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jeudi 10 juillet 2014

Droiture d’intention (5)

Droiture d’intention (5)

« Et moi, ajoute l’interlocuteur divin, je n’aurai pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle il y a cent vingt mille hommes qui ne distinguent par leur droite de leur gauche, et une multitude d’animaux » (Jonas 4, 11), alors qu’ils valent beaucoup plus que tous les oiseaux du ciel (cf. Matthieu 10, 31) et, a fortiori, qu’un pauvre ricin, qui croît aujourd’hui et qui demain sera jeté au four (cf. Matthieu 6, 30) ! Apprenons de cet exemple à rectifier notre intention, à ne pas regarder l’accessoire, si ce n’est en vue de l’offrir pour le succès de l’ensemble de l’opération, et à agir comme on l’attend de nous, comme Dieu nous le demande, afin de lui faire plaisir en tout (cf. Tobie 14, 10 ; Jean 8, 29) et d’être un instrument docile entre ses mains, « comme l’argile dans les mains du potier » (Jérémie 18, 6). (lire la suite) Nous avons un autre exemple de manque de droiture d’intention en la personne du général syrien Naaman (2 Rois 5, 9). Il faut raisonner Naaman pour qu’il finisse par accepter une solution qui n’est pas celle à laquelle il s’attendait pour résoudre son problème. Naaman est le « chef de l’armée du roi de Syrie » (2 Rois 5, 1) et, de ce fait, il est « auprès de son maître un homme puissant et considéré » (Ibid.). L’auteur sacré ajoute que « c’était par lui que le Seigneur avait donné la victoire aux Syriens ; mais ce brave était lépreux (Ibid.). il est donc atteint d’une maladie terrible, qui le met en marge de la société. C’est un coup dur qui risque de briser définitivement sa carrière brillante. On l’imagine effondré quand il a appris la nouvelle de sa maladie. Dieu qui lui avait donné la victoire sur les ennemis de son roi va lui donner aussi la victoire sur cette infirmité. Il va se servir pour cela de causes secondes. Tout comme il s’est servi de la conduite infamante des frères de Joseph qui l’ont vendu aux Ismaélites et qui, de ce fait, l’ont emmené en Égypte où Joseph est devenu le premier ministre du pharaon et a pu préparer la venue de son père et de tous les siens et les sauver ainsi d’une famine gravissime qui affligeait toute la région, ici, c’est une jeune juive, faite prisonnière, et « mise au service de la femme de Naaman » (2 Rois 5, 2), qui va être l’instrument de son salut. En effet, « elle dit à sa maîtresse : Oh ! si mon seigneur voyait le prophète qui est à Samarie, celui-ci le délivrerait de la lèpre » (2 Rois 5, 3). Elle n’a pas le moindre doute à cet égard. On pourrait considérer qu’il s’agit d’un bavardage de bonne femme. Mais enfin, la situation étant ce qu’elle est, aucun moyen n’est à négliger. Naaman se permet d’informer son maître en disant : « La fille du pays d’Israël a dit ceci et cela » (2 Rois 5, 4), et de lui rapporter ses dires et l’espoir qu’elle a fait naître en lui. Alors « le roi de Syrie dit :’Bien ! va et j’enverrai une lettre au roi d’Israël.’ Il partit, emportant dix talents d’argent, six mille pièces d’or et dix vêtements de rechange » (2 Rois 5, 5). Cela fait beaucoup. Mais tout cela est adressé au roi d’Israël, non au prophète de Samarie, quel pouvoir le roi d’Israël a-t-il sur la lèpre de Naaman ? Aucun. L’opération est donc mal enclenchée. « Il remit au roi d’Israël la lettre où il était dit : ‘Or donc, quand cette lettre te parviendra, sache que je t’envoie Naaman, mon serviteur, pour que tu le délivres de la lèpre’ » (2 Rois 5, 6). Le personnage de Naaman n’est pas inconnu du roi d’Israël. Il est au courant de ses exploits, aussi redoute-t-il un piège. « Après avoir lu la lettre, le roi d’Israël déchira ses vêtements et dit : ‘Suis-je un dieu, faisant mourir et faisant vivre pour qu’on me demande de délivrer un homme de la lèpre ? Sachez donc bien et voyez qu’il cherche contre moi un prétexte » (2 Rois 5, 7) à me faire la guerre. Le roi réagit en pensant à lui. Il oublie l’existence du prophète. Dieu sait pourtant s’il a eu souvent recours à lui et qu’il le tient pour un homme de Dieu. (à suivre…)

mardi 8 juillet 2014

Droiture d’intention (4)

Droiture d’intention (4)

La mission que Dieu lui a confiée lui paraissait trop lourde, ce qui l’a poussé à prendre la fuite. Dieu lui a simplifié cette mission en touchant le cœur des Ninivites pour qu’ils se convertissent dès l’aurore de sa prédication, et il en est furieux. Comme l’homme est complexe et incohérent quand il ne pense qu’à lui, et non à la gloire de Dieu et au bien des âmes ! Il est en pleine contradiction avec lui-même, mais il ne semble pas s’en rendre compte. Mourir, comme Jonas le souhaite, est une solution de facilité, qui ne résout rien. C’est un avertissement qui est à prendre au sérieux. Dieu va chercher à faire réagir son prophète par un geste, un événement qui va frapper son esprit. « Le Seigneur Dieu fit qu’il y eut un ricin qui grandit au-dessus de Jonas pour qu’il y eût de l’ombre sur sa tête, afin de le délivrer de son mal ; et Jonas éprouva une grande joie à cause du ricin » (Jonas 4, 6). D’abattu, il devient euphorique. (lire la suite) Il n’en faut pas beaucoup pour nous démonter ou pour nous remonter, nous enflammer, si notre raisonnement reste au plan horizontal, est humain. Seulement les joies d’ici-bas sont fragiles et passagères. « Le Seigneur fit qu’il y eut, au lever de l’aurore, le lendemain, un ver qui attaqua le ricin, et il sécha. Et quand le soleil se leva, le Seigneur fit qu’il y eut un vent brûlant d’orient, et le soleil donna sur la tête de Jonas, au point qu’il défaillit » (Jonas 4, 7-8). Alors, une nouvelle fois, Jonas « demande de mourir et dit : Mieux vaut pour moi mourir que vivre » (Jonas 4, 8). Nous pouvons dire qu’il a de la suite dans les idées. Et en même temps qu’il ne faut pas grand-chose pour qu’il change d’opinion, pour qu’il réagisse dans un sens ou dans un autre. Il ne pense pas à sa mission. Elle est le cadet de ses soucis. Il n’est pas centré sur l’essentiel, qui devrait être de se réjouir profondément : la conversion des Ninivites. Il y a plus de joie à retrouver une brebis égarée que pour les quatre-vingt dix-neuf autres qui sont restées bien sagement dans l’enclos (cf. Matthieu 18, 12-13). Et ici, ce n’est pas un pécheur qui revient à Dieu, mais des centaines, des milliers. Et il ne faudrait pas se réjouir ? Jonas ne pense qu’à mourir parce qu’il a chaud, que le soleil de plomb frappe inexorablement. Il est vraiment bien loin de l’essentiel. Mais ses réactions sont tout sauf logiques, elles ne peuvent pas l’être à partir du moment où Jonas est centré sur ses problèmes, qui sont, il faut bien le reconnaître, de tout petits problèmes. Qui même parfois n’en sont pas du tout. Que Ninive se convertisse, ce n’est certainement pas un problème, mais une solution à un vrai problème, à une malice qui s’était manifestée jusqu’au Seigneur (cf. Jonas 1, 2), comme dans le cas de Sodome et de Gomorrhe (cf. Genèse 18, 20-21). « Alors Dieu dit à Jonas : ‘Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ?’ » (Jonas 4, 9). Et lui, sans réfléchir, se laisse aller à son impression du moment et répond : « Je fais bien de m’irriter jusqu’à en mourir » (Jonas 4, 9). C’est affligeant. C’est aussi pénible à entendre que de voir le jeune homme riche refuser de suivre le Seigneur parce qu’il n’était pas disposé à se dépouiller de tous ses biens (Matthieu 19, 21) pour acquérir une perle de grand prix (cf. Matthieu 13, 46) que le Seigneur lui a présenté, lui a proposé d’acquérir afin d’avoir la vie éternelle à laquelle il aspirait (cf. Matthieu 19, 16). « Je fais bien. » Quelle prétention ridicule. Désirer la mort n’est pas bon en soi. C’est tenter Dieu qui est l’auteur de la vie. Vouloir mourir pour une futilité, c’est une démission intolérable. Alors Dieu tire la morale de l’événement : « Tu as pitié de toi, du ricin pour lequel tu n’as pas peiné et que tu n’as pas fait croître – cela ne t’a rien coûté, c’est un pur don de ma part –, qui en une nuit a surgi et qui en une nuit a péri » (Jonas 4, 10), parce que je suis libre de donner de mes biens à qui je veux et comme je l’entends (cf. Matthieu 20, 15). (à suivre…)

lundi 7 juillet 2014

Droiture d’intention (3)

Droiture d’intention (3)

Les Ninivites se sont mis à prier et Dieu leur a pardonné leurs fautes. Celles-ci étaient bien réelles. C’est à cause d’elles qu’il leur avait député Jonas. Or, ce dernier, dont on ne voit guère qu’il ait prié de son côté pour le succès de son entreprise, « trouva cela très mal, et il en fut irrité » (Jonas 4, 1). Le manque de droiture d’intention de Jonas éclate ici au grand jour. Et il le manifeste explicitement à Dieu à qui il expose ses sentiments, il fait part de son état d’âme : « Ah ! Seigneur, n’est-ce pas là ce que je disais lorsque j’étais dans mon pays ? » (Jonas 4, 2), sous-entendu, « j’avais bien raison (lire la suite) de ne pas vouloir venir à Ninive. Je n’y suis pas utile. Ils n’ont pas besoin de moi pour se convertir. » Jonas est clair et net : « C’est pourquoi je me suis d’abord enfui à Tarsis » (Jonas 4, 2). Et il précise la raison profonde de cette fuite : « Car je savais que tu es un Dieu miséricordieux et clément, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal » (Jonas 4, 2). Il est assez sidérant de l’entendre dire cela. C’est plutôt cynique. L’on dirait qu’il ne veut pas que Dieu pardonne. Ou qu’il est jaloux. Jaloux de ce que le succès de l’appel à la conversion ne puisse lui être attribué ? Pour lui, manifestement, sa mission a échoué. Or, c’est tout le contraire : un succès, un énorme succès. Jonas semble ne pas supporter que Dieu soit clément et miséricordieux. La deuxième phase de l’opération Jonas/Ninive avait bien commencé. Jonas semblait avoir tiré la leçon de sa rébellion première et de ses suites ? il s’était montré docile et coopératif. Son intention cependant n’était pas droite. De toute évidence, il s’attendait à rencontrer de la résistance, ce qui le stimulait d’un point de vue humain, et il pensait triompher grâce à ses propres efforts, à sa ténacité, dont il aurait pu s’attribuer les succès. Jonas est frustré de sa victoire par la conversion soudaine des Ninivites. Il est profondément dépité de n’être pour rien dans ce renversement de situation. Cela l’affecte à tel point qu’il en vient à souhaiter mourir : « Maintenant, Seigneur, prend donc ma vie, car mieux vaut pour moi mourir que vivre » (Jonas 4, 3). Nous voyons par où le bât blesse : « Il vaut mieux pour moi. » Pour moi… Jonas ne pense pas au bien des autres. Il ne se dit pas que la conversion des habitants d’une ville immense, telle qu’il « fallait trois jours pour la traverser » (Jonas 3, 3), était très largement supérieure à sa commodité à lui. Ni que son intérêt véritable était la conversion des Ninivites dès le premier jour plutôt que de devoir sillonner la ville, œuvrer longuement, argumenter et surmonter des oppositions farouches. La réaction de Jonas est disproportionnée. Il est irraisonnable. Terriblement humaine. Ce qui compte pour lui, ce n’est pas d’avoir accompli la Volonté de Dieu, mais c’est l’idée qu’il s’est faite de sa mission et le désir plus ou moins avoué de briller aux yeux des hommes, d’imprimer sa marque aux événements. Après un démarrage on ne peut plus lamentable, Jonas aurait pu, aurait dû acquérir un réflexe d’humilité, et une grande docilité, ce n’est pas le cas, hélas. « Nul doute que tu n’aies bien purifié ton intention, quand tu as dit : je renonce désormais à toute gratitude et à toute récompense humaines » (saint Josémaria, Chemin, n° 789). Nous en sommes bien loin… Il y a sans doute un bout de chemin à parcourir pour en arriver là, mais c’est nécessaire. le Seigneur répondit à Jonas : « As-tu raison de te fâcher ? » (Jonas 4, 4). Nous n’avons pas la réponse de Jonas, si ce n’est qu’il « sortit de la ville et s’assit à l’orient de la ville ; il se fit une hutte et s’assit dessous, à l’ombre, pour voir ce qui arriverait dans la ville » (Jonas 4, 5), et qui, dans son esprit, ne pouvait être que négatif, puisque les Ninivites n’auraient pas dû se convertir aussi rapidement. Il ne sait pas se réjouir du bien d’autrui. Son zèle est amer. (à suivre…)

vendredi 4 juillet 2014

Droiture d’intention (2)

Droiture d’intention (2)

Or, il se produit un coup de théâtre : « Les gens de Ninive crurent en Dieu » (Jonas 3, 5). Comme cela, d’emblée, à la première prédication. Jonas n’a pas eu à insister, à revenir à la charge, ni à expliquer la portée de la menace et des décisions à prendre. D’eux-mêmes, spontanément, « ils publièrent un jeûne et se revêtirent de cilices, tous, grands et petits » (Jonas 3, 5), et ce, sans instruction officielle, de leur propre initiative. « La chose étant parvenue au roi de Ninive, il se leva de son trône, ôta son manteau, se couvrit d’un cilice et s’assit sur la cendre. Et on cria dans Ninive (lire la suite) et on dit : par décret du roi et de ses grands, ces paroles : ‘Que ni homme ni bête, bœuf et brebis, ne goûtent rien, ne paissent point et ne boivent pas d’eau, qu’ils se couvrent de cendres, hommes et bêtes, qu’ils crient vers Dieu avec force, et qu’ils se convertissent chacun de sa conduite mauvaise et des violences qu’ils commettent ! » (Jonas 3, 6-8). Le peu que Jonas a dit a suffi pour que tous, du roi au dernier des Ninivites, prenne conscience de son péché, de sa violence, et ressente le besoin de se convertir de sa « conduite mauvaise ». Ils bénéficient sans doute d’une grâce spéciale pour se tourner délibérément vers le Dieu au nom duquel Jonas s’est adressée à eux. Tout comme Jonas a reçu, pour sa part, les grâces nécessaires pour affronter une mission qui lui paraissait plutôt impossible au premier chef et dont il s’attendait à ce qu’elle lui demande beaucoup de temps et d’effort avant d’obtenir quelques succès, si tant est qu’ils pouvaient être un jour au rendez-vous. Le décret royal se termine sur ces mots : « Qui sait si Dieu ne viendra pas à se repentir, et s’il ne reviendra pas de l’ardeur de sa colère, en sorte que nous ne périssions pas ? » (Jonas 3, 9). L’intention n’est peut-être pas parfaite. La prière et le jeûne publiés sont sans doute motivés par l’instinct de survie, par le désir de ne pas mourir, de ne pas disparaître dans un cataclysme. Mais au moins manifestent-ils la croyance en ce que la prière peut porter des fruits et que Dieu, quel qu’il soit, peut l’exaucer. C’est quand même une prière sincère et fervente. D’autant plus méritoire qu’elle s’adresse à Dieu directement, non aux idoles de Ninive. « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, dit le prophète, et revenez au Seigneur, votre Dieu ; car il est aimable et compatissant, lent à la colère et riche en bonté, et il se repent du mal qu’il inflige » (Joël 3, 13), car il ne prend pas plaisir à la mort du pécheur : « Je ne veux pas la mort de l’impie, mais que l’impie se détourne de sa voie et qu’il vive » (Ézéchiel 33, 11). Qu’il commence par se convertir, et alors il vivra, aussi vrai que moi je vis, dit le Seigneur des armées. Qui sait, oui « qui sait s’il ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne laissera pas subsister après lui une bénédiction » (Joël 2, 14). Car « cette nation, contre laquelle j’ai parlé, se convertit-elle de sa malice, je me repens du mal que je projetais de lui faire » (Jérémie 18, 8). Alors Dieu vit ce que les Ninivites « faisaient, comment ils se convertissaient de leur conduite mauvaise ; et Dieu se repentit du mal qu’il avait parlé de leur faire, et il ne le fit pas » (Jonas 3, 10). C’est conforme à sa promesse, évidemment, puisque Dieu est fidèle au plus haut point, est un modèle de fidélité. (à suivre…)

mercredi 2 juillet 2014

Droiture d’intention (1)

Droiture d’intention (1)

« Or, la parole du Seigneur fut adressée à Jonas, fils d’Amittay, en ces termes : ‘Debout ! Va à Ninive, la grande ville, pour lui prêcher, car leur malice s’est manifestée à moi » (Jonas 1, 1-2). Ninive est l’actuelle Mossoul, sur la rive gauche du Tigre, en Irak. Apparemment, cela ne faisait pas l’affaire de Jonas, qui « chercha à s’enfuir à Tarsis, loin du Seigneur » (Jonas 1, 3). Seulement voilà, il aurait dû se rappeler la réflexion que le roi David se fit un jour : « Où aller loin de ton esprit, où fuir loin de ta face ? Si je monte aux cieux, tu y es ; si je me couche dans le shéol, te voilà ! Si je prends les ailes de l’aurore, et que j’aille habiter au plus loin de la mer, là encore ta main me conduira et ta droite me saisira » (Psaume 139, 7-10). L’on n’échappe pas à Dieu… (lire la suite) Alors tu peux bien monter à bord d’un vaisseau en partance pour Tarsis, Jonas, c’est-à-dire dans la direction diamétralement opposées à celle de Ninive, afin d’aller « loin du Seigneur » (Jonas 1, 3), Dieu est plus fort et plus malin que toi et ses plans s’accomplissent toujours, immanquablement. Après la tempête terrible qui se déclare au point que « le vaisseau manquait de se briser » (Jonas 1, 4), Jonas est conduit par un cétacé qui le rejette sur la terre (cf. Jonas 2, 11). Pendant les trois jours et les trois nuits passés dans les entrailles du cétacé, Jonas a eu le temps de réfléchir sur sa conduite indigne et lâche. Il s’est mis à prier, plaçant son espérance dans le Seigneur : « Ceux qui servent les vanités futiles abandonnent celui qui les aime » (Jonas 2, 1). N’était-ce pas son propre portrait qu’il dessinait ? Mais maintenant qu’il s’est repris, sous la pression des événements ; il ajoute : « Mais moi, chantant la louange, je t’offrirai un sacrifice ; le vœu que j’ai fait, je l’accomplirai. Du Seigneur vient le salut » (Jonas 2, 9-10). Tout semble rentré dans l’ordre. Jonas donne l’impression d’être disposé à exécuter la mission dont Dieu l’a chargé. Il s’appuie sur la prière, ce qui est une excellente chose. Il s’affirme prêt à sacrifier en l’honneur de son Seigneur. C’est parfait. « La parole de Dieu fut adressée à Jonas en ces termes : ‘Debout ! Va à Ninive, la grande ville, et prêche-lui la prédication que je te dirai » (Jonas 3, 5). Jonas n’a pas à se fatiguer : il lui suffit de répéter ce que l’Esprit lui soufflera, et cette fois, « Jonas partit et s’en alla à Ninive, selon la parole du Seigneur » (Jonas 3, 3). Nous poussons un soupir de soulagement. Enfin, ce n’est pas trop tôt. Les apparences sont cette fois en faveur de Jonas. En effet, « il partit et s’en alla à Ninive, selon la parole du Seigneur » (Jonas 3, 3), c’est-à-dire qu’il y va avec l’intention d’annoncer ce que Dieu lui dictera. La docilité entre les mains de Dieu est une bonne chose. Jonas, qui a cherché dans un premier temps à esquiver la mission dont Dieu le chargeait, s’est ravisé, une fois que le Béni l’a ramené sur le droit chemin. Il y a été aidé. Il a reçu un bon coup de pouce… Donc, « Jonas commença à pénétrer dans la ville la marche d’une journée, et il prêcha et dit : ‘Encore quarante jours et Ninive sera détruite » (Jonas 3, 4). Il faut bien reconnaître que le contenu de l’annonce n’est pas particulièrement stimulant. Jonas risque d’être impopulaire et mal reçu. Et nous comprenons que le prophète ait cherché à s’éviter les désagréments qu’elle comporte. En plus, ce ne sont même pas des Juifs à qui il doit s’adresser, eux qui pourraient le comprendre assez facilement, mais à des païens, qui sont a priori beaucoup moins réceptifs à ce genre de prédication venant d’un Dieu qu’ils ignorent. Jonas s’attend à une réaction négative. (à suivre…)

dimanche 11 décembre 2011

L’incrédulité face à la Résurrection (1)


L’incrédulité face à la Résurrection (1)

« Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? » Luc 24, 5), « celui qui vit » et qui peut dire : « J’ai connu la mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles » (Apocalypse 1, 18). « Il n’est pas ici : il est ressuscité » (Luc 26, 4). Les « deux hommes en vêtements éblouissants » (Luc 24, 5) qui s’adressent aux saintes femmes, « Marie la Magdaléenne, Jeanne et Marie mère de Jacques » (Luc 24, 10), ainsi que « les autres femmes qui étaient avec elles » (Luc 24, 10), à savoir Salomé (Marc 15, 40), Suzanne (Luc 8, 3), etc., ces deux anges leur annoncent la bonne nouvelle, la nouvelle inouïe, en avant-première.
Et pour qu’elles ne doutent pas, ils précisent : (lire la suite) « Souvenez-vous qu’il vous a déclaré, étant encore en Galilée, et parlant du Fils de l’homme, qu’il devait être livré aux mains des pécheurs, être crucifié et ressusciter le troisième jour » (Luc 24, 7). Jésus avait fait cette annonce à ses disciples en termes non équivoques, à trois reprises au moins, et en termes voilés dans d’autres circonstances.
Ce n’est pas qu’ils l’aient entendu sans y accorder aucune importance. Bien au contraire. La preuve en est qu’ils en avaient parlé autour d’eux, aux autres disciples et aux saintes femmes, qui étaient donc au courant de ce qui devait arriver au Maître. Plus encore, l’annonce faite aux apôtres ne demeure pas confinée dans ce petit groupe. Il est difficile de garder un secret pour soi, d’observer le silence. Plus Jésus imposait le silence, et plus les gens parlaient (cf. Marc 1, 44)…
En tout cas, les grands prêtres et les pharisiens, eux, ont bien enregistré le dit du Christ et prennent cette annonce au sérieux. Pour eux, la révélation a été indirecte. Mais ils ont apparemment bien compris – une fois n’est pas coutume – l’allusion au séjour de Jonas trois jours et trois nuits dans le ventre du cétacé (Matthieu 12, 40).
Ils ne croient certes pas à la Résurrection. Mais ils ne sont quand même pas rassurés. Aussi, « le lendemain », ils « s’assemblèrent et allèrent trouver Pilate. « Seigneur, lui dirent-ils, nous nous sommes rappelés que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : Trois jours après je ressusciterai. Donne donc des ordres pour que la tombe soit bien fermée jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples viennent le dérober et ne disent au peuple : Il est ressuscité des morts. Cette imposture serait pire que la première » (Matthieu 27, 62-64). S’ils connaissaient l’état d’esprit des apôtres et s’ils les voyaient terrés dans le Cénacle et atterrés, ils n’auraient pas lieu de craindre quoi que ce soit… Ils pourraient, au contraire, se réjouir et crier victoire.
Mais ils n’ont pas oublié que Jésus a parlé de sa Résurrection. Ils n’ont pas été sourds à sa prédication. A la différence des apôtres, ce qui est un comble tout de même !

(à suivre…)

vendredi 25 novembre 2011

Le fardeau léger (6)


Le fardeau léger (6)

Ne prenez pas peur parce que je vous menace de châtiments plus terribles les uns que les autres, dit Dieu. Je n’ai nullement envie de vous frapper à mort. Si je les annonce, c’est pour que vous vous convertissiez, pour que vous reveniez sur vous-mêmes, pour que vous réfléchissiez à votre conduite insensée et que vous reveniez à moi. Voyez mon prophète Jonas. Je l’ai envoyé proclamer : « Encore quarante jours et Ninive sera détruite » (Jonas 3, 4). Mais j’ai dans le même temps ramolli le cœur de ses habitants, et ils se sont aussitôt repentis de leurs méfaits. Ce fut une surprise pour Jonas. Il n’en revenait pas. Il en a été même ulcéré et il m’a reproché l’échec de sa prédication, comme s’il avait souhaité la destruction de la ville. Vous êtes comme cela vous, les hommes. Votre cœur abrite des désirs de vengeance, parfois sous couvert de bons sentiments. (lire la suite) « Veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? » (Luc 9, 54). Vous avez le sang chaud vous, les hommes.
J’ai essayé de lui faire comprendre que si lui avait eu pitié « du ricin pour lequel tu n’as pas peiné et que tu n’as pas fait croître et qui en une nuit a péri », comment « moi, je n’aurai pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle il y a plus de cent vingt mille hommes qui ne distinguent pas leur droite de leur gauche, et une multitude d’animaux » (Jonas 4, 11). Mais je ne suis pas sûr qu’il m’aie compris…
Il est pourtant bien connu de tous que « tantôt je menace une nation ou un royaume de renverser, d’abattre et de détruire. Mais cette nation, contre laquelle j’ai parlé, se convertit-elle de sa malice, je me repens du mal que je projetais de lui faire » (Jérémie 18, 76-8) et c’en est fini du malheur, avant même qu’il ait commencé. Je suis trop content de pardonner à tous mes enfants, un par un. C’en a fait cent-vingt mille d’un coup à Ninive. Vous imaginez ma joie. Et mon pauvre Jonas qui broie du noir… Vous êtes comme cela vous, les hommes, vindicatifs. S’il pouvait entendre la parabole du fils prodigue : « Il fallait festoyer et se réjouir, car ton frère que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il a été retrouvé » (Luc 15, 39). Vous n’êtes pas bien nombreux à le comprendre.

(à suivre…)

mercredi 1 juin 2011

Jésus travaille toujours (5)

Jésus travaille toujours (5)

La réaction de Nicodème est positive, ce qui est bien rare et contraste fortement avec celle des auditeurs du Seigneur, notamment des pharisiens, qui, non satisfaits des prodiges auxquels ils assistent, non sans une colère retenue, car le Seigneur guérit le jour du sabbat ! réclament d’autres signes, comme s’ils allaient y croire alors !
« Des scribes et des pharisiens prirent la parole : « Maître, dirent-ils, nous voudrions voir un signe qui vienne de toi » (Matthieu 12, 28). « Qui vienne de toi ». Veulent-ils par là reconnaître que les signes accomplis par Jésus sont vraiment de Dieu et qu’ils en veulent qui ne soient que de lui ? (lire la suite) Mais le Christ cherche à leur faire comprendre qu’il est l’égal du Père, ce qu’ils prennent pour un blasphème (cf. Jean 10, 33). De toute façon, un autre jour, « les pharisiens et les sadducéens l’abordèrent pour le mettre à l’épreuve, lui demandant de leur faire voir un signe qui vint du ciel » (Matthieu 16, 1).
Cette fois-ci, ils réclament un signe céleste, divin. Comme si les autres étaient purement humains ! S’ils étaient réalisés par la vertu d’un homme, qu’ils s’y essaient donc ! Cette fois-ci les pharisiens sont alliés aux sadducéens, et non aux scribes. Autant dire qu’ils ne lâchent pas prise et qu’ils font feu de tout bois.
« Les Juifs alors lui dirent : « Quel miracle vas-tu nous montrer, pour agir de la sorte ? » (Jean 2, 18), après avoir renversé les tables des changeurs et chassé les marchands du Temple. Il peut leur répondre : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croirez donc pas ! » (Jean 4, 48). « Cette génération est une génération mauvaise : elle réclame un signe, et il ne lui sera pas donné d’autre signe que le signe de Jonas » (Luc 11, 29).
Les gens continuent de réclamer des manifestations spectaculaires de l’existence et de la puissance de Dieu. « Alors que les Juifs réclament des miracles et que les Grecs cherchent la sagesse, nous, nous prêchons un Christ mis en Croix, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 Corinthiens 1, 22-23). C’est là le signe de Jonas : le Christ mort et ressuscité, qui vit éternellement et continue d’agir au milieu de son peuple et tout au long de l’histoire, parce que cette histoire humaine est vécue pour lui à l’unique instant présent.
Or, le plus grand signe que Jésus nous donne, celui qui manifeste le mieux à quel point il est actif et présent dans notre existence quotidienne, est le Sacrifice de l’Eucharistie. La messe, disait saint Josémaria, qui parlait d’expérience, est un véritable travail divin, l’acte par excellence de la présence de Dieu, non seulement au milieu des hommes, mais plus radicalement encore dans l’âme de ceux qui le reçoivent bien disposés.

(fin)

mercredi 16 avril 2008

Le signe de Jesus (1)

Le signe de Jésus (1)

« Cette génération est une génération mauvaise ; elle demande un signe, et il ne lui sera point donné d'autre signe que le signe du prophète Jonas. Car, de même que Jonas a été un signe pour les Ninivites, ainsi le Fils de l'homme en sera aussi un pour cette génération » (Luc 11, 29-30). Le signe du Christ dressé sur la Croix à la face du monde et le signe du Christ ressuscité. « Que de personnes, à notre époque également, sont à la recherche de Dieu, à la recherche de Jésus et de son Église, à la recherche de la miséricorde divine, et attendent un « signe » qui touche leur esprit et leur cœur ! » (lire la suite) (Benoît XVI, Homélie, 26 mars 2006). Mais parfois, fréquemment peut-être, les hommes attendent une manifestation spectaculaire de Dieu. Ils prétendent, sans doute sincèrement, qu'un signe leur suffira pour croire. Dans la parole du riche et du pauvre Lazare (Luc 17, 20-31), Abraham répond au riche qui se trouve en enfer et qui demande que le pauvre aille mettre ses frères en garde contre ce qui les attend s'ils continuent de mener la même vie facile et débauchée que lui : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, même si quelqu'un ressuscitait d'entre les morts, ils ne seraient pas persuadés » (verset 32).
Ceci se vérifie avec la Résurrection du Christ. « Après s'être assemblés avec les anciens et avoir pris une délibération, ils donnèrent une grosse somme d'argent aux soldats, en leur disant : Dites : Ses disciples sont venus de nuit et l'ont dérobé pendant que nous dormions. Que si cela arrive aux oreilles du gouverneur, nous l'apaiserons et nous ferons que vous n'ayez pas d'ennuis » (Matthieu 28, 12-14). La Résurrection ne vient pas à bout de la résistance des anciens. Ils n'acceptent pas de se rendre à l'évidence, eux qui se rappellent fort bien que Jésus avait prédit sa Résurrection. C'est pourquoi ils étaient allés trouver Pilate en lui disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelés que cet imposteur, lorsqu'il vivait encore, a dit : « Dans trois jours je ressusciterai. » Commandez donc que le tombeau soit bien gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent le dérober et disent au peuple : « Il est ressuscité des morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première » (Matthieu 27, 63-64).

(à suivre...)