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dimanche 11 mai 2008

Marie, Reine (2)

Marie, Reine (2)

« Le Père, le Fils et le Saint-Esprit la couronnent en tant qu’Impératrice de l’univers. Et les anges, ses sujets, lui rendent hommage..., et les patriarches, les prophètes et les Apôtres..., et les martyrs, les confesseurs, les vierges et tous les saints..., et tous les pécheurs, et toi et moi » (saint Josémaria, Saint Rosaire, cinquième mystère glorieux). Nous la couronnons d'autant plus volontiers, avec d'autant plus d'empressement que nous la reconnaissons comme médiatrice de toutes les grâces, l'« aqueduc » (lire la suite) par l'intermédiaire duquel elles parviennent à notre âme, pour reprendre l'image forgée par saint Bernard. Il s'explique en ces termes : « Vénérons donc Marie du plus intime de notre âme, de tous les élans de notre cœur et de tous les sentiments de notre volonté, car telle est la volonté de notre Seigneur qui a voulu que nous recevions tout par Marie. Voilà, je le répète, sa volonté, mais pour notre bien (...). Le Fils pourrait-il ne pas être entendu de son Père ou rejeter les supplications de sa Mère ? Non, non et mille fois non. « Vous avez trouvé grâce auprès de Dieu », dit l'ange (Luc 1, 30). Heureusement, elle trouvera toujours la grâce, or ce n'est que de la grâce dont nous avons besoin (...). Cherchons la grâce et cherchons-là par Marie, car elle trouve ce qu'elle cherche et ne peut s'en voir frustrée » (Sermon sur l'aqueduc 5-8).
La consigne est claire. Toutes les générations de catholiques se sont tournées vers Marie, comme vers celle auprès de qui trouver l'« au vive qui jaillit en vie éternelle » (Jean 4, 10), c'est-à-dire le Christ, qui est la Vie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour » « Jean 6, 54), « car, comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même » (Jean 5, 26).
Marie nous conduit immanquablement à son Fils, pour que nous ayons la vie en lui et par lui. Elle est notre espérance, notre consolation, le siège de la Sagesse, « une Mère compatissante, la trône de la grâce » (saint Josémaria, Quand le Christ passe, n° 187). Auprès d'elle notre cœur est en paix. Elle nous apaise dans les tribulations. Elle prend notre main dans la sienne pour que nous avancions avec assurance sur le chemin de l'Amour, à la rencontre du Dieu « qui est, qui était et qui vient » (Apocalypse 1, 4), à qui sont dus « la gloire et l'honneur, et la puissance » (Apocalypse 4, 11).

(fin)

samedi 10 mai 2008

Marie, Reine (1)

Marie, Reine (1)

La Vierge Marie est fêtée par l'Église en tant que Reine du ciel. La liturgie célèbre cette royauté le 22 août. L'hymne Ave Regina caelorum l'exalte en ces termes : « Salut, ô Reine du ciel ; salut, ô Reine des anges ; salut, racine et porte qui avez été l'origine de la Lumière du monde », Jésus-Christ. Et les litanies de Lorette proclament Marie « Reine des anges, reine des patriarches, reine de prophètes, reine des apôtres, reine des martyrs, reine des confesseurs, reine des vierges, reine de tous les saints, reine conçue sans le péché originel, reine élevée dans les cieux, reine du très saint rosaire, reine de la famille, reine de la paix ».
L'archange saint Gabriel lui-même n'a-t-il pas proclamé (lire la suite) au nom de Dieu cette souveraineté lors de l'Annonciation ? C'est ce qu'explique saint Jean Chrysologue : « Le nom hébreu de Marie est traduit par « Domina » en latin ; l'ange lui attribue ce titre de Souveraine » (Sermon sur l'Annonciation). Marie est reine parce qu'elle a mis au monde Celui qui est le roi de l'univers. L'ange annonce, en effet, à Marie : « Vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un fils et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand et il sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, il règnera sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin » (Luc 1, 31-33). Telle est la grande réalité à laquelle il nous est donné de participer puisque nous sommes enfants de Dieu par Marie, enfants de Marie par la grâce. Avec Marie, nous sommes appelés à contribuer à l'expansion du royaume de son Fils sur la terre. La foi nous y pousse, cette foi qui l'a conduite à accepter d'entrer la première dans les plans rédempteurs de Dieu. « Bienheureuse êtes-vous, ô Vierge Marie, parce que vous avez cru ce qui vous a été dit de la part du Seigneur : vous régnez désormais éternellement avec le Christ » (Antienne du Magnificat, vêpres de la fête de Marie Reine).

(à suivre...)

vendredi 9 mai 2008

Le silence de Jesus (3)

Le silence de Jésus (3)

Mais revenons à la Cananéenne. Face au silence de Jésus, elle ne mollit pas, elle ne s'avoue pas vaincue. L'amour de sa fille est plus fort que le respect humain. Sa foi se moque des remontrances de l'entourage du Maître et de l'ordre de se tenir tranquille et de cesser de les importuner. Elle est convaincue que sa cause est bonne et que Jésus peut chasser le démon comme il en a déjà chassés tant, à ce que l'on dit. Et pourquoi en douterait-elle ?
La raison avancée pour la faire taire est la même que pour Bar Timée, très humaine, (lire la suite) égoïste. Les apôtres pensent à leur tranquillité plus qu'à la misère d'autrui. Nous ne valons sans doute pas mieux qu'eux. Ils n'ont pas encore compris les implications de la charité qui, entre autres, « supporte tout » (1 Corinthiens 13, 7).
Une autre forme de silence est l'absence de réaction apparente de Jésus quand lui parvient la nouvelle que son ami Lazare est sérieusement malade et qu'il est sur le point de mourir. Au lieu de partir séance tenante et d'aller le guérir - c'est bien ce que Marthe et Marie espéraient de lui en lui envoyant le message - il temporise et reste encore « deux jours à l'endroit où il se trouvait » (Jean 11, 6). Il ne donne pas signe de vie. Ce n'est qu'une fois ce délai écoulé qu'il décide enfin de se rendre à Béthanie. Les saintes femmes lui reprochent avec affection et confiance qu'il ne soit pas venu plus tôt : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ! » (Jean 11, 21), car le retard a été fatal au malade.
Dans tous les cas, Jésus sait ce qu'il fait. Cela va de soi, car il est Dieu et tout ce qu'il fait, il le fait à la perfection. Nous devons apprendre que la logique de Dieu n'est pas la nôtre ; que le silence de Dieu n'est qu'apparent ; que ce qu'il nous réserve est mieux que nos aspirations ; qu'en le laissant faire nous ne sommes jamais déçus ; qu'en définitive, il sait mieux que nous ce qui convient dans chaque cas, pour chacun et en toute circonstance. Non seulement la Cananéenne obtient la guérison de sa fille, mais elle a eu l'occasion de faire un acte de foi que Jésus admire : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu'il te soit fait comme tu le désires » (Matthieu 15, 28). Quant au fils de Timée, il persévère lui aussi dans une prière pleine de foi et, à Jésus qui finit par lui demander ce qu'il veut, il répond : « Seigneur, que je voie ! » sans la moindre hésitation (Luc 18, 42). Jésus lui dit : « Vois ! » et précise la raison pour laquelle il réalise ce miracle : « C'est ta foi qui t'a sauvé » (Luc 28, 43). Quant à Marthe et à Marie qui se seraient contentées de la guérison de leur frère, après être passée par l'épreuve du deuil elles obtiennent un miracle beaucoup plus spectaculaire, « afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé » (Jean 12, 42), précise Jésus. Faisant face au tombeau dans lequel Lazare se trouve depuis quatre jours déjà, « il cria à pleine voix : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains entourés de bandelettes et le visage enveloppé d'un suaire. Jésus dit : « Défaites-le et laissez-le aller » (Jean 11, 43-44). C'est toujours une question de foi. « Lazare a ressuscité parce qu'il a entendu la voix de Dieu : il n'eut de cesse de sortir aussitôt de l'état où il se trouvait. S'il n'avait pas « voulu » bouger, il serait mort de nouveau. Prendre cette résolution sincère : avoir toujours foi en Dieu ; mettre toujours son espérance, toujours son amour en Dieu..., lui qui ne nous abandonne jamais, même si nous sommes aussi décomposés que Lazare » (saint Josémaria, Forge, n° 211).


(fin)

jeudi 8 mai 2008

Le silence de Jesus (2)

Le silence de Jésus (2)

Rappelons-nous ce qui s'est passé aussi un jour où Jésus sortait de Jéricho. Un mendiant se trouvait au bord du chemin, probablement au même endroit que les autres jours. Lui aussi il a entendu parler du rabbi de Nazareth. Il entend une rumeur grandissante, le bruit d'une foule et « s'enquit de ce que ce pouvait être » (Luc 18, 36). Apprenant que c'est Jésus en personne qui passe, accompagné de ses disciples et d'une bonne partie des habitants de la ville, qui le suivent avec enthousiasme, « il s'écria : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi » (Luc 18, 38). « Toi que voilà arrêté au bord du chemin de la vie, qui est si courte, (lire la suite) n’as-tu pas envie de crier, toi aussi ? toi qui manques de lumières, qui as besoin de nouvelles grâces pour te décider à rechercher la sainteté. Ne ressens-tu pas un besoin irrésistible de crier : Jésus, fils de David, aie pitié de moi. Une belle oraison jaculatoire, à répéter souvent ! » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). Et ce, même si nous avons l'impression que Jésus ne fait aucun cas de notre prière. Ce n'est qu'une impression, qui ne correspond nullement à la réalité, car le Seigneur nous a invité très clairement à le prier : « Demandez et l'on vous donnera; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et l'on ouvrira à qui frappe » (Matthieu 7, 7-8).
Le mendiant reconnaît lui aussi en Jésus le fils de David, le Messie annoncé et attendu. Il est quand même frappant de voir que les esprits simples ne s'y trompent pas, ils le reconnaissent aux signes qu'il réalise, alors que les savants, les princes des prêtres et les scribes refusent de se rendre à l'évidence (« vous ne me croyez pas : les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi », Jean 10, 25).
Bar Timée crie, hurle. Mais Jésus fait comme s'il n'entendait pas et poursuit son chemin. « Beaucoup rabrouaient Bartimée pour lui imposer silence (Luc 18, 39). Toi aussi, quand tu as senti que Jésus passait près de toi, ton cœur a battu plus fort et tu t’es mis à crier, en proie à une agitation profonde. Alors tes amis, tes habitudes, ton confort, ton milieu t’ont conseillé de te taire, de ne pas crier. « Pourquoi appeler Jésus ? Ne l’importune pas ! » Le malheureux Bartimée, lui, ne les écoutait pas. Il criait au contraire encore plus fort : Fils de David, aie pitié de moi. Le Seigneur, qui l’avait entendu dès le début, le laissa persévérer dans sa prière. Il en va de même pour toi. Jésus perçoit instantanément l’appel de notre âme, mais il attend. Il veut que nous soyons bien convaincus que nous avons besoin de lui. Il veut que nous le suppliions, avec obstination, comme cet aveugle au bord du chemin à la sortie de Jéricho. Imitons-le. Même si Dieu ne nous accorde pas à l’instant ce que nous lui demandons, même si la multitude essaie de nous détourner de notre prière, ne cessons pas de l’implorer (Saint Jean Chrysostome, In Matthæum homiliæ 66, 1) » (saint Josémaria, Amis de Dieu, n° 195). « Quand on se trouve dans les ténèbres, quand on a l’âme aveugle et inquiète, il faut aller, comme Bartimée, vers la Lumière. Répète, crie, insiste avec plus de force, « Domine, ut videam ! » — Seigneur, que je voie !… Et sur tes yeux se lèvera le jour, et tu pourras te réjouir des lumières qu’il t’accordera » (saint Josémaria, Sillon, n° 862).

(à suivre...)

mercredi 7 mai 2008

Le silence de Jesus (1)

Le silence de Jésus (1)

Jésus se rend aux confins de Tyr et de Sidon, au Liban actuel. Et les Libanais n'en sont pas peu fiers, voyant dans leur pays une partie de la Terre Sainte. Bien qu'en pays étranger, la figure du rabbi qui accomplit des miracles est connue de tous. La nouvelle de son arrivée se répand donc rapidement. Or, « voici qu'une Cananéenne, venue de ces territoires, criait : (lire la suite) « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon » (Matthieu 15, 22).
On ne peut pas dire que Jésus ne l'a pas entendue. L'évangéliste note bien qu'elle se mit à crier à tue-tête. De plus elle reconnaît que Jésus est le fils de David tout comme, plus tard, les foules qui l'acclameront lors de son entrée à Jérusalem, ce qui a le don de mettre les princes des Juifs en fureur, car il s'agit d'un titre messianique qu'ils dénient pour leur part au Christ. Enfin elle ne demande rien pour elle : elle intercède pour sa fille, qui est non pas malade mais possédée par l'Ennemi.
Cependant « Jésus ne répondit rien » (Matthieu 15, 23). Ce n'est pas la première fois que le Seigneur laisse les gens s'époumoner sans prêter attention, au point que ce sont ses disciples qui doivent intervenir et lui demander de faire quelque chose, car ils en ont assez du vacarme, le quémandeur les importune trop. Cette fois-là, « s'étant approchés, ses disciples lui firent cette prière : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris » (Matthieu 15, 23). Le Seigneur se tait, les apôtres veulent qu'elle s'en aille, au lieu de demander à Jésus d'accéder à la pétition de la femme, ce qui était le meilleur moyen que tout le hourvari cesse.

(à suivre...)

mardi 6 mai 2008

Saint Athanase (3)

Saint Athanase (3)

Parmi les autres œuvres de ce grand Père de l'Église - qui demeurent en grande partie liées aux événements de la crise arienne - rappelons ensuite les autres lettres qu'il adressa à son ami Sérapion, évêque de Thmuis, sur la divinité de l'Esprit Saint, qui est affirmée avec netteté, et une trentaine de lettres festales, adressées en chaque début d'année aux Églises et aux monastères d'Égypte pour indiquer la date de la fête de Pâques, mais surtout pour assurer les liens entre les fidèles, en renforçant leur foi et en les préparant à cette grande solennité.
Enfin, Athanase est également l'auteur de textes de méditation (lire la suite) sur les Psaumes, ensuite largement diffusés, et d'une œuvre qui constitue le best seller de la littérature chrétienne antique : la Vie d'Antoine, c'est-à-dire la biographie de saint Antoine abbé, écrite peu après la mort de ce saint, précisément alors que l'évêque d'Alexandrie, exilé, vivait avec les moines dans le désert égyptien. Athanase fut l'ami du grand ermite, au point de recevoir l'une des deux peaux de moutons laissées par Antoine en héritage, avec le manteau que l'évêque d'Alexandrie lui avait lui-même donné. Devenue rapidement très populaire, traduite presque immédiatement en latin à deux reprises et ensuite en diverses langues orientales, la biographie exemplaire de cette figure chère à la tradition chrétienne contribua beaucoup à la diffusion du monachisme en Orient et en Occident. Ce n'est pas un hasard si la lecture de ce texte, à Trèves, se trouve au centre d'un récit émouvant de la conversion de deux fonctionnaires impériaux, qu'Augustin place dans les Confessions (VIII, 6, 15) comme prémisses de sa conversion elle-même.
Du reste, Athanase lui-même montre avoir clairement conscience de l'influence que pouvait avoir sur le peuple chrétien la figure exemplaire d'Antoine. Il écrit en effet dans la conclusion de cette œuvre : « Qu'il fut partout connu, admiré par tous et désiré, également par ceux qui ne l'avaient jamais vu, est un signe de sa vertu et de son âme amie de Dieu. En effet, ce n'est pas par ses écrits ni par une sagesse profane, ni en raison de quelque capacité qu'Antoine est connu, mais seulement pour sa piété envers Dieu. Et personne ne pourrait nier que cela soit un don de Dieu. Comment, en effet, aurait-on entendu parler en Espagne et en Gaule, à Rome et en Afrique de cet homme, qui vivait retiré parmi les montagnes, si ce n'était Dieu lui-même qui l'avait partout fait connaître, comme il le fait avec ceux qui lui appartiennent, et comme il l'avait annoncé à Antoine dès le début ? Et même si ceux-ci agissent dans le secret et veulent rester cachés, le Seigneur les montre à tous comme un phare, pour que ceux qui entendent parler d'eux sachent qu'il est possible de suivre les commandements et prennent courage pour parcourir le chemin de la vertu » (Vie d'Antoine 93, 5-6).
Oui, frères et sœurs ! Nous avons de nombreux motifs de gratitude envers Athanase. Sa vie, comme celle d'Antoine et d'innombrables autres saints, nous montre que « celui qui va vers Dieu ne s'éloigne pas des hommes, mais qu'il se rend au contraire proche d'eux » (Deus caritas est, n° 42).

Benoît XVI, Audience générale, 20 juin 2007.

lundi 5 mai 2008

Saint Athanase (2)

Saint Athanase (2)

À la mort de l'évêque Alexandre, Athanase devint, en 328, son successeur comme évêque d'Alexandrie, et il se révéla immédiatement décidé à refuser tout compromis à l'égard des théories ariennes condamnées par le Concile de Nicée. Son intransigeance, tenace et parfois également très dure, bien que nécessaire, contre ceux qui s'étaient opposés à son élection épiscopale et surtout contre les adversaires du Symbole de Nicée, lui valut l'hostilité implacable des ariens et des philo-ariens. Malgré l'issue sans équivoque du Concile, qui avait clairement affirmé que le Fils est de la même substance que le Père, (lire la suite) peu après, ces idées fausses prévalurent à nouveau - dans ce contexte, Arius lui-même fut réhabilité -, et elles furent soutenues pour des raisons politiques par l'empereur Constantin lui-même et ensuite par son fils Constance II. Celui-ci, par ailleurs, qui ne se souciait pas tant de la vérité théologique que de l'unité de l'empire et de ses problèmes politiques, voulait politiser la foi, la rendant plus accessible - à son avis - à tous ses sujets dans l'empire.
La crise arienne, que l'on croyait résolue à Nicée, continua ainsi pendant des décennies, avec des événements difficiles et des divisions douloureuses dans l'Église. Et à cinq reprises au moins - pendant une période de trente ans, entre 336 et 366 - Athanase fut obligé d'abandonner sa ville, passant dix années en exil et souffrant pour la foi. Mais au cours de ses absences forcées d'Alexandrie, l'Évêque eut l'occasion de soutenir et de diffuser en Occident, d'abord à Trèves puis à Rome, la foi nicéenne et également les idéaux du monachisme, embrassés en Égypte par le grand ermite Antoine, à travers un choix de vie dont Athanase fut toujours proche. Saint Antoine, avec sa force spirituelle, était la personne qui soutenait le plus la foi de saint Athanase. Réinstallé définitivement dans son siège, l'Évêque d'Alexandrie put se consacrer à la pacification religieuse et à la réorganisation des communautés chrétiennes. Il mourut le 2 mai 373, jour où nous célébrons sa mémoire liturgique.
L'œuvre doctrinale la plus célèbre du saint évêque alexandrin est le traité Sur l'incarnation du Verbe, le Logos divin qui s'est fait chair en devenant comme nous pour notre salut. Dans cette œuvre, Athanase dit, avec une affirmation devenue célèbre à juste titre, que le Verbe de Dieu « s'est fait homme pour que nous devenions Dieu ; il s'est rendu visible dans le corps pour que nous ayons une idée du Père invisible, et il a lui-même supporté la violence des hommes pour que nous héritions de l'incorruptibilité » (54, 3). En effet, avec sa résurrection le Seigneur a fait disparaître la mort comme « la paille dans le feu » (8, 4). L'idée fondamentale de tout le combat théologique de saint Athanase était précisément celle que Dieu est accessible. Il n'est pas un Dieu secondaire, il est le vrai Dieu, et, à travers notre communion avec le Christ, nous pouvons nous unir réellement à Dieu. Il est devenu réellement « Dieu avec nous ».

(à suivre...)

dimanche 4 mai 2008

Saint Jacques (2)

Saint Jacques (2)

L'information la plus ancienne sur la mort de ce Jacques nous est offerte par l'historien juif Flavius Josèphe. Dans ses Antiquités juives (20, 201sq), rédigées à Rome vers la fin du I siècle, il nous raconte que la fin de Jacques fut décidée sur une initiative illégitime du Grand Prêtre Anan, fils de Annas cité dans les Évangiles, qui profita de l'intervalle entre la déposition d'un Procureur romain (Festus) et l'arrivée de son successeur (Albinus) pour décréter sa lapidation en l'an 62.
Au nom de ce Jacques, (lire la suite) outre le Protévangile de Jacques apocryphe, qui exalte la sainteté et la virginité de Marie Mère de Jésus, est particulièrement liée la Lettre qui porte son nom. Dans le canon du Nouveau Testament, celle-ci occupe la première place parmi ce qu'on appelle les Lettres catholiques, c'est-à-dire qui ne sont pas destinées à une seule Église particulière - comme Rome, Éphèse, etc. -, mais à de nombreuses Églises. Il s'agit d'un écrit très important, qui insiste beaucoup sur la nécessité de ne pas réduire sa propre foi à une simple déclaration verbale ou abstraite, mais à l'exprimer concrètement par des œuvres de bien. Entre autres, il nous invite à la constance dans les épreuves joyeusement acceptées et à la prière confiante pour obtenir de Dieu le don de la sagesse, grâce auquel nous parvenons à comprendre que les véritables valeurs de la vie ne se trouvent pas dans les richesses passagères, mais plutôt dans le fait de savoir partager ses propres biens avec les pauvres et les indigents (cf. Jacques 1, 27).
Ainsi, la Lettre de saint Jacques nous montre un christianisme très concret et pratique. La foi doit se réaliser dans la vie, surtout dans l'amour du prochain et notamment dans l'amour pour les pauvres. C'est dans ce cadre que doit également être lue la phrase célèbre : "En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte" (Jacques 2, 26). Cette déclaration de Jacques a parfois été opposée aux affirmations de Paul, selon lequel nous sommes rendus justes par Dieu non en vertu de nos œuvres, mais grâce à notre foi (cf. Galates 2, 16 ; Romains 3, 28). Toutefois, ces deux phrases, apparemment contradictoires avec leurs perspectives différentes, se complètent en réalité, si elles sont bien interprétées. Saint Paul s'oppose à l'orgueil de l'homme qui pense ne pas avoir besoin de l'amour de Dieu qui nous protège, il s'oppose à l'orgueil de l'autojustification sans la grâce simplement donnée et non méritée. Saint Jacques parle en revanche des œuvres comme du fruit normal de la foi : "C'est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits", dit le Seigneur (Matthieu 7, 17). Et saint Jacques le répète et nous le dit.
En dernier lieu, la Lettre de Jacques nous exhorte à nous abandonner entre les mains de Dieu dans tout ce que nous accomplissons, en prononçant toujours les paroles : "Si le Seigneur le veut bien" (Jacques 4, 15). Il nous enseigne ainsi à ne pas présumer de planifier notre vie de manière autonome et intéressée, mais à laisser place à la volonté insondable de Dieu, qui connaît ce qui est véritablement bon pour nous. Ainsi, saint Jacques demeure aujourd'hui encore un maître de vie pour chacun de nous.

Benoît XVI, Audience générale, 28 juin 2006.

4 mai : Notre-Dame du Laus

4 mai : Notre-Dame du Laus

Aujourd'hui, mgr di Falco-Leandri, évêque de Gap, promulgue un décret par lequel il reconnaît officiellement le caractère surnaturel des apparitions de la Vierge Marie à Benoîte Rencurel au Laus (Alpes de Haute-Provence) pendant 54 ans, de mai 1664 à sa mort, en 1718.
Benoîte Rencurel a fondé le sanctuaire de Notre-Dame du Laus, appelé à faire du bien aux fidèles tout au long des siècles, Marie ayant « destiné ce lieu pour la conversion des pécheurs, et beaucoup viendront ici se convertir ».
Entre 1669 et 1684, Benoîte Rencurel (lire la suite) est aussi gratifiée de la vision du Christ crucifié au pied de la croix d'Avrançon où, tous les vendredis, elle revit une crucifixion mystique, c'est-à-dire spirituelle.
Le diable s'acharne contre la voyante, y compris en faisant en sorte que, vingt ans durant, des prêtres jansénistes la marginalisent. Dans son combat spirituel, un ange de dieu lui annonce que « ce lieu est l'ouvrage de Dieu, que ni l'homme, ni les démons avec toute leur malice et toute leur rage ne sauraient détruire, qui subsistera toujours plus florissant jusqu'à la fin du monde et fera de grands fruits partout. »
En cette année du 150e anniversaire des apparitions de Lourdes, on ne peut que se réjouir de voir Notre Dame honorée également de la sorte au Laus, et remercier Dieu qui dépêche sa très douce Mère auprès de nous pour nous faire sentir à quel point il nous aime et combien il veut nous aider à être saints.

Pour plus de renseignements, voir www.notre-dame-du-laus.com

samedi 3 mai 2008

Saint Jacques (1)

Saint Jacques (1)

Le 3 mai, l'Église fête les apôtres saint Philippe et saint Jacques. Faute d'espace, je n'ai parlé que de saint Philippe l'an dernier. Voici donc ce que Benoît XVI a dit de Jacques "le Mineur", au cours d'une audience du mercredi :
"Il fait lui aussi partie des listes des douze Apôtres choisis personnellement par Jésus, et il est toujours désigné comme "fils d'Alphée" (cf. Matthieu 10, 3 ; Marc 3, 18 ; Luc 5 ; Ac 1, 13). Il a souvent été identifié avec un autre Jacques, dit "le Petit" (cf. Marc 15, 40), fils d'une Marie (cf. ibid.), qui pourrait être "Marie de Cléophas", (lire la suite) présente, selon le Quatrième Évangile, au pied de la Croix avec la Mère de Jésus (cf. Jean 19, 25). Il était lui aussi originaire de Nazareth et probablement parent de Jésus (cf. Matthieu 13, 55 ; Marc 6, 3), dont il est appelé "frère" à la manière sémite (cf. Marc 6, 3; Galates 1, 19). Le Livre des Actes souligne le rôle prépondérant exercé dans l'Église de Jérusalem par ce dernier Jacques. Lors du Concile apostolique qui y fut célébré après la mort de Jacques le Majeur, il affirma avec les autres que les païens pouvaient être accueillis au sein de l'Église sans devoir d'abord se soumettre à la circoncision (cf. Actes 15, 13). Saint Paul, qui lui attribue une apparition particulière du Ressuscité (cf. 1 Corinthiens 15, 7), à l'occasion de sa venue à Jérusalem, le nomme même avant Simon-Pierre, le qualifiant comme lui de "colonne" de cette Église (cf. Galates 2, 9). Ensuite, les judéo-chrétiens le considérèrent comme leur principal point de référence. On lui attribue également la Lettre qui porte le nom de Jacques et qui est comprise dans le canon néo-testamentaire. Il ne s'y présente pas comme "frère du Seigneur", mais comme "serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus" (Jacques 1, 1).
Parmi les chercheurs, portant le même nom, Jacques fils d'Alphée et Jacques "frère du Seigneur, est débattue. Les traditions évangéliques n'ont conservé aucun récit, ni sur l'un ni sur l'autre, se référant à la période de la vie terrestre de Jésus. En revanche, les Actes des Apôtres nous montrent qu'un "Jacques" a exercé un rôle très important, comme nous l'avons déjà mentionné, après la résurrection de Jésus, au sein de l'Église primitive (cf. Actes 12, 17 ; 15, 13-21 ; 21-18). la question de l'identification de ces deux personnagesL'acte le plus important qu'il accomplit fut son intervention dans la question du rapport difficile entre les chrétiens d'origine juive et ceux d'origine païenne : il contribua avec Pierre à surmonter, ou mieux, à intégrer la dimension juive originelle du christianisme avec l'exigence de ne pas imposer aux païens convertis l'obligation de se soumettre à toutes les règles de la loi de Moïse. Le Livre des Actes nous a transmis la solution de compromis, proposée précisément par Jacques et acceptée par tous les Apôtres présents, selon laquelle aux païens qui auraient cru en Jésus-Christ on ne devait demander que de s'abstenir de la coutume idolâtre de manger la chair des animaux offerts en sacrifice aux dieux, et de l'"impudicité", terme qui faisait probablement allusion aux unions matrimoniales non permises. En pratique, il s'agissait de ne respecter que quelques interdictions considérées réellement importantes par la loi mosaïque.
De cette façon, on obtint deux résultats significatifs et complémentaires, tous deux encore valables actuellement ; d'une part, l'on reconnut le rapport inséparable qui lie le christianisme à la religion juive comme à sa matrice éternellement vivante et valable ; de l'autre, on permit aux chrétiens d'origine païenne de conserver leur identité sociologique, qu'ils auraient perdue s'ils avaient été obligés d'observer ce qu'on appelle les "préceptes cérémoniaux" mosaïques : désormais ceux-ci ne devaient plus être considérés comme obligatoires pour les païens convertis. En substance, on marquait le début d'une pratique d'estime et de respect réciproque, qui, malgré de malheureuses incompréhensions successives, cherchait par sa nature à sauvegarder ce qui était caractéristique de chacune des deux parties.

(à suivre...)

vendredi 2 mai 2008

Saint Athanase (1)

Saint Athanase (1)

Revenons avec Benoît XVI l'évocation des grands Maîtres de l'Église antique avec saint Athanase d'Alexandrie : « Cet authentique protagoniste de la tradition chrétienne, déjà quelques années avant sa mort, fut célébré comme « la colonne de l'Église » par le grand théologien et évêque de Constantinople Grégroire de Nazianze (Discours 21, 26), et il a toujours été considéré comme un modèle d'orthodoxie, aussi bien en Orient qu'en Occident. Ce n'est donc pas par hasard que Gian Lorenzo Bernini en plaça la statue parmi celles des quatre saints Docteurs de l'Église orientale et occidentale - avec Ambroise, Jean Chrysostome et Augustin -, qui dans la merveilleuse abside la Basilique vaticane entourent la Chaire de saint Pierre. (lire la suite)
Athanase a été sans aucun doute l'un des Pères de l'Église antique les plus importants et les plus vénérés. Mais ce grand saint est surtout le théologien passionné de l'incarnation, du Logos, le Verbe de Dieu, qui - comme le dit le prologue du quatrième Évangile - « se fit chair et vint habiter parmi nous » (Jean 1, 14). C'est précisément pour cette raison qu'Athanase fut également l'adversaire le plus important et le plus tenace de l'hérésie arienne, qui menaçait alors la foi dans le Christ, réduit à une créature « intermédiaire » entre Dieu et l'homme, selon une tendance récurrente dans l'histoire et que nous voyons en œuvre de différentes façons aujourd'hui aussi. Probablement né à Alexandrie vers l'an 300, Athanase reçut une bonne éducation avant de devenir diacre et secrétaire de l'évêque de la métropole égyptienne, Alexandre. Proche collaborateur de son évêque, le jeune ecclésiastique prit part avec lui au Concile de Nicée, le premier à caractère œcuménique, convoqué par l'empereur Constantin en mai 325 pour assurer l'unité de l'Église. Les Pères nicéens purent ainsi affronter diverses questions et principalement le grave problème né quelques années auparavant à la suite de la prédication du prêtre alexandrin Arius.
Celui-ci, avec sa théorie, menaçait l'authentique foi dans le Christ, en déclarant que le Logos n'était pas le vrai Dieu, mais un Dieu créé, un être « intermédiaire » entre Dieu et l'homme, ce qui rendait ainsi le vrai Dieu toujours inaccessible pour nous. Les évêques réunis à Nicée répondirent en mettant au point et en fixant le « Symbole de la foi » qui, complété plus tard par le premier Concile de Constantinople, est resté dans la tradition des différentes confessions chrétiennes et dans la liturgie comme le Credo de Nicée-Constantinople. Dans ce texte fondamental - qui exprime la foi de l'Église indivise, et que nous répétons aujourd'hui encore, chaque dimanche, dans la célébration eucharistique - figure le terme grec homooúsios, en latin consubstantialis : celui-ci veut indiquer que le Fils, le Logos est « de la même substance » que le Père, il est Dieu de Dieu, il est sa substance, et ainsi est mise en lumière la pleine divinité du Fils, qui était en revanche niée par le ariens.

(à suivre...)

jeudi 1 mai 2008

1er mai : le sens du travail

1er mai : le sens du travail

Voici quelques lignes lumineuses de saint Josémaria sur le sens chrétien du travail au milieu du monde : « Lorsque je considère l'ampleur de notre tâche apostolique au milieu des activités humaines, j'essaie de retenir dans ma mémoire, unie aux scènes de la mort - du triomphe et de la victoire - de Jésus sur la Croix, ses paroles : et moi, élevé de terre, j'attirerai tout à moi (Jean 12, 32).
Unis au Christ par la prière et la mortification dans notre travail quotidien, dans les mille circonstances humaines de notre vie toute simple de chrétiens courants, nous réaliserons cette merveille : déposer toutes choses aux pieds du Seigneur, (lire la suite) élevé sur la Croix, où il s'est laissé clouer pour avoir tant aimé le monde et les hommes.
Et simplement, en travaillant et en aimant, dans la tâche propre à notre profession ou à notre métier, celle que nous réalisions quand il est venu nous chercher, nous accomplissons ce travail apostolique qui consiste à mettre le Christ au sommet et au cœur de toutes les activités des hommes ; puisqu'aucune de ces activités honnêtes n'est exclue du domaine de notre travail, qui devient une manifestation de l'amour rédempteur du Christ.
Le travail est ainsi pour nous, non seulement le moyen naturel de subvenir à nos besoins matériels et de rester dans une communauté de vie normale et simple avec les autres, mais aussi, et surtout, le chemin spécifique de notre sanctification personnelle, que Dieu notre Père nous a tracé, et le grand instrument apostolique et sanctificateur que Dieu a déposé entre nos mains, pour obtenir que l'ordre voulu par lui resplendisse dans toute la création.
Le travail, qui doit accompagner la vie de l'homme sur terre (cf. Genèse 2, 15), est pour nous en même temps - et au plus haut point, puisqu'aux exigences naturelles s'unissent d'autres, clairement surnaturelles - le point de rencontre de notre volonté avec la volonté salvatrice de notre Père du ciel » (cité dans A. Vázquez de Prada, Le fondateur de l'Opus Dei, Paris-Montréal, 2001, vol. I, p. 380-381).

mercredi 30 avril 2008

Route mariale Lourdes – Torreciudad - Saragosse

Route mariale Lourdes – Torreciudad - Saragosse

Depuis quelque années la route mariale Lourdes-Saragosse s'est enrichie d'une étape supplémentaire. En effet, le sanctuaire de Notre-Dame de Torreciudad a vu le jour dans l'Aragon, sous l'impulsion de saint Josémaria Escriva, fondateur de l'Opus Dei. Torreciudad est un sanctuaire marial roman du haut Aragon qui remonte au XIe siècle. Toutefois il n'en subsistait qu'un petite chapelle, d'accès difficile, abritant une Vierge noire.
Saint Josémaria, né dans la ville voisine de Barbastro, fut conduit par ses parents à Torreciudad (lire la suite) à l'âge de deux ans en pèlerinage d'action de grâces, car la Sainte Vierge sous la protection de laquelle sa mère l'avait placé alors qu'il était atteint d'une maladie dont, de l'avis des médecins, il devait mourir, l'avait maintenu en vie. C'est pour remercier Marie que saint Josémaria décida de faire édifier le nouveau sanctuaire, qui a été ouvert au culte le 7 juillet 1975. Le fondateur de l'Opus Dei attendait de ce lieu « des fruits spirituels : les grâces que le Seigneur voudra bien accorder à ceux qui viendront honorer sa Mère bénie dans son sanctuaire. Voilà les miracles que j'attends : la conversion et la paix pour beaucoup d'âmes ». C'est dans cette intention qu'il fit construire les chapelles des confessionnaux et demanda que tout soit fait pour créer une atmosphère de prière et de recueillement.
Le sanctuaire de Torreciudad présente une architecture religieuse comtemporaine dans un environnement de paix. L'architecte Héliodore Dols a conçu le projet et dirigé les travaux (1970-1975), avec la collaboration des architectes et Jacques Sols
et Raymond Mondejar. L'ensemble est une véritable réussite architecturale, aux caractéristiques spécifiques. On remarquera dans la nef le retable en albâtre du sculpteur Jean Mayné et, dans la chapelle du Saint-Sacrement, le Christ en bronze doré de Pascal Sciancalepore. Les quatre chapelles de la crypte sont consacrées à la Sainte Famille, à Notre-Dame de Lorette, à Notre-Dame du Pilier de Saragosse et à Notre-Dame de Guadeloupe. Sous les arcades se trouvent des représentations des mystères du chapelet en faïence peinte, de Joseph Alzuet, auteur également du Chemin de croix, dont les scènes serpentent parmi les rochers et les oliviers centenaires. L'accès à l'ermitage longe les Douleurs et les Joies de saint Joseph, œuvre en céramique de Palmira Laguens.
L'ermitage a abrité la statue romane de la Vierge de Torreciudad, jusqu'à sa restauration et son transfert dans le sanctuaire.

mardi 29 avril 2008

Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne

Sainte Catherine de Sienne (1347-1380) a été proclamée docteur de l'Église en 1870, pour le contenu doctrinal de ses Lettres et du Dialogue ou Livre de la doctrine divine.
Sainte Catherine vit à une époque où l'Église est profondément divisée, le pape - qu'elle qualifie de "doux Christ sur la terre" - se trouvant à Avignon. Sous l'inspiration divine, elle travaillera à le ramener à Rome, tant en allant rencontrer Grégoire IX en Avignon qu'en lui écrivant par la suite. Le retour dans la Ville sainte a finalement lieu (lire la suite) le 13 septembre 1376. Ce fait est impressionnant de la part d'une femme sans instruction, qui ne sait pas écrire ni lire. De plus, les rivalités entre villes italiennes sont monnaie courante. Le pape Grégoire XI la charge de ramener la paix à Sienne, puis à Florence. Mais elle ne peut éviter le schisme qui intervient en 1378 et qu'elle pressentait : elle avait multiplié les appels à l'unité dans ses lettres. Animée d'une mystique du "saint passage", de la croisade, elle ressent un vif désir du martyr, offrant sa vie pour le pape et pour l'Église.
Menant une vie extrêmement austère, Catherine est continuellement assistée de Dieu, avec qui elle s'entretient fréquemment. Elle est gratifiée d'extases et de grâces exceptionnelles. Sa sainteté est reconnue de son vivant, et nombre de personnes sont guéries à son contact ou se convertissent en venant l'écouter, même les plus récalcitrants. Une "famille" de "spirituels" se regroupe autour d'elle, aussi bien religieux de différents ordres que laïcs, qui l'accompagnent dans ses déplacements. Elle reçoit la grâce des stigmates, les marques dans son corps des blessures du Christ lors de sa Passion. Elle promeut aussi le renouveau de la vie religieuse.
Le bienheureux Raymond de Capoue, longtemps directeur de conscience de Catherine, a écrit un ouvrage, Legenda B. Catharinae Senensis, ou Legenda major, qui, sans être une biographie proprement dite, montre la sainteté de Catherine conformément au critère de sainteté alors reconnu, le miracle. Son récit en foisonne. Il montre bien le grand amour de Dieu qui animait la sainte.

lundi 28 avril 2008

Saintete et charite (3)

Sainteté et charité (3)

Un chrétien est aussi, par surnature, quelqu'un de serviable, qui sait, ou s'efforce de faire ce qui plaît aux autres, pourvu que cela n'offense pas Dieu. Cette règle de conduite apporte beaucoup de paix intérieure, car le fait de ne pas penser à soi, mais de mettre Dieu et le prochain en avant simplifie énormément l'existence. Ce qui est tout bénéfice pour la famille, le milieu de travail et, en dernière instance, la société. C'est ce qui s'est passé avec les premiers chrétiens dont les contemporains disaient, au comble de l'étonnement : « Voyez comme ils s'aiment ! » Ce n'était pas courant dans les relations humaines. (lire la suite) Cela continue, hélas, de ne pas être la norme habituelle. C'est au chrétien de faire en sorte que l'homme ne soit pas « un loup pour l'homme », selon la formule pessimiste de Hobbes.
Comment arriver à cet idéal, brièvement et partiellement esquissé ici ? À partir de l'amour que Dieu a mis dans notre âme dès l'instant de notre baptême. Avec la foi et l'espérance, nous avons en effet reçu la charité qui nous permet d'aimer. Non que ce soit une capacité humaine, mais parce que c'est une disposition surnaturelle stable qui est ajoutée à notre nature humaine. C'est donc avec cette participation à l'Amour de Dieu que nous pouvons arriver à aimer Dieu et notre prochain et à l'aimer de tout notre être. Commentant l'affirmation du Seigneur, « Si quelqu'un vient à moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Luc 14, 26), saint Josémaria disait, dans une méditation, que ces mots du Seigneur « ne se réduisent pas non plus à un aimer moins, comme on les interprète parfois d’une manière édulcorée, pour adoucir la phrase. Cette expression tranchante est terrible, non parce qu’elle implique une attitude négative ou impitoyable, étant donne que le Jésus qui parle maintenant est le même qui ordonne d’aimer les autres comme sa propre âme, et qui donne sa vie pour les hommes : cette locution indique simplement que devant Dieu il n’y a pas de demi-mesures. On pourrait traduire les paroles du Christ par aimer plus, aimer mieux, ou par ne pas aimer d’un amour égoïste ni d’un amour à courte vue : nous devons aimer de l’amour de Dieu » (Quand le Christ passe, n° 97).

(fin)

dimanche 27 avril 2008

Saintete et charite (2)

Sainteté et charité (2)

Vivre la charité. Vaste programme ! Vaste, parce qu'il s'imposera à nous aussi longtemps que nous vivrons (sans compter que nous ne vivrons que d'Amour au ciel) et parce qu'il n'admet aucune exception. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient » (Luc 6, 27-28). « Quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et heureux seras-tu de ce qu'ils n'ont pas de quoi te rendre, car cela te sera rendu lors de la résurrection des justes » (Luc 14, 13-14).
Un chrétien ne peut pas avoir d'ennemi personnel, (lire la suite) même si certains individus se déclarent ses ennemis, ce qui est leur problème. Mais quant à lui, il doit toujours s'efforcer de comprendre autrui et de parvenir au niveau de compréhension et de miséricorde de Jésus quand, cloué sur la Croix, il s'adresse à son Père en lui demandant, contre toute attente, « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font » (Luc 23, 34). Exemple que les premiers chrétiens ont parfaitement assimilé, comme en témoigne le martyre du diacre Étienne : « Pendant qu'ils lapidaient Étienne, il priait disant : « Seigneur Jésus, recevez mon esprit ! » S'étant mis à genoux, il s'écria d'une voix forte : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché ! » Et, cela dit, il mourut » (Actes 7, 59-60).
Un chrétien doit donc toujours pardonner, quelle qu'ait été la magnitude de l'offense. Ce n'est certes pas facile. Une chose est ressentir de l'aversion pour celui qui a commis une injustice à notre égard, nous a roulé dans la farine, etc., et une autre d'accepter ou de rejeter ce sentiment, en priant pour l'intéressé. Saint Josémaria faisait remarquer, avec sens surnaturel, que le plus à plaindre, c'est l'offenseur, car il cause un tort, peut-être grave, à son âme. Tandis que l'offensé, s'il sait réorienter vers Dieu ce qui le fait souffrir, le lui présenter à l'autel pendant la messe, en retire du bien pour son âme, se sanctifie. C'est pourquoi saint Josémaria voyait des bienfaiteurs en ceux qui pendant des années l'ont violemment persécuté, ainsi que l'Opus Dei par lui fondé (cf. A. Vazquez de Prada, Le fondateur de l'Opus Dei, Paris-Montréal, 3 volumes).

(à suivre...)

samedi 26 avril 2008

Saintete et charite (1)

Sainteté et charité (1)

J'ai souvent parlé ici de conception très restrictive de la saintetéla sainteté à laquelle nous sommes tous appelés. C'est ce que le concile Vatican II confirme quand il déclare que « si donc dans l'Église tous ne cheminent pas en suivant la même voie, tous cependant sont appelés à la sainteté » (constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium, n° 32).
Nous avons parfois une conception très restrictive de la sainteté, comme s'il s'agissait d'une perfection réservée à une élite hors du commun, ou de réaliser des actions d'éclat. Dieu ne serait ni logique ni juste s'il assignait cet objectif à tous et s'il ne permettait qu'à un tout petit nombre d'y parvenir, les cent quarante-quatre mille de l'Apocalypse, pris au sens littéral (cf. Apocalypse 7, 4). (lire la suite) Dieu ne permet pas que nous soyons tentés au-dessus de nos forces (cf. 1 Corinthiens 10, 13), c'est-à-dire qu'à personne il n'est demandé quelque chose qu'il ne soit en mesure de réaliser. Or, encore une fois, l'appel à la sainteté est universel. Donc chacun doit pouvoir devenir saint avec sa personnalité propre et dans les circonstances qui sont les siennes. « Tu parviendras à être saint si tu vis la charité, si tu sais faire les choses qui plaisent aux autres et qui ne représentent pas une offense à Dieu, même si elles te coûtent » (saint Josémaria, Forge, n° 556).
La sainteté est ici prise dans la charité, dans l'amour. Il est logique qu'il en soit ainsi, car Dieu seul est Saint. Il est le Saint par excellence, et « Dieu est Amour » (1 Jean 4, 16). Donc, en vivant le précepte de la charité nous assurons la perfection de notre vie. C'est bien ce que Jésus a enseigné lorsque, interrogé par un scribe qui lui demande : « Quel est le premier de tous les commandements ? », il répond : « Le premier, c'est : Écoute Israël : le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un. Et tu aimeras donc le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et de toute ta force. Le second est celui-ci : Tu aimeras ton proche comme toi-même. Il n'y a pas d'autre commandement plus grand que ceux-là ». Le scribe ayant alors manifesté son assentiment, Jésus ajoute : « Tu n'es pas loin du royaume de Dieu » (cf. Marc 12, 28-34). Ce qui équivaut à dire « tu seras saint », puisque seuls les saints peuvent accéder au royaume.

(à suivre...)

vendredi 25 avril 2008

Etre apotre (2)


Être apôtre (2)

Le même saint Paul peut dresser une énumération saisissante de ce qu'il lui en a coûté de porter l'Évangile partout où l'Esprit Saint l'envoyait. Aidé et soutenu par la grâce de Dieu, il n'a pas ménagé sa peine en même temps que Dieu permettait qu'il traverse des épreuves de toutes sortes : « Sont-ils ministres du Christ ? — Ah ! je vais parler en homme hors de sens : — je le suis plus qu'eux : bien plus qu'eux par les travaux, biens plus par les coups, infiniment plus par les emprisonnements ; souvent j'ai vu de près la mort ; cinq fois j'ai reçu des Juifs quarante coups de fouet moins un ; trois fois, j'ai été battu de verges ; une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage ; j'ai passé un jour et une nuit dans l'abîme. Et mes voyages sans nombre, les périls sur les fleuves, les périls de la part des brigands, (lire la suite) les périls de la part de ceux de ma nation, les périls de la part des Gentils, les périls dans les villes, les périls dans les déserts, les périls sur la mer, les périls de la part des faux frères, les labeurs et les peines, les nombreuses veilles, la faim, la soif, les jeûnes multipliés, le froid, la nudité ! Et sans parler de tant d'autres choses, rappellerai-je mes soucis de chaque jour, la sollicitude de toutes les Églises ? » (2 Corinthiens 11, 23-28).
Même si nous ne trouverons jamais dans ce genre de situation, de ce comportement « nous pouvons en tirer une leçon plus que jamais importante pour chaque chrétien. L'action de l'Église est crédible et efficace uniquement dans la mesure où ceux qui en font partie sont disposés à payer de leur personne leur fidélité au Christ, dans chaque situation. Là où cette disponibilité fait défaut, manque l'argument décisif de la vérité dont dépend l'Église elle-même » (Benoît XVI, Homélie dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, 28 juin 2007). Être apostolique implique donc de commencer par prendre soin de notre vie intérieure : « C'est pour eux que je me sanctifie » (Jean 17, 19), écrit saint Jean. Pour eux, en pensant à eux, en vue de leur sainteté, pour les aider à grandir en intimité avec Dieu. Tout ce que nous faisons est ainsi tourné vers les autres, à leur profit spirituel, qui passe également par leur bonheur temporel, dans la mesure où il peut dépendre de nous. Notre vie tout entière, avec son « naturel surnaturel » comme aurait dit saint Josémaria, contribue ainsi au bien de nos semblables, édifie dans la durée. « Les hommes attendent de nous, les enfants de Dieu dans son Œuvre, ce bonus odor Christi (« la bonne odeur du Christ »), qui — reposant sur notre tempérance — les enflamme et les entraîne » (saint Josémaria, Instruction, mai 1935-14 septembre 1950, n° 65). « Quelle grande responsabilité que celle des chrétiens, écrit monseigneur Echevarria dans sa Lettre pastorale du 1er septembre 2007. Méditons une fois de plus les mots que saint Josémaria a écrits dans Chemin : « Beaucoup de grandes choses dépendent de ce que, toi et moi, nous nous comportions selon la volonté de Dieu. Ne l'oublie pas » (n° 755). »

(fin)

jeudi 24 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (3)

Origène, sa vie, son œuvre (3)

Enfin, poursuit Benoît XVI, même avant son ordination sacerdotale, Origène se consacra intensément à la prédication de la Bible, s'adaptant à un public très divers. Dans tous les cas, dans ses Homélies également, c'est le maître que l'on retrouve, qui se consacre entièrement à l'interprétation systématique de l'épisode étudié, progressivement divisé selon les versets successifs. Dans les Homélies aussi, Origène saisit toutes les occasions pour rappeler les diverses dimensions du sens de l'écriture Sainte, (lire la suite) qui aident ou expriment un chemin dans la croissance de la foi : il y a le sens « littéral », mais celui-ci cache des profondeurs qui n'apparaissent pas dans un premier temps ; la deuxième dimension est le sens « moral » : que devons-nous faire en vivant la parole ; et enfin le sens « spirituel », c'est-à-dire l'unité de l'écriture, qui dans tout son développement parle du Christ. C'est l'Esprit Saint qui nous fait comprendre le contenu christologique et ainsi l'unité de l'écriture dans sa diversité. Il serait intéressant de montrer cela. J'ai un peu tenté, dans mon livre Jésus de Nazareth, de mettre en évidence dans la situation d'aujourd'hui ces multiples dimensions de la parole, de l'écriture Sainte, qui avant tout, doit être respectée, précisément au sens historique. Mais ce sens nous transcende vers le Christ, dans la lumière de l'Esprit Saint, et nous montre la voie, comment vivre. On en trouve, par exemple, la mention dans la neuvième Homélie sur les Nombres, où Origène compare l'écriture aux noix : « Ainsi est la doctrine de la Loi et des Prophètes à l'école du Christ », affirme l'auteur de l'homélie ; « amère est la lettre, qui est comme l'écorce ; en deuxième lieu, tu parviendras à la coquille, qui est la doctrine morale ; en troisième lieu, tu trouveras le sens des mystères, dont se nourrissent les âmes des saints dans la vie présente et future » (Homélies sur les Nombres 9, 7).
C'est en particulier par cette voie qu'Origène parvient à promouvoir de manière efficace la « lecture chrétienne » de l'Ancien Testament, en réfutant de manière brillante le défi des hérétiques - surtout gnostiques et marcionites - qui opposaient les deux Testaments entre eux, jusqu'à rejeter l'Ancien. A ce propos, dans la même Homélie sur les Nombres, l'Alexandrin affirme : « Je n'appelle pas la Loi un « Ancien Testament », si je la comprends dans l'Esprit. La Loi ne devient un « Ancien Testament » que pour ceux qui veulent la comprendre charnellement », c'est-à-dire en s'arrêtant à la lettre du texte. Mais « pour nous, qui la comprenons et l'appliquons dans l'Esprit et dans le sens de l'Évangile, la Loi est toujours nouvelle, et les deux Testaments sont pour nous un nouveau Testament, non pas en raison de la date temporelle, mais de la nouveauté du sens... En revanche, pour le pécheur et pour ceux qui ne respectent pas le pacte de la charité, les Évangiles eux aussi vieillissent » (Homélies sur les Nombres 9, 4).
Je vous invite - et je conclus ainsi - à accueillir dans votre cœur l'enseignement de ce grand maître de la foi. Il nous rappelle avec un profond enthousiasme que, dans la lecture priante de l'Écriture et dans l'engagement cohérent de la vie, l'Église se renouvelle et rajeunit toujours. La Parole de Dieu, qui ne vieillit jamais et ne s'épuise jamais, est le moyen privilégié pour y parvenir. C'est en effet la Parole de Dieu qui, par l'œuvre de l'Esprit Saint, nous guide toujours à nouveau à la vérité tout entière (cf. Benoît XVI, "Aux participants au Congrès international pour le XL anniversaire de la Constitution dogmatique Dei Verbum", in Insegnamenti, vol. I, 2005, p. 552-553) et prions le Seigneur pour qu'il nous donne aujourd'hui des penseurs, des théologiens, des exégètes qui trouvent cette dimension multiple, cette actualité permanente de l'Écriture Sainte, sa nouveauté pour notre époque. Prions afin que le Seigneur nous aide à lire de façon orante l'Écriture Sainte, à nous nourrir réellement du vrai Pain de la vie, de sa Parole.

Benoît XVI, Audience générale, 25 avril 2007.

mercredi 23 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (2)

Origène, sa vie, son œuvre (2)

"Nous avons mentionné, dit Benoît XVI, ce « tournant irréversible » qu'Origène imprima à l'histoire de la théologie et de la pensée chrétienne. Mais en quoi consiste ce « tournant », cette nouveauté si riche de conséquences ? Il correspond substantiellement à la fondation de la théologie dans l'explication des Écritures. Faire de la théologie était pour lui essentiellement expliquer, comprendre l'Écriture ; ou nous pourrions également dire que sa théologie est la parfaite symbiose entre théologie et exégèse. En vérité, la marque caractéristique de la doctrine d'Origène semble précisément résider dans l'invitation incessante à passer (lire la suite) de la lettre à l'esprit des Écritures, pour progresser dans la connaissance de Dieu. Et ce que l'on appelle l'« allégorisme », a écrit Urs von Balthasar, coïncide précisément « avec le développement du dogme chrétien effectué par l'enseignement des docteurs de l'Église », qui - d'une façon ou d'une autre - ont accueilli la « leçon » d'Origène. Ainsi, la tradition et le magistère, fondement et garantie de la recherche théologique, parviennent à se configurer comme une « Écriture en acte » (cf. Origène, Le monde, le Christ et l'Église, tr. it., Milan 1972, p. 43). Nous pouvons donc affirmer que le noyau central de l'immense œuvre littéraire d'Origène consiste dans sa « triple lecture » de la Bible. Mais avant d'illustrer cette « lectureé, il convient de jeter un regard d'ensemble sur la production littéraire de l'Alexandrin. Saint Jérôme, dans son Epistola 33, dresse la liste des titres de 320 livres et de 310 homélies d'Origène. Malheureusement, la majeure partie de cette œuvre a été perdue, mais le peu qu'il en reste fait de lui l'auteur le plus fécond des trois premiers siècles chrétiens. Son domaine d'intérêt s'étend de l'exégèse au dogme, à la philosophie, à l'apologétique, à l'ascétique et à la mystique. C'est une vision fondamentale et globale de la vie chrétienne.
La source inspiratrice de cette œuvre est, comme nous l'avons dit, la « triple lecture » de l'Écriture développée par Origène au cours de sa vie. Par cette expression, nous entendons faire allusion aux trois modalités les plus importantes - qui ne se suivent pas l'une l'autre, mais en réalité le plus souvent se superposent - avec lesquelles Origène s'est consacré à l'étude des Écritures. Il lut tout d'abord la Bible avec l'intention d'en certifier le mieux possible le texte et d'en offrir l'édition la plus fiable. Cela, par exemple, est le premier pas : connaître réellement ce qui est écrit et connaître ce que cette Écriture voulait intentionnellement et initialement dire. Il a mené une étude importante dans ce but et il a rédigé une édition de la Bible avec six colonnes parallèles, de gauche à droite, avec le texte hébreu en caractères hébreux - il a également eu des contacts avec les rabbins pour bien comprendre le texte original de la Bible -, puis le texte hébreu translittéré en caractères grecs, et puis quatre traductions différentes en langue grecque, qui lui permettaient de comparer les différentes possibilités de traduction. D'où le titre d'Hexaple (six colonnes) attribué à cette immense synopse. C'est le premier point : connaître exactement ce qui est écrit, le texte comme tel. En deuxième lieu, Origène lut systématiquement la Bible en l'accompagnant de ses célèbres Commentaires. Ils reproduisent fidèlement les explications que le maître offrait pendant ses leçons à l'école, à Alexandrie comme à Césarée. Origène procède presque verset par verset, de manière minutieuse, ample et approfondie, avec des notes à caractère philologique et doctrinal. Il travaille avec une grande exactitude, pour bien comprendre ce que voulaient dire les auteurs saints.

(à suivre...)

mardi 22 avril 2008

Origene, sa vie, son oeuvre (1)

Origène, sa vie, son œuvre (1)

Le pape Benoît XVI déclare : "Dans nos méditations sur les grandes personnalités de l'Église antique, nous faisons aujourd'hui connaissance de l'une des plus importantes. Origène d'Alexandrie est réellement l'une des personnalités les plus déterminantes pour tout le développement de la pensée chrétienne. Il recueille l'héritage de Clément d'Alexandrie, sur lequel nous avons médité mercredi dernier, et le relance vers l'avenir de manière tellement innovatrice, qu'il imprime un tournant irréversible au développement de la pensée chrétienne. Ce fut un véritable « maître », (lire la suite) et c'est ainsi que ses élèves se souvenaient de lui avec nostalgie et émotion: non seulement un théologien brillant, mais un témoin exemplaire de la doctrine qu'il transmettait : « Il enseigna, écrit Eusèbe de Césarée, son biographe enthousiaste, que la conduite doit correspondre exactement à la parole, et ce fut surtout pour cela que, aidé par la grâce de Dieu, il poussa un grand nombre de personnes à l'imiter » (Histoire Ecclésiastique 6, 3, 7).
Toute sa vie fut parcourue par une aspiration incessante au martyre. Il avait dix-sept ans lorsque, en la dixième année du règne de l'empereur Septime Sévère, la persécution contre les chrétiens fut lancée à Alexandrie. Clément, son Maître, abandonna la ville, et le père d'Origène, Léonide, fut jeté en prison. Son fils désirait ardemment le martyre, mais il ne put réaliser ce désir. Il écrivit alors à son père, l'exhortant à ne pas abandonner le témoignage suprême de la foi. Et lorsque Léonide fut décapité, le petit Origène sentit qu'il devait accueillir l'exemple de sa vie. Quarante ans plus tard, alors qu'il prêchait à Césarée, il fit cette confession : « À rien ne me sert d'avoir eu un père martyr, si je n'observe pas une bonne conduite et ne fais pas honneur à la noblesse de ma famille, c'est-à-dire au martyre de mon père et au témoignage qui l'a rendu illustre dans le Christ » (Homélies sur Ézéchiel 4, 8). Dans une homélie successive - lorsque grâce à l'extrême tolérance de l'empereur Philippe l'Arabe, l'éventualité d'un témoignage sanglant semblait s'être évanouie - Origène s'exclama : « Si Dieu m'accordait d'être lavé dans mon sang, recevant ainsi le second baptême après avoir accepté la mort pour le Christ, je m'éloignerais certainement de ce monde... Mais ceux qui méritent ces choses sont bienheureux » (Homélies sur Jude 7, 12). Ces expressions révèlent toute la nostalgie d'Origène pour le baptême du sang. Et finalement, cette aspiration irrépressible fut, tout au moins en partie, exaucée. En 250, au cours de la persécution de Dèce, Origène fut arrêté et cruellement torturé. Affaibli par les souffrances endurées, il mourut quelques années plus tard. Il n'avait pas encore soixante-dix ans.

(à suivre...)

lundi 21 avril 2008

Etre apotre (1)

Être apôtre (1)

Nous connaissons par cœur le commandement missionnaire que Jésus donne à ses apôtres et, au-delà d'eux, à chacun d'entre nous : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous toujours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28, 19-20). Il ne s'agit pas d'une simple exhortation morale. C'est une indication impérative qui engage toute notre existence. (lire la suite) Toute notre existence : ce qui veut dire que nous ne sommes en mesure d'évangéliser la société dans laquelle nous vivons et, à partir d'elle, le monde entier, que si nous sommes une âme de prière, une âme eucharistique, une âme éprise de Dieu. Annonçant une « année saint Paul » à l'occasion du deuxième millénaire de la naissance de « l'Apôtre des nations », le pape Benoît XVI faisait remarquer que les résultats de la prédication de l'apôtre « ne sont pas à attribuer à une brillante rhétorique ou à des stratégies apologétiques et missionnaires raffinées. Le succès de son apostolat dépend surtout d'une implication personnelle dans l'annonce de l'Évangile avec un dévouement total pour le Christ ; un dévouement qui ne craignit pas les risques, les difficultés et les persécutions: « Ni mort ni vie, écrivait-il aux Romains, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Romains 8, 37-39) » (Homélie dans la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, 28 juin 2007).
Rien ne peut nous séparer de Dieu. Rien ne peut non plus nous freiner dans notre apostolat si c'est l'amour désintéressé des âmes qui guide notre action, un amour qui est la traduction extérieure de notre amour de Dieu, qui en est une manifestation sensible.

(à suivre...)

dimanche 20 avril 2008

Marie, le premier tabernacle

Marie, le premier tabernacle

Cette expression peut surprendre. Pourtant, elle correspond à la stricte réalité. L'Enfant que la Sainte Vierge a porté en son sein était vraiment le Fils de Dieu, aussi réellement présent dans l'Eucharistie. Dans celle-ci, nous ne voyons ni la divinité ni l'humanité (cf. hymne Adoro te), tout comme ce sa conception virginale à sa naissance au jour de Noël. C'est pourquoi le Serviteur de Dieu Jean-Paul II pouvait écrire en toute propriété : « Heureuse celle qui a cru » (Lc 1, 45) : dans le mystère de l'Incarnation, (lire la suite) Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un « tabernacle » – le premier « tabernacle » de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible aux yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Élisabeth, « irradiant » quasi sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie. Et le regard extasié de Marie, contemplant le visage du Christ qui vient de naître et le serrant dans ses bras, n'est-il pas le modèle d'amour inégalable qui doit inspirer chacune de nos communions eucharistiques ? » (Jean-Paul II, encyclique L'Église vit de l'Eucharistie, n° 55).
Cette idée est reprise, comme on pouvait s'y attendre, par le pape Benoît XVI, qui parle de « tabernacle vivant ». Voici en quels termes il s'est exprimé : « Marie, la Mère du Christ, nous enseigne véritablement ce que signifie entrer en communion avec le Christ : Marie a offert sa propre chair, son propre sang à Jésus et elle est devenue la tente vivante du Verbe (le tabernacle vivant), se laissant pénétrer dans le corps et l'esprit par sa présence. Nous la prions, Elle notre sainte Mère, pour qu'elle nous aide à ouvrir toujours davantage tout notre être à la présence du Christ ; pour qu'elle nous aide à le suivre fidèlement, jour après jour, sur les routes de notre vie » (Benoît XVI, Homélie pour la Fête du précieux Corps et du précieux Sang de Jésus-Christ, 26 mai 2005).