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mercredi 25 avril 2012

Compostelle et le Mont Saint-Michel


Compostelle et le Mont Saint-Michel

Arrivé à la cathédrale de Galice, le pèlerin de saint Jacques honore la statue de l’apôtre – puis continue son chemin vers l’Ouest : quatre-vingt-sept kilomètres jusqu’au cap Finisterra, qui lui aussi, au Moyen-âge, est une »fin du monde connu ». Là le marcheur s’arrête face à l’océan. Il ne peut pas aller plus loin : « on ne voit rien que le ciel et la mer », note le pèlerin Léon de Rosmital en1466. Le sanctuaire l’a conduit à la mer… C’est le contraire du pèlerin de saint Michel, que la mer conduit au sanctuaire. Marcher vers la mer et le soleil couchant, c’est se dissoudre dans la nature. Traverser la mer, c’est aller vers l’immortalité. (lire la suite) La coquille emblème du Mont Saint-Michel, signe de l’homme délivré de la mer, n’avait donc pas le même sens que la coquille emblème de Santiago, signe de la mer plus forte que l’homme. Différence troublante ! Elle s’accentue du fait que la coquille normande est historiquement plus ancienne que celle de Galice : ce sont les « miquelots », pèlerins de saint Michel, qui l’ont transmise aux « jacquaires », pèlerins de saint Jacques. Le conchyliologiste, spécialiste des mollusques, ajoutera que ce ne sont pas les mêmes coquillages : saint Jacques a le pecten maximus, qui est grand et rond ; saint Michel a le pecten varius, qui est petit et oblong.

Patrice de Plunkett, Les Romans du Mont Saint-Michel, Paris, Éditions du Rocher, 2011, p. 32-33.

dimanche 27 mars 2011

La correction fraternelle (4)


La correction fraternelle (4)

« J’ai péché contre le Seigneur », s’exclame David enfin éclairé par le prophète Nathan sur la nature de ses agissements et sur leur portée (2 Samuel 12, 13). Il exprimera ce repentir dans le psaume 50 (2-3) : « Pitié pour moi, ô Dieu, dans ta bonté ; en ta grande tendresse, efface mon péché. » Que telle soit aussi notre prière. L’humble prière de celui qui reconnaît sa faute, tout en sachant qu’auprès de Dieu se trouve le pardon. Si la correction fraternelle produit cette réaction, elle aura été vraiment salutaire pour l’intéressé.
Elle l’aura été de toute façon pour le frère qui a pris la peine et a eu la force d’âme et la charité de dire les choses en face à celui dont la faiblesse affectait la sainteté de l’ensemble du corps de l’Eglise. En effet, l’apôtre Jacques (lire la suite) n’hésite pas à affirmer que « si quelqu’un parmi vous s’égare loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, qu’il le sache : celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés » (Jacques 5, 19-20).
Nous ne pratiquons pas la correction fraternelle par amour propre, avons-nous dit. Mais nous la pratiquons aussi par un amour bien compris de nous-mêmes. N’est-il pas écrit : « Tu aimeras le prochain comme toi-même ? » (Matthieu 22, 39).
Notre joie est alors complète (cf. Jean 15, 11), parce que si nous aimons notre prochain, il y a de fortes chances que nous aimions aussi notre Dieu. Et que nous l’aimions comme il faut, c’est-à-dire de façon totalement désintéressée. C’est comme cela, et pas autrement, que nous devenons riches de Dieu. Car pourquoi chercher des récompenses, alors que Dieu se donne lui-même à nous, ce qui est infiniment plus que toute réussite humaine, que tout honneur ou bien matériel, fut-il la santé ? « Nous devons prendre garde à ne pas aimer Dieu en vue d’une récompense. Eh quoi ? Tu vas aimer Dieu en vue d’une récompense ? Quelle est la récompense que Dieu te donnera ? Quoi qu’il te donne d’autre, cela est moins que lui. Tu l’honores, non pas gratuitement, mais pour recevoir quelque chose de lui. Honore-le gratuitement et tu le recevras lui-même. Dieu se réserve à toi pour que tu jouisses de lui. Et si tu aimes ce qu’il a fait, quelle n’est pas la grandeur de celui qui l’a fait ? Si le monde est beau, combien doit l’être l’artisan du monde ? Arrache donc ton cœur à l’amour de la créature pour t’attacher au créateur et tu pourras dire ce qui est écrit dans le psaume : « Quant à moi, il est bon de m’attacher à Dieu » (Psaume 72, 28) » (saint Césaire d’Arles, Sermons au peuple 21, 5).

(à suivre…)

mercredi 7 avril 2010

La sainteté attire (4)

La sainteté attire (4)

Même si le monde me presse et m'opprime de toute part, même s'il en vient à me persécuter, parce que je suis disciple du Christ, je suis heureux et rien ne me manque. N'est-ce pas ce que le Seigneur a annoncé ? Écoutons-le : « Bienheureux serez-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on vous calomniera de toute manière à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux » (Matthieu 5, 11-12). Une telle perspective, qui est de plus en plus d'actualité dans notre monde, ne doit pas nous faire trembler, car le Seigneur ne nous laisserait alors pas seul. La vie des martyrs de la foi, tout au long des âges - et il en est beaucoup de nos jours - en témoigne avec éloquence. Oui, le bonheur de Dieu nous suffit, (lire la suite) car nous nous efforçons de faire ce qui lui plaît : « Il ne m'a pas laissé seul, parce que toujours je fais ce qui lui plaît » (Jean 8, 29).
Et ces martyrs qui nous donnent un exemple de force d'âme et de fermeté dans la foi, d'une fidélité inébranlable, sont nos intercesseurs, ceux à qui nous pouvons faire appel pour vaincre dans les combats de ce monde. Certes, le pouvoir du démon est grand et le diable est supérieurement intelligent. C'est entendu. Nous sommes prévenus et il faut nous tenir sur nos gardes. Mais le pouvoir de Dieu, lui, est infini. C'est-à-dire que face à cet infini, celui du diable est, en définitive, insignifiant, ridicule. Faisons donc appel aux martyrs et aux saints, qui ont su déjouer les intrigues du démon, précisément parce qu'ils se sont appuyés non sur leurs propres forces, mais sur la force de Dieu. « Si un Jérémie après sa mort prie pour Jérusalem (2 Macchabées 15, 14) ; si les vieillards de l'Apocalypse présentent à Dieu les oraisons des justes (Apocalypse 5, 8) ; si un saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d'eux après sa mort (2 Pierre 1, 15) ; si un Étienne peut prier pour ses persécuteurs (Actes 7, 59), et un saint Paul pour ses compagnons de voyage et pour ses fidèles (Actes 27, 24 ; Éphésiens 2, 16 ; Philippiens 1, 4 ; Colossiens 1, 3) ; en un mot, si les saints peuvent prier pour nous, pourquoi ne pourrions-nous pas les supplier d'intercéder en notre faveur ? Saint Paul se recommande aux prières de ses disciples (1 Thessaloniciens 5, 25) ; saint Jacques nous exhorte à prier les uns pour les autres, afin d'être sauvés (Jacques 5, 16). Nous pouvons donc bien, de notre côté, nous recommander aux saints » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 5, 1).

(à suivre...)

mercredi 6 janvier 2010

Le feu du ciel (1)

Le feu du ciel (1)

« Comme se faisait proche le jour où il allait être enlevé de ce monde, il prit résolument la direction de Jérusalem, et il envoya des messagers en avant. Étant partis, ils entrèrent dans un bourg des Samaritains pour lui préprer le gîte ; mais on ne l'y reçut pas, parce qu'il faisait route vers Jérusalem » (Luc 9, 51-53). Pour aller de Galilée à Jérusalem, il fallait nécessairement traverser la Samarie, si l'on ne voulait pas faire un grand détour qui, outre d'être fatigant, aurait retardé le jour de l'arrivée dans la Ville Sainte. (lire la suite)
« Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu descende du ciel et les consume ? » Mais, se retournant, il les reprit vertement. Et ils partirent pour un autre bourg » (Luc 9, 54-56). Jésus n'aurait pas laissé ses apôtres commander au feu du ciel de détruire un village en Israël. Il le leur interdit aussi pour un village d'hérétiques. Il est venu sauver, non perdre (cf. Jean 12, 47).
Jacques et Jean sont remplis de zèle pour Dieu. On les comprend : la vie avec Jésus-Christ est enthousiasmante et enflamme le cœur pour les affaires de Dieu, « le zèle pour ta maison m'a consumé » (Psaume 69, 10). Il n'y a pas bien longtemps de cela, Jésus avait envoyé les Douze en leur conférant « plein pouvoir sur tous les démons, ainsi que le don de guérir les maladies. Et il les envoya proclamer la venue du royaume de Dieu et opérer des guérisons » (Luc 9, 1-2).
Il les a dépêchés pour préparer sa propre venue dans la contrée, en faisant le bien, en abondance, non le mal. En se mettant au service des populations, non en les anéantissant. Faire le bien, faire du bien aux autres est le propre d'un homme de Dieu, la marque distinctive de sa condition d'envoyé de Dieu. C'est d'ailleurs ce que les foules disent à juste titre de Jésus : « Il a tout fait à la perfection » (Marc 7, 37). Mais c'est le fruit de leur expérience quotidienne.
Les apôtres ont constaté que le pouvoir de Dieu s'exerçait bien par leur intermédiaire, ils ont réalisé des miracles, chassé des démons, comme le Seigneur. Ils se sentent forts maintenant, capables de n'importe quoi. Mais ils oublient que cette puissance n'est pas à eux, mais qu'elle leur est prêtée : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu ? » (1 Corinthiens 4, 7).
C'est pourquoi face à ce village de Samarie dont les autorités refusent d'accueillir le Maître et ceux qui l'accompagnent, au mépris des lois les plus élémentaires de l'hospitalité, et en outre font un affront au Fils de Dieu, ils sont prêts à intervenir avec vigueur.

(à suivre...)

mercredi 31 décembre 2008

Fin d'année et au-delà

Fin d'année et au-delà

Alors qu'une année se termine, l'an 2008 de la Rédemption, nous pouvons faire un bilan face à l'éternité qui est notre objectif final, et penser au retour du Christ qui interviendra à la « fin des temps ».
Depuis les origines de l'Église, l’attente de la seconde venue du Christ, pour établir son royaume définitif, a toujours occupé une place ce choix dans sa prière. Certains rites, actualisés après le Concile du Vatican II, ont repris une formule de la liturgie hispanique : « Toutes les fois que (lire la suite) vous mangerez de ce pain et que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne glorieux du ciel. » La forme ordinaire du rite romain prévoit, entre autres acclamations après la consécration, « nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » Nous trouvons aussi cette attente eschatologique dans certaines liturgies eucharistiques d’Orient, telle la liturgie de saint Jacques : « Nous célébrons la mémoire de sa passion vivifiante, de sa croix salvifique, de sa mort et son ensevelissement, de sa résurrection d’entre les morts au troisième jour, de son ascension, de sa place à la droite du Père, de sa deuxième venue glorieuse et terrible, lorsqu’il viendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts et rendre à chacun selon ses œuvres. »
Cet accord de liturgies nées dans des lieux et à des époques différents témoigne de la fermeté de l’attente chrétienne de la parousie. La pensée du deuxième avènement du Christ doit nous amener à rester vigilants, à nous tenir spirituellement prêts, sachant, avec une sagesse enracinée dans la foi, garantie des biens que l’on espère (Hébreux 11, 1) que l’Évangile est « une communication qui produit des faits et qui change la vie », parce que « celui qui a l’espérance vit différemment ; une vie nouvelle lui a déjà été donnée » (Benoît XVI, encyclique Spe salvi, n° 2). Il sait que son existence a un sens d'éternité, et que sa foi et son espérance actuelles prépatent une vie d'Amour sans fin.

dimanche 4 mai 2008

Saint Jacques (2)

Saint Jacques (2)

L'information la plus ancienne sur la mort de ce Jacques nous est offerte par l'historien juif Flavius Josèphe. Dans ses Antiquités juives (20, 201sq), rédigées à Rome vers la fin du I siècle, il nous raconte que la fin de Jacques fut décidée sur une initiative illégitime du Grand Prêtre Anan, fils de Annas cité dans les Évangiles, qui profita de l'intervalle entre la déposition d'un Procureur romain (Festus) et l'arrivée de son successeur (Albinus) pour décréter sa lapidation en l'an 62.
Au nom de ce Jacques, (lire la suite) outre le Protévangile de Jacques apocryphe, qui exalte la sainteté et la virginité de Marie Mère de Jésus, est particulièrement liée la Lettre qui porte son nom. Dans le canon du Nouveau Testament, celle-ci occupe la première place parmi ce qu'on appelle les Lettres catholiques, c'est-à-dire qui ne sont pas destinées à une seule Église particulière - comme Rome, Éphèse, etc. -, mais à de nombreuses Églises. Il s'agit d'un écrit très important, qui insiste beaucoup sur la nécessité de ne pas réduire sa propre foi à une simple déclaration verbale ou abstraite, mais à l'exprimer concrètement par des œuvres de bien. Entre autres, il nous invite à la constance dans les épreuves joyeusement acceptées et à la prière confiante pour obtenir de Dieu le don de la sagesse, grâce auquel nous parvenons à comprendre que les véritables valeurs de la vie ne se trouvent pas dans les richesses passagères, mais plutôt dans le fait de savoir partager ses propres biens avec les pauvres et les indigents (cf. Jacques 1, 27).
Ainsi, la Lettre de saint Jacques nous montre un christianisme très concret et pratique. La foi doit se réaliser dans la vie, surtout dans l'amour du prochain et notamment dans l'amour pour les pauvres. C'est dans ce cadre que doit également être lue la phrase célèbre : "En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte" (Jacques 2, 26). Cette déclaration de Jacques a parfois été opposée aux affirmations de Paul, selon lequel nous sommes rendus justes par Dieu non en vertu de nos œuvres, mais grâce à notre foi (cf. Galates 2, 16 ; Romains 3, 28). Toutefois, ces deux phrases, apparemment contradictoires avec leurs perspectives différentes, se complètent en réalité, si elles sont bien interprétées. Saint Paul s'oppose à l'orgueil de l'homme qui pense ne pas avoir besoin de l'amour de Dieu qui nous protège, il s'oppose à l'orgueil de l'autojustification sans la grâce simplement donnée et non méritée. Saint Jacques parle en revanche des œuvres comme du fruit normal de la foi : "C'est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits", dit le Seigneur (Matthieu 7, 17). Et saint Jacques le répète et nous le dit.
En dernier lieu, la Lettre de Jacques nous exhorte à nous abandonner entre les mains de Dieu dans tout ce que nous accomplissons, en prononçant toujours les paroles : "Si le Seigneur le veut bien" (Jacques 4, 15). Il nous enseigne ainsi à ne pas présumer de planifier notre vie de manière autonome et intéressée, mais à laisser place à la volonté insondable de Dieu, qui connaît ce qui est véritablement bon pour nous. Ainsi, saint Jacques demeure aujourd'hui encore un maître de vie pour chacun de nous.

Benoît XVI, Audience générale, 28 juin 2006.

samedi 3 mai 2008

Saint Jacques (1)

Saint Jacques (1)

Le 3 mai, l'Église fête les apôtres saint Philippe et saint Jacques. Faute d'espace, je n'ai parlé que de saint Philippe l'an dernier. Voici donc ce que Benoît XVI a dit de Jacques "le Mineur", au cours d'une audience du mercredi :
"Il fait lui aussi partie des listes des douze Apôtres choisis personnellement par Jésus, et il est toujours désigné comme "fils d'Alphée" (cf. Matthieu 10, 3 ; Marc 3, 18 ; Luc 5 ; Ac 1, 13). Il a souvent été identifié avec un autre Jacques, dit "le Petit" (cf. Marc 15, 40), fils d'une Marie (cf. ibid.), qui pourrait être "Marie de Cléophas", (lire la suite) présente, selon le Quatrième Évangile, au pied de la Croix avec la Mère de Jésus (cf. Jean 19, 25). Il était lui aussi originaire de Nazareth et probablement parent de Jésus (cf. Matthieu 13, 55 ; Marc 6, 3), dont il est appelé "frère" à la manière sémite (cf. Marc 6, 3; Galates 1, 19). Le Livre des Actes souligne le rôle prépondérant exercé dans l'Église de Jérusalem par ce dernier Jacques. Lors du Concile apostolique qui y fut célébré après la mort de Jacques le Majeur, il affirma avec les autres que les païens pouvaient être accueillis au sein de l'Église sans devoir d'abord se soumettre à la circoncision (cf. Actes 15, 13). Saint Paul, qui lui attribue une apparition particulière du Ressuscité (cf. 1 Corinthiens 15, 7), à l'occasion de sa venue à Jérusalem, le nomme même avant Simon-Pierre, le qualifiant comme lui de "colonne" de cette Église (cf. Galates 2, 9). Ensuite, les judéo-chrétiens le considérèrent comme leur principal point de référence. On lui attribue également la Lettre qui porte le nom de Jacques et qui est comprise dans le canon néo-testamentaire. Il ne s'y présente pas comme "frère du Seigneur", mais comme "serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus" (Jacques 1, 1).
Parmi les chercheurs, portant le même nom, Jacques fils d'Alphée et Jacques "frère du Seigneur, est débattue. Les traditions évangéliques n'ont conservé aucun récit, ni sur l'un ni sur l'autre, se référant à la période de la vie terrestre de Jésus. En revanche, les Actes des Apôtres nous montrent qu'un "Jacques" a exercé un rôle très important, comme nous l'avons déjà mentionné, après la résurrection de Jésus, au sein de l'Église primitive (cf. Actes 12, 17 ; 15, 13-21 ; 21-18). la question de l'identification de ces deux personnagesL'acte le plus important qu'il accomplit fut son intervention dans la question du rapport difficile entre les chrétiens d'origine juive et ceux d'origine païenne : il contribua avec Pierre à surmonter, ou mieux, à intégrer la dimension juive originelle du christianisme avec l'exigence de ne pas imposer aux païens convertis l'obligation de se soumettre à toutes les règles de la loi de Moïse. Le Livre des Actes nous a transmis la solution de compromis, proposée précisément par Jacques et acceptée par tous les Apôtres présents, selon laquelle aux païens qui auraient cru en Jésus-Christ on ne devait demander que de s'abstenir de la coutume idolâtre de manger la chair des animaux offerts en sacrifice aux dieux, et de l'"impudicité", terme qui faisait probablement allusion aux unions matrimoniales non permises. En pratique, il s'agissait de ne respecter que quelques interdictions considérées réellement importantes par la loi mosaïque.
De cette façon, on obtint deux résultats significatifs et complémentaires, tous deux encore valables actuellement ; d'une part, l'on reconnut le rapport inséparable qui lie le christianisme à la religion juive comme à sa matrice éternellement vivante et valable ; de l'autre, on permit aux chrétiens d'origine païenne de conserver leur identité sociologique, qu'ils auraient perdue s'ils avaient été obligés d'observer ce qu'on appelle les "préceptes cérémoniaux" mosaïques : désormais ceux-ci ne devaient plus être considérés comme obligatoires pour les païens convertis. En substance, on marquait le début d'une pratique d'estime et de respect réciproque, qui, malgré de malheureuses incompréhensions successives, cherchait par sa nature à sauvegarder ce qui était caractéristique de chacune des deux parties.

(à suivre...)

mercredi 25 juillet 2007

25 juillet : Saint Jacques le Majeur


25 juillet : Saint Jacques le Majeur

Cette maturation de la foi fut menée à bien par l'Esprit Saint lors de la Pentecôte, si bien que Jacques, lorsque vint le moment du témoignage suprême, ne recula pas. Au début des années 40 du I siècle, le roi Hérode Agrippa, neveu d'Hérode le Grand, comme nous l'apprend Luc, "se mit à maltraiter certains membres de l'Eglise. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter" (Ac 12, 1-2). La concision de la nouvelle, privée de tout détail narratif, révèle, d'une part, combien il était normal pour les chrétiens de témoigner du Seigneur par leur propre vie (lire la suite) et, de l'autre, à quel point Jacques possédait une position importante dans l'Eglise de Jérusalem, également en raison du rôle joué au cours de l'existence terrestre de Jésus. Une tradition successive, remontant au moins à Isidore de Séville, raconte un séjour qu'il aurait fait en Espagne, pour évangéliser cette importante région de l'empire romain. Selon une autre tradition, ce serait en revanche son corps qui aurait été transporté en Espagne, dans la ville de Saint-Jacques-de-Compostelle. Comme nous le savons tous, ce lieu devint l'objet d'une grande vénération et il est encore actuellement le but de nombreux pèlerinages, non seulement en Europe, mais du monde entier. C'est ainsi que s'explique la représentation iconographique de saint Jacques tenant à la main le bâton de pèlerin et le rouleau de l'Évangile, caractéristiques de l'apôtre itinérant et consacré à l'annonce de la "bonne nouvelle", caractéristiques du pèlerinage de la vie chrétienne.
Nous pouvons donc apprendre beaucoup de choses de saint Jacques : la promptitude à accueillir l'appel du Seigneur, même lorsqu'il nous demande de laisser la "barque" de nos certitudes humaines, l'enthousiasme à le suivre sur les routes qu'Il nous indique au-delà de toute présomption illusoire qui est la nôtre, la disponibilité à témoigner de lui avec courage, si nécessaire jusqu'au sacrifice suprême de la vie. Ainsi, Jacques le Majeur se présente à nous comme un exemple éloquent de généreuse adhésion au Christ. Lui, qui avait demandé au début, par l'intermédiaire de sa mère, à s'asseoir avec son frère à côté du Maître dans son Royaume, fut précisément le premier à boire le calice de la passion, à partager le martyre avec les apôtres.
Et à la fin, en résumant tout, nous pouvons dire que le chemin non seulement extérieur, mais surtout intérieur, du mont de la Transfiguration au mont de l'agonie, symbolise tout le pèlerinage de la vie chrétienne, entre les persécutions du monde et les consolations de Dieu, comme le dit le Concile Vatican II. En suivant Jésus comme saint Jacques, nous savons que, même dans les difficultés, nous marchons sur la bonne voie.

(Benoît XVI, Audience générale, 21 juin 2006)

mardi 24 juillet 2007

Saint Jacques le Majeur


Saint Jacques le Majeur

Nous continuons avec le pape Benoît XVI la série de portraits des apôtres de Jésus. "Aujourd'hui, nous rencontrons la figure de Jacques. Les listes bibliques des Douze mentionnent deux personnes portant ce nom : Jacques fils de Zébédée et Jacques fils d'Alphée (cf. Mc 3, 17.18 ; Mt 10, 2-3), que l'on distingue communément par les appellations de Jacques le Majeur et Jacques le Mineur. Ces désignations (lire la suite) n'entendent bien sûr pas mesurer leur sainteté, mais seulement prendre acte de l'importance différente qu'ils reçoivent dans les écrits du Nouveau Testament et, en particulier, dans le cadre de la vie terrestre de Jésus. Aujourd'hui, nous consacrons notre attention au premier de ces deux personnages homonymes.
Le nom de Jacques est la traduction de Iákobos, forme grécisée du nom du célèbre Patriarche Jacob. L'apôtre ainsi appelé est le frère de Jean et, dans les listes susmentionnées, il occupe la deuxième place immédiatement après Pierre, comme dans Marc (3, 17), ou la troisième place après Pierre et André dans les Évangiles de Matthieu (10, 2) et de Luc (6, 14), alors que dans les Actes, il vient après Pierre et Jean (1, 13). Ce Jacques appartient, avec Pierre et Jean, au groupe des trois disciples préférés qui ont été admis par Jésus à des moments importants de sa vie.
Comme il fait très chaud, je voudrais abréger et ne mentionner ici que deux de ces occasions. Il a pu participer, avec Pierre et Jean, au moment de l'agonie de Jésus dans le jardin du Gethsémani, et à l'événement de la Transfiguration de Jésus. Il s'agit donc de situations très différentes l'une de l'autre: dans un cas, Jacques avec les deux apôtres fait l'expérience de la gloire du Seigneur. Il le voit en conversation avec Moïse et Élie, il voit transparaître la splendeur divine en Jésus ; dans l'autre, il se trouve face à la souffrance et à l'humiliation, il voit de ses propres yeux comment le Fils de Dieu s'humilie, en obéissant jusqu'à la mort. La deuxième expérience constitua certainement pour lui l'occasion d'une maturation dans la foi, pour corriger l'interprétation unilatérale, triomphaliste de la première: il dut entrevoir que le Messie, attendu par le peuple juif comme un triomphateur, n'était en réalité pas seulement entouré d'honneur et de gloire, mais également de souffrances et de faiblesse. La gloire du Christ se réalise précisément dans la Croix, dans la participation à nos souffrances."

(à suivre...)