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lundi 17 juin 2013

Peillon il faut tuer le catholicisme

Peillon il faut tuer le catholicisme

VINCENT PEILLON est ministre de l'Education nationale ! : "Il faut s'enfanter soi-même et donc faire le propre récit de sa naissance"; 02:19 (de la vidéo) : "On ne peut pas faire une révolution uniquement dans la matière, il faut la faire dans les esprits. Or on a fait la révolution essentiellement politique, mais pas la révolution morale et spirituelle. Et donc on a laissé le moral et le spirituel à l'Eglise catholique. Donc il faut remplacer ça. [...] On ne pourra jamais construire un pays de liberté avec la religion catholique. Comme on ne peut pas non plus acclimater le protestantisme en France comme on l'a fait dans d'autres démocraties, il faut inventer une religion républicaine. Cette religion républicaine, qui doit accompagner la révolution matérielle, mais qui est la révolution spirituelle, c'est la laïcité. Et c'est pour ça d'ailleurs qu'au début du XXe siècle, on a pu parler de foi laïque, de religion laïque, et que la laïcité voulait être la création d'un esprit public, d'une morale laïque, et donc l'adhésion à un certain nombre de valeurs." Voici ce qu'il écrivait dans La Révolution française n’est pas terminée, Le Seuil, Paris, 2008. « La révolution française est l’irruption dans le temps de quelque chose qui n’appartient pas au temps, c’est un commencement absolu, c’est la présence et l’incarnation d’un sens, d’une régénération et d’une expiation du peuple français. 1789, l’année sans pareille, est celle de l’engendrement par un brusque saut de l’histoire d’un homme nouveau. La révolution est un événement méta-historique, c’est-à-dire un événement religieux. La révolution implique l’oubli total de ce qui précède la révolution. Et donc l’école a un rôle fondamental, puisque l’école doit dépouiller l’enfant de toutes ses attaches pré-républicaines pour l’élever jusqu’à devenir citoyen. Et c’est bien une nouvelle naissance, une transsubstantiation qui opère dans l’école et par l’école, cette nouvelle église avec son nouveau clergé, sa nouvelle liturgie, ses nouvelles tables de la loi.» Et, le 2 septembre dernier, dans le Journal du dimanche, répondant à la journaliste Adeline FLEURY : « Le point de départ de la laïcité c’est le respect absolu de la liberté de conscience. Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… »

lundi 29 octobre 2012

Dons gratuits (1)

Dons gratuits (1)

Une constante de la vie des enfants de Dieu est que c’est toujours Dieu qui prend l’initiative de venir à nous et de nous introduire dans son monde à lui. C’est lui qui appelle qui il veut et comme il l’entend. De sorte que « chacun tient de Dieu son don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre » (1 Corinthiens 7, 7). Il s’agit de dons variés. Tous ne reçoivent pas les mêmes, ni avec la même intensité. Cela dépend de la répartition opérée par Celui qui est le Maître souverain de l’univers et de qui proviennent tous les biens. « Ne vous y trompez pas, mes frères bien-aimés : tout don de racheté et tout cadeau parfait proviennent d’en haut, descendent du Père des lumières, qui ne connaît ni variation ni obscurcissement passager » (Jacques 1, 16-17), c’est-à-dire qui reste immuable dans ses desseins et décisions.
De fait, « c’est dans son libre vouloir qu’il nous a enfantés par la parole de vérité » (Jacques 1, 18), car (lire la suite) nous ne sommes pas « nés ni du sang, ni d’un vouloir charnel, ni d’un vouloir humain mais de Dieu » (Jean 1, 13), et ce, « pour que nous soyons comme les prémices de ses créatures » (Jacques 1, 18). Dieu ne répartit donc pas uniformément ses biens, donnés toujours « en vue du bien commun. À l’un, en effet, c’est le discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à un autre, le discours de science, selon le même Esprit ; à un autre la foi dans le même Esprit ; à un autre, des dons de guérison dans cet unique Esprit ; à un autre, le pouvoir d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, diverses sortes de langues ; à un autre, l’interprétation des langues. Mais tout cela, c’est l’œuvre de l’unique et même Esprit, qui distribue ses dons à chacun en particulier selon son gré » (1 Corinthiens 12, 7-11). Il n’y a donc pas lieu de s’en étonner. Moins encore de s’en scandaliser, comme si un tel comportement de la part de Dieu pouvait être injuste à notre endroit. Car Dieu ne doit strictement rien et nous attribue par pure gratuité d’Amour exactement toutes les qualités qui sont à même de nous rendre pleinement heureux, dès notre séjour terrestre, dans l’attente de la béatitude paradisiaque. Notre Seigneur a entendu un jour nous faire comprendre l’absolue maîtrise de son Père sur tous les bienfaits qu’il nous accorde et sa liberté de décision à cet égard. Il s’agit de la parabole dite « des ouvriers de la onzième heure ». Un propriétaire a embauché tout au long de la journée des ouvriers pour aller travailler dans sa vigne, et il a convenu de leur salaire avec les premiers : un denier. (à suivre…)

mercredi 18 juillet 2012

Prière de Jésus à Gethsémani

Nous devons aussi prêter attention au contenu de la prière de Jésus au Mont des Oliviers. Jésus dit : « Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36). La volonté naturelle de l’Homme-Jésus effrayée face à une chose si énorme recule. Toutefois, en tant que Fils, il dépose cette volonté humaine dans la volonté du Père : non pas moi, mais toi. Par cela, Il a transformé le comportement d’Adam, le péché primordial de l’homme, guérissant ainsi l’homme. L’attitude d’Adam avait été : Non pas ce que tu veux toi, Dieu ; moi-même je veux être dieu. Cet orgueil est la vraie essence du péché. Nous pensons être libres et vraiment nous-mêmes, seulement quand nous suivons exclusivement notre volonté. Dieu apparaît comme le contraire de notre liberté. Nous devons nous libérer de Lui, – c’est notre pensée – alors seulement nous serons libres. C’est cette rébellion fondamentale qui traverse l’histoire et le mensonge profond qui dénature notre vie. Quand l’homme s’érige contre Dieu, il s’érige contre sa propre vérité et par conséquent, il ne devient pas libre, mais aliéné par lui-même. Nous sommes libres seulement quand nous sommes dans notre vérité, quand nous sommes unis à Dieu. Alors, nous devenons vraiment « comme Dieu » - non pas en nous opposant à Dieu, non pas en nous débarrassant de Lui ou en Le reniant. Dans la lutte durant sa prière au Mont des Oliviers, Jésus a dénoué la fausse contradiction entre l’obéissance et la liberté, et il a ouvert le chemin vers la liberté. Demandons au Seigneur de nous introduire dans ce « oui » à la volonté de Dieu et de nous rendre ainsi vraiment libres. Amen Benoît XVI, Homélie de la messe In Cœna Domini
, 5 avril 2012.

samedi 19 mai 2012

L'homme est bon (1)

L’homme est bon (1)

Dans un petit ouvrage fort intéressant, De l’amour, publié à Genève par les éditions Ad solem, le philosophe Josef Pieper cite un auteur allemand, Ladislau Grünhut, dont l’ouvrage est introuvable. Cet auteur écrit que « comme Dieu m’aime parce que c’est moi, ainsi suis-je vraiment irremplaçable dans le monde ». Il en va ainsi parce que, à l’origine, Dieu a créé l’homme distinct du reste de l’univers inanimé et animé. Dieu lui-même a tenu à souligner cette différence pour qu’elle soit bien établie. Contemplant l’humanité sortie de ses mains, il nous a fait savoir, par l’écrivain sacré, qu’il vit que « cela était très bon » (Genèse 1, 31), et pas seulement bon comme dans le cas des autres êtres créés (Genèse 1, 10.12.18.25). Cette bonté par
ticulière vient de ce que Dieu a créé l’homme « à son image et à sa ressemblance » (Genèse 1, 26). C’est pourquoi, dans une formulation qui rejoint celle rappelée ci-dessus, le concile Vatican II affirme que l’homme – c’est-à-dire évidemment l’homme et la femme – est « la seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (constitution pastorale Gaudium et spes, n° 24). Nous pouvons comprendre cette affirmation dans un double sens. Dieu aime l’homme tout spécialement pour ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un reflet de lui-même, de sa propre dignité et de sa propre liberté : liberté de choix, liberté d’aimer. Le deuxième sens de l’expression conciliaire est le suivant : l’être humain est la seule créature que Dieu a aimée de sorte qu’elle puisse participer à sa vie intratrinitaire, qu’il a destinée à entrer dans la sphère de sa propre intimité, à faire partie, en quelque sorte, du cercle de ses amis – « Je vous appelle mes amis » (Jean 15, 15) -, à être réellement ses enfants – domestici Dei, « membres de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19). Dieu a aimé l’homme pour lui-même, autrement dit en lui insufflant une orientation ontologique à la sainteté – « Telle est la volonté de Dieu : votre sanctification » (1 Thessaloniciens 4, 3) -, en faisant en sorte que sa nature ait la capacité à découvrir le vrai bien, Dieu lui-même, à le désirer et à prendre les moyens lui permettant de vivre avec lui. L’homme ¬– malgré la réalité du péché originel – peut donc se sentir tout spécialement aimé de Dieu. Celui lui est encore plus facile quand ce péché originel a été effacé de son âme par l’eau purificatrice du baptême, qui l’a élevé précisément à la condition d’enfant de Dieu. « Oui, c’est par la grâce que vous êtes sauvés moyennant la foi. Et cela ne vient pas de vous : c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas non plus des œuvres, afin que nul ne puisse se glorifier » (Éphésiens 2, 8-9). Cependant, s’il est agréable à l’homme d’être aimé par quelqu’un, et a fortiori par plusieurs ou beaucoup de ses semblables, il semblerait qu’il n’apprécie pas tellement d’être aimé gratuitement. C’est ce que fait remarquer Josef Pieper, qui rapporte la remarque suivante de Nietzsche : « Les êtres ambitieux se rebellent contre le fait d’être aimés » (Humain, trop humain). (à suivre…)

samedi 5 mai 2012

Les dix vierges (8)


Les dix vierges (8)

Nous serions tentés de dire « pauvres vierges folles » ! Mais au fin fond de la réalité, ce ne sont pas elles qui sont à plaindre, mais Dieu qui n’est pas honoré, Dieu dont les dons n’ont pas fructifié, Dieu dont les grâces sont lamentablement gaspillées. C’est Dieu qui est à plaindre, dont le Sacrifice sur la Croix pourrait paraître inutile. Mais il a choisi de nous rendre libres de nos actes… Et il ne perd rien. Il n’a rien à perdre. Alors que nous, nous pouvons tout perdre si nous ne misons pas sur Dieu, et exclusivement sur Dieu.
Parce qu’en étant éloignés de moi, quand vous parlez en mon nom, comme vous dites, vous m’instrumentalisez. Vous donnez de moi une image déformée, qui sert vos intérêts, non ceux de mon Père. Vous dites que vous parlez (lire la suite) en mon nom, mais, en réalité, vous vous écoutez parler en vous servant de moi comme d’un paravent. C’est pourquoi, je vous le répète, « je ne vous ai jamais connus ! Éloignez-vous de moi, fauteurs d’iniquité ! » (Matthieu 7, 23). Vous étiez prévenus que « qui mange et boit mange et boit sa propre condamnation, s’il n’a pas égard au Corps du Seigneur » (1 Corinthiens 11, 29).
Et à vous tous qui êtes témoins de la scène, je dis : « Donc veillez, car vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Matthieu 25, 13) de ma venue. « C’est à une heure imprévue que va venir le Fils de l’homme » (Luc 12, 40). Ce sera une surprise, une sacrée surprise. Et j’aimerais tant que ce soit pour vous une surprise on ne peut plus agréable, la surprise des surprises. Une surprise qui s’épanouira en un émerveillement et une action de grâce éternels.

(fin)

lundi 1 août 2011

La pêche miraculeuse (11)

La pêche miraculeuse (11)

« Fais que je t’aime davantage, augmente mon amour », et celui de tous tes enfants, pour que nous communiquions un incendie d’amour véritable dans le monde, l’incendie de l’Amour de l’Esprit Saint, pour que ce monde s’embrase pour toi, pour qu’il vibre avec toi, qui nous aimes, et qui nous aimes jusqu’au bout (cf. Jean 13, 1).
Alors, après avoir écouté la réponse de son cher Céphas pour la troisième fois, Jésus lui dit : « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Mais, quand tu seras vieux, tu étendras les bras, et un autre te mettra la ceinture et te mènera où tu ne voudrais pas aller » (Jean 21, 17-18). Parce que, si nous sommes libres de suivre ou pas le Seigneur – et Simon-Pierre a fait l’expérience de cette liberté mal employée -, c’est aussi la Providence (lire la suite) qui guide nos pas et nous place dans les circonstances qu’elle prévoit comme devant nous permettre de parvenir réellement à la sainteté. Dans le cas de Pierre, cela passe par la crucifixion, comme son Maître.
Saint Jean précise, en effet, que Jésus « dit cela pour indiquer de quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu. Puis, sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi » (Jean 21, 19). Ces mots, Jésus les avait déjà prononcés trois ans plus tôt, quand il avait appelé Pierre et André son frère, tout en précisant : « Et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes » (Matthieu 4, 19). Et, ce qui est vraiment admirable, sans sourciller, « eux, aussitôt, laissant là leurs filets, le suivirent » (Matthieu 4, 20).
C’est l’appel, l’injonction, que notre Seigneur Jésus-Christ adresse à tout un chacun, du moins à ceux qui ont un minimum de préoccupation spirituelle, qui ne veulent pas vivre comme des animaux sans âme. « Si quelqu’un veut être à mon service, qu’il me suive, et là où je serai sera aussi mon serviteur » (Jean 12, 26), c’est-à-dire là où il est allé nous préparer une place (cf. Jean 14, 3).
Et alors, si quelqu’un me suit réellement, « si quelqu’un veut être à mon service, mon Père l’en honorera » (Jean 12, 26). Mon Père, « qui voit dans le secret » de votre âme (Matthieu 6, 4.6.18), vous le revaudra. Il est comme cela, votre Dieu. Il est reconnaissant de ce que vous m’emboîtiez le pas et, comme toute personne reconnaissante, il manifeste sa joie en vous offrant des cadeaux. « Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 12).

(fin)

jeudi 21 juillet 2011

Arrêts sur christianisme (70)


Arrêts sur christianisme (70)


Le christianisme nous éclaire d’abord sur nos servitudes qui sont dures et humainement invincibles, puisqu’elles s’appellent la mort, la solitude, le péché ; mais ce même christianisme (et c’est exactement la Bonne Nouvelle) nous révèle que le Dieu libre est un Dieu libérateur, qui brise le faux destin de nos servitudes en nous appelant à l’éternité, à la communion, à la sainteté.

Etienne Borne, L’Eglise et la liberté, Semaine des Intellectuels catholiques, Paris, 1952, p. 103.

samedi 11 juin 2011

Zachée (4)

Zachée (4)

Mais cet arrêt n’est ni fortuit ni forcé. Jésus a vu Zachée de loin, et il le connaît à fond. Il veut transformer sa curiosité en quelque chose de plus profond. Il lui réserve une surprise de taille : « Zachée », lui dit-il. Zachée est doublement interloqué. D’abord, que Jésus s’adresse à lui. Ensuite, qu’il le désigne par son prénom, comme s’ils étaient de vieilles connaissances. De fait, Zachée est une connaissance de toujours pour Jésus. Mais le publicain ne peut imaginer ni d’où ni comment.
« Qu'un autre vienne en son propre nom, et vous le recevrez » (Jean 5, 43). Jésus a une vision nettement plus positive de la nature humaine que nous. Il la connaît bien, car c’est lui qui l’a créée. Et il l’a créée bonne (lire la suite) (cf. Genèse 1, 31). Il la connaît de l’intérieur, parce qu’il l’a créée « à son image et à sa ressemblance » (Genèse 1, 27). C’est pourquoi, contrairement à nous, qui jugeons facilement les autres irrécupérables, lui, il est d’avis que tout homme peut se convertir et racheter sa vie. C’est la raison même de son Incarnation. Autrement celle-ci serait dépourvue de sens.
Aux yeux des pharisiens, Zachée est condamné irrémédiablement. Pour Jésus, il peut devenir un saint. Là est toute la différence. Et il veut lui donner l’occasion de s’engager sur la voie du repentir et de la rectification. Deux logiques s’affrontent, deux regards sur l’homme. C’est Jésus, bien sûr, qui nous montre combien l’amour devrait guider notre démarche quotidienne et notre appréciation des autres. Il semble parfois que nous nous réjouissons du mal d’autrui au lieu de nous poser la question de savoir si nous ne pourrions pas faire quelque chose pour lui venir en aide et contribuer à un changement profond de sa vie.
« Quand il arriva à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, hâte-toi de descendre, car aujourd'hui il faut que je demeure dans ta maison » (Luc 19, 5). « Il faut. » Jésus présente sa venue chez Zachée comme un impératif. Ile ne lui laisse pratiquement pas le choix, tout en ne le forçant pas. Mais il lui fait comprendre qu’il existe au moins un rabbi qui ne le méprise pas, qui ne l’exclut pas de sa société et qui n’a pas peur de se mêler aux pécheurs dont il fait partie. Une lumière de bonheur s’allume en lui. Il découvre comme une nouvelle raison de vivre. Il n’est pas l’homme que l’on évite et à qui l’on ne s’adresse qu’en tremblant, mais quelqu’un qui est pris en considération tout simplement dans son humanité, quelqu’un qui semble accepté et reconnu dans sa dignité, indépendamment de sa fonction sociale.

(à suivre…)

lundi 6 juin 2011

Le Christ et la liberté (2)

Le Christ et la liberté (2)

Or, « nous sommes vraiment appelés par grâce à nous conformer au Christ, le Fils du Père, et à être transformées en lui » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n°22). Ne peut le comprendre que celui qui prend suffisamment de recul pour être libre vis-à-vis de lui-même, c’est-à-dire pour ne pas se laisser assujettir aux chaînes du péché, de l’inclination au mal qui se trouve en lui.
La liberté est un vrai don de Dieu, soulignait saint Josémaria (cf. Amis de Dieu, nos 23-38). Un don est offert pour le bien du bénéficiaire. En nous accordant le don de la liberté, Dieu nous fait participer à sa propre vie, qui ne connaît aucune contrainte, et en même temps (lire la suite) il nous permet de réaliser de bonnes œuvres dont il tiendra compte à l’heure de notre jugement et qui, par suite, sont comme un passeport pour l’éternité bienheureuse. « La foi, si elle n’a pas les œuvres, elle est morte radicalement » (Jacques 2, 17). Et nous n’avons pas été créés pour la mort, mais pour la vie. « Père saint, garde-les dans ton nom que tu m’as donné, afin qu’ils soient un comme nous » (Jean 17, 11).
« Si tu veux être parfait » (Matthieu 19, 21). Le Seigneur répond à l’aspiration que celui que nous connaissons sous le nom de « jeune homme riche » lui a manifesté avec enthousiasme. Le Seigneur s’adresse à lui avec une grande délicatesse, sans lui dicter impérativement sa conduite. Il ne lui dit pas d’emblée : « Viens et suis-moi », comme à Lévi, le futur Matthieu (cf. Marc 2, 14), et tu verras comment parvenir à la sainteté. Comme pour le suivre il faut avoir le cœur libre de toute attache terrestre, et tout laisser (cf. Luc 5, 11), il lui ouvre des perspectives en ce sens : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis, viens et suis-moi » (Matthieu 19, 21).
Dans l’après-midi du jour de sa Résurrection, le Seigneur rejoint deux de ses disciples qui fuyaient Jérusalem pour s’en retourner chez eux, totalement abattus par les événements qui venaient de se dérouler dans la Ville Sainte. Il ne se fait pas reconnaître d’eux d’emblée. En chemin, il leur explique tout ce qui, dans les Ecritures, annonçait précisément ces événements, et comment il convenait que le Fils de l’homme souffrit « pour entrer dans sa gloire » (Luc 24, 26). Une fois arrivés au bourg d’Emmaüs, alors même que le jour tombe, il ne veut pas les obliger à l’inviter. Mais eux le pressent d’entrer chez eux, tout heureux qu’ils sont de leur conversation, qui leur a fait comprendre pleinement les choses et leur a redonné un optimisme nouveau. C’est alors, au cours du repas, à la fraction du pain, que Jésus se fait connaître. Telle est sa délicatesse de tous les instants, qui respecte la liberté humaine tout en faisant les premiers pas pour faciliter notre décision de l’aimer et de le suivre.

(fin)

dimanche 5 juin 2011

Le Christ et la liberté (1)

Le Christ et la liberté (1)

En prenant librement l’initiative de s’adresser à l’homme, Dieu rend chacun de nous « capable d’écouter et de répondre à la Parole divine. L’homme est créé dans la Parole et il vit en elle » (Benoît XVI, exhortation apostolique Verbum Domini, n° 22). « Celui qui écoute ma Parole et qui croit en celui qui m’a envoyé a la vie éternelle » (Jean 5, 24). Il vit de la Parole, il vit définitivement, à jamais. Et cette éternité est déjà commencée ici-bas, du fait précisément que Dieu nous parle dans le Fils (Hébreux 1, 1) et que l’Esprit Saint nous fait comprendre tout ce qu’il nous dit (Jean 14, 26) et qui provient directement du Père (Jean 14, 10).
Par suite, l’homme « ne peut se comprendre lui-même s’il ne s’ouvre à ce dialogue » (Benoît XVI, Ibid.), (lire la suite) qui lui permet de se découvrir tel qu’il est, dans sa structure la plus primaire, primordiale, c’est-à-dire en tant qu’enfant de Dieu. L’enfant participe logiquement à la vie de son père. Il est tout rempli de sa parole, qui le guide, l’instruit, le forme en permanence, qu’il s’en rende compte ou non. Mais il se sent bien et en sécurité auprès de son père. Il sait qu’il est chez lui. Que là, il est connu et aimé.
Si l’homme écoute la Parole de Dieu son Père, il est à même d’y répondre, parce que cette Parole est toujours accompagnée d’un secours surnaturel, la grâce, qui dispose l’homme à l’accueillir, et lui donne la capacité à l’incorporer à sa vie, à s’y conformer. Car ce n’est pas une parole quelconque, mais une parole qui est comme un glaive à deux tranchants, « si pénétrante qu'elle va jusqu'à séparer l'âme et l'esprit, les jointures et les moelles ; elle démêle les sentiments et les pensées du cœur » (Hébreux 4, 12).
« La Parole de Dieu révèle la nature filiale et relationnelle de notre vie » (Benoît XVI, Ibid.). L’homme est par nature un être fait pour l’autre. Il ne peut vivre seul, égoïstement, sans autre horizon que lui-même. Il est ontologiquement ouvert, d’abord à Dieu, puis à ses semblables. Il est un être sociable. Et cette sociabilité s’ancre dans la filiation divine. Elle est avant tout communion avec le Dieu trois fois Saint. En le fréquentant, nous constatons la véracité de ces mots du Christ : « La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32).
Or, le Christ est la Vérité (Jean 14, 6). Et le Christ nous libère du péché, du démon et des mirages du monde en donnant sa vie pour nous sur la Croix. Il a pour seules attaches les ailes de l’Amour. Et il nous invite à nous engager volontairement sur cette voie. Il ne nous forcera jamais, car il ne veut pas être servi par des robots sans âme. Cela, c’est le comportement réservé au diable et à ses sbires, qui réduisent leurs proies en esclavage et les privent de toute liberté, en noyant toute résistance de leur part dans le plus lamentable libertinage. Ce libertinage est la démission de l’homme, qui n’arrive plus à se comprendre lui-même, à savoir qui il est, ce qu’il fait sur terre et ce pourquoi il est fait, et qui, du coup, se ferme complètement au dialogue amoureux avec Dieu. Car il ne sait plus ce qu’est aimer.

(à suivre…)

vendredi 11 février 2011

Suivre la Sagesse (1)

Suivre la Sagesse (1)

« Mon fils, si des pécheurs veulent te séduire, ne donne pas ton acquiescement » (Proverbes 1, 10). Sage conseil, parce que les pécheurs veulent en effet nous séduire et nous entraîner avec eux sur leur voie de perdition. Et nous, nous ne voulons pas le mal, mais le bien. Nous sommes prêts à être « le rebut des hommes » (1 Corinthiens 4, 13), pourvu que nous soyons fidèles. « Mon fils, ne va pas avec eux sur le chemin, détourne ton pied de leur sentier ; car leurs pieds courent au mal » (Proverbes 1, 15-16). Et ce n’est pas avec le mal, avec le péché, que l’on construit un monde de bonheur durable. (lire la suite)
« Alors tu comprendras la justice, l'équité, la droiture et tous les sentiers du bien » (Proverbes 2, 9). Oui, « mon bouclier, c’est Dieu qui sauve les hommes au cœur droit » (Psaume 7, 11). « La sagesse crie dans les rues, elle élève sa voix sur les places » (Proverbes 1, 20). Elle se fait entendre au moins par la voix de ses pasteurs, à commencer par celle du plus autorisé d’entre eux, le pape. « La sagesse ne crie-t-elle pas, l'intelligence n'élève-t-elle pas sa voix ? C'est au sommet des hauteurs, sur la route, à la jonction des chemins, qu'elle se place ; près des portes, aux abords de la ville, à l'entrée des portes, elle fait entendre sa voix : « Hommes, c'est à vous que je crie, et ma voix s'adresse aux enfants des hommes. Simples, apprenez la prudence ; insensés, apprenez l'intelligence. Ecoutez, car j'ai à dire des choses magnifiques, et mes lèvres s'ouvrent pour enseigner ce qui est droit. Car ma bouche proclame la vérité » (Proverbes 8, 1-7). La voix de la Sagesse, de la Vérité, n’est-elle pas plus séduisante que celle des athées et des incroyants de tout poil, des sceptiques invétérés et de tous ceux qui aiment se vautrer dans le vice ? « Il leur est arrivé ce que dit un proverbe avec beaucoup de vérité : « Le chien est retourné à son propre vomissement » et : « La truie lavée s'est vautrée dans le bourbier » (2 Pierre 2, 22).
« Lorsque la sagesse viendra dans ton cœur, et que la science fera les délices de ton âme, la réflexion veillera sur toi, et l'intelligence te gardera, pour te délivrer de la voie du mal, de l'homme qui tient des discours pervers, de ceux qui abandonnent les droits sentiers ; afin de marcher dans des chemins ténébreux, qui se réjouissent de faire le mal, et mettent leur plaisir dans les pires perversités ; dont les sentiers sont tortueux et qui suivent des voies obliques » (Proverbes 2, 10-15). La Vérité guide notre conduite, nous libère de l’esclavage du péché, tranche les liens que le démon ne cesse de chercher à nous imposer par toutes sortes d’astuces trompeuses. « La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32). Aussi ai-je résolu de la prendre pour compagne de ma vie, sachant qu’elle serait pour mi une conseillère de tout bien, et une consolation dans les soucis et les peines » (Sagesse 8, 9).

(à suivre…)

vendredi 19 novembre 2010

La Liturgie céleste (19)

La Liturgie céleste (19)

B) Le Christ reviendra « juger les vivants et les morts »

Le Livre de l'Apocalypse se clôt sur une invitation pressante : Amen ! Marana tha, « viens, Seigneur Jésus ! » (Apocalypse 22, 21). « La résurrection de tous les morts, « des justes et des pécheurs », précédera le Jugement dernier. Ce sera « l’heure où ceux qui gisent dans la tombe en sortiront à l’appel de la voix du Fils de l’Homme ; ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie, ceux qui auront fait le mal pour la damnation » ( Jn 5, 28-29). Alors le Christ « viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges (...). Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche (...). Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à la vie éternelle » (Matthieu 25, 31.32.46) » (lire la suite) (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1038). « Alors le juste se dressera en grande assurance, en face de ceux qui l'ont persécuté et qui méprisaient ses labeurs. À cette vue ils seront agités d'une horrible épouvante, ils seront dans la stupeur devant ce salut inespéré » (Sagesse 5, 1-2). Si je voulais parler de liberté liturgique, j'indiquerai, mais c'est un peu forcer son sujet, que notre liberté décide de notre participation à la liturgie céleste ou de notre exclusion.
Cet événement eschatologique, dont nous ignorons le jour et l'heure, mettra à nu face au Christ la vérité sur la relation de chaque homme à Dieu (cf. Jean 12, 49). Il ne s'agit pas de juger de nouveau ceux qui étaient morts à ce moment-là, puisque le jugement particulier à scellé définitivement leur sort. Mais la convocation de toutes les créatures, angéliques, humaines et matérielles, permettra que retentisse la parole définitive de Dieu sur toute l'histoire. « Nous connaîtrons le sens ultime de toute l’œuvre de la création et de toute l’économie du salut, et nous comprendrons les chemins admirables par lesquels Sa Providence aura conduit toute chose vers sa fin ultime. Le jugement dernier révélera que la justice de Dieu triomphe de toutes les injustices commises par ses créatures et que son amour est plus fort que la mort » (cf. Cantique des cantiques 8, 6) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1040).
Alors l’Église sera « consommée dans la gloire céleste, lorsque, avec le genre humain, tout l’univers lui-même, intimement uni avec l’homme et atteignant par lui sa destinée, trouvera dans le Christ sa définitive perfection » (Concile Vatican II, const. dogm. Lumen gentium n° 48). Ce seront « les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (2 Pierre 3, 13). Les élus formeront "la communauté des rachetés, la Cité Sainte de Dieu (cf. Apocalypse 21, 2), « l’Épouse de l’Agneau » (Apocalypse 21, 9) » (Catéchisme de l'Église catholique, n° 1045). Le cosmos lui-même sera régénéré, car « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu (...) avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption. (...) Nous le savons en effet, toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle seule ; nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons nous aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps » (Romains 8, 19-23).

(à suivre…)

mardi 14 septembre 2010

Le 14 septembre

Le 14 septembre

L’Eglise commémore aujourd’hui la Croix glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ, jadis fêtée sous le nom d’Exaltation de la Sainte Croix, qui coexistait avec une fête de l’Invention, c’est-à-dire de la « découvert », de la sainte Croix, célébration qui a été supprimée par la réforme liturgique du concile Vatican II.
Le sens de cette Croix, sur laquelle et par laquelle Jésus-Christ a racheté de la mort éternelle tous ceux qui acceptent de se laisser gagner par l’amour de Dieu, nous est donné par saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur saint Matthieu (54, 4) : « Que personne n’ait honte des symboles sacrés de notre salut, (lire la suite) de la somme de tous les biens, de ce à quoi nous devons la vie et l’être ; portons plutôt partout, et comme une couronne, la Croix du Christ. En effet, tout se fait en nous par la Croix. Lorsque nous devons renaître, la Croix est là ; lorsque nous nous nourrissons de l’aliment mystique, lorsque nous sommes consacrés ministres de l’autel, lorsqu’on accomplit tout ministère, là se trouve toujours ce symbole de la victoire. Aussi nous l’inscrivons, nous la dessinons sur nos maisons, sur nos murs, sur nos fenêtres et sur nos fronts et sur nos cœurs. Parce qu’elle est le signe de notre salut, le signe de la liberté du genre humain, le signe de la bonté du Seigneur envers nous. »
Rappelons-nous que in hoc signum vinces, c’est par ce signe, et uniquement par ce signe, que nous l’emportons sur le démon et sur le mal (ce qui es la même chose). « Pourquoi cette Croix de bois, me demandes-tu ? — Et je te cite ce passage d’une lettre : « En levant les yeux du microscope, le regard tombe sur la Croix noire et vide. Cette Croix sans Crucifié est un symbole. Elle a un sens que les autres ne verront pas. Et celui qui, fatigué, était sur le point d’abandonner la tâche, se remet à l’oculaire et poursuit son travail, parce que la Croix vide appelle des épaules qui la portent » (saint Josémaria, Chemin, n° 277).



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mercredi 14 juillet 2010

La pseudo-démocratie

La pseudo-démocratie

Le droit à la vie originel et inaliénable est discuté ou dénié en se fondant sur un vote parlementaire ou sur la volonté d'une partie — qui peut même être la majorité — de la population. C'est le résultat néfaste d'un relativisme qui règne sans rencontrer d'opposition: le « droit » cesse d'en être un parce qu'il n'est plus fermement fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu'on le fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie, en dépit de ses principes, s'achemine vers un totalitarisme caractérisé. L'État n'est plus la « maison commune » où tous peuvent vivre selon les principes de l'égalité fondamentale, (lire la suite) mais il se transforme en État tyran qui prétend pouvoir disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense, depuis l'enfant non encore né jusqu'au vieillard, au nom d'une utilité publique qui n'est rien d'autre, en réalité, que l'intérêt de quelques-uns.
Tout semble se passer dans le plus ferme respect de la légalité, au moins lorsque les lois qui permettent l'avortement ou l'euthanasie sont votées selon les règles prétendument démocratiques. En réalité, nous ne sommes qu'en face d'une tragique apparence de légalité et l'idéal démocratique, qui n'est tel que s'il reconnaît et protège la dignité de toute personne humaine, est trahi dans ses fondements mêmes : « Comment peut-on parler encore de la dignité de toute personne humaine lorsqu'on se permet de tuer les plus faibles et les plus innocentes? Au nom de quelle justice pratique-t-on la plus injuste des discriminations entre les personnes en déclarant que certaines d'entre elles sont dignes d'être défendues tandis qu'à d'autres est déniée cette dignité? » Quand on constate de telles manières de faire, s'amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution d'une convivialité humaine authentique et à la désagrégation de la réalité même de l'État.
Revendiquer le droit à l'avortement, à l'infanticide, à l'euthanasie, et le reconnaître légalement, cela revient à attribuer à la liberté humaine un sens pervers et injuste, celui d'un pouvoir absolu sur les autres et contre les autres. Mais c'est la mort de la vraie liberté: « En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave du péché » (Jean 8, 34).

Jean-Paul II, encyclique Evangelium vitae, « l’Evangile de la vie », 25 mars 1995, n°20.

samedi 26 juin 2010

26 juin : saint Josémaria

26 juin : saint Josémaria

En ce jour de la fête de saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, voici quelques réflexions sur le message qu’il a proclamé à partir de 1928.

Il avait été beaucoup question jusque-là de travail manuel au monastère, de travail comme tâche ecclésiastique, mais guère de travail dans le monde, de travail professionnel du laïc courant.

Or, l’essence de l’Opus Dei consiste à proclamer qu’« il n’y a pas sur terre un travail humain noble qui ne puisse être divinisé, qui ne puisse être sanctifié. (…) Le travail est intimement lié à l’essence même de la spiritualité propre aux membres de l’Opus Dei : l’exercice de la profession ou du métier, éminent ou humble, selon les critères humains, car, pour Dieu, la catégorie du métier dépend de la catégorie surnaturelle de celui qui l’exerce » (saint Josémaria, Lettre, 31 mai 1954). (lire la suite)

Telle est la nouveauté, bien souvent encore actuelle, de l’esprit de l’Opus Dei. « Une nouveauté qui n’est pas celle de nouveaux moyens ascétiques ou de nouvelles méthodes apostoliques, mais qui consiste à voir sous un jour plus profond les choses de toujours, la vie ordinaire et courante, le travail professionnel. Tel est le charisme – don de Dieu – qui donne sa consistante théorique et pratique à l’Opus Dei, tel est le message qu’il diffuse dans l’Eglise depuis 1928.

Et en le répandant, l’Opus Dei a contribué, dans une grande mesure, à éclairer d’une lumière nouvelle certaines vérités évangéliques, et spécialement l’appel universel à la sainteté, la mission spécifique du laïcat et sa position au sein de la communauté ecclésiale avec tout ce qu’elle implique : « La légitime liberté personnelle des hommes ; le devoir que chaque homme a d’assumer la responsabilité qui lui incombe dans les tâches terrestres ; l’obligation pour chacun de défendre la liberté des autres, tout autant que la sienne propre, et de vivre avec tous ; la charité qui consiste à accepter les autres tels qu’ils sont – parce que chacun de nous commet des fautes et des erreurs – en les aidant, avec la grâce de Dieu et généreusement, à s’amender, afin que nous puissions nous entraider et porter dignement le nome de chrétiens » (24 mars 1931) » (J.-L. Illanes, La Sanctification du travail, Paris, Le Laurier, 2e éd., 1985, p. 138, ouvrage particulièrement utile pour bien comprendre l’esprit de l’Opus Dei).


dimanche 13 juin 2010

La filiation divine (3)

La filiation divine (3)

« Brisons leurs entraves, et jetons loin de nous leurs chaînes » (Psaume 2, 3).Voilà ce qu’ils proclament ! Comme si l’Amour de Dieu n’était pas doux à supporter ? Comme si la Vérité n’apportait pas la vraie liberté ! « La vérité vous rendra libres » (Jean 8, 32). La sujétion de l’Amour donne des ailes pour voler très haut. Mais eux se laissent ballotter par les flots et emporter au vent de toute doctrine, au gré de la fourberie des hommes, au gré de leur astuce à exploiter l’erreur » (Ephésiens 4, 14). Ils ne se laissent emporter curieusement pas par le vent de la doctrine catholique. Elle est considérée comme « politiquement incorrecte », ce qui est un comble, alors qu’elle invite à rendre « à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César » (Luc 20, 25). (lire la suite) Elle entend donc que chacun reste dans son domaine et n’empiète pas sur celui des autres. Ce qui n’abolit nullement le projet apostolique et prosélytiste, bien évidemment, mais dans le respect des différences, de la conscience de chacun, qu’il s’agit d’éclairer. « Allons, ingénions-nous contre lui, de peur qu’il ne s’accroisse » (Exode 1, 10).
Mais eux ne veulent surtout pas de la lumière de la vérité, de peur que « les œuvres des ténèbres » (Romains 13, 12) ne l’emportent. « C’est assez pour l’élève d’être comme celui qui l’instruit et pour le serviteur d’être comme son maître. Si on a appelé le maître de maison Béelzéboul, que sera-ce pour les gens de sa maison ! Ne les craignez donc pas, car il n’est rien de voilé qui ne doive être dévoilé, rien de secret qui ne doive être connu » (Matthieu 10, 25-26), tôt ou tard. Le monde a beau vouloir secouer le joug du Seigneur, c’est en pure perte. Il s’en fait une montagne, parce qu’il imagine que Dieu est aussi tordu que lui. Il ignore aussi que le joug du Seigneur est agréable et son fardeau léger (Matthieu 11, 30), et que « ses commandements ne sont pas écrasants » (1 Jean 5, 3), mais que ce qui prévaut chez lui, c’est la loi de l’Amour. Alors ce monde conspire et continue de comploter contre Dieu et ses saints. C’est une énorme pression dans le domaine moral, où dès que l’on veut vivre un tant soit peu conformément à la loi naturelle, on est taxé de ringard, de vieux-jeu. Depuis quand est-il vieux-jeu de ne pas voler et de ne pas violer, de ne pas mentir ni forniquer, de ne pas tricher ni convoiter la femme d’autrui ? Qui décide de ce qui est vieux-jeu et de ce qui est acceptable de nos jours ? Qui ose s’ériger en maître de morale face au Maître de l’univers ? L’attitude que vantent nos docteurs modernes est décrite dans le point de Chemin (n° 353), de saint Josémaria : « Laïcisme. Neutralité. — Vieux mythes que l’on essaie toujours de rajeunir. As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » Des catholiques-caméléons. Ils croient que nul ne sait qu’ils sont catholiques. Ce en quoi ils se trompent. Tout le monde est au courant. Et l’on se moque d’eux qui se laissent rouler dans la farine et y perdent le peu de prestige qu’ils pouvaient avoir.

(à suivre…)

mercredi 14 avril 2010

Action de grâces (31)


Mon âme est en fête, et je jubile de joie, car le Roi des rois me fait l’honneur de venir à moi. « Ceux qui te connaissent, Seigneur, placent en toi leur espérance, car tu ne délaisses pas ceux qui te cherchent » (Ps 9, 11). Et tu me réponds : « Je me suis laissé trouver par ceux qui me cherchaient ». C’est bien vrai, Seigneur. C’est pourquoi je te cherche et te désire la nuit et le jour. Car mon âme « a soif de Dieu, du Dieu vivant » (Ps 41, 3).
« Tu m’as saisi par la main droite » (Ps 73, 23). Serre-la bien fort, pour que je ne prenne pas la liberté illusoire de m’éloigner, séduit par les mirages de ce monde. Car, (lire la suite) « en dehors de toi, je ne désire rien sur la terre » (Ps 73, 25). Et que pourrais-je donc désirer encore ? Tu es le Bien suprême et infini, illimité, qui n’assouvit jamais les aspirations de mon être au bonheur. Et tu es là, dans mon cœur. Tu m’accompagnes partout où je vais : « Je suis constamment avec toi » (Ps 73, 23), mais tout particulièrement maintenant, d’une façon mystique et sacramentelle. Oui, que pourrais-je vouloir d’autre ? Il faudrait que je sois bien stupide et ingrat et que j’aie la tête en l’air pour ne pas me satisfaire de toi. Préserve-moi de ce danger qui, je le sais, me guettera toujours au long de mon chemin terrestre.
Et je dois bien reconnaître que, par faiblesse, « j’étais stupide et sans intelligence, j’étais comme une bête devant toi » (Ps 73, 22). Cela m’arrive… Fais que je prenne de plus en plus conscience de ta présence ineffable, que je t’aime sans mesure, que je ne pense qu’à toi, que je n’aime que toi, que rien ne vienne me distraire de l’essentiel.
Oui, « pour moi, il est bon d’être proche de Dieu » (Ps 73, 28). Et c’est toi qui es venu me chercher dans mon petit monde mesquin, c’est toi qui as parcouru la distance qui me séparait de toi, c’est toi qui as pris l’initiative de notre rencontre. Merci, Seigneur ! Je ne saurais jamais te remercier suffisamment.
Maintenant que tu es avec moi, pour moi, tout à moi, « accorde-moi, Dieu tout-puissant, de conformer à ta volonté mes paroles et mes actes dans une inlassable recherche des biens spirituels » (prière d’ouverture, 7ème dimanche du temps ordinaire).

dimanche 28 février 2010

Annoncer la vérité

Annoncer la vérité

Le dialogue ne peut être fondé sur l'indifférentisme religieux, et nous avons le devoir, nous chrétiens, de le développer en offrant le témoignage plénier de l'espérance qui est en nous (cf. 1 P 3, 15). Nous ne devons pas craindre que puisse être lésée l'identité de l'autre par ce qui est en fait l'annonce joyeuse d'un don offert à tous et qui doit être proposé à tous dans le plus grand respect de la liberté de chacun : le don de la révélation du Dieu-Amour qui « a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique » (Jn 3, 16). Tout cela, comme la Déclaration Dominus Iesus l'a aussi souligné récemment, ne peut faire l'objet d'une sorte de négociation dialogique, comme s'il s'agissait pour nous d'une simple opinion, alors que c'est pour nous une grâce qui nous remplit de joie, c'est une nouvelle que nous avons le devoir d'annoncer.

Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, n° 56.

jeudi 28 janvier 2010

Le paralytique de la piscine probatique (8)

L'homme, qui a encore du mal à croire qu'il ne rêve pas, se relève puis rassemblant ses maigres biens, il prit son grabat et se mit à marcher (Jean 5, 9) au su et au vu de tout le monde.
La foule éberluée s'écarte pour le laisser passer et retient son souffle. On le félicite de toute part. Ceux qui si souvent on fait comme s'ils ne le voyaient pas jouent aux vieilles connaissances.
L'homme avance. Il ne sait pas encore trop où aller, car cela fait bien longtemps qu'il n'a plus de « chez lui ». De toute façon il se dit :
- Le plus important pour moi en ce moment, c'est d'aller au Temple pour remercier le Tout-Puissant qui, vraiment, a fait en moi des merveilles, saint est son nom ! (cf. Luc 1, 49). Yahvé garde les simples ; j'étais faible et il m'a sauvé ! (Psaume 116 (115), 6).
Il se dirige donc vers le Temple de Salomon, portant toujours son fardeau sur l'épaule. Mais voilà, ce jour-là, c'était sabbat (Jean 5, 9), et le jour du sabbat, il est interdit de porter des charges. Il 'y avait pas prêté attention. Quand même, après trente-huit ans d'immobilité, qui allait lui reprocher quoi que ce soit ?
Eh bien non ! Les Juifs dirent à celui qui venait d'être guéri, non sans une amphe lyrique :
- C'est le sabbat : il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
Ils n'ont pas encore été informés de l'événement qui vient de se produire à la piscine aux cinq portiques. Ils l'apprendront suffisamment tôt, pour se mettre en colère contre ce soi-disant rabbi qui enfreint le jour le plus sacré, le sabbat !
Ils n'ont pas compris que le Fils de l'homme est maître même du sabbat (Luc 6, 5), refusant d'examiner la question, tant elle heurte leurs habitudes et leurs acquis.
Pour eux et, il est vrai, pour tout Juif pratiquant, il est des choses que l'on ne peut pas faire ce jour-là. Ils croient sincèrement que ce serait offenser le Créateur que de ne pas respecter leurs prescriptions. Mais Jésus de Nazareth n'est pas venu abroger, mais parfaire la Loi (Matthieu 5, 17), la sublimer, lui conférer toute sa portée de loi d'Amour et de liberté.
- Il ne t'est pas permis de porter ton grabat (Jean 5, 10).
C'est vrai, à prendre les préceptes légaux au pied de la lettre. Mais ne peut-on pas appliquer l'épiquie, adapter la norme à la situation exceptionnelle de cet homme ?
Il n'entre pas en discussion avec ceux qui l'interpellent d'un ton acerbe, du moins ce n'est pas son intention. Sabbat ou pas sabbat, il leur répondit :
- C'est celui qui m'a guéri qui m'a dit :
- Prend ton grabat et marche (Jean 5, 11).
Celui qui m'a guéri. Il n'en sait pas plus sur cet homme providentiel. Il était tellement heureux une fois remis sur pied qu'il n'a même pas songé à demander :
- « Maître, qui es-tu ? D'où viens-tu ? »
Alors ils lui demandèrent :
- Quel est l'homme qui t'a dit
- Prend ton grabat et marche ? (Jean 5, 12).
Arrivés à ce stade, ils se doutent bien qu'il s'agit de Jésus, et ils se mordent les doigts de s'être laissés prendre au dépourvu, de ne pas avoir anticipé le venue du rabbi à Jérusalem pour la fête, alors que c'était somme toute logique. Ils auraient pu le marquer de plus près et l'empêcher peut-être d'enfreindre une nouvelle foi la Loi.
- « Ce perturbateur de l'ordre public ne nous laissera-t-il donc jamais tranquilles, soupire Elcana. Et tous ces pécheurs qui étalent leur ignorance et ne nous obéissent pas se laissent subjuguer par ce magicien et ses carabistouilles. Quand en aurons-nous fini avec lui ? Quand pourrons-nous célébrer sereinement la gloire du Tout-Puissant sans avoir à rester sur nos gardes, sans craindre l'incursion scélérate de cet imposteur ? »
Ils peuvent bien râler, ce n'est pas cela qui va empêcher Jésus de faire ce pour quoi il est descendu sur terre : La volonté de Celui qui m'a envoyé (Jean 4, 34). C'est pourquoi il attend que les événements suivent leur cours.
L'homme reste interdit, déconcerté, ne sachant que répondre. Il ne savait pas qui avait été l'artisan de ce prodige, car, comme il y avait foule en cet endroit, Jésus avait disparu (Jean 5, 13), et il n'avait pu s'entretenir avec lui.
Constatant qu'il ne dit rien, les Juifs s'adressent de nouveau à lui, sur un ton impératif et autoritaire :
- Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non le jour du sabbat (Luc 13, 14). Six jours, cela ne vous suffit-il pas pour qu'il vous faille offenser Dieu le jour du sabbat ?
Ils ne sont pas contre les guérisons, bien qu'ils soupçonnent que Jésus les réalise grâce à un pouvoir occulte et malfaisant, ce qui est quand même paradoxal. Le bien peut-il sortir du mal ? Cet homme-là ne chasse les démons que par Bélzeébul, chef des démons (Matthieu 12, 24).
- Mais je n'ai rien demandé, proteste l'homme qui a été guéri. Je n'ai rien demandé ni hier ni aujourd'hui. C'est lui qui s'est arrêté devant moi. Enfin quelqu'un qui s'intéresse à moi, me suis-je dis. Ce n'est pas trop tôt. Cela fait trente-huit ans que j'étais là, grabataire, à même le sol. Vous vous rendez compte ? Et il m'a guéri. Je ne me suis pas posé de question quand il m'a dit de prendre mon grabat. L'idée ne m'a pas effleuré l'esprit que ce pouvait être le sabbat. Trente-huit ans que je ne puis me rendre ni au Temple ni à la synagogue. J'ai perdu le compte des jours. De toute façon, c'est très bien comme cela. Me voilà guéri, n'est-ce pas ce qui compte ?
- Tu eux nous faire la leçon en insultant nos Pères et le Tout-Puissant. Tu es né dans le péché et tu veux nous apprendre ce que nous devons faire. Maudit soit le jour où tu es né, espèce de vermine, pécheur invétéré.

(à suivre...)

dimanche 3 janvier 2010

Arret sur christianisme (42)


Arrêts sur christianisme (42)


L'amour divin, incarné dans le Christ, est la loi fondamentale et universelle de la création. Cela doit être entendu non au sens poétique, mais réel. C'est ainsi que l'entendait du reste Dante lui-même, lorsque, dans le vers sublime qui conclut le Paradis et toute la Divine Comédie, il définit Dieu comme "l'amor che move il sole e l'altre stelle", l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles (Paradis, XXXIII, 145). Cela signifie que les étoiles, les planètes, l'univers tout entier ne sont pas gouvernés par une force aveugle, ils n'obéissent pas aux dynamiques de la seule matière. (lire la suite) Ce ne sont donc pas les éléments cosmiques qui doivent être divinisés, mais, bien au contraire, en toute chose et au-dessus de toute chose, il y a une volonté personnelle, l'Esprit de Dieu, qui dans le Christ s'est révélé comme Amour (cf. enc. Spe salvi, n. 5). S'il en est ainsi, alors les hommes - comme l'écrit saint Paul aux Colossiens - ne sont pas esclaves des "éléments du monde" (cf. Col 2, 8), mais sont libres, c'est-à-dire capables d'entrer en relation avec la liberté créatrice de Dieu. Celui-ci est à l'origine de toute chose et gouverne toute chose non à la manière d'un moteur froid et anonyme, mais comme Père, Époux, Ami, Frère, comme Logos, "Parole-Raison" qui s'est unie à notre chair mortelle une fois pour toutes et a partagé pleinement notre condition, en manifestant la puissance surabondante de sa grâce. Il y a donc dans le christianisme, une conception cosmologique particulière, qui a trouvé dans la philosophie et dans la théologie médiévales de très hautes expressions. Celle-ci, même à notre époque, donne des signes intéressants d'une nouvelle floraison, grâce à la passion et à la foi d'un grand nombre de scientifiques qui - sur les traces de Galilée - ne renoncent ni à la raison ni à la foi, et les mettent en revanche pleinement en valeur toutes les deux, dans leur fécondité réciproque.

Benoît XVI, Homélie, 6 janvier 2009.