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dimanche 2 mai 2010

L’origine du chapelet (2)

L’origine du chapelet (2)

Au XVIe siècle, l'apparition de l'imprimerie permet d'illustrer les mystères. Par économie, on se limite rapidement à n'illustrer que les pensées des quinze « Notre Père », d'où les quinze mystères existant. Dans certaines régions, on disait une invocation à la fin de la première partie de l'Ave, en changeant à chaque Ave ou à chaque dizaine. Le Dominicain Alberto da Castello, par exemple, publie, en 1521, Le Rosaire de la glorieuse Vierge Marie, et propose les invocations suivantes pour la Crucifixion de Jésus : 1. Au prix de grandes souffrances, Jésus est cloué à la Croix. Je vous salue Marie... 2. Jésus est dressé en croix et placé entre deux voleurs. 3. Jésus prie pour ses bourreaux et nous donne ainsi un exemple. 4. Jésus promet le paradis au larron crucifié à sa droite. 5. Jésus confie sa Mère à Jean l'Évangéliste. 6. Jésus reste suspendu pendant trois heures en croix, le soleil s'obscurcit. 7. Jésus crucifié souffrant de la soif, on l'abreuve de fiel et de vinaigre. 8. Jésus déclare accomplir les Écritures qui parlent de lui. 9. Jésus rend le dernier soupir ; son côté est ouvert par la lance. 10. Jésus est descendu de la croix et mis au tombeau. En 1569, Pie V officialise la méditation des mystères et la rend nécessaire pour obtenir des indulgences. Cependant « la méditation distincte des « mystères » (...) doit tendre normalement à se fondre dans une vision à la fois très simple et très une de tout le Mystère du Christ en nous » (Louis Bouyer, Introduction à la vie spirituelle). En 1629, Timoteo Ricci publie le Rosaire perpétuel au couvent des Dominicains de Bologne : 8760 billets, autant que d'heures dans une année, sont tirés au sort pour que chacun assure une heure de récitation du Rosaire. En 1641, Jean Giffre de Richac publie le Rosaire perpétuel de la Vierge Marie pour obtenir par son entremise la paix désirée par toute la chestienté. Au XVIIIe siècle, la récitation en chœur se popularise. En France et en Allemagne l'on utilise les clausules, alors qu'en Italie et dans les pays de langue romane les mystères sont nommés au « Notre Père ». Après 1700 l'usage s'introduit d'ajouter le « Gloire au Père » à la fin de chaque dizaine. Saint Louis-Marie Grignion de Montfort ne propose pas moins de cinq façons de réciter le Rosaire et publie le Secret admirable du Très Saint Rosaire.

(fin)

jeudi 11 mars 2010

À l'ombre de la Sainte Famille (4)

À l'ombre de la Sainte Famille (4)


C'est-à-dire que Jésus fait progresser dans la voie de l'Amour, où tout est don de soi, sacrifice permanent. La nada sanjuaniste est le chemin de la déréliction (« rien », en espagnol : « Pour arriver à goûter tout,/ ne désire avoir goût en rien ;/ pour arriver à posséder tout, / ne désire posséder quelque chose en rien »), où l'être humain sent le sol se dérober sous ses pieds, se trouve, non pas en équilibre instable, mais comme suspendu dans le vide, et comprend, vitalement, qu'il n'existe que par Dieu, qui le maintient dans l'être (cf. Actes 17, 28). Il ressent son entière dépendance à l'égard du Père. Se sachant rien, et moins que rien, et en même temps enfant de Dieu, il fait l'expérience de la nécessaire unité de tous les aspects de sa vie. Celle-ci doit le reconduire à Dieu par sa totalité. Tout ce qui n'est pas « informé, au sens philosophique du terme, par le divin, n'est d'aucune valeur, n'a pas de sens ; n'est pas, en définitive, face à la survie dans l'au-delà, à l'éternité. « Je regarde ma vie et je vois, en toute sincérité, que je ne suis rien, que je ne vaux rien, que je n’ai rien, que je ne puis rien. Plus encore, que je suis le néant ! Mais lui est tout et, en même temps, il est à moi et je suis à lui, car il ne me rejette pas et il s’est livré pour moi. Avez-vous vu plus grand amour ? » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 215). Rien face à l'infini de Dieu. Et pourtant quelque chose, ou plus exactement quelqu'un par la grâce de Dieu, le « seul être que Dieu ait aimé pour lui-même » (concile Vatican II). Et auquel il reconnaît une valeur telle qu'il n'a pas hésité à offrir son propre Fils en sacrifice pour le rendre heureux. Telle est la profondeur des mystères de Dieu, où le plus vil côtoie le plus sublime, et s'en trouve transformé, retourné en occasion et moyen de progrès spirituel, parce que, comme l'affirme l'Apôtre, « pour ceux qui aiment Dieu, tout coopère au bien » (Romains 8, 28).
Un saint qui a pénétré très avant dans le royaume de lumière et de tendresse « a appelé Marie « le Paradis de Dieu et son monde ineffable ». Et il affirmait que Dieu a fait un monde pour l'homme voyageur, le nôtre ; qu'Il en fit un pour les bienheureux, le paradis ; et qu'Il en fit un pour lui, auquel il donna le nom de Marie » (L. J., Suenens, Quelle est celle-ci ? Paris, 1957, p. 12). C'est cela qui est étonnant. Mais nous y trouvons un extrême réconfort. Parce qu'il en va un peu comme d'un fil qu'on tire et qui finit par récupérer l'entière pelote de laine. Par Marie, nous pouvons tous être ramenés dans le sein du Père éternel, retrouver notre condition originelle d'enfant, en qui il met sa complaisance.

(à suivre...)

samedi 26 décembre 2009

Le mystère de Noël

Le mystère de Noël

Le vrai mystère de Noël est la splendeur intérieure qui vient de cet Enfant. Laissons cette splendeur intérieure se communiquer à nous, allumer dans notre cœur la petite flamme de la bonté de Dieu ; par notre amour, portons tous la lumière dans le monde ! Ne permettons pas que cette flamme de lumière soit éteinte par les courants froids de notre temps ! Gardons-la fidèlement et faisons-en don aux autres! En cette nuit, dans laquelle nous regardons vers Bethléem, nous voulons aussi prier de façon spéciale pour le lieu de la naissance de notre Rédempteur et pour les hommes qui y vivent et qui y souffrent. Nous voulons prier pour la paix en Terre Sainte : Regarde, Seigneur, cette région de la terre qui, étant ta patrie, t’est si chère ! Fais que ta lumière y brille ! Fais que la paix y advienne !

Benoît XVI, Homélie, 24 décembre 2005.

vendredi 25 décembre 2009

Le sens de Noël

Le sens de Noël

« Le Seigneur m’a dit : “Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré”. » Par ces paroles du psaume 2, l’Église commence la Messe de la veillée de Noël, dans laquelle nous célébrons la naissance de notre Rédempteur Jésus-Christ, dans l’étable de Bethléem. Autrefois, ce psaume appartenait au rituel du couronnement du roi de Juda. Le peuple d’Israël, en raison de son élection, se sentait de façon particulière fils de Dieu, adopté par Dieu. Comme le roi était la personnification de ce peuple, son intronisation était vécue comme un acte solennel d’adoption de la part de Dieu, dans lequel le roi était, en quelque sorte, introduit dans le mystère même de Dieu. Dans la nuit de Bethléem, ces paroles, qui étaient en fait plutôt l’expression d’une espérance qu’une réalité présente, ont pris un sens nouveau et inattendu. (lire la suite) L’Enfant dans la crèche est vraiment le Fils de Dieu. Dieu n’est pas solitude éternelle, mais cercle d’amour où il se donne et se redonne dans la réciprocité. Il est Père, Fils et Esprit Saint.
Plus encore : en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, Dieu lui-même s’est fait homme. C’est à Lui que le Père dit : « Tu es mon fils. » L’aujourd’hui éternel de Dieu est descendu dans l’aujourd’hui éphémère du monde et il entraîne notre aujourd’hui passager dans l’aujourd’hui éternel de Dieu. Dieu est si grand qu’il peut se faire petit. Dieu est si puissant qu’il peut se faire faible et venir à notre rencontre comme un enfant sans défense, afin que nous puissions l’aimer. Dieu est bon au point de renoncer à sa splendeur divine et descendre dans l’étable, afin que nous puissions le trouver et pour que, ainsi, sa bonté nous touche aussi, qu’elle se communique à nous et continue à agir par notre intermédiaire. C’est cela Noël : « Tu es mon fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Dieu est devenu l’un de nous, afin que nous puissions être avec Lui, devenir semblables à Lui. Il a choisi comme signe l’Enfant dans la crèche: Il est ainsi. De cette façon nous apprenons à le connaître. Et sur chaque enfant resplendit quelque chose du rayon de cet aujourd’hui, de la proximité de Dieu que nous devons aimer et à laquelle nous devons nous soumettre – sur chaque enfant, même sur celui qui n’est pas encore né.

Benoît XVI, Homélie, 24 décembre 2005.

vendredi 23 octobre 2009

Le Rosaire et les anges

Le Rosaire et les anges

« Toutes les fois que, par la récitation du Rosaire de Marie, nous méditons les mystères de notre salut, nous imitons en quelque manière la fonction très sainte confiée jadis à la milice céleste des anges » (Léon XIII, encyclique Augustissimæ Virginis, 12 septembre 1897).

Rosaire et pénitence. Parmi la pratique des vertus que la foi réclame « se trouve la pénitence, qui comprend elle-même l'abstinence, vertu nécessaire, à plus d'un titre et (lire la suite) très efficace. Si l'Église, sur ce point, se montre de jour en jour plus clémente envers ses enfants, que ceux-ci, en retour, comprennent qu'ils doivent s'ingénier à compenser par d'autres œuvres cette indulgence maternelle. Dans ce but, il est bon de proposer en premier lieu la dévotion du Rosaire, qui peut également produire de bons fruits de pénitence, surtout par la méditation des souffrances du Christ et de sa Mère » (Léon XIII, enc. Fidentem piumque, 20 septembre 1896).

mercredi 22 juillet 2009

L'Annonciation (1)

L'Annonciation (1)

De toute éternité Dieu vous choisit pour être
Vrai paradis terrestre au tout nouvel Adam,
De celui par qui nous, les humains, recevons l’être,
Et qui du contingent gagnons le transcendant.

L’archange Gabriel, dans un flot de lumière,
Vient rencontrer la vierge, abîmée en prière,
Au lieudit Nazareth. Elle est dans sa chaumière.
Il lui annonce que sa lignée est princière.

Gabriel dit : « Voici que tu enfanteras. »
Aussitôt Marie a en mémoire l’oracle :
Du prophète Isaïe : « La vierge concevra
Un fils », dit l’Emmanuel. Elle croit au miracle.

Puis l’archange dit : « Il sera Fils du Très-Haut.
Il succédera au grand roi David, son Père,
Son règne s’étendra à la lignée entière
De Jacob, mais il ne fera pas de vieux os. »

Cette vierge, c’est elle, ô suprême évidence !
Elle l’est restée, et ce n’est pas qu’apparence.
Mais sa surprise va cependant s’exprimer
À haute voix, dans un dialogue avec l’Aimé :

« Comment cela peut-il être ? Je ne connais
Point d’homme ! J’épouse, il est vrai, Joseph sous peu
Mais que nous nous soyons engagés tous les deux
À rester chastes à tout jamais, tu le sais.

C’est mystère pour moi qui ai toujours voulu
Accomplir en tout ta très sainte Volonté,
Mais je vois bien que tu me choisis par Bonté
Et que tu as jeté sur moi ton dévolu. »

(D. Le Tourneau, inédit).

samedi 11 octobre 2008

Eucharistie et espérance (2)

Eucharistie et espérance (2)

Certains pensent, Seigneur, que tu n'as souffert que deux jours, alors qu'eux, ils n'en peuvent plus de supporter leur maladie depuis des mois, des années... Pour toi, cela aurait été facile, tandis que pour eux... Comme s'il n'y avait eu, dans ta vie, que l'agonie, l'arrestation, le simulacre de procès, les moqueries d'Hérode, la brutalité extrême des soldats, la lâcheté de Pilate, la condamnation infamante à la mort sur une croix... Comme si toute ta vie n'avait été que facilité, ne t'avait demandé aucun effort. (lire la suite) « Bien que le salut soit pleinement accompli par la croix et la résurrection, la vie entière du Christ est Mystère de salut, car tout ce que Jésus a fait, a dit et a souffert avait pour but de sauver l'homme déchu et de le rétablir dans sa vocation de fils de Dieu » (Abrégé du Catéchisme de l'Église catholique, n° 101).
Je ne peux pas limiter tes souffrances à ta seule Passion. Car ce n'est pas ainsi que se comporte quelqu'un qui aime. Or, question amour, personne ne s'y entend mieux que toi. Celui qui aime se complique constamment l'existence pour les autres, est aux petits soins avec eux, se met en quatre pour les servir, cherche ce qui leur plaît, ce qui les détend, sacrifie ses goûts et ses intérêts... Et l'amour, en plus, est inventif. Chez toi, Seigneur, cela t'a amené à inventer la Croix, ta mort sur la Croix. Il fallait le faire ! Et tu l'as fait !
Comment oublier que tu as été un immigré en Égypte jusqu'à un âge que nous ignorons ? Comment ne pas penser que, du fait de ta sainteté absolue tu étais particulièrement sensible à la grossièreté, à la brusquerie, aux manières de tes condisciples de jeux à Nazareth, puis plus tard des clients qui avaient recours à votre travail, à Joseph et à toi ?
Comment aussi ne pas nous rappeler ce que tu as affirmé : « C'est un baptême de sang que je dois recevoir et » (Luc 12, 50) ; et encore « Je suis venu mettre le feu sur la terre » (Luc 12, 49) ; et aussi « J'ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous » (Luc 22, 5) ? La Croix n'est pas un accident de parcours. Elle est inscrite dans ta vie : c'est pour elle que tu t'es fait homme. Elle est ton horizon. Tu ne cesses d'y penser, car tu ne cesse de penser à notre salut et que ce salut implique de passer par elle.
(à suivre...)

dimanche 3 août 2008

Arrêts sur christianisme (27)

Arrêts sur christianisme (27)

Au fond, tu n'es pas assez chrétien. Être chrétien, c'est moins croire en Dieu - les païens aussi, et l'islam savent autant et plus croire en Dieu - qu'avoir rencontré le Christ et avoir noué avec lui ce lien d'amitié qui fait le disciple, l'avoir connu et après à longueur d'années explorer les mystères que sa rencontre fait heurter.

H.-I. Marrou, Carnets posthumes, Paris, 2006, cité par Cl. Dagens, « Foi chrétienne en Dieu et pouvoir politique : De l'Empire chrétien à la République laïque », Institut des sources chrétiennes, Empire chrétien et Église aux IVe et Ve siècles. Intégration ou « concordat ? » Le témoignage du Code Théodosien. Textes rassemblés et édités par Jean-Noël Guinot et François Richard, Paris, Cerf histoire, 2008, p. 479.

samedi 31 mai 2008

31 mai : La Visitation

31 mai : La Visitation

Comme toute mère, Marie contemple son Fils, se met à genoux à ses côtés, trouvant qu'il est le plus beau de tous les bébés. Elle adore le Fils de Dieu, qui est son propre fils ! Allez y comprendre quelque chose ! Elle est en plein mystère. Elle croit cependant. Elle croit parce qu'il lui a été révélé que cet Enfant est le Fils du Dieu Très-Haut (cf. Luc 1, 32). (lire la suite)
C'est un mystère, le plus élevé de tous, mais un mystère qui a une transcription dans l'espace et dans le temps. Son Fils, Jésus, est le Messie d'Israël et le Sauveur de toute l'humanité.
Agenouillée, Marie adore l'Enfant. Elle ne cessera jamais d'adorer Jésus, le « fils du charpentier » (Matthieu 13, 55), charpentier lui-même, devenu rabbi un jour. Car c'est le même, c'est le Messie qui croît « en taille, en sagesse et en grâce » (Luc 2, 52) sous ses yeux, pour le comble de son émerveillement.
Quelle action de grâces fuse constamment du Cœur de Marie, avec la force incompressible avec laquelle un volcan libère la lave qu'il renferme. Oui, une explosion de joie, de reconnaissance, une ivresse d'adoration. Magnificat. Ah ! oui. Magnificat anima mea Dominum (Luc 1, 46). Comme nous le comprenons ! )

jeudi 24 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (3)

Origène, sa vie, son œuvre (3)

Enfin, poursuit Benoît XVI, même avant son ordination sacerdotale, Origène se consacra intensément à la prédication de la Bible, s'adaptant à un public très divers. Dans tous les cas, dans ses Homélies également, c'est le maître que l'on retrouve, qui se consacre entièrement à l'interprétation systématique de l'épisode étudié, progressivement divisé selon les versets successifs. Dans les Homélies aussi, Origène saisit toutes les occasions pour rappeler les diverses dimensions du sens de l'écriture Sainte, (lire la suite) qui aident ou expriment un chemin dans la croissance de la foi : il y a le sens « littéral », mais celui-ci cache des profondeurs qui n'apparaissent pas dans un premier temps ; la deuxième dimension est le sens « moral » : que devons-nous faire en vivant la parole ; et enfin le sens « spirituel », c'est-à-dire l'unité de l'écriture, qui dans tout son développement parle du Christ. C'est l'Esprit Saint qui nous fait comprendre le contenu christologique et ainsi l'unité de l'écriture dans sa diversité. Il serait intéressant de montrer cela. J'ai un peu tenté, dans mon livre Jésus de Nazareth, de mettre en évidence dans la situation d'aujourd'hui ces multiples dimensions de la parole, de l'écriture Sainte, qui avant tout, doit être respectée, précisément au sens historique. Mais ce sens nous transcende vers le Christ, dans la lumière de l'Esprit Saint, et nous montre la voie, comment vivre. On en trouve, par exemple, la mention dans la neuvième Homélie sur les Nombres, où Origène compare l'écriture aux noix : « Ainsi est la doctrine de la Loi et des Prophètes à l'école du Christ », affirme l'auteur de l'homélie ; « amère est la lettre, qui est comme l'écorce ; en deuxième lieu, tu parviendras à la coquille, qui est la doctrine morale ; en troisième lieu, tu trouveras le sens des mystères, dont se nourrissent les âmes des saints dans la vie présente et future » (Homélies sur les Nombres 9, 7).
C'est en particulier par cette voie qu'Origène parvient à promouvoir de manière efficace la « lecture chrétienne » de l'Ancien Testament, en réfutant de manière brillante le défi des hérétiques - surtout gnostiques et marcionites - qui opposaient les deux Testaments entre eux, jusqu'à rejeter l'Ancien. A ce propos, dans la même Homélie sur les Nombres, l'Alexandrin affirme : « Je n'appelle pas la Loi un « Ancien Testament », si je la comprends dans l'Esprit. La Loi ne devient un « Ancien Testament » que pour ceux qui veulent la comprendre charnellement », c'est-à-dire en s'arrêtant à la lettre du texte. Mais « pour nous, qui la comprenons et l'appliquons dans l'Esprit et dans le sens de l'Évangile, la Loi est toujours nouvelle, et les deux Testaments sont pour nous un nouveau Testament, non pas en raison de la date temporelle, mais de la nouveauté du sens... En revanche, pour le pécheur et pour ceux qui ne respectent pas le pacte de la charité, les Évangiles eux aussi vieillissent » (Homélies sur les Nombres 9, 4).
Je vous invite - et je conclus ainsi - à accueillir dans votre cœur l'enseignement de ce grand maître de la foi. Il nous rappelle avec un profond enthousiasme que, dans la lecture priante de l'Écriture et dans l'engagement cohérent de la vie, l'Église se renouvelle et rajeunit toujours. La Parole de Dieu, qui ne vieillit jamais et ne s'épuise jamais, est le moyen privilégié pour y parvenir. C'est en effet la Parole de Dieu qui, par l'œuvre de l'Esprit Saint, nous guide toujours à nouveau à la vérité tout entière (cf. Benoît XVI, "Aux participants au Congrès international pour le XL anniversaire de la Constitution dogmatique Dei Verbum", in Insegnamenti, vol. I, 2005, p. 552-553) et prions le Seigneur pour qu'il nous donne aujourd'hui des penseurs, des théologiens, des exégètes qui trouvent cette dimension multiple, cette actualité permanente de l'Écriture Sainte, sa nouveauté pour notre époque. Prions afin que le Seigneur nous aide à lire de façon orante l'Écriture Sainte, à nous nourrir réellement du vrai Pain de la vie, de sa Parole.

Benoît XVI, Audience générale, 25 avril 2007.

mercredi 19 mars 2008

Dieu a des choses à nous dire (2)


Dieu a des choses à nous dire (2)

Tout comme le Fils, l'Esprit Saint annonce la Parole que le Père nous adresse. Par eux, nous savons tout ce que Dieu a voulu nous faire connaître de lui et de ses desseins providentiels. La Révélation est complète avec la mort du dernier des apôtres, saint Jean. L'Église est la gardienne du « dépôt de la foi », qu'elle transmet dans son intégralité et son intégrité, guidée en cela par l'assistance du Saint-Esprit. En même temps, l'Esprit Saint travaille dans l'âme (lire la suite) de chacun d'entre nous. Si nous nous mettons à son écoute, il nous fait comprendre le sens des paroles et des actions du Seigneur.
À nous de découvrir alors ce que Dieu a à nous dire, à le laisser nous expliquer le sens de la vie et des événements, comment l'Évangile s'applique à notre vie. Pour cela, nous pouvons suivre le conseil de saint Josémaria, un conseil qui s'appuie sur une expérience longue et concluante : « En ouvrant le Saint Évangile, songe que ce qui y est rapporté — les œuvres et les paroles du Christ —, tu ne dois pas seulement le savoir, mais le vivre. Tout, chacun des points relatés a été recueilli dans le moindre détail, pour que tu l'incarnes dans les circonstances concrètes de ton existence.
— Le Seigneur nous a appelés, nous autres catholiques, pour que nous Le suivions de près et, dans ce Texte Saint, tu découvriras la Vie de Jésus. Mais en outre tu dois y découvrir ta propre vie.
Toi aussi, tu apprendras à demander, plein d'Amour comme l'Apôtre : "Seigneur, que veux-tu que je fasse:..." — La volonté de Dieu ! c'est ce que tu entends de façon très nette au fond de ton âme.
Eh bien, prends l'Évangile tous les jours, et lis-le, vis-le comme une norme à suivre. — C'est ainsi qu'ont procédé les saints » (saint Josémaria, Forge, n° 754).

(fin)

samedi 1 décembre 2007

Un livre sur la Providence


Un livre sur la Providence

Pierre Descouvremont, Peut-on croire à la Providence ? Préface du cardinal Barbarin, Paris, Éditions de l'Emmanuel, 2007, 139 p.

Comme le préfacier le souligne, l'auteur « parcourt d'abord l'Écriture Sainte, évidemment, puis les paroles et les écrits des saints qui traduisent le mouvement de leur cœur : c'est là que se rencontrent les témoignages qui fondent notre foi. Il poursuit avec l'enseignement de l'Église, (lire la suite) citant des évêques, des papes et les divers textes du Magistère, puis il examine les diverses circonstances de notre vie et les contextes qui obscurcissent ou éclairent notre perception de l'action de Dieu dans le monde. Ainsi, page après page, se précise pour nous le contenu d'un mot que certains trouvent peut-être un peu désuet mais dont le charme suggestif vient à s'imposer. Nos yeux s'ouvrent et notre cœur est comblé. Le mystère de la Providence se transforme en source de joie ».
En réalité, après avoir évoqué les deux alliances, l'auteur part du constat du mal, de la souffrance et du péché qui marque notre monde et ne facilite pas toujours le discernement de la véritable vocation de l'homme. Le mystère de la Providence se présente à nous comme « un mystère proclamé par l'Écriture » (chap. 1), « un mystère vécu par tous les saints » (chap. 2), « un mystère enseigné par l'Église » (chap. 3), « un mystère vraiment déroutant » (chap. 4), « un mystère inacceptable sans la grâce » (chap. 5), « un mystère trop souvent déformé » (chap. 6), « un mystère aujourd'hui contesté » (chap. 7), « un mystère toujours d'actualité » (chap. 8), et enfin « un mystère de la Croix rédemptrice » (chap. 9).
Dans la conclusion, l'auteur fait deux remarques. La première est qu'il serait pour le moins étonnant qu'après avoir « déployé toute son intelligence à façonner à partir d'un noyau primitif d'hydrogène des milliards de galaxies (...), qu'après avoir dressé les plans des milliers d'espèces végétales et animales (...), qu'après avoir fait en sorte que ces espèces évoluent (...), » Dieu ait « décidé de ne plus intervenir du tout » dans notre monde et dans son évolution. La seconde remarque est le rappel du travail d'enfantement qui se produit dans notre monde, comme saint Paul l'a exprimé, avec la conviction corrélative que pour ceux qui aiment Dieu tout concourt à leur bien (cf. Rm 8, 28).
Ce petit livre est stimulant et répond sans nul doute à des questionnements actuels auxquels il apporte des réponses opportunes.