit Saint a vu sa très haute pureté
Et a préparé des épousailles mystiques.
Il savait que son Fils aurait pour sûreté
Un tabernacle alors déjà eucharistique.

Or, la voici tout de go qualifiée de Mère
De ce Messie dont la venue serait prochaine.
C’est l’Amour de Dieu pour ses fils qui se déchaîne
Apportant un terme à un état éphémère.

L’humanité était privée d’éternité.
La jeune fille va en son sein abriter
Notre Sauveur grâce à l’ombre du Paraclet
Corroborée dans les vertus qu’elle exhalait. (lire la suite)

Les pommettes de ses joues rosissent à peine,
Surprise de savoir qu’on la proclame reine.
Tout lui apparaît sous un jour si naturel
Qu’elle entend le message, et voit ce qu’il recèle.

Immaculée dans sa conception, ornée
D’une sainteté hors pair, elle est qualifiée
Pour aimer le vouloir divin, se prosterner
Et accepter de mettre au monde un crucifié.

La Vierge se surprend, mais ne s’emballe pas :
Elle se tasse en se faisant toute petite,
Dans la dilection de Dieu elle s’abrite
Pour s’assurer que c’est bien un divin appât.

L’univers, même le temps, suspendent leur vol.
Partout, chacun retient sa respiration
En voyant s’accomplir cette aspiration
Des pécheurs, désireux de prendre leur envol.

L’espoir du monde se concentre à Nazareth,
Il dépend d’un mot, d’un seul, que doit prononcer
Myriam, et aussi de ce qu’elle veuille admettre
La vérité qui lui est ainsi annoncée.

Extrait de D. Le Tourneau, Poèmes mystiques, Éditions TerraMare, 2011.

(à suivre…)

mercredi 25 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (14)

Marie, la « femme eucharistique » (14)

Le Père Gabriel-Maria, confesseur de sainte Jeanne de France (1464-1505), rapporte qu’une « fois qu’elle priait et demandait, selon son habitude, à la Vierge de lui enseigner comment lui plaire, ne demandant pas d’autre grâce que de lui plaire et, par elle, à la bienheureuse Trinité, elle entendit en elle-même, très consolée dans son cœur, la Vierge lui dire : Il y a trois choses qui me plaisent par-dessus tout et qui m’ont toujours beaucoup plu quand je vivais sur cette terre, ce sont celles qui se rapportent à la croix de mon Fils, et tu les posséderais si, avec St Paul, tu avais la pratique et la science de la croix. La première : c’est d’écouter mon Fils, ses Paroles et ses enseignements. Pour les entendre, je Le suivais avec les autres femmes, à travers la Galilée et partout où c’était possible. La seconde : c’est de méditer sur ses Blessures, sur sa croix, et sa Passion. C’est pourquoi, j’allais fréquemment, après son Ascension, dans les lieux où il avait souffert. La troisième : c’est le très Saint Sacrement de l’Autel ou la Messe, pour laquelle j’eus les plus grands respects et dévotion. C’est pourquoi, j’entendais la messe chaque jour et j’y communiais ». (lire la suite)
Marie pouvait dire en outre à Estelle Faguette, en 1876, « ce qui m'afflige le plus, c'est le manque de respect qu'on a pour mon Fils dans la sainte communion, et l'attitude de prière que l'on prend, quand l'esprit est occupé d'autres choses, je dis ceci, pour les personnes qui prétendent être pieuses » (cinquième apparition).
« Marie n'a d'autre désir que de conduire les hommes au Christ, de les introduire au cœur du mystère central du christianisme, celui de la Rédemption. Ce Fils qu'elle a déjà mis au monde (...), elle continue maintenant à le donner à l'Église. Si elle aime voir ses enfants rassemblés pour une vibrante manifestation de foi et d'amour, c'est pour les conduire ensemble vers le Pain mystique, symbole de l'unité, de la paix et de la joie éternelle du ciel » (Pie XII, Radio-message au Congrès marial belge, 5 septembre 1954).
Il faut professer que « Marie inaugure la participation de l'Église au sacrifice du Rédempteur ». Elle est l'Immaculée qui accueille inconditionnellement le don de Dieu et, de cette façon, elle est associée à l'œuvre du salut. Marie de Nazareth, icône de l'Église naissante, nous montre que chacun de nous est appelé à accueillir le don que Jésus fait de lui-même dans l'Eucharistie » (Benoît XVI, encyclique Sacramentum caritatis, n° 33). La piété du peuple chrétien a toujours vu « un lien profond entre la dévotion à la Sainte Vierge et le culte de l’Eucharistie ; c’est là un fait que l’on peut observer dans la liturgie tant occidentale qu’orientale, dans la tradition des familles religieuses, dans la spiritualité des mouvements contemporains, même dans ceux des jeunes, et dans la pastorale des sanctuaires marials. Marie conduit les fidèles à l’Eucharistie » (Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, n° 44).

(à suivre…)

lundi 16 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (5)

Marie, la « femme eucharistique » (5)

Marie est tabernacle, ciboire, custode. Même s’il est recommandé que la sainte communion soit distribuée, au moins en partie, avec des hosties consacrées au cours de la messe, pour bien signifier la participation active des fidèles au saint Sacrifice, néanmoins, surtout si l’assemblée est fournie, le prêtre puisera dans la sainte Réserve conservée dans le tabernacle. Nous retrouvons là encore le rôle actif de la Très Sainte Vierge dans l’Eucharistie, puisqu’elle est le « premier tabernacle de l’histoire » (Jean-Paul II, encyclique Ecclesia de Eucharistia (EE), n° 55), qu’elle contient en elle Celui que le monde ne peut contenir. Elle est ce ciboire dans lequel le célébrant, qui est le Christ lui-même à l’autel, vient prendre le saint-sacrement. C’est à Marie qu’il a recours, parce qu’elle seule peut nous donner Celui qu’elle abrite en son sein, (lire la suite) elle qui est la « première custode qui porta en elle le Verbe incarné » (Jean-Paul II, Homélie à Montevideo, 7 mai 1988). Nous pourrions dire aussi la « première monstrance » ou « premier ostensoir », qui présente le Seigneur Jésus à notre adoration, à une contemplation éperdue de tous les instants. Le Christ avec nous, grâce à Marie !
« Lorsque l’Église, devant le Saint-Sacrement, chante la célèbre séquence Ave verum, elle s’écrie : « Je vous salue, ô Corps véritable né de Marie ! » L’Eucharistie et Marie sont inséparables : elle devient un ostensoir où brille le Corps du Sauveur ; c’est un ciboire qui contient l’Hostie sacro-sainte, après être devenue le calice vivant qui le reçut d’abord, en son Incarnation, pour le livrer au jour de sa Rédemption, au Calvaire » (Dom E. Vandeur, Marie et la Sainte Messe). En tant qu’habitacle du Fils de Dieu, que tabernacle vivant, « Marie a exercé sa foi avant même l’institution de l’Eucharistie » (EE, n° 55). Car, si l’Eucharistie découle de la Passion et de la Résurrection de notre Seigneur, elle s’inscrit inévitablement dans le prolongement de l’Incarnation. Il a fallu d’abord que Marie donne sa chair à Jésus pour que Jésus puisse nous donner sa propre chair à manger, nourriture qui non seulement nous unit directement à lui mais aussi indirectement à Marie. Ainsi Marie a été la première à expérimenter ce que nous vivons dans la sainte communion : « Marie a conçu le Fils de Dieu dans la vérité même physique du corps et du sang, anticipant en elle ce qui dans une certaine mesure se réalise sacramentellement en tout croyant qui reçoit, sous les espèces du pain et du vin, le corps et le sang du Seigneur » (Ibid.). « Oserai-je dire davantage ? Pourquoi ne pourrais-je pas communier dans le Cœur de Marie ? Ne pourrais-je pas, après la triple confession, ici, de mon indignité, Domine nom sum dignus, pénétrer dans ce sanctuaire de l’Immaculée Conception, dans ce Temple de Dieu consacré comme nul autre, Autel d’or du Sacrifice auguste de notre Rédempteur, et recevoir, là, en cet abîme de la grâce, recevoir Celui que le monde entier ne pouvait contenir, et qui remplit un jour les entrailles d’une Vierge-Mère ? » (Dom E. Vandeur, Marie et la Sainte Messe).

(à suivre…)

vendredi 13 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (2)


Marie, la « femme eucharistique » (2)

Marie est la « nouvelle Ève ». Elle a renversé la situation corrompue par Ève (et par Adam). Elle est la nouvelle Ève : « La désobéissance dont le diable avait été le principe prit fin de la même façon qu'elle avait commencé. Vierge encore et sans corruption, Ève reçut dans son cœur la parole du Serpent et, par là, enfanta la désobéissance et la mort. Mais Marie, la Vierge, l'âme pleine de foi et d'allégresse, répondit à l'Ange qui lui annonçait l'heureux message : Qu'il me soit fait selon votre parole ! C'est d'elle qu'est né Celui par qui Dieu renverse le Serpent, ainsi que les anges et les hommes qui lui ressemblent, tandis qu'il délivre de la mort ceux qui font pénitence de leurs fautes et qui croient en lui » (saint Justin, Dialogue avec Triphon 100). (lire la suite)
« La grâce qui parvient à l'humanité à travers Marie est beaucoup plus abondante que les dommages qui proviennent du péché de nos premiers parents. En Marie, comme en aucune autre créature humaine, nous voyons le triomphe de la grâce sur le péché, nous voyons s'accomplir la prophétie de la Genèse « de la descendance de la femme » qui « écrase la tête » du serpent infernal » (Jean-Paul II, Homélie à Sainte-Marie-Majeure, 8 décembre 1985).
Marie, l’Immaculée conception, était le digne réceptacle préparé de toute éternité par la Très Sainte Trinité, en qui nul obstacle ne s’opposait à la venue de Dieu en elle, tout comme il en allait pour nos premiers parents avant qu’ils ne commissent le péché originel. Mais nous, il importe que nous suivions le conseil de l’écrivain ecclésiastique de dire au Seigneur « que vous ne mettez aucunement votre confiance dans vos mérites, votre force et vos préparations, comme Ésaü, mais dans celles de Marie, votre chère Mère, comme le petit Jacob dans les soins de Rébecca ; que, tout pécheur et Ésaü que vous êtes, vous osez vous approcher de sa sainteté, appuyé et orné des mérites et vertus de sa sainte Mère » (saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion, n° 268).

(à suivre…)

vendredi 31 décembre 2010

La Maternité divine de Marie


La Maternité divine de Marie

L’Eglise catholique commence l’année par la solennité de Marie, Mère de Dieu. Il est juste et bon de célébrer celle qui a mis au monde le Sauveur de l’humanité et par qui nous viennent toutes les grâces, selon le bon vouloir de Dieu. Et de lui témoigner ainsi de notre reconnaissance.
La Maternité divine de Marie est la prérogative essentielle de la Sainte Vierge, qui lui a valu d’autres privilèges exceptionnels : son immaculée conception, c’est-à-dire absence du péché originel, sa virginité perpétuelle, restant vierge avant, pendant et après la naissance de Jésus, sainteté hors pair, son assomption ou montée au ciel avec son corps et son âme. (lire la suite)
Jamais les Pères de l’Eglise ne séparent la Maternité de Marie de sa virginité. « Marie est « Mère de Dieu, non parce que le Verbe de Dieu a tiré d’elle sa nature divine, mais parce que c’est d’elle qu’il tient le corps sacré doté d’une âme rationnelle, uni auquel en sa personne le Verbe est dit naître selon la chair » (concile d’Éphèse). Le Christ a été « engendré pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité » (concile de Chalcédoine). Il n'a pas pris « un corps céleste et traversé l'utérus de la Vierge comme s'écoule l'eau d'un aqueduc » Concile de Florence), comme le soutenaient les gnostiques. C'est de Marie « qu'a été engendré son saint corps animé d'une âme raisonnable, corps auquel le Verbe s'est uni selon l'hypostase » (Concile d'Éphèse). Mais « La Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin que, prenant d'elle la nature humaine, il devînt homme ; mais afin qu'il devînt encore, moyennant cette nature prise d'elle, le Sauveur des hommes. Ce qui explique la parole des anges aux bergers : « Un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2, 11) » (saint Pie X, encyclique Ad diem illum, 2 février 1904).
Selon la chair, Jésus « est un véritable fils de l'homme. « Il est « chair » comme tout homme : il est « le Verbe [qui] s'est fait chair » (cf. Jean 1, 14). Il est chair et sang de Marie » (Jean-Paul II, encyclique Redemptoris Mater, n° 19).
« De cette mission sublime de Mère de Dieu semble découler, comme d'une source cachée et très pure, tous les privilèges et toutes les grâces qui ornent son âme et sa vie à un titre suréminent » (Jean-Paul II, exhortation apostolique Familiaris consortio). « La Mère a enfanté le Roi au nom éternel, et, possédant les joies de la maternité avec l'honneur de la virginité, elle n'a pas eu sa pareille ni avant ni après » (2e antienne de laudes, Office de Noël, forme extraordinaire).
Marie est « infiniment Mère » (Péguy, Le Porche du Mystère de la Deuxième vertu).

mercredi 8 décembre 2010

L'Immaculée Conception de Marie

L'Immaculée Conception de Ma

En ce jour où l'Eglise fête la conception de la Vierge Marie en l'absence de toute trace du péché originel, soulignons que l'originalité de Maximilien Kolbe, le « Chevalier de l'Immaculée Conception », est de faire valoir toutes les conséquences de ce nom que Marie se donne : « À Lourdes, écrit-il, la Vierge Immaculée répondit à Bernadette qui l'interrogeait : « Je suis l'Immaculée Conception. » Par ses paroles lumineuses, elle exprima non seulement qu'elle fut conçue immaculée mais plus profondément qu'elle était l'Immaculée Conception elle-même. Ainsi autre chose est une chose blanche et autre chose sa blancheur, autre une chose parfaite et autre sa perfection. » (lire la suite)
« Ainsi, à Lourdes, elle s'appela du nom que Dieu lui a donné de toute éternité ; oui, de toute éternité, il la choisit avec ce nom et il la destina à être la Mère de son Fils, le Verbe éternel. Cette appellation, « Immaculée Conception », est finalement bien plus profonde que celle dont se servaient ses parents ou les gens de sa connaissance et qu'elle entendit au moment de l'Annonciation : Ave Maria ! »(Jean-Paul II, Homélie à la chapelle Sixtine, 10 février 1979).

jeudi 25 mars 2010

L'Annonciation

L'Annonciation


En posant la question : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme ? » (Luc 1, 34), Marie ne place pas sa virginité au premier rang, au-dessus de la Volonté de Dieu. Ç'eût été une imperfection, même un péché d'orgueil, qui ne saurait exister en elle. Elle se borne à faire état de sa virginité et demande comment la concilier avec ce qui lui est annoncé.
L'ange lui a déjà dit : « Ne crains pas, Marie » (Luc 1, 30). Ce n'est pas que la Vierge de Nazareth ait peur ou craigne Dieu. Là encore, ce serait une imperfection. Sa « crainte » vient de sa conscience très forte d'être un instrument totalement inappropriée à la mission qui lui est confiée et dont elle comprend la portée, à quel point elle l'implique dans le salut de l'humanité. Marie, qui va s'autoproclamer « esclave du Seigneur » (Luc 1, 38), est troublée de constater que Dieu a jeté son regard sur la « bassesse de sa servante » (Luc 1, 48) et l'a malgré tout élue pour être la Mère de son Fils, elle qui n'a que quinze ou seize ans. Ce n'est pas d'être complimentée par un archange qui la perturbe, mais la disproportion entre ce qu'elle est et ce qu'elle doit devenir. C'est précisément parce qu'elle voit si nettement l'abîme infini qui la sépare de la divinité, qu'elle peut s'empresser d'acquiescer de tout son être : c'est Dieu qui fera en sorte que les choses se passent comme il l'entend. À la petitesse de Marie il ajoutera sa grandeur infinie.
La réponse de l'archange, « rien n'est impossible à Dieu » (Luc 1, 37) est une reprise littérale des paroles de l'ange à Sara, concernant sa conception elle aussi miraculeuse (Genèse 16, 14). « Lorsque Marie répond aux paroles du messager céleste par son « fiat », la « comblée de grâce » sent le besoin d'exprimer son rapport personnel avec le don qui lui a été révélé, et elle dit : « Je suis la servante du Seigneur » (Luc 1, 38) », expression qui « traduit toute la conscience qu'a Marie d'être une créature par rapport à Dieu. Toutefois, le mot « servante », vers la fin du dialogue de l'Annonciation, s'inscrit dans toute la perspective de l'histoire de la Mère et de son Fils. En effet, ce Fils, qui est vraiment et consubstantiellement « Fils du Très-Haut », dira souvent de lui-même, surtout au point culminant de sa mission : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir » (Marc 10, 45) » (Jean-Paul II, Mulieris dignitatem 5).
Le fiat de Marie n'a pas le sens de résignation qu'on lui donne parfois. « En hébreu, c'est le jussif du verbe « faire », c'est un impératif à la troisième personne, c'est un ordre donné pour obtenir une réalisation. La Sainte Vierge ne s'est pas résignée à l'Incarnation, elle l'a voulue, positivement voulue, parce que Dieu la voulait et parce que Dieu voulait qu'elle la voulût » (J. Carmignac).
C'est le premier jour de l'ère chrétienne, car c'est ce jour-là que le Seigneur prend chair dans les entrailles de la bienheureuse Vierge Marie. « Aujourd'hui comme pour des noces, l'Église se pare de la perle inviolée, de la vraie pureté. Aujourd'hui, dans tout l'éclat de sa noblesse immaculée, l'humanité retrouve, grâce aux mains divines, son premier état et son ancienne beauté. (...) Et cette formation est une parfaite restauration et cette restauration est une divinisation, et cette divinisation est une assimilation à l'état primitif » (saint André de Crète).

lundi 8 février 2010

Marie et l'Incarnation (3)

Marie et l'Incarnation (3)

Marie est ainsi préparée de nouveau pour sa deuxième mission. L'Immaculée Conception l'a mise en état d'accepter d'être la Mère de Dieu. La Maternité divine la prédispose à être la nouvelle Ève, la nouvelle « Mère des vivants ». Mais il faudra pour cela qu'elle fasse une nouvelle offrande à Dieu, qui consiste à se dépouiller de son Fils. Cela se fera aussi en deux étapes. Mais auparavant, il y aura toute la période de l'enfance et de l'adolescence, qui sera heurtée, chaotique du fait de la malice des hommes. Là encore, Marie sera sollicitée par Dieu de lui remettre la tranquillité de son foyer, son honneur et sa réputation, le confort d'une vie aisée. (lire la suite) « Une vie de louange, comme la Vierge en donne l'exemple dans le Magnificat (Lc 1, 46-55). Une vie de piété, comme le montre leur pèlerinage à Jérusalem et leur fidèle accomplissement de la Loi de Moïse (Lc 2-22-24.39 et 2, 41). Une vie d'obéissance et d'humilité, comme l'indique la soumission du Fils de Dieu à ses parents (Lc 2, 51). Dans la Sainte Famille, « le plus grand se fait serviteur » (Mc 10, 43) ; l'obéissance est à rebours de la dignité des êtres : le Fils de Dieu est soumis à l'Immaculée qui est soumise à l'homme juste. Une vie de service aimant, comme le suggère l'empressement de la Vierge à servir sa cousine (Lc 1, 39). Une vie de prière et de méditation car « Marie conservait toutes ces choses et les méditait dans son cœur » (Lc 2, 19.51). Une vie pauvre, comme l'indique l'offrande de deux tourterelles prévues pour les personnes de peu de ressources (Lc 2, 24). Une vie d'épreuves qui les mènera comme une famille émigrée à gagner l'Égypte (Mt 2, 14). Une vie de labeur dans l'atelier du charpentier (Mc 6, 3). Une vie de foi surtout, car malgré les avertissements célestes dont ils avaient été les bénéficiaires, Marie et Joseph ne cheminaient pas dans la claire vision (2 Co 5, 7) mais bien dans l'obscurité de notre condition terrestre » (Guillaume de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière, Paris, Mame-Edifa, 2003, p. 109).
Le jour viendra où Marie devra faire le don de son Fils. Elle sait bien que son Jésus devra la quitter un jour. C'est le propre de tout enfant que de voler de ses propres ailes. Et en plus, Jésus a une mission à accomplir, elle le sait, la mission la plus excellente qui soit. Mais ce n'est pas pour autant que la séparation est facile, qu'il ne lui en coûte pas de ne plus avoir toujours Jésus à côté d'elle.
Il y a longtemps qu'elle a compris qu'elle est sur cette terre exclusivement pour que la Rédemption se fasse, pour que notre Seigneur nous rachète de nos péchés, et que sa vie n'a de sens qu'en fonction de ce plan divin, ne s'explique que par lui, ne s'éclaire que par lui.

(à suivre...)
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dimanche 7 février 2010

Marie et l'Incarnation (2)

Marie et l'Incarnation (2)

Il est vrai que Marie a fait don à Dieu de tout son être. Elle a tout donné. Absolument tout. Elle n'a rien gardé pour elle. Et pourtant... Il y a un « mais », en effet. Elle a donné tout ce qu'elle avait, tout ce qu'elle était, au moment où elle l'a remis à Dieu.
Or, Dieu n'arrête pas de nous gratifier de nouveaux cadeaux surnaturels, de grâces qui viennent s'ajouter aux précédentes. Et nous avons reçu grâce sur grâce. Dieu attend que ce que nous avons reçu gratuitement, nous le lui rendions gratuitement (Luc 9, 2). (lire la suite) Tout également. C'est pourquoi Marie a été capable de donner encore plus, alors qu'elle avait tout remis entre les mains de Dieu.
Elle naît toute sainte, et le diable n'a pas eu de prise sur elle, même pas une fraction de seconde. « Je mets une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne » (Genèse 3, 15). Elle est absolue. Marie a beau avoir un corps, être soumise à la matière, alors que le diable est une créature spirituelle, elle est au-dessus de lui, plus forte que lui. Ipsa conteret ! « elle écrasera » la tête du serpent (Genèse 3, 15). Ce qui a eu lieu.
L'Immaculée Conception prépare la Nativité virginale de Jésus, conçu par l'œuvre du Saint-Esprit. Voilà que Marie a prononcé le « oui » décisif, que toute la création attendait en retenant son souffle. Et elle reçoit le don du Saint-Esprit et, au même instant, le don du Fils de Dieu dans son corps, deux dons du Père, à Marie qu'il prend alors pour Épouse, deux dons du Père à l'humanité dont il fera de Marie la Mère.
Marie reçoit les dons les plus élevés, inégalables... Mais, « à celui à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé » (Luc 12, 48). Ce n'est pas parce que Marie est la Mère de Dieu qu'elle échappe à cette loi. Bien au contraire. Elle est notre modèle dans toutes les vertus. Elle est exemplaire dans sa façon de répondre à Dieu. Elle avait tout donné. Elle reçoit beaucoup plus en retour : Dieu en personne, une libéralité infinie. Et Marie comprend que ce cadeau ne lui est pas destiné à elle seule. Elle a compris que le Fils qui lui est annoncé est rien moins que le Messie. L'archange saint Gabriel a été explicite. Tout le message de l'Annonciation est comme une reprise des annonces dès l'Ancien Testament, du livre de l'Exode, du 2ème livre de Samuel, des prophètes Isaïe et Sophonie. Les mots se mettent en place dans l'esprit de Marie et son Cœur bat désormais au rythme du Saint-Esprit, de l'Amour divin.
D'un seul coup, en un instant, son Cœur déborde d'affection pour le genre humain tout entier. Dieu lui a agrandi le Cœur, si bien qu'il y a de la place pour nous tous, et pour tous les pécheurs de tous les temps.

(à suivre...)

vendredi 11 décembre 2009

L'obéissance dans la foi de Marie (2)

L'obéissance dans la foi de Marie (2)

Marie a cru et obéi plus que quiconque, d'abord parce qu'elle est toute sainte, pleine de grâce, c'est-à-dire plus précisément « comblée de grâces », parce qu'elle est l'Immaculée Conception et qu'il n'y a en elle aucune corruption du péché, même pas l'espace d'un bref instant. Marie est « bénie entre les femmes » (Luc 1, 28). Les éxégètes reconnaissent à la formule employée par Luc une tournure très sémitique. Le participe passé (bénie) est un passif divin qui désigne clairement Dieu comme l'auteur de cette bénédiction. « Vous êtes bénie » signifie « Dieu vous a bénie ». L'expression « entre les femmes » sert habituellement quant à elle à exprimer le superlatif. En effet, la langue hébraïque ne connaît pas le superlatif et distingue donc une personne en la mettant au-dessus de la masse des autres. (lire la suite) « Vous êtes bénie entre les femmes » signifie donc « Vous êtes la plus bénie des femmes » (abbé de Menthière, Je vous salue Marie. L'art de la prière).
L'obéissance de la foi est parfaite chez Marie également parce que personne n'a été confronté comme elle à une décision aussi importante, dont dépendait la Rédemption de l'humanité, nul ne s'est trouvé avant elle ni ne se trouvera après elle à qui il soit demandé d'accepter une charge aussi écrasante, dont Marie ne voyait que trop bien qu'elle dépassait totalement ses propres forces et dont elle se sentait, de ce fait, pleinement indigne.
Indigne au point de s'exclamer : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1, 38). Mais de l'affirmer tout en faisant entièrement confiance à Dieu, et en ajoutant : « Qu'il me soit fait selon ta parole » (Lc 1, 38), en formulant un « oui » à ce qui avait été une demande formulée par le Tout-Puissant avec une extraordinaire délicatesse, sans rien imposer. Mais il est vrai comme si cela était déjà fait : « Vous allez concevoir et vous enfanterez un fils, auquel vous donnerez le nom de Jésus » (Lc 1, 31). Une délicatesse que Marie mettra pour demander à son Fils d'intervenir en faveur des jeunes époux de Cana (cf. Jn 2, 3). Elle a été à bonne école. Elle a appris qu'un « s'il-te plaît » suffit pour obéir, quand la proposition vient de Dieu, quand elle est formulée au nom de Dieu, par son représentant qualifié.


(à suivre...)

mardi 8 décembre 2009

L'Immaculée Conception

L'Immaculée Conception

Pour saint Éphrem (+ 373), la conception virginale de Jésus rappelle la naissance d'Ève : « De fait, Marie donna naissance sans le concours d'un homme. De même qu'à l'origine, Ève est née d'Adam sans qu'il y ait eu rencontre charnelle, ainsi en est-il de Joseph et de Marie, la vierge son épouse. Ève mit au monde le meurtier Caïn, Marie le Vivificateur. Celle-là mit au monde celui qui répandit le sang de son frère (Genèse 4, 1-16), celle-ci celui dont le sang fut répandu par ses frères. (...) La conception de la vierge nous enseigne que celui qui, sans lien charnel, a mis au monde Adam en le faisant sortir de la terre vierge, a aussi formé sans lien charnel le second Adam dans le sein de la vierge. Le premier Adam était retourné sans le sein de sa mère ; par ce second Adam, qui n'y retourna pas, celui qui était enseveli dans le sein de sa mère en fut retiré » (Diatessaron 2, 2). Dans sa controverse avec Pélage, saint Augustin (354-430) affirme que la sainteté de Marie constitue un don exceptionnel, ajoutant : (lire la suite) « Exception faite pour la Sainte Vierge Marie, elle dont, pour l'honneur du Seigneur, je ne veux en aucune façon que l'on parle lorsqu'il s'agit de péchés : ne savons-nous donc pas pourquoi une grâce plus grande lui a été conférée dans le but de vaincre le péché, elle qui a mérité de concevoir et de mettre au monde Celui qui de façon manifeste ne pécha jamais ? » (De natura et gratia 42). « Nous avons en horreur de dire de cette femme, c'est la belle réponse de Denys le Chartreux (1402-1471), que, devant écraser un jour la tête du serpent, elle ait jamais été écrasée par lui, et que, Mère de Dieu, elle ait jamais été fille du démon » (III Sent., d. 2, q. 1) » (saint Pie X, enc. Ad diem illum, 2 février 1904). Eadmer (1064-1141), moine de Canterbury, a écrit le premier traité de l'Immaculée Conception de Marie, vers 1128. Il utilise l'image de la châtaigne, qui « est conçue, nourrie et formée sous les épines, mais qui reste toutefois à l'abri de leurs piqûres » (De conceptione 10). Autrement dit, « même sous les épines d'une génération qui de par sa nature devait trasmettre le péché originel, (...) Marie est restée à l'abri de toute tache, par la volonté explicite de Dieu qui « l'a pu, manifestement, il l'a voulu. S'il l'a donc voulu, il l'a fait (potuit plane. Si igitur voluit, fecit) » (Ibid.) » (Jean-Paul II, Audience générale, 4 juin 1996). Certains diront aux XIIIe et XIVe siècles que Marie a été soumise au péché originel pendant un court instant (per parvam morulam). La difficulté théologique soulevée est l'universalité de la Rédemption. Le magistère va affirmer que Marie n'est pas une exception : elle est la première à avoir été rachetée par le Christ de façon suréminente, en considération des mérites de Jésus-Christ (Catéchisme de l'Église Catholique, n° 491). Chez Marie, la Rédemption n'est pas « libératrice », mais « préservatrice ». C'est Duns Scot (1266-1308) qui apporte la solution aux objections comme quoi la rédemption n'aurait pas été universelle si les êtres humains ne partagaient pas tous la condition de pécheurs. Il explique que le Christ, Médiateur parfait, a manifesté en Marie l'acte de médiation le plus parfait en la préservant du péché originel, par ce que la théologie appellera une « rédemption préservatrice ».
Par la bulle Ineffabilis Deus, du 8 décembre 1854, Pie IX définit le dogme, ou vérité de foi, suivant : « Dès le premier instant de sa conception, par une grâce et un privilège spécial du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, la bienheureuse Vierge Marie a été préservée et exempte de toute tache du péché originel. » Le pape mentionne explicitement que cette déclaration est infaillible. Peu après cette définition, la Vierge apparaît, à Lourdes, à Bernadette Soubirous et lui dit en patois : « Je suis l’Immaculée Conception. » La définition de l'immunité du péché originel « ne comprend pas explicitement l'immunité de la concupiscence. Toutefois la préservation complète de Marie de toute tache du péché entraîne également son immunité de concupiscence, tendance désordonnée qui, selon le concile de Trente, provient du péché et pousse au péché » (Jean-Paul II, Audience générale, 16 juin 1996). Ce que l'Église honore, c'est la Conception immaculée de Marie, non sa sanctification ou la conception dans un deuxième temps, ce qui, dans les deux cas, laisserait supposer que Marie a été marquée d'abord par le péché originel puis rachetée dans un second temps. Le bienheureux Pie IX fait remarquer que la définition de l'Immaculée Conception « servira puisamment à réfuter ceux qui prétendent que la nature humaine n'a pas été gâtée à la suite de la première faute et qui exagèrent les forces de la raison pour nier ou diminuer le bienfait de la religion révélée » (Allocution au Consistoire, 9 décembre 1854).

jeudi 12 novembre 2009

Les Anglicans, Rome et Marie

Les Anglicans, Rome et Marie

Alors que les Anglicans de la TAC (Traditionnal Anglican Communities) rejoignent l'Église catholique après une rupture qui aura duré plus de 450 ans, il peut être intéressant de souligner des points communs entre l'Église catholique et les Anglicans en général.
Par le culte marial, les catholiques « rejoignent les Anglicans, dont les théologiens classiques ont jadis mis en lumière la solide base scripturaire du culte rendu à la Mère de Notre Seigneur, et dont les théologiens actuels soulignent davantage l'importance de la place que Marie occupe dans la vie chrétienne » (Paul VI, Marialis Cultus, 2 février 1974, n° 32). De fait, en mai 2005, une déclaration commune a été signée entre catholiques et anglicans sur « Marie, grâce et espérance dans le Christ ». (lire la suite) Après un examen attentif « fondé sur les Évangiles, ainsi que sur les anciennes traditions communes », les deux parties s’accordent à reconnaître, pour ce qui est de l’Immaculée Conception, que, « considérant sa vocation d'être la mère du Très-Haut (Luc 1, 35), nous pouvons affirmer ensemble que l’œuvre rédemptrice du Christ rejaillit « par avance » sur Marie dans les profondeurs de son être et à ses tout premiers débuts ». « Ce n’est pas contraire à l’Écriture », affirme le texte. En conclusion, « les catholiques romains peuvent reconnaître en cela ce qui est affirmé par le dogme, à savoir que Marie fut préservée de toute souillure du péché originel » et ce « au premier instant de sa conception ». Il est affirmé à propos de l’Assomption : « Étant donné la compréhension à laquelle nous sommes parvenus pour ce qui concerne la place de Marie dans l’économie de l’espérance et de la grâce, nous pouvons affirmer ensemble que la doctrine selon laquelle Dieu a pris dans Sa gloire la Bienheureuse Vierge Marie, dans la plénitude de sa personne, n'est pas contraire aux Écritures, et qu'elle ne peut en vérité être comprise qu'à la lumière des Écritures. Les Catholiques Romains reconnaissent que cette doctrine concernant Marie est contenue dans le dogme. » En ce qui concerne l'invocation de Marie, les deux parties déclarent : « Nous affirmons ensemble, sans aucune ambiguïté, la médiation unique de Christ, qui porte du fruit dans la vie de l'Église. Nous ne considérons pas que la pratique consistant à demander à Marie et aux saints de prier pour nous soit suffisante pour faire obstacle à notre communion… Nous croyons qu'il n'y a aucune raison théologique de rester divisés dans ces domaines. » Le cantique de Marie, le Magnificat, fait partie de l’office du soir du Book of Common Prayer, moyenannt quoi chaque soir, à vêpres, les fidèles prient avec Marie en chantant ou en lisant son cantique. La liturgie anglicane a conservé les fêtes du Seigneur qui soulignent la vocation et la dignité de Marie en tant que Mère de Dieu ou Theotokos : Annonciation, Noël et Présentation. La plupart des fêtes mariales continuent de figurer au calendrier anglican : Visitation (en mai), Dormition (15 août), Naissance (8 septembre) et la Conception (8 décembre). Les Anglicans ont des lieux de culte dédiés à la Vierge Marie, et ils sont nombreux à réciter le rosaire.

jeudi 23 juillet 2009

L'Annonciation (2)

L'Annonciation (2)

L'annonce la surprend, car de devenir mère,
Nul n’avait évoqué ce sujet jusque-là.
Marie voulait vivre en restant dans le sillage
De son Dieu, disparaître, effacée, et se taire.

L’Esprit Saint a vu sa très haute pureté
Et a préparé des épousailles mystiques.
Il savait que son Fils aurait pour sûreté
Un tabernacle alors déjà eucharistique.

Or, la voici d'entrée qualifiée de Mère
De ce Messie dont la venue serait prochaine.
C’est l’Amour de Dieu pour ses fils qui se déchaîne
Apportant un terme à un état éphémère.

L’humanité était privée d’éternité.
La jeune fille va en son sein abriter
Notre Sauveur grâce à l’ombre du Paraclet
Corroborée dans les vertus qu’elle exhalait.

Les pommettes de ses deux joues rosissent à peine,
Surprise de savoir qu’on la proclame reine.
Tout lui apparaît sous un jour si naturel
Qu’elle entend le message, et voit ce qu’il recèle.

Immaculée dans sa conception, ornée
D’une sainteté hors pair, elle est qualifiée
Pour aimer le vouloir divin, se prosterner
Et accepter de mettre au monde un crucifié.

(à suivre...)

(D. Le Tourneau, inédit).

lundi 4 mai 2009

Le regard de Joseph sur Marie (4)

Le regard de Joseph sur Marie (4)

Marie est l'aurore d'une grande rutilance, la colonne ferme, la grande ville, la fleur des champs, la terre vierge, le magnifique olivier du champ, la montagne de Dieu, la porte des régions élevées, la tour de David, le jardin clos, la source scellée, le miroir sans tâche, l'étoile de l'Orient, la mer immense, le lys parmi les épines, le cyprès dans Sion, le vaisseau dans la tempête, le palmier d'Engaddi...
Toutes les images de la Vierge Marie que (lire la suite) je viens d'énumérer, et qui sont tirées de la Sainte Écriture, ne peuvent pas ne pas monter à la mémoire de Joseph. Elles remplissent son cœur de douceur et viennent mourir sur ses lèvres comme les vagues sur la grève tandis qu'il observe sa bien-aimée. C'est dans le silence de son âme qu'il exprime sa reconnaissance et sa gratitude envers Dieu. Qu'ajouteraient des mots qui, de toute façon, risqueraient de froisser l'humilité de Marie ? Ne se connaissent-ils pas assez pour s'apprécier ? Ils sont bien faits l'un pour l'autre. C'est Dieu qui en a décidé ainsi. C'est Dieu qui en a disposé ainsi, ornant Marie de toutes les perfections possibles et imaginables qu'une créature pouvait supporter sans être aussitôt ravie au ciel, et pourvoyant Joseph de la grandeur la plus sublime à laquelle une créature marquée par le péché originel pourvait atteindre.
Joseph-Marie, Marie-Joseph. Chacun s'étonne de ce qu'il voit dans l'autre. Chacun se remplit d'admiration. « L'heure vient, et elle est déjà là » (Jean 4, 23), où l'un comme l'autre connaîtra l'ineffable et vont découvrir la part qui leur échoit dans les plans de la Rédemption, la raison de toutes ces qualités qu'ils se reconnaissent mutuellement. « Ne crains pas, Marie (...). Tu vas concevoir et tu enfanteras un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus » (Luc 1, 30.31). « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car la conception, chez elle, est le fait de l'Esprit Saint » (Matthieu 1, 20).

(fin)

lundi 8 décembre 2008

Lettre à Notre-Dame de Lourdes

Lettre à Notre-Dame de Lourdes

En ce jour où s'achèvent les célébrations commémoratives du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes, je restranscris un passage d'une lettre à Marie du Père Antoine-Marie de Lavaur, le 1er janvier 1870.

« Aujourd'hui, la première pensée d'un enfant appartient à sa mère. Mon cœur s'est donc tout naturellement envolé vers vos saintes montagnes, ô douce Mère du ciel, ô notre chère Dame de Lourdes, (lire la suite) ô brillante étoile de notre France, ô perle, ô diamant de notre Église, ô sainte Immaculée Conception, notre espérance, notre gloire, et bientôt notre résurrection et notre triomphe ! C'est l'univers tout entier qui répète avec moi, en contemplant les blanches cimes de vos montagnes toutes dorées des célestes rayons du soleil de justice et d'amour : J'ai levé les yeux vers les montagnes d'où me viendra le secours.. Je veille auprès de vous depuis le jour... Mon âme a soif de vous. Oui, il me tarde de venir de nouveau contempler les traits si doux de ma Mère du ciel, de conduire à vos pieds de nouvelles caravanes d'heureux pèlerins et d'y chanter avec eux les saints cantiques. »

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé. P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 244-245.

jeudi 22 mai 2008

Marie et l'Eglise (2)

Marie et l'Église (2)

L'iconographie chrétienne montre souvent la Sainte Vierge en train de remettre le chapelet à saint Dominique. Même si la mise en forme de la dévotion au saint rosaire telle que nous la connaissons de nos jours n'a pas été immédiate, nous voyons quand même en cela - et c'est ce qui est le plus important - une autre invitation de Marie à prier, un moyen spirituel qu'elle nous propose et dont l'efficacité n'est plus à démontrer. Elle-même nous guide au besoin dans cette pratique de piété, comme lorsqu'elle a demandé à Bernadette Soubirous de réciter le chapelet, (lire la suite) voici 150 ans cette année. Si Dieu le veut, nous aurons l'immense joie d'accueillir à Lourdes le pape Benoît XVI au mois de septembre pour la célébration de ce sesquicentenaire.
Mais revenons à l'Église, bien que nous ne nous en soyons pas éloignés en réalité. « Marie, qui depuis le début s'était donnée sans réserve à la personne et à l'œuvre de son Fils, ne pouvait pas ne pas reporter sur l'Église, dès le commencement, ce don maternel qu'elle avait fait de soi » (Jean-Paul II, encyclique sur la Mère du Rédempteur, Redemptoris Mater, n° 40). C'est ainsi que, dès le début, Marie est Mère de l'Église, même s'il faudra attendre la clôture du concile Vatican II, le 8 décembre 1965, solennité de l'Immaculée conception de Marie, pour entendre un pape, Paul VI en l'occurrence, proclamer Marie Mère de l'Église, suscitant l'émotion des Pères conciliaires et des applaudissements nourris qui traduisaient bien les sentiments du cœur : oui, Marie est notre Mère ; oui, Marie est Mère de l'Église !
Donc le rôle maternel de Marie ne s'interrompt pas avec la mort brutale de son Fils sur la Croix. Mais, dans l'économie de la grâce, elle « se continue sans interruption jusqu'à la consommation définitive de tous les élus » (concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 62). Marie est vraiment la médiatrice universelle de toutes les grâces jusqu'à la fin du monde. Après, plus aucune médiation ne sera nécessaire, la grâce non plus d'ailleurs, puisque tous les saints se trouveront au paradis dans la gloire de Dieu pour l'éternité, tandis que les réprouvés seront, par leur faute (cf. Catéchisme de l'Église catholique, n° 1033), en enfer, éternellement aussi. Tant que nous sommes le peuple en marche vers la Terre promise qu'est le ciel, rien ne nous est plus doux et plus nécessaire que d'avoir Marie pour Mère et pour guide, pour force et pour refuge - Refugium nostrum et virtus -, afin d'obtenir la miséricorde de Dieu dont nous avons tant besoin : « Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour être secourus en temps opportun » (Hébreux 4, 16).

(à suivre...)