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dimanche 6 mars 2011

Un modèle de chrétien (2)


Un modèle de chrétien (2)

« Qu’il illumine votre intelligence afin que vous sachiez quelle est l’espérance donnée par son appel, combien riche est la gloire de son héritage parmi les saints » (Ephésiens 1, 18). A la foi et la charité s’ajoute l’espérance des biens futurs, que l’appel, la vocation chrétienne a fait naître dans notre cœur. Espérance qui est conviction que tout contribue à notre bien (cf. Romains 8, 28) et que rien de ce que nous faisons ne se perd en vue du royaume des cieux.
Paul demande encore que Dieu fasse voir « quelle est la grandeur extraordinaire de sa puissance à notre endroit, (lire la suite) pour nous les croyants. L’exemple en est dans l’efficacité souveraine de la force qu’il a déployée en la personne du Christ » (Ephésiens 1, 19-20). Telle est la conception chrétienne de la vie, la vision optimiste et réaliste à la fois de notre vie en Dieu, avec Dieu. Dieu qui a ressuscité son Fils, nous ressuscitera à notre tour. Nous avons la force du Christ avec nous, pour nous. Nous pouvons vivre de foi, d’espérance et de charité, et communiquer ces vertus à notre monde, de sorte qu’elles imprègnent et pénètrent dans le cœur des hommes de notre temps, qui en ont tellement besoin… Un trésor de gloire nous attend au ciel, mais il faut auparavant mener le combat contre le mal en nous appuyant sur la force du Christ.
Allons-y hardiment. L’enjeu en vaut la peine. Et si nous ne prenons pas cette tâche à cœur, qui donc l’assumera ? Ce sera aussi une bonne façon de ne pas suivre le mauvais exemple des Galates !

(fin)

vendredi 4 mars 2011

Un modèle de chrétien (1)


Un modèle de chrétien (1)

Saint Paul a reçu des nouvelles de la foi et de la charité des premiers chrétiens d’Ephèse. Il en est rempli de joie et de reconnaissance. Il leur écrit qu’il ne cesse de rendre grâce à Dieu à leur sujet parce qu’ils ont bien compris le message de l’Evangile, qu’ils ont assimilé la prédication et qu’ils peuvent ainsi servir de modèle pour d’autres communautés. En même temps qu’il se réjouit, il ne cesse de « faire mémoire de vous dans mes prières » (Ephésiens 1, 15-16). Il ne ferme pas les yeux ni ne se désintéresse de la situation. Il sait très bien, par exemple, que certains fidèles ont vite fait de revenir à leurs erreurs antérieures. C’est ce qu’il reprochait aux Galates : (lire la suite) « Pauvres fous de Galates, qui vous a ensorcelés, vous qui avez eu sous les yeux l’image de Jésus-Christ crucifié ? (…) Êtes-vous donc si fous ? Débuter par l’Esprit et maintenant finir par la chair ? » (Galates 3, 1.3). Il y a de quoi être douloureusement étonné. « Je m’étonne que si vite vous abandonniez celui qui vous a appelés par la grâce du Christ pour passer à un autre évangile » (Galates 1, 6).
C’est pourquoi Paul prie pour que les Ephésiens restent sur le droit chemin et continuent de donner un exemple de foi et de charité « à l’égard de tous les saints » (Ephésiens 1, 15). Il nous montre par là que nous devons également toujours faire monter vers Dieu notre prière pour nos frères dans la foi, en demandant au Seigneur de les assister de sa grâce, pour qu’ils soient toujours des témoins exemplaires de la foi, des foyers ardents de sainteté et des évangélistes intrépides.
Dans ses prières, l’Apôtre demande les dons spirituels pour les fidèles : « Que le Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation pour le bien connaître lui-même » (Ephésiens 1, 17). Certes, une connaissance du Seigneur. Mais cette connaissance est encore imparfaite et très limitée. Mieux nous connaîtrons notre Seigneur et plus nous serons stimulés à vivre notre foi et à vivre la charité envers tous, comme lui l’a fait. Il est bon de demander au Seigneur qu’il se révèle davantage à nous, qu’il se fasse connaître plus à fond. Cela dépend en réalité des conditions dans lesquelles nous abordons nos moments de prière et nous allons recevoir la sainte Eucharistie. Parce que sont là des occasions idéales pour bien se connaître et pour laisser Dieu nous façonner à sa guise.

(à suivre…)

mardi 13 avril 2010

Les juifs et les musulmans

Les juifs et les musulmans

Saint Paul, dans l'épître aux Galates, a repris ce passage et il explique qu'ici Agar est la figure du peuple juif - il déplace un peu les perspectives - qui, lui aussi, a été fils et qui, lui aussi, est écarté à un moment donné pour faire place à ceux qui sont les fils d'Abraham selon la promesse, les fils de Sara, les fils de la femme libre et non pas de l'esclave, et qui sont précisément les chrétiens. Nous voyons donc qu'il y a là un mystère (...) qui s'est accompli deux fois. Le mystère de l'élection d'Isaac, père de la race d'Ismaël, et du rejet d'Ismaël, père de la race des Musulmans, de la race des Arabes, est un premier mystère d'élection et de rejet. Il peut sembler qu'il y a là quelque chose de dur, de tragique. Pourquoi l'un a-t-il été choisi et pas l'autre ? (lire la suite)
Ce miracle se retrouve au moment de la venue du Christ ? Là aussi il y a un peuple qui est écarté par Dieu : le peuple juif, et un autre qui est élu : le peuple chrétien tiré des nations. Mais nous savons que pour cette seconde économiecet éloignement du peuple juif est un éloignement provisoire, nous dit saint Paul, c'est-à-dire qu'il est écarté pour que la plénitude des Gentils rentre, mais que quand la plénitude des Gentils sera rentrée, lui aussi rentrera à son tour et son retour sera une plus grande joie que l'entrée des Gentils.
Nous ne pouvons pas ne pas penser qu'il y a un mystère du même ordre qui plane sur les Musulmans. L'Islam, lui aussi, a été écarté, mais nous savons que ce n'est pas un rejet définitif, qu'il y a une élection de Dieu qui pèse sur lui puisqu'il est de la race d'Abraham selon la chair et que Dieu lui a donné des promesses. Ces promesses sont peut-être d'ordre temporel, mais au-delà il y a une bénédiction qui subsiste et qui fait que nous nous demandons quand le mystère s'accomplira et quand, à son tour, Ismaël rentrera avant ou après les fils d'Abraham et rejoindra les fils de la promesse.
Saint Abraham est le grand intercesseur pour les trois grandes catégories d'âmes : pour les Juifs puisque c'est le père d'Isaac ; pour l'Islam puisque c'est le père d'Ismaël ; pour les pécheurs enfin, puisque c'est lui qui a supplié Dieu pour Sodome et pour Gomorrhe, pour ces grands pécheurs dont parfois nous portons la charge spirituelle, pour ceux qui, profondément enfoncés dans le mal et profondément éloignés de Dieu, semblent a-delà de toute espérance. Pour tous ceux-là nous pouvons dire qu'Abraham prie obstinément, et il nous apprend à prier obstinément pour eux, car rien n'est impossible à la parole de Dieu qui change les cœurs.

Jean Daniélou, Le mystère de l'Avent, Paris, Éditions du Seuil, 1948, p. 57-59.

lundi 16 mars 2009

Saint Paul et la vraie liberté

Saint Paul et la vraie liberté

Saint Paul écrit aux Galates (5, 1-4) : « C'est pour vous que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et n'allez pas vous remettre sous le joug de l'esclavage. Voici que moi, Paul, je vous le dis : si vous vous faites circoncire, le Christ ne vous servira de rien. Je l'atteste une fois de plus pour quiconque se fait circoncire : il est tenu d'accomplir la Loi en entier. Vous avez rompu avec le Christ, vous qui demandez la justification à la Loi : vous avez été déchus de la grâce. »
Voici une explication de ces paroles : (lire la suite) « Ce langage est étonnant pour l'ancien Pharisien. Comment peut-il mettre sur le même plan les usages de la piété juive et les gestes de la religiosité païenne ? Ils ont en fait une chose en commun : c'est de soumettre l'homme à ces pratiques. Or pour Paul, depuis sa rencontre avec le Christ, il ne s'agit plus de soumission. Le croyant n'est plus un homme contraint, obligé de l'extérieur à une obéissance. Il est dorénavant porté à la rencontre du Sauveur. Dire en effet que la Loi ne sauve pas, pas plus que tous les usages qu'elle avait fini par recommander aux croyants pour épauler leur fidélité, ne signifie pas pour Paul une simple et facile passivité devant Dieu, voire une complicité avec le péché : « Finalement peu importe, la foi sauve... » Cette liberté-là serait en fait du libertinage. En envoyant son propre Fils ramener notre nature humaine du vagabondage à une existence filiale et obéissante au Père, Dieu inaugure un nouveau régime : celui de l'Esprit. La justice continue d'être exigée de la part de l'homme : c'est-à-dire une existence obéissante, conforme à la sainteté pour laquelle nous avons été créés. Mais ce qui était impossible à l'homme, voilà que l'Esprit du Christ va le rendre possible en Lui. Après avoir tellement dit que le régime de la Loi était périmé, que l'homme était dorénavant sous la grâce, Paul ne craint pas de reprendre ce terme de Loi en l'associant à celui d'Esprit ; il risque cette formule contradictoire ; la Loi de l'Esprit ! Là où l'homme ne voyait qu'obligation impossible à remplir, que commande-ments irritant la liberté et l'orgueil de l'homme, voilà que se profilent la vie et la liberté. (...) Paul est tellement saisi par cette expérience d'amour et de liberté dans le Christ qu'il prend d'autres risques avec le vocabulaire. Il ose non seulement évoquer l'esclavage du péché mais surtout dépeindre l'existence chrétienne comme celle de quelqu'un qui, autrefois esclave du péché, est devenu esclave de la justice, esclave de Dieu (Rm 6, 18.22) ! »

Jean-Michel Poffet, Paul de Tarse, Paris, Nouvelle Cité - Prier Témoigner, coll. Regard, 1998, p. 50-52.