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mercredi 11 mars 2015

Unité de vie (3)

Unité de vie (3)

Nous trouvons bien là une invitation à l’unité de vie. À nous centrer en Dieu à tout moment, en toute circonstance. À découvrir la main de Dieu en tout, comme Dieu lui-même s’est, là encore, chargé de le faire comprendre à saint Josémaria, par une motion divine dans les années 70 : « Recevez tout comme venant des mains de notre Seigneur Jésus-Christ. » Une invitation à voir dans les autres des âmes pour lesquelles le Christ a versé son Sang, comme pour nous, des âmes que nous devons donc aimer, pour qui nous désirons le vrai bien – c’est-à-dire leur salut éternel – et que nous cherchons donc à approcher de lui. (lire la suite) « vous devez maintenant comprendre — avec une clarté nouvelle — que Dieu vous appelle à le servir dans et à partir des tâches civiles, matérielles, séculières de la vie humaine : c’est dans un laboratoire, dans la salle d’opération d’un hôpital, à la caserne, dans une chaire d’université, à l’usine, à l’atelier, aux champs, dans le foyer familial et au sein de l’immense panorama du travail, c’est là que Dieu nous attend chaque jour. Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous qu’il appartient de le découvrir » (Entretiens, n° 114). Ce « quelque chose de divin », il nous appartient de le développer, de le faire fructifier pour la gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, en travaillant, non pour des motifs humains, mais premièrement et fondamentalement par amour. Car, pensons-y bien l’unité de vie, c’est la mise en pratique du grand commandement de l’amour, par lequel Dieu nous demande légitimement de l’aimer, non pas à la petite semaine ou partiellement, mais de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit (cf. Luc 10, 27). Tout, absolument tout dans notre vie doit ainsi être marqué par l’amour, motivé par l’amour, imprégné d’amour, suinter l’amour et, par suite, être source d’amour. C’est effectivement en aimant Dieu pour de bon, sans restriction, que nous pouvons aimer notre prochain comme nous-mêmes, ce qui est la suite du commandement suprême : tu aimeras « ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27). Car celui qui prétend aimer Dieu, qu’il ne voit pas, alors qu’il n’aime pas son prochain, qu’il côtoie, celui-là est un menteur (cf. 1 Jean 4, 20). Seigneur, je veux être trouvé véridique devant toi. Je veux te servir et t’aimer par touts les pores de ma peau spirituelle, de mon organisme surnaturel. Enseigne-moi à ne pas penser à moi, car chaque fois que je pense à moi je brise, ou du moins je fragilise, cette belle harmonie de la prière, du travail et de l’apostolat. Donne-moi, Seigneur, l’amour avec lequel tu veux que je t’aime, lui demandait saint Josémaria dans sa prière. Donne-moi cet amour, sans restriction, pour que j’arrive une bonne fois pour toutes à t’aimer de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces. Que je ne cherche pas à me faire remarquer des autres et que je m’efface devant toi une fois que j’ai fait ce que j’avais à faire. Il faut que tu grandisses, toi, et que moi, je disparaisse, comme saint Jean-Baptiste l’a fait (cf. Jean 3, 30). Ce que le fondateur de l’Opus Dei traduira par cette maxime : « Agir et disparaître, afin que Jésus seul brille. » Cela aussi est de la belle et bonne unité de vie : tout pour Dieu, Deo omnis gloria ! (fin)

dimanche 16 novembre 2014

Unité de vie (4)

Unité de vie (4)

« Vous devez maintenant comprendre — avec une clarté nouvelle — que Dieu vous appelle à le servir dans et à partir des tâches civiles, matérielles, séculières de la vie humaine : c’est dans un laboratoire, dans la salle d’opération d’un hôpital, à la caserne, dans une chaire d’université, à l’usine, à l’atelier, aux champs, dans le foyer familial et au sein de l’immense panorama du travail, c’est là que Dieu nous attend chaque jour. Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous qu’il appartient de le découvrir » (Entretiens, n° 114). Ce « quelque chose de divin », il nous appartient de le développer, de le faire fructifier pour la gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, en travaillant, non pour des motifs humains, mais premièrement et fondamentalement par amour. (lire la suite) Car, pensons-y bien l’unité de vie, c’est la mise en pratique du grand commandement de l’amour, par lequel Dieu nous demande légitimement de l’aimer, non pas à la petite semaine ou partiellement, mais de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit (cf. Luc 10, 27). Tout, absolument tout dans notre vie doit ainsi être marqué par l’amour, motivé par l’amour, imprégné d’amour, suinter l’amour et, par suite, être source d’amour. C’est effectivement en aimant Dieu pour de bon, sans restriction, que nous pouvons aimer notre prochain comme nous-mêmes, ce qui est la suite du commandement suprême : tu aimeras « ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27). Car celui qui prétend aimer Dieu, qu’il ne voit pas, alors qu’il n’aime pas son prochain, qu’il côtoie, celui-là est un menteur (cf. 1 Jean 4, 20). Seigneur, je veux être trouvé véridique devant toi. Je veux te servir et t’aimer par touts les pores de ma peau spirituelle, de mon organisme surnaturel. Enseigne-moi à ne pas penser à moi, car chaque fois que je pense à moi je brise, ou du moins je fragilise, cette belle harmonie de la prière, du travail et de l’apostolat. Donne-moi, Seigneur, l’amour avec lequel tu veux que je t’aime, lui demandait saint Josémaria dans sa prière. Donne-moi cet amour, sans restriction, pour que j’arrive une bonne fois pour toutes à t’aimer de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces. Que je ne cherche pas à me faire remarquer des autres et que je m’efface devant toi une fois que j’ai fait ce que j’avais à faire. Il faut que tu grandisses, toi, et que moi, je disparaisse, comme saint Jean-Baptiste l’a fait (cf. Jean 3, 30). Ce que le fondateur de l’Opus Dei traduira par cette maxime : « Agir et disparaître, afin que Jésus seul brille. » Cela aussi est de la belle et bonne unité de vie : tout pour Dieu, Deo omnis gloria ! (fin)

jeudi 26 juin 2014

ête de saint Josémaria

Fête de saint Josémaria

Homélie pour la Saint-Josémaria prononcée en la cathédrale Notre-Dame de Grenoble L’Évangile que nous venons d’entendre nous parle d’un aspect de la vie chrétienne auquel tenait profondément saint Josémaria, le fondateur de l’Opus Dei, dont nous célébrons aujourd’hui la fête liturgique. Cet aspect, il la qualifié d’« unité de vie ». C’est-à-dire qu’il ne doit pas y avoir de compartiments étanches dans la vie du chrétien, du moins du chrétien cohérent avec la foi qu’il professe et qui reconnaît le grand don de la vie que Dieu le Père lui a fait. L’absence de cohérence se traduit par le fait de mener parallèlement la vie de rapports avec Dieu, la vie familiale, la vie professionnelle, la vie de loisirs, la vie sociale, etc., sans qu’elles se rencontrent. C’est-à-dire sans que la foi imprègne toutes nos activités. Saint Josémaria nous invitait à réfléchir à cette rupture par ce point de Chemin, le plus connu de ses ouvrages : « Laïcisme. Neutralité. — Vieux mythes que l’on essaie toujours de rajeunir. As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). C’est pourtant ce que beaucoup font. Mais c’est effectivement absurde. Plus encore, c’est de l’ingratitude envers Dieu. C’est se comporter pour l’essentiel comme si nous n’étions devenus enfants de Dieu par notre baptême. C’est oublier la recommandation de l’Apôtre : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quelque autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10, 31). Ce n’est donc « pas celui qui m’aura dit : "Seigneur, Seigneur !" qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui qui aura fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 7, 21). Or, « ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Th 4, 3), écrit Paul aux chrétiens de Thessalonique. Nous ne pouvons pas concevoir une sainteté au rabais, minimaliste, se contenant de concéder quelques miettes à Dieu : la messe dominicale, une prière par-ci par-là, notamment en cas de problème. Cela, ce n’est pas rechercher activement la sainteté, mais plutôt tranquilliser sa conscience et se moquer de Dieu. Notre foi doit tout imprégner. La difficulté que nous éprouvons à tout harmoniser dans notre existence si chargée, et notamment à faire une place à Dieu, disparaît si nous regardons la réalité en face : Dieu ne nous demande pas d’accomplir une multitude de tâches, dans la famille, le travail professionnel, la société, etc., et aussi de nous sanctifier. Non. Il nous invite à nous sanctifier dans les occupations familiales, professionnelles, sociales, de détente, etc., et à partir d’elles ; et il nous donne sa grâce pour y parvenir effectivement. C’est pourquoi saint Josémaria peut affirmer : « Pour l’apostolat, il n’y a aucun roc plus sûr que la filiation divine ; pour le travail, aucune source de sérénité en dehors de la filiation divine ; pour la vie de famille, aucune recette meilleure – et nous rendons ainsi la vie agréable aux autres – que de considérer notre filiation divine ; pour nos erreurs, bien que nous touchions du doigt nos misères personnelles, il n’y a pas de plus grande consolation ni de plus grande facilité, si tu veux vraiment aller chercher le pardon et la rectification, que la filiation divine. » C’est ainsi, en effet, que « quiconque donc entend ces paroles que je dis, et les met en pratique, sera semblable à un homme sensé, qui a bâti sa maison sur le roc » (Mt 7, 24). Ce roc est, nous venons de le dire, le sens aigu de la filiation divine. Dieu est mon Père ; il veut mon bien. Et, pour cela, il n’a pas hésité à envoyer son Fils unique prendre une chair semblable à la nôtre en tout hormis le péché (Hb 4, 15), afin de nous ouvrir les portes du ciel. Oui, la sainteté est accessible dans la vie de tous les jours. Mais il nous faut reconnaître cette présence aimante de Dieu dans notre vie. La sainteté est accessible parce que le germe de la sainteté est en nous : c’est, depuis notre baptême, la présence de la Très Sainte Trinité dans notre âme en état de grâce. Elle est accessible parce que le Fils de Dieu, Jésus-Christ, nous a dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 18) et il est resté dans les sacrements, notamment ceux de l’Eucharistie et de la réconciliation. La sainteté est à portée de la main parce que l’Esprit Consolateur est le Sanctificateur qui nous pousse à clamer : « Abba ! Père ! » (Rm 8, 15) et qui intercède lui-même auprès du Père en notre faveur par des gémissements ineffables ! (cf. Rm 8, 26). Que la Vierge Marie, la Toute Sainte, nous guide sur le chemin de notre vie et nous donne l’ambition de la sainteté, pour que nous sachions unifier notre vie tout entière sous le regard aimant de la Trinité Bienheureuse, Père, Fils et Saint-Esprit. Amen.

lundi 16 décembre 2013

Marie et la connaissance de Jésus (4)

Marie et la connaissance de Jésus (4)

Allons à Marie, pour apprendre d'elle davantage de choses sur Jésus, afin de les transmettre opportunément comme les évangélistes l'ont fait dans leurs écrits, et comme la tradition chrétienne nous les a rapportés. Préparons avec Notre Dame les anecdotes que nous allons raconter à tel de nos amis ; l'épisode de la vie de notre Seigneur qu'il convient de lui expliquer pour que cela le captive et qu'il ait envie de s'écrier à son tour : « Que je voie ! » (Marc 10, 51). Ou bien : « Seigneur, apprends-moi à prier ! » (cf. Luc 11, 1) ? Ou encore : « Seigneur je crois, mais viens en aide à mon peu de foi ! » (cf. Marc 9, 24). « Si tu le veux, tu peux me guérir ! » (Marc 1, 40). Et qu'il comprenne que ces mots du Christ s'adressent à lui : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! » (Luc 7, 14). « Marie vous guidera vers ce futur éternel ; elle nous le fait désirer ardemment et découvrir ; elle nous donne son espérance, sa certitude, son désir. Animés par une réalité si splendide, avec une joie indicible, notre pèlerinage terrestre humble et fatigant, illuminé par Marie, se transforme en un chemin sûr - iter para tutum – vers le Paradis » (Paul VI, Homélie, 15 août 1966). (lire la suite) L’apostolat consiste, en bonne partie, peut-être même essentiellement, à établir des relations, à jeter un pont entre nos amis et Dieu, en leur parlant de ce Jésus-Christ dont l’enseignement émerveillait les foules, car il ne parlait pas comme les scribes et les pharisiens, qui ne faisaient que rappeler des interdits et les châtiments dont leur infraction était passible, qui « disent et ne font pas » (Matthieu 23, 3). Non ! L’enseignement de Jésus était dispensé avec autorité (cf. Marc 1, 27) tout en n’étant pas pesant (cf. 1 Jean 5, 3), bien au contraire. Entendre le Seigneur parler des choses d’en haut (cf. Colossiens 3, 2) produisait une joie profonde : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous lorsqu’il nous parlait sur le chemin, tandis qu’il nous dévoilait les Écritures ? » (Luc 24, 32). L‘amour authentique attire irrésistiblement : « Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour […] ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Que cette racine de charité pousse en ton âme, car elle ne peut produire que du bien » (saint Augustin, Super Epistula Ioannis ad Parthos tractatus 7-8). N’en doutons pas, c’est ce qui se passe avec nos amis, quand nous leur parlons de Jésus-Christ, même s’ils mettent parfois du temps à le reconnaître et qu’ils tardent à communiquer autour d’eux la découverte qu’ils ont faite : le Christ est vivant, il est ressuscité, je l’ai vu, j’ai dîné avec lui, comme les disciples d’Emmaüs ! (fin)

dimanche 15 décembre 2013

Marie et la connaissance de Jésus (3)

Marie et la connaissance de Jésus (3)

Nous avons, nous aussi, comme Marie, bien des choses à raconter de Jésus-Christ, car nous sommes de ses amis : « Je vous ai appelés amis » (Jean 15, 15). Mieux et plus, nous appartenons à sa famille, nous sommes domestici Dei, des « membres de la famille de Dieu » (Éphésiens 2, 19). Il nous revient donc d'annoncer la Bonne Nouvelle aux autres, à ceux qui nous entourent et qui, peut-être, ne cessent de nous agresser, parce que l'idée qu'ils se font de Dieu leur est insupportable. Nous pouvons tirer un enseignement des « veilleurs » qui, depuis le printemps 2013, se manifestent partout en France pour s'opposer à la désagrégation forcée de la société, même si nous ne pouvons pas nous contenter d'une attitude passive et qu'il nous faut mettre beaucoup de contenu dans notre action, tout le contenu de l'Évangile de Jésus-Christ, dont le nom et le seul nom qui nous a été donné par lequel nous pouvons être sauvés (cf. Actes 4, 12). (lire la suite) Et si les gens ne viennent pas spontanément à nous pour nous dire: « Nous voudrions voir Jésus », nous irons les chercher pour leur annoncer la nouvelle formidable: « J'ai trouvé le Messie (cf. Jean 1, 41), le Dieu sauveur, le Dieu d'Amour, celui qui t'aime comme un Père, celui qui a donné sa vie pour toi alors que tu n'étais pas encore né, parce qu'il t'aime tendrement, à la folie. » Marie nous aide à formuler une prière qui soit une vraie prière, et à prier en faisant attention à ce que nous disons et à qui nous nous adressons, afin qu'elle soit fructueuse : « C'est une grande arme que la prière, c'est une belle parure que la prière, et une sûreté, et un port, et un trésor de biens, et une richesse que rient ne peut ravir. [...] Invoquez-le vous-mêmes avec la pureté des intentions, avec la sagesse de l'âme ; ne le priez pas par acquis de conscience, ce que font beaucoup de personnes, dont la langue prononce les paroles de la prière, dont la pensée, en même temps, reste souvent dans leur maison, ou se promène sur la place publique, à travers les rues, ce qui est un artifice du démon ; car, comme il sait qu'au moment de la prière, nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés, jaloux de nous fermer ce port, il s'élève alors contre nous ; il chasse notre pensée des paroles que nous prononçons, afin qu'au sortir de l'église, nous en retirions plus de perte que de profit (saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Grande Semaine 6). Nous en connaissons suffisamment sur notre Seigneur, et pas uniquement du point de vue intellectuel et de la foi, mais aussi dans le domaine existentiel. Car ce Jésus dont Marie peut raconter mille anecdotes, rapporter nombre de faits et gestes dont elle seule a été le témoin, parfois avec saint Joseph, mais il n'est plus de ce monde, ce même Jésus n'est pas pour nous un Dieu lointain. Il est aussi proche de nous qu'il l'était d'elle. C'est ce que le bienheureux Charles de Foucauld faisait remarquer. Notre apostolat ne consiste pas à parler d'un Dieu des morts, mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (cf. Marc 12, 26). D'un Dieu qui est lui-même vivant, qui est la Vie (cf. Jean 14, 6), car il est mort, mais il est vraiment ressuscité (cf. Luc 24, 35), et qui « est le même hier, le même aujourd'hui, et il le sera éternellement » (Hébreux 13, 8). (à suivre…)

mercredi 6 novembre 2013

Connaissance de Jésus (3)

Connaissance de Jésus (3)

Marie nous aide à formuler une prière qui soit une vraie prière, et à prier en faisant attention à ce que nous disons et à qui nous nous adressons, afin qu'elle soit fructueuse : « C'est une grande arme que al prière, c'est une belle parure que la prière, et une sûreté, et un port, et un trésor de biens, et une richesse que rient ne peut ravir. [...] Invoquez-le vous-mêmes avec la pureté des intentions, avec la sagesse de l'âme ; ne le priez pas par acquis de conscience, ce que font beaucoup de personnes, dont la langue prononce les paroles de la prière, dont la pensée, en même temps, reste souvent dans leur maison, ou se promène sur la place publique, à travers les rues, ce qui est un artifice du démon ; car, comme il sait qu'au moment de la prière, (lire la suite) nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés, jaloux de nous fermer ce port, il s'élève alors contre nous ; il chasse notre pensée des paroles que nous prononçons, afin qu'au sortie de l'église, nous en retirions plus de perte que de profit (saint Jean Chrysostome, Homélies sur la Grande Semaine 6). Nous en connaissons suffisamment sur notre Seigneur, et pas uniquement du point de vue intellectuel et de la foi, mais aussi dans le domaine existentiel. Car ce Jésus dont Marie peut raconter mille anecdotes, rapporter nombre de faits et gestes dont elle seule a été le témoin, parfois avec saint Joseph, mais il n'est plus de ce monde, ce même Jésus n'est pas pour nous un Dieu lointain. Il est aussi proche de nous qu'il l'était d'elle. C'est ce que le bienheureux Charles de Foucauld faisait remarquer. Notre apostolat ne consiste pas à parler d'un Dieu des morts, mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), du Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (cf. Marc 12, 26). D'un Dieu qui est lui-même vivant, qui est la Vie (cf. Jean 14, 6), car il est mort, mais il est vraiment ressuscité (cf. Luc 24, 35), et qui « est le même hier, le même aujourd'hui, et il le sera éternellement » (Hébreux 13, 8). Allons à Marie, pour apprendre d'elle davantage de choses sur Jésus, afin de les transmettre opportunément comme les évangélistes l'ont fait dans leurs écrits, et comme la tradition chrétienne nous les a rapportés. Préparons avec Notre Dame les anecdotes que nous allons raconter à tel de nos amis ; l'épisode de la vie de notre Seigneur qu'il convient de lui expliquer pour que cela le captive et qu'il ait envie de s'écrier à son tour : « Que je voie ! » (Marc 10, 51). Ou bien : « Seigneur, apprends-moi à prier ! » (cf. Luc 11, 1)? Ou encore : « Seigneur je crois, mais viens en aide à mon peu de foi ! » (cf. Marc 9, 24). « Si tu le veux, tu peux me guérir ! » (Marc 1, 40). Et qu'il comprenne que ces mots du Christ s'adressent à lui : « Jeune homme, je te l'ordonne, lève-toi ! » (Luc 7, 14). « Marie vous guidera vers ce futur éternel ; elle nous le fait désirer ardemment et découvrir ; elle nous donne son espérance, sa certitude, son désir. Animés par une réalité si splendide, avec une joie indicible, notre pèlerinage terrestre humble et fatigant, illuminé par Marie, se transforme en un chemin sûr - iter para tutum – vers le Paradis » (Paul VI, Homélie, 15 août 1966). (fin)

mardi 30 juillet 2013

La montée de Jéricho (3)

La montée de Jéricho (3)

Tous, partout et toujours, du moins les hommes de bonne volonté, parce que les autres, la Parole de Dieu glisse sur eux comme l’eau sur la pierre, tous éprouvent le côté apaisant du contact avec Dieu. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme la donne le monde » (Jean 14, 27). Fort heureusement ! Car la paix des hommes est bien vite rompue et bien fragile, souvent trompeuse… Elle s’envole aussi rapidement que la colombe un rameau dans le bec qui est censée la représenter depuis l’arche de Noé (cf. Genèse 8, 11). (lire la suite) Pratiquons l’« apostolat du repas » pour parler de Dieu à notre interlocuteur, pour lui donner raison de l’espérance qui est en nous (1 Pierre 3, 15) et pour ouvrir son intelligence aux « choses d’en haut, où le Christ demeure assis à la droite de Dieu » (Colossiens 3, 1). Nul doute que Jésus préside ce repas, comme à Béthanie, qu’il vient discrètement, de façon invisible, prendre la place qui lui revient, la place d’honneur, et que c’est lui qui oriente la conversation, pour qu’elle ait de la consistance, de l’épaisseur, qu’elle soit formatrice, positive. Pour que nos amis repartent en se disant : « Jamais homme n'a parlé comme cet homme » (Jean 7, 46). Non pas nous, mais le Christ par nous. ou, si nous préférons, l’Esprit de Jésus par notre bouche. Car dans ce contexte aussi s’applique l’annonce de notre Seigneur : « Ne vous préoccupez pas d'avance de ce que vous direz, mais dites ce qui vous sera donné à l'heure même ; car ce n'est pas vous qui parlerez, mais l'Esprit-Saint » (Marc 13, 11). (suite : chez Simon le lépreux)

lundi 29 juillet 2013

La montée de Jéricho (2)

La montée de Jéricho (2)

Nous entrons pour nous restaurer chez les amis du Seigneur, qui sont déjà nos amis. Parce que « les amis de tes amis sont mes amis ». Ce qui est vrai plus que jamais. Lazare pratique l’apostolat du repas. « ‘Apostolat du repas’ : c’est la vieille hospitalité des patriarches, avec la chaleur fraternelle de Béthanie. – Quand on l’exerce, il semble que l’on entrevoie Jésus présider, comme dans la maison de Béthanie » (saint Josémaria, Chemin, n°974). Notre Seigneur bénéficie de l’accueil de ses amis de Béthanie, qui se mettent entièrement à sa disposition, eux et leur vaste maison, quand il leur fait la joie de revenir. Il n’y pas qu’une bouche à nourrir, mais un fort contingent d’apôtres et de disciples. Qu’à cela ne tienne : il y a de la place pour tous et de quoi les sustenter tous. (lire la suite) Quand Jésus est l’hôte, l’apostolat s’exerce « à l’envers ». Il est reçu chez ses vieilles et sympathiques connaissances, mais nous pourrions dire que c’est plutôt lui qui les reçoit – il préside, en effet – car il se dépense à fond pour eux, il leur parle du Père et du royaume des cieux, il leur ouvre les horizons de la Jérusalem céleste, il leur fait entrevoir qu’i existe beaucoup de demeures dans la maison de son Père (cf. Jean 14, 2). Certes, il peut se reposer et refaire ses forces. Mais il est sur la brèche. Les premiers bénéficiaires de sa présence, ce sont Marthe, Marie et Lazare,… et nous ; et leurs connaissances et amis qu’ils ne manquent pas d’inviter aussi, en nombre raisonnable, pour qu’ils profitent eux aussi du passage du Maître. Là, nous avons vraiment l’« apostolat du repas ». Ils mettent leurs amis en rapport avec Jésus, ils leur permettent ainsi non seulement de l’écouter et de graver dans leur cœur sa doctrine merveilleuse, dont il affirme qu’elle ne vient pas de lui, mais du Père qui l’a envoyé (cf. Jean 14, 24), mais ils leur permettent encore de l’interroger, et de lui ouvrir leur cœur. Et de prier. Ce qui est absolument fondamental, vital pourrait-on dire. « Un saint qui ne prierait pas ?… — Je ne crois pas à cette sainteté-là » (saint Josémaria, Chemin, n°107). Et, comme on peut bien l’imaginer, sans que ce soit une prière formelle, exprimée par des paroles, le contact avec le Seigneur suscite immédiatement une prière du cœur, élève l’âme, fait ressentir au plus profond de l’être à quel point « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16). Comme les disciples d’Emmaüs ont bien su exprimer ces sentiments qui s’emparent de l’âme et l’embrasent, quand ils se sont dit l’un à l’autre, après avoir reconnu Jésus à la fraction du pain : « Est-ce que notre cœur n'était pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le chemin, tandis qu'il nous dévoilait les Ecritures ? (Luc 24, 32) ! (à suivre…)

jeudi 1 novembre 2012

Sainteté pour tous

Sainteté pour tous

La façon spécifique dont les laïcs ont à contribuer à la sainteté et à l'apostolat de l'Église est l'action libre et responsable au sein des structures temporelles, en y portant le ferment du message chrétien. Le témoignage de vie chrétienne, la parole qui éclaire au nom de Dieu, et l'action responsable, de manière à servir les autres en contribuant à la solution des problèmes communs, voilà autant de manifestations de cette présence par laquelle le chrétien ordinaire accomplit sa mission divine. Depuis de très nombreuses années, depuis la date même de la fondation de l'Opus Dei, j'ai médité et fait méditer les paroles du Christ que nous rapporte saint Jean : et ego, si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum (Jn 12, 32). Le Christ, en mourant sur la Croix, attire à Lui (lire la suite) la création tout entière et, en son nom, les chrétiens, qui travaillent au milieu du monde, ont à réconcilier toutes les choses avec Dieu, et à placer le Christ au sommet de toutes les activités humaines.
Je voudrais ajouter qu'à côté de cette prise de conscience des laïcs, il se produit un développement analogue dans la sensibilité des pasteurs. Ils se rendent compte du caractère spécifique de la vocation laïque, qui doit être encouragée et favorisée au moyen d'une pastorale qui porte à découvrir, au sein du Peuple de Dieu, le charisme de la sainteté et de l'apostolat dans les formes infinies et très diverses sous lesquelles Dieu l'accorde. Cette nouvelle pastorale est très exigeante, mais, à mon sens, absolument nécessaire. Elle requiert le don surnaturel du discernement des esprits, la sensibilité aux choses de Dieu, l'humilité qui consiste à ne pas imposer ses préférences personnelles et à aider ce que Dieu infuse dans les âmes. En un mot : l'amour de la liberté légitime des enfants de Dieu, qui trouvent le Christ, deviennent porteurs du Christ, et suivent des chemins très divers, mais tous également divins. L'un des plus grands dangers qui menacent aujourd’hui l'Église pourrait bien être, justement, de ne pas reconnaître ces exigences divines de la liberté chrétienne, et, en se laissant aller à de fausses raisons d'efficacité, de prétendre imposer une uniformité aux chrétiens. À la base de cette attitude, il y a quelque chose non seulement de légitime, mais de louable : le désir que l'Église rende un témoignage tel qu'il émeuve le monde moderne. Je crains fort, néanmoins, que le chemin ne soit mauvais et qu'il n'aboutisse, d'une part, à compromettre la hiérarchie dans les questions temporelles pour ne déboucher alors que sur un cléricalisme différent, mais aussi néfaste que celui des siècles passés ; et, d'autre part, à isoler les laïcs, les chrétiens ordinaires, du monde où ils vivent, pour en faire les porte-parole des décisions ou des idées conçues en dehors de ce monde. Il me semble qu'on nous demande, à nous les prêtres, l'humilité d'apprendre à ne pas être à la mode, d'être réellement les serviteurs des serviteurs de Dieu — nous souvenant de ce cri de Jean-Baptiste : illum oportet crescere, me autem minui (Jn 3, 30), il faut que lui grandisse et que moi, je décroisse — pour que les chrétiens ordinaires, les laïcs, rendent le Christ présent, dans tous les milieux de la société. La mission de répandre la doctrine, d'aider à pénétrer les exigences personnelles et sociales de l'Évangile, d'engager à discerner les signes des temps, c'est, et ce sera toujours, une des tâches fondamentales du prêtre. Mais tout travail sacerdotal doit s’accomplir dans le plus grand respect de la légitime liberté des consciences : chaque homme doit librement répondre à Dieu. Au surplus, tout catholique, outre l'aide que lui apporte le prêtre, reçoit lui aussi de Dieu des lumières propres, des grâces d'état qui lui permettent de remplir la mission spécifique dont il est chargé, en tant qu'homme et en tant que chrétien. Si l'on croit que le clergé doit nécessairement parler et être toujours présent pour que la voix du Christ se fasse entendre dans le monde d'aujourd'hui, c'est qu'on n'a pas encore bien compris la dignité de la vocation divine de tous les fidèles et de chacun d'entre eux (saint Josémaria, Entretiens, n° 59).

dimanche 7 octobre 2012

Connaître en écoutant (5)

Connaître en écoutant (5)

Écoutons le Seigneur, buvons ses paroles comme du petit lait, avec avidité, cherchons à les mettre en pratique dans notre vie courante. De la sorte, nous sommes connus et aimés de Dieu et entraînés vers lui par notre Seigneur qui est « le premier-né de beaucoup de frères » (Romains 8, 29) et la tête de toutes choses. Dieu, en effet, « a tout mis sous ses pieds, et il l’a donné pour chef suprême à l’Église, qui est son corps, l’absolue plénitude de celui qui remplit tout en tout » (Éphésiens 1, 22-23).
Il y a donc connaissance réciproque. Nous sommes bien évidemment plus connus de Dieu que nous ne pouvons parvenir à le connaître. Mais il s’agit toutefois d’une connaissance bien réelle, authentiquement vécue, et qui est foncièrement une connaissance d’amour. « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jean 4, 8). Ceci est absolument définitif. De sorte que lui rendre gloire, comme notre nature nous y porte, n’est rien d’autre que reconnaître son Amour pour nous en l’aimant en retour, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit (cf. Luc 10, 27). (lire la suite) Et comment pouvons-nous aimer Dieu ainsi, à un tel degré, et lui rendre toute la gloire ? Tout simplement en nous efforçant de nous sanctifier dans les réalités temporelles auxquelles nous sommes naturellement mêlés à longueur s’existence. La gloire de Dieu doit se manifester à partir de nos œuvres (cf. Matthieu 5, 16), et donc au travers de notre travail d’enfant de Dieu et de toute notre vie d’enfant de Dieu. C’est aussi élémentaire, et fondamental à la fois, que cela. Il ne s’agit pas de se concentrer sur certaines tâches d’apostolat ou d’assistance sociale à autrui, mais de transformer toutes nos activités, aussi modestes et terre-à-terre soient-elles, en « occasion de t’aimer et de servir avec joie et simplicité l’Église, le Souverain Pontife et toutes les âmes, éclairant les chemins de la terre avec la lumière de la foi et de l’amour » (prière de la dévotion à saint Josémaria). Il s’agit donc d’assumer nos responsabilités, d’accomplir nos devoirs d’état au mieux, en les offrant à Dieu. Nous avons dit que notre objectif sur terre se ramène à nous sanctifier pour rendre gloire à Dieu ici-bas, puis pour l’éternité dans la patrie céleste. Mais aussi, parallèlement et inséparablement, nous voulons être saints pour communiquer la sainteté de Dieu à d’autres, pour la faire rayonner dans le monde et accroître ainsi encore plus la gloire de notre Dieu et Père. « Pour eux je me consacre moi-même – c’est-à-dire je me sanctifie – afin qu’ils soient eux aussi consacrés en vérité » (Jean 17, 19). Nous percevons ainsi clairement notre unique finalité : la sanctification, autrement dit « le devoir que nous avons d’être saint pour sanctifier » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 9). (à suivre…)

lundi 24 septembre 2012

Être humble (6)

Être humble (6)

« Aussi ne soyez pas sans intelligence, et comprenez quelle est la Volonté du Seigneur » (Éphésiens, 5, 17). Cette volonté, nous la connaissons de fait, du moins nous sommes censés bien la connaître… : « Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1
Thessaloniciens 4, 3). Pas notre glorification. Mais que nous soyons saints, comme lui-même est Saint. Faire des tours et des détours autour de notre moi, dans une contemplation narcissique, ne peut que nous éloigner de Dieu, car cela nous interdit d’écouter la voix de notre conscience par laquelle Dieu nous parle, nous rend sourds aux inspirations du Saint-Esprit et aveugles à la Lumière qu’est Jésus-Christ, « Lumière des hommes, […] Lumière vraie, qui éclaire tout homme » (Jean 1, 4.9), mais que seul peut voir celui qui ne jette pas autour de lui l’écran de fumée de son orgueil. Si l’orgueilleux – mais nous le sommes tous plus ou mois, hélas ! – (lire la suite) reconnaît son vice, il y a bon espoir qu’il puisse s’en corriger de plus en plus, sans parvenir toutefois à un état d’humilité satisfaisant ou suffisant. Il ne faut, en tout cas, pas perdre courage, car, si la bataille n’est pas gagnée d’avance, la victoire se profile à l’horizon. Entendons l’exhortation de l’Apôtre : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais triomphe du mal par le bien » (Romains 12, 21). Voilà une belle résolution. Elle revient à vaincre le mal en nous proposant, de façon positive, d’être meilleur, de développer telle ou telle vertu, de pratiquer l’une ou l’autre œuvre de charité et d’apostolat. Cela peut nous conduire à une grande abnégation et à l’attitude prônée par notre Seigneur, qui savait de quoi il parlait : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. Au contraire, à celui qui te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et à celui qui veut te citer en justice pour te prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour un mille, fais-en deux avec lui. Donne à qui te demande, et ne tourne pas le dos à qui veut te faire un emprunt » (Matthieu 5, 38-42). « Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas » (Luc 6, 30). Cela est bigrement exigeant. Mais c’est une bonne façon, très efficace, d’écraser notre orgueil. Ne nous a-t-il pas été promis d’ailleurs que « ceux qui sèment dans les larmes moissonneront dans l’allégresse » (Psaume 126, 5) ? (à suivre…)

mardi 31 janvier 2012

La sainteté (3)


La sainteté (3)

« Ce que Dieu veut, c’est votre sanctification » (1 Thessaloniciens 4, 3). Le Seigneur nous manifeste par là un amour de prédilection, qui attend en retour aussi un amour de prédilection de notre part, c’est-à-dire un amour qui porte en premier et avant tout sur Dieu et tout ce qui se rapporte à lui. Notre sanctification est la Volonté de Dieu arrêtée de toute éternité ou, plus exactement, puisque Dieu est au présent, est sa Volonté opérante en permanence. Mais c’est une sainteté que nous pourrions qualifier de « sainteté ouverte », en ce sens qu’elle conduit nécessairement à nous intéresser à autrui, à vouloir que les hommes se sanctifient eux aussi : « la vocation chrétienne est aussi, par nature, vocation à l'apostolat » (concile Vatican II, décret sur l’apostolat des laïcs, n°2). (lire la suite) « Afin que votre témoignage soit crédible, vos vies doivent rayonner de joie et de courage, même face à l’adversité. Cela n’est possible que si votre vie intérieure est caractérisée par une communion étroite avec le Christ, qui est alimentée par la prière personnelle et la pratique de la charité (…). Plus vous grandirez selon le modèle du Christ et plus vous serez transformés à son image. Vous deviendrez un signe d’espérance et une proclamation vivante de la Résurrection » (Jean-Paul II, Discours à Jakarta, 10 octobre 1898).
Personne, certes, n’est saint sur terre : nous sommes tous pécheurs. Mais cette vérité est de nature à nous renforcer dans notre amour de Dieu et à nous aider à mieux mesurer à quel point Dieu nous aime, envers et contre tout. « Tu éprouves rigoureusement tes amis, mais c’est, je croix, pour mieux faire éclater, dans l’excès de la souffrance, l’excès plus grand encore de ton amour » (saint Thérèse d’Avila, Vie 25, 17). « C’est pourquoi, explique saint Thomas, les anges gardiens ne s’affligent jamais des épreuves ni même des fautes de leurs protégés. Non par indifférence, mais grâce à la vue pénétrante qu’ils ont du déroulement de l’histoire. Ils croient vraiment que la Providence agence toutes choses pour le vrai bien de ses enfants (saint Thomas d’Aquin, Somme théologique I, q. 113, a. 7) » (P. Descouvremont, Peut-on croire à la Providence ? Paris, Éditions de l’Emmanuel, 2007, p. 63). Nous pouvons en dire autant des saints.
« Je suis convaincu que ni mort ni vie, ni anges ni Principautés, ni présent ni futur, ni Puissances, ni hauteur ni profondeur, ni rien d’autre de créé ne pourra nous séparer de l’amour que Dieu a pour nous dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 38-39). « Je ne puis pas accepter qu’il y ait rien en vous de médiocre ; je voudrais que tout fut grand éminent, parfait » (saint Jérôme, Lettre 22, à Paulin de Nole). Manifestons ce désir personnel à notre Seigneur, et nous pouvons être certains qu’il ne repoussera pas notre demande. Cela ne nous sera pas enlevé (Luc 10, 42).

(fin)

mardi 17 janvier 2012

L’Amour de Dieu (3)


L’Amour de Dieu (3)

Nous devons imiter dans notre apostolat la façon de faire de notre Dieu : ne cherchons pas notre satisfaction personnelle mais à faire plaisir à l’autre, à lui apporter quelque chose, à l’enrichir. Nous savons que nous lui apportons les biens essentiels. Nous n’agissons pas pour nous, mais de façon gratuite, comme Dieu envers nous, de façon désintéressée, en étant prêts à tous les sacrifices nécessaires, comme Dieu aussi, qui nous envoie son propre Fils, lequel, « après avoir aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout » (Jean 13, 1). Il n’existe pas de limite aux efforts à consentir. Nous voyons que les racines de notre apostolat sont profondes, très profondes : l’amour de Dieu pour nous, sans condition, qui n’attend rien en retour, si ce n’est peut-être, très certainement, des déceptions… (lire la suite)
Aimer Dieu implique aussi que nous prenions les moyens de la lutte ascétique et que nous cherchions de façon pratique comment montrer cet amour dans les faits. « Nous avons deux principaux exercices de notre amour envers Dieu, l’un effectif et l’autre affectif. Par celui-là, nous affectionnons Dieu et ce qu’il affectionne ; par celui-ci, nous servons Dieu et faisons ce qu’il nous ordonne » (saint François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu, l. 6, chap. 1).
Que ce soit donc un amour pratique. « De tous les mouvements de l’âme, de ses sentiments et de ses affections, l’amour est le seul qui permette à la créature de répondre à son créateur, sinon d’égal à égal, du moins de semblable à semblable. Si par exemple Dieu est irrité contre moi, je ne répliquera pas par la même colère, mais par la crainte, le tremblement, l’imploration du pardon. S’il m’accuse, je ne l’accuserai pas à mon tour, je chercherai à me justifier. Et s’il me juge, je ne le jugerai pas, je l’adorerai. En me sauvant, il ne me demande pas de le sauver en retour, et celui qui nous libère tous n’a besoin d’être libéré par personne. S’il me parle en maître, j’ai à lui obéir, non à exiger de lui qu’il se fasse mon serviteur. Vous voyez bien vous-mêmes qu’il en va tout autrement de l’amour. Lorsque Dieu aime, il ne veut rien d’autre qu’être aimé, car il n’aime que pour qu’on l’aime, sachant que ceux qui l’aimeront accèderont par là-même à la béatitude » (saint Bernard, In Cantica, sermon 83, 4, trad. d’A. Béguin, Paris, Le Seuil, 1953, p. 849-850).

(fin)

vendredi 18 novembre 2011

Pourquoi moi ? (2)


Pourquoi moi ? (2)

Cette question, nous pouvons la poser nous aussi au Seigneur : « Pourquoi moi ? Pourquoi m’as-tu accordé le don de la foi au baptême ? » Question qui se double parfois de celle-ci : « Pourquoi m’as-tu appelé, moi, à te suivre de plus près, par un engagement spécifique de rechercher activement la sainteté et de faire de l’apostolat ? » Dans notre monde actuel, il se trouve aussi tellement de gens plus savants ou placés à des postes de commande de la société, disposant des moyens de communication sociale et donc capables de répandre le message de l’Évangile à haute dose en touchant les masses. Mais c’est à moi, comme « à l’avorton » (1 Corinthiens 15, 8) que tu as fait appel. « Considérez en effet, frères, ce que représente votre appel : (lire la suite) pas de sages selon la chair, pas de gens puissants, peu de nobles de naissance. Mais ce qui est fou pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion des sages ; et ce qui est faible pour le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour la confusion de la force ; et ce qui pour le monde est sans naissance et méprisable, c’est ce que Dieu a choisi ; il a choisi ce qui n’est pas ; pour réduire à néant ce qui est » (1 Corinthiens 1, 26-28). Ce à quoi Paul ajoute une précision, qui donne raison de cette façon surprenante d’agir de Dieu : « Afin que nul ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1, 29). Car le trésor de la foi et de la grâce, « nous le tenons dans des vases de terre pour qu’il apparaisse que cette puissance débordante appartient à Dieu et ne vient pas de nous » (2 Corinthiens 4, 7).
La mission qui nous incombe d’accomplir un commandement divin, nous sommes bien incapables de la mener à bien par nous-mêmes, car nous sommes nécessairement des instruments inadaptés. « C’est que sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15, 5), dit le Seigneur. « Très volontiers je me glorifierai surtout dans ma faiblesse, afin que la force du Christ repose sur moi » (2 Corinthiens 12, 9).
Pourquoi moi ? La question n’a plus de sens si nous nous plaçons dans ce contexte objectif et surnaturel du choix de Dieu – qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper -, choix qui s’accompagne toujours des grâces appropriées nous permettant de porter notre charge et de remplir la mission évangélisatrice dans la portion du troupeau de Dieu qui nous est confiée. N’oublions jamais cette affirmation particulièrement profonde de saint Thomas d’Aquin.

(à suivre…)

mardi 8 novembre 2011

La Toussaint (8)


La Toussaint (8)

Voici ce qui est promis à ceux qui auront visé la sainteté au cours de leur vie et auront fait de l’apostolat pour entraîner d’autres de leurs semblables avec eux : « Les sages seront resplendissants comme la splendeur du firmament et ceux qui auront rendu justes des multitudes seront comme les étoiles, éternellement et toujours » (Daniel 12, 3). Des étoiles qui brillent au firmament de Dieu, d’une lumière inextinguible, dont la brillance ne pourra pas passer. Pour toujours, pour toujours. Nous construisons pour toujours. Pour être une lumière d’éternité, une étoile qui scintille à jamais. Étoile dont la grosseur dépend du degré de sainteté acquise, de la sainteté répandue autour de nous par notre rayonnement. Lutter en vaut la peine ! Être fidèle en vaut la peine ! (lire la suite) Recommencer en vaut la peine ! Aimer, aimer la Croix, en vaut la peine ! Mon Dieu, que je sois fidèle, « saint et maître de saints », réellement.
« «Toute vie de saint est comme une nouvelle floraison du printemps », rappelait Benoît XVI, citant Bernanos. Et il concluait sur cette note : « Que cela advienne également pour nous ! Laissons-nous pour cela attirer par le charme naturel de la sainteté ! » (Benoît XVI, Audience générale, 20 août 2008). Le charme naturel de la sainteté ! Que cela est bien dit ! Le charme, l’attrait de la vertu, la « bonne odeur du Christ » (2 Corinthiens 2, 15) que répand toute âme unie à Dieu, tout être qui se laisse gagner par la joie de Dieu.
Et « que Marie, la Reine de tous les saints, Mère et Refuge des pécheurs, nous obtienne cette grâce ! » (Benoît XVI, Ibid.), elle qui est la Clavigère du ciel, la seule qui possède la clef qui ouvre l’accès à la demeure céleste, puisque Dieu a voulu que toutes les grâces passent par elle.

(fin)
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samedi 3 septembre 2011

La vie ordinaire (1)


La vie ordinaire (1)

Reportons-nous en esprit quelques jours après la Pentecôte. La vie de Jérusalem bruisse encore de la prédication des apôtres et est agitée par les événements qui se sont produits récemment. La Ville sainte est remplie de pèlerins dont le cours de la vie vient de changer brusquement. Ils se sont convertis, au nombre de 5 000 environ, et ont été baptisés. Ils proclament que Jésus-Christ est le Fils de Dieu et le Messie à qui veut bien les entendre, et ils le feront désormais à temps et à contretemps (cf. 2 Timothée 4, 2).
Le temps pascal s’est refermé. Cette longue période si riche en circonstances fondatrices pour l’histoire humaine. Jésus de Nazareth, que les Juifs ont fait mourir sur une Croix en se servant du bras séculier de l’occupant romain, ce qui n’est pas un mince paradoxe, est ressuscité. (lire la suite) Il « est apparu à Simon » (Luc 24, 34), « et pendant bon nombre de jours il est apparu à ceux qui étaient montés avec lui de la Galilée à Jérusalem, et qui maintenant sont ses témoins auprès du peuple » (Actes 13, 31). Et saint Paul de narrer qu’il « est apparu à Céphas, puis aux Douze. Après cela, il est apparu en une seule fois à plus de cinq cents frères, dont la plupart sont encore vivants, et quelques-uns se sont endormis. Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. Après eux tous, il m'est aussi apparu à moi, comme à l'avorton » (1 Corinthiens 15, 5-8). Il s’est entretenu avec ses apôtres « pendant quarante jours et parlant des choses du royaume de Dieu » (Actes 1, 2), in multis argumentis, dit le texte latin, autrement dit de questions les plus variées. Puis il est monté au ciel (Actes 1, 9). Mais il avait promis qu’il ne nous laisserait pas orphelins (Jean 14, 18). Il a tenu sa promesse. Au terme d’une sorte de retraite spirituelle de dix jours, sa très Sainte Mère et ses apôtres ont reçu l’effusion du Saint-Esprit (cf. Actes 2, 1-4), cet Esprit Paraclet dont il avait annoncé l’envoi : « Lorsque le Consolateur que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi » (Jean 15, 26).
Le temps pascal est clos. A alors commencé le temps ordinaire. Ordinaire pour nous, selon le découpage liturgique du temps. Mais ordinaire aussi pour les apôtres et pour les nouveaux baptisés. C’est la vie de tous les jours vécue dans l’Esprit et au nom de Jésus-Christ pour la gloire du Père. C’est la vie ordinaire passée à évangéliser, à proclamer la Bonne Nouvelle du royaume. Toute la vie des apôtres et des premières communautés chrétiennes est éminemment apostolique, foncièrement apostolique. Il ne fait pas de doute pour eux que c’est leur raison d’être sur terre et la raison d’être de leur baptême. L’enfant de Dieu régénéré dans les eaux baptismales est un être tourné vers les autres, appelé à les aimer sincèrement et à donner sa vie pour eux, à l’exemple du Maître (cf. Jean 13, 34-35).

(à suivre…)

vendredi 29 juillet 2011

La pêche miraculeuse (8)

La pêche miraculeuse (8)

« Le Seigneur attend de toi un apostolat précis, comme cette pêche des cent cinquante trois grands poissons — pas un de plus — pris à la droite de la barque. Et tu me demandes : comment se fait-il que, me sachant pêcheur d’hommes, étant au contact de beaucoup de camarades et pouvant discerner à qui doit s’adresser mon apostolat spécifique, je ne pêche rien du tout ?… Est-ce que je manque d’Amour ?… Est-ce que je manque de vie intérieure ? Écoute la réponse de la bouche de Pierre, au cours de cette autre pêche miraculeuse : — « Maître, toute la nuit nous nous sommes fatigués et nous n’avons rien pris ; cependant, sur ta parole, je jetterai les filets. » Au nom de Jésus-Christ, recommence. Et, fortifié, chasse cette langueur paresseuse ! » (saint Josémaria, Sillon, n° 377). Oui, c’est un exemple que (lire la suite) le Seigneur veut nous laisser. Il n’agit pas comme il l’a fait uniquement pour fortifier ses apôtres dans la foi, une foi qui a été si chancelante quelques jours plus tôt. C’est à nous aussi qu’il s’adresse, puisqu’il a fait de nous également des pêcheurs d’hommes, et qu’il nous envoie dans les mers du monde : Duc in altum, « pousse en eau profonde, et lâchez les filets pour pêcher » (Luc 5, 4).
Cent cinquante-trois poissons. Les disciples ont pris le temps de les compter. Et ils sont dans l’admiration de la largesse avec laquelle le Seigneur est venu à leur aide. Le nombre de poissons est précisé ici, contrairement à la première pêche miraculeuse. Je ne m’attarderai pas sur l’explication entendue au bord du lac, selon laquelle cela correspondrait au nombre d’espèces de poissons présentes dans la mer de Galilée… Même avancée par un guide franciscain compétent, cela ne me semble pas très sérieux. En revanche, nous pouvons peut-être y trouver un sens plus profond. La première pêche se référerait à l’apostolat en général, à la tâche d’évangélisation que chacun doit réaliser pour engager les âmes sur la voie de la sainteté, tandis que la deuxième évoquerait davantage le prosélytisme, c’est-à-dire le nombre plus restreint de fidèles qui sont appelés à suivre le Seigneur de plus près pour se mettre au service des autres, en abandonnant tout (cf. Luc 5, 11).
« Jésus leur dit : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples, sachant que c’était le Seigneur, n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » (Jean 21, 12). La question, en effet, serait superflue, puisqu’ils ont reconnu leur Maître. Tout doute s’est éloigné de leur esprit. « Jésus arrive, prend le pain, le leur donne, et pareillement du poisson » (Jean 21, 13), autant qu’ils en ont besoin, jusqu’à être rassasiés, comme lors de la multiplication des pains et des poissons (cf. Jean 6, 11).
« Ce fut la troisième fois que Jésus se montra à ses disciples, après être ressuscité d’entre les morts » (Jean 21, 14).

(à suivre…)

mercredi 27 juillet 2011

La pêche miraculeuse (6)

La pêche miraculeuse (6)

Mais revenons un peu en arrière : « Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël de Cana de Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. Simon-Pierre leur dit : je vais pêcher. Ils lui disent : nous venons nous aussi avec toi. Ils sortirent, montèrent en barque ; cette nuit-là, ils ne prirent rien. Au lever du jour, Jésus parut sur le rivage » (Jean 21, 2-3). Il passe à côté de ses apôtres, à côté de ces âmes qui se sont données à lui : et ils ne s’en rendent pas compte. Combien de fois le Christ se trouve-t-il, non pas près de nous, mais en nous ; et nous menons une vie si terrestre ! Le Christ est tout proche et il ne reçoit de la part de ses enfants ni regard affectueux, ni parole d’amour, ni œuvre apostolique » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 265). Nous avons dit que c’est l’amour qui permet à Jean de discerner le Christ (lire la suite) dans ce personnage qui les attend sur le rivage. A contrario, ce qui nous empêche de reconnaître le Christ qui passe dans notre vie et qui vient à notre rencontre, qui nous interpelle, c’est notre manque d’amour, le manque d’amour que comporte tout péché. L’accumulation de nos fautes et le fait de ne pas nous en confesser régulièrement, fréquemment, font écran entre nous et Dieu. Notre amour de Dieu s’affaiblit, il perd de son intensité et nous courons le risque, bien réel, de nous aimer nous-mêmes en premier, au lieu de vivre le commandement de l’amour tel que le Seigneur nous l’a enseigné (cf. Luc 10, 25-28).
« Les disciples vinrent en barque, remorquant le filet et ses poissons : ils n’étaient guère qu’à deux cents coudées du rivage » (Jean 21, 8). « Ils déposent aussitôt la pêche aux pieds du Seigneur, parce qu’elle est à lui. Et ce, pour que nous apprenions que les âmes appartiennent à Dieu, que personne sur cette terre ne peut s’en attribuer la propriété, que l’apostolat de l’Église, son message et sa réalité de salut, ne repose pas sur le prestige de quelques personnes, mais sur la grâce divine.

(à suivre…)

dimanche 24 juillet 2011

La pêche miraculeuse (3)

La pêche miraculeuse (3)

Le Maître est là, à les attendre, « mais les disciples ignoraient que ce fût Jésus » (Jean 21, 4). Ils ne le reconnaissent pas de prime abord, pas plus qu’au soir de sa Résurrection, lorsqu’il s’était présenté à eux au Cénacle (cf. Luc 24n 36-49), pas plus que Marie-Madeleine très tôt ce jour-là (cf. Jean 20, 15), ou que les désormais célèbres disciples d’Emmaüs (cf. Luc 24, 16)…
Dès qu’ils sont à portée de voix, il s’adresse à eux : « Jésus leur dit : « Les enfants ! Avez-vous du poisson ? » (Jean 21, 5). Il emploie un ton familier avec eux, qui aurait déjà dû leur mettre la puce à l’oreille… Il sait ce qui s’est passé. Mais il faut amorcer le dialogue. (lire la suite) C’est pourquoi il pose cette question, somme toute logique. « Non, répondirent-ils » (Jean 21, 5). C’est la triste vérité. Elle est un peu humiliante, sans doute, mais il en est bien ainsi. Ils ont trimé. Et les filets sont remontés inexorablement vides à chaque fois, suscitant déception sur déception, et lassitude.
Alors Jésus leur dit : « Jetez les filets du côté droit de la barque, et vous en trouverez » (Jean 21, 6). Qu’en sait cet homme ? Curieusement, ces pêcheurs aguerris qui connaissant le lac comme leur poche ne se posent pas de question. ils ne semblent pas se demander qui est ce personnage qui leur donne cette instruction étonnante. Oui, qu’en sait-il ? Nous, nous n’avons rien pris de toute la nuit. Des poissons, si jamais il y en a, ce n’est pas à cette heure du jour que nous allons en prendre… Et puis, pourquoi à droite de la barque ? A quoi cela rime-t-il ?
Tel est le raisonnement humain qu’il serait logique qu’ils se fissent. Eh bien ! non. Contrairement à toute attente, ils obéissent. Bien leur en prend. « Ils le jetèrent donc, mais ils ne pouvaient plus le ramener, tant il y avait de poissons » (Jean 21, 6). Telle est la magnificence de Dieu. Quitte à faire un miracle, autant qu’il soit de première grandeur. Dieu donne avec largesse. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient surabondante » (Jean 10, 10). Et même pour des biens matériels il se montre d’une incroyable générosité.
Tel est le changement radical qui s’opère quand l’on agit en suivant la volonté de Dieu et non pas notre propre volonté, nos plans, même parfaitement huilés. « Tu t'obstines à avancer tout seul, en faisant ta propre volonté, guidé exclusivement par ton propre jugement... et, tu le vois, le fruit de tout cela s'appelle le manque de fécondité. Mon enfant, si tu ne soumets pas ton jugement, si tu es orgueilleux, si tu te consacres à « ton » apostolat, tu pourras travailler toute la nuit — et toute ta vie sera une nuit ! Et à la fin tu te réveilleras avec tes filets vides » (saint Josémaria, Forge, n° 574).

(à suivre…)

samedi 23 juillet 2011

La pêche miraculeuse (2)

La pêche miraculeuse (2)

L’apostolat, pour un chrétien, est donc quelque chose de très naturel, qu’il réalise au jour le jour, au gré des rencontres et du compagnonnage.
La vocation à la sainteté et à l’apostolat ne distrait pas de la vocation professionnelle. Elle conduit au contraire à la vivre plus intensément, avec un plus grand sens des responsabilités, en se sentant envoyé par Dieu auprès des hommes à partir des différentes circonstances de notre vie.
« Ils partirent donc et montèrent en barque. Mais ils ne prirent rien cette nuit-là » (Jean 21, 3). Tout comme lors de la première pêche miraculeuse, rapportée par les synoptiques (cf. Luc 5, 1-11), au terme de laquelle (lire la suite) Jésus avait annoncé à Simon que désormais, ce serait des hommes qu’il pêcherait (cf. Luc 5, 10). Ils ont peiné, trimé, toute une nuit durant. Les fruits ne viennent pas instantanément. Ils doivent venir cependant. Le Seigneur a dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 16, 15). Mais si Dieu n’y met pas sa marque, s’il n’intervient pas en communiquant sa grâce, l’on ne prend rien, cette nuit-là, ce jour-là, cet autre jour et cet autre encore, même dans une mer très poissonneuse. Mais le Seigneur est le premier intéressé à ce que ce fruit vienne. Il nous a choisis, « dès avant la création du monde » (Ephésiens 1, 4) pour que nous portions du fruit.
C’est le risque inhérent au métier. Ne rien prendre en toute une nuit d’efforts n’est nullement synonyme d’incompétence. Les apôtres sont des pêcheurs patentés. Mais c’est comme cela : parfois, ils ne prennent aucun poisson. Ils ne le savent que trop bien. Nous ne devons pas davantage nous décourager dans l’apostolat lorsque les fruits tardent à venir. Cela ne veut pas dire que nous avons mal fait notre tâche d’évangélisateur, que nous avons travaillé à la légère, sans grand sérieux. Cela signifie simplement que ce n’est pas le moment de récolter les fruits, qu’ils viendront plus tard, et peut-être de façon inattendue, surprenante, comme en ce jour qui commence à poindre, alors que les apôtres rament pour regagner le rivage.
Or, voilà, « comme déjà le matin venait, Jésus se trouva sur le rivage » (Jean 21, 4). Dans d’autres circonstances, il était dans la barque, avec ses apôtres, prêt à les secourir si jamais une tempête se levait brutalement sur le lac de Tibériade, qu’ils préféraient appeler la mer de Galilée, ou le lac de Génnésareth, pour ne pas citer l’empereur romain (cf. Luc 8, 22-25).

(à suivre…)