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mardi 28 avril 2015

Dictionnaire encyclopédique de Marie

Dictionnaire encyclopédique de Marie

Vous pouvez écouter une présentation sur Radio Espérance. Vous trouverez également deux pages dans le numéro de Famille chrétienne du 2 au 8 mai 2015. Rappel

lundi 27 avril 2015

Le Psaume 2 (3)

Le Psaume 2 (3)

Nous ne pouvons pas oublier que le mal est présent parmi nous depuis les origines de l’humanité. « C’est un ennemi qui a fait cela », dit le Seigneur (Matthieu 13, 28). Parce qu’il est très actif dans la société cet ennemi de Dieu, ayant cependant échoué à anéantir l’Enfant mis au monde par la Femme, « il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » (Apocalypse 12, 9), et, « plein de fureur comme la Femme, s’en alla faire la guerre contre les autres de ses descendants, contre ceux qui gardent les commandements de Dieu et qui détiennent le témoignage de Jésus » (Apocalypse 12, 17), dont le front est marqué du sceau de Dieu (cf. Apocalypse 7, 3). Il a ses anges avec lui, et ses anges (lire la suite) – les puissances démoniaques – sont légion (cf. Marc 5, 9). Dans notre univers, ils occupent les places bien en vue, ils détiennent le pouvoir et les richesses, car le démon déclare que toute domination dans les royaumes de la terre lui a été remise et, ajoute-t-il, « je puis la donner à qui je veux » (Luc 4, 6). Ils sont adulés par les hommes. Ceci explique que « les rois de la terre se soulèvent et [que] les princes tiennent conseil ensemble contre le Seigneur et contre son Oint » (Psaume 2, 2), dont ils pensent n’avoir rien à attendre. Or, si « Hérode et Ponce Pilate se sont ligués dans cette cité avec les princes et les gens d’Israël contre ton Saint serviteur Jésus que tu avais oint : ils accomplissaient ce que tu avais souverainement et volontairement décidé par avance » (Actes 4, 27-28). Il en va de même avec les nouveaux Hérode et les nouveaux Ponce Pilate de notre temps, comme de toutes les époques. Ils ne peuvent faire que ce que Dieu les autorise à faire et, de toute façon, à leurs dépens, ils contribuent inconsciemment à l’accomplissement des plans de Dieu. C’est ce que saint Augustin exprime en termes généraux, quand il dit que « si les impies agissent souvent à l'encontre de la volonté divine, qu'ils n'en concluent pas que Dieu n'est point tout-puissant. S'ils font ce qu'il ne veut pas, lui fait d'eux ce qu'il veut, et jamais ils ne changent ni ne maîtrisent la volonté du Tout-Puissant [car, souvenons-nous-en, « il n’est pas d’autorité qui ne vienne de Dieu », Romains 13, 1, donc y compris celle des tyrans, des despotes en tous genres] ; toujours cette volonté s'accomplit, soit dans la juste condamnation, soit dans la délivrance miséricordieuse de l'homme. Ainsi rien n'est impossible au Tout-Puissant, que ce qu'il ne veut pas. Il fait servir les méchants, non pas aux desseins de leur volonté dépravée, mais aux vues de sa volonté toujours droite. De même que les méchants font un usage mauvais de leur nature bonne, c'est-à-dire de ce que Dieu a fait bon [cf. Genèse 1, 31], ainsi la Bonté divine fait un bon usage de leurs œuvres perverses, et sous aucun rapport la volonté du Tout-Puissant n'a le dessous. S'il n'avait dans sa bonté même le moyen de faire servir les méchants à la justice et au bien, il ne les laisserait assurément ni naître ni vivre. […] (à suivre…)

samedi 25 avril 2015

Le Psaume 2 (2)

Le Psaume 2 (2)

Saint Grégoire de Nysse ajoute encore que « le Psaume 1 détourne l’homme de la parenté qu’il a contractée avec le mal ; le Psaume 2 montre à qui il faut s’attacher : il place devant nos yeux le Christ manifesté dans la chair, et nous enseigne que lui donner notre foi sera notre béatitude » (tractatus 2 super Psalmos, c. 11). L’auteur sacré commence ce psaume en se posant une question, qui nous interpelle encore de nos jours : Quare fremuerunt gentes ? « Pourquoi les nations s’agitent-elles en tumulte et les peuples méditent-ils de vains projets ? » (Psaume 2, 1). Pour Origène,(lire la suite) les nations en question sont les païens tandis que les peuples sont les Juifs qui n’ont pas reçu le Christ. La question resurgit du fond des âges, comme un motif lancinant. Car il semble bien que rien ne puisse arrêter les puissants de la terre de semer à profusion la graine de la zizanie dans le champ du monde (cf. Matthieu 13, 24-30-34-43), de se dresser avec toute leur superbe contre Dieu. Soulignant qu’un Sauveur vient aux hommes, Origène se demande pourquoi, alors, le tumulte des nations ? Et pourquoi le peuple juif qui connaît la Loi entreprend-il de vains efforts contre Lui ? Pourquoi rejette-t-il son Messie, qu’il attend pourtant avec tant d’impatience, dont il implore la venue depuis des générations et des générations ? Et tous les rois de la terre, toujours en querelle entre eux, s’entendent contre lui dans une concorde malhonnête. Ils ne savaient pas que leur impiété s’exerçait contre le Christ et Dieu, ils ne se rendaient pas réellement compte de ce qu’ils faisaient (cf. Luc 23, 34)… En tout cas, tout ce qui est dit ici ne convient qu’au Christ, qui seul a rempli de son Nom toute la terre, le seul par lequel nous puissions être sauvés (cf. Actes 4, 12). Le prophète annonce l’avènement du Christ et, selon Eusèbe de Césarée, explique comment il se fera que le Christ soit poursuivi par les intrigues des Juifs : Alors que le Psaume 1 annonçait la béatitude d’un seul, le Christ, le Psaume 2 appelle toute la multitude à la béatitude. Il annonce la vocation des gentils et invite au salut tous les royaumes de la terre. Il prophétise que tous ces biens viendront par le Christ. Après nous avoir expliqué les deux voies, le psalmiste déclare : C’est par la foi en lui, que tous les hommes entreront dans la voie du salut. « Tous les hommes de tous les peuples du levant au couchant sont appelés à Dieu. le culte des Juifs est interrompu et aboli, et les peuples honorent Dieu non plus suivant la Loi de Moïse, mais d’après les règles de l’alliance évangélique » (Eusèbe de Césarée, Démonstration évangélique 6, 4). (à suivre…)

jeudi 23 avril 2015

Le Psaume 2 (1)

Le Psaume 2 (1)

Je commence aujourd'hui un commentaire au psaume deuxième, un psaume messianique qui annonce la filiation divine du chrétien. Le psaume 2 annonce le triomphe du Messie sur les nations. Il ne se comprend bien qu'à partir du psaume premier sur le bonheur des justes et le malheur des impies, dans lequel nous lisons les avertissements suivants : « Heureux l’homme qui ne marche pas selon les desseins des méchants, et qui ne s’engage pas sur la voie des pécheurs, (lire la suite) ni ne s’assied dans la société des moqueurs, mais qui prend son plaisir dans la loi du Seigneur et médite sa loi jour et nuit » (Psaume 1, 1-2). Promesse de félicité qui est reprise au psaume 119 (1-2) : « Heureux ceux qui suivent une voie irréprochable, qui marchent selon la loi du Seigneur ! Heureux ceux qui gardent ses ordonnances, qui le cherchent de tout leur cœur. » Ils sont « comme un arbre planté près d’un cours d’eau, qui donne du fruit en son temps, et dont le feuillage ne flétrit pas » (Psaume 2, 3). En revanche, « les méchants ne resteront pas debout lors du jugement, ni les pécheurs dans l’assemblée des jutes. […] la voie des pécheurs va à la ruine » (Psaume 1, 6). Dans le Tractatus 2 super Psalmos, c. 8, saint Grégoire de Nysse explicite bien ce rapport entre les deux premiers psaumes : « Le psaume 1, y écrit-il, est comme une introduction à la philosophie spirituelle. Il nous persuade de quitter le Mauvais et de nous rapprocher du Bon, et de tendre de toutes nos forces à la ressemblance de Dieu. Le psaume 1 est pour ainsi dire l’introduction du psaume 2. en proclamant la première ‘Béatitude’, il nous invite à quitter ‘l’impiété’ ; et le psaume 2 va nous apprendre comment viendra la délivrance : il annonce le Mystère évangélique ; il prophétise la Nativité selon la chair de Celui qui, pour nous, est né ‘aujourd’hui’ (car cet ‘aujourd’hui’ est une fraction du temps), de Celui qui, toujours, est le Fils né du Père, qui toujours est Dieu, qui toujours est dans le Père. Le psaume 2 annonce le règne du Christ et son empire sur les hommes qui auparavant n’étaient pas soumis à sa Loi, qui ne servaient pas Dieu, et par conséquent étaient comptés parmi les nations, comme indépendants de Dieu, et hors-la-Loi. Disons plutôt qu’ils étaient injustes, parce qu’ils n’avaient pas reçu la Loi de Dieu mais rejetaient son joug. Le joug est ici le précepte. Appelés, eux aussi, au Royaume qui domine tous les royaumes, ces hommes qui vivaient jadis sans Dieu deviennent héritiers de Dieu, par la foi en Celui qui a été engendré aujourd’hui et consacré Roi pour régner sur eux. Ils sont re-nés, ils sont devenus rois, eux aussi. Par sa ‘verge de fer’, c’est-à-dire par sa puissance invincible, il brise en deux ce qui est terre et boue, et les fait passer à la nature incorruptible. » (à suivre…)

mercredi 22 avril 2015

Valeur de la vie

Valeur de la vie

Nous pouvons appliquer au pape François ces mots de son prédécesseur, sur le sens de la vie et sur sa protection : La vie est le temps qui nous est accordé pour mettre en acte les richesses en puissance que chacun porte en soi et contribuer au progrès commun de l’humanité. La vie est le temps qui nous est donné pour incarner en nous et dans l’histoire les valeurs d’amour, de bonté, de joie, de justice, de paix auxquelles le cœur humain aspire. // Puis, à la lumière de la foi, la vie est un temps de grâce (le Kairos) durant lequel Dieu met l’être humain à l’épreuve pour juger de son cœur et de son esprit dans son engagement quotidien de croire, d’espérer et d’aimer. Temps de grâce où chacun est appelé à s’enrichir – en se donnant – de valeurs durables pour l’éternité qui sera marquée à jamais par la dimension de l’amour que nous aurons réussi à exprimer ici-bas. La vie est donc un bien précieux, dans son ensemble et dans chacun de ses fragments. Qui dépense ses propres énergies pour la défendre pour lui rendre sa normale efficience, pour promouvoir son plein développement, a droit à la reconnaissance de tous ses semblables. Par contre, se souille d’un crime abominable et s’expose à la condamnation sévère de ce juge implacable qu’est la conscience, miroir de Dieu, quiconque ose attenter à la vie à n’importe quel moment. Jean-Paul II, Discours à l’hôpital Regina Margherita, 20 décembre 1981, n° 4.

lundi 20 avril 2015

Evêque et famille

Evêque et famille

En cette année de préparation au Synode sur la famille, il peut être utile de relire ces mots adressés par saint Jean-Paul II à des évêques des Etats-Unis, voici plus de trente ans, et qui gardent toute leur actualité : L’évêque, précisément parce qu’il compatit et qu’il comprend la faiblesse de l’humanité et le fait que les besoins et les aspirations de celle-ci ne peuvent être pleinement satisfaits par la pleine vérité de la création et de la rédemption, proclamera sans crainte ou ambigüité les nombreuses vérités controversées à notre époque. (lire la suite) Il les proclamera avec amour pastoral, dans des termes qui n’offenseront ou n’aliéneront jamais inutilement ses auditeurs, mais il les proclamera clairement parce qu’il connaît la qualité libératrice de la vérité. C’est pourquoi l’évêque qui fait preuve de miséricorde proclame l’indissolubilité du mariage… L’évêque plein de miséricorde proclamera l’incompatibilité entre les relations sexuelles avant le mariage ou l’activité homosexuelle, et le dessin de Dieu sur l’amour humain ; en même temps il essaiera de toutes ses forces d’assister ceux qui sont aux prises avec de difficiles choix moraux. Avec une égale miséricorde, il proclamera la doctrine d’Humanæ vitæ et de Familiaris consortio dans toute sa beauté, sans passer sous silence la vérité impopulaire que le contrôle artificiel des naissances va à l’encontre de la loi de Dieu. Il plaidera en faveur des droits de l’enfant à naître, des faibles, des handicapés, des pauvres et des personnes âgées, sans s’occuper de la manière dont l’opinion publique actuelle regarde ces questions. Avec humilité personnelle et avez zèle pastoral, l’évêque s’efforcera de discerner, non pas seul mais en union avec l’épiscopat universel, les signes des temps et leur véritable application au monde moderne [c’est-à-dire contemporain]. Avec ses frères évêques, il travaillera à assurer la participation de chaque catégorie d’hommes à la vie et à la mission de l’Église, en accord avec la vérité de leur vocation. Ce zèle se traduira par le soutien apporté à la dignité des femmes et à toutes les libertés légitimes qui sont conformes à la nature humaine et à leur féminité. L’évêque est appel à s’opposer à toute discrimination de la femme pour des raisons de sexe. À ce sujet, il doit également s’efforcer d’expliquer, avec toute la vigueur possible, que la doctrine de l’Église sur l’exclusion des femmes de l’ordination sacerdotale est étrangère au problème de la discrimination, et qu’elle est plutôt liée au dessin du Christ lui-même sur son sacerdoce. Jean-Paul II, Allocution aux évêques des États-Unis en visite « ad limina », 5 septembre 1983, n° 3.

samedi 18 avril 2015

Déclin de la religion

Déclin de la religion

L'analyse de P. Bouyer s'applique parfaitement à la situation dans laquelle se trouvent les pays occidentaux : "Tant qu’une civilisation se développe d’une manière qui demeure créatrice, la religion s’y développe en elle. Quand la religion décline, c’est, régulièrement, que cette civilisation commence à vivre sur son acquis, sur sa lancée. Elle peut sembler alors, pour un regard superficiel, à son apogée. Elle peut paraître se développer encore. En fait, elle se décompose, et c’est parce qu’elle se décompose que la religion décline" L. Bouyer, Initiation chrétienne, Paris, Plon, 1958, p. 25

mercredi 15 avril 2015

Une guérison à Lourdes

Une guérison à Lourdes

[Ma mère a été témoin actif de la guérison d’une jeune femme, Marie Chanal, née le 22 mars 1905, à Champis, en Ardèche. Ses parents s’étaient fixés, en 1919, à Montvendre, dans la Drôme, à proximité de la propriété de ma famille. Marie Chanal « souffrait depuis 1923 de graves accidents abdominaux qui l’avaient conduite, cette année, aux portes de la mort. Opérée en 1923 pour cholécystite aiguë, en 1924 pour appendicite [qui permet de constater l’extension des phénomènes de péritonite plastique], elle avait depuis lors des douleurs atroces et des vomissements perpétuels empêchant toute alimentation solide » (La Croix de la Drôme, 11 août 1929). Tous les traitements entrepris : diathermie, vaccination colibacillaire, sérothérapie, rayons ultra-violets, n’y font rien. Le 30 juillet 1929 au soir, elle ne pesait que 31,100 kilos. Elle part pour Lourdes, le 28 juillet 1929. Voici le récit de sa guérison, dans une brochure de 16 pages publiée par l’Action Catholique Drômoise sous le titre « Une ‘Impressionnante Guérison’ à Lourdes, le 30 juillet 1929 »] (lire la suite) Au départ de Valence, Mademoiselle Chanal, étendue sur son étroit matelas, inspire vraiment une profonde pitié et de vives inquiétudes sur l’issue de ce voyage ! Très pâle, les yeux presque toujours fermés, elle souffre de pénibles nausées ; et déjà, en gare de Valence, il fallut lui donner à respirer presque continuellement des flacons de sel. Le voyage est très pénible, mais jamais elle ne se plaint. Le soir, malgré une soif ardente, elle ne prend qu’un peu d’eau minérale, craignant de souffrir davantage. Vers une heure du matin, se sentant très faible, elle demande une piqûre d’huile camphrée, remède dont elle use souvent de puis quelque temps [la piqûre est faite par ma mère]. Toute la longue nuit passe sans qu’elle dorme un instant. Le matin elle prend encore deux fois un peu d’eau minérale et c’est tout. Son chapelet ne la quitte pas, en pensée elle est déjà à la Grotte. La nuit qui suit son arrivée à Lourdes est mauvaise aussi ; très fatiguée de sa journée, elle ne dort presque pas, et il faut lui faire une seconde piqûre d’huile camphrée vers cinq heures du matin [elle aussi faite par ma mère]. Après la messe, comme elle est devant la Grotte, attendant son tour pour passer aux piscines, elle souffre beaucoup et trouve l’attente bien longue… mais laissons-lui le soin de nous raconter elle-même ce qui va se passe. La matinée du 30 juillet Dans la matinée du 30 juillet, on me conduisit, vers sept heures, devant la Grotte. Là, pendant près de deux heures, je suis restée à prier aux pieds de Notre-Dame de Lourdes, lui offrant toutes mes souffrances et lui demandant de me bénir. À ce moment, j’ai éprouvé un bien-être passager, mais il est bientôt suivi de douleurs plus violentes que jamais, si bien que je m’écris : « Ma bonne Mère, prenez-moi par la main, ayez pitié de moi. » Je me sentais alors attirée vers la piscine où des brancardiers me conduisirent aussitôt. Je souffrais tellement que je ne me rendais pas compte de ce qui se passait autour de moi, j’avais complètement perdu connaissance… Au sortir de la piscine, je me suis retrouvée assise sur ma civière, éprouvant un grand bien-être et une envie de manger extraordinaire. Mon premier mot fut : « Ma bonne Mère, merci ! » [Ajout rectificatif manuscrit de ma mère, à « mon premier mot » : « J’ai faim. »] Je pus quitter ma civière et m’habiller debout. Mais, par obéissance, il me fallut à nouveau me coucher sur mon brancard jusqu’à l’hôpital. Là, j’avais la joie de trouver mon père qui m’avait accompagnée : l’émotion nous fit fondre en larme tous les deux. Bientôt après, on m’apportait à manger et, moi qui depuis si longtemps [note : « 2 ans »] n’avait pu prendre aucun aliment solide, je fis mon premier repas, très substantiel, avec un merveilleux appétit et sans aucune fatigue. Mon Dieu ! que je trouvais le pain bon ! [La brochure sur cette guérison raconte le voyage de retour] Le voyage de retour ne ressemble en rien à celui de l'aller… elle escalade presque toute seule le wagon. Plus de matelas, il était allé adoucir les cahots de la route à un autre malade [précision de ma mère : « une, au féminin]. Avant la nuit elle circule dans le wagon disant bonsoir aux autres malades ; elle fut la première à dîner de son bel appétit retrouvé ; le matin à cinq heures, au lieu d’une piqûre, c’est son déjeuner qu’elle réclame ! Elle chante le Magnificat avec nous et nous quitte sur ces mots : « L’année prochaine, je ferai comme vous, je reviendrai à Lourdes… mais comme infirmière. » L’ayant revue plusieurs fois depuis le 3 août 1929, les médecins assistent à une reprise progressive, avec une extrême régularité, de l’état général et ne trouvent plus aucune zone douloureuse abdominale. [Un tableau de la reprise de poids qu’elle passe le 31 juillet à 32,5 kg, le 1er août à 33,2 kg, pour atteindre 57 kg le 31 décembre. La brochure relate aussi une visite à Melle Chanal, à laquelle ma mère a participé. Nous y lisons in fine que] Marie, dès son retour de Lourdes, a repris, à la ferme, sa place de jadis. Elle se livre sans effort à tous les soins du ménage. À elle, tout le souci de la cuisine, les travaux de couture et, quand il le faut, les courses à Valence qu’elle fait maintenant à bicyclette. [Ma mère ajoute une précision : « Environ deux ans après sa guérison elle est entrée chez les religieuses Trinitaires à Valence, où je suis allée la voir. Superbe santé et rayonnement. Elle a été plus tard chargée du soin des malades »].

mercredi 8 avril 2015

Avortement et bouddhisme

Avortement et bouddhisme

Près de ma clinique, à flanc de colline, il y a un temple bouddhiste. Il n’est pas aussi connu des touristes qui visitent Kyoto, que le sont les temples des Fragrances de l’Ouest, le Pavillon Doré ou le temple du Dragon Tranquille, avec leurs fameux « jardins secs ». celui-ci est très simple. Il faut prendre un sentier large, arriver dans une sorte de jardin où l’on vénère une déesse entourée de centaines de statuettes qui représentent les enfants violemment arrachés au sein de leur mère par un avortement. Selon la croyance bouddhiste, ces enfants errent près du fleuve qui sépare la terre des vivants de celle des morts, en attendant que quelqu’un les aide à traverser. Beaucoup de femmes, jeunes ou moins jeunes, viennent au temple et, par leur prière, elles cherchent à être délivrées du traumatisme psychique et de la déchirure intérieure d’avoir fait le choix de l’avortement. À l’entrée, il y a un écriteau bouddhiste qui leur rappelle qu’elles doivent demander pardon et prier pour l’enfant auquel elles ont refusé la possibilité de vivre Shoji Tateishi, « Pro life et pro love », Les cerisiers en fleur. L’expansion apostolique de l’Opus Dei au Japon, Bois-Colombes, Le Laurier, 2104, p. 141.

lundi 6 avril 2015

Marie, la Tour

Marie, la Tour

Le qualificatif de « Tour » a été attribué à la bienheureuse Vierge Marie par les théologiens et les auteurs spirituels au long des siècles. Nous le retrouvons à deux reprises dans les litanies de Lorette. Elle y est dite Turris Davidica, Tour de David, parce que celui qu’elle a porté dans son sein est, conformément à ce que les prophètes ont annoncé, descendant de David et le nouveau David, qui « sauvera Israël, son peuple de ses péchés » (cf. Matthieu 1, 21). David enleva la forteresse qui dominait Jérusalem et la fortifia. Marie est comme cette tour à laquelle « étaient suspendus mille boucliers » (Cantique des cantiques 4, 4), permettant de repousser tous les assauts du démon. C'est la « tour inexpugnable à l'ennemi et de laquelle pendent mille boucliers et toute l'armure des forts » (Pie IX, bulle Ineffabilis Deus, 8 décembre 1854). (lire la suite) Les litanies se réfèrent aussi à elle en tant que Turris eburnea, Tour d’ivoire. L'ivoire est une matière si précieuse qu'elle évoque la pureté, dont Marie est le parangon. Marie immaculée a la blancheur de l'ivoire et, comme l'ivoire est l'emblème de la force, elle nous protège contre les tentations. « Ton cou est comme une tour d’ivoire » (Cantique 7, 5). Oui, c’est à bon droit que l’archange saint Gabriel a salué Marie comme « la pleine de grâce » (Luc 1, 28), parce qu’il n’y a eu en elle aucune imperfection, rien qui puisse déplaire à Dieu. Elle est l’Immaculée Conception, toute pure, d’une pureté qui se traduit par une virginité remarquable, que Dieu même a voulu préserver tout en demandant à son Fils de naître de Marie : Vierge avant l’enfantement, Vierge pendant l’enfantement, Vierge après l’enfantement. Marie est aussi Turris civitatis, la Tour qui veille sur la cité, qui la garde et la protège. Une tour, un donjon mettant les habitants à l’abri des incursions de l’adversaire. La tour renferme les forces, les munitions, les provisions qui permettent de soutenir victorieusement un siège si jamais l’ennemi osait malgré tout se présenter et prétendait s’imposer. Du haut de la tour, on le voit venir de loin, le temps donc de prendre toutes les dispositions opportunes pour se mettre à l’abri, pour venir se reposer en elle. Sub tuum præsidium confugimus, « nous nous réfugions sous votre protection ». Auprès de Marie, dans cette tour, si nous traversons les ravins de la mort, nous ne craignons aucun mal (cf. Psaume 22, 4). Marie est notre refuge et notre force (cf. Psaume 46, 2). L’effroi n’est pas de mise. Celui qui est avec Marie se trouve avec Dieu. car la Sainte Vierge est la grande Capitaine du Tout-Puissant. Elle-même est la toute-puissance suppliante. Comme telle, elle reçoit au temps voulu toutes les aides, tous les approvisionnements qui nous sont nécessaires pour tenir bon et emporter chaque combat qui se présente. Elle est la Dispensatrice de toutes les grâces. Nous trouvons donc la paix à l’abri de cette Tour inexpugnable, car elle nous rend solidaire du « Prince de la paix » (Isaïe 5, 9), ses sujets indéfectibles.

samedi 4 avril 2015

Les tentations

Les tentations

Nous ne devons pas nous étonner de succomber parfois à la tentation, souvent même. Certes, il convient de demander à Dieu de ne pas nous laisser séduire par notre ennemi séculaire. Mais, en dépit de tout, nous tomberons, et nous nous relèverons encore fréquemment. Et ce, jusqu’au dernier instant de notre séjour sur terre. Il ne faut pas nous étonner qu’il en soit ainsi, disais-je. Par rapport à Adam et Ève après leur création, (lire la suite) nous sommes nés pécheurs et enclins au péché. Eux, ils vivaient dans un état de justice et de sainteté impressionnant, ils avaient une intimité très poussée avec Dieu. leur intelligence était très aiguë et toutes leurs qualités et leurs vertus se trouvaient portées à un degré, étaient vécues avec une intensité que nous ne pouvons pas imaginer. Pourtant, il a suffi d’une tentation, une seule, brève de surcroît, pour qu’Ève en premier, puis Adam, se rebellent contre leur Dieu et Père, contre leur grand Ami. De plus, l’objet de la tentation a été ridicule. Il ne s’agissait pas, comme lorsque satan osera s’en prendre à Jésus lui-même, de leur donner le pouvoir sur toute la terre et tout ce qu’elle renferme ; ni de commander aux esprits célestes, ni toute autre puissance qui les exalterait. Il s’est agit seulement de susciter en eux l’attrait pour le fruit d’un arbre, mais du seul arbre du paradis terrestre dont il leur avait été expressément demandé de ne pas en manger. Un fruit. Juste un fruit. Rien d’autre. Et cela a suffit ! Cela a marché ! Malgré toute leur intelligence. En dépit de leur sainteté originelle. C’est le mysterium iniquitatis. Ne soyons donc pas surpris qu’il nous affecte, alors que la nature humaine dont nous avons hérité a subi une chute ontologique, et qu’elle est depuis cette infraction première commutata in deterius, sérieusement détériorée. L’accepter ne veut pas dire en prendre notre parti. Nous devons bien sût lutter pour combattre nos défauts. Mais cela est on ne peut plus normal.

vendredi 3 avril 2015

Dictionnaire de Marie

Dictionnaire de Marie

Préface du cardinal Barbarin au Dictionnaire encyclopédique de Marie, de P.-R. Ambrogi et D. Le Tourneau, paraissant le 2 avril 2015 chez Descéle de Brouwer: Étrange paradoxe ! Comment cette « humble servante », toujours si discrète, peut-elle susciter tant de travaux depuis des siècles, et aujourd’hui encore, cette encyclopédie si abondante, si dense et si riche ? Car la Vierge Marie est habitée par le silence. D’elle, au fond, l’Évangile nous rapporte assez peu de choses : rien sur ses origines, son enfance ou la fin de sa vie terrestre, et seulement quelques éléments, essentiels, sur sa maternité (l’Annonciation et la Visitation, la Nativité, les épisodes au Temple…) et sa présence à certaines étapes du ministère public de Jésus comme Cana, « le premier signe », et lors de sa mort, au Golgotha. Dans le reste du Nouveau Testament, quasiment rien : on la voit priant avec les Apôtres avant la Pentecôte (Act 1, 14), et dans ses nombreuses épîtres, saint Paul ne fait qu’une allusion à elle : « Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme… » (Gal 4, 4). Les débats théologiques des premiers siècles . (lire la suite) l’ignorent ; ils tournent autour de la personne de Jésus, en qui nous est révélé le mystère de Dieu Trinité. Mais, au fur et à mesure que la réflexion chrétienne se développe, on la regarde davantage pour découvrir la façon dont Dieu avait préparé la venue de son Fils. Les débats sont rudes au Concile d’Éphèse pour affirmer qu’on peut et qu’on doit l’appeler « Theotokos », puisque celui qu’elle a mis au monde est vraiment Dieu. Puis, ils sont de plus en plus nombreux, les disciples du Christ, à parler d’elle et à la chanter au fil des siècles et jusqu’à nos jours. Parmi eux, saint Bernard a peut-être droit à une place particulière… En fait, une lecture plus approfondie ou plus priante et contemplative nous laisse imaginer que cette vie de silence est surtout habitée par une Parole. La première réponse de Marie à l’appel de Dieu est l’accueil de la parole-promesse (rhèma) que l’Ange Gabriel vient de lui délivrer : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole » (Luc 1, 38). Enfin, la Parole de Dieu qui poursuit sa course depuis des siècles (cf. Ps 147, 15) va atteindre son terme. Et sans doute est-ce parce qu’elle est entièrement habitée par cette parole vivante, que Marie devient demeure pour la Parole, quand le Verbe se fait chair. C’est vers Lui qu’elle ne cesse de nous conduire. Depuis vingt siècles, les disciples du Christ reçoivent pour eux la seule consigne que la Toute-Sainte ait donnée dans l’Évangile, et qui s’adressait aux serviteurs du repas, lors des noces de Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2, 5) ! 8 Nous savons peu de choses sur elle, mais en un certain sens, nous en savons assez, nous savons tout, du moins pour ce qui est utile à notre salut. En Marie, se déploient la Création, l’Incarnation, la Rédemption et l’ouverture des portes du Royaume. Tout cela s’est fait discrètement, presque sans bruit, sans mots… Excepté bien sûr quand sort de ses lèvres le chant du Magnificat, où éclate sa joie. Quand j’entends Marie proclamer que « Sa miséricorde s’étend d’âge en âge… » (Luc 1, 50), je considère ce demi-verset comme sa manière de résumer toute la Révélation biblique. Elle nous décrit alors comment l’Amour infini et éternel vient s’inscrire dans le temps et dans la variété des existences humaines… La promesse faite à Abraham s’est réalisée de génération en génération, et elle atteint son sommet quand l’amour du Père fait irruption dans le corps et le coeur de cette jeune fille juive de Palestine : « l’enfant qui a été engendré en elle vient de l’Esprit-Saint » dit l’ange apparu en songe à Joseph (Mat 1, 20). Et depuis des siècles, les chrétiens scrutent, contemplent ce « chef-d’oeuvre de la grâce » (ce serait peut-être une bonne manière de rendre l’intraduisible kécharitoménè de Luc 1, 28, le « pleine de grâce du Je vous salue, Marie »). Et cette somme, comme tant de travaux qui l’ont précédée, ne fait jamais qu’effleurer, malgré son volume et sa richesse, un si grand mystère. Quels mots sauraient rendre compte de ce silence… et surtout de cette Parole infinie et éternelle ? Les livres sont bavards, les hommes s’agitent et s’inquiètent, « les pasteurs courent et parlent ; et Marie est en silence », disait Pierre de Bérulle. Je suis heureux d’avoir été invité à introduire cet énorme travail. Qu’il me soit permis de placer les auteurs et leurs lecteurs sous le regard bienveillant et paisible de Notre- Dame de Fourvière, au pied de laquelle j’écris ces lignes, en ce mois du Rosaire. Oui, je les confie tous à son intercession, car comme l’a dit Péguy, il faut s’adresser « À celle qui est Marie. Parce qu’elle est pleine de grâce. À celle qui est pleine de grâce. Parce qu’elle est avec nous. À celle qui est avec nous. Parce que le Seigneur est avec elle. » S’adresser à elle, poursuit le pape François, « comme une vraie mère, qui marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu. » Nul doute que les lecteurs trouveront dans ces pages des chemins pour renouveler leur manière de s’adresser à elle. Merci à leurs auteurs ! Et surtout, comme le chantent les innombrables affiches qui s’offrent à nos regards à l’approche du 8 décembre, puis de Noël : « MERCI, MARIE » ! Philippe cardinal Barbarin

jeudi 2 avril 2015

Dictionnaire encyclopédique de Marie

Dictionnaire encyclopédique de Marie

P.-R. Ambrogi D.Le Tourneau DDB, parution le 2 avril 2015 39 euros. Du plus haut qu’il put atteindre au plus caverneux où il osa descendre, l’homme a donné le nom de Marie à de vertigineuses cathédrales comme à de ténébreux tréfonds (je songe entre autres au puits Notre-Dame des houillères de Ronchamp, ou à la fosse Notre-Dame de la Compagnie des mines d’Aniche), à des communautés vivant l’appel du silence comme à des formations de rock parmi les plus hurlantes (l’un des groupes du heavy metal suédois ne s’est-il pas appelé Notre Dame ?). Je ne dis pas cela par goût des paradoxes, mais parce que Marie ne serait pas Marie si Elle n’était pas partout, si Elle n’avait pas les bras – et le coeur, donc ! – ouverts au plus large pour embrasser toutes les activités des hommes sans exception aucune. En voici une nouvelle preuve avec ce Dictionnaire encyclopédique de mariologie dont Marie est l’antienne, la source et la racine, Dictionnaire aussi complet et complexe, aussi florissant, aussi surabondant, aussi audacieux, aussi défiant, aussi priant qu’une cathédrale de pierre. Ah oui, sans doute était-ce un pari fou que d’ériger ce monument de littérature et de spiritualité ! Mais ce pari, Pascal-Raphael Ambrogi et Dominique Le Tourneau l’ont gagné. Et que leur lecteur soit un de ces enfants éblouis qui savent la joie de danser dans les pas de Marie, ou l’un de ces pauvres Poucets qui ont perdu jusqu’au dernier de leurs petits cailloux d’espérance et de foi, ce livre apporte une certitude : rencontrer Marie n’est pas un vain mot, c’est possible dès aujourd’hui, possible dès ici-bas, ces pages en sont la promesse, le guide, l’itinéraire. Comme la cathédrale, cet ouvrage (j’aime ce mot qui sent bon l’effort, le travail, la recherche du chef-d’oeuvre) chante l’élévation, la verticale, il libère la lumière et les couleurs mariales. On doit en tourner les pages, en égrener les entrées, avec la même déférence mais aussi le même enthousiasme que l’on met à pousser la porte des nefs ouvertes à la foule innombrable des amoureux de Marie – amoureux, oui, et ce livre est justement l’une des plus accomplies, des plus brillantes, des plus fertiles et des plus riches lettres d’amour entre Elle et nous… Didier Decoin, de l’académie Goncourt.

lundi 30 mars 2015

Le vin de Cana (2)

Le vin de Cana (2)

Et ce, le temps de remplir les jarres, le temps de notre comparution devant Dieu. Alors, nous l’espérons avec une ferme espérance, les anges apporteront à Dieu ces vastes récipients remplis à ras bord du nectar le plus savoureux qui soit. Dieu « a gardé le bon vin jusqu’à maintenant » (Jean 2, 10), parce qu’il « est riche envers tous ceux qui l’invoquent » (Romains 10, 12), c’est-à-dire qu’il est magnanime, d’une générosité qui surprend toujours parce qu’elle passe la mesure humaine. Il s’agit d’une mesure « tassée, secouée, débordante » (Luc 6, 38). (lire la suite) Ici, les amphores ont été remplies précisément à ras bord. La mesure a été comble. Tout est grandiose dans cette scène. Elle annonce aussi le banquet des noces de l’Agneau (cf. Apocalypse 19, 9), quand le Seigneur Jésus, prenant la coupe, prononce sur elle la bénédiction puis, la prenant, l’élève et dit, en présence des Douze : « Prenez et buvez-en tous ; ceci est mon sang, le sang de l’alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. » Seuls profitent de ce vin au millésime exceptionnel, vraiment unique, ceux qui ont persévéré jusqu’au bout, ceux qui sont restés attachés au Seigneur, au Maître, et qui ne sont pas partis en avance de façon intempestive, sous des prétextes variés, futiles et très terre-à-terre. Le bon vin, « qui réjouit le cœur de l’homme » (Psaume 115, 15), ce cœur qui n’aspire qu’au bonheur précisément, ce bon vin n’est distribué qu’au dernier moment. C’est le banquet final de toute une vie passée à servir Dieu. C’est l’aboutissement d’années vécues vaille que vaille à l’aimer. C’est le terme des efforts fournis pour lui être fidèles envers et contre tout. C’est un quasi-droit pour les enfants de la famille. Et c’est le fruit de la promesse faite à ses amis : « Venez, les bénis de mon Père, prenez possession du royaume préparé pour vous depuis la création du monde » (Matthieu 25, 34). « Je vous ai appelés mes amis » (Jean 15, 15) et je veux que « là où je serai, vous soyez vous aussi » (Jean 14, 3). (fin)

samedi 28 mars 2015

Le vin de Cana (1)

Le vin de Cana (1)

Ce bon vin, de première qualité, dont on dirait qu’il provient de la meilleure cave au monde, que notre Seigneur offre aux époux en cadeau de mariage, peut figurer la vie éternelle que Dieu accorde à tous ceux qui ont participé à son banquet, qui ont uni leurs sacrifices à son Sacrifice, au banquet de l’Agneau, gage de la communion avec le Père dans l’Esprit pour les siècles des siècles. Le vin moins bon servi en premier symbolise alors toutes les grâces que nous recevons au cours de notre existence terrestre. Elles ne sont qu’un avant-goût de cette grâce suprême et définitive qu’est ce bon vin, le fruit de la vigne dont le Seigneur lui-même dit qu’il n’en boira plus jusqu’à en boire du nouveau avec nous dans le royaume de son Père (cf. Matthieu 26, 29) ? (lire la suite) Le vin de moindre qualité, c’est le centuple promis ici-bas par notre Seigneur. Ce n’est pas un vin ordinaire, ce que l’on appelle un vin de table. Il est déjà goûteux. Mais sans comparaison avec le vin capiteux dont parle le prophète Isaïe dans sa description de la Jérusalem céleste (cf. 25, 6). Le vin de tous les jours apporte déjà une joie bien réelle à l’homme, bien que sans commune mesure avec la joie du paradis où toute larme sera essuyée (cf. Apocalypse 21, 4). Il y a donc de la joie, beaucoup de joie, sur terre. Parce que, quoi qu’en pensent et quoi qu’en disent beaucoup, y compris parmi les catholiques, pour ceux qui aiment vraiment Dieu, tout, y compris la croix, concourt à leur vrai bien (cf. Romains 8, 28) et est source de joie. Celui qui aime Dieu pour de bon, et qui aime sa très sainte Volonté, comprend très bien et vit cette intuition majeure de la vie de saint Josémaria : Nulla dies sine cruce in lætitia ! Aucun jour sans la croix, dans la joie ! Cette joie qui peut paraître irraisonnée quand je regarde ma pauvre vie, au cours de laquelle j’ai dû si souvent demander pardon,, et encore n’ai-je pas eu conscience de tout ou n’ai-je pas su déceler toutes mes fautes. Mais cette joie ne découle-t-elle pas précisément du pardon reçu de Dieu ? Et ce pardon n’est-il pas quant à lui le vin réconfortant, reconstituant (cf. 1 Timothée 5, 23) de la grâce ? Et ce vin de la grâce ne nous enivre-t-il pas en amour de notre Dieu de miséricorde et d’Amour ? Ce vin de la grâce peut-il venir à manquer ? Oui et non. Non, tant que nous menons notre vie mortelle. Oui, quand celle-ci cesse, car il n’est plus possible de modifier l’état auquel nous sommes parvenus. (à suivre…)

jeudi 26 mars 2015

Jugement particulier et Marie

Jugement particulier et Marie

Vous aurez beaucoup de mal, ô Marie, avec le mécréant que je suis. Mais j’ai confiance dans votre talent oratoire. Il est bien connu. Nombre de vos plaidoiries enflammées circulent parmi nous. Et ce que nous constatons est que vous l’emportez toujours. Que le Juge reconnaît la justesse de votre défense, de vos arguments. Ils portent infailliblement. N’est-ce pas ce que votre grand serviteur Bernard de Clairvaux a prédit dans le « Souvenez-vous » ? Vous avez le sens de la formule bien frappée qui fait choc. (lire la suite) Vous savez toucher la corde sensible et mettre en mouvement la miséricorde plus que la justice. Plus que quiconque vous êtes l’Avocate des causes perdues. Vous aurez beaucoup à faire avec le pauvre pécheur que je suis, mais vous saurez le faire à merveille. Et ce sera encore un titre de gloire pour vous – une des gloires de Marie ! – et un motif de reconnaissance éternelle pour moi. Jésus, votre Fils et mon Frère aîné, mon Sauveur, n’a-t-il pas affirmé à plus d’un de ses serviteurs qu’il ne peut rien vous refuser puisque vous n’avez jamais dit non à tout ce qu’il vous a demandé ? Ce même Jésus n’a-t-il pas adressé comme requête à son Père de nous pardonner – je suis inclus dans le lot – parce que nous ne savons pas ce que nous faisons ? (cf. Luc 23, 34). Je ne sais pas ce que je fais quand je pèche. Et je ne sais peut-être pas non plus ce que je fais quand j’agis bien, puisque c’est sous la motion de ta grâce, Seigneur. Bien que, dans les deux cas, je me prononce librement pour ou contre toi. Mais vous êtes ma Mère. Et s’il y a un moment où je dois vous réclamer : Monstra te esse Matrem ! Montrez que vous êtes ma Mère, manifestez-vous en tant que Mère, c’est bien ce moment-là. Je ne puis douter que vous vous porterez à mon secours. N’ai-je pas sur moi votre saint scapulaire ? N’ai-je pas récité par milliers le chapelet comme vous nous l’avez vous-même recommandé, ce qui, vous l’avez assuré au bienheureux Alain de la Roche, fait que vous me secourez dans toutes mes nécessités – et puis-je être davantage dans le besoin que maintenant ? – et que nous jouirons d’une grande gloire dans le ciel. Votre parole – votre promesse – ne saurait être mise en défaut.

mardi 24 mars 2015

Charité fraternelle

Charité fraternelle

L’Apôtre s’adresse aux chrétiens de Philippes en des termes merveilleux autant qu’émouvants : « Je rends grâce à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous – et c’est en tout temps, dans toutes mes prières que je prie pour vous tous » (Philippiens 1, 3-4). Il avoue donc prier en tout temps pour ceux qu’il a enfantés dans la foi au cours de son deuxième voyage apostolique, tout juste après que le Saint-Esprit lui ait interdit d’aller « annoncer la parole de Dieu dans la province d’Asie » (Actes 16, 6) et que Paul ait eu, pendant la nuit, une vision : « Un Macédonien se tenait là, qui lui adressait cette prière : ‘Passe en Macédoine et viens à notre aide !’ » (Actes 16, 9). (lire la suite) Embarqués à Troas, Paul et Luc allèrent « droit sur Samothrace et, le lendemain, sur Néapolis, d’où [ils gagnèrent] Philippes, qui est une ville du premier district de Macédoine » (Actes 16, 11-12). Là, ils ont la joie de constater que ses habitants apportent leur concours « à la cause de l’Évangile depuis le premier instant » (Philippiens 1, 5). Les Philippiens sont donc une cause de joie profonde pour Paul. C’est pourquoi il prie pour eux « dans la joie ». Mais il souligne qu’il prie pour eux « en tout temps », nous montrant par là que nous ne devons pas cesser de prier, c’est-à-dire de vivre en présence de Dieu, de maintenir un dialogue amoureux avec notre Seigneur, d’invoquer l’Esprit Saint. « Il convient de prier toujours, sans jamais se lasser » (Luc 18, 1), avait dit Jésus-Christ. C’est un climat de prière permanente qui s’instaure quand l’on s’efforce de tout faire pour la gloire de Dieu, de tout lui offrir, de tout accomplir par amour de Dieu, en pensant au bien que nous pouvons ainsi faire à nos frères dans la foi et à l’humanité. En même temps, Paul fait mémoire des fidèles de Philippes dans toutes ses prières, autrement dit dans les moments plus spécialement consacrés à prier, à dialoguer avec Dieu, des moments qui sont comme la chaudière qui maintient une bonne température intérieure. « En tout temps, dans toutes mes prières. » Quel exemple pour nous, pour l’esprit de fraternité que nous sommes invités à vivre. Il est logique, du point de vue de la foi et de l’esprit qui nous unissent, que nous pensions constamment à nos frères, qui sont la chair de notre chair, que nous soyons proches d’eux par la pensée et la prière, pour demander à Dieu de les combler de ses bienfaits, de les assister et de les protéger. Cette charité fraternelle est l’huile qui maintient notre lampe allumée (cf. Matthieu 25, 1-13). Elle est le contre-écrou qui renforce notre vocation et nous aide à être fidèles, nous aussi.

dimanche 22 mars 2015

Marie, Mère de France

Marie, Mère de France Je ne veux plus aimer que ma mère Marie. Tous les autres amours sont de commandement. Nécessaires qu’ils sont, ma mère seulement Pourra les allumer aux cœurs qui l’ont chérie. C’est pour Elle qu’il faut chérir mes ennemis, C’est pour Elle que j’ai voué ce sacrifice, Et la douceur de cœur et le zèle au service Comme je la priais, Elle les a permis. Et comme j’étais faible et bien méchant encore, Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins, Elle baissa les yeux et me joignit les mains, Elle m’enseigna les mots par lesquels on adore. C’est par Elle que j’ai voulu de ces chagrins, C’est pour Elle que j’ai mon cœur dans les Cinq Plaies. Et tous ces bons efforts vers les croix et les claies, Comme je l’invoquais, Elle en ceignit mes reins. Je ne veux plus penser qu’à ma mère Marie, Siège de la Sagesse et source des pardons, Mère de France aussi, de qui nous attendons Inébranlablement l’honneur de la patrie. Marie Immaculée, amour essentiel, Logique de la foi, cordiale et vivace, En vous aimant qu’est-il de bon que je ne fasse, En vous aimant du seul amour, Porte du Ciel ? Paul Verlaine, Sagesse, II, Messein.

jeudi 19 mars 2015

La Saint-Joseph

La Saint-Joseph

Dans le deuxième Livre de Samuel, le Seigneur annonce à David que son fils rendra stable sa royauté, et que celle-ci subsistera pour toujours. Il ajoute une promesse : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. » Cette promesse se réalise avec la venue de Jésus-Christ parmi nous. Et Joseph est pour lui un père aux yeux des hommes. Il se comporte réellement envers lui comme s’il était son père. Il peut dire en toute propriété de termes que Jésus est pour lui un fils. Et quel fils ! Si le nom de Joseph signifie « Dieu ajoutera », nous devons bien constater à quel point Dieu a ajouté de grandes choses dans la vie du saint patriarche, à commencer par l’épouse qu’il lui a donné, puis en confiant son propre Fils à ses soins paternels. C’était lui donner des facilités inouïes pour devenir saint. La sainteté consiste à nous identifier à Dieu, ce qui était plus facile pour Joseph, qui voyait en continu le Saint par excellence. La sainteté consiste à progresser dans la vertu, ce qui était plus aisé pour le père nourricier de Jésus, qui voyait en lui le modèle de toutes les vertus vécues en plénitude. La sainteté consiste à vivre en présence de Dieu, ce qui était plus simple pour le chef de la Sainte Famille, qui avait Dieu sous ses yeux en permanence. La sainteté requiert de passer par la Vierge Marie, ce qui allait de soi pour son époux. Nous, qui sommes plus grossiers, et qui voulons aussi devenir saints, nous bénéficions d’un autre ajout, qui est précisément le recours à saint Joseph. Le fait de lui confier et notre vie intérieure et notre apostolat, autrement dit les deux aspects essentiels de notre vocation. Prions-le avec confiance, pour qu’il prenne soin de nous au quotidien, comme il l’a fait avec Jésus, et pour qu’il nous aide à être, comme lui, au dire de l’Écriture, un homme fidèle et juste.

mercredi 11 mars 2015

Unité de vie (3)

Unité de vie (3)

Nous trouvons bien là une invitation à l’unité de vie. À nous centrer en Dieu à tout moment, en toute circonstance. À découvrir la main de Dieu en tout, comme Dieu lui-même s’est, là encore, chargé de le faire comprendre à saint Josémaria, par une motion divine dans les années 70 : « Recevez tout comme venant des mains de notre Seigneur Jésus-Christ. » Une invitation à voir dans les autres des âmes pour lesquelles le Christ a versé son Sang, comme pour nous, des âmes que nous devons donc aimer, pour qui nous désirons le vrai bien – c’est-à-dire leur salut éternel – et que nous cherchons donc à approcher de lui. (lire la suite) « vous devez maintenant comprendre — avec une clarté nouvelle — que Dieu vous appelle à le servir dans et à partir des tâches civiles, matérielles, séculières de la vie humaine : c’est dans un laboratoire, dans la salle d’opération d’un hôpital, à la caserne, dans une chaire d’université, à l’usine, à l’atelier, aux champs, dans le foyer familial et au sein de l’immense panorama du travail, c’est là que Dieu nous attend chaque jour. Sachez-le bien : il y a quelque chose de saint, de divin, qui se cache dans les situations les plus ordinaires et c’est à chacun d’entre vous qu’il appartient de le découvrir » (Entretiens, n° 114). Ce « quelque chose de divin », il nous appartient de le développer, de le faire fructifier pour la gloire de Dieu, ad majorem Dei gloriam, en travaillant, non pour des motifs humains, mais premièrement et fondamentalement par amour. Car, pensons-y bien l’unité de vie, c’est la mise en pratique du grand commandement de l’amour, par lequel Dieu nous demande légitimement de l’aimer, non pas à la petite semaine ou partiellement, mais de l’aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces et de tout notre esprit (cf. Luc 10, 27). Tout, absolument tout dans notre vie doit ainsi être marqué par l’amour, motivé par l’amour, imprégné d’amour, suinter l’amour et, par suite, être source d’amour. C’est effectivement en aimant Dieu pour de bon, sans restriction, que nous pouvons aimer notre prochain comme nous-mêmes, ce qui est la suite du commandement suprême : tu aimeras « ton prochain comme toi-même » (Luc 10, 27). Car celui qui prétend aimer Dieu, qu’il ne voit pas, alors qu’il n’aime pas son prochain, qu’il côtoie, celui-là est un menteur (cf. 1 Jean 4, 20). Seigneur, je veux être trouvé véridique devant toi. Je veux te servir et t’aimer par touts les pores de ma peau spirituelle, de mon organisme surnaturel. Enseigne-moi à ne pas penser à moi, car chaque fois que je pense à moi je brise, ou du moins je fragilise, cette belle harmonie de la prière, du travail et de l’apostolat. Donne-moi, Seigneur, l’amour avec lequel tu veux que je t’aime, lui demandait saint Josémaria dans sa prière. Donne-moi cet amour, sans restriction, pour que j’arrive une bonne fois pour toutes à t’aimer de tout mon cœur, de toute mon âme, de tout mon esprit et de toutes mes forces. Que je ne cherche pas à me faire remarquer des autres et que je m’efface devant toi une fois que j’ai fait ce que j’avais à faire. Il faut que tu grandisses, toi, et que moi, je disparaisse, comme saint Jean-Baptiste l’a fait (cf. Jean 3, 30). Ce que le fondateur de l’Opus Dei traduira par cette maxime : « Agir et disparaître, afin que Jésus seul brille. » Cela aussi est de la belle et bonne unité de vie : tout pour Dieu, Deo omnis gloria ! (fin)

lundi 9 mars 2015

Unité de vie (2)

Unité de vie (2)

Si nous ne parlons pas de Dieu, ne serait-ce que par l’exemple – mais l’exemple ne suffit pas à lui seul – qui d’autre le fera ? Seigneur, fais-moi comprendre que je ne suis pas là où je me trouve par hasard. C’est toi qui m’y a envoyé : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, que votre fruit demeure » (Jean 15, 16). Pour que je porte du fruit. Tu comptes donc sur moi, Seigneur, pour que ton Église s’enracine davantage dans mon milieu professionnel, social, familial ; pour que la vérité gagne du terrain. Et moi, à quoi est-ce que je pense habituellement ? (lire la suite) Il ne s’agit certes pas de changer d’activité ou de lieu. Non. Chacun de nous doit rester à cette place où Dieu l’a mis : « Que chacun demeure dans l’état même où l’appel divin l’a trouvé » (1 Corinthiens 7, 20). Il doit continuer d’y faire ce qu’il fait, mais en y mettant plus souvent une intention surnaturelle, en l’offrant à Dieu pour des intentions concrètes. Parmi celles-ci figurent tel collègue qui ne veut apparemment rien savoir de la religion, qui élude toute conversation sérieuse, qui ne se livre pas, mais… Et tel autre collègue qui mène une vie dissolue, mais… Et un troisième qui… De la sorte, notre travail professionnel et toutes nos activités se transforment en prière et en apostolat. C’est cela l’unité de vie. Tel a été l’enseignement constant de saint Josémaria, conduit très tôt sur cette voie par le Saint-Esprit, enseignement relayé par le bienheureux Álvaro. Écoutons le fondateur de l’Opus Dei : « Notre vie consiste à travailler et à prier, et inversement, à prier et à travailler. Car le moment arrive où l’on ne sait plus distinguer ces deux concepts, des deux mots, contemplation et action, qui finissent par signifier la même chose dans l’esprit et dans la conscience. » C’est le propre des saints, qui vivent si près de Dieu qu’ils se sentent constamment attirés par lui, qui sentent intensément sa présence, et qui peuvent ainsi se réjouir de leurs faiblesses : « Je préfère donc bien volontiers me glorifier de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi je me plais dans les faiblesses, dans les opprobres, dans les nécessités, dans les persécutions, dans les détresses, pour le Christ ; car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort » (2 Corinthiens 9-10). Les saints savent remercier Dieu même quand ils sont humiliés, traînés dans la boue ou quand ils manquent de tout, y compris du nécessaire pour vivre, ce qu’exprime bien cet autre point de Chemin : « Habitue-toi à élever ton cœur vers Dieu en action de grâces, et souvent dans la journée. — Parce qu’il te donne ceci ou cela. — Parce qu’on t’a humilié. — Parce que tu ne possèdes pas ce dont tu as besoin, ou parce que tu le possèdes. Parce que sa Mère, qui est aussi ta Mère, il l’a voulue si belle. — Parce qu’il a créé le soleil et la lune, et cet animal et cette plante. — Parce qu’il a donné à celui-ci d’être éloquent et à toi de bredouiller… Remercie-le de tout, parce que tout est bon » (Chemin, n° 268). Mais le fait de dire que les saints y sont parvenus ne doit pas nous faire douter d’y arriver, nous aussi, parce que nous sommes tous appelés à la sainteté dans notre vie ordinaire. Et que si nous ne découvrons pas Dieu dans cette vie ordinaire, dans les tâches multiples, bien souvent menues, qui la composent, nous ne le trouverons jamais. C’est ce que saint Josémaria proclamait dans son homélie emblématique du campus de l’Université de Navarre. Écoutons ses propres termes : « Il n’y a pas d’autre chemin, mes enfants : ou nous savons trouver le Seigneur dans notre vie ordinaire, ou nous ne le trouverons jamais. Voilà pourquoi je puis vous dire que notre époque a besoin qu’on restitue, à la matière et aux situations qui semblent les plus banales, leur sens noble et originel, qu’on les mette au service du Royaume de Dieu, qu’on les spiritualise, en en faisant le moyen et l’occasion de notre rencontre continuelle avec Jésus-Christ » (Entretiens, n° 114). (à suivre…)

samedi 7 mars 2015

Unité de vie (1)

Unité de vie (1)

« Alors Jésus parla aux foules et à ses disciples, disant : Les scribes et les Pharisiens se sont assis sur la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent; mais n'imitez pas leurs actions, car ils disent et ne font pas. […] Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes, car ils élargissent leurs phylactères et allongent leurs houppes » (Matthieu 23, 1-3.5). Combien de gens agissent ainsi ! Être remarqué par les autres, admiré des autres devient le critère de « moralité » des actes. Ce n’est plus la bonté objective qui compte, mais la notoriété, l’approbation de la foule. Ce qui implique que l’on ne se comporte pas de la même façon en privé, en l’absence de public. Comment qualifier quelqu’un de cet acabit ? C’est un pantin désarticulé. Il se situe aux antipodes de ce que doit être une vie chrétienne. Celle-ci, en effet, doit être marquée par l’unité de vie, pour reprendre une expression forgée par saint Josémaria. (lire la suite) Il entend par là que toutes les facettes de notre existence, à commencer par sa dimension spirituelle, bien sûr, mais aussi la vie familiale, le travail, la vie de relations sociales et donc l’apostolat, les loisirs, les différents engagements sans la société, tout cela doit être vécu avec Dieu, en Dieu, et orienté vers lui. Tout doit s’alimenter de la grâce afin de devenir une source de sanctification personnelle et d’autrui, et d’être lui-même sanctifié, c’est-à-dire ramené à Dieu, conformément au précepte de l’Apôtre de instaurare omnia in Christo, tout rassembler dans le Christ, restaurer toutes choses dans le Christ, rechristianiser toutes les réalités de la terre (Éphésiens 1, 10). À l’inverse des pharisiens contre lesquels le Christ vitupère et auxquels il reproche leur hypocrisie, les autres doivent pouvoir nous imiter, reproduire ce qu’ils nous voient faire et, voyant nos bonnes œuvres, rendre gloire à Dieu (cf. Matthieu 5, 16). Saint Augustin pose la question suivante : « Qui donc pourra rendre gloire à Dieu tout le jour durant ? Si tu veux, je vais t’indiquer la solution. Fais bien tout ce que tu fais, et tu auras rendu gloire à Dieu. Lorsque tu chantes une hymne, tu rends gloire à Dieu. En effet, que font ta langue et ta conscience si ce n’est rendre gloire à Dieu ? Cesses-tu de chanter des hymnes pour te reposer ? Ne t’enivres pas et tu auras rendu gloire à Dieu. Fais-tu des affaires avec quelqu’un ? Ne commets pas d’escroquerie, et tu auras rendu gloire à Dieu. Travailles-tu aux champs ? Évite les querelles, et tu auras rendu gloire à Dieu. Prépare-toi à rendre gloire à Dieu pendant toute la journée par la bonté de tes œuvres (st Augustin, Enarrationes in Psalmos 34, 2, 16). Qu’en est-il ? Nous connaissons cette autre interrogation, que nous lisons dans un point de Chemin : « As-tu pris la peine de penser à quel point il est absurde de dépouiller sa qualité de catholique, en entrant à l’université ou dans un groupement professionnel, à l’académie ou au parlement, comme on laisse un pardessus au vestiaire ? » (n° 353). N’est-ce pas ce qu’il nous arrive parfois de faire ? Nous n’osons pas affirmer franchement notre foi, nos convictions, dans notre milieu professionnel ou lors d’une invitation chez des amis, de peur de choquer, d’être mal compris, disons-nous, alors qu’en réalité c’est surtout pour nous éviter des complications. Or, saint Josémaria nous dit également ceci : « ‘Ma vie se heurtant à un milieu paganisé ou païen, mon naturel ne va-t-il pas sembler factice ?’ me demandes-tu. — Je te réponds : il y aura choc, sans doute, entre ta vie et ce milieu ; et ce contraste, où ta foi se confirmera par les œuvres, est précisément le naturel que je te demande (Chemin, n° 380). (à suivre…)

jeudi 5 mars 2015

Péché et tiédeur (7)

Péché et tiédeur (7)

Faisons fréquemment des actes de contrition : c’est une excellente dévotion. Et si nous n’en connaissons pas, tâchons d’en apprendre. Nous en trouverons ne serait-ce qu’en lisant le saint Évangile. Par exemple : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jean 21, 17). Ou, « Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir » (Luc 5, 12). Ce fils cadet qui part vivre sa vie n’est pas une figure de style. C’est chacun de nous, qui veut vivre en marge de Dieu, ou même sans Dieu par moments, ce qu’il faut avoir l’humilité de reconnaître. Efforçons-nous aussi de bien de profiter de notre temps. C’est-à-dire de faire ce que nous avons à faire, de ne pas le retarder, de faire en quelque sorte fructifier chaque minute qui passe. Le temps, qui est véritable trésor (lire la suite) reçu de Dieu, qui a l’importance que nous lui accordons, et qui dépend parfois des circonstances, comme l’illustre le texte suivant : « Tu veux comprendre ce qu’est une année de vie : pose la question à un étudiant qui vient de rater son examen de fin d’année. Un mois de vie : parles-en à une mère qui vient de mettre au monde un enfant prématuré et qui attend qu’il sorte de sa couveuse pour serrer son bébé dans ses bras, sain et sauf. Une semaine : interroge un homme qui travaille dans une usine ou dans une mine pour nourrir sa famille. Un jour : demande à deux amoureux transis qui attendent de se retrouver. Une heure : questionne un claustrophobe, coincé dans un ascenseur en panne. Une seconde : regarde l’expression d'un homme qui vient d’échapper à un accident de voiture, et un millième de seconde : demande à l’athlète qui vient de gagner la médaille d’argent aux jeux Olympiques, et non la médaille d’or pour laquelle il s’était entraîné toute la vie » (Marcel Lévy, Et si c'était vrai..., Paris, Robert Laffont, 2000, p. 228). Les vierges folles pensaient peut-être qu’elles avaient tout le temps devant elles, et qu’elles verraient quoi faire le moment venu… Mais tel n’était pas le cas. Un moment vient où il n’est plus possible de rectifier quoi que ce soit, de changer d’un iota la situation à laquelle on est parvenu. Pendant qu’il en est encore temps, laissons-nous guérir de notre cécité spirituelle par le Seigneur, qui a toujours le remède approprié à chaque circonstance. Allons à lui en toute confiance. N’est-il pas émouvant qu’il se tienne ainsi à notre disposition, sans rien nous reprocher, mais en nous témoignant d’une affection débordante, que nos incartades n’entament jamais ? « Après avoir vu la franche confession que la reine, notre chère épouse, a faite de ce qui a pu nous déplaire en sa conduite depuis quelque temps et l’assurance qu’elle nous donne de sa conduite, selon son devoir envers nous et notre État nous déclarons que nous oublions entièrement ce qui s’est passé, n’en vouloir avoir jamais souvenance, mais voulons vivre avec elle comme un bon roi et un bon mari doit faire avec sa femme » (Louis XIII, apostille sur la confession écrite d’Anne d’Autriche, le 15 août (?) 1637). Que penser alors du pardon de Dieu ? C’est cela la puissance infinie de notre Dieu d’Amour… « C’est toujours par Marie que l’on va et que l’on ‘revient’ à Jésus », nous dit saint Josémaria. Suivons ce conseil bien expérimenté, et nous bannirons toute tiédeur de notre vie, et notre amour de Dieu ne cessera de grandir. (fin)

mardi 3 mars 2015

Péché et tiédeur (6)

Péché et tiédeur (6)

Qu’est-ce qui peut nous aider à lutter avec constance ? Faire un examen de conscience. Habituellement, chaque soir : pour dresser un bref bilan de la journée écoulée… Il n’est pas nécessaire de suivre une méthode spécifique, car ce qui convient à l’un ne va pas à un autre, et ce qui sert à l’un à un moment donné ne lui est plus utile à une autre époque de sa vie… Il est utile de profiter de moments de tranquillité, par exemple pendant les vacances et, a fortiori, à l’occasion d’une récollection ou d’une retraite spirituelle, pour faire un examen plus approfondi et aller ainsi à la racine de nos maux spirituels. C’est ce à quoi invitait le conte du royaume et des brigands (lire la suite) rapporté précédemment. Tant que les racines de nos péchés n’auront pas été extirpées, tant que nous n’aurons pas pris conscience de ce qui nous induit à pécher…, aurons beau le regretter sincèrement et nous faire pardonner, notre péché repoussera inexorablement. Et nous ne pourrons nous en prendre qu’à nous-mêmes ; surtout pas à Dieu. Saint Josémaria proposait parfois un examen très simple, se ramenant à trois questions : « Qu’ai-je fait de mal ? Qu’ai-je fait de bien ? Qu’aurai-je pu mieux faire ? » Cela peut nous aider quand nous manquons d’inspiration. Mais nous pouvons nous interroger avantageusement en voyant comment nous nous sommes comportés par rapport à Dieu, à notre prochain et à nous-mêmes ; ou encore passer en revue différentes vertus, ou les commandements de Dieu et de l’Église… C’est à chacun de voir ce qui peut l’aider le mieux à bien se connaître et à s’améliorer. L’examen permet en effet de rectifier au jour le jour, il manifeste notre douleur d’amour et accumule ainsi des grâces efficaces dans notre âme. Il contribue à mieux nous comporter, avec une efficacité accrue, et surtout avec plus d’amour pratique de Dieu. comme le disait saint Augustin, « nos bonnes œuvres sont autant de coups que nous donnons à l’adversaire, et nos péchés, autant de coups que nous n’avons pas su parer. La victoire complète n’est pas de ce monde […]. Mais notre rival n’a plus d’avantages sur nous que lorsque nous imitons son attitude orgueilleuse ; au contraire, nous ne prenons jamais mieux le dessus qu’en suivant le Maître sur le chemin de l’humilité ; et le plus vif déplaisir que nous puissions infliger à l’ennemi, c’est d’aller chercher, dans la confession de nos péchés et dans la pénitence, la guérison de nos blessures (saint Augustin, Sermo 351, 6). Je t’ai fait connaître ma faute, je n’ai pas caché mes torts. J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur, en confessant mes péchés » (Ps 31, 5). Et lui, dans sa magnanimité, il pardonne effectivement, sans jamais se lasser. On dirait même qu’il éprouve un grand plaisir à pardonner aux pécheurs. Il en ressent manifestement une grande joie, la joie du père qui voit son fils revenir à la maison, ce qu’illustre magnifiquement bien la parabole si émouvante du fils prodigue (cf. Luc 15, 11-32). (à suivre…)

dimanche 1 mars 2015

Péché et tiédeur (5)

Péché et tiédeur (5)

Il faut ensuite maîtriser notre corps en ne lui accordant pas tout ce qu’il demande. Nous exercer à la tempérance dans le boire et le manger : un peu plus de ce que je n’aime pas et un peu moins de ce que j’aime… C’est déjà quelque chose d’important pour ne pas tomber dans la sensualité. Il convient aussi d’être ponctuel à notre lever et à notre coucher ; de contrôler nos pensées et notre imagination : nous ne sommes pas maîtres a priori de tout ce qui se présente à notre esprit, mais nous le sommes de le repousser aussitôt, avec la même énergie avec laquelle nous repoussons le moindre insecte qui s’est posé sur notre main… Ne laissons pas notre regard traîner partout ou n’importe où : la publicité, la mode sont conçues de façon à (lire la suite) solliciter les instincts les plus bas de l’être humain. Ne disons rien des spectacles… « Il est inévitable que des scandales arrivent. Mais malheur à celui par qui le scandale arrive ! Il eût été préférable pour lui qu’on lui ait passé une meule autour du cou et qu’on l’ait lancé à la mer, plutôt que de faire chuter un de ces petits » (Lc 17, 1-2), que nous sommes tous en définitive. Si nous savions qu’un voleur allait venir chez nous, ne prendrions pas des dispositions pour ne pas le laisser pénétrer dans l’appartement ? Ne resterions-nous pas éveillés, sur nos gardes ?… En prenant de saines dispositions dans tous ces différents domaines, beaucoup d’occasions de péché disparaissent d’elles-mêmes. C’est une bonne application du principe de précaution. Ici, il est absolument nécessaire de le vivre, car l’enjeu est d’une très grande importance : ne pas offenser Dieu, notre Père, préserver notre vie éternelle, conserver l’ouverture aux autres et l’élan apostolique. Le péché est quelque chose de personnel, qui engage notre liberté et notre responsabilité. Nous ne pouvons jamais dire que cela nous dépasse, ni que « c’est trop dur pour moi ». C’est totalement faux ! Il s’agit de la réponse de quelqu’un qui cherche à se justifier à ses propres yeux. Écoutons saint Paul nous faitre part de sa propre lutte : « De crainte que l’excellence de ces révélations ne vînt à m’enfler d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter, [afin que je m’enorgueillisse point]. À son sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi, et il m’a dit : "Ma grâce te suffit, car c’est dans la faiblesse que ma puissance se montre tout entière" » (2 Corinthiens 12, 7-9). Le même Paul avait déjà affirmé cette conviction : « Ainsi donc que celui qui croit être debout prenne garde de tomber. Aucune tentation ne vous est survenue, qui n'ait été humaine ; et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter » (1 Corinthiens 10, 12-13). La conclusion est facile à tirer. (à suivre…)

vendredi 27 février 2015

Péché et tiédeur (4)

Péché et tiédeur (4)

Le Seigneur guérit l’aveugle de naissance : « Ayant ainsi parlé, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, puis il l’étendit sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : "Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (mot qui se traduit : Envoyé)." Il partit, se lava, et s’en retourna, voyant clair » (Jean 9, 6-7). « Les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue, et il leur dit : "Il m’a mis sur les yeux de la boue, je me suis lavé, et je vois." Sur cela quelques-uns des Pharisiens disaient : "Cet homme n'est pas envoyé de Dieu, puisqu’il n’observe pas le sabbat." D'autres disaient : "Comment un pécheur peut-il faire de tels prodiges ?" […] Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire." Ils lui répondirent : (lire la suite) "Tu es né tout entier dans le péché, et tu nous fais la leçon ?" Et ils le chassèrent » (Jean 9, 14-15 ; 33-34). Nous voyons à quel point le péché est inscrit dans le cœur de l’homme. Le bien que Jésus réalise est mal interprété par certains, qui y voient un péché. Ce qui est un comble ! « C'est du cœur que viennent des pensées mauvaises : meurtres, adultères, fornications, vols, faux témoignages, blasphèmes » (Mt 15, 19). « Nous autres qui cherchons la vie éternelle, ne sommes-nous pas des voyageurs pressés, sur les chemins qui mènent à notre patrie ? Alors, à quoi bon avoir déjà tant marché si nous négligeons de franchir la distance qui nous reste à parcourir pour toucher au but ? En bons voyageurs, nous ne devons plus penser au chemin parcouru, mais à celui qu’il nous reste à parcourir. Dès lors, le bout de la route que l’on voyait, avec appréhension, se dérouler devant soi, on le retrouve peu à peu derrière. Bref, il faut penser bien davantage à tout le bien que nous n’avons pas encore accompli qu’à celui que nous nous réjouissons d’avoir déjà réalisé » (saint Grégoire le Grand, Moralia 22, 6 ; PL 76, 220). Est-ce que je me suis fixé des objectifs dans ma vie quotidienne ? Ai-je des points de lutte concrets ? Des temps de prière, de petites mortifications, des objectifs apostoliques ? Est-ce que je sais ce que je veux au juste ? Est-ce que je m’adresse à Dieu avec la question du jeune homme riche ? Quels sont les ennemis de l’homme ? Il en existe trois : le démon, le monde et la chair et, dans le monde, « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, l’ostentation de la richesse » (1 Jean 2, 16). Que devons-nous faire face à eux ? Nous détacher des choses de ce monde. Rejeter toute tentation dès le premier instant, dès que nous la percevons, le diable cherchant toujours, absolument toujours, à nous tromper en jouant sur la corde de notre liberté que, sous-entendu, Dieu ne cesse d’entraver. Ce qui est un comble ! (à suivre…)

mercredi 25 février 2015

Péché et tiédeur (3)

Péché et tiédeur (3)

Il aurait peut-être mieux valu que les vierges, qualifiées de folles dans la parabole, restent chez elles ; parce que ce qu’elles font est inutile, puisqu’elles n’ont pas l’huile nécessaire pour maintenir leur lampe allumée, ou au moins en veilleuse, tout le temps de l’attente (mais Dieu récompense toujours d’une façon ou d’une autre ce qui a été fait de bien). C’est ce que montre la suite de la parabole : « Au milieu de la nuit, un cri se fit (entendre) : "Voici l’époux ! Allez à sa rencontre !" Alors toutes ces vierges se levèrent et préparèrent leurs lampes. Et les folles dirent aux sages : "Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent." Les sages répondirent : (lire la suite) "De crainte qu’il n'y en ait pas assez pour nous et pour vous, allez plutôt chez ceux qui en vendent, et achetez-en pour vous." Mais, pendant qu’elles s’en allaient en acheter, l’époux arriva, et celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui au festin des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres vierges vinrent aussi, disant : "Seigneur, Seigneur, ouvre-nous! " Mais il répondit : "En vérité, je vous le dis, je ne vous connais pas." Donc veillez, car vous ne savez ni le jour, ni l’heure » (Mt 25, 6-13). « Je connais tes œuvres : tu n’es ni froid ni chaud. Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Aussi, parce que tu es tiède et que tu n’es ni froid ni chaud je vais te vomir de ma bouche » (Apocalypse 3, 15-16). Cette affirmation montre à quel point Dieu a horreur des gens tièdes, mollassons, qui ne se donnent pas entièrement à lui, qui cherchent à se tranquilliser en faisant un petit quelque chose, qui n’est en réalité qu’une caricature de vie chrétienne, des miettes que l’on donne à Dieu. Et qu’il s’estime heureux avec cela ! Nous savons qu’il existe deux sortes de péchés : le péché véniel, qui ne nous coupe pas de l’amitié avec Dieu, bien qu’il la refroidisse ; et le péché mortel, souvent qualifié de grave, qui, lui, fait de nous un membre mort de l’Église, nous coupe de l’amour de Dieu et de notre prochain. Si jamais cela nous arrivait, que faudrait-il faire ? Se décourager ? Certainement pas. Nous confesser au plus tôt, puisque le sacrement ne se limite pas à pardonner la faute, mais possède la vertu curative de nous fortifier et de nous guérir. Nous ne pouvons pas mettre en doute la bonté absolue de Dieu. Il a institué le sacrement de la réconciliation pour cela. Ne l’oublions pas. Il savait bien que nous en aurions besoin. C’est un effet supplémentaire de sa miséricorde et de sa Bonté infinies. Quelque chose d’absolument merveilleux. Dont le succès est garanti, en plus ! (à suivre…)

lundi 23 février 2015

Péché et tiédeur (2)

Péché et tiédeur (2)

Si nous ne luttons pas contre le péché, nous tomberons dans la tiédeur, dans une fausse tranquillité. Il y avait une fois un royaume infesté de brigands. Le roi, appelons-le Régarède, avait beau guerroyer contre eux, il n’arrivait pas à mettre un terme à leurs exactions. Malgré ses expéditions répétées, les brigands pillaient les villages, rançonnaient les habitants, semaient la désolation sur leur passage. En désespoir de cause, le roi s’adressa à son collègue Tancrède, souverain du royaume voisin, pour lui demander de lui venir en aide. Ce qu’il accepta par amitié pour lui. Employant les grands moyens, il réussit à mettre en fuite les brigands, qui disparurent. Et la paix fut ainsi rétablie. Le roi Régarède fut soulagé (lire la suite) et reconnaissant envers Tancrède. Mais celui-ci lui dit qu’il fallait poursuivre le combat afin d’éradiquer complètement les bandits, car, pour le moment, ils n’avaient fait que se cacher, et ils se manifesteraient de nouveau à la première occasion. Mais Régarède lui répondit : « À quoi bon relancer la guerre, alors que nous avons maintenant la paix ? » La position de Tancrède l’emporta toutefois, car cette paix était une fausse paix, aux apparences trompeuses. Une guerre impitoyable s’ensuivit, pire que la première. Mais à la fin, tous les brigands furent exterminés et, cette fois, une paix véritable et durable s’instaura dans le royaume de Régarède. Il ne suffit donc pas de nous confesser. Il est important aussi d’extirper le péché de notre vie, de le traquer dans ses retranchements, d’en découvrir les racines pour les arracher. La tiédeur n’est pas un risque hypothétique. C’est situation celui qui est bon gars, certes. Il ne tue personne, il est sympathique, il va à la messe le dimanche, il prie de temps à autre, peut-être en se levant et se couchant, mais il ne lutte pas vraiment contre le péché, il ne se soucie pas de faire mieux pour obtenir la vie éternelle. « Alors le royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui, ayant pris leurs lampes, sortirent à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient folles, et cinq étaient sages. Les folles, en prenant leurs lampes, n'avaient pas pris d'huile avec elles ; mais les sages avaient pris de l'huile dans leurs vases avec leurs lampes. Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent » (Mt 25, 1-5). Que font celles qui sont qualifiées de folles ou d’insensées par notre Seigneur ? Elles sortent bien à la rencontre de l’époux ; elles prennent leurs lampes avec elles. Mais elles ne pensent pas à se munir d’huile ; ensuite, au lieu d’aller en acheter alors qu’il est encore temps de le faire, elles s’assoupissent. Elles ont bien fait quelque chose pour leur Seigneur, oui, sans doute. Mais elles constituent un exemple typique de la personne tiède. (à suivre…)

samedi 21 février 2015

Péché et tiédeur (1)

Péché et tiédeur (1)

« Jésus vit, en passant, un aveugle de naissance. Maître, lui demandèrent ses disciples, est-ce que cet homme a péché, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit "Ni lui, ni ses parents n’ont péché, mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Il faut, tandis qu’il est jour, que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient, où personne ne peut travailler. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde." Ayant ainsi parlé, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, puis il l’étendit sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : "Va, lave-toi dans la piscine de Siloé (mot qui se traduit Envoyé)." Il partit, se lava, et s’en retourna, voyant clair » (Jean 9, 1-7). La question posée par les disciples traduit une mentalité (lire la suite) erronée, que Jésus rectifie aussitôt. L’infirmité n’est pas la conséquence du péché. Mais le péché, lui, existe bien. Et il existe depuis l’aurore de l’humanité, quand nos premiers parents, Adam et Ève, se sont laissés séduire par le diable. Si la maladie existe « afin que les œuvres de Dieu soient manifestées » dans celui qui en pâtit, le péché a conduit Dieu à envoyer son Fils dans le monde, prendre une chair égale à la nôtre en tout, hormis le péché, précisément, pour tirer de la condition de fils de la colère dans laquelle nous étions alors plongés et nous rétablir dans la dignité d’enfants de son Père. Le baptême a effacé le péché originel, qui nous est transmis avec la nature humaine. Propagation quelque peu mystérieuse, mais bien réelle. Mais notre nature reste marquée par cette tare, et encline au péché. Il en est ainsi, parce que notre intelligence et notre volonté sont affaiblies, malades en quelque sorte. De ce fait, nous n’arrivons pas à voir toujours clairement quel est le vrai bien que nous devons choisir, ni, une fois déterminé, à nous décider de le poursuivre. C’est le mystère d’iniquité, dont parle saint Paul, à l’œuvre en nous. L’aveugle n’est pas atteint de cécité corporelle parce qu’il a péché. Mais nous sommes atteints, nous, d’une certaine cécité spirituelle parce que nous avons péché. Le mal appelle le mal, tout comme le bien appelle le bien. « C’est en avant, au-dessus et loin de moi que je vise toujours. Je regarde devant, pas en arrière (d’ailleurs les yeux sont faits pour regarder devant soi) » (Abel Gance, au Grand échiquier de Jacques Chancel). C’est cela qui est important. Viser toujours plus loin, toujours plus haut. Ne pas nous contenter de ce que nous sommes. Avoir, mais pour de vrai, l’aspiration du jeune homme riche : « Que dois-je faire d’autre pour avoir la vie éternelle ? » (à suivre…)

jeudi 19 février 2015

Marie attend nos prières

Marie attend nos prières

Dans les circonstances que traversent aussi bien notre pays que le monde, en ce début du troisième millénaire, il est intéressant d'écouter le dialogue entre la très Sainte Vierge et le Père Louis-Édouard Cestac (1801-68), cofondateur des Servantes de Marie, dont la cause de béatification a été introduite, en 1908, par le pape saint Pie X. Cela se passe le 13 janvier 1864. ()Le P. Cestac est frappé d’un rayon de lumière. Il voit des démons répandus sur toute la terre y causant des ravages. Il voit en même temps la Sainte Vierge, qui lui dit que l’heure est venue de la prier en tant que Reine des Anges et de lui demander d’envoyer des Légions saintes combattre les démons. S’étonnant que Marie ne les envoie pas spontanément, elle lui répond que la prière est condition mise par Dieu à l’obtention des grâces. Elle indique alors au P. Cestac comment elle veut être priée : « Auguste Reine des Cieux et Maîtresse des Anges, vous qui, dès le commencement, avez reçu de Dieu le pouvoir et la mission d’écraser la tête de satan, nous vous le demandons humblement, envoyez les légions célestes pour que, sous vos ordres, elles poursuivent les démons, les combattent partout, répriment leur audace et les refoulent dans l’abîme. « Quis ut Deus ? » – Qui est comme Dieu ? Ô bonne et tendre Mère, vous serez toujours notre amour et notre espérance. Ô divine Mère, envoyez les Saints Anges pour me défendre et repousser loin de moi le cruel ennemi. Saints Anges et Archanges, défendez-nous, gardez-nous. »