ce blog est bloqué à l'entrée en Chine depuis le mois de mai 2007

mardi 17 avril 2007

La sainte pureté (suite)


La sainte pureté (suite)


Vivre cette vertu — la sainte pureté — demande de chercher à vivre d’abord la vertu cardinale (du latin cardo, « charnière ») de tempérance. « La tempérance est maîtrise de soi. Tout ce que nous ressentons dans notre corps et dans notre âme ne doit pas être satisfait de façon débridée. Tout ce qui peut se faire n’est pas bon à faire. Il est plus facile de se laisser entraîner par les impulsions dites naturelles ; mais ce chemin débouche sur la tristesse, l’isolement dans la misère personnelle.
Certains ne veulent rien refuser (lire la suite) à leur estomac, à leurs yeux, à leurs mains ; ils refusent d’écouter ceux qui leur conseillent de mener une vie honnête. Ils utilisent de façon désordonnée la faculté d’engendrer — réalité noble, participation au pouvoir créateur de Dieu—, comme s’il s’agissait d’un instrument au service de l’égoïsme.
Mais parler d’impureté ne m’a jamais plu. Je veux examiner les fruits de la tempérance, je veux voir l’homme vraiment homme, détaché de ces choses qui brillent mais sont sans valeur, telles ces babioles dont s’empare la pie. Un tel homme sait se passer de ce qui nuit à son âme, et il se rend compte que son sacrifice n’est qu’apparent : parce qu’en vivant de la sorte — avec le sens du sacrifice — il se délivre de beaucoup d’esclavages et il en vient, dans l’intimité de son cœur, à savourer tout l’amour de Dieu.
La vie retrouve alors les nuances que l’intempérance estompait ; nous sommes en mesure de nous préoccuper des autres, de partager ce qui nous appartient avec tout le monde, de nous consacrer à de grandes tâches. La tempérance éduque l’âme dans la sobriété, la modestie, la compréhension ; elle lui procure une modestie naturelle qui est toujours attrayante, tant il est vrai que la suprématie de l’intelligence se remarque dans la conduite. La tempérance n’implique pas limitation, mais grandeur. Il y a davantage de privation dans l’intempérance, où le cœur abdique pour suivre la première chose que lui présente le triste tintement de grelots de fer blanc » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 84).
On entend vite les esprits forts ricaner quand il est question de cette vertu. Ils n'en sont pas plus hommes pour autant. Bien au contraire, car ils se comportent comme les bêtes qui sont guidées par leurs instincts. Or, l'homme est plus qu'un animal perfectionné, il est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Donc, lorsqu'il se comporte comme un animal, il déchoit de sa condition pour tomber dans une situation infra-animale.

(fin)

lundi 16 avril 2007

Sainte purete

Sainte pureté

« Si Dieu a condamné à la destruction et réduit en cendres les villes de Sodome et de Gomorrhe, les donnant en exemple aux impies à venir, […] c’est que le Seigneur sait délivrer de l’épreuve les hommes pieux et garder pour le jour du jugement les criminels qui seront châtiés » (2 Pierre 2, 6.9).
Le châtiment de ces deux villes connues pour la débauche et les mœurs décadentes de leurs habitants est l’exemple-type du châtiment que Dieu réserve aux impies. (lire la suite) « Sodome, Gomorrhe et les villes voisines, pareillement coupables d’impudicité et de péchés contre nature, se présentent à nous comme un exemple, endurant la peine du feu éternel » (Jude 7). Le Christ se réfère plus d’une fois à cet exemple. Parlant à ses apôtres des villes qui refuseront de les recevoir, il annonce qu’« on sera moins dur, au jour du jugement, pour le pays de Sodome et de Gomorrhe, que pour cette ville-là » (Matthieu 10, 15). Il en dit autant de Capharnaüm : « Si les miracles qui ont été faits chez toi l’avaient été dans Sodome, elle serait encore debout » (Matthieu 11, 23). Il prévient aussi qu’au temps de Lot, « les gens mangeaient, buvaient, achetaient, vendaient, plantaient, bâtissaient. Mais le jour où Lot sortit de Sodome, Dieu fit tomber du ciel une pluie de feu et de soufre, qui les fit périr tous. De même en sera-t-il le jour où le Fils de l’homme se révélera. En ce jour-là, que celui qui est sur la terrasse et aura ses affaires dans la maison ne descende pas pour les prendre, et que, pareillement, celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière. Souvenez-vous de la femme de Lot ! » (Luc 17, 28-31).
Toujours en référence à Sodome et Gomorrhe, l’apôtre Pierre souligne que les criminels qui seront châtiés dont il a parlé, ce sont « surtout ceux qui se conduisent au gré de la chair dans la convoitise de ce qui souille et qui méprise la souveraineté divine » (2 Pierre 2, 10).
Ce sont des avertissements à vivre la vertu de la sainte pureté, en combattant contre « la concupiscence de la chair et les convoitises désordonnées. Avec la grâce de Dieu, [le chrétien] y parvient par la vertu et le don de la chasteté, car la chasteté permet d’aimer d’un cœur pur et sans partage ; par la pureté d’intention qui consiste à viser la fin véritable de l’homme : d’un œil simple, le baptisé cherche à trouver et à accomplir en toute chose la volonté de Dieu ; par la pureté du regard, extérieur et intérieur ; par le refus de toute complaisance dans les pensées impures qui inclinent à se détourner de la voie des commandements divins : « La vue éveille la passion chez les insensés » (Sagesse 15, 5) ; par la prière » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 2520).
« La sainte pureté, Dieu la donne quand on la lui demande humblement » (saint Josémaria, Chemin, n° 118). Saint Augustin, qui mena longtemps une vie désordonnée, écrit : « Je croyais que la continence relevait de mes propres forces, […] forces que je ne me connaissais pas. Et j’étais assez sot pour ne pas savoir que personne ne peut être continent, si tu ne le lui donnes. Et certes, tu l’aurais donné, si de mon gémissement intérieur, j’avais frappé à tes oreilles et si d’une foi solide, j’avais jeté en toi mon souci » (Confessions 6, 11, 20).

(à suivre...)

dimanche 15 avril 2007

Les dogmes


Les dogmes

Quand on dit de quelqu’un qu’il est « dogmatique », cela signifie qu'il « exprime ses opinions d’une manière tranchée, péremptoire ». Il y a là une déformation du mot « dogme », du grec dogma, « opinion », qui est la vérité définie par l’Église, qui la « propose sous une forme obligeant le peuple chrétien à une adhésion irrévocable de foi, des vérités contenues dans la révélation divine ou bien quand [elle] propose de manière définitive des vérités ayant avec celles-là un lien nécessaire » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 88). Le « dogme catholique » est l’ensemble des vérités de foi.
Les deux derniers dogmes proclamés par l’Église (lire la suite) sont, en 1870, celui de l’infaillibilité pontificale, c’est-à-dire que, dans certaines circonstances, quand il parle en matière de foi et de morale ex cathedra, « de son siège » de successeur de saint Pierre, le pape ne peut pas se tromper dans la doctrine ; et, en 1950, celui de l’Assomption de la Sainte Vierge au ciel avec son corps et son âme à la fin du cours de sa vie terrestre.
Quand l’Église proclame un dogme, elle ne découvre pas une doctrine, moins encore elle l’invente. « C’est une vérité contenue en germe dans la Sainte Écriture et la tradition, proclamée par l’autorité suprême de l’Église pour contrecarrer une hérésie, ou pour répondre à l’attente pressante du peuple chrétien . […] Les modernistes soutiennent la possibilité d’un développement du dogme, y compris dans le sens qu’il faut donner aux vérités qu’il définit. La doctrine catholique affirme l’immutabilité du dogme, tout en admettant un développement de la vérité qu’il affirme » (D. Le Tourneau, « Dogme », Les mots du christianisme. Catholicisme — Orthodoxie — Protestantisme, p. 223). Et c’est logique, car une vérité est ce qu’elle est, et ne peut pas changer. Elle peut, en revanche, être connue plus à fond et mieux expliquée. Ils ne s’opposent pas à la raison : la raison, éclairée par la foi, peut arriver « à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l’analogie avec les choses qu’elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l’homme ». Mais ces mystères resteront « enveloppés dans une certaine obscurité » tant que l’homme vit sur terre, car, de par leur nature même, ces mystères dépassent de beaucoup l’intelligence créée.
En tout cas, les dogmes sont comme des « fenêtres ouvertes sur l’infini », car ils ont trait à des vérités surnaturelles. Ce ne sont pas des barrières, mais les rails d’une voie qui conduit à la connaissance du vrai Dieu. Ils sont « des lumières sur le chemin de notre foi, ils l’éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur sont ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 89) : « Si vous vous attachez à ce que je vous ai dit, vous serez vraiment mes disciples, et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres » (Jean 8, 31-32).

samedi 14 avril 2007

De Paques à l’Ascension


De Pâques à l’Astitle="Apparition de Jésus" cension

« Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (Matthieu 28, 10). C’est donc un rendez-vous collectif donné à tous ses disciples, alors que Jésus apparaît surtout à ses apôtres pour parfaire leur formation. C’est, comme saint Luc le rapporte, à eux qu’après sa Passion, « il s’était montré vivant, leur en donnant des preuves nombreuses, leur apparaissant pendant quarante jours et les entretenant du royaume de Dieu » (Actes 1, 3). Nous ne connaissons ni le rythme ni la durée de ces apparitions. Tout ce que nous savons, c’est que, au soir de Pâques, Jésus apparaît à ses apôtres (Jean 20, 19-23) et à Pierre seul (c. Luc 24, 34), puis une semaine plus tard pour (lire la suite) se faire reconnaître par l’apôtre Thomas qui continuait de manifester son incrédulité (cf. Jean 20, 24-29) et, en troisième lieu à sept disciples auxquels il fait faire une pêche miraculeuse (cf. Jean 21, 1-15).
L’heure n’est pas encore venue pour les apôtres de prêcher la Bonne Nouvelle, en commençant pas le Temple et les synagogues. Ils doivent attendre d’être « revêtus de la force d’en-haut » (Luc 24, 49), c’est-à-dire l’Esprit Saint qu’ils recevront au jour de la pentecôte, c’est-à-dire cinquante jours après Pâques (cf. Actes 2, 1-13).
Mais ils ne restent pas inactifs. La certitude de la Résurrection du Christ, dont ils ne cessent d’avoir des preuves tangibles, les a déjà fortifiés dans la foi et affermis dans leur mission. Aussi commencent-ils, pour l’instant, par « récupérer » les disciples qui s’étaient évanouis dans la nature ou qui, comme les deux disciples d’Emmaüs étaient repartis chez eux. Mais ces deux-là, c’est Jésus qui, en leur apparaissant, les avait remis sur le droit chemin (cf. Luc 24, 13-35).
En effet, nous lisons dans le livre des Actes des apôtres qu’une fois que Jésus est remonté auprès de son Père, les apôtres procèdent à l’élection du remplaçant de Judas, le traître, en présence d’environ cent vingt disciples (cf. Actes 1, 15). Mais saint Paul nous apprend également que Jésus était apparu à « plus de cinq cents frères à la fois » (1 Corinthiens 15, 6), ce qui montre l’étendue de l’apostolat réalisé par les onze et les autres disciples, avant même la Pentecôte. Ce jour-là, lorsqu’il s’agira d’administrer le baptême à « trois mille personnes environ » (Actes 2, 41), les douze apôtres ne seront pas seuls à le faire.

vendredi 13 avril 2007

La resurrection des morts (fin)


La résurrection des morts (fin)

Enfin, la mort du chrétien est un événement de grâce, dans la mesure où, dans le Christ et par le Christ, elle acquiert un sens positif. Cette certitude est fondée sur l’enseignement des Écritures : "en effet, pour moi vivre, c’est le Christ, et mourir est un avantage" (Philippiens 1, 21) ; "voici une parole sûre: si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons" (2 Timothée 2, 11).
Selon la foi de l’Église, le fait de "mourir avec le Christ" commence avec le Baptême : en le recevant, le disciple du Seigneur est déjà (lire la suite) sacramentellement "mort avec le Christ" et ressuscité à une vie nouvelle ; s’il meurt dans la grâce du Christ, la mort physique est le sceau de cette "mort avec le Christ", et elle le porte ainsi à son propre achèvement en l’incorporant pleinement et pour toujours au Christ Rédempteur.
Ainsi, l’Église, en priant pour les âmes des défunts, implore Dieu en leur faveur pour qu’ils obtiennent de Lui la vie éternelle; cette prière n’est pas uniquement destinée aux disciples du Christ, mais aussi à tous les défunts, dont Dieu seul connaît la foi.

La signification des suffrages
Au moment de sa mort, le juste rencontre Dieu, qui l’appelle à lui pour le rendre participant de sa vie divine. Toutefois, personne ne peut être accueilli dans l’amitié et l’intimité de Dieu, s’il n’a pas d’abord été purifié des conséquences personnelles de toutes ses fautes par Dieu lui-même. "L’Église appelle Purgatoire cette purification finale des élus, qui est tout autre chose que le châtiment des damnés. L’Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire en particulier dans les décrets des Conciles de Florence et de Trente."
Cette doctrine a suscité la pieuse habitude des prières de suffrages pour les âmes du Purgatoire. Elles sont une supplication pressante adressée à Dieu pour qu’il accorde sa miséricorde aux fidèles défunts, qu’il les purifie du feu de sa charité et les introduise dans son Royaume de lumière et de vie.
Les suffrages sont une expression cultuelle de la foi dans la communion des Saints. De fait, "l’Église en ses membres qui cheminent sur la terre a entouré de beaucoup de piété la mémoire des défunts dès les premiers temps du christianisme en offrant aussi pour eux ses suffrages, car "la pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, est une pensée sainte et pieuse" (2 Machabées 12, 46)". Parmi ces prières, viennent en premier lieu la célébration du sacrifice eucharistique, puis d’autres expressions de piété, comme les prières, les aumônes, les œuvres de miséricorde, les indulgences en faveur des âmes des défunts.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, nos 248-251.

jeudi 12 avril 2007

La foi en la resurrection des morts


La foi en la résurrection des morts

"C’est en face de la mort que l’énigme de la condition humaine atteint son sommet." Toutefois, la foi dans le Christ transforme cette énigme en la certitude d’une vie sans fin. De fait, Jésus a déclaré qu’il a été envoyé par le Père "pour que tout homme qui croit en lui ne meure pas, mais obtienne la vie éternelle" (Jean 3, 16), et aussi : "la volonté de mon Père, c’est que tout homme qui voit le Fils et croit en lui obtienne la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jean 6, 40). En référence à l’Écriture Sainte, l’Église professe donc sa foi dans la vie éternelle, par ces mots contenus dans (lire la suite) le Symbole de Nicée-Constantinople : "J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir."
En se fondant sur la Parole de Dieu, l’Église croit et espère fermement que "tout comme le Christ est vraiment ressuscité d’entre les morts et vit pour l’éternité, les justes, eux aussi, après leur mort, sont appelés à vivre pour toujours avec le Christ ressuscité".
La foi dans la résurrection des morts, qui est un élément essentiel de la révélation chrétienne, implique une vision spécifique de l’événement inéluctable et mystérieux de la mort.
La mort est la conclusion de la phase terrestre de la vie humaine, mais "pas de notre être", puisque l’âme est immortelle. "Nos vies sont inscrites dans un laps de temps déterminé, durant lequel nous nous transformons et nous vieillissons ; ainsi, comme pour toutes les créatures, qui peuplent cette terre, la mort apparaît comme la fin naturelle de la vie" ; du point de vue de la foi, la mort est aussi "la fin du pèlerinage de l’homme sur cette terre ; elle est aus-si la fin de ce temps de grâce et de miséricorde que Dieu offre à chaque homme pour mener à bonne fin sa vie terrestre selon son projet divin, et pour décider de son destin éternel".
S’il est vrai que la mort est un phénomène naturel, il apparaît aussi qu’elle correspond au "salaire du péché" (Romains 6, 23). De fait, selon une interprétation authentique des affirmations contenues dans la Sainte Écriture (cf. Genèse 2, 17; 3, 3; 3, 19 ; Sagesse 1, 13 ; Romains 5, 12 ; 6, 23), le Magistère de l’Église "enseigne que la mort est entrée dans le monde à cause du péché de l’homme".
Jésus, le Fils de Dieu, "né d’une femme, sujet de la loi juive" (Galates 4, 4), a lui aussi subi la mort, qui est propre à la condition humaine ; et tout en éprouvant de l’angoisse face à elle (cf. Marc 14, 33-34; Hébreux 5, 7-8), "il l’accepta en se soumettant sans réserve et librement à la volonté de son Père. L’obéissance de Jésus a transformé la malédiction de la mort en bénédiction".
La mort est devenue le passage à la plénitude de la vraie vie ; l’Église renverse donc la logique et la prospective de ce monde en appelant le jour de la mort du chrétien son dies natalis, ou le jour de sa naissance au ciel, où "la mort n’existera plus, et il n’y aura plus de pleurs, de cris, ni de tristesse, car la première création aura disparu" (Apocalyse 21, 4). Comme l’exprime si bien la Liturgie, la mort est donc le prolongement de la vie d’ici-bas, selon un mode complètement nouveau : "Car pour tous ceux qui croient en toi, Seigneur, la vie n’est pas détruite, elle est transformée ; et lorsque prend fin leur séjour sur la terre, ils ont déjà une demeure éternelle dans les cieux."
(à suivre...)

mercredi 11 avril 2007

Le saint suaire de Turin (fin)


Le saint suaire de Turin (fin)


En 1978, le STURP (Shroud of Turin Research Project) composé d’une équipe scientifique, analyse le Suaire à la loupe. Leurs résultats sont étonnants. Max Frei trouve des pollens de plantes du Moyen-Orient sur le tissu. L’analyse anatomique montre une précision médicale inhabituelle. Mais on ne veut réaliser aucune expérience destructive, donc pas encore de datation au C14. A cette époque en effet, l’échantillon nécessaire pour une datation correcte est trop grand pour être acceptable. En 1979, (lire la suite) Gove demande et obtient la permission de réaliser des mesures avec sa nouvelle méthode de datation AMS au C14 : les résultats semblent tellement aberrants qu’ils seront rejetés. En 1980, Ugolotti et Marastoni découvrent des inscriptions sur le Suaire.
Il faudra attendre 1988 avant de mettre tout le monde d’accord au sujet du C14 (l'Église qui en devint propriétaire en 1983, les laboratoires, les protocoles de mesure, etc.). Le résultat des mesures donne un âge d’environ 700 ans (de 1260 à 1390 après Jésus-Christ). Mais les laboratoires divergent nettement dans leurs mesures, en particulier le laboratoire d’Oxford, et cela uniquement pour les échantillons du Suaire. Le niveau significatif d’accord entre les trois résultats est de 5%, alors que pour les trois autres échantillons de test, le niveau significatif (montrant l’accord des mesures entre les laboratoires) est élevé (30%, 50% et 90% : voir le numéro 337 de Nature, février 1989, p. 611-615 et notre page de proposition d’expériences).
En 1993, a lieu à Rome un congrès sur le Suaire de Turin : plusieurs scientifiques s’interrogent sur les méthodes et le protocole suivis pour la datation au C14, et mettent en doute certains résultats et interprétations.
Le linceul pourrait avoir subi un enrichissement en C14 au cours de son histoire mouvementée. Les causes d’enrichissement possibles vont des échanges ioniques lors des incendies (atmosphère très chaude riche en carbone jeune, avec catalyse de traces d’argent selon Kouznetsov), présence de matières organiques inanimées ou vivantes (le tissu a été vénéré par des pèlerins et a été encensé, manipulé par beaucoup et probablement plus en touchant les bords que l’image, présence de bactéries ou de moisissures, etc.).
On possède des allusions écrites et des représentations du Suaire antérieures à la datation des laboratoires (par exemple le Codex de Pray de 1150, comme l’explique le prof. Lejeune).
Entre 1994 et 1996, l’Institut d’optique d’Orsay (A. Marion et A.-L. Courage) confirme la présence d’inscriptions en grec et latin sur le Suaire (rien en français du 13e s.).
En avril 1997, la cathédrale de Turin subit un incendie qui sera à deux doigts de détruire le linceul, sauvé par l’équipe de pompiers de la ville. 1998 est l’année du 100ème anniversaire de la photo de Secondo Pia, et le cardinal Saldarini la proclame année d’ostention. Il en sera de même lors de l’année sainte de l’an 2000. »

Abbé Ph. Dalleur
Docteur en Sciences appliquées
Docteur en Philosophie

mardi 10 avril 2007

Histoire certifiée du linceul de Turin


Histoire certifiée du linceul de Turin


« En 1357, le Saint Suaire, actuellement vénéré à Turin, apparaît dans l’église de Lirey (bâtie en 1353) en France, dans le fief de Geoffroy de Charny. Une petite pièce de plomb de 5x3 cm conservée au Musée de Cluny à Paris, montre une représentation du Suaire surmontant l’image d’une tombe appartenant à Jeanne de Vergy et à son époux Geoffroy de Charny, mort en 1356 : on date cette pièce de 1356-1370. L’évêque de Troyes à cette époque, Henri de Poitiers, est mécontent de la venue de cette nouvelle relique d’origine inconnue dans son diocèse. En 1370, toute ostension est interdite. Le Suaire est placé au Château de Montfort-en-Auxois jusqu’en 1389. Cette année-là, (lire la suite) les ostensions reprennent suite à la permission accordée par un cardinal légat et ensuite par le Pape Clément VII. Les pèlerins affluent. Mais le deuxième successeur d’Henri de Poitiers, l’évêque Pierre d’Arcis, écrit une protestation au Pape dans une lettre (l’authenticité de celle-ci est mise en doute). En tout cas, elle n’a pas eu l’effet escompté : le Pape maintint l’autorisation accordée aux chanoines de la collégiale de Lirey.
Lors de la guerre de Cent Ans, le linceul fut mis en sécurité en 1418 chez le comte de la Roche époux de Marguerite de Charny. Cette dernière refusa de rendre le Suaire aux chanoines en 1443, la dispute s’envenima et conduisit Marguerite à l’excommunication en 1457. En réalité, ayant besoin de titres ou d’argent, elle avait déjà cédé le linceul à Louis 1er, duc de Savoie, dès 1453. Cette cession se fit dans la discrétion, puisque le commerce de reliques était interdit. Le linceul se retrouve à Genève.
En 1471, la relique privée de la famille de Savoie est reconnue authentique par le Pape Sixte IV. Jules II accorda même des indulgences pour le culte de la relique. On réalisa alors plusieurs copies du Suaire. En 1502, elle sera déposée dans la chapelle du Château de Chambéry, pliée dans un reliquaire en argent.
C’est là qu’elle subira en 1532, un incendie qui brûlera en partie la relique. Une goutte d’argent liquide la transpercera. Les Clarisses de la ville la répareront. On fera alors voyager la relique un peu partout dans la région. Ce n’est qu’en 1578 que la relique sera définitivement installée à Turin.
Son histoire se déroule alors sans problème majeur jusqu’en 1898, date à laquelle Secondo Pia, un avocat italien passionné de photographie, va développer la toute première photographie du Suaire.
Le négatif par lequel il doit passer pour obtenir une telle photographie, impressionne grandement par son contraste plus réaliste que le linceul original
En 1931, lors d’une ostention, Enrié prendra des photographies plus contrastées encore.
Le reste est de l’histoire moderne.

(à suivre)

lundi 9 avril 2007

Temps pascal


Temps pascal

À une époque récente, un pieux exercice, dénommé Via lucis, s’est répandu dans certaines régions. En prenant modèle sur la Via Crucis, les fidèles, pendant la Via lucis, sont invités à parcourir un itinéraire en considérant successivement les différentes apparitions, qui permirent à Jésus - depuis sa Résurrection jusqu’à son Ascension, et dans la perspective de la Parousie - de manifester sa gloire à ses disciples, en attendant qu’ils reçoivent l’Esprit Saint qu’il leur avait promis (cf. Jn 14, 26; 16, 13-15; Lc 24, 29), de conforter leur foi, (lire la suite) de porter à leur accomplissement ses nombreux enseignements sur le Royaume, et, enfin, de définir la structure sacramentelle et hiérarchique de l’Église.
Le pieux exercice de la Via lucis permet aux fidèles d’évoquer l’événement central de la foi - la Résurrection du Christ - et leur condition de disciples, que le sacrement pascal du baptême a fait passer des ténèbres du péché à la lumière de la grâce (cf. Col 1, 13; Ep 5, 8).
Pendant des siècles, la Via Crucis, en permettant aux fidèles de participer à l’événement initial du mystère pascal - la Passion -, a contribué à fixer les divers aspects de son contenu dans la conscience du peuple. À notre époque, d’une manière équivalente, la Via lucis peut permettre de rendre présent auprès des fidèles le second moment si vital de la Pâque du Seigneur, la Résurrection, à condition que ce pieux exercice se déroule dans une grande fidélité par rapport au texte évangélique.
On dit communément: "per crucem ad lucem"; il est vrai que la Via lucis peut en outre devenir une excellente pédagogie de la foi. De fait, la Via lucis, avec la métaphore du chemin à parcourir, permet aux fidèles de mieux comprendre l’itinéraire spirituel, qui part de la constatation de la réalité de la souffrance, qui, selon le dessein de Dieu, ne constitue pas le point d’ancrage définitif de la vie humaine, et aboutit à l’espérance de rejoindre le vrai but poursuivi par chaque homme : la libération, la joie, la paix, qui sont des valeurs essentiellement pascales.
Enfin, dans une société souvent marquée par l’angoisse et le néant, qui caractérisent la "culture de la mort", la Via lucis constitue au contraire un stimulant efficace permettant d’instaurer une "culture de la vie", c’est-à-dire une culture ouverte aux attentes de l’espérance et aux certitudes de la foi.

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n°153.

dimanche 8 avril 2007

La Resurrection de Jesus

La Résurrection de Jésus

« Il n’est pas ici, il est ressuscité ! » Luc 24, 6). Jésus n’est donc pas dans le tombeau, ce tombeau que nous vénérons sous le nom de « saint Sépulcre ». Il n’y est pas, il n’y est plus, car il n’est pas le Dieu des morts mais des vivants (cf. Matthieu 22, 32), et car il ne pouvait pas rester prisonnier de la mort (cf. Actes 2, 24). La mort ne pouvait pas le retenir, lui qui venait de la vaincre par sa propre mort sur la Croix, qui libère l’homme du péché. La mort n’avait pas d’emprise sur lui, qui est « la Vie » (Jean 14, 6), source de Vie éternelle, « le Vivant » (Apocalypse 1, 18). La mort est comme « le négatif » de Dieu… (lire la suite)
Le Christ est ressuscité ! Il avait fallu se hâter de le mettre en terre, car c’était « vraiment un grand jour que ce sabbat » (Jean 19, 31), celui au cours duquel on célébrait la Pâque, la plus solennelle des fêtes de toute l ’année. Jésus est ressuscité ! Et voilà que ce sabbat devient « le plus solennel de toute l’histoire, parce qu’avec lui le « Seigneur du sabbat » (cf. Matthieu 12, 8) porte à son accomplissement l’œuvre de la création (cf. Genèse 2, 1-4a), élevant l’homme et le cosmos tout entier à la liberté de la gloire des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21) » (Benoît XVI, Homélie de Pâques, 16 avril 2006).

samedi 7 avril 2007

Le temps de l’Eglise


Le temps de l’Église

« Le christianisme est une religion insérée dans l’histoire ! C’est en effet sur le terrain de l’histoire que Dieu a voulu établir une alliance avec Israël et préparer ainsi la naissance de son Fils du sein de Marie « dans la plénitude des temps » (Galates 4, 4). Considéré dans son mystère divin et humain, le Christ est le fondement et le centre de l’histoire, il en est le sens et le but ultime. C’est en effet par lui, Verbe et image du Père, que « tout a été fait » (Jean 1, 3 ; cf. Colossiens 1, 15-16). Son incarnation, qui a son sommet dans le mystère pascal et dans le don de l’Esprit, constitue le cœur vibrant du temps, (lire la suite) l’heure mystérieuse où le Règne de Dieu s’est enraciné dans notre histoire comme une semence destinée à devenir un grand arbre (cf. Marc 4, 30-32) » (Jean-Paul II, lettre apostolique Novo millennio ineunte, au début du nouveau millénaire, n° 5).
La plénitude des temps coïncide donc avec la venue sur terre du Fils de Dieu, Jésus-Christ. Commencée avec l’incarnation, elle se développe, selon les plans de la sagesse divine, jusqu’à la consommation définitive qui se produira lorsque Jésus-Christ reviendra, à la fin du monde. Par la Rédemption, Jésus a reconduit les temps à Dieu, qui gouverne et dirige surnaturellement toute l’histoire.
« Nous voilà donc déjà parvenus à la fin des temps (cf. 1 Corinthiens 10, 11) ; le renouvellement de l’univers est irrévocablement établi et, en un certain sens, il a vraiment commencé dès ici-bas. Dès ici-bas l’Église est, en effet, auréolée d’une sainteté véritable, si imparfaite qu’elle soit. Mais tant qu’il n’y aura pas de nouveaux cieux et de terre nouvelle où habite la justice (cf. 2 Pierre 3, 13), l’Église voyageuse porte, dans ses sacrements et dans ses institutions, qui appartiennent à l’ère présente, le reflet de ce monde qui passe ; elle-même vit au milieu des créatures, qui jusqu’à présent soupirent et souffrent les douleurs de l’enfantement en attendant la révélation des enfants de Dieu (cf. Romains 8, 22 et 19) » (concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, n° 48).
Ce temps est celui de l’Église, fondée par Jésus-Christ et dotée par lui des moyens de salut : les sacrements, la grâce, la Parole de Dieu, une autorité qui s’exerce en son nom.

vendredi 6 avril 2007

La passion en direct

Camp de concentrationLa passion en direct

Dans le camp de concentration de Gusen] le Vendredi Saint, un prêtre de Linz est appelé à trois heures de l’après-midi par le commandant du camp :
— « Sais-tu quel jour c’est aujourd’hui ? »
— « Le Vendredi Saint. »
— « Qu’est-ce qui est arrivé ce jour-ci ? » (lire la suite)
— « Ils ont crucifié Jésus-Christ. »
— « Et il est mort ? »
— « Il est mort. »
— « À quelle heure ? »
— « À trois heures. »
— « Il est justement trois heures et tu vas rejoindre ton Christ. »
Le commandant sortit son revolver et tira sur le cœur du prêtre. Et il ne se contenta pas de l’avoir tué sur le coup. En brave officier des SS, il fit emmener aussitôt le cadavre du prêtre au « four crématoire », voulut aider et assister à sa crémation. Et pour finir, il a ramassé les cendres encore chaudes et, riant à gorge déployée, il les dispersées à tout vent.

Cité par A. RICCARDI, Il secolo del martirio. I cristiani del novecento, Milan, Mondadori, 2000, p. 129.

jeudi 5 avril 2007

L'adoration du Saint-Sacrement

Reposoir

L'adoration du Saint-Sacrement

La piété populaire est particulièrement sensible à l’adoration du Saint-Sacrement, qui suit la célébration de la Messe de la Cène du Seigneur. À la faveur d’un développement historique, dont les diverses phases n’ont pas encore été totalement clarifiées, le lieu du reposoir, où est placé le Saint-Sacrement,a été considéré de plus en plus comme une évocation du "saint-sépulcre" ; de fait, (lire la suite) les fidèles y venaient en grand nombre pour vénérer le corps de Jésus, qui, après avoir été détaché de la Croix, avait été déposé dans le tombeau, où il devait demeurer durant Quarante heures.
Il est nécessaire d’éclairer les fidèles sur la vraie signification du reposoir : ce geste de déposer le Saint-Sacrement au reposoir, qui doit être accompli avec une austère solennité, est accompli essentiellement dans le but de conserver le Corps du Seigneur en vue de la communion des fidèles, durant l’Action liturgique du Vendredi Saint, ainsi que pour la communion en Viatique des malades ; il est aussi une invitation à une adoration silencieuse et prolongée de l’incomparable Sacrement qui a été institué en ce jour.
Il conviendra donc que le lieu du reposoir ne soit pas qualifié de "sépulcre", et il faudra veiller, au moment de sa préparation, à ne pas lui donner l’aspect d’une sépulture : le tabernacle, en particulier, ne doit pas avoir la forme d’un sépulcre ou d’une urne funéraire. Ainsi, le Saint-Sacrement devra être conservé dans un tabernacle fermé, et il ne sera donc jamais exposé dans un ostensoir.
En cette nuit du Jeudi Saint, après minuit, l’adoration se fait sans solennité, puisque le jour de la Passion du Seigneur a déjà commencé.
L’adoration du Saint-Sacrement est une expression du culte chrétien envers l’Eucharistie, qui est particulièrement répandue, et que l’Église recommande vivement aux Pasteurs et aux fidèles.
Sa forme primitive peut être reliée à l’adoration qui suit la célébration de la Messe in Cena Domini du Jeudi Saint, devant les saintes Espèces déposées au reposoir. Cette adoration constitue une expression très élevée de la relation qui existe entre la célébration du mémorial du sacrifice du Seigneur et sa présence permanente dans les Espèces consacrées. La conservation des saintes Espèces, qui est motivée avant tout par la nécessité de pouvoir en disposer dans le but d’administrer le Viatique aux malades, a fait naître chez les fidèles l’habitude tout à fait louable de se recueillir devant le tabernacle pour adorer le Christ présent dans le Saint-Sacrement.
En effet, "la foi en la présence réelle conduit conaturellement à la manifestation extérieure et publique de cette même foi. (...) Aussi, la piété qui pousse les fidèles à se rendre près de la sainte Eucharistie les entraîne-t-elle à participer plus profondément au mystère pascal et à répondre avec reconnaissance au don de Celui qui, par son humanité, ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son Corps. Demeurant près du Christ Seigneur, ils jouissent de l’intimité de sa familiarité et, près de lui, ils lui ouvrent leur cœur pour eux-mêmes et pour tous les leurs, prient pour la paix et le salut du monde. Offrant leur vie entière au Père avec le Christ dans l’Esprit Saint, ils puisent à cet admirable échange une augmentation de leur foi, de leur espérance et de leur charité. Ils nourrissent donc ainsi les vraies dispositions leur permettant, avec la dévotion convenable, de célébrer le Mémorial du Seigneur et de recevoir fréquemment ce Pain qui nous est donné par le Père".

Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 17 décembre 2001, n. 141 et 164.

mercredi 4 avril 2007

L'agonie de Jesus


L'Agonie de Jésus

Un ange descend du ciel pour réconforter Jésus dans son agonie au jardin de Gethsémani. Qu’a-t-il pu lui dire ? Il n’a pu tenir qu’un langage d’ange, de créature. C’est déjà mieux qu’un langage humain, mais c’est quand même limité. L’ange s’adresse à l’humanité de jésus. Il faut qu’elle soit grande l’humilité du Dieu fait homme pour qu’il accepte d’avoir besoin d’un tel secours. Il a l’avantage au moins d’exister, alors que lestement failli à leurs promesses. Les trois apôtres préférés, Pierre, Jacques et Jean, qui ont été les témoins privilégiés de l’apparition de Jésus dans sa gloire, sur le mont Thabor (lire la suite) (cf. Luc 9, 28-36), ont oublié cet épisode destiné à les renforcer dans la foi. Pour le moment — « l’heure » de Jésus (cf. Jean 13, 1) — leurs yeux sont alourdir le sommeil et ils sont inacceptables de rester éveillés, ne serait-ce qu’une heure (cf. Matthieu 26, 40), et de prier pour accompagner la prière du Seigneur et lui apporter un petit peu de réconfort, pas grand chose, certes,mais quelque chose quand même. Et ce peu de chose, il l’aurait apprécié alors que son « âme est triste jusqu’à en mourir » (Matthieu 26, 38).
Jésus se serait contenté d’aussi peu. Mais nous, les hommes, bien souvent nous restons indifférents aux souffrances que Jésus endure pour nous, et nous le laissons seul. Nous désertons la messe où le Sacrifice de la Croix est rendu présent pour déverser les grâces rédemptrices sur le monde. Nous laissons le Seigneur seul dans le tabernacle de nos églises, alors que cela fait vingt siècles qu’il nous y attend !
Demain, Jeudi Saint, tâchons d’accompagner le Seigneur d’un peu plus près, de penser à lui dans notre travail et nos déplacements et, si jamais nous n’avons pas pu nous libérer pour participer aux offices liturgiques, allons au moins lui tenir un peu compagnie dans le « reposoir » (dont je parlerai demain).

mardi 3 avril 2007

La Providence divine


La Providence divine

« Providence » vient du latin pro videre, « vivre en avant », « prévoir », « veiller sur quelqu’un ». C’est l’ensemble des « dispositions par lesquelles Dieu conduit sa création » à la perfection ultime qu’elle doit encore atteindre (Catéchisme de l’Église catholique, n° 302). Le concile Vatican II (1870-1871) a déclaré que « Dieu garde et gouverne par sa Providence l’ensemble de ce qu’il a créé, « atteignant avec force d’un bout à l’autre et disposant tout avec douceur » (Sagesse 8, 1). En effet, « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux » (Hébreux 4, 13), y compris celles que l’action libre des créatures produira » (lire la suite) (constitution dogmatique Dei Filius sur la foi catholique).
Dieu respecte les lois physiques du monde qu’il a créé, même s’il peut s’en affranchir, car il est le « Tout-Puissant ». Ce fut le cas, par exemple, quand le soleil s’arrêta alors que la Sainte Vierge apparaissait à Fatima en 1917.
Il respecte également la liberté qu’il a accordée à l’homme, tout en se servant de ce qu’il fait pour que ses plans aillent de l’avant. Dieu, Cause première, se sert de la cause seconde qu’est l’homme pour que sa Volonté divine se fasse. Par exemple, quand Jonas désobéit à Dieu et prend la fuite, la violente tempête qui se lève et met en péril le navire sur lequel il avait embarqué l’amène à comprendre qu’il en est responsable et, jeté à la mer, il est avalé par un poisson qui le jette sur la plage non loin de Ninive, la ville où Dieu voulait qu’il prêche la conversion à ses habitants (cf. Jonas 1 et 2). Et quand Joseph est vendu par ses frères, il devient le Premier ministre du pharaon et accueille ses frères et les siens en Égypte au moment où la famine les atteint durement (cf. Genèse 37-47). Un décret de Cyrus permet aux Hébreux de retourner à Jérusalem et de reconstruire le Temple (1 Esdras 6). Quand l’empereur romain décrète un recensement de l’univers, il contribue sans le savoir à la réalisation de la prophétie selon laquelle « toi, Bethléem-Ephrata, le plus petit d’entre les milliers de Juda, de toi sortira un roi, celui qui doit être souverain en Israël, et ses origines remontent aux temps anciens » (Michée 5, 1) : Joseph étant de la maison de David, se rend à Bethléem pour refaire recenser ainsi que Marie, son épouse, et c’est à ce moment-là qu’elle met au monde Jésus, le Fils de Dieu (cf. Matthieu 2, 5-6 ; Luc 2, 1-7). Les exemples pourraient être multipliés.
La divine Providence ne s’exerce pas pareillement envers tout le monde. La parabole du semeur lançant à la volée du grain qui tombe sur le chemin, dans un pierrier, dans des broussailles ou dans de la bonne terre le montre bien (cf. Marc 4, 3-20). Dieu distribue ses grâces à chacun comme il l’entend : « Il y eut donc en la providence éternelle une faveur incomparable pour la Reine des reines, Mère du Bel Amour et toute très uniquement parfaite [la Vierge Marie]. Il y en eut aussi des spéciales pour d’autres. Mais après cela, cette souveraine Bonté répandit une abondance de grâces et de bénédictions sur tout le genre humain et sur la nature angélique. […] Tous ont reçu leur part, comme d’une semence qui tombe non seulement sur la bonne terre, mais dans les chemins, entre les épines et sur les pierres ; afin que tous fussent inexcusables devant le Rédempteur, s’ils n’emploient cette abondante Rédemption pour leur salut » (saint François de Sales, Traité de l’amour de Dieu, livre 2, chapitre 7).
Sainte Catherine de Sienne, qui avait une immense confiance en la Providence, disait à son confesseur, quand il s’inquiétait : « Pourquoi vous occuper de vous, laissez faire la divine Providence ; au moment où vos craintes sont les plus grandes, elle a toujours les yeux sur vous et ne cessera pas de pourvoir à votre salut » (bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, Paris, 2000, p. 99-100). Et saint Josémaria insistait sur le fait que pour ceux qui aiment Dieu tout coopère au bien (cf. Romains 8, 28), ce qu’il traduisait par l’expression omnia in bonum, « tout est pour le bien.

lundi 2 avril 2007

Une des plus belles histoires du monde, par Marguerite Yourcenar


Une des plus belles histoires du monde, par Marguerite Yourcenar

Laissant là, pour le moment au moins, les cérémonies et les rites de la plus sainte des semaines chrétiennes, je m’efforce de dégager des textes sacrés qu’on lit, mais qu’on n’entend pas toujours, à l’église, les éléments qui nous bouleverseraient si nous les trouvions chez Dostoïevski, chez Tolstoï, ou dans n’importe quelle biographie ou quel reportage consacré à la vie d’un grand homme une d’une grande victime. En somme, le déroulement d’une des plus belles histoires du monde.
Un prologue quasi ironique : de pauvres gens arrivent dans la capitale avec leur maître bien-aimé, (lire la suite) acclamé par cette même populace qui, bientôt, le conspuera. Un frugal repas de fête : un traître deviné parmi les douze convives ; un naïf qui clame très haut son dévouement et aura le premier son moment de défaillance ; le plus jeune et le plus aimé appuyé presque indolemment à l’épaule du maître, enveloppé qu’il est, peut-être, de ce cocon doré qui souvent protège la jeunesse ; le maître, isolé par sa sagesse et sa prescience au milieu de ces ignorants et de ces faibles qui sont encore ce qu’il a trouvé de mieux pour le suivre et continuer son œuvre.
La nuit venue, le traître, plus seul encore dans ce coin de verger qui domine la ville où tous, sauf ses ennemis, l’ont oublié ; la victime qui prie pour que l’épreuve attendue lui soit épargnée, mais sait aussi qu’elle ne peut pas l’être et que, « si c’était à refaire », il referait le même chemin ; « l’âme éternelle » qui observe son vœu « malgré la nuit seule ». (Qu’Aragon et Rimbaud nous aident à comprendre Marc ou Jean.) Pendant qu’il souffre, ses amis dorment, incapables de sentir l’urgence du moment. « Ne pouvez-vous veiller une heure avec moi ? » Non : ils ne le peuvent pas ; ils ont sommeil ; et celui qui les appelle n’ignore pas d’ailleurs que le temps viendra où ces malheureux auront aussi à souffrir et à veiller.
L’arrivée de la troupe, prêtre à arrêter l’inculpé. Le bouillant défenseur qui risque d’empirer encore les choses et presque aussitôt se dégonflera. Les deux établissements, l’ecclésiastique et le laïque, gênés quand même, se repassant l’accusé ; l’éternel dialogue de la ferveur et du scepticisme, se complémentant l’un l’autre : « Quiconque aime la vérité m’écoute. — Qu’est-ce que la vérité ? » Le grand fonctionnaire excédé, qui voudrait bien se laver les mains de cette affaire, laissant à la foule le choix du prisonnier qu’on libèrera pour la fête toute proche et ce qu’on choisit est, bien entendu, la vedette du crime et non le juste innocent. Le condamné, insulté, frappé, tourmenté par d’épaisses brutes sont plusieurs sont probablement de bons pères de famille, de bons voisins, de bons types, forcés de traîner la poutre de son gibet, comme dans les camps, parfois, les prisonniers traînaient une pelle pour creuser leur fosse. Le petit groupe des amis restés tout près du supplicié, acceptant l’humiliation et le danger qu’encourt la fidélité. Les chamailleries des gardiens qui se disputent la défroque vide, comme en temps de guerre les camarades d’un mort se disputent parfois son ceinturon et ses bottes.
La tendresse se faisant jour sous la forme de recommandations aux siens, de la part d’un être trop pris jusque-là par sa mission pour songer beaucoup à eux : le mourant donnant pour fils à sa mère son meilleur ami. […] L’échange de propos avec un condamné de droit commun en qui on a reconnu un homme de cœur ; la longue agonie au soleil, au vent aigre, à la vue de la foule qui, peu à peu, s’écoule parce que ça n’en finit pas. L’exclamation qui semble indiquer que, pour que tout soit accompli, le désespoir est un état par lequel il faut passer. « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Et, dans quelques heures, ces pauvres gens obtiendront pour leur mort l’aumône d’un tombeau et les factionnaires (on se méfie des rassemblements) dormiront près du mur comme naguère près du vivant angoissé les humbles compagnons fatigués.
Quoi encore ? Les heures, les jours, les semaines qui s’écoulent ensuite entre deuil et confiance, entre fantôme et Dieu, dans cette atmosphère crépusculaire où rien n’est tout à fait avéré, vérifié, probant, mais où passe le courant d’air de l’inexplicable, comme dans tels de ces pauvres rapports faits à des sociétés pour l’avancement des sciences psychiques, d’autant plus troublants qu’ils sont inconclusifs. L’ancienne fille de joie venue au cimetière prier et pleurer, et croyant reconnaître celui qu’elle a perdu sous l’aspect du jardinier. (Quel plus beau nom donner à celui qui fait lever tant de semences dans l’âme humaine ?) Et plus tard, quand l’émotion, comme disent les rapports de police, s’est un peu calmée, les deux fidèles marchant le long d’une route, rejoints par un sympathique voyageur qui consent à s’attabler avec eux à l’auberge et disparaît au moment où ils redisent que c’est Lui. L’un des plus belles histoires du monde s’achève par ces reflets d’une Présence, assez semblable à des nuages que colore encore le soleil passé sous l’horizon.
« Je me sentirais plus près de Jésus s’il avait été fusillé plutôt que crucifié », me disait un jour un jeune officier ayant fait la guerre de Corée. C’est pour lui et pour tous ceux qui ne parviennent pas à retrouver l’essentiel sous ce qu’on pourrait appeler les accessoires du passé, que je me suis risquée à écrire ce qui précède.

Marguerite YOURCENAR, Le temps, cegrandsculpteur, Paris, 1988.

dimanche 1 avril 2007

La bonne seur et la CGT


La bonne soeur et la CGT

Ce n'est pas un poisson d'avril, mais des lettres authentiques, la première d'une visitandine de Nantes à Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, la seconde, la réponse de celui-ci.

* Lettre adressée par Sœur M. au siège national de la C.G.T.

Madame, Monsieur,

Religieuse cloîtrée au monastère de la Visitation de Nantes, je suis sortie, cependant, le 19 juin 2006, pour un examen médical.
Vous organisiez une manifestation. (lire la suite)
Je tiens à vous féliciter pour l'esprit bon enfant qui y régnait. D'autant qu'un jeune membre de votre syndicat m'y a fait participer ! à mon insu, il a collé par derrière sur mon voile l'autocollant ci-joint après m'avoir fait signe par une légère tape dans le dos pour m'indiquer le chemin. C'est donc en faisant de la publicité pour votre manifestation que j'ai effectué mon trajet. La plaisanterie ne me fut révélée qu'à mon retour au monastère. En communauté, le soir, nous avons bien ri de cet épisode inédit dans les annales de la Visitation de Nantes.
Je me suis permis de retraduire les initiales de votre syndicat (C.G.T = Christ : Gloire à Toi) Que voulez-vous, on ne se refait pas.
Je prie pour vous. Au revoir, peut-être, à l'occasion d'une autre manifestation.
Sœur M

Réponse du secrétaire général de la C.G.T.

Ma sœur,

Je suis persuadé que notre jeune camarade, celui qui vous a indiqué le chemin, avait lu dans vos yeux l'humanité pure et joyeuse que nous avons retrouvée dans chacune des lignes de votre lettre. Sans nul doute, il s'est agi d'un geste inspiré, avec la conviction que cette pointe d'humour " bon enfant " serait vécue comme l'expression D'une complicité éphémère et pourtant profonde.
Je vous pardonne volontiers votre interprétation originale du sigle de notre confédération car nous ne pouvons avoir que de la considération pour un charpentier qui a révolutionné le monde.
Avec tous mes sentiments fraternels et chaleureux.
Bernard Thibault, Secrétaire général de la CGT

samedi 31 mars 2007

Les Rameaux

Les Rameaux

Demain jour des Rameaux et de la Passion du Seigneur, les chrétiens font mémoire de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, monté sur un âne. L'enthousiasme de la foule qui attend un Messie terrestre qui délivrera son peuple du joug romain, tombe vite quand les gens constatent, à leur grand étonnement, que Jésus ne profite pas de la circonstance pour provoquer un vaste soulèvement et prendre le pouvoir. Cinq jours plus tard, la même foule en bonne partie, manifestera sa déception en réclamant la mise à mort de Jésus-Christ, emboîtant le pas aux demandes que les autorités religieuses ont adressées au représentant de César, C'est dans ce contexte que saint André de Crète nous invite à accompagner le Seigneur dans une démarche, non pas humaine, mais spirituelle. (lire la suite)
"Venez, gravissons ensemble le mont des Oliviers ; allons à la rencontre du Christ. Il revient aujourd'hui de Béthanie et il s'avance de son plein gré vers sa sainte et bienheureuse passion, afin de mener à son terme le mystère de notre salut.
Il vient donc, en faisant route vers Jérusalem, lui qui est venu du ciel pour nous, alors que nous étions gisants au plus bas, afin de nous élever avec lui, comme l'explique l'Écriture, au-dessus de toutes les puissances et de toutes les forces qui nous dominent, quel que soit leur nom.
Et il vient sans ostentation et sans faste. Car, dit le prophète, il ne protestera pas, il ne criera pas, on n'entendra pas sa voix. Il sera doux et humble, il fera modestement son entrée. (...)

Alors, courons avec lui qui se hâte vers sa passion , imitons ceux qui allèrent au-devant de lui. Non pas pour répandre sur son chemin, comme ils l'ont fait, des rameaux d'olivier, des vêtements ou des palmes. C'est nous-mêmes qu'il faut abaisser devant lui, autant que nous le pouvons, l'humilité du cœur et la droiture de l'esprit afin d'accueillir le Verbe qui vient, afin que Dieu trouve place en nous, lui que rien ne peut contenir.
Car il se réjouit de s'être ainsi montré à nous dans toute sa douceur, lui qui est doux, lui qui monte au dessus du couchant, c'est-à-dire au-dessus de notre condition dégradée. Il est venu pour devenir notre compagnon, nous élever et nous ramener vers lui par la parole qui nous unit à Dieu.
Bien que, dans cette offrande de notre nature humaine, il soit monté au sommet des cieux, à l'Orient, comme dit le psaume, j'estime qu'il l'a fait en vertu de la gloire et de la divinité qui lui appartiennent. En effet, il ne devait pas y renoncer, à cause de son amour pour l'humanité, afin d'élever la nature humaine au-dessus de la terre, de gloire en gloire, et de l'emporter avec lui dans les hauteurs.
C'est ainsi que nous préparerons le chemin au Christ : nous n'étendrons pas des vêtements ou des rameaux inanimés, des branches d'arbres qui vont bientôt se faner, et qui ne réjouissent le regard que peu de temps. Notre vêtement, c'est sa grâce, ou plutôt c'est lui tout entier que nous avons revêtu: Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ. C'est nous-mêmes que nous devons, en guise de vêtements, déployer sous ses pas.
Par notre péché, nous étions d'abord rouges comme la pourpre, mais le baptême de salut nous a nettoyés et nous sommes devenus ensuite blancs comme la laine. Au lieu de branches de palmier, il nous faut donc apporter les trophées de la victoire à celui qui a triomphé de la mort.
Nous aussi, en ce jour, disons avec les enfants, en agitant les rameaux qui symbolisent notre vie : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'lsraël !" (homélie pour le dimanche des Rameaux)

vendredi 30 mars 2007

Les reliques de la Passion (suite et fin)


Les reliques de la Passion (suite et fin)


5. L’ostension de nos jours
L’ostension, du latin ostendere, « montrer », est l’action consistant à exposer un objet saint, une relique, à la vénération des fidèles, pratiquée dès l’origine du culte des saints. Le trésor de la cathédrale Notre-Dame de Paris renferme donc la couronne d’épines, en réalité un cercle de joncs tressés, de 21 cms de diamètre, dans lequel étaient plantés de longues et dures épines. Ces épines ont été dispersées au cours des siècles par les dons effectués soit par les empereurs de Byzance, soit par les rois de France.(lire la suite)
Soixante-dix sont répertoriées de nos jours. Saint Jean rappelle que les soldats romains, dans la nuit du Jeudi au Vendredi Saint, se moquèrent du Christ et de sa Royauté en le coiffant d'une couronne garnie d'épines (Jean 19, 14). S’y ajoutent un morceau du bois de la Croix et un clou de la crucifixion (dont on remarquera qu’il n’a pas été fait mention précédemment). Rohault de Fleury émet la supposition que ce clou pourrait avoir été fabriqué avec des parcelles de vrais clous. Une brochure éditée par la basilique métropolitaine de Paris le considère comme authentique et précise qu’il a été donné à l’abbaye de Saint-Denis par Charles le Chauve, qui le trouva au trésor d’Aix-la-Chapelle, où Charlemagne l’avait mis après l’avoir reçu lui-même de l’empereur Constantin V. Lors de la Révolution, il fut placé auprès de la commission temporaire des arts, puisement 1804 à Mgr Quélen, archevêque de Paris par M. Lelièvre, membre de l’Institut, qui l’avait examiné et qui affirma sous serment que c’était vraiment le clou provenant de la basilique de Saint-Denis. C’est tout ce que l’on peut en dire.
Ces reliques sont présentées à la vénération des fidèles tous les premiers vendredis du mois et les vendredis de carême, à 15 heures, et le Vendredi saint toute la journée. Les chanoines de la cathédrale de Paris assurent cette présentation tandis que des chevaliers et des dames de l’Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem en assurent la garde. L’ostension, qui a lieu dans la nef de la cathédrale, est très émouvante non seulement en raison de la nature des reliques, mais aussi de la foule recueillie, qui n’hésite pas à faire longuement la queue pour manifester sa foi. De nombreux touristes profitent de leur visite de la cathédrale pour se joindre aux pèlerins, lesquels reflètent la variété du peuple de Dieu.

(fin)

jeudi 29 mars 2007

Faire le bien


Faire le bien

« Quant à vous, frères, ne vous lassez jamais de faire le bien » (2 Thessaloniciens, 3, 13). Cette exhortation de saint Paul, l’Apôtre des gentils, peut se comprendre comme voulant dire : « Ne cessez pas de faire le bien même si vous n’êtes pas payés de retour, même si vous êtes incompris, car ce n’est pas en fonction des hommes que vous devez agir mais en fonction de Dieu, de ce qu’il attend de vous. »
« Tu agis en fonction du qu’en dira-t-on ? […] C’est tout d’abord le qu’en dira Dieu qui doit te tenir à cœur ; après — bien après, (lire la suite) et parfois jamais — tu devras peser ce que peuvent en penser les autres. « Celui qui me reconnaîtra devant les hommes, dit notre Seigneur, moi aussi je le reconnaîtrai devant mon Père, qui est dans les cieux. Mais celui qui m’aura renié devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père, qui est dans les cieux » (saint Josémaria, Sillon, n° 970).
Nous n’avons pas reçu de Dieu toutes les qualités que nous possédons pour faire le mal, mais pour l’imiter et faire le bien, comme lui, qui est le Bien absolu et qui met sa joie à rendre les hommes heureux. Si nous sommes malheureux parfois, c’est précisément parce que nous arrêtons de faire le bien et que nous nous laissons prendre par l’esprit du mal.
« Ne nous décourageons pas de faire le bien, dit encore saint Paul, car nous récolterons en temps voulu, si nous ne nous relâchons pas » (Galates 6, 9). L’espérance des biens à venir — du ciel pour ceux qui aiment Dieu et rejettent le péché — est une vertu formidable, une des trois vertus théologales, c’est-à-dire qui ont Dieu pour objet, qui viennent directement de Dieu et que, de ce fait, lui seul peut augmenter en nous. Il convient donc de demander à Dieu : « Augmente en moi la foi, l’espérance et la charité. »

mercredi 28 mars 2007

Mehariste et geographe



Méhariste et géographe


Mon cousin Louis Le Tourneau (à gauche en 1959) a publié récemment ses Aventures africaines, en trois volumes, les deux premiers retraçant sa carrière de Méhariste en Mauritanie, de 1957 à 1960, le dernier ses travaux de géographe en Mauritanie et Niger (photo de droite), puis en et en Haute-Volta (l'actuel Burkina Faso) et en Côte d'Ivoire, de 1962 à 1964.
Celui qui était lors le lieutenant Le Tourneau, frais émoulu de Saint-Cyr, commence sa carrière par une aventure extraordinaire en Mauritanie. (lire la suite) La vie de méhariste, loin des chefs, au milieu du libre désert, fait découvrir que l'homme n'est jamais entièrement maître de sa destinée. Puis celle de géographe seconde les prises de vue aériennes sur le terrain pour établir la toponymie des lieux et faire des relevés rigoureux. Ce qui nécessite à la fois des connaissances linguistiques appropriées et une condition physique à toute épreuve et, ajouterais-je, morale aussi, étant donné que la mission se déroule en partie dans une région désertique où il est difficile de rencontrer âme qui vive. Les moyens disponibles à l'époque restaient rudimentaires et demandaient énormément de travail personnel pour exploiter les données repérées sur le terrain.
Mais Louis Le Tourneau (en train de passer en revue un Groupe nomade : photo du bas) ne se contente pas de son travail. Il amasse une somme importante de données et une moisson de souvenirs qui lui ont permis de rédiger ces ouvrages, abondamment illustrés de photos et de cartes.

C'est une aventure passionnante que l'auteur nous fait revive, une aventure comme peu en ont vécue, car seuls de rares privilégiés ont pu parcourir l'extrême-nord de la Mauritanie et du Niger...
Ces trois livres, de respectivement 327, 266 et 399 pages, sont disponibles aux Éditions Mémoires d'Hommes (9, rue Chabanais, 75002 Paris) et chez l'auteur (22, rue Pierre-Curie, 49000 Angers).

mardi 27 mars 2007

La joie dans la souffrance


La joie dans la souffrance

Pour beaucoup, la souffrance est incompatible avec la joie. Telle n’est pas la conception chrétienne. Saint Paul exhortait les fidèlement termes : « Réjouissez-vous sans cesse, dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous » (Philippiens 4, 4). Et, parlant de sa propre expérience, il affirme : « Je déborde de joie au milieu des épreuves que nous endurons » (2 Corinthiens 7, 4). Cette joie provient de la confiance en Dieu : « Ne vous affligez point : la joie de Yahvé est votre rempart » (Néhémie 8, 10). Elle s’appuie donc sur Dieu. Plus grande est la proximité de Dieu, plus intense est la joie. (lire la suite)
Il serait possible d’apporter d’innombrables témoignages en ce sens, car c’est une constante dansable de l’Église depuis deux mille ans. En voici un, donné par le Serviteur de Dieu Alvaro del Portillo, alors prélat de l’Opus Dei, lors d’une messe pour les participants au jubilé de la jeunesse, en avril 1984 : « Comment peut-on être joyeux devant la maladie et dans la maladie,devant l’injustice et en souffrant l’injustice ? Cette joie ne sera-t-elle pas une fausse illusion ou une échappatoire irresponsable ? Non ! Le Christ nous donne la réponse : le Christ seul ! Ce n’est qu’en Lui que l’on trouve le vrai sens de la vie personnelle et la clef de l’histoire humaine […].
Le Christ en Croix : voilà la seule vraie clef. Sur la Croix Il accepte la souffrance pour nous rendre heureux ; et il nous apprend qu’en étant unis à Lui, nous aussi nous pouvons donner une valeur de rédemption à notre souffrance, qui se transforme ainsi en joie : la joie profonde de sacrifier pour le bien des autres et de faire pénitence pour les péchés personnels et les péchés du monde. »
Selon cette vision très positive de la vie, l’homme n’a pas lieu d’être triste. Qui plus est, la tristesse, en dehors de celle qui est causée par la maladie elle-même, vient du démon. Cela est visible au fait qu’elle entraîne des manquements à la charité et conduit à se replier sur soi-même. « La tristesse pousse à la colère et à l’envie ; et nous avons l’expérience que, lorsque nous sommes tristes, nous nous fâchons facilement et nous nous irritons à la moindre occasion ; qui plus est, elle rend l’homme soupçonneux et malicieux, et quelques fois elle le trouble à tel point qu’elle semble lui faire perdre la raison » (Saint Grégoire le Grand, Moralia 1, 31 31).
En revanche, nous constatons que les gens qui sont le plus heureux sur terre sont les saints, car ils ont compris que notre joie est « une joie dont les racines sont en forme de Croix » (saint Josémaria, Forge, n° 28). De fait, la bénédiction chrétienne, source de joie, se donne en faisant le signe de croix. celui qui est cloué sur son lit d’hôpital ou qui ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant, celui qui a perdu l’usage de la parole ou qui n’entend et ne voit plus, celui qui est l’objet constant de vexations de la part de ses collègues ou d’injustices criantes, celui pour qui tout semble rater, s’il élève son regard vers le Christ en Croix, s’il se sait et se sent enfant de Dieu dans et par le Christ, il conserve la paix et la joie intérieures. « Si nous nous voyons comme ce que nous sommes, des enfants bien-aimés de notre Père des cieux, comment ne serions-nous pas joyeux ? — Médite cela » (saint Josémaria, Ibid., n° 266). La Vierge Marie a fait l’expérience de la souffrance, comme le vieillard Siméon le lui avait prédit quand elle était venue présenter son Fils Jésus au temple,pour conformer à la Loi mosaïque : « Pour toi, tu auras l’âme transpercée d’un glaive » (Luc 2, 35). Mais, parce qu’elle vécue identifiée à son Fils et à la Volonté du Père, l’Église l’invoque dans les litanies du chapelet comme « cause notre joie ».

(fin)

lundi 26 mars 2007

L'Annonciation

L'Annonciation

Le 25 mars tombant cette année un dimanche, la célébration de l'Annonciation est reportée à aujourd'hui, 26 mars. Dieu avait annoncé au tentateur du paradis terrestre : "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon" (Genèse 3, 15). Cela va s'accomplir bientôt ; ainsi que la prophétie d'Isaïe (7, 14) : "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, et on l'appellera Emmanuel, c'est-à-dire "Dieu avec nous."
En effet, l'archange saint Gabriel vient, de la part de Dieu, (lire la suite) annoncer à une jeune femme de Galilée, Marie, qu'elle allait donner le jour à un fils. "Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge ?" demande-t-elle. "L'ange lui répondit : "L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui naîtra sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu" (Luc 1, 29).
Marie est invitée à donner son assentiment à ce projet divin qui manifeste à quel point "Dieu est amour" (1 Jean 4, 16). Comme le pape Benoît XVI le faisait remarquer dans son message pour le carême en cours, après le refus de l'homme - en la personne d'Adam et Ève, nos premiers parents - d'entrer dans son projet d'amour, Dieu "ne s'est pas avoué vaincu, mais au contraire le "non" de l'homme a été comme l'impulsion décisive qui l'a conduit à manifester son amour dans toute sa force rédemptrice" en envoyant son Fils sur terre, naissant d'une femme et devenant vrai homme tout en restant vrai Dieu. "Pour conquérir à nouveau l'amour de sa créature, ajoute le pape, (Dieu) a accepté de payer un très grand prix : le sang de son Fils unique".
Pour l'heure, l'humanité attend la réponse de Marie à l'ange. "Vierge bienheureuse, lui dit saint Bernard dans une homélie, ouvrez votre cœur à la foi, vos lèvres au consentement, vos chastes entrailles au Créateur. Voyez : le Désiré de toutes les nations frappe à votre porte. Malheur à vous si vous tardiez à lui ouvrir ; il passerait son chemin, et ensuite vous reviendriez avec douleur chercher l'aimé de votre âme ! Levez-vous, courez, ouvrez. Levez-vous par la foi, courez par la dévotion, ouvrez par le consentement" (Homélie super "Missus est" 4, 9).
Marie va dire "oui", fiat, "qu'il me soit fait selon ta parole", sans hésitation, se reconnaissant "la servante du Seigneur" (Luc , 38). "Commençons par imiter son amour. La charité ne s’arrête pas aux sentiments ; elle doit se manifester en paroles et, avant tout, en actes. La Vierge n’a pas seulement prononcé un fiat, mais elle a accompli, à tout moment, sa ferme et irrévocable décision. Nous devons agir de même : lorsque l’amour de Dieu nous pousse et que nous découvrons ce qu’il veut, nous devons nous engager à être fidèles, loyaux, et à l’être vraiment. Car ce n’est pas en me disant « Seigneur, Seigneur », qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux (Matthieu 7, 21).
Nous devons imiter l’élégance naturelle et surnaturelle de Marie. C’est une créature privilégiée dans l’histoire du salut : en Elle, le Verbe s’est fait chair et a demeure parmi nous (Jean 1, 14). Elle fut un témoin plein de délicatesse et qui passa inaperçu ; elle ne voulut pas recevoir de louanges, car elle n’ambitionnait pas la gloire pour elle-même. Marie est témoin des mystères de l’enfance de son Fils, mystères normaux si l’on peut s’exprimer ainsi : à l’heure des grandes miracles, des acclamations des foules, elle s’efface. À Jérusalem, lorsque le Christ — montant un petit âne — est acclamé comme Roi, Marie n’est pas là. Mais on la retrouve près de la Croix, lorsque tout le monde fuit. Cette conduite a la saveur naturelle de la grandeur, de la profondeur et de la sainteté de son âme.
Efforçons-nous d’imiter son obéissance à la volonté de Dieu, obéissance où se mêlent harmonieusement noblesse et soumission. Chez Marie, rien ne rappelle l’attitude de ces vierges folles qui obéissent, il est vrai, mais sans réfléchir. Notre Dame écoute avec attention ce que Dieu veut d’elle; elle médite ce qu’elle ne comprend pas ; elle interroge sur ce qu’elle ne sait pas. Ensuite, elle s’applique de tout son être à accomplir la volonté divine : je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! (Luc 1, 38). Quelle merveille ! Sainte Marie, notre exemple en toutes choses, nous apprend maintenant que l’obéissance à Dieu n’est pas servilité, qu’elle ne subjugue pas notre conscience. Au contraire, elle nous incite intérieurement à découvrir la liberté des fils de Dieu (cf. Romains 8, 21)" (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 173).