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vendredi 22 mai 2015

Le Psaume 2 (15)

Le Psaume 2 (15)

L’auteur sacré nous presse de nous placer sous la juridiction paternelle de Dieu sans tarder. « Apprehendite » signifie l’impatience de s’emparer du royaume de Dieu, la hâte, le zèle à apporter à cette conquête : « Le royaume de Dieu souffre violence, les violents s’en emparent » (Luc 16, 16). Saint Paul écrira qu’il court pour saisir : « Ce n’est pas que j’aie déjà atteint le but ou que je sois parvenu déjà à la perfection ; je cours après pour le saisir, parce que j’ai été saisi moi-même par le Christ Jésus » (Philippiens 3, 12). Dieu a saisi l’homme par l’Incarnation et, à notre tour, nous devons nous hâter de saisir Dieu, dira saint Hilaire de Poitiers. (lire la suite) La promesse de la royauté s’est accomplie en notre Seigneur, comme les apôtres l’affirment dans leur prédication : « Nous aussi, nous vous en faisons l’heureuse annonce : la promesse faite à nos pères, Dieu l’a remplie pour nous, ses enfants, en ressuscitant Jésus, suivant ce qui est écrit au psaume second : ‘Tu es mon Fils ; c’est moi qui t’engendre aujourd’hui’ » (Actes 13, 32-33). Saint Hilaire de Poitiers s’appuie sur ce texte, qu’il met en lien avec la déclaration de notre Seigneur une fois ressuscité, disant : « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre » (Matthieu 28, 18). « Par les mots ‘m’est donné’, il indique qu’il avait sollicité ce qu’il a obtenu » (st Hilaire de Poitiers, Commentaire sur le psaume 2, 30). Savoir que nous avons été reliés à Jésus-Christ comme une partie de cet héritage parmi tous les peuples… Cela n’a rien de banal. C’est là un très grand titre, un honneur incommensurable, une terrible responsabilité aussi, qui demande que nous vivions dans le Christ et avec le Christ, afin d’être en tous lieux, « à temps et à contre temps » (2 Timothée 4, 2) comme l’écrit saint Paul, les témoins assurés de la foi dont nous avons hérité, non pour la mettre sous le boisseau (cf. Matthieu 5, 15), mais pour la proclamer sur tous les toits (cf. Luc 12, 3), afin que la lumière de la vérité brille « aux yeux des hommes, pour qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5, 16). (fin)

lundi 18 mai 2015

Le Psaume 2 (13)

Le Psaume 2 (13)

Le Seigneur n’est pas un maître inique, mais la Bonté même, comme le prouve l’Amour qu’il a eu pour nous « jusqu’au bout » (Jean 13, 1), qu’il nous manifeste en réalité de façon permanente. « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jean 3, 17). En même temps Dieu nous associe à son pouvoir : « Recevez l’Esprit Saint » (Jean 20, 22). Ce sont les saints, et nous nous souvenons de ce que les premiers chrétiens se qualifiaient ainsi (cf. Philippiens 4, 21-22), « que l’on doit comprendre comme étant les ‘juges de la terre’, eux dont la foi et la vie sont un jugement rendu aux infidèles et aux injustes. Cela, le Seigneur le montre (lire la suite) dans les Évangiles lorsqu’il dit : ‘Les hommes de Ninive se dresseront lors du jugement avec cette génération, et ils la condamneront, car ils se sont convertis à la prédication de Jonas ; et il y a ici beaucoup plus que Jonas. La Reine du Midi se lèvera lors du jugement avec cette génération et elle la condamnera, car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la Sagesse de Salomon ; et il y a ici plus que Salomon’ (Mt 12, 41-42). Tels seront les juges de la terre dont le rapport à la foi et à la crainte envers Dieu est une condamnation pour les impénitents et les impies » (st Hilaire de Poitiers, Commentaire au psaume 2, 44). Le Christ n’a pas demandé un héritage pour le briser et le massacrer ; le psalmiste fait allusion à Jérémie 18, 4 : « Quand le vase qu’il faisait était manqué, le potier reprenait l’argile dans la main et faisait un autre vase, comme il paraissait bon aux yeux du potier de le faire. » Le Christ fera comme ce potier qui lorsque son vase tombe se hâte de le refaçonner. Tout aussi facilement, Dieu refait son vase « de la manière qui plaît à ses yeux ». Nous, « vases du potier », nous mourons avec le Christ, et renaissons avec lui sous une forme nouvelle qui plaît à Dieu. Nous renaissons par le baptême dans la condition d’enfants de Dieu aptes à entrer au royaume. « Nous nous réjouissons d’être fracassés ‘comme vase de potier’, soit maintenant, soit alors, afin que, maintenant, à la manière du ‘vase de potier’, morts avec le Seigneur et ensevelis avec lui dans le baptême, nous marchions en nouveauté de vie, et que nous renaissions dans l’homme nouveau du Christ, ayant déposé l’ancien ; et qu’alors, par ce progrès en nouveauté de vie bienheureuse, nous soyons transformés selon la forme de la restauration renouvelée qui plaît à Dieu » (st Hilaire de Poitiers, Commentaire au psaume 2, 41). Ce pouvoir sur les nations, Dieu l’accorde non seulement à ses apôtres, qui reçoivent la force de l’Esprit Saint (cf. Actes 1, 8), mais à nous tous, qui sommes aussi disciples du Christ et avons vocation à poursuivre sa mission évangélisatrice. « À celui qui sera vainqueur et qui mettra mes œuvres en pratique jusqu’à la fin, « je donnerai le pouvoir sur les gentils pour les gouverner avec une houlette de fer, comme on brise les vases de terre » (Psaume 2, 8-9), ainsi que je l’ai reçu moi-même de mon Père ? Je lui donnerai aussi l’étoile du matin » (Apocalypse 2, 26-28). (à suivre…)

samedi 16 mai 2015

Le Psaume 2 (12)

Le Psaume 2 (12)

En tant qu’homme, le Christ est constitué héritier de toutes choses. Ne le reconnaît-il pas lui-même : « Je t’ai fait connaître à ceux des hommes que tu as pris du monde pour me les donner. Ils étaient tiens, tu me les as donnés » (Jean 17, 6) ? Comme le souligne Eusèbe de Césarée, « alors que le psaume 1 annonçait la béatitude d’un seul, le Christ, le psaume 2 appelle toute la multitude à la béatitude. Il annonce la vocation des gentils et invite au salut tous les royaumes de la terre. Il prophétise que tous ces biens viendront par le Christ. Après nous avoir expliqué les deux voies, le psalmiste déclare : C’est par la foi en lui, que tous les hommes entreront dans la voie du salut ». (lire la suite) Par cette annonce de nous donner les nations pour héritage, « on ne nous promet plus une terre où coulent le lait et le miel, ni une longue vie, ni une foule d’enfants, ni du blé, ni du vin, ni des troupeaux de gros bétail ou de petit bétail, mais le ciel et les biens du ciel : la filiation divine et la fraternité avec le Fils, et d’avoir part à son héritage, d’être avec lui dans la gloire et de régner avec lui » (st Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 16, 5). Le Dieu Tout-Puissant dit au Messie : « Tu les régiras avec une houlette, ou une verge, de fer ; comme le vase du potier tu les mettras en pièces » (Psaume 2, 9). Le Christ paîtra ses brebis d’un bâton pastoral, dit Eusèbe de Césarée, mais pour les rebelles avec une verge de fer. Il ne les casse pas pour les perdre, dit-il, mais pour les re-former, tout comme le potier qui sauve son matériau en le re-formant avant de le livrer au feu : « Maison d’Israël, ne pourrai-je vous refaire, comme le potier ? » (Jérémie 18, 6). Dieu agit ainsi en vertu de sa puissance : « Avec sa verge de fer – sa puissance éternelle – il brise l’argile terrestre, et fait passer ses sujets à l’incorruptibilité » (st Grégoire de Nysse, tractatus. 2 super Psalmos, c. 7). La Providence se sert de causes secondes pour faire aboutir ses projets. Cette « verge de fer » est, pour Cyrille de Jérusalem, la puissance romaine occupante (cf. Catecheses 13, 12). Quant à saint Hilaire de Poitiers, il fait remarquer que « ce terme ‘régiras’ n’est pas en lui-même de teneur tyrannique et injuste, mais il indique une conduite rationnelle suscitée par un jugement de modération et d’équité, alors que la spécificité du terme grec rapporte, de la part de celui qui régit, un mouvement de l’âme plus modéré. Ce qui pour nous se lit ‘tu les régiras’, se traduit pour les Grecs : ‘Tu les feras paître’, c’est-à-dire tu les régiras pastoralement, pastoraliter reges (poimaneis), à savoir que le soin de devoir les régir procédera d’un mouvement affectueux de l’âme du pasteur. Il est lui-même le Bon Pasteur en effet, celui dont nous sommes les brebis (cf. Jean 10, 11) et pour lesquelles il a déposé sa vie » (st Hilaire de Poitiers, Commentaire au psaume 2, 35). (à suivre…)

mardi 1 septembre 2009

La vraie crainte de Dieu

La vraie crainte de Dieu

À propos du verset 1 (du Ps 128 (127), saint Hilaire (315-367) écrit : « Dans les Écritures, chaque fois qu'il est question de la crainte du Seigneur, il faut remarquer qu'elle n'est jamais citée seule, comme si elle suffisait à nous faire parvenir à une foi achevée », et saint Hilaire de préciser qu'il faut demander cette crainte du Seigneur au travers d'étapes qui passent par la demande de la sagesse de Dieu, la compréhension de sa parole pour approfondir cette sagesse. C'est seulement dans ces conditions « qu'on peut comprendre la crainte du Seigneur. Ce n'est pas ce que pense de la crainte le sens commun, (lire la suite) l'opinion humaine. En effet, la crainte est une émotion due à la faiblesse humaine, qui a peur de subir ce qu'elle ne veut pas lui voir arriver. Elle survient en nous et nous trouble en cas de conscience d'un crime, d'un droit plus puissant, d'attaque d'un plus fort, de maladie, d'assaut d'une bête sauvage et de souffrance provoquée par n'importe quel malheur. Cette crainte ne s'enseigne donc pas, mais elle provient de la faiblesse de notre nature. Nous n'apprenons pas ce qu'il faut craindre mais ce que nous craignons suffit à nous inspirer la terreur ». Et de poursuivre que pour les chrétiens fidèles à leur foi : « La crainte de Dieu se trouve tout entière dans l'amour : une affection parfaite pour sa personne détruit la peur. » Enfin, évoquant les divers chemins par lesquels l'homme doit passer, saint Hilaire conclut son commentaire du verset 3 : « Il y a les chemins de la Loi, ceux des prophètes, des Évangiles, des apôtres et des diverses actions requises par les commandements. Ceux qui y marchent avec la crainte de Dieu sont heureux. »

Cité par Michel Viot, Le Vrai et le faux. Comprendre la pensée de Benoît XVI, Paris, L'œuvre spirituelle, 2009, p. 196.)