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jeudi 14 août 2014

Pain et Parole (6)

Pain et Parole (6)

Le drame de l’homme contemporain est qu’il oublie que Dieu est présent au milieu de nous, plus vivant que nous ne le sommes nous-mêmes, parce que notre vie vient de lui, source de toute vie, lui qui est la Vie (cf. Jean 14, 6). C’est une vraie calamité pour nous de l’oublier à ce point et de ne pas nous précipiter toujours pour l’adorer. « L’adoration eucharistique nous soumet au rayonnement du corps et du sang du Christ qui reproduit en nous ses vertus, notamment la charité qui préside à l’institution de l’Eucharistie, l’obéissance au Père et le courage de Jésus en sa passion, la chasteté qui purifie et discipline les impulsions du corps et du sang en nous, la bienveillance et le dévouement inculqués par le Saint-Esprit. L’immobilité de l’adoration agit sans heurt (lire la suite) et engendre le mouvement des vertus avec l’efficacité discrète, patiente et sûre, qui caractérise le travail de la grâce. l’adoration contemplative et silencieuse n’est donc pas opposée à l’action vertueuse et expressive. Portant directement sur Dieu, elle ouvre la porte à l’action efficiente de la charité éclairée par la foi et la prudence spirituelle. Elle se tient à la source des vertus comme à leur fin, car elles doivent mener le croyant vers la vision admirative et aimante » (Servais Pinckaers, Plaidoyer pour la vertu, Le Muveran, Parole et Silence, 2007, p. 193). Tel est le cheminement du chrétien qui suit la voix du Bon Pasteur. Celui-ci le conduit vers de bons pâturages (cf. Jean 10, 3), là où se trouve notre Dieu, fort, éternel et tout-puissant. Cette Parole est un puits d’eau vive « jaillissant pour la vie éternelle » (Jean 4, 14). Or, « tel est le pain qui descend du ciel que celui qui en mange ne mourra pas. C’est moi qui suis le pain vivant descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde » (Jean 6, 50-51). On ne saurait être plus explicite. Nous ne pouvons donc comprendre pleinement – à la mesure, certes, de notre comprenette forcément très limitée – comprendre la Parole qu’à partir de l’Eucharistie, dans laquelle il s’est incarné, s’est fait chair de notre chair pour que nous puissions assumer notre condition d’enfants de Dieu, d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 26) et de nous laisser diviniser. C’est dans le Saint-Sacrement que nous venons adorer à l’autel et dans le tabernacle que la Parole de Dieu se fait plus éloquente et nous parle de la façon la plus convaincante qui soit de l’Amour qu’il nous porte à nous, les hommes. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13). Et qu’est chaque messe, qu’est la sainte réserve eucharistique, sinon la preuve la plus tangible, la plus palpable de cet Amour ? « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et ce que nous avons touché de nos mains pour ce qui est du Verbe de vie […], nous vous l’annonçons à vous aussi, afin que vous soyez, vous aussi, en communion avec nous » (1 Pierre 1, 1.3). (à suivre…)

dimanche 15 juillet 2012

Le patriotisme (3)


Le patriotisme (3)

Aimer sa patrie est donc une vertu chrétienne. Ne pas l’aimer, n’est pas une vertu. Si nous aimons notre patrie, nous aimons aussi ceux qui y vivent, et nous tâchons de contribuer à ce qu’ils mènent une vie heureuse, bien conscients de ce que la vie ici-bas n’est que transitoire et que ce qui compte avant tout, c’est de les aider à obtenir le bonheur véritable, c’est-à-dire à transformer vraiment notre pays en terrain qui prépare « aux destinées éternelles de l’homme ». Le plus grand bien que nous puissions souhaiter pour chacun est évidemment sa félicité éternelle, qui doit être préparée par la participation à la vie de la cité terrestre, chacun à la mesure de ses capacités et de ses possibilités, afin de rendre les conditions de vie plus favorables à l’accomplissement de la destinée ultime de l’homme et de permettre son meilleur épanouissement. « Les chrétiens sont plus utiles à la patrie que le reste des hommes : ils forment des citoyens ; ils enseignent la piété à l’égard de Dieu, gardien des cités ; ils font monter jusqu’à une cité divine et céleste ceux qui vivent bien dans les petites cités de la terre » (Origène, Contre Celse 8, 73-74). (lire la suite)
« Dieu, Rédempteur et Seigneur des nations (…) ; Dieu Tout-Puissant et Éternel, donne-nous un grand et profond amour envers nos frères et envers notre patrie, Mère bien-aimée, afin qu’après avoir oublié nos profits, nous puissions honnêtement te servir, ainsi que ton peuple. » Oui. (…) Et c’est précisément l’amour qui donne une juste signification et une direction : l’amour envers les frères de notre patrie et envers chaque homme sans exception selon la parole du Christ, c’est-à-dire l’amour des uns pour les autres ; l’amour pour le bien commun ; l’amour pour le patrie, que les ancêtres ont appelée Mère. Et c’est à travers l’amour pour notre patrie que naît le respect des droits de chaque nation et de chaque homme au sein de la grande famille européenne et de la famille humaine » (bienheureux Jean-Paul II, Cycle de Jasna Góra, 25 décembre 1990). Poussons plus loin encore : l’amour aussi de la grande famille surnaturelle qu’est l’Église. En effet, le plus grand bien commun des hommes, leur fin véritable est la fin surnaturelle : Dieu connu surnaturellement et aimé, servi, glorifié. C’est par conséquent le véritable et principal bien commun de la société, donc de la patrie.

(à suivre…)

jeudi 5 juillet 2012

Confiance en Dieu (4)

Confiance en Dieu (4)

« Il n’y a pas de périls pour celui qui craint Dieu, mais pour celui qui ne le craint pas. Comment celui que la vertu élève au-dessus des souffrances, qui considère le présent comme une ombre fugitive, pourrait-il éprouver quelque mal ? Que craindrait-il ? Qu’est-ce qui pourrait être un mal pour lui ? Cherchons donc un asile sur ce roc inébranlable. Quand on nous construirait une ville entourée de murailles ; mieux encore, quand on nous transporterait dans une terre où nous serions à l’abri de tout trouble et au sein de l’abondance, en sorte que nous n’eussions rien à démêler avec personne, notre sécurité serait moins grande que celle où nous met le Christ » (saint Jean Chrysostome, Homélies sur les Actes des apôtres 13, 3). Si Dieu transcende infiniment sa création, il ne lui est pas moins présent, la conduisant vers sa perfection et son achèvement : « Dieu est infiniment plus grand que toutes ses œuvres » (cf. Siracide 43, 28). « Sa majesté est plus haute que les cieux » (Psaume 8, 2), « à sa grandeur point de mesure » (Psaume 145, 3). (lire la suite) Mais parce qu’il est le Créateur souverain et libre, cause première de tout ce qui existe, Il est présent au plus intime de ses créatures : « En lui nous avons la vie, le mouvement et l’être » (Actes 17, 28). Selon les paroles de saint Augustin, Il est « plus haut que le plus haut de moi, plus intime que le plus intime » (Confessions 3, 6, 11) » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 300). Mais Dieu ne donne pas seulement à la créature d’exister. Il ne l’abandonne pas à elle-même, ce qui serait la laisser aller droit à l’abîme, à sa perte. « Il la maintient à chaque moment dans l’être, lui donne d’agir et la porte à son terme. Reconnaître cette dépendance complète par rapport au Créateur est une source de sagesse et de liberté, de joie et de confiance » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 301). « Le Seigneur est bon envers tous, et sa compassion s’étend à toutes ses œuvres » (Psaume 145, 9). Et, comme l’auteur sacré le reconnaît dans le livre de la Sagesse (11, 24-26), « oui, tu aimes tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût de rien de ce que tu as fait [même s’il pourrait en éprouver pour l’homme pécheur et rebelle !] ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? Mais tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie », ou, selon une autre traduction, « toi, Seigneur, qui aime les âmes ». Voilà qui est bien dit et qui définit bien notre Dieu : ami de la vie, ami des âmes, de toutes les âmes, dont il veut qu’elles possèdent la vie et l’aient en abondance (cf. Jean 10, 10), et pour lesquelles il a donné sa propre vie (cf. Marc 10, 45). (à suivre…)

mercredi 29 février 2012

Arrêts sur christianisme (71)


Arrêts sur christianisme (71)

Est un admirateur du christianisme celui qui sait que le christianisme a changé le monde, qu’il nous a apporté une révolution morale d’amour, d’égalité et de dignité sans précédents, et que cette révolution déploie ses effets aujourd’hui encore ; que sans cette révolution le monde serait pire, la vie parmi les hommes plus sauvage, les droits moins garantis, l’espérance moins fondée. (…) Tous deux [les chrétiens religieux et les « chrétiens culturels »] ont un don. Pour les croyants au premier sens, le « don de Dieu » est la grâce, la gratuité et l’espérance mystérieuse d’une rencontre, d’une présence : la Sienne. Pour les croyants au second sens, le « don de dieu » est un patrimoine de vertus, de coutumes, de culture, de civilisation : la nôtre.

M. Pera, Perché dobbiamo dirci cristiani : Il liberalismo, l’Europa, l’etica, Milan, Mondadori, 2008, p.56-57.

jeudi 19 janvier 2012

Désirs de sainteté (2)


Désirs de sainteté (2)

La sainteté n’a rien à voir avec la meringue. C’est du solide, quelque chose à construire en dur, qui demande des efforts http://www.blogger.com/img/blank.gifsoutenus. « Laissant tout là, ils le suivirent » (Luc 5, 11). Cela suppose de rechercher la présence de Dieu au long de la journée, de maintenir un dialogue permanent avec notre Seigneur, et de reprendre continuellement l’effort en ce sens. « Sois convaincu, mon enfant, que Dieu a le droit de nous dire : penses-tu à moi ? Restes-tu en ma présence ? Me cherches-tu pour appui ? Me cherches-tu comme la Lumière de ta vie, comme une cuirasse..., comme un tout ? » (saint Josémaria, Forge, n° 506).
Et ce, quel que soit le milieu ambiant. D’autant plus qu’il est plus hostile ou indifférent. (lire la suite) « Rien de tout cela [la situation du milieu ambiant] ne saurait nous nuire, si nous avons notre intérêt vraiment à cœur. Abraham avait un père idolâtre, mais il n’imita pas son impiété ; Ézéchias était fils de l’exécrable roi Achaz, et cela ne l’empêcha pas de devenir l’ami de Dieu ; Joseph, en pleine Égypte de son temps, ceignit la couronne de chasteté. Les trois jeunes Hébreux de Babylone, au milieu de la cour et des tables sybaritiques, pratiquèrent la plus haute philosophie ; Moïse de même en Égypte, et Paul dans le monde entier. Aucun de ceux-ci n’y trouva un obstacle à la vertu. À la vue de ces exemples, repoussons tous les vains prétextes et excuses, et affrontons généreusement les fatigues et les sueurs de la vertu. Par là nous obligerons Dieu à nous aimer davantage, et à nous soutenir de sa grâce, afin d’acquérir les couronnes éternelles » (saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 8, 4).
Nous avons été créés pour être saints, pour participer à la sainteté de Dieu dès ici-bas, et recevoir un denier comme prix du travail accompli dans la vigne du Seigneur (cf. Matthieu 21, 10). Il n’existe pas de sainteté médiocre. Il ne peut y avoir de cote mal taillée. Le modèle, c’est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. Désirer aller au paradis, c’est nous unir au Christ, car la Croix en est la clé. « Ce n’est pas en récitant de nombreuses prières, en faisant des neuvaines, en allumant des cierges ou en mangeant du poisson le vendredi que nous répondons à l’appel du Christ, ni même en assistant à la messe ou en accomplissant certains actes d’abnégation. Toutes ces pratiques sont excellentes dans le contexte de la vie chrétienne : mais, isolées, elles sont dénuées de tout sens religieux ; ce sont des gestes vides. C’est en portant notre croix que nous répondons au Christ, c’est-à-dire en assumant la responsabilité de chercher et de faire, en tout, la volonté du Père. Voilà ce qui été essentiel dans la vie du Christ sur la terre, de Sa mort à Sa résurrection. Tout a été fait pour obéir au Père. C’est pourquoi le Christ déclare à chaque chrétien : « Ce n’est pas en disant : « Seigneur, Seigneur » qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les Cieux » (Matthieu 7, 21) » (Thomas Merton, Vie et sainteté, Paris, Éditions du Seuil, 1966, p. 44-45).

(à suivre…)

dimanche 22 mai 2011

Marie, la « femme eucharistique » (11)


Marie, la « femme eucharistique » (11)

La participation de Marie à la Passion de Jésus a été bien réelle, et l’iconographie représentant le Cœur de Marie transpercé de sept glaives illustre la douleur qui a été la sienne. En même temps, est-il imaginable que le Cœur de Jésus et celui de Marie aient été plongés dans la tristesse, alors qu’ils étaient en train d’accomplir pleinement la Volonté de Dieu, qui ne peut être qu’aimable, alors qu’ils apportaient le Salut à l’humanité assoiffée de pardon, alors qu’ils donnaient leur vie pour cela ? Et donner sa vie pour en sauver d’autres, la multitude en l’occurrence (Matthieu 26, 28), ne peut se faire dans la tristesse. (lire la suite)
Si le Magnificat traduit la véritable attitude eucharistique, alors nous pouvons supposer qu’au milieu du déchirement que suppose la vision de la mise à mort de son Fils dans des conditions aussi atroces et inhumaines par tous les hommes pécheurs, Marie chantait quand même en elle-même ce chant de louange de Dieu et de reconnaissance, qu’elle magnifiait cette œuvre de Dieu sans précédent et inouïe qu’est la Rédemption de l’humanité opérée par Jésus.
Alors que son Fils était lui tout à la joie d’arriver au terme du travail qu’il avait entrepris trente-trois ans plus tôt en venant parmi nous. « Père, je te rends grâce de ce que tu m’as exaucé » (Jean 11, 41). Il éprouve la satisfaction du devoir accompli, du travail mené à terme avec succès, et qui a aboutit à un véritable chef-d’œuvre. Son Cœur – il n’est pas de Cœur plus amoureux, plus épris que le sien – doit être débordant de joie. Cette joie dont saint Josémaria disait qu’elle a les racines en forme de croix (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 43).
Remercions Marie dans l’Eucharistie, lorsque nous sommes avec son Fils. « Efforce-toi de rendre grâces à Jésus dans l'Eucharistie en chantant les louanges de Notre-Dame, de la Vierge pure, sans tache, de celle qui a mis au monde le Seigneur. — Et, audacieux comme un enfant, ose dire ces paroles à Jésus : mon bel amour, bénie soit la Mère qui t'a mis au monde ! Cela lui fera plaisir à coup sûr, et il n'en mettra que plus d'amour dans ton âme » (saint Josémaria, Forge, n° 70).
Marie est le modèle de toutes les vertus, vécues dans la plus grande perfection possible pour une créature. C’est l’avis unanime des théologiens. Pour l’Aquinate, « la Vierge accomplit les œuvres de toutes les vertus. Les autres saints excellèrent en quelques-unes d’entre elles. (…) Mais la Bienheureuse Vierge, elle, est le modèle et l’exemplaire de toutes les vertus. En Elle, vous trouvez un modèle d’humilité. Ecoutez ses paroles : « Voici la servante du Seigneur » (Luc 1, 18). Et encore : « Le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante » (Luc 1, 48). Elle est aussi un modèle de chasteté ; de son propre aveu en effet elle ne connaît pas d’homme (cf. Luc 1, 34). Et comme il est facile de le constater, elle donne l’exemple de toutes les vertus » (saint Thomas d’Aquin, In Salutationem Angelicam 7).

(à suivre…)

lundi 11 avril 2011

Du bon usage de la charité (2)


Du bon usage de la charité (2)

Plus que cet aspect intéressé, il s’agit d’aimer l’autre pour lui-même ; plus profondément encore parce que nous voyons en lui l’image et la ressemblance de Dieu (cf. Genèse 1, 27). « Nul ne peut l’emporter dans l’amour sur celui qui donne sa vie pour ses amis » (Jean 15, 13). Or, « moi, je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait surabondante » (Jean 10, 10).
Nous avons là la preuve la plus élevée de l’amour authentique. Jésus ne parle pas de bien-être matériel, n’évoque pas la santé physique ni les richesses. Il montre l’essentiel : la vie éternelle. Tant et si bien que la première preuve de charité, la plus authentique, consiste à aider à être fidèle à la vocation reçue, à lutter pour entretenir en chacun cette flamme de la vie éternelle. (lire la suite)
« Frères, lors même que quelqu’un serait pris en faute, vous, les spirituels, redressez-le dans un esprit de douceur ; et prends garde à toi : toi aussi tu peux être tenté » (Galates 6, 1). C’est-à-dire ne le jugez pas, mais agissez avec droiture d’intention et pour le vrai bien d’autrui. « Mes frères, si l’un de vous s’égare en s’éloignant de la vérité et qu’un autre l’y ramène, sachez-le : celui qui ramène un pécheur du chemin où il s’égarait sauvera son âme de la mort et il aura le pardon pour une masse de péchés » (Jacques 5, 19-20). Revoilà l’affirmation qui est au départ des présentes réflexions sur la charité. « L’amour couvre toutes les fautes » (Proverbes 10, 12). Peut-il y avoir plus grand amour que de ramener à la vie celui qui était mort par le péché ? En un certain sens, les actes de charité sincère que nous posons sont comme autant d’écrous et de contre-écrous qui affermissent notre vocation et nous y rendent plus fidèles.
Quel que soit le bout par lequel nous abordons la question, nous revenons au même point, à savoir que nous sommes les premiers bénéficiaires de nos actes vertueux : même s’ils visent directement le prochain, ils nous valent en retour, parce que Dieu est infiniment bon, non seulement le pardon de nos péchés (étant entendu que seule la confession personnelle peur pardonner les péchés mortels), mais encore nous accordent un supplément de grâce, pour que nous soyons en mesure d’améliorer encore nos performances, de progresser un peu plus sur la voie de la sainteté et de l’imitation de son Fils Jésus-Christ.
La vie chrétienne est vraiment passionnante. Si « la haine suscite des querelles » (Proverbes 10, 12), il est incontestable qu’en aimant notre prochain, nous aimons le Christ que nous voyons en eux et nous sommes alors plongés dans la vie de Dieu, où tout est Amour au sens le plus fort possible, pleinement existentiel. « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés : demeurez dans cet amour que j’ai pour vous. Si vous mettez mes commandements en pratique, vous demeurerez dans mon amour, tout comme moi j’ai mis en pratique les commandements de mon Père et que je demeure dans son amour » (Jean 15, 9-10).
Et Jésus d’ajouter : « Père, ceux que tu m’as donné, je veux que là où je serai, ils y soient aussi avec moi, afin qu’ils puissent voir ma gloire dont tu m’as fait don, parce que tu m’as aimé avant la création du monde » (Jean 17, 24).

(fin)

lundi 7 février 2011

La reconnaissance (1)


La reconnaissance (1)

Jésus guérit un jour dix lépreux qui étaient venus à sa rencontre alors qu'il entrait dans un village aux confins de la Samarie et de la Galilée. Se tenant à distance, comme leur condition l'exigeait, « ils élevèrent la voix : « Jésus, Maître, dirent-ils, aie pitié de nous » (Luc 17, 13). Ce qui est surprenant, ce n'est pas tant le miracle, car Jésus nous habitue à cette façon de faire. Il possède un pouvoir infini capable de résoudre tous les problèmes. Ce qui est surprenant, c'est qu'un seul des dix lépreux soit revenu sur ses pas pour remercier le Seigneur de la faveur insigne dont il a été gratifié. « Or, c'était un Samaritain » (Luc 17, 16). Les neuf autres ont peut-être pensé que cela leur était dû... (lire la suite)
La reconnaissance est une vertu des âmes bien nées. Il semble normal de remercier quelqu'un des faveurs qu'il nous fait, surtout si elles sont insignes, comme dans le cas présent. « Rendez grâce à Dieu, car il est bon car éternel est son amour ! Qu'elle le dise, la maison d'Israël : éternel est son amour ! Qu'elle le dise, la maison d'Aaron : éternel est son amour ! Qu'ils le disent, ceux qui craignent Yahvé : éternel est son amour » (Psaume 118, 1-4). Remercier Dieu de tous ses bienfaits ne lui apporte rien à lui. Cela n'augmente pas sa gloire. Il n'a pas de vanité à satisfaire. S'il attend que nous le remercions, c'est pour notre bien à nous, pour nous accorder de nouvelles faveurs, encore plus importantes. En effet, au lépreux reconnaissant « il lui dit : « Relève-toi, pars ; ta foi t'a sauvé » (Luc 17, 19). A la guérison corporelle vient s'ajouter la guérison spirituelle, qui est beaucoup plus importante que la première, même si cette guérison n'a rien de spectaculaire. Mais les neuf autres l'ont ratée par manque de reconnaissance.
Un « merci » n'est pas grand chose, mais il touche le cœur de Jésus toujours prêt à s'émouvoir. Il serait bon de nous habituer à dire ne serait-ce que « Dieu merci », lorsque les choses se déroulent positivement à notre goût, quand nous apprenons que quelque chose s'est bien passé. Et même en toutes circonstances, car nous devrions être reconnaissants envers Dieu de tout, absolument tout. Pour un être qui aime vraiment Dieu, tout est grâce.
« Que pouvons-nous sentir de meilleur, prononcer de plus beau, écrire de mieux que ces paroles : « Dieu merci » ? Il n'y a rien que l'on puisse dire plus brièvement, ni écouter plus joyeusement, ni sentir avec une plus grande élévation, ni faire plus utilement », écrit saint Augustin (Epistola 72). C'est une bonne occupation pour un enfant de Dieu que de le remercier continuellement pour tout. Et de le remercier d'organiser notre chemin de telle sorte que notre lutte, que notre vie, en soient facilitées. « Laisse ton cœur s’épancher en effusions d’amour et de remerciements à la pensée que la grâce de Dieu te délivre, chaque jour, des pièges que te tend l’ennemi » (saint Josémaria, Chemin, n° 434).

(à suivre...)

dimanche 6 février 2011

Foi, humilité et charité (2)

Foi, humilité et charité (2)

L'humilité est un grand service rendu aux autres. Elle pacifie la vie en commun. Elle évite les heurts inconsidérés. Elle permet l'harmonie des cœurs et des intelligences. Elle ouvre à l'esprit de service. Elle rend heureux. Elle donne une vision optimiste et réaliste de la vie. Elle permet de voir dans les autres, non des adversaires, mais des frères que nous pouvons aider. Elle facilite donc l'exercice de la charité.(lire la suite) Elle nous est ainsi très utile à nous-mêmes. « L'on n'est jamais mieux servi que par soi-même », dit la sagesse populaire. Ce dicton trouve ici une bonne application.
L'humilité lime les aspérités de notre caractère et nous aide à ne pas accorder d'importance à celles du caractère des autres. Disons-nous bien que nous devons être le premier à chercher à nous amender, à fournir un effort concret en vue d'une amélioration réelle.
Il ne s'agit pas de nous gargariser de mots, mais d'agir. La foi, disions-nous, ouvre l'accès à la charité. L'humilité également. On dirait que toutes les vertus convergent vers celle qui est la plus grande de toutes, la seule vertu qui subsistera au ciel, la vertu que Jésus a désignée comme étant le summum et le résumé de toute la vie chrétienne. C'est logique, parce que tout l'appareil surnaturel, toutes les vertus et les dons du Saint-esprit, toutes les grâces sans nombre que nous recevons, n'ont qu'un objectif unique, nous aider à être saints.
Et la sainteté est la plus grande marque de l'amour de Dieu, de ce que nous aimons le Dieu d'Amour et la vie qu'il nous a confiée pour que nous en fassions, avec lui, quelque chose de divin.

(fin)

jeudi 9 décembre 2010

Boire à la coupe de la charité (2)

Boire à la coupe de la charité (2)

Il faut dépasser ce qui est purement charnel et qui, d’ordinaire, est un poids qui nous entraîne vers le bas et ne nous élève pas jusqu’à Dieu. Saint Jean nous invite fermement à lutter contre les trois concupiscences : « Tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du monde » (1 Jean 2, 16).
« C’est ainsi que l’on boit la coupe du Seigneur lorsque l’on observe la sainte charité » (Fulgence de Ruspe, (Traité contre Fabien). Il conviendrait peut-être de nous purifier intérieurement avant d’aller communier et de nous réconcilier (lire la suite) avec celui de nos frères après lequel nous avons une dent, que nous critiquons ou que nous éprouvons du mal à pardonner. Tâchons de nous approcher de la sainte table avec une charité vive, pour recevoir le Corps du Christ avec le plus grand fruit possible.
C’est pourquoi Fulgence rappelle l’avertissement de saint Paul : « Sans elle on pourrait se faire brûler vif, sans que cela serve à rien », réminiscence de ce que saint Paul écrit aux chrétiens de Corinthe (1 Co 13, 1-3).
« Le don de la charité nous apporte ceci : que nous soyons réellement ce que, dans le sacrifice, nous célébrons sacramentellement » (Fulgence de Ruspe, Ibid.). Nous célébrons justement l’amour de Jésus porté à son comble. « Puisque le Christ est mort pour nous par amour, lorsque nous faisons mémoire de sa mort au moment du sacrifice, nous demandons que l’amour nous soit accordé par la venue du Saint-Esprit ; nous prions humblement qu’en vertu de cet amour, par lequel le Christ a voulu mourir pour nous, nous puissions considérer le monde comme crucifié pour nous, et être nous-mêmes crucifiés pour le monde » (Ibid.).

(fin)

jeudi 21 octobre 2010

La violence spirituelle (2)

La violence spirituelle (2)

Pour ne pas « plier », nous disposons de la grâce de Dieu, qui est d’autant plus abondante que le Seigneur nous voit entreprendre cette lutte pour la sainteté avec plus de détermination. Homme de Dieu contre vieil homme ! Il n’y a pas d’autre issue pour qui veut à la fois aller en paradis et laisser sur terre une trace de bien et de bonté. Il faut se renier soi-même, renoncer à nos goûts et à notre confort pour assurer le confort spirituel de la compagnie de Dieu et pour goûter aux choses d’en-haut, « là où est le Christ, assis à la droite de Dieu » (Colossiens 3, 2-3).
Nous ne pouvons pas lambiner ni prendre cette affaire en dilettante. « Or, y a-t-il affaire plus importante que celle de la vie éternelle ? » (saint Josémaria, Chemin, n° 235). (lire la suite) Prenons-la au sérieux. Cela en vaut la peine. Par la même occasion, prenons Dieu au sérieux. Cela en vaut encore plus la peine. D’autant qu’on ne se moque pas de Dieu impunément. Et que Dieu a droit à davantage qu’à de misérables efforts bien mesquins et mesurés. Aimer Dieu suppose de lutter pour lui ressembler, pour être fidèle, pour donner un bon exemple autour de nous, pour entraîner les autres sur le chemin de la sainteté, un chemin montant certes, mais sur lequel Dieu est continuellement présent.
« Je traite durement mon corps et je le tiens en servitude, de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne sois moi-même réprouvé » (1 Corinthiens 9, 27). Arrachons ainsi notre ciel à force d’élans généreux, de maîtrise de nos (mauvais) instincts, de progrès dans la vertu. Cela en vaut la peine et mérite bien quelques petits désagréments passagers. Dieu récompense largement, par le centuple ici-bas et la vie éternelle dans l’autre monde (cf. Matthieu 19, 29).

(fin)

samedi 15 mai 2010

Le bonheur des justes (5)

Le bonheur des justes (5)

C’est le bonheur et l’abondance pour tous ceux qui sont fidèles. « Ils viendront avec des cris de joie sur la hauteur de Sion ; ils afflueront vers les biens de Yahvé, vers le blé, vers le vin nouveau, vers l’huile, vers les brebis et les bœufs ; leur âme sera comme un jardin irrigué, et ils ne seront plus languissants » (Jérémie 31, 12). Des fleuves d’eau vive couleront de leur sein (Jean 7, 38). « Oui, tout ce qu’il fait, il le réussit », mon juste (Psaume 1, 3). Il se répand en louanges de Dieu, de qui il reçoit la croissance. Avec sa langue il bénit le Seigneur et Père (Jacques 3, 9). Le bien appelle le bien. Plus l’homme juste s’enfonce dans les terres inexplorées de l’amour de Dieu, plus il jubile d’une joie intérieure qui se communique autour de lui, plus il cherche à imiter ce qu’il découvre, à le reproduire dans sa vie, en quelque sorte à se laisser porter par le courant du bien et de la vertu. (lire la suite) Il réussit alors tout ce qu’il entreprend, parce qu’il n’agit pas en son propre nom ni pour son propre intérêt, mais au service du Seigneur, pour que le Seigneur soit connu et aimé du plus grand nombre (1 Corinthiens 9, 22).
« Non, il n’en est pas ainsi des méchants : mais ils sont comme la balle que chasse le vent » (Psaume 1, 4). Ils sont l’antithèse des bons, des hommes et des femmes de bien. Ceux-ci répandent la paix et la prospérité, ceux-là la discorde et la ruine. Les uns communiquent la paix, les autres insufflent la haine et l’inquiétude mauvaise qui souhaite l’échec du prochain. Préserve-moi des péchés d’autrui, Seigneur. Car il n’est pas de péché qui ne se répercute négativement sur le corps social qu’est l’Eglise et sur cet autre corps qu’est l’humanité tout entière. Nous sommes solidaires dans le bien comme dans le mal. « Ce ne fut pas sans tristesse que nous nous éloignâmes (d’Ars). Comment nous étions-nous attachés si vite ?... C’est que, sur cette terre sans lustre, nous avions rencontré un certain bonheur de l’âme qui donne une patrie partout où il est permis de le goûter. Arrivés au milieu du bruit et de l’agitation de la ville, nous ne pouvons nous défendre de malaise et de mélancolie. Les hommes nous semblaient grossiers et ennemis ; les propos, les cris et jusqu’à l’aspect du travail sentaient le désaccord ou accusaient la douleur. L’atmosphère de paix et d’harmonie chrétiennes que nous venions de perdre nous avaient rendus plus impressionnables aux infirmités humaines » (Brac de la Perrière, Souvenirs de deux pèlerinages à Ars, cité dans Fr. Trochu, Le Curé d’Ars Saint Jean-Maris-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 280).

(à suivre…)

vendredi 14 mai 2010

Le bonheur des justes (4)

Le bonheur des justes (4)

« Tout travail produit l’abondance, mais les paroles vaines ne mènent qu’à la disette » (Proverbes 14, 23). Tout travail bon, réalisé par amour de Dieu, en Dieu, offert à Dieu, accompli non seulement avec compétence professionnelle mais aussi dans une vision surnaturelle, comme moyen de participer à l’œuvre de la création et de la rédemption, vécu comme travail de Dieu, est une activité sanctifiante et sanctificatrice. « Béni soit l’homme qui se confie en Yahvé : Yahvé répondra à sa confiance ! Il est comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant ; il ne sent pas quand vient la canicule, mais son feuillage reste vert ; il ne s’inquiète point en une année de sécheresse, n’arrêtant pas de porter du fruit » (Jérémie 17, 7-8). « C’est la gloire de mon Père que (lire la suite) vous donniez du fruit en abondance et que vous deveniez ainsi mes disciples » (Jean 15, 8). « Mais ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis pour que vous alliez, que vous donniez du fruit et que ce fruit soit durable » (Jean 15, 16). C’est ce qui ce produit chez celui qui reste enté sur le Christ, qui s’abreuve à la source de la grâce, c’est-à-dire à la Croix d’où elle s’écoule en abondance. A celui-là, Dieu assure : « Yahvé te guidera perpétuellement, il te rassasiera dans les lieux arides. Il donnera de la vigueur à tes os ; tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source dont les eaux ne tarissent jamais » (Isaïe 58, 11). Il est vibrant et source de sainteté pour autrui. A quelqu’un à qui le curé d’Ars donne l’ordre de communier davantage, « cette personne, tout en obéissant, objectait que les pratiques de dévotion n’étaient pas en honneur dans sa paroisse et qu’elle était ennuyée d’être seule à agir de la sorte. « Vous avez bien des amies, répliqua le saint Curé. Choisissez les plus vertueuses et amenez-les-moi. Alors vous ne serez plus seule. » Elle revint avec deux compagnes. « Vous reviendrez dans six mois, dit à chacune d’elles l’homme de Dieu, mais en compagnie : il faut que vous en gagniez deux ou trois autres. » Au bout de six mois, douze Beaujolaises prenaient ensemble chemin d’Ars. A toutes le saint apprit les secrets de la communion fréquente… Leur propre pasteur, étonné bientôt de l’heureuse transformation de sa paroisse, en voulut connaître la cause. L’histoire lui fut contée, et il se hâta de faire à son tour le pèlerinage d’Ars » (Fr. Trochu, Le Curé d’Ars Saint Jean-Maris-Baptiste Vianney (1786-1859), Lyon-Paris, Emmanuel Vitte, 1929, p. 374-375).

(à suivre…)

vendredi 7 mai 2010

Le Rosaire et les vertus


Le Rosaire et les vertus

« Avant tout il alimente la foi catholique, qui refleurit précisément par la méditation appropriée des saints mystères, et élève les esprits jusqu'aux vérités révélées par Dieu. (...) Quant à l'espérance des biens immortels, le Rosaire la ravive, lorsque le triomphe de Jésus-Christ et de sa Mère, médité par nous dans la dernière partie de sa récitation, nous montre le ciel ouvert et nous invite à la conquête de l'éternelle patrie. (...) Puisque chez beaucoup la charité s'est alanguie et refroidie, comment la méditation douloureuse des souffrances et de la mort de notre Rédempteur et des douleurs de sa Mère ne parviendrait-elle pas à raviver la flamme de notre amour ? » (Pie XI, encyclique Ingravescentibus malis, 29 septembre 1937).

vendredi 30 avril 2010

Arrêt sur christianisme (52)

Arrêt sur christianisme (52)

La vertu catholique est souvent invisible, parce qu’elle est la vertu morale. Le Christianisme est toujours démodé parce qu’il est toujours sain, et toutes les modes sont des insanités. Quand l’Italie a ma folie de l’art, l’Eglise passe pour trop puritaine ; quand l’Angleterre a la folie du puritanisme, l’Eglise passe pour trop artiste. Quand vous vous disputez avec nous, vous nous classez avec la royauté et le despotisme ; mais notre première querelle est née parce que nous n’avons pas voulu subir le despotisme divin d’Henri VIII. L’Eglise semble toujours en arrière de son temps quand, en réalité, elle est au-delà ; elle attend que la dernière marotte ait vue son dernier été. Elle tient la clef d’une vertu permanente.

G. K. Chesterton, La sphère et la Croix, Lausanne, Editions L’Âge d’Homme, 1981, p. 82-83.

mardi 23 février 2010

La générosité de Dieu (6)

La générosité de Dieu (6)

C'est par ces dons incréés que la créature est recréée dans l'état de sainteté et d'innocence, hors d'atteinte du pouvoir nocif de satan. Si le Christ est « le premier-né d'une foule de frères » Romains 8, 29), Marie est la première à avoir parcouru avec excellence la voie de la sainteté terrestre et à avoir été assumée au ciel avec son corps. Elle est le plus grand bien objectif après Dieu. Le modèle pour notre vie. Un modèle qui n'est pas inerte, mais bien vivant, actif. Moyennant quoi la très Sainte Vierge est à même de nous obtenir tous les biens dont nous avons besoin, toutes les vertus, car elle les connaît toutes sur le bout des doigts, elle en a parcouru les arcanes, elle en a savouré les nuances et les tonalités. « Vous étiez si humble : obtenez-moi donc l'humilité et l'amour du mépris. (lire la suite) Vous étiez si patiente dans les peines de la vie : obtenez-moi la patience dans les contrariétés. Vous étiez toute remplie d'amour pour Dieu : obtenez-moi un saint et pur amour. Vous étiez toute charité envers le prochain : obtenez-moi la charité envers tous, surtout envers ceux qui me sont opposés. Vous étiez toute unie à la volonté de Dieu : obtenez-moi une entière conformité à toutes les dispositions divines à mon égard. En un mot, vous étiez la plus sainte de toutes les créatures, ô Marie, rendez-moi saint » (saint Alphonse de Liguori, Les gloires de Marie, 9).
Nous avons vraiment besoin que vous nous aidiez à être saints, car, même sans nous en rendre compte, nous faisons facilement de la peine à votre Fils. Ce que nous voudrions, c'est « plaire au Seigneur » (1 Corinthiens 7, 32). Mais, comme saint Paul, nous voulons faire le bien, et nous faisons le mal (Romains 7, 21). Ce qui fait que nous pourrions nous retrouver dans la situation suivante : Le Seigneur « me montra une masse d'occasions où je L'avais vexé, par exemple : quand j'étais dans un endroit où se trouvait une chapelle, j'ai pris congé de tout le monde, sauf de Lui. Il me dit de faire une génuflexion en pensant à Lui avec un grand amour, car : « Si tu la négliges, ceci me fait mal ! » (La flamme d'amour du Cœur immaculé de Marie. Le journal 1961-1974).

(à suivre...)

samedi 20 février 2010

La générosité de Dieu (3)

La générosité de Dieu (3)

« Comprends-moi bien: être dans le monde et être du monde, cela ne veut pas dire que l'on soit mondain » (saint Josémaria, Forge, n° 569). Car « les mondains s’évertuent, dès que possible, à faire perdre Dieu aux âmes ; et, ensuite, à leur faire perdre le monde… Ils n’aiment pas ce monde qui est le nôtre. Ils l’exploitent, en piétinant les autres ! — Ne sois pas, toi aussi, victime de cette double escroquerie » (saint Josémaria, Sillon, n° 304). Une escroquerie sur la vie éternelle. On nous promet monts et merveilles, mais ce n'est qu'un rideau de fumée, les fumées de l'enfer. Les fumées de satan. Nous nous laissons attirer par son fumet. Mais quel goût amer quand nous avons mangé de ses plats. (lire la suite) « Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons » (1 Corinthiens 10, 21). Ce serait troquer le droit d'aînesse contre un plat de lentilles (cf. Genèse 25, 31). Dieu ne nous séduit pas avec un plat de lentilles. Il nous attire à lui en se donnant lui-même en nourriture supersubstantielle. Et, non content de se donner à nous, ce qui est largement suffisant en soi, il ajoute, pour faire bonne mesure, le don de sa propre Mère. Il nous remet Marie. Il se dépouille de ce qui lui tient le plus à cœur. Celle qu'il a choisie pour être sa très sainte Mère, qu'il a rachetée à l'avance du péché originel, qu'il a décorée de toutes les vertus possibles et imaginables au degré le plus élevé qu'il soit donné à une créature d'atteindre, celle qu'il s'est préparée avec Amour, tout spécialement, pour être sa Mère ici-bas, voici qu'il s'en dépouille et qu'il nous la retourne. Il veut que nous profitions pleinement de la sainteté de Marie. Qu'elle nous prenne tous avec elle, car il sait qu'elle fera tout ce qu'elle pourra pour nous aider à gagner le ciel. Et c'est bien ce que Dieu veut : « Que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Timothée 2, 4).

(à suivre...)

samedi 6 février 2010

Marie et l'Incarnation (1)

Marie et l'Incarnation (1)

Quand Marie, après avoir accueilli dans son cœur, avec une grande émotion et une profonde humilité, les paroles de l'archange saint Gabriel, prononce son fiat, « qu'il me soit fait selon ta parole » (Luc 1, 38), l'histoire bascule et entre dans l'ère de la Rédemption. Il faudra attendre encore neuf mois pour que le Rédempteur vienne au monde. Mais le processus est enclenché. L'Église commence d'exister, avec Marie pour premier membre.
Mais cet événement décisif dans son efficacité salvatrice, est comme précédé par une période de pressentiments. Sainte Anne conçoit une enfant, Marie, qui, sans qu'elle y soit pour quelque chose, est totalement préservée de la morsure du péché originel. À aucun moment Marie n'est « fille de la colère ». (lire la suite) Elle bénéficie d'un privilège exceptionnel, unique, parce que Dieu pense à elle pour devenir sa propre Mère.
Très tôt, en raison de ce privilège, comme une conséquence logique, Marie se sent remplie de l'Amour de Dieu. Son cœur aime à n'en plus pouvoir. Elle forme alors le propos de rester vierge afin de servir Dieu, de mettre tout son être, corps et âme, à la disposition du Tout-Puissant. Par cette décision héroïque, qui l'arrache aux bonnes choses de la terre qui l'attirent, notamment à la maternité vers laquelle la capacité à aimer de son cœur est toute orientée, elle se prépare, plus encore sans pouvoir l'imaginer, à devenir la Mère du Sauveur.
Que n'a-t-elle pas médité l'oracle du prophète Michée, annonçant que le Messie, descendant de David, prend son origine dans la nuit des temps et que sa grandeur s'étendra jusqu'aux confins de la terre, posant ainsi les limites de la paix ! Mais en plus, ce « Consacré du Seigneur », dont la venue marque le début de la libération du peuple, n'interviendra qu'au temps où met au monde celle qui doit mettre au monde (Michée 5, 1-4). Formule énigmatique dont Marie n'a pu percer le mystère, parce que l'Esprit Saint ne l'a pas encore éclairée, parce que le Verbe de Dieu ne lui a pas encore parlé en son sein, parce que l'Amour du Père ne lui a pas encore été manifesté dans sa plénitude.
Michée ne rejoint-il pas Isaïe annonçant : « Voici qu'une vierge concevra, et elle enfantera un fils, et elle lui donnera le nom d'Emmanuel » (Isaïe 7, 14) ? Marie s'est peut-être posée la question. Elle a essayé de dissiper l'ombre qui entoure cette promesse.
Elle veut être entièrement à Dieu. Elle est totalement de Dieu. En décidant de rester vierge, elle ne se rend pas compte qu'elle se place dans une situation qui va permettre à la prophétie de se réaliser. Elle ne pense pas à elle... Elle veut simplement aimer Dieu sans réserve. Ce sont les mystères de l'Amour de Dieu envers les hommes. Nous ne pouvons pas gagner Dieu en générosité, car tout est infini en lui. Il est d'une générosité infinie, ce qui laisse la nôtre très loin, très loin derrière, et même celle de Marie, qui fait pourtant notre admiration.

(à suivre...)

lundi 21 décembre 2009

La magnanimité de Dieu (2)

La magnanimité de Dieu (2)

Si ce que nous offrons était purement humain, ce ne serait qu'un fétu de paille, vite emporté par le vent. Mais nous offrons le Christ lui-même, la Vie du Christ en nous, les vertus et le bien qu'il y suscite et fait grandir, auxquels nous joignons notre existence purement humaine. Cela change tout. C'est pour cela que le père fait remarquer à son aîné qu'il lui donne plus, infiniment plus, parce qu'en définitive - et c'est ce qui compte – celui-ci lui donne tout ce qu'il possède. Si nous ne nous réservons rien pour nous, nous recevons Dieu avec de bonnes dispositions, et nous pouvons alors le lui retourner pour qu'il sanctifie les autres, le monde.
C'est ce que nous constatons chez Sainte Marie. (lire la suite) Elle s'est offerte à servir entièrement Dieu dès qu'elle a eu l'usage de raison. Quelques années plus tard, elle s'entend dire que le Saint-Esprit la couvrira de son ombre et qu'elle enfantera et mettra au monde le Fils du Très-Haut (cf. Luc 1, 35), la Très Sainte Trinité lui étant ainsi révélée dans sa Majesté ineffable. Et Marie accepte. Elle dit « oui ». Le Fils de Dieu fait alors son entrée dans le monde, qu'il arrache au péché en remportant une victoire définitive et éternelle sur satan.
Marie a donné tout ce qu'elle avait. Elle a reçu encore plus de Dieu. Elle l'offre à son tour en demeurant au pied de la Croix bien unie au Sacrifice rédempteur de son divin Fils. Et c'est une pluie de grâces qui s'abat désormais sur le monde et qui ne cessera qu'avec la grâce finale, celle du retour glorieux du Fils ressuscité et de la résurrection des corps.

(fin)

lundi 7 décembre 2009

L'humilité de Marie (5)

L'humilité de Marie (5)

« Une résolution sincère : rendre notre chemin facile, aimable pour les autres, car la vie comporte en elle-même suffisamment d’amertume » (saint Josémaria, Sillon, n° 63). Une vie vertueuse attire. Elle montre qu'il est possible de concilier présence au monde et vie spirituelle, implication des tâches professionnelles et souci apostolique. La bien appelle le bien.
Nous le voyons avec l'obéissance de Marie. L'obéissance est une des principales vertus, avons-nous dit, en nous appuyant sur l'autorité de la Sainte Vierge. Nous voulons bien le croire. (lire la suite) N'est-ce pas cette vertu précisément à laquelle l'évangéliste Luc se réfère quand il résume la vie de Jésus à Nazareth : « Il leur était soumis » (Luc 2, 51) ? Et quand il s'agira d'exprimer en catégories humaines le geste suprême du Fils offrant à son Père une réparation vicaire, à notre place, c'est aussi à l'obéissance qu'il sera fait appel : « Il se fit obéissant jusqu'à' à la mort, et à la mort sur une Croix » (Phlippiens 2, 8). C'est sans doute la vertu qui a le plus coûté à notre Seigneur en tant qu'homme. « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 4, 34), et cela demandait qu'il s'offrît sur la Croix.
Marie aussi, disions-nous, nous donne un exemple d'obéissance, dont les conséquences pour l'humanité n'ont pas fini de se faire sentir, tout comme l'obéissance de Jésus a ouvert une fontaine d'eaux vives qui jaillissent en vie éternelle (cf. Jean 4, 14). L'obéissance de Marie a permis que le Christ vienne à nous, que le Fils de Dieu puisse accomplir sa mission. C'est vrai de l'humilité de Marie, comme nous l'avons vu. Mais c'est aussi vrai de son obéissance, de son obéissance dans la foi.
L'amertume a été bien présente dans la vie de Jésus et dans celle de Marie. Nous pouvons dire qu'ils l'ont ressentie précisément parce qu'ils ont obéi à Dieu le Père. Cette amertume était le prix à payer pour que leur obéissance soit fructueuse pour nous et produise un fruit qui demeure (Jean 15, 16). De même que le Seigneur avait promis à ses apôtres : « Votre tristesse se convertira en joie » (Jean 16, 20), l'amertume de Jésus et de Marie est source de grâce, de salut. À eux plus qu'à nul autre s'appliquent ces mots de l'Apôtre : « (Romains 8, 28).

(fin)