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jeudi 30 décembre 2010

Une année se termine

Une année se termine

Au terme de cette année, chacun d’entre nous peut remercier Dieu de toutes les grâces qu’il a reçues de lui au cours des 365 jours écoulés. Des grâces qui, bien souvent, nous ont échappé, car le Seigneur n’agit habituellement pas de façon spectaculaire, mais intervient auprès de nous un peu comme une mère et un père se soucient constamment de leurs enfants et leur viennent continuellement en aide sans qu’ils en aient conscience ni ne se rendent compte des sacrifices qu’ils consentent joyeusement pour eux.
Sans doute devons-nous aussi renouveler (lire la suite) notre demande de pardon à Dieu, pour toutes les fois où nous nous sommes écartés de lui volontairement, préférant sottement l’attrait de ce monde à celui de l’Amour de Dieu.
Pour l’un comme pour l’autre, nous venons nous prosterner devant notre Seigneur dans la crèche, et nous demandons à saint Joseph et à Sainte Marie d’intercéder pour nous et de demander au Seigneur de ne pas nous en vouloir, car nous l’aimons quand même sincèrement, et de continuer à nous abreuver de sa grâce, car sans lui nous ne sommes pas capables de faire le bien.
Cet examen de conscience nous permet aussi de penser au monde entier, de récapituler les événements qui ont marqué cette année.
Il est normal que nous ayons une pensée toute spéciale pour ceux de nos frères et de nos sœurs dans la foi qui souffrent précisément en raison de leur foi. Nous constatons depuis des mois une recrudescence des attentats et des persécutions en tous genres contre les chrétiens, qui font l’objet des trois-quarts des atteintes à la liberté de religion dans le monde.
Nous ne pouvons pas rester indifférents à leurs souffrances, qui nous touchent de très près. Demandons au Seigneur d’apaiser les cœurs et de faire en sorte que la paix qu’il est venue apporter au monde devienne une réalité pour tous ceux qui en sont privés.
Et pourquoi ne pas terminer l’année en récitant un Te Deum d’action de grâce au Seigneur Tout-Puissant, qui nous a envoyé le Sauveur à Noël et nous a donné la Vierge Marie pour Mère ?

dimanche 4 juillet 2010

Complainte de l’exilé (2)

Complainte de l’exilé (2)

C’est tout mon être qui est tendu vers toi, qui te désire, ô mon Dieu. C’est une quête, une attente de tous les instants. « Mon âme t’a désiré pendant la nuit, et en moi mon esprit dès l’aube aspire vers toi » (Isaïe 26, 9). Dès mon réveil, dès que je me lève, je pars à ta poursuite. Je fais de nouveau l’assaut de ta forteresse. Je sais bien que je ne suis pas digne de paraître en ta présence. Mais c’est toi qui mets en moi cette profonde aspiration. Si bien que tu te contrains toi-même à exaucer ma pétition, à te manifester au pauvre pécheur que je suis encore.
« Quand irai-je contempler la face de Dieu ? Mes larmes sont ma nourriture jour et nuit » (Psaume 42, 3-4). Car les mondains ne cessent de me tourner en dérision. (lire la suite)) Nous sommes la cible de leurs dards acérés, qu’ils décochent continuellement contre toi et les tiens. C’est bien toi qu’ils visent à travers nous. Tu nous l’as fait savoir : « Bienheureux serez-vous quand les hommes vous haïront, quand ils vous banniront, quand ils vous insulteront et proscriront votre nom à cause du Fils de l’homme. En ce jour-là, soyez dans la joie et tressaillez d’allégresse, car votre récompense sera grande dans le ciel » (Luc 6, 22-23). Les gens de notre époque, comme des époques antérieures, ne cessent de se moquer de nous, de se gausser en répétant d’un air narquois : « Où est votre Dieu ? » Vas-tu les laisser rire ainsi de toi ? « Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce que nous ont valu nos actes » (Luc 23, 41), mais toi, Seigneur, « tu n’as rien fait de répréhensible » (Luc 23, 41). Au contraire, tous reconnaissaient : « Il a tout fait à la perfection » (Marc 7, 37). « Pourquoi dirait-on parmi les peuples : « Où est leur Dieu » ? » (Joël 2, 17).
Pourtant ils le disent. Ils hurlent après ceux qui proclament la vérité, « à temps et à contretemps » (2 Timothée 4, 2). Ils injurient ton vicaire et le traînent dans la boue. Ils salissent ces autres christs que sont tes ministres. Tu as pourtant dit : « Ne touchez pas à mes christs » (1 Chroniques 16, 22). Mais eux n’en ont cure. On dirait que jamais le malin n’a été aussi libre d’agir et de répandre son venin, que le mal n’a jamais été aussi étendu, aussi bien accueilli par autant de cœurs pervertis ! Et tu tolères cela !

(à suivre…)

vendredi 7 mai 2010

Pédophilie de prêtres

Pédophilie de prêtres

A propos de la pédophilie des prêtres, des antécédents troublajavascript:void(0)nts :

mercredi 24 mars 2010

Arrêts sur christianisme (48)

Arrêts sur christianisme (48)

(Que l'Église) soit persécutée, qu'elle soit crucifiée, l'important c'est qu'elle soit fidèle, et si elle est fidèle, c'est précisément en étant crucifiée ; c'est souvent dans l'échec, même apparent, qu'elle sauve les hommes. Et alors retentira la parole bienheureuse : ils regarderont vers celle qu'ils ont crucifié. Ils regarderont vers elle. Et ceci, nous pouvons le penser bien souvent aujourd'hui : les hommes regarderont un jour vers celle qu'ils auront crucifiée ; ils commenceront par crucifier l'Église et puis après ils regarderont vers elle. Ils comprendront ainsi leur ingratitude et ils se tourneront vers elle parce qu'ils sentiront ce grand vide dans le monde quand ils essaient d'empêcher sa mission, alors qu'elle seule pouvait leur apporter les paroles de vie.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Seuil, 1948, p. 153.

jeudi 7 janvier 2010

Le feu du ciel (2)

Le feu du ciel (2)

Alors Jésus les arrête tout net dans leur exaltation dévastatrice et les remet en place « vertement », souligne saint Luc. Il est rare que les évangélistes nous montrent le Seigneur réagir avec cette énergie. C'est aussi le cas quand Pierre prétend, lui aussi dans une bonne intention, écarter Jésus de son chemin qui est celui de la mort sur la Croix : « Vade retro, Satana ! Arrière de moi, satan ! car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux d'un homme » (Marc 8, 33).
- Ne vous ai-je pas appris : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent » (Matthieu 5, 44) ?
- Si, Seigneur. (lire la suite)
- Et ces Samaritains, sont-ils vos ennemis ?
- Non. Ils sont de notre race, même s'ils adorent Dieu sur le mont Garizim et non au Temple.
- Vous ont-ils persécutés ?
- Pas davantage. Ils ne veulent pas te recevoir chez eux.
- Ne devez-vous donc pas à plus forte raison les aimer et prier pour eux ?
Les disciples baissent la tête et avouent :
- Oui, Maître.
- Que vous ai-je dit de faire quand je vous ai envoyés en mission, demande-t-il à Jacques et à Jean.
- D'annoncer le royaume et de guérir toutes les maladies, répond Jacques.
- En ton nom, précise Jean.
- Oui, mais encore, que deviez-vous faire, et qu'avez-vous fait d'ailleurs, quand on ne vous accueillait pas quelque part ?
- Sortir de la ville et secouer sur ses habitants la poussière de nos pieds en témoignage du refus essuyé (cf. Luc 5, 9).
- Exact. Je ne vous ai pas demandé de proférer mon nom pour maudire et anéantir des villages.
- Non Seigneur. Tu as raison.
- Vous voyez bien que la situation est la même.
- Oui, répond Jacques.
- On refuse de nous accueillir aujourd'hui aussi. Aujourd'hui, comme voilà quelques semaines, agissez en artisans de paix, en hommes de bien. Et si cela peut vous soulager, allez-y, secouez maintenant la poussière de vos sandales.
Mais Jacques et Jean ne le font pas. La leçon du Maître est suffisamment éclairante pour qu'ils ne cherchent plus à se distinguer.

(fin)

jeudi 25 juin 2009

Le jeune homme riche (8)

Le jeune homme riche (8)

"Alors Jésus, regardant tout autour de lui, dit à ses disciples :
- Combien difficilement ceux qui ont des richesses entreront dans le royaume de Dieu" (Marc 10, 23), ceux chez qui les soucis de ce monde et la séduction des richesses et les convoitises pour tout le reste pénètrent et étouffent la parole, qui devient stérile (Marc 4, 19).
Oui, je le répète, "malheur à vous, les riches, car vous tenez votre consolation ; malheur à vous, qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim" (Luc 6, 24-25). Pleurez à grands cris sur les malheurs qui vous attendent. "Vos richesses sont pourries et vos vêtements sont dévorés par les vers. Votre or et votre argent sont mangés par la rouille ; leur rouille portera témoignage contre vous et dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez thésaurisé pour les derniers jours !" (Jacques 5, 1-3). (lire la suite) "Mon Père a renvoyé les riches les mains vides" (Luc 1, 53).
Cependant, "c'est maintenant l'heure de vous tirer du sommeil" (Romains 13, 17), de vous réveiller, de vous convertir, "de revenir à moi de tout votre cœur, avec des larmes et des lamentations" (Joël 2, 12). "Je suis, moi, le père des pauvres" (Job 29, 16). Ils ont toute ma sympathie. Ils sont mes préférés. En vérité, en vérité, je vous le dis, "Yahvé écoute les pauvres" (Psaume 69 (68), 34), "il se tourne vers la prière du misérable, et ne (repousse) pas sa supplication" (Psaume 102 (101), 18).
- Alors, Maître, je te prie « pour que tu élèves notre esprit au goût des choses célestes » (Litanie des saints).
- Mon Père técoutera, à coup sûr, Jude. Quand je donne des instructions à mon serviteur pour aller quérir les invités au banquet que j'ai préparé, je lui dit : "Va-t'en vite sur les places et par les rues de la ville, et amène ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux" (Luc 14, 21). Ce sont ceux-là qui ont ma faveur.
Alors, non sans une certaine inquiétude, Pierre lui dit :
- « C'est que nous, nous avons tout quitté pour te suivre. Qu'en sera-t-il pour nous ? »
Il leur dit :
- « En vérité, je vous le dis : Nul n'aura laissé maison, ou femme, ou frères, ou parents, ou enfants à cause du royaume de Dieu, qui ne reçoive bien des fois plus en ce temps-ci et, dans le siècle à venir, la vie éternelle » (Luc 18, 28-30), même qui ne reçoive "au centuple dès maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le siècle à venir la vie éternelle" (Marc 10, 30). Des persécutions... C'est dit en passant, mélangé aux récompenses promises. Ont-ils compris l'enjeu ?

(fin)

mercredi 1 avril 2009

L'Express contre les catholiques


L'Express contre les catholiques


Pour "L’Express.fr", le magazine "Famille chrétienne" n’est pas "une source", et les explications des internautes catholiques doivent être "dénoncées".

Surprenante attitude du site web de L'Express, qui sonne le tocsin de la Grande Peur contre le catholicisme (lire la suite)

lundi 2 mars 2009

L'Église persécutée

L'Église persécutée

Plus grandira la persécution, plus grandira la victoire et plus dit grandir notre joie ! Écoutez saint Pierre : Réjouissons-nous dans la persécution, recommande-t-il, et estimons que c'est la plus grande grâce que Dieu peut accorder à son Église. Notre grande vocation de chrétien est là tout entière. N'êtes-vous pas les disciples de Celui qui a tant souffert pour vous enseigner à souffrir ? Ne craignez pas, Dieu vous réserve, même avant l'éternelle couronne, d'ineffables délices et c'est là le secret de ce mystère d'amour. Ne plaignez pas l'Église dans les catacombes et au milieu des amphithéâtres. Plus elle verse de sang, plus elle est féconde. Ne tremblez jamais pour l'Église quand elle est persécutée, mais tremblez, ou tremblez pour elle si vous la voyez dans les délices. Ou plutôt ne craignez pas. Dieu aime trop son Église pour la laisser dans tribulations. Réjouissez-vous surtout à l'heure actuelle, car jamais tribulation plus grande, jamais tempête plus terrible n'a été déchaînée.

Jacqueline Baylé, Le saint de Toulouse s'en est allé... P. Marie-Antoine de Lavaur Capucin (1825-1907), Toulouse, Éditions du Carmel, 2006, p. 555-556.

lundi 23 février 2009

Vocation à la sainteté (2)

Vocation à la sainteté (2)

Il faut que le Seigneur s'adresse enfin à eux, d'une voix qui domine le bruit des flots en furie et du vent qui hurle, pour qu'ils le reconnaissent, ou du moins aient un début d'espoir. « Confiance ! dit-il, c'est moi ! N'ayez pas peur ! » (Matthieu 14, 27).
Pierre, toujours spontané et rapide, prend la parole pour s'assurer qu'il ne rêve pas. Il demande, peut-être sans trop y réfléchir comme à l'accoutumée - l'heure n'est pas propice aux grandes délibérations - « Seigneur, si c'est toi, commande que j'aille à toi sur les eaux » (ibid., 28). Les autres restent dans l'expectative, avec une lueur d'espoir au cœur. D'un seul coup l'agitation de la barque, les vagues qui continuent de déferler, ne les inquiètent plus. « Et si c'était le Seigneur ! » Ils ont confiance en Lui. (lire la suite) Ils ont déjà été témoins de tant de miracles...
Stupéfiés, ils voient Pierre enjamber le rebord de la barque et se mettre à marcher sur la mer démontée ! La tempête n'a pas diminué d'intensité. La situation reste dramatique. Mais Pierre avance vers ce personnage qu'ils distinguent mal. Et puis, tout à coup, ses compagnons voient qu'il chancelle, qu'il commence à s'enfoncer. « Mon Dieu, Pierre va se noyer ! » Et nous allons tous périr, pensent-ils.
C'est que, « voyant la violence du vent », Pierre avait pris peur. « Comme il commençait à enfoncer, il s'écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt Jésus tendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (ibid. 30-31). En un clin d'œil ils sont dans la barque. Et alors, mais alors seulement, Jésus commande au vent et à la mer et « le vent tomba » (ibid., 32).
Quelle belle leçon pour les tempêtes de notre vie. Celles que le démon suscite dans notre âme par toutes sortes de tentations ; celles aussi qui surgissent dans le monde, où il a beaucoup d'amis. « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront, vous aussi » (Jean 15, 20). Mais « bienheureux serez-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on vous calomniera de toute manière à cause de moi ! Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Les tempêtes se calment tôt ou tard, et celui qui reste fidèle à Dieu, celui qui garde la foi en lui, en l'efficacité de sa grâce, est assuré de la victoire. Et ainsi, de petite victoire en petite victoire, son existence le rapproche de plus en plus du modèle qu'est Jésus-Christ. Il est en passe de devenir saint. Car, en définitive, comme le Seigneur l'a déclaré, « tout est possible à celui qui croit » (Marc 9, 22). La vie chrétienne, la recherche de la sainteté, est et sera toujours une affaire de foi, de foi vivante. (fin)é

lundi 29 décembre 2008

Étienne, le Protomartyr (3)

Étienne, le Protomartyr (3)

Saint Luc nous transmet le dernier discours du saint, une synthèse de sa prédication. Comme Jésus avait montré aux disciples d'Emmaüs que tout l'Ancien Testament parle de lui, de sa croix et de sa résurrection, de même saint Étienne, suivant l'enseignement de Jésus, lit tout l'Ancien Testament d'un point de vue christologique. Il démontre que le mystère de la Croix se trouve au centre de l'histoire du salut raconté dans l'Ancien Testament, il montre que réellement Jésus, le crucifié et le ressuscité, est le point d'arrivée de toute cette histoire. (lire la suite) Et il démontre donc également que le culte du temple est fini et que Jésus, le ressuscité, est le nouveau et véritable « temple ». C'est précisément ce « non » au temple et à son culte qui provoque la condamnation de saint Étienne, qui, à ce moment-là - nous dit saint Luc -, fixant les yeux vers le ciel vit la gloire de Dieu et Jésus qui se trouvait à sa droite. Et voyant le ciel, Dieu et Jésus, saint Étienne dit : « Voici que je contemple les cieux ouverts : le Fils de l'homme est debout à la droite de Dieu » (Actes 7, 56). Suit alors son martyre, qui, de fait, est modelé sur la passion de Jésus lui-même, dans la mesure où il remet au « Seigneur Jésus » son esprit et qu'il prie pour que les péchés de ses meurtriers ne leur soient pas imputés (cf. Actes 7, 59-60).

Le lieu du martyre de saint Étienne à Jérusalem est traditionnellement situé un peu à l'extérieur de la Porte de Damas, au nord, où s'élève à présent précisément l'église Saint-Étienne, à côté de la célèbre École Biblique des Dominicains. La mort d'Étienne, premier martyr du Christ, fut suivie par une persécution locale contre les disciples de Jésus (cf. Actes 8, 1), la première qui ait eu lieu dans l'histoire de l'Église. Celle-ci constitua l'occasion concrète qui poussa le groupe des chrétiens juifs d'origine grecque à fuir de Jérusalem et à se disperser. Chassés de Jérusalem, ils se transformèrent en missionnaires itinérants : "Ceux qui s'étaient dispersés allèrent répandre partout la Bonne Nouvelle de la Parole" (Ac 8, 4). La persécution et la dispersion qui s'ensuit deviennent mission. L'Évangile se diffusa ainsi en Samarie, en Phénicie et en Syrie, jusqu'à la grande ville d'Antioche, où selon Luc il fut annoncé pour la première fois également aux païens (cf. Actes 11, 19-20) et où retentit aussi pour la première fois le nom de « chrétiens » (Actes 11, 26).


(à suivre...)

mercredi 26 novembre 2008

Les voyages de saint Paul (4)

Les voyages de saint Paul (4)

Là (à Antioche) pour la première fois, nous dit saint Luc, les disciples de Jésus furent appelés « chrétiens ». De là Paul alla directement à Éphèse, capitale de la province d'Asie, où il séjourna pendant deux ans, exerçant un ministère qui eut de fécondes répercussions sur la région. D'Éphèse Paul écrivit les lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. La population de la ville fut cependant soulevée contre lui par les orfèvres locaux, qui voyaient diminuer leurs entrées en raison de l'affaiblissement du culte d'Artémis (le temple qui lui était dédié à Éphèse, l'Artemysion, était l'une des sept merveilles du monde antique); il dut donc fuir (lire la suite) vers le nord. Ayant retraversé la Macédoine, il descendit de nouveau en Grèce, probablement à Corinthe, où il resta trois mois et écrivit la célèbre Lettre aux Romains.
De là il revint sur ses pas : il repassa par la Macédoine, rejoignit Troas en bateau et, ensuite, touchant à peine les îles de Mytilène, Chios, et Samos, il parvint à Milet où il tint un discours important aux Anciens de l'Eglise d'Éphèse, traçant un portrait du vrai pasteur de l'Église : cf. Actes 20. Il repartit de là en voguant vers Tyr, d'où il rejoint Césarée Maritime pour remonter encore une fois vers Jérusalem. Il y fut arrêté à cause d'un malentendu : plusieurs juifs avaient pris pour des païens d'autres juifs d'origine grecque, introduits par Paul dans l'aire du temple réservée uniquement aux Israélites. La condamnation à mort prévue lui fut épargnée grâce à l'intervention du tribun romain de garde dans l'aire du temple (cf. Ac 21, 27-36); cet événement eut lieu alors qu'Antoine Félix était gouverneur impérial en Judée. Après une période d'emprisonnement (dont la durée est discutée), et Paul ayant fait appel à César (qui était alors Néron) en tant que citoyen romain, le gouverneur suivant Porcius Festus l'envoya à Rome sous surveillance militaire.

(à suivre...)

mardi 25 novembre 2008

Saint Clément, évêque de Rome (3)

Saint Clément, évêque de Rome (3)

Finalement, la « grande prière » confère un souffle universel aux argumentations précédentes. Clément loue et rend grâce à Dieu pour sa merveilleuse providence d'amour, qui a créé le monde et continue à le sauver et à le sanctifier. L'invocation adressée aux gouvernants revêt une importance particulière. Après les textes du Nouveau Testament, celle-ci représente la prière la plus antique pour les institutions politiques. Ainsi, au lendemain de la persécution, les chrétiens, bien conscients que les persécutions allaient se poursuivre, ne cessent de prier pour les autorités mêmes qui les avaient condamnés injustement. Le motif est avant tout d'ordre christologique : il faut prier pour les persécuteurs, (lire la suite) comme le fit Jésus sur la Croix. Mais cette prière contient également un enseignement qui guide, au fil des siècles, l'attitude des chrétiens à l'égard de la politique et de l'État. En priant pour les autorités, Clément reconnaît la légitimité des Institutions politiques dans l'ordre établi par Dieu ; dans le même temps, il manifeste la préoccupation que les autorités soient dociles à Dieu et « exercent le pouvoir que Dieu leur a donné dans la paix et la mansuétude avec piété » (61, 2). César n'est pas tout. Une autre souveraineté apparaît, dont l'origine et l'essence ne sont pas de ce monde, mais « d'en haut : c'est celle de la Vérité, à laquelle revient également le droit d'être écoutée par l'État.
Ainsi, la lettre de Clément affronte de nombreux thèmes d'une actualité permanente. Celle-ci est d'autant plus significative, qu'elle représente, depuis le premier siècle, la sollicitude de l'Église de Rome qui préside à toutes les autres Église dans la charité. Avec le même Esprit, nous faisons nôtres les invocations de la « grande prière », là où l'évêque de Rome se fait la voix du monde entier : « Oui, ô Seigneur, fais resplendir sur nous ton visage dans le bien de la paix ; protège-nous de ta main puissante... Nous te rendons grâces, à travers le Prêtre suprême et guide de nos âmes, Jésus-Christ, au moyen duquel nous te rendons gloire et louange, à présent et de génération en génération, pour les siècles des siècles. Amen » (60-61).

Benoît XVI, Audience générale, 7 mars 2007.

dimanche 23 novembre 2008

Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1) Saint Clément, évêque de Rome (1)

Saint Clément, évêque de Rome (1)

Après avoir médité avec Benoît XVI sur les figures de chaque Apôtre et sur les premiers témoins de la foi chrétienne, « nous consacrons notre attention aux Pères apostoliques, c'est-à-dire à la première et à la deuxième génération dans l'Église après les Apôtres. Et nous pouvons ainsi voir comment débute le chemin de l'Église dans l'histoire.
Saint Clément, évêque de Rome au cours des dernières années du premier siècle, est le troisième Successeur de Pierre, après Lin et Anaclet. Sur sa vie, (lire la suite) le témoignage le plus important est celui de saint Irénée, évêque de Lyon jusqu'en 202. Il atteste que Clément « avait vu les Apôtres », « les avait rencontrés », et avait « encore dans les oreilles leur prédication, et devant les yeux leur tradition » (Adv. haer. 3, 3, 3). Des témoignages tardifs, entre le quatrième et le sixième siècle, attribuent à Clément le titre de martyr.
L'autorité et le prestige de cet évêque de Rome étaient tels que divers écrits lui furent attribués, mais son unique œuvre certaine est la Lettre aux Corinthiens. Eusèbe de Césarée, le grand « archiviste » des origines chrétiennes, la présente en ces termes : « Une lettre de Clément reconnue comme authentique, grande et admirable nous a été transmise. Elle fut écrite par lui, de la part de l'Église de Rome, à l'Église de Corinthe... Nous savons que depuis longtemps, et encore de nos jours, celle-ci est lue publiquement au cours de la réunion des fidèles » (Hist. Eccl. 3, 16). On attribuait à cette lettre un caractère presque canonique. Au début de ce texte - écrit en grec - Clément regrette que « les adversités imprévues, qui ont eu lieu l'une après l'autre » (1, 1), ne lui aient pas permis une intervention plus prompte. Ces « adversités » doivent être comprises comme la persécution de Domitien : c'est pourquoi la date de la rédaction de la lettre doit remonter à l'époque qui suivit immédiatement la mort de l'empereur et la fin de la persécution, c'est-à-dire tout de suite après 96.
L'intervention de Clément - nous sommes encore au Ier siècle - était rendue nécessaire par les graves problèmes que traversait l'Église de Corinthe : en effet, les prêtres des communautés avaient été déposés par plusieurs jeunes contestataires. Cet événement douloureux est rappelé, encore une fois, par saint Irénée, qui écrit : « Sous Clément, un conflit important étant apparu parmi les frères de Corinthe, l'Église de Rome envoya aux Corinthiens une lettre très importante pour qu'ils se réconcilient dans la paix, qu'ils renouvellent leur foi et annoncent la tradition, qu'ils avaient reçue des Apôtres depuis peu de temps » (Adv. haer. 3, 3, 3). Nous pourrions donc dire que cette lettre constitue un premier exercice du Primat romain après la mort de saint Pierre.

(à suivre...)

dimanche 16 novembre 2008

Des Juifs pour Pie XII pendant la guerre (1)

Des Juifs pour Pie XII pendant la guerre (1)

En 1944, le grand rabbin de Jérusalem, Isaac Herzog, a déclaré : « Le peuple d'Israël n'oubliera jamais ce que Pie XII et ses éminents délégués, inspirés par les principes éternels de la religion qui forment la base d'une civilisation authentique, sont en train de faire pour nos malheureux frères et sœurs, au moment le plus tragique de notre histoire. Une preuve vivante de la divine providence dans ce monde. » (lire la suite)La même année, le sergent-major Joseph Vancover a écrit : « Je voudrais vous parler de la Rome juive, d'un grand miracle : celui d'avoir trouvé des milliers de juifs à Rome. Les églises, les couvents, les religieux et les religieuses et surtout le Pape sont venus en aide aux juifs et les ont sauvés en le arrachant aux griffes des nazis et des fascites italiens qui collaboraient avc ces derniers. Cacher et nourrir des juifs pendant les mois de l'occupation allemande a nécessité de grands efforts non dénués de risques. Certains religieux ont payé de leur vie cette œuvre de sauvetage. Toute l'Église a été mobilisée à cet effet et elle a agi avec beaucoup de fidélité. Le Vatican a été le centre de toutes les opérations d'assistance et de sauvetage dans les conditions de la présence et de la domination nazies ».

Entretien avec Paolo Mieli, directeur du Corriere della Sera, L'Osservatore Romano en Langue Française, 14 octobre 2008.

mardi 16 septembre 2008

Saint Cyprien (1)

Saint Cyprien (1)


Dans la série des catéchèses sur les grandes personnalités de l'Église antique, nous arrivons aujourd'hui avec Benoît XVI « à un éminent évêque du IIIème siècle, saint Cyprien, qui « fut le premier évêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre ». Sa réputation est également liée - comme l'atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire sa vie - à la production littéraire et à l'activité pastorale des treize années qui s'écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1 ; 1, 1). Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme (lire la suite) à l'âge de 35 ans. Il raconte lui-même son itinéraire spirituel : « Alors que je gisais encore comme dans une nuit obscure », écrit-il quelques mois après son baptême, « il m'apparaissait extrêmement difficile et pénible d'accomplir ce que la miséricorde de Dieu me proposait... J'étais lié aux très nombreuses erreurs de ma vie passée et je ne croyais pas pouvoir m'en libérer, tant je secondais mes vices et j'encourageais mes mauvais penchants... Mais ensuite, avec l'aide de l'eau régénératrice, la misère de ma vie précédente fut lavée ; une lumière souveraine se diffusa dans mon cœur; une seconde naissance me transforma en un être entièrement nouveau. De manière merveilleuse, chaque doute commença alors à se dissiper... Je comprenais clairement que ce qui vivait auparavant en moi, dans l'esclavage des vices de la chair, était terrestre, et que ce que l'Esprit Saint avait désormais engendré en moi était, en revanche, divin et céleste » (À Donat, 3-4).
Immédiatement après sa conversion, Cyprien - non sans être envié et en dépit des résistances - fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d'évêque. Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258). Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l'évêque dut s'engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n'avaient pas adopté une attitude correcte face à l'épreuve. Il s'agissait des lapsi - c'est-à-dire de ceux qui étaient « tombés » -, qui désiraient ardemment revenir au sein de la communauté. Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes. Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l'Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté, que dans la confrontation avec les païens. Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l'évêque de Rome, Étienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

(à suivre...)

mercredi 30 juillet 2008

Le decret nazi de persecution des caholiques en 1943

Le décret nazi de persécution des caholiques en 1943

Ordonnance de Kaltenbrunner
chef de l'Office entral de sécurité du Reich
contre « l'activité de l'action catholique française parmi les travailleurs français dans le Reich »
Berlin, le 3 décembre 1943

cité par Mgr Charles Molette, La « Mission Saint Paul » traquée par la Gestapo. Persécution et déportation des militants de l'apostolat catholique français en Allemagne, Paris, François-Xavier de Guibert, 2003.

Du fait de la venue croissante de travailleurs civils français dans le Reich, l'Église catholique de France a essayé (lire la suite) d'obtenir, d'abord par voies de négociation, une assistance morale régulière à ses compatriotes en Allemagne par des prêtres français. Ces demandes ont été repoussées par principe, en raison de l'attitude germanophobe manifestée dès le début par les cardinaux, évêques et prêtres français et à cause du sabotage constant de leur emploi par les travailleurs français dans le Reich. Le secours religieux des travailleurs civils français, belges, hollandais, etc. par des ecclésiastiques de leur pays est et reste interdit et doit être jugulé par tous les moyens.
Par de nombreux renseignements récents il est désormais établi que l'Église catholique de France a entrepris sur une vaste échelle, non seulement par des procédés illégaux de gagner aux idées catholiques les travailleurs civils français, mais encore de les influencer d'une façon intensive dans le sens de leurs objectifs politiques anti-allemands et de les rassembler dans des groupes avec une association fortement organisée.
L'action catholique française cherche à atteindre son but :
1° par l'engagement de nouveaux prêtres et séminaristes français venus dans le Reich, camouflés en travailleurs civils volontaires ;
2° par l'association catholique de jeunes travailleurs « Jeunesse ouvrière chrétienne » (J.O.C., nommée aussi « jocistes »).

Suivent deux annexes et sept « mesures politiques », la dernière étant rédigée comme suit : « 7° Pour une efficace exécution des mesures édictées, il est requis qu'en ce domaine soient étendus et activés les services de répression. »

vendredi 25 avril 2008

Etre apotre (2)


Être apôtre (2)

Le même saint Paul peut dresser une énumération saisissante de ce qu'il lui en a coûté de porter l'Évangile partout où l'Esprit Saint l'envoyait. Aidé et soutenu par la grâce de Dieu, il n'a pas ménagé sa peine en même temps que Dieu permettait qu'il traverse des épreuves de toutes sortes : « Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — je le suis plus qu'eux : bien plus qu'eux par les travaux, biens plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j'ai vu de près la mort ; cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; trois fois, j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme. Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, (lire la suite) les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité ! Et sans parler de tant d'autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Églises ? » (2 Corinthiens 11, 23-28).
Même si nous ne trouverons jamais dans ce genre de situation, de ce comportement « nous pouvons en tirer une leçon plus que jamais importante pour chaque chrétien. L'action de l'Église est crédible et efficace uniquement dans la mesure où ceux qui en font partie sont disposés à payer de leur personne leur fidélité au Christ, dans chaque situation. Là où cette disponibilité fait défaut, manque l'argument décisif de la vérité dont dépend l'Église elle-même » (Benoît XVI, Homélie dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, 28 juin 2007). Être apostolique implique donc de commencer par prendre soin de notre vie intérieure : « C'est pour eux que je me sanctifie » (Jean 17, 19), écrit saint Jean. Pour eux, en pensant à eux, en vue de leur sainteté, pour les aider à grandir en intimité avec Dieu. Tout ce que nous faisons est ainsi tourné vers les autres, à leur profit spirituel, qui passe également par leur bonheur temporel, dans la mesure où il peut dépendre de nous. Notre vie tout entière, avec son « naturel surnaturel » comme aurait dit saint Josémaria, contribue ainsi au bien de nos semblables, édifie dans la durée. « Les hommes attendent de nous, les enfants de Dieu dans son Œuvre, ce bonus odor Christi (« la bonne odeur du Christ »), qui — reposant sur notre tempérance — les enflamme et les entraîne » (saint Josémaria, Instruction, mai 1935-14 septembre 1950, n° 65). « Quelle grande responsabilité que celle des chrétiens, écrit monseigneur Echevarria dans sa Lettre pastorale du 1er septembre 2007. Méditons une fois de plus les mots que saint Josémaria a écrits dans Chemin : « Beaucoup de grandes choses dépendent de ce que, toi et moi, nous nous comportions selon la volonté de Dieu. Ne l'oublie pas » (n° 755). »

(fin)

mardi 22 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (1)

Origène, sa vie, son œuvre (1)

Le pape Benoît XVI déclare : "Dans nos méditations sur les grandes personnalités de l'Église antique, nous faisons aujourd'hui connaissance de l'une des plus importantes. Origène d'Alexandrie est réellement l'une des personnalités les plus déterminantes pour tout le développement de la pensée chrétienne. Il recueille l'héritage de Clément d'Alexandrie, sur lequel nous avons médité mercredi dernier, et le relance vers l'avenir de manière tellement innovatrice, qu'il imprime un tournant irréversible au développement de la pensée chrétienne. Ce fut un véritable « maître », (lire la suite) et c'est ainsi que ses élèves se souvenaient de lui avec nostalgie et émotion: non seulement un théologien brillant, mais un témoin exemplaire de la doctrine qu'il transmettait : « Il enseigna, écrit Eusèbe de Césarée, son biographe enthousiaste, que la conduite doit correspondre exactement à la parole, et ce fut surtout pour cela que, aidé par la grâce de Dieu, il poussa un grand nombre de personnes à l'imiter » (Histoire Ecclésiastique 6, 3, 7).
Toute sa vie fut parcourue par une aspiration incessante au martyre. Il avait dix-sept ans lorsque, en la dixième année du règne de l'empereur Septime Sévère, la persécution contre les chrétiens fut lancée à Alexandrie. Clément, son Maître, abandonna la ville, et le père d'Origène, Léonide, fut jeté en prison. Son fils désirait ardemment le martyre, mais il ne put réaliser ce désir. Il écrivit alors à son père, l'exhortant à ne pas abandonner le témoignage suprême de la foi. Et lorsque Léonide fut décapité, le petit Origène sentit qu'il devait accueillir l'exemple de sa vie. Quarante ans plus tard, alors qu'il prêchait à Césarée, il fit cette confession : « À rien ne me sert d'avoir eu un père martyr, si je n'observe pas une bonne conduite et ne fais pas honneur à la noblesse de ma famille, c'est-à-dire au martyre de mon père et au témoignage qui l'a rendu illustre dans le Christ » (Homélies sur Ézéchiel 4, 8). Dans une homélie successive - lorsque grâce à l'extrême tolérance de l'empereur Philippe l'Arabe, l'éventualité d'un témoignage sanglant semblait s'être évanouie - Origène s'exclama : « Si Dieu m'accordait d'être lavé dans mon sang, recevant ainsi le second baptême après avoir accepté la mort pour le Christ, je m'éloignerais certainement de ce monde... Mais ceux qui méritent ces choses sont bienheureux » (Homélies sur Jude 7, 12). Ces expressions révèlent toute la nostalgie d'Origène pour le baptême du sang. Et finalement, cette aspiration irrépressible fut, tout au moins en partie, exaucée. En 250, au cours de la persécution de Dèce, Origène fut arrêté et cruellement torturé. Affaibli par les souffrances endurées, il mourut quelques années plus tard. Il n'avait pas encore soixante-dix ans.

(à suivre...)

lundi 21 avril 2008

Etre apotre (1)

Être apôtre (1)

Nous connaissons par cœur le commandement missionnaire que Jésus donne à ses apôtres et, au-delà d'eux, à chacun d'entre nous : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 19-20). Il ne s'agit pas d'une simple exhortation morale. C'est une indication impérative qui engage toute notre existence. (lire la suite) Toute notre existence : ce qui veut dire que nous ne sommes en mesure d'évangéliser la société dans laquelle nous vivons et, à partir d'elle, le monde entier, que si nous sommes une âme de prière, une âme eucharistique, une âme éprise de Dieu. Annonçant une « année saint Paul » à l'occasion du deuxième millénaire de la naissance de « l'Apôtre des nations », le pape Benoît XVI faisait remarquer que les résultats de la prédication de l'apôtre « ne sont pas à attribuer à une brillante rhétorique ou à des stratégies apologétiques et missionnaires raffinées. Le succès de son apostolat dépend surtout d'une implication personnelle dans l'annonce de l'Évangile avec un dévouement total pour le Christ ; un dévouement qui ne craignit pas les risques, les difficultés et les persécutions: « Ni mort ni vie, écrivait-il aux Romains, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 37-39) » (Homélie dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, 28 juin 2007).
Rien ne peut nous séparer de Dieu. Rien ne peut non plus nous freiner dans notre apostolat si c'est l'amour désintéressé des âmes qui guide notre action, un amour qui est la traduction extérieure de notre amour de Dieu, qui en est une manifestation sensible.

(à suivre...)

vendredi 12 janvier 2007

Un livre sur les Cristeros au Mexique

Un livre sur les Cristeros au Mexique


Hugues KÉRALY, La véritable histoire des Cristeros, préface du Cardinal Medina Estévez, París, Les Éditions de l’Homme Nouveau, 2006, 223 p.

Jusqu’ici, l’unique livre consacré en France à la révolution cristera, a été rédigé par le professeur Jean Meyer, Apocalypse et révolutions au Mexique. La guerre des Cristeros (1926-1929), París, 1974. L’auteur, qui se définit lui-même comme de gauche, a relevé à quel point l’Église et l’État « apportent le même acharnement à présenter une version officielle commune et tronquée (lire la suite) : il y a eu conflit entre deux institutions,puis l’héroïsme des clercs et celui des hommes d’État ont permis, selon les versions, de parvenir à un modus vivendi où chacun voit sa victoire. Dans cette version à double sens, il n’y a qu’un absent : le peuple en armes qui, trois années durant, tient tête à toutes les forces administratives, économiques et militaires de l’État solidement épaulé par les États-Unis ».
C’est cette histoire que raconte Hugues Kéraly, qui a commencé ses recherches à la fin des années soixante-dix du siècle dernier. Il a pu ainsi rencontrer des survivants, avoir accès à des archives familiales et à des publications semi-clandestines. C’est dire tout l’intérêt de ce travail qui s’appuie sur des documents de première main et pour la plupart inconnus.
Dans leur volonté d’éradiquer totalement et définitivement le catholicisme d’un pays foncièrement catholique, les « desfanatizadores » — comme ils se définissaient eux-mêmes, ceux qui « défanatisent » le peuple — ont mis le pays tout entier hors laloi. Si des Accords n’étaient pas intervenus en 1929, le gouvernement qui ne contrôlait plus que la capitale des États et quelques villes aurait vu le pouvoir lui échapper totalement.
L’auteur montre bien le côté radical de la législation antireligieuse du président Calles (1924-1928), dans un système où les pouvoirs exécutifs et militaires sont confondus. L’antithéisme est imposé à l’armée par la terreur. Le nombre de prêtres est limité État par État. Nombre d’églises sont profanées et détruites. La Loi fédérale du 14 juin 1926 expulse les congrégations religieuses, en particulier celles qui s’adonnent à l’enseignement ; un inventaire des biens de l’Église est dressé en vue de leur nationalisation ; toute organisation professionnelle non gouvernementale (elles sont catholiques) est mise hors-la-loi, etc.
Les évêques réagissent d’une façon surprenante : ils interdisent tout acte de culte dans l’ensemble du pays tout en interdisant au clergé de s’unir au peuple qui lutte pur la liberté religieuse et en les obligeant à résider dans les villes, privant ainsi le peuple de toute aide spirituelle. À l’exception de trois d’entre eux, qui finiront martyrs de la foi, les évêques s’opposent à toute violence contre le gouvernement, qui ne la ménage pas à l’encontre des révoltés.
L’auteur décrit la formation du mouvement spontané de rébellion, qui s’organise peu à peu pour se développer partout, avec ses organisations de jeunes, de femmes, etc. Il montre à quel point les États-Unis ont aidé le gouvernement mexicain, tandis que la hiérarchie et les organisations catholiques des États-Unis se désintéressent du mouvement cristero qu’ils abandonnent à son sort. De nombreux témoignages montre ce qu’il a été et la violence de la répression. Les insurgés sont parfois dépecés en partant des pieds… Ils sont fusillés au cri « ¡Viva el demonio! », « vive le démon ! », tandis qu’ils meurent en criant : « ¡Viva Cristo Rey y la Virgen de Guadalupe! », « Vive le Christ-Roi [d’où le nom de cristero] et Notre-Dame de Guadalupe [patronne du Mexique et des Amériques] ! ».
L’auteur indique aussi avec précision comment on en arrive aux Accords de 1929, alors que le gouvernement est aux abois. Les négociations sont menées par Dwight W. Morrow, l’ambassadeur des États-Unis, dont on ne peut que s’étonner de le voir décider du sort d’un peuple qui n’est pas le sien, et Mgr Ruiz y Flores, président du Comité épiscopal mexicain, face à un gouvernement résolument anticlérical qui ne consent pas à la moindre concession, envoyant ainsi les cristeros au massacre. Car ils obéissent la mort dans l’âme aux ordres de la hiérarchie ecclésiastique, derrière laquelle ils croient voir l’ordre du Saint-Siège. Pourtant Pie XI avait ouvertement soutenu au début la cause des cristeros. Si le Saint-Siège pense que les accords sont bons, cela semble dû, selon l’auteur, entre autres à l’activité déployée par le Père Walsh, jésuite américain.
Les Accords furent loin de mettre un terme au conflit. Les cristeros les respectèrent et déposèrent les armes. Violant ses engagements, le gouvernement en profita pour les éliminer, de sorte que le nombre des victimes fut plus élevé après les Accords que pendant les trois années de révolution…, davantage, selon Hugues Kéraly, que la guerre civile qui éclata en Espagne dix ans plus tard.
L’ouvrage donne in fine une brève biographie des trente-quatre martyrs cristeros béatifiés et canonisés par le pape Jean-Paul II en 2000 et en 2005.