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vendredi 30 avril 2010

Arrêt sur christianisme (52)

Arrêt sur christianisme (52)

La vertu catholique est souvent invisible, parce qu’elle est la vertu morale. Le Christianisme est toujours démodé parce qu’il est toujours sain, et toutes les modes sont des insanités. Quand l’Italie a ma folie de l’art, l’Eglise passe pour trop puritaine ; quand l’Angleterre a la folie du puritanisme, l’Eglise passe pour trop artiste. Quand vous vous disputez avec nous, vous nous classez avec la royauté et le despotisme ; mais notre première querelle est née parce que nous n’avons pas voulu subir le despotisme divin d’Henri VIII. L’Eglise semble toujours en arrière de son temps quand, en réalité, elle est au-delà ; elle attend que la dernière marotte ait vue son dernier été. Elle tient la clef d’une vertu permanente.

G. K. Chesterton, La sphère et la Croix, Lausanne, Editions L’Âge d’Homme, 1981, p. 82-83.

dimanche 17 janvier 2010

Un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs

Un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs


La preuve vivante d’un réseau clandestin de Pie XII pour aider les juifs
Entretien avec l’un de ses membres, don Giancarlo Centioni

ROME, Vendredi 15 janvier 2010 (ZENIT.org) - Certains secteurs de l'opinion publique ont demandé ces dernières semaines des preuves de l'aide que Pie XII a apportée aux juifs durant la persécution nazie. Le prêtre italien Giancarlo Centioni, âgé de 97 ans, en est la preuve vivante car il est le dernier membre en vie du réseau clandestin créé par le pape Pacelli.

Entre 1940-1945, il était aumônier militaire à Rome au sein de la Milice volontaire pour la sécurité nationale et vivait chez des prêtres allemands de la Société de l'apostolat catholique (les pères Pallotins), qui l'ont impliqué dans ce réseau d'aide. (lire la suite)

« Comme j'étais un aumônier fasciste, il était plus facile d'aider les juifs », explique-t-il dans un entretien accordé à ZENIT et à l'agence multimédia www.h2onews.org, pour expliquer les raisons ayant motivé le choix de le faire participer à une opération à risque.

« Mes confrères Pallotins, venus de Hambourg, avaient fondé une société, la société 'Raphaël's Verein' (société de Saint Raphaël), instituée pour venir en aide aux juifs », révèle-t-il.

Un des objectifs du réseau consistait à faire sortir des juifs d'Allemagne et, en les faisant passer par l'Italie, de leur faire gagner la Suisse ou Lisbonne (Portugal), raison pour laquelle le réseau comptait sur un un certain nombre d'hommes dans chacun de ces quatre pays. Au fil du temps, des juifs ont rejoint eux aussi ce réseau.

En Allemagne, se souvient don Centioni, la société était conduite par le père Josef Kentenich, connu dans le monde comme le fondateur du Mouvement apostolique de Schönstatt. Ce père pallotin a ensuite été fait prisonnier et enfermé dans le camp de concentration de Dachau jusqu'à la fin de la guerre.

« A Rome, au numéro 57 de la Via Pettinari, le chef de toute cette activité était le père Anton Weber, qui était en contact direct avec Pie XII et la Secrétairerie », raconte le père italien.

Une des activités principales du réseau consistait à remettre passeports et argent aux familles juives pour qu'elles puissent s'enfuir.

« L'argent et les passeports étaient donnés par le père Anton Weber et remis aux personnes. Mais lui-même l'obtenait directement [sur la vidéo de l'entretien, le père insiste sur le mot ‘directement'] de la secrétairerie d'Etat, au nom et pour le compte de Pie XII ».

« A Rome, au moins 12 prêtres allemands ont participé avec moi à cette opération de secours », poursuit le prêtre, expliquant que la police italienne avait elle aussi apporté une aide décisive, en particulier le sous-préfet de police de Mussolini, Romeo Ferrara, qui lui disait où se trouvaient les familles juives auxquelles il devait livrer les passeports, « même de nuit ».

Parmi ceux qui ont été aidés par le père Centioni à Rome se trouve la famille Bettoja, juive, propriétaire d'hôtels en ville.

Le policier l'avait envoyé chez eux de nuit, habillé en aumônier militaire italien, pour ne pas se faire arrêter par les soldats allemands.

Le père se souvient très bien de la peur éprouvée et des difficultés rencontrées durant l'opération, la famille qu'il devait aider étant elle-même méfiante.

« Je frappais à leur porte, mais ils ne voulaient pas ouvrir. A la fin j'ai dit : 'regardez, je suis prêtre, un aumônier, je viens pour vous aider, pour vous apporter un laisser-passer' ».

« 'Jurez-le', a répondu une voix de l'autre côté de la porte. 'Je le jure, me voici, vous pouvez me voir à travers le judas' ».

Le père italien a été reçu par madame Bettoja et ses enfants.

« J'ai dit : ‘Prenez votre voiture et partez de chez vous avant sept heures, car à sept heures, de la frontière du Latium vous pouvez aller à Gênes. Ils ont pris la fuite et ont eu la vie sauve. C'est une des nombreuses familles ».

Les interventions du réseau ont commencé avant l'invasion allemande en Italie, précise le père Centioni, et durèrent, « au moins, pour ce que j'en sais, jusqu'à après 1945, car les liens entre le père Weber, le Vatican et les juifs étaient très intenses ».

« Tant de braves gens », commente-t-il, pensant surtout aux familles juives.

« Parmi ceux qui nous ont ensuite aidés il y a eu deux juifs que nous avons cachés : un homme de lettres, (Melchiorre) Gioia, et un grand musicien auteur compositeur de Vienne de l'époque, qui écrivait des chansons et composait des opérettes, Erwin Frimm ».

Le prêtre les avait cachés dans des maisons à Rome, en l'occurrence dans sa résidence religieuse de Via Pettinari, 57.

« Et eux nous ont beaucoup aidés en nous donnant des indications précises », reconnaît-il. Une action où l'on pouvait risquer sa propre vie, comme le prêtre a pu vite le constater.

« J'ai aidé Ivan Basilius, un espion russe, sans savoir qu'il était russe ou espion. Hélas les SS l'arrêtèrent et dans son calepin se trouvait mon nom. Alors, ciel ouvre-toi ! Le Saint-Siège m'appela, Son Excellence Hudal [haut et influent prélat allemand à Rome] et me dit : « venez ici, les SS viennent vous arrêtez ». « Qu'est-ce que j'ai fait? ». « Vous avez aidé un espion russe ». « Moi? Qu'est-ce que j'en sais? C'est qui? ». Alors je me suis enfui.

Don Centioni, en tant qu'aumônier, connaissait l'officier allemand Herbert Kappler, commandant de la Gestapo à Rome et auteur du massacre des Fosses ardéatines, où furent assassinés 335 Italiens, dont beaucoup de civils et de juifs.

« Durant la période allemande, après le massacre du mois de mars [aux Fosses ardéatines], j'ai dit à Kappler, que je voyais souvent : ‘pourquoi n'avez-vous pas appelé les aumôniers militaires aux Fosses ardéatines?'. ‘Parce que je les aurais éliminés et vous aurais éliminé vous aussi », avait répondu l'officier nazi.

Don Centioni garantit que les centaines de personnes qu'il a secourues savaient qui était derrière tout ça, c'est pourquoi il insiste : « Pie XII les aidait, à travers nous les prêtres, à travers la ‘Raphael's Verein' ».

Le cas de don Centioni a été découvert et analysé, en le comparant à d'autres témoignages, par la Pave the Way Foundation (http://www.ptwf.org), fondée par le juif de New York Gary Krupp.

L'avocat italien Daniele Costi, président de la fondation en Italie, garantit la bonne foi de cet entretien.

Le récit trouve confirmation dans la remise d'une décoration à don Centioni par le gouvernement polonais en exil (une croix en or avec deux épées « pour notre et votre liberté »).

Le prêtre italien cite en outre les manifestations de gratitude reçues par certains juifs qu'il avait aidés : M.M. Zoe et Andrea Maroni, le professeur Melchiorre Gioia, le professeur Aroldo Di Tivoli, les familles Tagliacozzo et Ghiron, dont les enfants ont pu avoir la vie sauve, en gagnant les Etats-Unis, munis de passeports de fortune délivrés par l'intermédiaire du Vatican.

[Pour voir l'entretien: www.h2onews.org]
Propos recueillis par Jesús Colina

mercredi 11 novembre 2009

Le crucifix et l'école

Le crucifix et l'école

La décision Lautsi c. Italia de la Cour européenne des droits de l'homme condamnant l'Italie à retirer les crucifix des écoles publiques au motif que leur présence peut être traumatisante pour les élèves et contraignante pour leur conscience, révèle une dérive idéologique.
Cela est très différent de la « laïcité positive : une laïcité qui rassemble, qui dialogue, et pas une laïcité qui exclut ou qui dénonce », dont parlait le président Sarkozy quand il recevait le pape Benoît XVI au palais de l'Élysée, le 12 septembre 2008.
La conception des juges de Strasbourg (lire la suite) est nettement tributaire d'une laïcité qui n'est pas la neutralité de l'État face au fait religieux et idéologique, mais l'absence de visibilité de la religion, c'est-à-dire une situation totalement artificielle (et illusoire), allant à l'encontre des aspirations les plus profondes de l'être humain que tous les ethnologues ont toujours soulignée (« l'homme est un « animal religieux »), situation qui veut établir un environnement aseptisé, débarrassé de religion, mais non des idées non religieuses, a-religieuses ou anti-religieuses que cette même catégorie de personnes véhiculent et professent, et donc l'impact sur la population est pour le moins comparable à celui de la religion. C'est une « nouvelle religion » sans Dieu que l'on prétend imposer. J'ai mis « nouvelle » entre guillemets, car c'est un terrible retour en arrière et une violence faite à la conscience de l'homme, et ce, au nom de la justice !

vendredi 7 novembre 2008

La mauvaise conscience envers Pie XII

La mauvaise conscience envers Pie XII

(La haine envers Pie XII viendrait-elle d'une mauvaise conscience ?)

Je crois que oui. Il n'y a pas d'autre explication. La vérité, c'est que la haine envers Pie XII est née dans un contexte précis : le début de la guerre froide. Rappelons que le c'est le Pape qui, en 1948, a rendu possible la victoire de la Démocratie chrétienne en Italie. Je suis sûr que les accusations portées contre lui expriment une haine née dans la seconde moitié des années 40 et pendant les années 50. La littérature hostile à Pie XII fait suite à la fin de la guerre. (lire la suite) En Italie, elle naît après l'éclatement du gouvernement d'union nationale de 1947 et mûrit tout au long des années 50 de manière plus vive. Tout ce dépôt de haine ou de forte aversion est apparu les années suivantes. Du reste, si c'était sorti tout de suite, les juifs qui avaient eu la vie sauve grâce à cette Église, n'auraient pas permis que soit dit ou écrit ce qui l'a été. Comme c'est sorti vingt ou trente ans plus tard, tous les témoins, tous ceux qui avaient été sauvés - des milliers de personnes - n'étaient plus là, et la nouvelle génération, leurs enfants, a absorbé ces accusations. Et qui a résisté, qui résiste encore à ces accusations ? Les historiens.
La légende noire est donc une affaire de mauvaise conscience.

Entretien avec Paolo Mieli, directeur du Corriere della Sera, L'Osservatore Romano en Langue Française, 14 octobre 2008.

mercredi 21 novembre 2007

Le Triomphe de la raison

Le Triomphe de la raison

Voici encore un livre particulièrement intéressant et très stimulant. Il remet « les pendules à l'heure » sur bien des points où la pensée dominante nous induit en erreur depuis l'époque des Lumières au moins. Je suis reconnaissant à Pierre Sauleau de m'autoriser à publier la note de lecture qu'il en a rédigée.

STARK Rodney, Le Triomphe de la raison, Pourquoi la réussite du modèle occidental est le fruit du christianisme, Presses de la Renaissance, 2007 (2005 pour l’édition américaine), 359 p.

Essai historique, fort d’une ample bibliographie, (lire la suite) surtout anglo-saxonne, aussi intéressant à lire qu’enrichissant. La thèse est clairement formulée par le sous-titre. L’auteur s’emploie à démontrer avec beaucoup d’exemples comment la confiance des chrétiens dans la raison a permis l’éclosion d’une pensée scientifique aboutissant à des inventions technologiques incessantes : il brosse, à cet égard, un tableau passionnant des inventions du moyen-âge. Il lie parallèlement l’invention du capitalisme et son rôle dans le progrès technologique à la gestion des propriétés monastiques dans un premier temps, puis son développement à la liberté démocratique des cités-état du nord de l’Italie, avant que le modèle ne soit appliqué dans les Flandres et surtout en Angleterre.
Son propos est une apologie du capitalisme comme facteur de développement, capitalisme qui a besoin de liberté individuelle et de respect de la propriété. C’est pourquoi l’auteur se montre très critique à l’égard des régimes qu’il appelle despotiques : que ce soit l’Empire romain, la monarchie absolue en France ou l’Empire espagnol, dont la richesse a dépendu de la taxation ou de la vénalité des charges, et non de l’investissement dans des industries créatrices de richesses. Il récuse aussi l’attribution du capitalisme à l’éthique protestante, en le démontrant soigneusement : toutes les pratiques du capitalisme moderne étaient en place dans l’Italie du nord dès le XIIe siècle et n’a fait que se perfectionner dans les deux siècles suivants avant que les libertés locales se perdent à cause des invasions étrangères, de la France d’abord, puis de l’Espagne. Il analyse ensuite le rôle du capitalisme dans le développement du Nouveau monde en opposant l’Amérique espagnole à l’Amérique du nord : il souligne que les divergences sont plus dues aux systèmes politiques qu’à une opposition catholicisme-protestantisme. Si aux XVIIIe et XIXe siècles ce sont les pays protestants qui se sont développés, ce sont les libertés individuelles et les organisations démocratiques qui ont fait la différence. Il considère aussi que la concurrence, y compris sur le plan religieux, est un stimulant de la vitalité religieuse, et que tous les systèmes de monopole religieux aboutissent à une religion de façade, le clergé cherchant plus un statut social que de s’adonner à une mission évangélisatrice. Il juge à cette aune la situation religieuse de l’Amérique du sud, gagnée aujourd’hui par le protestantisme, faute d’avoir été évangélisée en profondeur, comme en témoigne la faiblesse chronique du clergé autochtone. Il estime que cette situation est finalement favorable, car dans la concurrence il y a un véritable effort de la part des différentes communautés religieuses, qui bénéficie aussi aux catholiques.
Des points seront sûrement contestés par les spécialistes, des jugements sont rapides, et le ton parfois polémique, mais la démarche d’ensemble est des plus convaincante, à contre-courant de l’historiographie dominante. Les chrétiens ont eu confiance dans le pouvoir de la raison, ils ont eu « foi » dans la science et dans le fait que le monde est compréhensible et qu’il n’est pas gouverné par des forces magiques. Le christianisme a aussi inventé l’importance de la personne, le sens de la liberté individuelle et a trouvé les formes d’organisation sociale qui ont permis l’exercice de cette liberté. Là où les pouvoirs politiques l’ont restreinte ou limitée, l’invention technologique et l’élévation du niveau de vie et de culture des personnes privées ont été freinées, voire empêchées. Il se montre très dur sur l’Espagne et la France à cet égard, comme sur l’Empire romain, l’islam ou la Chine.
S’il manque une approche critique des excès du capitalisme, la thèse de fond est très heureuse et la citation finale d’un Chinois mérite d’être rapportée :
« L’une des choses qu’on nous demandait d’examiner était ce qui expliquait le succès de l’Occident dans le monde. Nous avons étudié tout ce que nous avons pu d’un point de vue historique, politique, économique et culturel. Au début nous avons pensé que c’était parce que vous aviez de meilleurs canons que nous. Puis nous avons pensé que c’était parce que vous aviez le meilleur système politique. Ensuite nous nous sommes focalisés sur votre système économique. Mais au cours des vingt dernières années, nous nous sommes rendu compte que le cœur de votre culture est votre religion : le christianisme. C’est pour cela que l’Occident est si puissant. Le fondement moral chrétien de la vie sociale et culturelle a été ce qui a rendu possibles l’émergence du capitalisme et ensuite la transition réussie vers une vie politique démocratique. Nous n’avons aucun doute la dessus » (Aikman).